MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

ISIS DEVOILEE

CHAPITRE XIII - REALITES ET ILLUSIONS

CHAPITRE XIII

REALITES ET ILLUSIONS

 

L'ALCHIMISTE. – Tu dis toujours des  énigmes. Dis- moi si tu es cette fontaine dont parle Bernard Lord Trevisan ?

MERCURE. – Je ne suis pas cette fontaine, mais j'en suis l'eau. La fontaine m'enferme.

 SANDIVOGIUS,

New Light of Alchymie.

Tout ce que nous prétendons faire, c'est trouver les secrets de l'humaine structure, savoir pourquoi certaines parties s'ossifient, et le sang stationne, et appliquer de continuels préservatifs contre les effets du temps. Cela n'est point de la magie, mais l'art de la médecine bien compris.

 BULWER-LYTTON,Zanoni.

"Lo, warrior ! now the cross of red Points to the cross of the mighty dead : Within it burns a wondrous light,

To chase the spirits that love the night That lamp will burn unquenchably Until the eternal doom shall be."

……………………………………………………………

 

"No earthly flame blazed e'er so bright 301."

301 Ah, guerrier maintenant la croix rouge Indique la tombe du puissant mort ;

Dans ce sépulchre brûle une lumière merveilleuse Qui chasse les esprits amis des ténèbres.

Cette lampe brûlera sans s'éteindre Jusqu'au jugement éternel.

………………………………………………. Jamais flamme terrestre n'eut un pareil éclat...

 

 Sir Walter SCOTT,The Lay of the Lart Minstrel.

 

Il y a des personnes dont le mental est incapable d'apprécier la grandeur intellectuelle des anciens, même dans les sciences physiques, et même si on leur offrait la démonstration la plus complète de leur profond savoir et de leurs œuvres. Malgré la leçon de prudence que plus d'une découverte inattendue leur a infligée, elles persistent à suivre l'ancien procédé de nier, et, ce qui est pire encore, de ridiculiser ce qu'elles n'ont le moyen ni de prouver [198] ni de réfuter. Ainsi, par exemple, elles riront de l'idée de l'efficacité des talismans. Que les sept esprits de l'Apocalypse aient une relation directe avec les sept forces occultes de la nature, paraît incompréhensible et absurde à leurs faibles intellects ; et la seule pensée d'un magicien prétendant accomplir des merveilles, à l'aide de certains rites cabalistiques, les fait rire aux larmes. N'apercevant qu'une figure géométrique tracée sur une feuille de papier, sur un morceau de métal, ou sur toute autre substance, elles ne s'imaginent pas qu'un être raisonnable puisse reconnaître à l'une de ces choses une puissance occulte quelconque. Mais ceux qui ont pris la peine de se renseigner savent comment les anciens faisaient des découvertes aussi grandes dans la psychologie que dans la physique, et que leurs recherches ne laissaient que peu de secrets à découvrir.

 

Lorsque nous constatons de notre côté qu'un pentacle est une figure synthétique qui exprime dans une forme concrète une profonde vérité naturelle, nous ne voyons rien de plus ridicule dans cette figure que dans celles d'Euclide, ni rien qui soit aussi comique que les symboles employés dans un ouvrage de chimie moderne. Qu'est-ce qui, pour un lecteur non initié, paraîtrait plus absurde que la donnée, que le symbole Na2CO3 veut dire du carbonate de soude ? et que C2H60 n'est autre chose qu'une manière différente d'écrire le mot alcool ? Qu'y a-t-il donc de si risible à ce que les alchimistes exprimassent leur azoth, ou principe créateur de la nature (la lumière astrale) par le symbole :

 

 

T

 

 

O                          A

 

 qui embrasse trois choses : 1° La divine hypostase ; 2° La synthèse philosophique ; 3° La synthèse physique, c'est-à-dire une croyance, une idée et une force. Mais combien n'est-il pas plus naturel qu'un chimiste moderne, qui veut indiquer à ses élèves dans son laboratoire, la réaction d'un carbonate de soude avec de la crème de tartre en solution se serve du symbole suivant :

Na2CO3  + 2 HKC4H406 + Aq = 2 NaKC4H4O6 + H2O + Aq + CO2

Si le lecteur non inspiré peut être excusable d'ouvrir des yeux effarés devant cet abracadabra de la science chimique, pourquoi ses professeurs ne modéreraient-ils pas leur hilarité jusqu'à ce qu'ils aient appris la valeur philosophique du symbolisme des [199] anciens ? Du moins s'éviteraient- ils d'être aussi ridicule que M. de Mirville qui, confondant l'Azoth des philosophes hermétiques avec l'azote des chimistes, affirme que les premiers adoraient le gaz nitrogène 302.

Appliquez un morceau de fer sur un aimant, et il devient aussitôt imprégné de ce principe subtil et capable de le communiquer à son tour à d'autres morceaux de fer. Il n'en pèse pas davantage ni ne présente aucune différence avec son état antérieur. Et pourtant une des plus subtiles forces de la nature a pénétré dans sa substance. Un talisman, morceau de métal probablement  sans  valeur  intrinsèque,  chiffon  de  papier ou lambeau d'étoffe quelconque, a néanmoins été imprégné de l'influence du  plus grand de tous les aimants, la volonté de l'homme, avec une puissance pour le bien ou le mal, aussi reconnaissable par ses effets que  la propriété subtile que le fer acquiert par son contact avec l'aimant physique. Que l'on fasse sentir à un limier une pièce du vêtement qu'a porté un fugitif, et il suivra sa trace à travers marécages et forêts jusqu'à l'endroit où il se cache. Qu'on donne à un des "psychomètres" du professeur Buchanan un manuscrit, quelle que soit son antiquité, et il décrira le caractère de l'écrivain, et peut-être même son aspect physique. Que l'on remette à un clairvoyant une mèche de cheveux ou un objet quelconque qui ait été en contact avec une personne dont on désire savoir quelque chose, et il entrera en sympathie si intime avec elle, qu'il pourra la suivre pas à pas dans toute sa vie.

302 Voir Eliphas Levi, La Science des Esprits, Préface.

 

Les éleveurs nous apprennent que les jeunes animaux ne doivent pas être mis en troupeau avec les vieux ; et les médecins intelligents défendent aux parents de prendre leurs jeunes enfants dans leurs lits. Lorsque David devint vieux et affaibli, ses forces vitales furent rétablies en mettant une jeune personne en contact avec lui de manière qu'il absorbât de sa force. Feue l'impératrice de Russie, sœur de l'empereur d'Allemagne actuel 303, était si faible dans les dernières années de sa vie que les médecins lui conseillèrent sérieusement de faire coucher avec elle une jeune et robuste paysanne. Quiconque a lu la description faite par le Dr Kerner de la Voyante de Prévorst, M- Hauffee, se rappellera, sans doute, ses paroles 304. Elle déclara à plusieurs reprises qu'elle entretenait sa vie uniquement par l'atmosphère des personnes qui l'entouraient et par leurs émanations magnétiques, qui étaient vivifiées d'une façon extraordinaire par sa présence. La voyante était très simplement un vampire magnétique, qui absorbait, en [200] l'attirant à elle, la vie de ceux qui étaient assez robustes pour lui communiquer de leur vitalité, sous la forme de sang volatilisé. Le Dr Kerner observa que ces personnes étaient toutes plus ou  moins affectées par cette perte forcée.

303 Guillaume Ier , cet ouvrage fut écrit en 1877 (Note du Traducteur).

304 [J.A.C. Kerner, Die Seherin von Prevorst, etc., 1829.]

 

Grâce à ces exemples familiers de la possibilité, pour un individu, de communiquer un fluide subtil à un autre ou aux substances qu'il touche, il devient   moins difficile de comprendre que, par une concentration déterminée de la volonté, un objet, d'ailleurs inerte, puisse être imprégné d'un pouvoir protecteur ou destructeur, suivant le but qu'on a en vue.

Une émanation magnétique produite inconsciemment est sûrement vaincue par une émanation plus énergique avec laquelle on la met en opposition. Mais lorsqu'une volonté intelligente et puissante dirige la force aveugle et la concentre sur un point donné, l'émanation la plus faible l'emporte souvent sur la plus forte. Une volonté humaine produit le même effet sur l'Akâsha.

Nous avons assisté un jour au Bengale 305 à une manifestation de la puissance de la volonté, qui illustre une très intéressante phase du sujet. Un adepte dans la magie fit quelques passes sur un objet d'étain commun, l'intérieur d'un couvercle de marmite, qui se trouvait à sa portée, et, tout en le regardant attentivement pendant quelques minutes, il paraissait recueillir à poignées le fluide impondérable et le répandre sur la surface du métal. Lorsque l'étain eut été exposé à la pleine lumière du jour pendant environ six secondes, la surface polie et brillante se couvrit soudain comme d'une pellicule. Bientôt des plaques plus foncées commencèrent à se montrer à la surface ; et lorsque au bout d'à peu près trois minutes l'objet nous fut rendu, nous y trouvâmes imprimé un tableau, ou plutôt une photographie du paysage qui s'étendait devant nous, reproduction fidèle comme la nature elle-même et parfaite de coloris. Ce tableau subsista en cet état pendant environ quarante-huit heures, puis s'effaça lentement.

Ce phénomène est facile à expliquer. La volonté de l'adepte avait condensé sur le métal une pellicule d'Akâsha, qui le rendit pour le moment sensible, comme une plaque photographique. La lumière fit le reste.

Une pareille manifestation de la puissance de la volonté pour produire des résultats objectifs physiques préparera l'étudiant à comprendre son efficacité pour la guérison des maladies, en communiquant la vertu désirée aux objets inanimés placés en contact avec le malade. Lorsque nous voyons des psychologues tels que [201] Maudsley 306 citer, sans être contredit, les récits de quelques cures miraculeuses opérées par le père de Swedenborg, récits qui ne diffèrent guère de centaines de guérisons obtenues par d'autres "fanatiques", suivant sa propre expression, magiciens et guérisseurs naturels, et cela sans essayer d'expliquer leurs actes, mais retenant le rire devant l'intensité de leur foi, sans se demander même si le secret de ce pouvoir de guérir ne se trouve pas précisément dans l'empire que cette foi donne sur les forces occultes, nous déplorons qu'il y ait tant de savoir et si peu de philosophie en notre temps.

Certes, nous ne voyons pas que le chimiste moderne soit moins magicien que l'ancien théurgiste ou philosophe Hermétique, si ce n'est pourtant que ceux-ci, reconnaissant la dualité de la nature, avaient un champ double de celui du chimiste, pour leurs recherches expérimentales. Les anciens animaient des statues, et les Hermétistes appelaient à l'être, en les tirant des éléments, des formes de salamandres, de gnomes,  d'ondines et de sylphes, qu'ils ne prétendaient pas créer, mais tout simplement rendre visibles, en tenant ouverte la porte de la nature, de sorte que, sous certaines conditions favorables, ils se montraient aux regards. Le chimiste met en contact deux éléments contenus dans l'atmosphère, et en développant en eux une force latente d'affinité, il crée un nouveau corps, l'eau. Dans les perles diaphanes et sphéroïdes qui sont nées de cette union de deux gaz naissent les germes de la vie organique, et dans leurs interstices moléculaires se dissimulent la chaleur, l'électricité et la lumière, exactement comme dans le corps humain. D'où vient cette vie dans une goutte d'eau qui vient de se former de l'union de deux gaz ? Et qu'est-ce que l'eau elle-même ? Est-ce que l'oxygène et l'hydrogène subissent quelque transformation qui oblitère leur qualité simultanément avec l'oblitération de leur forme ? Voici la réponse de la science moderne : "L'oxygène et l'hydrogène existent-ils tels quels dans l'eau, ou ont-ils été produits par quelque transformation inconnue et inconcevable de leur substance, voilà une question au sujet de laquelle nous pouvons nous livrer à des spéculations, mais sur laquelle nous n'avons aucune connaissance réelle" 307. Sans donnée aucune sur un sujet aussi simple que la constitution moléculaire de l'eau, ou sur le problème plus profond de l'apparition de la vie en elle, et M. Maudsley ne ferait-il pas bien de donner l'exemple de son propre principe et de s'en tenir à un calme acquiescement dans l'ignorance, jusqu'à ce que la lumière se fasse 308 ? [202]

305 Dans le Sikkim, près de Darjeeling. Ce pays qui, quoique tout à côté de la province du Bengale du Nord, permet rarement à un voyageur Européen de traverser ses frontières, est visité fort souvent par des Lamas Tibétains. Le Tibet n'étant qu'à un pas du Sikkim (Note de H.-P. B.).

306 Henry Maudsley, Body and Mind, Part. II, Essay on Swedenborg.

 307 Josiah Cooke, Jr, The New Chemistry p. 101.

308 Henry Maudsley, Body and Mind, The limits of Philosophical Inquiry.

 

Les prétentions des amis de la science ésotérique qui affirment que Paracelse produisait chimiquement de certaines combinaisons encore inconnues de la science officielle les Homunculi, sont comme de raison reléguées parmi les mystifications démasquées. Mais pourquoi donc ? Si Paracelse n'a pas fabriqué d'homunculi, d'autres adeptes en ont développé et cela il n'y a pas mille ans. Ils ont été produits, de fait, d'après exactement le même principe, en vertu duquel le chimiste et le physicien donnent vie à leurs animalcules. Il y a quelques années, un gentleman anglais, Andrew Crosse du Sommersetshire, produisit des acares par le procédé suivant : "Du silex noir ayant été chauffé au rouge et réduit en poudre fut mêlé à du carbonate de potasse et exposé à une grande chaleur pendant quinze minutes ; le mélange fut ensuite versé dans un creuset de mine de plomb, dans un fourneau à air. Il fut réduit en poudre encore chaud et mêlé avec de l'eau bouillante que l'on laissa bouillir pendant quelques minutes, et l'on y ajouta ensuite de l'acide chlorhydrique jusqu'à sursaturation.  Après l'avoir exposé à l'action voltaique pendant vingt-six jours, un  insecte parfait de la tribu des acares apparut, et dans l'espace de quelques jours on en obtint une centaine d'autres. L'expérience fut renouvelée avec d'autres liquides chimiques et avec des résultats analogues. Un M. Weeks de Sandwich en produisit aussi avec du ferrocyanure de potasse... Cette découverte produisit une sensation profonde... M. Crosse fut accusé d'impiété et de viser au rôle de -créateur". Il répliqua, en niant l'imputation, qu'il considérait que "créer c'était former quelque chose de rien" 309.

