MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

FONDEMENTS DE LA PHILOSOPHIE ÉSOTÉRIQUE

SIX ARTICLES NUMEROTES

SIX ARTICLES NUMEROTES

  

[28] NOTE

L'étude  des  Trois  Propositions  Fondamentales, conseille Madame Blavatsky, doit être suivie par celle des articles numérotés dans le Résumé à la fin du le 1er Volume (1ère partie). Il semblerait qu'elle ait eu l'intention de rassembler en quelques paragraphes classés les traits essentiels de la Doctrine Secrète présentés jusqu'ici. Cependant, elle commence dans le premier des paragraphes numérotés, avec une référence à l'Introduction de l'œuvre, dans laquelle elle a assemblé de nombreuses évidences qui établissent sans aucun doute l'existence d'une tradition ésotérique. De plus, arrivant au sixième paragraphe numéroté, elle refuse de se confiner à une simple récapitulation, et ajoute une somme considérable d'informations explicatives concernant ces Hiérarchies d'Etres à travers l'action desquels "l'Univers est établi et guidé". De même, elle revient plus d'une fois à la loi fondamentale du système tout entier, l'Unicité essentielle de l'existence. [29]

 

RESUME - SIX ARTICLES NUMEROTES

 

L'auteur du présent exposé doit être prêt d'avance à voir les assertions qui se trouvent dans cet ouvrage rencontrer une vive opposition, ou même être rejetées. Ce n'est pas que nous prétendions à l'infaillibilité ou à la parfaite exactitude de chaque détail de tout ce qui est écrit ici. Les faits sont là, et il n'est guère possible de les nier. Mais si, en raison des difficultés intrinsèques des sujets traités et de la limitation presque insurmontable de la langue anglaise, comme de toutes les autres langues européennes, à exprimer certaines idées, il est plus que probable que l'auteur n'a pas réussi à donner à ses explications la forme la meilleure et la plus claire ; il n'en est pas moins vrai qu'il a fait tout ce qu'on pouvait faire dans des circonstances aussi défavorables, et on ne saurait lui en demander davantage.

Faisons donc une récapitulation et montrons, par la grandeur  des sujets exposés, combien il est difficile, sinon impossible, de leur rendre justice entière.

  1. La Doctrine Secrète est la Sagesse accumulée des Ages, et sa cosmogonie à elle seule est le système le plus prodigieux et le plus élaboré qui soit connu, même sous la forme voilée de l'exotérisme des Purânas. Mais le pouvoir mystérieux du symbolisme occulte est si grand que les faits qui ont réellement occupé d'innombrables générations de voyants initiés et de prophètes voués à les coordonner, à les inscrire et à les expliquer, durant les étourdissantes séries du progrès évolutif, sont tous enregistrés en quelques pages de glyphes et de signes géométriques. Le regard étincelant de ces voyants a pénétré au cœur même de la matière et découvert l'âme des choses là où un observateur profane ordinaire, quelque instruit qu'il eût été, n'aurait aperçu que la trame extérieure de la forme. Mais la science moderne ne croit pas à "l'âme des choses", et, par suite, rejettera le système entier de la cosmogonie antique. Il est inutile de dire que le système en question n'est pas le produit de l'imagination [30] d'un ou de plusieurs individus isolés ; qu'il est constitué par les annales ininterrompues de milliers de générations de voyants dont les expériences respectives ont concouru à certifier et à vérifier les traditions transmises oralement, d'une race primitive à une autre au sujet des enseignements d'Etres supérieurs très élevés qui ont veillé sur l'enfance de l'Humanité ; que, durant de longs âges, les "Sages" de la Cinquième Race  – sages faisant partie du groupe sauvé et épargné lors du dernier cataclysme et de la modification des continents – ont passé leurs vies à apprendre et non à enseigner. Comment s'y sont-ils pris ? On répond : en contrôlant, en mettant à l'épreuve, en vérifiant, dans chaque département de la Nature, les traditions du passé, au moyen des visions indépendantes des grands Adeptes ; c'est-à-dire d'hommes qui ont développé et perfectionné leurs organismes physique, mental, psychique et spirituel, au plus haut point possible. Ce qu'avait vu un Adepte n'était jamais accepté avant d'avoir été contrôlé et confirmé par ce qu'avaient vu d'autres Adeptes dans des conditions propres à constituer un témoignage indépendant, et par des siècles d'expérience.
  2. La loi fondamentale de ce système, le point central d'où tout émerge, autour de quoi et vers lequel tout gravite et sur lequel repose toute sa philosophie est la SUBSTANCE PRINCIPE, Une, Homogène et Divine, l'Unique Cause Radicale.