Un autre, considéré par plusieurs personnes comme un homme de grand savoir, nous a répété plusieurs fois qu'il était sur le point de prouver que même les œufs non fécondés pouvaient être amenés à éclosion, en faisant passer à travers eux un courant d'électricité négative.

Les mandragores (dudim ou fruit d'amour) trouvées dans le champ de Ruben fils de Jacob, qui excitèrent la convoitise de Rachel, étaient des mandragores cabalistiques malgré toutes les négations ; et les versets qui s'y rapportent appartiennent aux passages les plus osés, dans leur signification ésotérique 310, de tout l'ouvrage. La mandragore est une plante ayant la forme rudimentaire d'une créature humaine ; avec une tête, deux bras et deux jambes formant racines. La superstition qui veut que lorsqu'on l'arrache elle crie avec la voix humaine n'est pas complètement dénuée de fondement. Elle produit une espèce de son qui ressemble à un cri aigu, qui est dû à la nature résineuse de la substance dont [203] sont formées ses racines, ce qui les rend difficiles à arracher ; elle possède plus d'une propriété secrète, absolument ignorée du botaniste.

309 Scientific American, 12 août 1868.

310 [Exotérique ? Signification douteuse.]

 

Le lecteur qui voudrait avoir une idée claire et précise de la commutation des forces, et de la ressemblance qui existe entre les principes de vie des plantes, des animaux et des êtres humains, peut consulter avec profit un travail sur la corrélation des forces nerveuses et mentales, par le professeur Alexandre Bain de l'Université d'Aberdeen. Cette mandragore paraît occuper sur la terre le point où les règnes végétal et animal se touchent comme le font dans la mer les zoophites et les polypes ; la barrière entre les deux étant, dans l'un et l'autre cas, si peu distincte, qu'elle rend presque imperceptible le point où l'une finit et où l'autre commence. Il semblerait improbable qu'il y ait des homunculi, mais un naturaliste quelconque osera-t-il, en présence de l'extension récente de la science, assurer que c'est impossible ? "Qui, dit Bain, limite les possibilités de l'existence ?"

Les mystères inexpliqués de la nature sont nombreux, et de ceux que l'on présume avoir expliqués, à peine il y en a-t-il un, dont on puisse dire qu'il est devenu absolument intelligible. Il n'est pas une plante ou un minéral qui ait révélé la dernière de ses propriétés aux savants. Que savent les naturalistes sur la nature intime des règnes végétal et minéral ? Comment peuvent-ils penser que, pour chacune des propriétés découvertes il n'y a pas beaucoup de forces cachées dans la nature intime de la plante ou de la pierre. Elles ne font qu'attendre d'être mises en relation avec quelque autre plante ou minéral, ou avec quelque force de la nature, pour se manifester dans ce qu'on veut bien considérer comme "une façon surnaturelle". Partout où Pline le naturaliste, Alien et même Diodore, qui cherchèrent avec une si louable persévérance à débrouiller la vérité historique de son pêle-mêle d'exagérations et de fables, ont attribué à quelque plante ou minéral une propriété inconnue à nos botanistes ou physiciens modernes, leurs assertions ont été mises de côté, sans plus de cérémonie, comme absurdes, et on n'en parle plus.

De temps immémorial, la spéculation des savants a eu pour objet ce qu'est cette force vitale ou principe de vie. A notre avis seule la "doctrine secrète" peut fournir le fil conducteur. La science exacte ne reconnaît que cinq forces dans la nature : une molaire, et quatre moléculaires ; les cabalistes en admettent sept ; et dans ces deux forces additionnelles gît tout le mystère de la vie. L'une d'elle est l'esprit immortel, dont le reflet est rattaché par d'invisibles liens, même avec la matière inorganique ; nous laissons à chacun le soin de faire la découverte de l'autre. Le professeur Joseph Le Conte dit : "Quelle est la nature de la différence [204] qui existe entre l'organisme vivant et l'organisme mort ? Nous n'en  pouvons découvrir aucune, physique ou chimique. Toutes les forces physiques ou chimiques tirées du fond commun de la nature et incorporées dans l'organisme vivant, paraissent être encore incorporées dans l'organisme mort, jusqu'à ce que petit à petit il tombe en décomposition. Et pourtant la différence est immense, inconcevablement grande. Quelle est la nature de cette différence exprimée dans la formule de la science matérielle ? Qu'est- ce qui est parti, et où est-ce allé ? Il y a ici quelque chose que la science ne peut pas encore comprendre. Et cependant c'est cette chose manquante qui disparaît à la mort, et avant la décomposition, qui représente, au plus haut degré, la force vitale !" 311.

311 Le Conte, Corrélation de la Force Vitale avec les Forces Chimiques et Physiques dans Pop. Science Monthly, IV, déc. 1878, p. 170.

 

Pour si difficile, voire même impossible que paraisse à la science de découvrir le moteur invisible et universel de toutes Choses, la Vie, d'en expliquer la nature, ou même de suggérer une hypothèse raisonnable à ce sujet, le mystère n'est pourtant qu'un demi-mystère, non seulement pour les grands adeptes et voyants, mais encore pour les sincères et fermes croyants au monde spirituel. Pour le simple croyant, non favorisé par un organisme personnel pourvu de cette sensibilité nerveuse et délicate qui le mettrait à même, comme elle le fait pour le voyant, d'apercevoir l'univers visible reflété, comme dans une glace, dans l'Invisible, et cela d'une façon objective, il reste la foi divine. Elle est fortement enracinée dans ses sens internes ; dans son infaillible intuition, avec laquelle la froide raison n'a rien à voir, il sent qu'elle ne peut le tromper. Que les dogmes erronés, enfants de l'esprit humain et les sophismes de la théologie se contredisent ; qu'ils se bousculent les uns les autres, et que la subtile casuistique d'une croyance détruise le raisonnement artificieux de l'autre ; la vérité demeure toujours une, et il n'y a pas de religion, chrétienne ou païenne, qui ne soit fermement bâtie sur le roc séculaire, le Dieu Universel et l'Esprit immortel.

 Chaque animal est plus ou moins doué de la faculté de percevoir, sinon les esprits, du moins quelque chose qui demeure pour le moment invisible à l'homme ordinaire et ne peut être discerné que par un clairvoyant. Nous avons fait des centaines d'expériences dans ce sens, avec des chats, des chiens, des singes de divers genres, et une fois, avec un tigre apprivoisé. Un miroir rond et noir, connu sous le nom du "cristal magique", fut fortement magnétisé par un hindou, résidant antérieurement à Dindigal et domicilié maintenant dans un endroit plus retiré, dans les montagnes connues sous le nom de Western Ghàts. Il avait apprivoisé [205] un jeune tigre, qui lui avait été apporté de la côte du Malabar, partie de l'Inde ou les tigres sont d'une férocité proverbiale ; c'est avec cet intéressant animal que nous fîmes nos expériences.

De même que les anciens Marses et Psyllis, les célèbres charmeurs de serpents, cet hindou prétendait posséder le don mystérieux d'apprivoiser toute espèce d'animaux. Le tigre avait été réduit à un état de torpeur mentale chronique, pour ainsi dire, il était devenu aussi inoffensif et doux qu'un chien. Les enfants pouvaient le taquiner et lui tirer les oreilles, et il ne faisait que se secouer et gémir comme un chien. Mais toutes les fois qu'on le forçait à regarder dans le "miroir magique", la pauvre bête était instantanément poussée à une sorte de frénésie. Son regard était empreint d'une terreur humaine ; il hurlait de désespoir, incapable de détourner les yeux du miroir auquel son regard semblait cloué par un charme magnétique ; il se tordait et tremblait, jusqu'à tomber en convulsions par la crainte de quelque vision, qui pour nous restait inconnue. Il se couchait alors en poussant de faibles gémissements, mais toujours les yeux fixés sur le miroir. Lorsqu'on l'enlevait, l'animal restait pantelant et dans un état de prostration visible pendant près de deux heures. Que voyait-il ? Quel tableau spirituel de son propre monde animal invisible pouvait produire un effet si terrible sur une bête sauvage, naturellement féroce et hardie ? Qui le dira ? Petit-être celui qui provoqua la scène.

La même impression, produite sur les animaux a été observée pendant les séances spirites, avec quelques vénérables mendiants ; et il en fut de même lorsqu'un syrien moitié païen, moitié chrétien, de Kunankulam (Etat de Cochin), sorcier en renom, fut invité à se joindre à nous pour faire des expériences.

Nous étions en tout neuf personnes, sept hommes et deux femmes, dont une indigène. Il y avait en outre dans la pièce le jeune tigre très occupé après un os ; un wanderoo ou singe-lion qui, avec son poil noir, sa barbe d'un blanc de neige, et ses yeux rusés et brillants, semblait une personnification de la malice ; et un beau loriot doré, lissant tranquillement sa queue aux radieuses teintes, sur un perchoir placé près d'une grande fenêtre sur la véranda. Dans l'Inde, les séances "spirites"  n'ont  pas lieu dans l'obscurité, comme en Amérique ; et il n'y faut rien d'autre qu'un silence parfait et de l'harmonie. C'était donc en pleine lumière du jour, pénétrant à flots par les portes et les fenêtres large ouvertes, au milieu du bourdonnement lointain de la vie dans les forêts voisines, et dans les jungles, dont les échos nous renvoyaient les bruits de myriades d'insectes, d'oiseaux et d'animaux. Nous étions installés au milieu d'un jardin, qui entourait la maison, et au lieu de respirer l'atmosphère étouffante d'une salle de séances, nous nous trouvions entourés de massifs d'hérythrina, à la teinte couleur [206] de feu, de l'arbre corail, respirant les odorantes effluves des buissons et des fleurs de bégonia, dont les blancs pétales tremblaient au souffle de la brise légère. Bref, nous étions environnés de lumière, d'harmonie et de parfums. De larges bouquets de fleurs et de branches d'arbustes consacrés aux dieux indigènes avaient été cueillis pour la circonstance, et apportés dans les appartements. Il y avait le basilic odorant, la fleur de Vishnou sans laquelle, au Bengale, aucune cérémonie religieuse ne peut avoir lieu ; et les branches du ficus religiosa, l'arbre dédié à cette même brillante divinité, entremêlaient leurs feuilles avec les fleurs rosées du lotus sacré, et de la tubéreuse de l'Inde, répandues à profusion pour parer les murs.

Pendant que le "saint béni" représenté par un fakir très sale, mais néanmoins véritablement fort saint, restait plongé dans la contemplation, et que quelques prodiges spirituels s'accomplissaient sous l'influence de sa volonté, le singe et l'oiseau ne donnaient que de rares signes d'inquiétude. Le tigre seul tremblait visiblement par intervalles, et regardait fixement par toute la pièce, comme si ses phosphorescentes prunelles vertes suivaient quelque chose d'invisible flottant dans tous les sens. Cette chose encore imperceptible pour le regard humain devait donc être devenue objective pour lui ; quant au wanderoo, toute sa gentillesse avait disparu ; il paraissait assoupi, et reposait accroupi sans mouvement. L'oiseau ne manifestait que peu ou pas d'indices de malaise. On entendait un son comme un bruit d'ailes battant doucement l'air ; les fleurs allaient et venaient dans la chambre, comme déplacées par d'invisibles mains ; et une fleur admirablement teintée d'azur étant tombée sur les pattes croisées du singe, il eut un soubresaut nerveux, et courut chercher un refuge sous la blanche tunique de son maître. Ces manifestations durèrent environ une heure, et il serait trop long de les narrer toutes. La plus curieuse fut précisément celle qui clôtura la série de ces merveilles. Quelqu'un s'étant plaint de la chaleur, nous eûmes le spectacle d'une rosée délicieusement parfumée. Les gouttes tombaient larges et serrées, et procuraient une sensation de fraîcheur inexprimable, en séchant aussitôt qu'elles avaient touché nos personnes.

Lorsque le fakir eut terminé cette séance de magie blanche,  le "sorcier" ou charmeur, comme on les nomme, s'apprêta à déployer son pouvoir. Nous fûmes gratifiés d'une succession de prodiges, que les récits des voyageurs ont rendus familiers au public ; et il nous fut montré, entre autres choses, que les animaux possèdent naturellement la faculté de clairvoyance et même, semble-t-il, le pouvoir de discerner entre les bons et les mauvais esprits. Tous les tours du sorcier étaient précédés de fumigations. Il fit brûler des branches d'arbres et d'arbustes résineux qui répandaient des [207] colonnes de fumée. Quoiqu'il n'y eut rien dans tout cela de nature à effrayer un animal faisant usage de ses yeux physiques, le tigre, le singe et l'oiseau manifestaient une terreur indicible. Nous suggérâmes l'idée que peut-être les animaux étaient effrayés par les branches enflammées, en nous rappelant l'usage familier d'entretenir des feux autour des camps pour éloigner les bêtes féroces. Afin de ne pas laisser de doute à cet égard, le Syrien s'approcha du tigre avec une branche de l'arbre de Bael (consacré à Siva), et il l'agita plusieurs fois sur sa tête en murmurant ses incantations. La bête donna aussitôt des marques d'une frayeur au-delà de toute expression. Ses yeux sortaient de leurs orbites, comme des boules de feu ; sa gueule était pleine d'écume ; il se précipita sur le sol, comme s'il eût cherché un trou pour s'y cacher ; il poussait rugissements sur rugissements, et réveillait les nombreux échos dans la jungle et les bois. Enfin, jetant un dernier regard sur cet endroit, que ses yeux n'avaient pas quitté, il fit un suprême effort, qui brisa sa chaîne, et il franchit d'un bond la fenêtre de la véranda, en emportant un morceau de la boiserie. Le singe s'était enfui longtemps auparavant, et l'oiseau  était tombé de son perchoir, comme frappé de paralysie.

Nous ne demandâmes ni au fakir ni au sorcier d'explication sur la méthode par laquelle leurs phénomènes respectifs étaient produits. L'eussions-nous fait, il n'est pas douteux qu'ils nous eussent répondu ce qu'un fakir répondit à un Français, M. Louis Jacolliot, qui en fait le récit reproduit de son livre dans un numéro récent d'un journal de New-York, le Franco-Américain, en ces termes "Beaucoup de ces jongleurs hindous qui vivent dans le silence des pagodes exécutent des tours, qui dépassent de beaucoup les prestidigitations de Robert-Houdin, et il y en a beaucoup d'autres qui provoquent les phénomènes le plus curieux en fait de magnétisme et de catalepsie, sur les premiers objets qui leur tombent sous la  main, au point que je me suis souvent demandé si les Brahmanes avec leurs sciences occultes n'ont pas fait d'importantes découvertes dans les questions qui ont tout récemment été agitées en Europe.

Nous trouvant une fois en compagnie d'autres personnes dans un café avec sir Maxwell, il ordonna à son dubash de faire entrer un charmeur. Peu après entra un Hindou décharné, presque nu, à la face ascétique d'une teinte bronzée. Autour de son cou, de ses bras, de ses cuisses, de son corps, étaient enroulés des serpents de diverses dimensions. Après nous avoir salués, il nous dit : "Que Dieu soit avec vous, je suis Chibh-Chundor, fils de Chibh-Gontnalh-Mava". [208]

"Nous désirons voir ce que vous pouvez faire", dit notre hôte.

"J'obéis aux ordres de Siva, qui m'a envoyé ici", répondit le fakir, s'installant sur une des dalles de marbre.

"Les serpents dressèrent leurs têtes et sifflèrent,  mais sans témoigner la moindre colère. Prenant alors un flageolet fixé dans une mèche de ses  cheveux, il produisit des sons à peine perceptibles, imitant le chant du tailapaca, un oiseau qui se nourrit de noix de coco écrasées. Les serpents se déroulèrent alors, et descendirent l'un après l'autre à terre. Aussitôt qu'ils eurent touché le sol, ils se redressèrent d'environ un tiers de leur longueur, et commencèrent à se balancer en mesure avec la musique de leur maître. Tout à coup le fakir remit son instrument en place et fit quelques passes avec ses mains sur les serpents, au nombre de dix, et tous appartenaient aux espèces les plus dangereuses du cobra Indien. Son œil prit une expression étrange. Nous éprouvâmes tous un sentiment de malaise indéfinissable, et nous cherchions instinctivement à détourner de lui nos regards. En ce moment un petit Chokra 312 (garçon) dont le rôle était d'offrir du feu dans un petit brasier pour allumer les cigares, succombant à son influence, s'affaissa et resta endormi. Cinq minutes se passèrent et nous sentîmes que si ses manipulations devaient continuer quelques secondes de plus, nous allions tous être endormis. Chundor se releva et faisant encore deux passes sur le Chokra, il lui dit : "Donne du feu au commandant". Le jeune garçon se leva et sans hésiter, vint offrir du feu à son maître. On le pinça, on le poussa, on le secoua de manière à bien s'assurer qu'il était parfaitement endormi. Il ne voulut pas s'éloigner de sir Maxwell, jusqu'à ce qu'il en eût reçu l'ordre du fakir.

312 (Traduit par singe) ce qui n'est pas correct ; le mot hindou pour singe est rûkh-charhâ. Il est fort probable qu'on a voulu dire chokra, un jeune domestique indigène.

 

Nous examinâmes alors les cobras. Paralysés par l'influence magnétique, ils étaient étendus tout de leur long sur le sol. Ils étaient dans un état de catalepsie complète. En les prenant, nous les trouvâmes raides comme des bâtons. Le fakir les réveilla, et là-dessus ils revinrent s'enrouler de nouveau autour de son corps. Nous lui demandâmes s'il pourrait nous faire sentir son influence. Il fit quelques passes sur nos jambes, et instantanément nous perdîmes l'usage de ces membres ; nous ne pûmes quitter nos sièges. Il nous soulagea aussi aisément qu'il nous avait paralysés.

Chibh-Chundor termina la séance par des expériences faites sur des objets inanimés. Au moyen de quelques passes exécutées [209] avec ses mains, dans la direction des objets sur lesquels il voulait agir, et sans quitter son siège, il fit pâlir et même s'éteindre des bougies dans les parties  les  plus  éloignées  de  l'appartement ;  il fit se mouvoir les meubles, y compris les divans sur lesquels nous étions assis, s'ouvrir et se fermer les portes. Apercevant un Hindou qui puisait de l'eau dans un puits au jardin, il fit une passe dans sa direction, et la corde s'arrêta soudain dans son mouvement de descente, résistant à tous les efforts du jardinier abasourdi. Avec une autre passe, la corde recommença à descendre.

Je demandai à Chibh-Chundor : "Employez-vous pour agir sur les objets inanimés le même procédé que sur les créatures vivantes" ?

Il répondit : "Je n'ai qu'un seul et unique procédé". "Quel est-il ?

"LA VOLONTÉ. L'homme, qui est la fin de toutes les forces intellectuelles et matérielles, doit les dominer toutes. Les Brahmanes ne connaissent rien autre que cela".

"Sanang Setzen", dit le Colonel Yule (Ser Marco Polo John. I, p. 306-307) "énumère toute une série d'actes merveilleux qui sont accomplis au moyen du Dharani [charmes mystiques des hindous], tels que planter une cheville dans une roche dure ;  rappeler  les  morts  à la vie ; changer un cadavre en or ; pénétrer partout, comme le fait l'air [sous sa forme astrale] ; voler ; saisir avec la main les animaux sauvages ; lire la pensée ;faire remonter le courant à de l'eau ; manger des tuiles ; s'asseoir en l'air sur ses jambes repliées, etc...". Les légendes anciennes attribuent à Simon le Magicien précisément les mêmes pouvoirs. "Il faisait marcher les statues ; il sautait dans le feu sans s'y brûler ; il volait dans les airs ; il transformait les pierres en pain ; il pouvait modifier sa propre forme ; il présentait deux figures à la fois ; il se métamorphosait en pilier ; il faisait s'ouvrir spontanément les portes closes ; il faisait se mouvoir d'eux-mêmes les ustensiles de la maison, etc...". Le Jésuite Delrio déplore que des princes crédules, et jouissant d'ailleurs d'une réputation de piété, permettent que fou exécute en leur présence des tours diaboliques, tels par exemple, que faire bondir d'un bout de la table à l'autre des objets en fer, des gobelets en argent et autres articles pesants sans employer aucun aimant, ni aucun autre procédé" 313. Nous croyons que la FORCE DE LA VOLONTE est le plus puissant des aimants. L'existence d'une pareille puissance magique chez certaines [210] personnes est démontrée, mais l'existence du Diable est une fiction, qu'aucune théologie ne saurait démontrer.

"Il y a certains hommes que les Tartares honorent pardessus tout dans le monde", dit le moine Ricold, "ce sont les Baxita, une sorte de prêtres des idoles. Ces hommes sont originaires de l'Inde, et ils ont une profonde sagesse et une morale des plus graves à laquelle ils conforment leur conduite. Ils sont familiers avec les arts magiques... exécutent nombre d'illusions, et prédisent des événements futurs. Par exemple, on dit qu'un des plus éminents parmi eux vole dans les airs ; mais la vérité, telle qu'elle a été démontrée, c'est qu'il ne  volait pas, mais qu'il marchait près de la surface du sol, sans la toucher et il paraissait être assis sans avoir aucun support pour le soutenir. Ce dernier phénomène fut vu par Ibn Batoutha à Delhi, ajoute le colonel Yule, qui cite le moine dans le Livre de Ser Marco Polo, en présence du Sultan Mahomet Tughlak ; et il fut exhibé formellement à Madras, dans le siècle actuel, par un Brahmane descendant, sans doute, de ces Brahmanes qu'Apollonius vit marcher à deux coudées du sol. Il est décrit aussi par l'honorable Francis Valentyn, comme une chose bien connue et pratiquée de son temps dans l'Inde. On raconte, dit-il, qu'un homme commence par s'asseoir sur trois perches placées ensemble, de manière à former un trépied ; ensuite, l'on retire de dessous lui une des perches, puis une deuxième, et enfin la troisième, et l'homme ne tombe pas et reste encore assis en l'air ! J'en ai parlé même avec deux amis, qui avaient été témoins d'un fait de cette nature ; l'un d'eux n'en croyant pas ses yeux, avait pris la peine de s'assurer avec un long bâton s'il n'existait pas quelque soutien invisible sur lequel l'homme aurait été posé ; mais, comme me le dit ce gentleman, il ne put rien sentir ni voir de pareil" 314. Nous avons rapporté ailleurs que la même chose avait eu lieu, l'année dernière, devant le Prince de Galles et sa suite.

313 Delrio, Disquis-Magica, p. 34, 100. Lyon, 1608. Cf. Yule, op. cit., Vol. I, p. 306

 

De tels faits ne sont rien en comparaison de ce qu'accomplissent les jongleurs affirmés. "Faits qui pourraient être considérés comme de simples inventions, dit l'auteur ci-dessus cité, s'ils n'étaient rapportés que par un seul auteur, mais qui paraissent mériter une sérieuse attention, lorsqu'ils sont racontés par toute une série d'écrivains assurément indépendants les uns des autres, et écrivant à de longues distances et à de longs intervalles. Notre premier témoin est Ibn Batoutha, et il est nécessaire de le citer en entier aussi bien que les autres, afin de montrer jusqu'à quel point leurs témoignages concordent. Le voyageur arabe assistait [211] à une grande représentation à la Cour du vice-roi de Khrausa... "Ce même soir, un jongleur, un des esclaves du Khan fit son apparition, et l'Emir lui dit : "Viens, et montre-nous quelques uns de tes tours". Là-dessus, il prit une bille de bois percée de plusieurs trous dans lesquels étaient passées de longues lanières, et tenant une de celles-ci, il lança la bille dans les airs. Elle s'y éleva si haut que nous la perdîmes entièrement de vue... (Nous étions au milieu de la cour du palais). Il ne restait plus qu'un petit bout d'une des lanières dans la main de l'escamoteur, et il demanda que l'un des garçons qui l'assistait le prît et y montât. Le garçon le fit et monta le long de la courroie si bien, qu'il eut vite disparu à nos regards. Le magicien l'appela alors par trois fois, mais n'en obtenant pas de réponse, il prît un couteau, comme s'il eut été dans un violent accès de colère, prit la lanière, et disparut à son tour. L'un après l'autre, il jeta à terre une des mains du jeune homme, puis un pied, ensuite l'autre main, après cela l'autre pied, le tronc, et enfin la tête ! Il redescendit alors lui-même, soufflant avec effort, et les vêtements tout ensanglantés, il se prosterna et baisa la terre en présence de l'Emir, en lui adressant quelques mots en chinois. L'Emir lui donna un ordre en réponse ; et l'homme prit les membres du gamin, les remit à leur place, et frappant la terre du pied, voilà que le garçon se relève et se plante droit devant nous ! Tout cela me surprit outre mesure, et j'eus des palpitations comme lorsque le Sultan de l'Inde me fit voir quelque chose du même genre. Mais l'on me donna un cordial qui me guérit et fit cesser l'attaque. Le Kaji Afkharuddin qui se trouvait auprès de moi me dit à voix basse : "Allah, je crois qu'il n'y a eu ni ascension, ni descente, ni mutilation, ni reboutage ! Tout cela, c'est un tour de passe-passe !" 315.

314 Colonel Yule, Le livre de Marco Polo, vol. 1, p. 308.

315  Edward Melton, Engelsh Edelmans Zeldraame en Geden Hwaardige Zee en Land Reizen, etc., p.468. Amsterdam, 1702.

316 Ibid., vol. I, pp. 308-09. [Voyage d'Ibn Batoutha, IV, pp. 39-290, Paris 1853]

 

Et qui doute que ce ne soit un tour de passe-passe, une illusion, ou Mayta, comme le nomment les Hindous ? Mais lorsqu'une pareille illusion est imposée, pour ainsi dire, chez plusieurs milliers d'individus en même temps, comme nous l'avons vu, nous même, durant une fête publique, certainement les moyens à l'aide desquels cette étonnante hallucination est provoquée méritent l'attention de la Science ! Lorsque, par une magie pareille, un homme qui se tient devant vous, dans une chambre, dont vous avez vous-même fermé les portes et dont vous tenez les clés dans votre main, disparaît tout à coup, s'évanouit comme un éclair, et que vous ne le voyez nulle part, tout en entendant sa voix de divers côtés de la chambre, vous adressant la parole et riant de votre perplexité, assurément un tel art n'est pas indigne de M. [212] Huxley ni du Dr Carpenter. Est-ce que cela ne vaut pas la peine que l'on consacre à son étude autant de temps qu'on en a mis à examiner un moindre mystère, pourquoi des coqs de ferme chantent à minuit.

Ce que Ibn Batoutha le Maure vit en Chine vers l'an 1348, le colonel Yule nous apprend qu'Edouard Melton, voyageur anglohollandais en fut témoin à Batavia vers l'année 1670. "Un individu de la même bande (de sorciers), dit Melton 316, prit une petite pelote de corde, et en gardant le bout dans sa main, il lança la pelote avec une telle force en l'air, que l'autre extrémité fut bientôt hors de vue. Il grimpa alors le long de la corde avec une indescriptible rapidité... J'étais plein de surprise, ne concevant pas ce qui allait se produire lorsque voilà une jambe qui tombe d'en haut... Un moment après c'est le tour d'une main, etc... En résumé, tous les membres du corps tombèrent successivement et furent mis ensemble dans un panier. Le dernier fragment qui parut... fut la tête, et à peine avait-elle touché la terre, que l'homme qui le servait et qui avait ramassé les membres, les retourna sens dessus dessous, en renversant le panier. Aussitôt, nous vîmes de nos propres yeux ces membres ramper l'un vers l'autre, se rejoindre  et, en un mot, reconstruire un homme complet, qui peut dès lors se redresser et agir comme auparavant, sans paraître sentir le moindre mal. Jamais, dans le cours de ma vie, je n'ai été aussi étonné... et je ne doutais plus que ces hommes égarés ne fissent ces choses avec le secours du Diable".