 ... Quelques-uns, dont les lampes brillaient d'une lumière plus intense, ont été conduits de cause en cause jusqu'à la source même de la nature, et ont trouvé qu'un Principe primordial doit être...

On l'appelle "Substance-Principe", car il devient "substance" sur le plan de l'univers manifesté et n'est qu'une simple illusion, tant qu'il reste un "principe" dans l'ESPACE abstrait visible et invisible, sans commencement [31] ni fin. C'est la Réalité omniprésente, impersonnelle parce qu'elle renferme tout et toutes choses. Son impersonnalité est la conception fondamentale du système. Elle est latente dans chaque atome de l'univers, elle est l'univers lui-même.

  1. L'univers est la manifestation périodique de cette Essence inconnue Absolue. L'appeler "essence" est cependant pécher contre l'esprit même de la philosophie. Car, bien que le substantif puisse être tiré ici du verbe esse "être", cependant CELA ne peut être assimilé à un être quelconque que l'intellect humain puisse concevoir. On LA décrit mieux comme n'étant ni Esprit ni Matière, mais les deux à la fois, Parabrahman et Mûlaprakriti ne font qu'Un, en réalité, et cependant sont deux dans la conception universelle du manifesté, même dans celle du Logos Unique, sa première manifestation, auquel, ... ELLE apparaît, au point de vue objectif, comme Mûlaprakriti, et non comme Parabrahman ; comme son voile, et non comme l'Unique Réalité cachée derrière et qui est non conditionnée et absolue.
  2. L'Univers, avec tout ce qu'il contient, est appelé MĀYĀ, parce que tout y est temporaire, depuis la vie éphémère de la luciole jusqu'à celle du soleil. Comparé à l'éternelle immutabilité de l'UN, et à l'invariabilité de ce Principe, l'univers avec ses formes éphémères et toujours changeantes, doit nécessairement, dans le mental d'un philosophe, ne valoir guère mieux qu'un feu follet. Cependant l'Univers est suffisamment réel pour les êtres conscients qui l'habitent et qui sont aussi peu réels que lui-même.
    1. Tout dans l'univers, dans tous ses règnes est CONSCIENT, c'est-à- dire doué d'une conscience qui lui est particulière sur son propre plan de perception. Il faut nous rappeler, nous autres humains, que, parce que nous ne percevons aucun signe de conscience que nous puissions reconnaître dans les pierres, par exemple, ce n'est pas une raison pour dire qu'il n'y existe pas de conscience. La matière "morte" ou "aveugle" [32] n'existe pas, pas plus qu'il n'y a de loi "aveugle" ou "inconsciente". Tout cela ne trouve pas de place dans les conceptions de la Philosophie Occulte. Celle- ci ne s'arrête jamais aux apparences extérieures, et pour elle, les essences nouménales ont plus de réalité que leurs contreparties objectives ; elle ressemble ainsi au système des Nominalistes du moyen âge, pour qui les universaux étaient les réalités, et les particuliers n'existaient que nominalement et seulement dans l'imagination humaine.
    2. L'univers est élaboré et guidé du dedans au dehors. Il en est en bas comme en haut ; sur la terre comme dans le ciel ; et l'homme, microcosme et copie miniature du macrocosme est le témoin vivant de cette Loi Universelle et de son mode d'action. Nous voyons que chaque mouvement, chaque action ou geste externe, qu'il soit volontaire ou mécanique, organique ou mental, est produit et précédé par une sensation ou une émotion interne, volonté ou volition, pensée ou intelligence.  Comme aucun mouvement ou changement externe, lorsqu'il est normal, ne peut se produire dans le corps extérieur de l'homme sans être provoqué par une impulsion intérieure donnée par l'une des trois fonctions dont nous venons de parler, il en est de même pour l'univers externe ou manifesté. Le Kosmos entier est guidé, contrôlé et animé par une série presque infinie de Hiérarchies d'Etres sensibles ayant, chacun, une mission à remplir et qui – quelque nom que nous leur donnions, que nous les appelions Dhyân Chôhans ou Anges – sont des "messagers" uniquement en ce sens qu'ils sont les agents des Lois Karmiques et Cosmiques. Ils varient à l'infini dans leur degré respectif de conscience et d'intelligence, et les appeler tous des Esprits purs, sans aucun des mélanges terrestres "dont le temps à coutume de faire sa proie", c'est simplement se permettre une fantaisie poétique. En effet, chacun de ces Etres soit : a été ou se prépare à devenir un homme, sinon dans le présent cycle du moins dans un cycle passé ou à venir (Manvantara). Ce sont des hommes perfectionnés quand ils ne sont pas des hommes naissants et, dans leurs sphères supérieures et moins matérielles, [33] ils ne diffèrent moralement des êtres humains terrestres qu'en ce qu'ils ne possèdent pas le sentiment de la personnalité et de la nature émotionnelle humaine – deux caractéristiques purement terrestres. Les premiers, ou les "perfectionnés", se sont libérés de ces sentiments, parce que (a) ils n'ont plus de corps charnels – ce poids qui engourdit toujours l'Ame ; et (b) parce que, le pur élément spirituel étant laissé sans entraves et plus libre, ils sont moins influencés par la mâyâ que ne peut jamais l'être l'homme, à moins qu'il ne soit un Adepte, qui garde entièrement séparées ses deux personnalités – la spirituelle et la physique. Les Monades naissantes, n'ayant jamais eu de corps terrestres ne peuvent éprouver aucun sentiment de personnalité ou d'EGO-ïsme. Ce qu'on entend par "personnalité" étant une limitation et une relation, ou, comme Coleridge la définit, "une individualité existant par elle-même, mais avec une nature comme base", le mot ne peut naturellement pas s'appliquer à des entités non humaines ; mais, ainsi qu'il a toujours été constaté par des générations de Voyants, aucun de ces Etres, supérieur ou inférieur, n'a d'individualité, ni de personnalité comme Entité séparée, par exemple ils n'ont pas d'individualité dans le sens que donne à ce mot l'homme qui dit : "je suis moi et personne d'autre" ; en d'autres termes, ils ne sont pas conscients d'une séparativité distincte comme celle qui existe pour les hommes et les choses de la terre. L'individualité est la caractéristique de leurs Hiérarchies respectives et non de leurs unités, et ces caractéristiques varient seulement avec le rang du plan auquel appartiennent ces Hiérarchies : plus elles se rapprochent de la région de l'homogénéité et de l'Un Divin, plus cette individualité est pure et peu accentuée dans la Hiérarchie. Ils sont finis sous tous les rapports, sauf en ce qui concerne leurs principes supérieurs – les Etincelles immortelles – qui réfléchissent la Flamme  Divine Universelle individualisée et séparée seulement, sur les sphères d'Illusion, par une différenciation aussi illusoire que le reste. Ce sont des "Etres Vivants", parce que ce sont les courants projetés de la VIE ABSOLUE sur l'écran Kosmique de [34] l'Illusion ; des Etres dans lesquels la vie ne peut s'éteindre avant que le feu de l'ignorance ne soit éteint chez ceux qui ont le sentiment de ces "Vies". Ayant pris naissance sous l'influence vivifiante du rayon incréé, réflexion du grand Soleil Central qui luit sur les bords de la rivière de vie, c'est, chez eux, le Principe intérieur qui appartient aux eaux de l'immortalité, tandis que son vêtement différencié est aussi périssable que le corps de l'homme. C'est pourquoi Young avait raison de dire :