Dans les mémoires de l'empereur Jehangire, les exercices de sept jongleurs ou sorciers du Bengale, qui opérèrent devant lui, sont décrits en ces termes : "Neuvième : ils présentèrent un homme dont ils détachèrent les membres l'un après l'autre, en finissant par séparer la tête du tronc. Ils éparpillèrent ces membres mutilés sur le sol et les y laissèrent pendant quelque temps. Ils étendirent ensuite un drap au-dessus d'eux, et l'un des hommes s'étant mis sous le drap, en ressortit au bout de quelques minutes, suivi de l'homme que l'on avait cru coupé en morceaux, en parfait état de santé, et sans aucune avarie... Vingt-troisième. Ils montrèrent une chaîne de cinquante coudées de longueur, et, en ma présence, ils en lancèrent un des bouts vers le ciel où elle demeura comme fixée à quelque chose en l'air. Un chien fut alors amené et placé au bas de la chaîne ; immédiatement il y grimpa, et, gagnant l'autre extrémité, il disparut dans les airs. De la même façon, un porc, une panthère, un lion et un tigre furent sucessivement envoyés en haut de la chaîne, et tous disparurent de même à [213] l'extrémité supérieure. Enfin ils firent retomber la chaîne qu'ils remirent dans le sac sans que personne ait pu découvrir de quelle manière ces différents animaux avaient pu ainsi disparaître mystérieusement en l'air comme nous l'avons rapporté 317".

317 Mémoires de l'empereur Jehangire, p. 99-102.

 

Nous avons en notre possession un tableau représentant un magicien persan avec un homme, ou plutôt les divers membres de ce qui, une minute auparavant, était un homme, épars devant lui. Nous avons vu de ces jongleurs, et nous avons été témoins de ces exercices plus d'une fois en divers endroits.

Ne perdant pas de vue que nous répudions l'idée de miracle, et revenant à des phénomènes plus sérieux, nous demanderons maintenant quelle objection logique l'on peut faire contre la prétention que beaucoup de thaumaturges aient réussi à réanimer des morts ? Le fakir cité dans l'article du Franco American, que nous venons de reproduire dans une note pourrait avoir poussé les choses jusqu'à dire que le pouvoir de la volonté de l'homme est si énergique qu'il a la faculté de réanimer le corps en apparence mort, en rappelant l'âme envolée qui n'a pas encore rompu le fil qui les unissait l'un à l'autre par la vie. Des douzaines de fakirs comme celui-là se sont laissés enterrer vivants devant des milliers de témoins, et ont été ressuscités des semaines après. Si les fakirs ont le secret de ce processus artificiel, identique ou analogue à l'hibernation, pourquoi ne pas admettre que leurs ancêtres, les gymnosophes et Apollonius de Tyane, qui avait étudié chez eux dans l'Inde, et Jésus et d'autres prophètes et voyants qui tous en savaient bien plus long sur les mystères de la vie et de la mort que n'importe lequel de nos savants modernes, aient pu ressusciter des hommes et des femmes morts ? Etant tout à fait familiers avec cette puissance, ce mystérieux quelque chose "que la science ne peut pas encore comprendre" ainsi que le confesse le professeur Le Conte, sachant en outre "d'où elle vient et où elle va", Elie, Jésus, Paul et Apollonius, ascètes enthousiastes et initiés instruits, ont pu aisément rappeler à la vie tout homme qui "n'était pas mort, mais endormi", et cela sans aucune espèce de miracle.

Si les molécules du cadavre sont imprégnées des forces physiques et chimiques de l'organisme vivant 318, qu'est-ce qui peut les empêcher d'être de nouveau mises en mouvement pourvu que l'on sache quelle est la nature de la force vitale, et comment la commander ? Le matérialiste ne fera certes pas d'objection, car pour lui il n'est nullement question de réinfuser une âme. Pour lui, l'âme n'existe pas, et le corps humain doit  être considéré, tout [214] simplement, comme une machine vitale, une locomotive qui partira lorsqu'on lui appliquera chaleur et force, et qui s'arrêtera lorsqu'elles lui seront retirées. Pour le théologien, le cas présente des difficultés plus grandes, car, à son point de vue, la mort coupe tout net le lien qui unit l'âme et le corps, et l'une ne peut pas plus retourner dans l'autre sans miracle, que l'enfant déjà né ne peut être poussé à reprendre son existence fœtale après l'accouchement et la section du cordon. Mais le philosophe Hermétiste se place entre ces deux antagonistes irréconciliables, en maître de la situation. Il connaît la nature de l'âme, cette forme composée de fluide nerveux et d'éther atmosphérique, et il sait comment la force vitale peut être rendue à volonté active ou passive, tant que quelque organe essentiel n'a pas été définitivement détruit. Les prétentions formulées par Gaffarilus, qui, soit dit en passant, parurent si déraisonnables en 1650 319, ont été plus tard corroborées par la science. Il soutenait que chaque objet existant dans la nature – pourvu qu'il ne soit pas artificiel – lorsqu'il était brûlé, conservait néanmoins sa forme dans les cendres dans lesquelles il restait ainsi, jusqu'à sa résurrection. J. Duchesny, chimiste éminent, s'assura du fait. Les cendres des plantes brûlées, renfermées dans les flacons, lorsqu'on les chauffe, présentent de nouveau leurs diverses formes. "Un petit nuage obscur s'éleva graduellement  dans le flacon, prit une forme définie et offrit à nos yeux la fleur ou la plante qui avaient donné les cendres". Kircher, Digby et Vallemont ont démontré que les formes des plantes pouvaient être ressuscitées de leurs cendres. Dans une réunion de naturalistes en 1834, à Stuttgart, une recette pour produire ces expériences fut trouvée dans un ouvrage d'Oetinger 320. "L'enveloppe terrestre", écrit-il, "reste dans la cornue, tandis que l'essence volatile monte comme un esprit, parfaite de forme, mais dépourvue de substance 321".

 318 J. Hugues Bennet, Text Book of Physiology, etc. Edimbourg, 1870, p. 37-50.

319 Curiosités inouïes, etc. Paris, 1629-1631.

320 Pensées sur la naissance et la génération des choses.

321 Crowe, Nigh side of Nature, p, 111.

322 [XIV, 32.]

 

Or, si la forme astrale, même d'une plante, survit encore dans les cendres, lorsque le corps est mort, les sceptiques persisteront-ils à dire que l'âme de l'homme, l'égo intérieur, est, après la mort de la forme plus grossière, dissoute en même temps et qu'elle n'existe plus ? "A la mort, dit le philosophe, un des corps s'échappe de l'autre, par osmose et à travers le cerveau ; il est maintenu près de son ancienne enveloppe, par une double attraction, physique et spirituelle, jusqu'à ce que cette dernière se décompose ; et si les conditions convenables sont remplies, l'âme peut se réincarner et reprendre la vie suspendue. Elle le fait dans le sommeil ; elle le fait encore plus complètement dans la léthargie ; [215] et enfin elle le fait d'une façon plus surprenante encore au commandement, et avec le concours d'un adepte de l'Hermétisme. Jamblique déclarait qu'une personne bien douée de ce pouvoir de ressusciter était "remplie de Dieu". Tous les esprits subordonnés des sphères supérieures sont à ses ordres, car il n'est plus un mortel, mais bien un dieu lui-même. Dans son Epître aux Corinthiens, Paul remarque que "les esprits des prophètes sont soumis aux prophètes" 322.

 Quelques personnes possèdent naturellement, et d'autres acquièrent le pouvoir de séparer à volonté le corps intérieur de l'extérieur, de lui faire de longs trajets, et de se rendre visible à ceux qu'il visite. Nombreux sont les exemples, attestés par d'irrécusables témoins, de "doubles" de personnes, qui ont été vues, et qui ont conversé à des centaines de milles de distance de l'endroit où l'on savait qu'elles étaient. Hermotine, si nous devons en croire Pline et Plutarque 323 pouvait à volonté tomber en transe, et alors sa seconde âme se rendait au lieu éloigné qu'il voulait.

 L'abbé Tritheim, le célèbre auteur de Stéganographia, qui vivait au XVème siècle, pouvait entrer en conversation avec ses amis, par la simple puissance de la volonté. "Je puis faire connaître mes pensées aux initiés", écrivait-il, "à une distance de plusieurs centaines de milles,  sans faire usage de la parole, ou de l'écriture, ni de chiffres, par messager. Ce dernier ne peut pas me trahir, car il ne sait rien. Si c'est nécessaire, je puis même me passer de messager. Je pourrais faire parvenir mes pensées aussi clairement et aussi fréquemment que je voudrais à n'importe quel correspondant, fût-il enseveli dans le cachot le plus profond, et cela de la façon la plus simple, sans pratique superstitieuse et sans l'aide des esprits". Cardan pouvait de même envoyer son esprit, ou un message quelconque. Lorsqu'il le faisait, il sentait "comme si une porte était ouverte, par laquelle je passe immédiatement, dit-il, laissant mon corps derrière moi". 324. Le cas d'un haut fonctionnaire allemand, le conseiller Wesermann, est rapporté dans un journal scientifique 325. Il prétendait pouvoir faire rêver un ami ou une connaissance à tel ou tel objet qu'il voulait, ou voir la personne qu'il désirait leur faire voir à n'importe quelle distance. Ses prétentions furent prouvées exactes, et attestées dans plusieurs circonstances par des sceptiques et des personnes faisant profession d'érudition. Il pouvait aussi faire apparaître son double [216] partout où il lui convenait, et être vu par plusieurs personnes à la fois. En murmurant à leurs oreilles quelque phrase préparée et acceptée d'avance par des incrédules, dans ce but, il prouvait d'une façon indiscutable sa faculté de projeter son double.

323 Pline, Histor. Nat., VII, chap. 52 ; et Plutarque, Discours concernant le démon de Socrate, 22.

324 De varietate rerum, VIII, 43, éd. 1557

325 Nasse, Zeitschrift für Psychische Aerzte, 1820.

 

Suivant Napier, Osborne, le major Lawes, Quenouillet, Nikiforovitch, et un grand nombre d'autres témoins modernes, il est démontré maintenant que les fakirs peuvent, à la suite d'un long régime de préparation et de repos, amener leur corps à un état qui leur permet d'être enterrés à six pieds de profondeur au-dessous du sol, pendant un temps indéfini. Sir Claude Wade était présent à la cour Randjit Singh, lorsque le fakir dont parle l'honorable capitaine Osborne, fut enterré vivant pendant six semaines, dans un cercueil placé dans une cave à trois pieds au-dessous du niveau du sol 326. Afin d'enlever toute chance de supercherie, une garde composée de deux compagnies d'infanterie "fut établie dans la maison et quatre sentinelles relevées toutes les deux heures, et veillant nuit et jour, furent placées à toutes les issues avec consigne d'empêcher d'y entrer. En ouvrant le cercueil, dit sir Claude, nous vîmes une forme humaine enfermée dans un sac d'étoffe blanche, retenue au-dessus de la tête par un lien... Le serviteur commença alors à répandre de l'eau chaude sur le corps... Les jambes et les bras étaient racornis et raides, la face pleine, la tête inclinée sur l'épaule comme celle d'un cadavre. J'appelai alors le médecin qui m'assistait, et je le priai de venir examiner le corps, ce qu'il fit, mais il ne put découvrir de pulsations ni au cœur, ni aux tempes, ni au poignet. Il y avait cependant une certaine chaleur vers la région cérébrale, que l'on ne retrouvait dans aucune autre partie du corps" 327.

326 Osborne, Court and Camp of Ranjit Singh, pp. 49-52, éd. 1840. J. Braid, Observations on France.

327 Il y a deux ans à peine, que nous eûmes une entrevue à Lahore avec un des témoins oculaires de ce phénomène, Brij-Lala, un vieillard respectable dans sa jeunesse au service de Randjit Sing Il nous donna des détails qui ne se trouvent même pas dans le récit de sir Claude Wade. (Note de H.P.B.).

 

Regrettant que les limites de cet ouvrage ne nous permettent pas de citer tous les détails de cette intéressante histoire, nous nous bornerons à ajouter que le procédé de ressuscitation comprenait le bain chaud, les frictions, l'enlèvement des tampons de ouate et de cire des narines et des oreilles, la friction des paupières avec du beurre clarifié, et ce qui paraîtra plus étrange à bien des gens, l'application d'un gâteau de froment chaud, d'un pouce d'épaisseur, sur le sommet de la tête. "Après que le gâteau eut été appliqué pour la troisième fois, le corps eut des convulsions violentes, les narines s'enflèrent, la respiration revint, les membres reprirent leur plénitude naturelle, mais les battements du cœur étaient encore faiblement perceptibles. "La langue fut ointe de beurre ; [217] les globes oculaires se dilatèrent et reprirent leur couleur normale, et le fakir reconnut les personnes présentes et leur adressa la parole". Il est à remarquer que non seulement les narines et les oreilles avaient été bouchées, mais que la langue avait été repliée en arrière, de façon à fermer le gosier, et à empêcher toute introduction de l'air atmosphérique par une ouverture quelconque. Pendant notre séjour dans l'Inde, un fakir nous dit que l'on agissait de la sorte, non seulement afin d'empêcher l'action de l'air sur les tissus organiques, mais encore pour garantir le sujet contre le dépôt de germes de décomposition, qui dans les cas de suspension de la vie, amèneraient la décomposition, exactement comme pour toute autre chair exposée à l'air. Il y a aussi des localités où un fakir refuserait de se laisser enterrer ; telles, par exemple, que beaucoup d'endroits dans le sud  de l'Inde, infectés de fourmis blanches ; ces termites nuisibles sont considérés comme les plus dangereux ennemis de l'homme et de ses biens. Ils sont si voraces, qu'ils dévorent tout ce qu'ils rencontrent, sauf peut-être les métaux. Quant au bois, il n'y a pas d'espèce à travers laquelle ils ne se frayent un passage ; les briques même et le mortier n'offrent qu'une faible résistance à leurs armées formidables. Ils travailleront patiemment sur le mortier le détruisant petit à petit, et un fakir, quelque saint qu'il soit, et quelque solide que soit son cercueil temporaire, n'exposerait pas son corps à être dévoré, au moment où devrait avoir lieu son retour à la vie.

Dans tous les cas, voici un exemple, un entre mille, qui est attesté par le témoignage de deux nobles Anglais, l'un d'eux officier, et par un prince hindou, qui était aussi sceptique qu'eux. I1 place la science dans une alternative embarrassante : il faut révoquer en doute de nombreuses et irrécusables attestations, ou admettre que, si un fakir peut ressusciter au bout de six semaines, tout autre fakir le peut également, et si un fakir le peut, pourquoi pas un Lazare, un enfant de la Sunamite, ou la fille de Jaire 328 ?

328 Mme Catherine Crowe, dans son livre : Night side of Nature, p 118, nous fournit les détails d'un cas analogue d'enterrement d'un fakir, en présence du général Ventura, ainsi que du Maharajah et d'un grand nombre de ses Sardars. L'agent politique à Loodhiana était "présent lorsqu'on le déterra dix mois après qu'il eût été inhumé." Le cercueil ou caisse contenant le corps du fakir "était enterré dans un endroit voûté, la terre avait été jetée tout autour et dessus et ensemencée d'orge, et des factionnaires furent placés pour le garder. Malgré cela, le Maharajah était si incrédule à ce sujet, qu'en dépit de ces précautions, par deux fois en dix mois, il le fit retirer et examiner, et chaque fois, il fut trouvé exactement dans le même état, que lorsqu'on l'avait enfermé."

 

Il ne sera peut-être pas hors de propos maintenant de s'informer sur quelle certitude peut s'appuyer un médecin quelconque, en dehors de l'évidence extérieure, pour affirmer que le corps est réellement mort ?  Les meilleures autorités s'accordent à dire qu'il [218] n'y en a aucune. Le Dr Todd Thomson de Londres 329 dit, de la façon la plus positive, que "l'immobilité du corps, et même son aspect cadavérique, le froid de la surface, l'absence de la respiration et du pouls, le renfoncement de l'œil, ne sont pas des preuves non équivoques de l'extinction totale de la vie" 330. Seule la décomposition complète constitue une preuve irréfutable que la vie s'est enfuie pour toujours, et que le tabernacle est vide. Démocrite affirmait qu'il n'existait aucun signe certain de la mort réelle 331. Pline soutenait la même thèse, et affirmait que la certitude était encore plus difficile dans le cas des femmes que des hommes.

Todd Thomson, déjà cité, rapporte plusieurs cas de cette  suspension de la vie. Il mentionne, entre autres, un certain Francis Neville, gentilhomme normand, qui mourut en apparence à deux reprises et qui, par deux fois fut sur le point d'être enterré. Mais, au moment de descendre la bière dans la fosse, il se reprenait spontanément à vivre. Au XVIIème siècle, Lady Russell offrit toutes les apparences de la mort, et l'on allait l'inhumer, mais pendant que le glas annonçait ses funérailles, elle se mit sur son séant dans le cercueil et s'écria : "Il est temps d'aller à l'Eglise !" Diemerbroeck fait mention d'un paysan, qui ne donna pas de signes de vie pendant trois jours, mais qui, placé dans la bière et arrivé près du tombeau, revint à la vie, et vécut encore plusieurs années 332. En 1836, un respectable citoyen de Bruxelles tomba un dimanche matin dans une profonde léthargie. Le lundi, comme ses serviteurs s'apprêtaient à visser le couvercle du cercueil, le prétendu mort se redressa, se frotta les yeux, et demanda son café et un journal 333.

329 In Salverte, The Phil. of Magic, II, p. 111, note.

330 A Cornel-Cels, De Medicina, lib. II, cap. VI.

331 His. Natur., lib. VII, cap. 52.

332 [Treatise on the Plagne, 1. IV.]

333 Morning Herald, 21 juillet 1836.

 

Ces cas de mort apparente sont assez fréquemment rapportés dans la presse quotidienne. Au moment ou nous écrivons (avril 1877), nous trouvons dans une lettre adressée au Times de New-York, le paragraphe suivant : "Miss Annie Goodale, l'actrice, est morte il y a trois semaines. Jusqu'à hier, elle n'avait pas encore été enterrée. Le corps est chaud et souple, et les traits aussi doux et mobiles que pendant la vie. Plusieurs médecins l'ont examinée, et ont donné l'ordre de veiller le corps jour et nuit. La pauvre dame est évidemment en léthargie, mais il est impossible de dire si elle reviendra à la vie".

La Science considère l'homme comme une agrégation d'atomes unis temporairement par une force mystérieuse, nommée principe de vie. Pour le matérialiste, la seule différence entre un corps [219] vivant et un cadavre, est que dans le premier cas la force est active, et dans le second elle est latente. Lorsqu'elle est éteinte ou tout à fait latente, les molécules obéissent à une attraction supérieure, qui les dissémine et les répand dans l'espace.

Cette dispersion doit être la mort, s'il est possible de concevoir une chose telle que la mort, là où les molécules même du corps mort manifestent une énergie vitale intense. Si la mort n'est que l'arrêt de la machine à digérer, à se mouvoir et à moudre des pensées, comment peut- elle être réelle et non pas relative, avant que cette machine ne soit complètement brisée, et ses particules totalement dispersées ? Tant que quelques-unes se maintiennent adhérentes, la force vitale centripète peut l'emporter sur l'action centrifuge dispersive. Eliphas Levi disait : "Le changement atteste le mouvement, et le mouvement seul révèle la vie. Le cadavre ne se décomposerait pas s'il était mort ; toutes les molécules qui le composent sont vivantes, et luttent pour se séparer. Et vous imaginez-vous que l'esprit se dégage le premier de tout, pour cesser d'exister ? Que la pensée et l'amour peuvent mourir, lorsque les plus grossières formes de la matière ne meurent pas ? Si le changement devait être appelé mort, nous mourons et nous renaissons tous les jours, car tous les jours nos formes subissent un changement 334".

Les cabalistes disent qu'un homme n'est pas mort lorsque son corps est dans la tombe. La mort n'est jamais soudaine ; car, suivant Hermès, rien dans la nature ne s'opère par transitions violentes. Tout a lieu graduellement, et de même qu'il faut un développement long et graduel pour produire un être humain, de même il faut du temps pour enlever toute vitalité à la charpente. "La mort n'est pas plus une fin absolue, que la naissance n'est un commencement véritable. La naissance démontre la préexistence de l'être, comme la mort en prouve l'immortalité", dit  le même cabaliste français.

 334 La Science des Esprits.

 

Tout en ajoutant implicitement foi à la résurrection de la fille de Jaire, du chef de la Synagogue, et aux miracles de la Bible, des chrétiens éduqués, qui d'ailleurs seraient indignés de passer pour superstitieux, accueillent les faits, comme celui d'Apollonius et de la jeune fille qu'il rappela à la vie, nous dit son biographe, avec une dédaigneuse incrédulité. Diogène Laërce, qui parle d'une femme rendue à la vie par Empédocle 335, n'est pas traité avec plus de respect, et pour les chrétiens, le nom d'un thaumaturge païen n'est qu'un synonyme d'imposteur. Nos savants sont au moins d'un degré plus rationnels ; ils rangent tous les prophètes et apôtres de la Bible et les faiseurs de miracles païens en deux catégories d'imbéciles hallucinés, et d'habiles imposteurs. [220]

Mais tant les chrétiens que les matérialistes pourraient, sans grand effort, se montrer loyaux et logiques en même temps. Pour opérer un pareil miracle, il leur suffirait de consentir à comprendre ce qu'ils lisent, et à le soumettre sans parti pris à la critique de leur jugement. Voyons jusqu'à quel point cela serait possible. Laissant de côté l'incroyable fiction de Lazare, choisissons deux cas : celui de la fille du chef de la Synagogue rappelée à la vie par Jésus, et celui de la mariée de Corinthe, ressuscitée par Apollonius. Dans le premier cas, sans tenir aucun compte de la parole significative de Jésus : Elle n'est pas morte, mais elle dort 336, le clergé force son dieu à violer lui-même ses propres lois, et à accorder injustement à l'un, ce qu'il refuse à tous les autres, sans autre objet en vue, que d'opérer un miracle inutile. Dans le second cas, nonobstant les paroles du biographe d'Apollonius, si claires et si précises, qu'il n'y a pas le plus léger motif pour les méconnaître, on accuse Philostrate d'imposture préméditée. Or, qui pourrait être plus honnête et qui moins accessible à l'imputation de mystification que lui ; car, en donnant le récit de la résurrection de la jeune fille par le sage de Tyane, en présence d'un immense concours de peuple, en biographe consciencieux il dit : "elle paraissait morte".

335 [Vies, "Empedocle" § 61]

336 [Math., IX, 24.]

337 Vita Apollon. Tyan., lib. IV, chap XLV.

 

En d'autres termes il indique très clairement un cas de suspension de la vie ; et il ajoute immédiatement, "comme la pluie tombait très abondante sur la jeune fille", tandis qu'on la transportait au bûcher, "son visage tourné vers le ciel, cela aussi a pu contribuer à réveiller ses sens" 337. Est-ce que cela ne démontre pas clairement que Philostrate n'a pas vu de miracle dans cette ressuscitation ? Cela n'implique-t-il pas plutôt, si cela veut dire quelque chose, le profond savoir et l'habileté d'Apollonius qui, de même qu'Asclépiade, avait le mérite de savoir distinguer d'un coup d'œil la mort apparente de la mort réelle 338 ?

Une résurrection, après que l'âme et l'esprit se sont  entièrement séparés du corps, et que le dernier fil électrique est tranché, est aussi impossible que, pour un esprit une fois désincarné, de se réincorporer sur cette terre, excepté de la façon décrite dans les chapitres précédents. "Une feuille, une fois tombée, ne se rattache plus d'elle-même à la branche, dit Eliphas Levi. La chenille devient papillon, mais le papillon ne retourne jamais à l'état de ver. La nature ferme la porte derrière tout ce qui passe, et pousse la vie en avant. Les formes passent, la pensée reste, et ne fait pas revenir ce qui une fois a été anéanti 339". [221]

Pourquoi s'imaginerait-on qu'Asclépiade et Apollonius jouissaient de facultés exceptionnelles pour discerner la mort réelle ? Quelque école moderne de médecine a donc cette science à donner à ses élèves ? Que leurs autorités répondent pour elles. Ces prodiges de Jésus et d'Apollonius sont si bien attestés, qu'ils paraissent authentiques. Que dans un-cas ou dans les deux la vie ait été simplement suspendue ou non, il reste ce fait important que le même pouvoir, qui leur était particulier à tous les deux, permit à ces deux faiseurs de merveilles de rappeler, en un instant, à la vie, des personnes paraissant mortes 340.

338 Salverte, Sciences Occultes, vol. II.

339 La Science des Esprits, II, ch. II.

340 Il serait fort utile pour l'humanité que nos médecins modernes possédassent cette inestimable faculté, car nous aurions alors beaucoup moins de récits de morts horribles survenues après l'inhumation. Mrs Catherine Crowe, dans le Nighl Side of Nature, rappelle dans le chapitre intitulé "Cas de léthargie", cinq de ces cas, en Angleterre seulement, et dans le siècle actuel. Parmi eux, celui du Dr Walker de Dublin, et d'un M. S.., dont la belle-mère fut accusée de l'avoir empoisonné, et qui, lorsqu'on l'exhuma, fut trouvé couché sur le ventre.

 

Est-ce, parce que les médecins modernes n'ont pas encore découvert le secret que les théurgistes possédaient évidemment, que sa possibilité est niée ?

Négligée comme l'est maintenant la psychologie, et dans l'état étrangement  chaotique  dans  lequel  se  trouve  la  physiologie, de l'aveu même de ses plus loyaux adeptes, il n'est certainement pas probable que nos savants soient encore prêts à redécouvrir le savoir perdu des anciens. Jadis, quand les prophètes n'étaient pas traités en charlatans, ni les thaumaturges en imposteurs, il y avait des collèges institués pour enseigner l'art de prophétiser, et les sciences occultes en général. Samuel est représenté comme le chef d'une institution de ce genre à Ramah ; Elisée de même à Jéricho. Les écoles de Hazim, prophètes ou voyants, étaient célèbres dans toute la contrée. Hillel avait une académie régulière, et l'on sait bien que Socrate envoya plusieurs de ses disciples étudier le manticisme. L'étude de la magie, ou sagesse, comprenait toutes les branches de la science métaphysique aussi bien que physique, la psychologie et la physiologie dans leurs phases communes et occultes, et l'étude de l'alchimie était universelle, car c'était en même temps une science physique et spirituelle. Pourquoi donc douter ou s'étonner de ce que les anciens, qui étudiaient la nature sous son double  aspect, aient réalisé des découvertes qui, pour nos physiciens modernes, qui n'en étudient que la lettre morte, sont un livre fermé ?

Aussi, la question n'est-elle pas de savoir si un corps mort peut être ressuscité, car, l'affirmer serait admettre la possibilité du miracle, ce qui est absurde, mais bien de nous assurer si les autorités médicales ont la prétention de déterminer le moment [222] précis de la mort. Les cabalistes disent que la mort survient à l'instant où le corps astral, ou principe de vie et l'esprit se séparent pour jamais du corps matériel. Le médecin scientifique, qui nie le corps astral et l'esprit, et qui n'admet l'existence que du principe de vie, juge que la mort arrive lorsque la vie paraît être éteinte. Lorsque les battements du cœur et le jeu des poumons cessent, que la rigidité de la mort se manifeste, et, surtout, lorsque la décomposition commence, ils affirment que le patient est mort. Mais les annales de la médecine sont remplies d'exemples de suspension de la vie, comme résultat de l'asphyxie par immersion, inhalation de gaz, et autres causes ; la vie étant rappelée, dans le cas de personnes noyées, même douze heures après la mort apparente.

Dans les cas de transe somnambulique, aucun des signes ordinaires de la mort ne fait défaut ; la respiration et le pouls sont éteints ; la chaleur animale a disparu ; les muscles sont rigides, les yeux vitreux, et le corps décoloré. Dans le cas célèbre du colonel Townshend, il se mit, de lui- même, dans cet état en présence de trois médecins ; au bout d'un certain temps  ceux-ci  furent  persuadés  qu'il  était  réellement  mort,  et allaient quitter la chambre, lorsqu'il revint lentement à la vie. Il décrit son don particulier, en disant qu'il "pouvait mourir ou expirer quand il le voulait ; puis par un effort, ou d'une manière. quelconque, revenir à la vie".

Il y a quelques années, un remarquable cas de mort apparente eut  lieu à Moscou. La femme d'un riche marchand resta en catalepsie pendant dix- sept jours pendant lesquels les autorités firent plusieurs démarches pour l'enterrer ; mais comme le corps n'entrait pas en décomposition, la famille empêcha la cérémonie, et au bout de ce temps elle revint à la vie.