Les Anges sont des hommes d'un ordre supérieur... et pas davantage. Ce ne sont ni des anges "secourables", ni des anges  "protecteurs",  pas  plus  que  des  "Précurseurs du Très Haut" ; ils sont encore bien moins les "Messagers de colère" d'un Dieu, comme en a créé l'imagination de l'homme. Solliciter leur protection est aussi insensé que de croire qu'on peut gagner leur sympathie par une offrande quelconque, car ils sont, autant que l'homme lui-même, les esclaves et les créatures de l'immuable Loi Karmique et Kosmique. La raison en est évidente. Ne possédant aucun élément de personnalité dans leur essence, ils ne peuvent avoir aucune des qualités personnelles telles que les hommes les attribuent, dans les religions exotériques, à leur Dieu anthropomorphe, le Dieu jaloux et exclusif, qui se réjouit et se met en colère, qui aime les sacrifices et montre plus de despotisme dans sa vanité que n'importe quel homme insensé. L'Homme, étant un composé des essences de toutes ces Hiérarchies célestes, peut réussir comme tel, à se rendre supérieur, à un certain point de vue à une quelconque Hiérarchie ou Classe ou même de leur combinaison. Il est dit que "l'homme ne peut ni se rendre les Dévas propices ni les commander". Mais, en paralysant sa personnalité inférieure et en arrivant ainsi à la pleine connaissance de la non-séparativité entre son SOI Supérieur et l'Unique SOI Absolu, l'homme peut, même durant sa vie terrestre, devenir comme " l'UN de Nous". C'est ainsi qu'en mangeant le [35] fruit de la connaissance qui dissipe l'ignorance, l'homme devient comme l'un des Elohim ou Dhyânis et, une fois sur leur plan, l'Esprit de Solidarité et de parfaite harmonie qui règne dans toute Hiérarchie doit s'étendre à lui et le protéger.

La principale difficulté qui empêche les hommes de science de croire aux esprits divins, comme aussi à ceux de la nature, c'est  leur matérialisme. L'obstacle majeur qui empêche le Spirite de croire à tous ces mêmes esprits, alors qu'il conserve une croyance aveugle aux "Esprits" des Morts, c'est l'ignorance générale de tous – sauf quelques occultistes et Kabalistes – en ce qui concerne l'essence et la nature vraies de la matière. C'est de l'acceptation ou du rejet de la théorie de l'Unité de tout dans la nature, dans son Essence ultime, que dépend principalement la croyance ou  l'incrédulité  au  sujet  de  l'existence,  autour  de  nous,  d'autres êtres conscients en plus des Esprits des Morts. C'est sur la compréhension correcte de l'évolution primordiale de l'Esprit-Matière et de son Essence réelle que l'étudiant doit compter pour l'élucidation ultérieure dans son mental de la Cosmogonie Occulte et pour trouver le seul indice sûr qui puisse guider ses études suivantes.

En vérité, comme nous venons de le montrer, chaque  prétendu "Esprit" est, soit un homme désincarné, soit un homme futur. Puisque, depuis l'Archange le plus élevé (Dhyân-Chôhan), jusqu'au dernier "Constructeur" conscient (la classe inférieure d'Entités spirituelles), tous sont des hommes ayant vécu il y a des âges dans d'autres Manvantaras, sur cette Sphère ou sur d'autres, de même les Elémentals inférieurs, semi- intelligents et non-intelligents, sont tous des hommes futurs. Le fait seul qu'un Esprit soit doué d'intelligence est, pour l'occultiste, une preuve qu'un tel Etre a dû être un homme et acquérir sa connaissance et son intelligence en parcourant le cycle humain. Il n'y a, dans l'univers, qu'une Omniscience et Intelligence indivisible et absolue et elle vibre à travers chaque atome et chaque point infinitésimal du Kosmos entier, qui n'a pas de limite et qu'on nomme l'ESPACE, considéré indépendamment de tout ce [36] qui y est contenu. Mais la première différenciation de sa réflexion dans le monde manifesté est purement spirituelle et les êtres qui y sont générés ne sont pas doués d'une conscience ayant un rapport quelconque avec celle que nous concevons. Ils ne peuvent posséder de conscience ou d'intelligence humaine avant de les avoir acquises, personnellement et individuellement. Cela peut être un mystère, mais c'est cependant un fait dans la Philosophie Exotérique, et même un fait très apparent.

L'ordre entier de la Nature témoigne d'une marche progressive vers une vie supérieure. Il y a un plan dans l'action des forces en apparence les plus aveugles. Le processus entier de l'évolution, avec ses adaptations sans fin en est une preuve. Les lois immuables qui extirpent les espèces faibles, afin de faire place aux fortes, et qui assure la "survivance des plus aptes", quoique cruelles dans leur action immédiate, tendent toutes vers le grand but. Le fait même que les adaptations ont lieu, que les plus aptes survivent dans la lutte pour l'existence, montre que ce que nous appelons la "Nature inconsciente" est, en réalité, un ensemble de forces manipulées par des êtres semi-intelligents (Elémentals), dirigés par de Hauts Esprits Planétaires (Dhyânchôhans) dont l'ensemble forme le verbe manifesté du LOGOS non-manifesté, et constitue en même temps le MENTAL de l'univers et sa LOI immuable.

 

La Doctrine Secrète, I 262-268.

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