Les exemples ci-dessus cités prouvent que les hommes les plus instruits dans la profession médicale sont incapables d'avoir une certitude absolue qu'une personne est morte. Ce qu'ils nomment "suspension de la vie" est cet état duquel le patient peut sortir spontanément, par un effort de son propre esprit, et que des causes diverses peuvent provoquer. Dans ces cas-là le corps astral n'a pas quitté le corps physique ; ses fonctions extérieures sont tout simplement suspendues ; le sujet est dans un état de torpeur, et son retour à la vie n'est que la guérison de cet état.

Mais dans le cas que les physiologistes appelleraient "la mort réelle" et qui ne l'est pas réellement, le corps astral s'est retiré ; peut-être même la décomposition s'est-elle manifestée. Comment l'homme sera-t-il rappelé à la vie ? La réponse est : le corps intérieur doit être contraint à rentrer dans son enveloppe extérieure, et la vitalité réveillée dans celle-ci. L'horloge s'est arrêtée ; il faut la remonter. Si la mort est absolue ; si les organes [223] n'ont pas seulement cessé de fonctionner, mais s'ils ont perdu la possibilité d'un renouvellement d'action, dans ce cas, il faudrait précipiter l'univers dans le chaos pour ressusciter le corps ; un miracle serait nécessaire. Mais, ainsi que nous l'avons dit, l'homme n'est pas mort lorsqu'il est froid, raide, sans pulsation, sans respiration, et manifestant même des signes de décomposition ; il n'est pas mort lorsqu'on l'enterre, ni même après cela, jusqu'à ce qu'un certain point ait été atteint. Ce point, c'est le moment où les organes vitaux sont tellement décomposés que s'ils étaient réanimés, ils ne pourraient plus reprendre leurs fonctions accoutumées ; lorsque le grand ressort et les rouages de la machine sont, pour ainsi dire, tellement rongés par la rouille, qu'ils se casseraient au premier tour de clé. Tant que ce point n'est pas atteint, on peut, sans miracle, faire rentrer le corps astral dans son tabernacle, soit par un effort de sa propre volonté, soit sous l'irrésistible impulsion de la volonté de celui qui connaît les forces de la nature et sait comment les diriger. L'étincelle n'est pas éteinte, mais seulement latente, de même que le feu dans le silex, ou la chaleur dans le fer froid.

Dans les cas de la plus profonde clairvoyance cataleptique, tels que ceux obtenus par le baron du Potet, et décrits très minutieusement par feu le professeur Villiam Gregory, dans ses Letters... on Animal Magnetism, l'esprit est tellement dégagé du corps, qu'il lui serait impossible d'y rentrer sans un effort du magnétiseur. Le sujet est pratiquement mort, et s'il était abandonné à lui-même, l'esprit s'échapperait pour toujours. Bien qu'indépendant de l'enveloppe physique endormie, l'esprit, à demi- affranchi, est encore lié à celle-ci par un cordon magnétique, que les clairvoyants décrivent comme ayant un aspect sombre et nébuleux, par contraste avec l'ineffable clarté de l'atmosphère astrale dans laquelle plongent leurs regards. Plutarque racontant l'histoire de Thespesius 341, qui tomba d'une grande hauteur, et resta trois jours avec toutes les apparences de la mort nous fait connaître les sensations éprouvées par lui dans cet état de mort partielle. "Thespesius", dit-il, "remarqua alors qu'il était différent des morts dont il était environné... Ils étaient transparents et enveloppés d'un rayonnement, mais il paraissait lui-même traîner avec lui un rayon sombre, ou une ligne d'ombre". Toute sa description, très circonstanciée dans les détails, parait confirmée par les clairvoyants de toutes  les époques, et, en tant que ce genre de témoignage peut être admis, cela a une certaine importance. Suivant l'interprétation donnée de leur doctrine par Eliphas Levi, dans la Science des Esprits, les cabalistes prétendent que, lorsqu'un homme tombe [224] dans son dernier sommeil, il est plongé d'abord dans une sorte de rêve, avant de reprendre conscience de l'autre côté de la vie. Il voit alors, soit une vision belle, soit un terrible cauchemar, le paradis ou l'enfer, auxquels il croyait pendant son existence physique. C'est pour cela qu'il arrive souvent que l'âme effrayée revient violemment dans la vie terrestre qu'elle vient de quitter, et que quelques-uns qui étaient réellement morts, c'est-à-dire qui, s'ils eussent été laissés tranquilles abandonnés à eux-mêmes, auraient paisiblement passé pour toujours dans cet état de léthargie inconsciente, s'ils étaient enterrés prématurément, se réveillaient à la vie dans le tombeau" 342.

 341 [Des châtiments divins, § 22.]

342 [Part. II, ch. II.]

 

A ce propos, le lecteur se rappellera peut-être le cas bien connu du vieillard qui avait légué, par son testament, quelques généreux dons à ses nièces orphelines ; au moment de sa mort, il avait confié ce document à son fils qui était riche, en lui enjoignant d'exécuter ses volontés. Mais il y avait à peine quelques heures qu'il avait rendu le dernier soupir, que son fils déchira le testament et le brilla. La vue de cet acte impie rappela, semble-t-il, l'esprit encore errant, et le vieillard, se dressant sur son lit de mort, prononça une terrible malédiction contre le misérable saisi d'horreur, et, retombant sur sa couche, rendit l'âme, cette fois pour toujours. Dion Boucicaut fait usage d'un incident de ce genre dans son puissant drame Louis XI ; et Charles Kean fit une profonde impression dans le rôle du monarque français, lorsque le mort ressuscite pour un instant, et saisit la couronne, au moment où l'héritier présomptif s'en approche.

Levi dit que la ressuscitation n'est pas impossible tant que l'organisme vital n'est pas détruit, et que l'esprit astral est encore à portée. "La nature, dit-il, ne fait rien par soubresauts, par secousses, et la mort éternelle est toujours précédée d'un état qui tient un peu de la nature de la léthargie. C'est une torpeur qu'un choc puissant ou le magnétisme d'une volonté puissante sont capables de surmonter". Il explique de cette façon la résurrection du mort jeté sur les ossements d'Elisée, en disant qu'à ce moment l'âme planait près du corps ; les personnes du cortège mortuaire, d'après la tradition, furent attaquées par des brigands ; et leur frayeur se communiquant par sympathie à cette âme, elle fut saisie d'horreur à l'idée de voir ses restes profanés, et "elle rentra violemment dans son corps pour le relever et le sauver". Ceux qui croient à là survivance de l'âme ne voient rien dans cet incident qui ait un caractère surnaturel ; ce n'est qu'une manifestation parfaite de la loi naturelle. Raconter à un matérialiste un fait pareil, si bien prouvé soit-il, serait un discours inutile ; le théologien [225] regardant toujours au delà de la nature pour y trouver une providence spéciale, le considère comme un prodige. Eliphas Lévy dit : "On attribua cette résurrection au contact des ossements d'Elisée ; et le culte  des reliques date logiquement de cette époque" 343.

Balfour Stewart a raison de dire que les savants "ne savent rien ou presque rien de la structure ultime et des propriétés de la matière organique ou inorganique" !

 343 [La Science des Esprits, Part. III, ch. II.]

 

Nous sommes maintenant sur un terrain si solide que nous pouvons faire un nouveau pas en avant. La même connaissance et le même empire sur les forces occultes, y compris ta force vitale qui permet au fakir de quitter temporairement son corps et d'y rentrer, et à Jésus, Apotlonius et Etisée de rappeler leurs divers sujets à ta vie, rendaient possible aux anciens hiérophantes d'animer tes statues, et de tes faire agir et parler comme des créatures vivantes. C'est cette même connaissance et ce même pouvoir qui rendit possible à Paracelse la création de ses homuncuti ; à Aaron de changer sa verge en serpent et en branche fleurie ; à Moise de couvrir l'Egypte de grenouilles et autres fléaux ; et au théurgiste égyptien de nos jours de vivifier sa mandragore pygmée, qui possède la vie physique, mais pas d'âme. Ce n'était pas plus étonnant pour Moïse, dans des conditions convenables, d'appeler à la vie de grands reptiles et des insectes, que pour nos physiciens modernes d'appeler à la vie, dans les mêmes conditions favorables, de plus petits auxquels ils donnent le nom de bactéries.

Et maintenant, par rapport aux faiseurs de miracles et aux prophètes de l'ancien temps, examinons les prétentions des médiums modernes. Nous constatons qu'ils prétendent reproduire aujourd'hui presque toutes les formes de phénomènes rapportées dans les histoires sacrées et profanes du monde. Choisissons dans le nombre des prétendues merveilles,  la lévitation de lourds objets inanimés, ainsi que les corps humains, nous fixerons notre attention sur les conditions dans lesquelles le phénomène se manifeste. L'histoire cite les noms de théurgistes païens, de saints chrétiens, de fakirs hindous et de médiums spirites, qui ont été ainsi enlevés, et qui restaient suspendus en l'air, souvent pendant un temps considérable. Le phénomène n'a pas été limité à une contrée ou à une époque, mais presque invariablement les sujets ont été des extatiques religieux, des adeptes de la magie ou, comme aujourd'hui, des médiums spirites.

Nous considérons que ce fait est si bien établi qu'il n'est pas besoin maintenant d'un grand effort de notre part, pour prouver que les manifestations inconscientes de la puissance des esprits, de [226] même que les exploits conscients de haute magie ont eu lieu dans tous les pays, dans tous les temps, et par des hiérophantes aussi bien que par des médiums irresponsables. Lorsque la civilisation européenne actuelle était encore à l'état d'embryon, la philosophie occulte déjà blanchie par l'âge spéculait  sur  les  attributs  de  l'homme,  par  analogie  avec  ceux  de son Créateur. Plus tard, des individus, dont les noms resteront à jamais immortels inscrits sur le portique de l'histoire spirituelle de l'humanité, ont fourni dans leur personne des exemples de l'étendue possible du développement des pouvoirs divins du microcosme. Le Professeur A. Wilder décrivant les Doctrines et les principaux maîtres de l'Ecole d'Alexandrie, dit : "Plotin enseignait qu'il existe dans l'âme une impulsion de retour, l'amour qui l'attire intérieurement vers son origine et son centre, le Bien éternel. Tandis que la personne qui ne comprend pas comment l'âme contient le Beau en elle, cherchera par de laborieux efforts à reconnaître la beauté au dehors, l'homme sage la reconnaît en lui-même, en développe l'idée en se retirant en lui-même, en y concentrant son attention, et en s'élançant ainsi vers la source divine, qui coule au-dedans de lui. Ce n'est pas par la raison que l'on acquiert la connaissance de l'Infini... mais au moyen d'une faculté supérieure à la raison, en entrant dans un état où l'individu cesse, pour ainsi dire, d'être fini, et où la divine essence lui est transmise. C'est l'état d'EXTASE..." 344.

Le Professeur fait la belle remarque suivante, au sujet d'Apollonius qui, en raison de sa vie sobre, affirmait qu'il pouvait voir "le présent et l'avenir dans un miroir clair". "C'est ce que l'on pourrait appeler la photographie spirituelle. L'âme est la chambre noire, dans laquelle les faits et les événements futurs, passés et présents, sont fixés de  la  même manière ; et le mental en a conscience. Au-delà de notre monde journalier limité, tout est comme un jour ou un état, le passé et l'avenir sont compris dans le présent" 345.

344  A. Wilder, New-Platonism and Alchemy, pp. 12-13.

345 Ibid., p. 15.

 

Ces hommes pareils à Dieu étaient-ils des "médiums", comme les spirites orthodoxes le pensent ? Nullement, si par cette expression nous entendons ces "sensitifs maladifs", qui naissent avec une organisation particulière, et qui, à mesure que leurs aptitudes se développent, deviennent de plus en plus sujets à l'irrésistible influence des esprits de diverses espèces purement humains, élémentaires ou élémentaux. Cela est incontestable, si nous envisageons chaque individu comme un médium, dans l'atmosphère magnétique duquel les habitants des sphères invisibles plus élevées peuvent se mouvoir, agir et vivre : Dans ce sens, tout le [227] monde   est   médium.   La médiumnité peut être   ou :   1°  développée spontanément ; 2° dépendre d'influences étrangères ; ou 3° conservée à l'état latent pendant toute la vie. Le lecteur doit tenir compte de la définition du terme, car, à moins de le comprendre clairement, la confusion sera inévitable. La médiumnité de ce genre peut être active ou passive, répulsive ou réceptive, positive ou négative. La médiumnité se mesure par la qualité de l'aura dont chaque individu est entouré. Elle peut être dense, brumeuse, malfaisante, méphitique, nauséabonde pour l'esprit pur, et n'attirer que ces êtres incomplets qui s'y plaisent, comme l'anguille dans les eaux vaseuses, ou bien elle peut être pure, cristalline, limpide et opaline comme la rose du matin. Tout dépend du caractère moral du médium.

Autour d'hommes tels qu'Apollonius, Jamblique, Plotin et  Porphyre, se condensait ce nimbe céleste. Il était engendré par la puissance de leurs propres âmes en union étroite avec leurs esprits, et par la surhumaine moralité et sainteté de leur vie, et il était aidé par une fréquente contemplation extatique intérieure. Les influences pures et spirituelles pouvaient agir sur des hommes aussi saints. En faisant rayonner autour d'eux une atmosphère divine et bienfaisante, ils mettent en fuite les mauvais esprits. Non seulement, il est impossible à ces derniers d'exister dans leur aura, mais ils ne peuvent pas même rester dans celles des personnes obsédées, si le thaumaturge exerce sa volonté ou même s'approche d'elles. Cela, c'est la MEDIATION, et non pas la médiumnité. De telles personnes sont des temples dans lesquels réside l'esprit du Dieu vivant ; mais si le temple est souillé par l'admission d'une passion, d'une pensée ou d'un désir mauvais, le médiateur retombe dans la sphère de la sorcellerie. La porte est ouverte ; les esprits purs se retirent, et les mauvais y font irruption. C'est encore de la médiation, bien que mauvaise ; le sorcier, de même que le magicien pur, forme sa propre aura, et soumet à sa volonté les esprits inférieurs qui lui sont sympathiques.

Mais la médiumnité, telle qu'elle est comprise et se manifeste de nos jours est différente. Les circonstances indépendantes de sa propre volonté peuvent, soit au moment de la naissance, soit plus tard, modifier l'aura d'une personne, de façon à donner lieu à des manifestations étranges, physiques ou mentales, diaboliques ou angéliques. Ce genre de médiumnité, de même que la médiation dont nous venons de parler, a existé sur terre depuis l'apparition du premier homme. Celle-là est la soumission de la chair faible et mortelle à l'empire et aux suggestions d'esprits et d'intelligences autres que le démon immortel de la personne.

 C'est littéralement l'obsession et la possession ; et les médiums qui se vantent d'être les esclaves fidèles de leurs "guides", et qui repoussent avec indignation [228] l'idée de "contrôler"les manifestations, ne peuvent pas contester le fait sans manquer de logique. Cette médiumnité est symbolisée dans l'histoire d'Eve succombant aux raisonnements du serpent, dans celle de Pandore regardant dans la boite interdite, et en laissant échapper dans le monde le chagrin et le mal ; et enfin dans celle de Marie-Madeleine qui, après avoir été obsédée par "sept diables", fut finalement rachetée par la lutte victorieuse de son esprit immortel touché par la présence d'un saint médiateur, contre l'obsesseur. Cette médiumnité, bienfaisante ou malfaisante, est toujours passive. Heureux sont ceux qui, purs de cœur, repoussent inconsciemment les sombres esprits du mal grâce à cette pureté de leur nature intérieure. Car ils n'ont aucune autre arme pour se défendre, sinon, cette bonté et cette pureté innées chez eux. La médiumnité, telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui, est un don plus indésirable que la robe de Nessus.

"On connaît l'arbre à ses fruits". Côte à côte avec les médiums passifs apparaissent, dans l'histoire du monde, les médiateurs actifs. Faute d'une meilleure, nous les désignons par cette qualification. Les anciens sorciers et enchanteurs, et ceux qui avaient un "esprit familier" faisaient généralement commerce de leur faculté ; et la femme fétiche d'En-d'Or si bien dépeinte par Henry More, quoiqu'elle puisse avoir tué son veau pour Saül, n'en accepta pas moins un salaire d'autres visiteurs. En Inde, les jongleurs qui, soit dit en passant, le sont moins que beaucoup de médiums modernes, et les Essaoua ou sorciers et charmeurs de serpents d'Asie et d'Afrique, tous exercent leurs talents pour de l'argent. Il n'en est pas ainsi des médiateurs ou des hiérophantes. Le Bouddha était mendiant, et refusa le trône de son père. Le "Fils de l'Homme n'avait pas un lieu où reposer sa tête" ; les apôtres choisis n'avaient "ni or, ni argent, ni monnaie de billon dans leurs bourses". Apollonius donna la moitié de sa fortune à ses proches, et l'autre moitié aux pauvres ; Jamblique et Plotin étaient renommés pour leur charité et leur abnégation ; les fakirs ou saints mendiants de l'Inde sont fidèlement dépeints par Jacolliot ; les Esséniens Pythagoriciens et les Thérapeutes croyaient souiller leurs mains par le contact de l'argent. Lorsqu'on offrit de l'argent aux apôtres pour qu'ils communiquassent leurs pouvoirs spirituels, Pierre, bien que la Bible le représente comme un lâche, trois fois renégat, repoussa néanmoins avec indignation cette offre en disant : "Que ton argent périsse avec toi, parce que tu as pensé que les dons de Dieu pouvaient être achetés" 346. Ces hommes étaient les méditateurs, guidés simplement par leur esprit personnel, ou âme [229] divine, et se servant du concours des esprits seulement tant que ceux-ci restaient dans le bon chemin.

Loin de nous la pensée de flétrir les médiums à phénomènes physiques. Harcelés par des intelligences diverses, subjugués par une influence prédominante, à laquelle leurs natures faibles et nerveuses sont incapables de résister, à un état morbide, qui finit par devenir chronique, ils sont empêchés par ces "influences d'entreprendre d'autres occupations. Ils deviennent mentalement et physiquement impropres à autre chose. Qui pourrait les juger sévèrement, lorsque poussés à la dernière extrémité, ils sont obligés d'accepter la médiumnité comme un métier ? Et le Ciel sait, ainsi que de récents événements l'ont trop bien démontré, si cette vocation est de nature à être enviée par qui que ce soit ! Ce ne sont pas les véritables médiums loyaux et honnêtes que nous avons jamais blâmés, mais leurs patrons, les spirites.

Sollicité d'assister au culte public des  dieux,  Plotin  répondit fièrement : "C'est à eux (aux esprits) à venir à moi" 347. Jamblique affirmait et prouvait par son propre exemple que notre âme peut s'élever à la communion avec les intelligences les plus hautes, avec "les natures plus élevées que la sienne", et il écartait soigneusement de ses cérémonies théurgiques 348 tout esprit inférieur, ou mauvais démon, qu'il apprenait à ses disciples à reconnaître. Proclus, qui "élabora la théosophie entière et la théurgie de ses prédécesseurs en un système complet, suivant le professeur Wilder 349, croyait avec Jamblique à la possibilité d'atteindre à une puissance divine qui, triomphant de la vie mondaine, faisait de l'individu un organe de la Divinité". Il enseignait même qu'il y avait "un mot de passe mystique qui transporterait une personne d'un ordre d'ores spirituels à un autre, de plus en plus haut, jusqu'à atteindre l'absolu divin". Apollonius méprisait les sorciers et les "vulgaires diseurs de bonne aventure", et déclarait que c'était son genre particulier "de vie régulière et sobre qui produisait cette acuité des sens et créait les autres facultés, de sorte que l'on pouvait ainsi produire les choses les plus grandes et les plus remarquables". Jésus proclamait l'homme le seigneur du sabbat, et à son ordre les esprits terrestres et élémentaires fuyaient de leurs séjours temporaires ; puissance qui était partagée par Apollonius, et par nombre de membres de la Confrérie des Esséniens de la Judée et du Mont Carmel. [230]

346 [Actes, VIII, 20.]

347 [Porphyre, Plotini vita, X ]

348 Jamblique fut le fondateur de la théurgie Néo-platonicienne.

349 New Platonism and Alchemy, Albany, N Y, 1869.

 

Il a dû y avoir incontestablement de bonnes raisons pourquoi les anciens persécutaient les médiums qui n'avaient point de règle. Sans cela, pourquoi du temps de Moise, de David et de Samuel, aurait-on encouragé le don de prophétie et de divination, l'astrologie et l'art de prédire l'avenir, entretenu des écoles et collèges dans lesquels ces dons naturels étaient renforcés et développés, tandis que les sorcières et ceux qui faisaient de la divination par l'esprit d'Ob étaient mis à mort ? Même au temps du Christ, les pauvres médiums opprimés étaient chassés vers les tombeaux et les endroits déserts, hors des murs. Pourquoi cette injustice grossière en apparence ? Pourquoi le bannissement, la persécution et la mort auraient- ils été le partage des médiums physiques de ces temps-là, tandis que des communautés entières de thaumaturges, tels que les Esséniens, étaient non seulement tolérées mais révérées ? C'est parce que, bien différents de nous, les anciens pouvaient "éprouver"les esprits, et discerner la différence qu'il y avait entre les bons et les mauvais, les humains et les élémentaux. Ils savaient aussi que le commerce sans règle des esprits était une cause de ruine morale pour les individus, et de désastres pour la communauté.

Cette manière de voir la médiumnité est peut-être nouvelle et même antipathique pour un grand nombre de spirites ; mais c'est pourtant l'opinion enseignée dans l'ancienne philosophie, et démontrée de temps immémorial par l'expérience du genre humain.

C'est une erreur de dire qu'un médium a des pouvoirs développés ; un médium passif n'a pas de pouvoirs. Il réunit certaines conditions morales et physiques qui produisent des émanations ou une aura, dans laquelle les intelligences qui le guident peuvent vivre, et au moyen de laquelle elles peuvent se manifester. Il est tout simplement le véhicule grâce auquel elles exercent leur pouvoir. Cette atmosphère varie tous les jours et, même, d'après les expériences de M. Crookes, d'une heure à l'autre. C'est un effet extérieur résultant de causes internes. L'état moral du médium détermine le genre d'esprits qui viennent ; et ces esprits influencent réciproquement le médium au point de vue intellectuel, physique et moral. La perfection de sa médiumnité est en raison directe de sa passivité, et le danger qu'il court est au même degré. Lorsque le médium est complètement "développé", parfaitement passif, son propre esprit astral peut être engourdi et même poussé hors du corps qui est alors occupé par un élémental, ou ce qui est pire, par un monstre humain de la huitième sphère, qui s'en sert comme de son propre corps. Trop souvent, hélas, la cause des crimes les plus fameux doit être cherchée dans ce genre de possession. [231]

La médiumnité physique dépendant de la passivité, son antidote est tout indiqué ; le médium doit cesser d'être passif. Les esprits ne dominent jamais les personnes d'un caractère positif, déterminées à résister à toute influence étrangère. Ils entraînent au vice les faibles d'esprit ou de cœur, dont ils peuvent faire leur victime. Si ces esprits élémentaux et ces diables désincarnés nommés esprits élémentaires, faiseurs de miracles, étaient véritablement les anges gardiens qu'on a voulu faire croire pendant ces trente dernières années, pourquoi n'ont-ils pas donné, au moins à leurs fidèles médiums, une bonne santé et le bonheur domestique? Pourquoi les abandonnent-ils au moment le plus critique de l'épreuve, lorsqu'on les accuse de fraude ? Il est de notoriété publique que les meilleurs médiums physiques sont ou maladifs, ou quelquefois, ce qui est pis encore, portés à quelque vice anormal. Pourquoi ces "guides" guérisseurs qui font jouer à leurs médiums le rôle de thérapeutes et de thaumaturges à l'égard des antres, ne leur font-ils pas don d'une vigueur physique robuste ? Les anciens thaumaturges et les apôtres, en général, sinon invariablement, jouissaient d'une bonne santé ; leur magnétisme n'apportait jamais au malade une tare morale ou physique quelconque ; et jamais ils ne furent accusés de VAMPIRISME, inculpation qu'un journal spirite formule très justement à l'égard de quelques médiums guérisseurs 350.

350 Voir : Medium and Daybreak du 7 juillet 1876, p. 428.

 

Si nous appliquons la loi ci-dessus de la médiumnité et de  la médiation à la question de la lévitation, avec laquelle nous avons ouvert notre présente discussion, que trouverons-nous ? Voici un médium et un sujet appartenant à la classe des médiateurs enlevés en l'air, le premier dans une séance, le second pendant une prière, ou dans une contemplation extatique. Le médium étant passif doit être soulevé, l'extatique étant actif doit s'enlever lui-même. Le premier est élevé par ses esprits  familiers, quels  qu'ils  soient  ou  quoi  qu'ils  soient  et  l'autre  par  la  puissance des aspirations de son âme. Peut-on les qualifier tous deux indistinctement, du nom de médiums ?

On pourrait néanmoins nous objecter que les mêmes phénomènes sont produits tant en présence d'un médium moderne, qu'en celle d'un saint de l'antiquité. Sans doute ; et il en était ainsi du temps de Moïse ; car nous croyons que le prétendu triomphe de ce dernier sur les magiciens de Pharaon, proclamé dans l'Exode, est tout simplement une fanfaronnade nationale de la part du "peuple élu" 351. Le plus probable, c'est que le pouvoir qui produisit les phénomènes de Moise produisit également ceux des magiciens [232] qui, d'ailleurs, avaient été les premiers maîtres du législateur Hébreu, et lui avaient enseigné leur "sagesse". Mais même à cette époque, l'on paraît avoir bien apprécié la différence entre des phénomènes en apparence identiques. La divinité tutélaire nationale des Hébreux (qui n'est pas le Père Très-Haut) 352, défend formellement dans le Deuteronome (chap. XVIII) à son peuple, d'apprendre à pratiquer les abominations des autres nations... de passer dans le feu, ou de faire usage de la divination, d'étudier l'astrologie, ou l'art des enchanteurs, des sorcières, de ceux qui consultent des esprits familiers, ou des nécromans.

351 [Exode, VII, 11, VIII, 19.]

352 Dans un autre volume, nous prouverons clairement que l'Ancien Testament fait mention d'un culte rendu à plus d'un dieu par les Israélites. L'El Shadi d'Abraham et de Jacob n'était pas le Jehovah de Moïse, ou le Seigneur Dieu adoré par les Juifs pendant quarante ans dans le désert. Et le dieu des Armées d'Amos n'est pas, si nous devons en croire ses propres paroles, le Dieu Mosaïque, la divinité du Sinaï, car voici ce que nous y lisons : "Je hais et je méprise vos solennités... vos offrandes de viandes, et je ne veux point les accepter... M'avez-vous offert des sacrifices et des offrandes dans le désert pendant quarante années, ô maison d'Israël ?... Non, mais vous y avez porté le tabernacle de votre Moloch et Chiun (Saturne), vos images, l'étoile de votre dieu, que vous vous êtes fait vous-mêmes... C'est pourquoi je vous ferai réduire en captivité... dit le Seigneur dont le nom est le Dieu des Armées." (Amos, V, 21-27).

 

Quelle différence y avait-il donc entre tous les phénomènes que nous venons d'énumérer, produits par "les autres nations" et ces mêmes phénomènes accomplis par les prophètes ? Evidemment on en faisait une, et elle était basée sur quelque bonne raison ; et nous la trouvons dans la Première Epître de saint Jean (IV) qui dit : "Ne croyez pas à tous les esprits, mais éprouvez-les pour savoir s'ils viennent de Dieu, parce que beaucoup de faux prophètes se sont introduits dans le monde".

L'unique étalon à la portée des spirites et des médiums de notre temps pour éprouver les esprits consiste à les juger : 1° suivant leurs actes et leurs discours ; 2° par leur promptitude à se manifester ; et 3° par l'objet en vue, s'il est digne ou non de l'apparition d'un "esprit désincarné", ou s'il est de nature à excuser celui, quel qu'il soit, qui vient ainsi déranger les morts. Saül était sur le point de périr, lui et ses enfants, et cependant Samuel lui demande : "Pourquoi m'as-tu troublé en me faisant monter ?" 353. Mais les "intelligences" qui visitent les salles de séances accourent au premier signal du premier farceur venu, qui cherche à se distraire un moment.

Dans le numéro du 14 juillet 1877 du London Spiritualist, nous trouvons un long article dans lequel l'auteur cherche à prouver que "les merveilleux prodiges du temps présent, qui [233] appartiennent au prétendu spiritisme moderne, sont identiques, comme caractère, aux expériences des patriarches et des apôtres de l'antiquité".

Nous nous voyons forcés de contredire de but en blanc une pareille assertion. Ils ne sont identiques qu'en ce qu'ils sont le produit des mêmes forces des puissances occultes de la nature. Mais quoique ces pouvoirs et ces forces puissent être et soient certainement toutes dirigées par des intelligences invisibles, ces dernières diffèrent encore plus entre elles, comme essence, caractère, et tendances, que le genre humain lui-même, composé, tel qu'il est aujourd'hui, d'hommes blancs, noirs, bruns, rouges et jaunes, et comptant des saints et des criminels, des génies et des idiots. L'auteur peut, par exemple, recourir aux services d'un orang-outang apprivoisé ou d'un insulaire des Mers du Sud ; mais le seul fait d'avoir un serviteur ne rend ni celui-ci, ni soi-même identique à Aristote et à Alexandre. L'auteur compare Ezéchiel "enlevé" dans les airs et porté "au portail oriental de la maison du Seigneur" avec les lévitations de certains médiums, et les trois jeunes Hébreux "dans la fournaise ardente" avec les médiums à l'épreuve du feu ; "la lumière esprit" de John King est assimilée à "la lampe allumée" d'Abraham ; et enfin, après de nombreuses comparaisons analogues, le cas des frères Davenport relâchés de la prison d'Oswego est comparé à celui de saint Pierre, délivré de sa prison par "l'Ange du Seigneur !

 353 Ce mot monter dit par l'esprit d'un prophète, dont le séjour devait certainement être dans le ciel et qui, par conséquent, aurait dû dire descendre, est très significatif en lui-même, pour un chrétien qui place le paradis et l'enfer aux deux points opposés.

 

 

Or, à l'exception de l'histoire de Saül et de Samuel, on ne rencontre dans la Bible aucun exemple "d'évocation des morts". Quant à ce qui est de la légitimité de cette opération, elle est contredite par chaque prophète et Saül lui-même l'avait interdite avant d'y recourir.  Moise  punit de mort ceux qui évoquent les esprits des morts, les "nécromans". Nulle part dans l'Ancien Testament, ni dans Homère, ni dans Virgile, la communion avec les morts n'est qualifiée autrement que de nécromancie. Philon le Juif fait dire à Saül que s'il bannit du territoire tout devin et nécroman, son nom lui survivra. Le Sama Veda est déclaré impur par le législateur hindou Manou, seulement parce qu'il y enseigne l'évocation des morts, des bhoutas !

Une des grandes raisons pour cela était la doctrine des anciens, qu'aucune âme "du séjour des élus" ne revenait sur la terre, sauf dans les rares occasions dans lesquelles son apparition pouvait être requise pour accomplir quelque grande œuvre qu'elle avait en vue, et procurer ainsi quelque grand avantage à l'humanité. Dans ce dernier cas, l'âme n'avait pas besoin d'être évoquée. Elle transmettait son merveilleux message, soit au moyen d'un simulacre fugitif d'elle-même, soit par l'intermédiaire de messagers, qui pouvaient apparaître sous une forme matérielle et [234] personnifier fidèlement le trépassé. Les âmes qu'on évoquait si facilement étaient considérées comme d'un commerce inutile et dangereux. Il y avait des âmes, ou plutôt des larves, venant de la région infernale des limbes, le Sheol, la région connue des cabalistes juifs comme la huitième sphère, mais bien différente de l'enfer ou Hades orthodoxe de l'ancienne mythologie. Horace décrit cette évocation et le cérémonial qui l'accompagnait, et Maïmonide nous fournit des détails sur le rite juif. Chaque cérémonie nécromantique était accomplie dans des lieux élevés, sur -des collines, et l'on employait le sang, dans le but d'apaiser les goules humaines 354.

"Je ne puis empêcher les sorcières de ramasser leurs ossements, dit le poète. Voyez le sang qu'elles versent dans la fosse, pour attirer les âmes qui rendront leurs oracles !" Cruore in fossam confusus ut inde mane elicerent, animas responsa daturas 355.

 354 William Howitt, History of the Supernatural, vol. II, ch. 1.

355 Horace, lib. 1, Sat. 3.

 

"Les âmes, dit Porphyre, préfèrent à tout le reste du sang fraîchement répandu, qui semble, pour un temps assez court, leur rendre quelques-unes des facultés de la vie" 356.

356 Porphyre, De abstinentia, II, §§ 47-42.

 

Quant aux matérialisations, il y en a de nombreuses et très variées rapportées dans les livres sacrés. Mais étaient-elles opérées dans les mêmes conditions qu'aux séances modernes ? L'obscurité, à ce qu'il paraît, n'était pas indispensable dans le temps des patriarches et des pouvoirs magiques. Les trois Anges qui apparurent à Abraham burent à la pleine lumière du soleil, car "il était assis à la porte de la tente pendant la chaleur du jour", dit le livre de la Genèse (XVIII. 1). Les esprits d'Elie et de Moise apparurent également en plein jour, car il n'est pas probable que le Christ et les apôtres fussent montés sur une haute montagne pendant la nuit. Jésus est représenté comme étant apparu à Marie Magdeleine dans le jardin à la pointe du jour ; et aux apôtres à trois reprises différentes, et généralement dans la journée ; une fois "dans la matinée" (Jean, XXI, 4). Même lorsque l'ânesse de Balaam vit l'ange "matérialisé", c'était à la pleine clarté de la lune.

Nous sommes tout disposés à convenir avec l'auteur en question, que nous trouvons dans la vie du Christ, et nous pourrions ajouter  dans l'Ancien Testament, aussi, "un récit ininterrompu de manifestations spirites", mais rien de médiumnique, ni d'un caractère physique, si nous en exceptons la visite de Saül à Sedecla, la femme sorcière d'En-Dor. Ce point est d'une importance capitale. [235]

Certes la promesse du Maître avait été clairement exprimée :

"En vérité, vous accomplirez des œuvres plus grandes que celles-là", des œuvres de médiation. D'après Joël [II. 28], le moment viendrait où il y aurait un épanchement abondant de l'esprit divin. "Vos fils et vos filles, dit-il, prophétiseront, vos vieillards auront des songes et vos jeunes gens des visions". Le temps est venu, et toutes ces choses s'accomplissent de nos jours ; le spiritisme a ses voyants et ses martyrs, ses prophètes et ses guérisseurs. Comme Moïse et David et Joram, il y a des médiums qui obtiennent  des  communications  écrites  directement par de vrais esprits planétaires humains ; et le mieux est que ces communications ne procurent aux médiums aucun profit pécuniaire. Le plus grand ami de la cause en France, Leymarie, languit, au moment où nous écrivons, dans une cellule de prison, et, comme il le dit dans un touchant langage, il n'est "plus un homme mais un numéro" sur le registre d'écrou.

Il y a peu, bien peu d'orateurs à la tribune spirite, qui parlent par inspiration ; et s'ils ont le moins du monde la connaissance de ce qu'on y dit, ils sont dans les conditions indiquées par Daniel : "Je perdis toute vigueur, j'entendis le son de ses paroles, je tombai frappé d'étourdissement la face contre terre"(Daniel, X. 8). Il y a des médiums, ceux dont nous avons parlé, pour qui la prophétie de Samuel pourrait avoir été écrite. "L'esprit du Seigneur te saisira, tu prophétiseras avec eux et tu  seras changé en un autre homme" 357. Mais, dans la longue liste des merveilles de la Bible, où voyons-nous des récits de guitares volantes, de tambourins résonnant dans les airs et de sonnettes carillonnant dans des chambres plongées dans une profonde obscurité, comme preuves de l'immortalité ?

Lorsque le Christ fut accusé de chasser les démons par la puissance de Belzébuth, il le nia, et répliqua amèrement en disant :

"Par quelle puissance vos fils et vos disciples les chassent-ils ?" 358 Les spirites affirment, eux aussi, que Jésus était un médium ; qu'il était guidé par un ou plusieurs esprits ; mais lorsque cette imputation lui fut adressée directement, il dit qu'il n'en était rien. "N'avons-nous pas raison de dire que tu es un Samaritain et que tu as un démon ?" [Daimonion, un Obeah, ou esprit familier, dans le texte Hébreu]. Jésus répondit : "Je n'ai pas de démon" 359.

357 Samuel, X, 6.

358 Evangile selon saint Jean, VII, 20.

359 Jean, VIII, 48-49.

 

L'écrivain dont nous empruntons quelques citations, établit aussi un parallèle entre les essors aériens de Philippe et d'Ezéchiel, et ceux de Mrs Guppy, et autres médiums modernes. Il ignore [236] ou a oublié le fait, que la lévitation, tout en n'étant dans les deux cas qu'un effet, est produite par des causes totalement différentes. Nous avons déjà indiqué la nature de cette différence. La lévitation peut être produite d'une façon consciente ou inconsciente pour le sujet. Le jongleur détermine à l'avance qu'il sera élevé dans les airs, le temps que cela durera, et à quelle hauteur ; et il règle l'action des forces occultes en conséquence. Le fakir obtient le même résultat par la puissance de ses aspirations et de sa volonté, et,  sauf lorsqu'il se trouve à l'état d'extase, il conserve la direction de ses mouvements. Le prêtre de Siam agit de même, lorsque, dans les pagodes sacrées, il monte à cinquante pieds de hauteur, un cierge à la main, et vole d'une idole à l'autre, allumant les flambeaux des niches, se supportant lui- même et s'arrêtant avec autant d'aisance que s'il marchait sur la terre ferme. Il y a des personnes qui l'ont vu et qui l'ont attesté. Les officiers d'une escadre russe, qui tout récemment a fait un voyage de circumnavigation, et qui stationna longtemps dans les eaux du Japon, rapportent, en plus d'un grand nombre d'autres faits merveilleux, celui de jongleurs, qu'ils ont vus marcher en l'air, du sommet d'un arbre à un autre, sans le moindre point d'appui 360. Ils ont aussi vu les exploits de grimper le long des perches ou des cordages, décrits par le colonel Olcott, dans son livre People from the other World, et qui ont tant été critiqués par certains spirites et médiums, dont le zèle est bien supérieur à l'instruction. Les citations du colonel Yule et d'autres auteurs données à part dans cet ouvrage, semblent mettre hors de doute la possibilité d'exécuter ces phénomènes.

Ces phénomènes, lorsqu'ils sont produits en dehors des rites religieux dans l'Inde, le Japon, le Tibet, le Siam et autres contrées "païennes", et cent fois plus variés et plus surprenants que tout ce qui a été vu en Europe et en Amérique, ne sont jamais attribués aux esprits des morts. Les Pitris des Hindous n'ont rien à voir dans ces exhibitions publiques. Et nous n'avons qu'à consulter la liste des principaux démons ou esprits élémentaux, pour trouver que leurs noms seuls indiquent leurs professions, ou pour parler plus clairement, les tours auxquels chaque variété est le plus apte. Ainsi, nous avons les Mâdan, nom générique, désignant les méchants esprits élémentaux, moitié brutes, moitié monstres, car Mâdan signifie un être qui ressemble à une vache. Il est l'ami des sorciers malicieux, et les aide à accomplir leurs actes de vengeance, en frappant les hommes et les troupeaux de maux subits et de mort. [237]

 360 La personne qui nous fournit ce renseignement, qui en fut, elle-même, un témoin oculaire est M. N...ff de Saint-Pétersbourg qui était attaché au vaisseau amiral "Almaz" si nous ne nous trompons pas.

 

Le Shoudâla Mâdan, ou démon des cimetières, correspond à notre goule. Il se complaît dans les lieux où des crimes et des meurtres ont été commis, près des sépultures et des places d'exécutions. Il prête son concours aux jongleurs, dans tous les phénomènes où le feu joue un rôle ; ainsi que les Koutti Shâttan, les petits farfadets des jongleurs musulmans dans l'Inde. Le Shouddla, dit-on, est un démon moitié feu, moitié eau,  car il reçut de Siva la permission de choisir et de prendre telle forme qu'il voudrait, de métamorphoser une chose en une autre ; et lorsqu'il n'est pas dans le feu, il est dans l'eau. C'est lui qui aveugle les gens pour leur faire voir des choses qu'ils ne voient pas. Le Shoula Mâdan est un autre mauvais génie. Il est le démon des fournaises, habile dans l'art du potier et du boulanger. Si vous vous tenez en bons termes avec lui, il ne vous fera point de mal ; mais malheur à celui qui encourt sa colère. Le Shoula aime les compliments et la flatterie, et comme il se tient généralement sous terre, c'est à lui que le jongleur doit recourir pour l'aider à faire sortir un arbre d'une semence et en faire mûrir les fruits dans l'espace d'un quart d'heure.

Le Koumil-Mâdan est l'ondine, proprement dite. C'est un esprit elémental de l'eau, et son nom signifie éclatant comme une bulle. C'est un lutin très gai ; et il aidera un ami dans tout ce qui est de sa compétence ; il fera tomber la pluie, et montrera l'avenir et le présent à ceux qui auront recours à l'hydromancie ou divination par l'eau.

Le Porouthon-Mâdan est le démon "lutteur" ; il est le plus fort de tous ; et toutes les fois qu'il s'agit de faits dans lesquels la force physique est nécessaire, tels que les lévitations, le domptage d'animaux féroces, il aidera l'opérateur en le soutenant à distance du sol, ou en maîtrisant la bête sauvage, jusqu'à ce que le dompteur ait eu le temps de prononcer son incantation. Ainsi chaque manifestation physique a son genre spécial d'esprits élémentaux pour y présider.

Pour en revenir à la lévitation des corps humains et des objets inanimés dans les salles de séances, nous renvoyons le lecteur au chapitre d'introduction de cet ouvrage (voyez Æthrobacie). A propos de l'histoire de Simon le magicien, nous avons donné l'explication des anciens sur la manière dont pouvaient être produits la lévitation et le transport des objets pesants. Nous essayerons maintenant d'émettre une hypothèse au sujet des médiums, c'est-à-dire des personnes supposées inconscientes, au moment des phénomènes que les croyants attribuent aux "esprits" désincarnés. Nous n'avons pas besoin de répéter ce qui a été suffisamment expliqué déjà. L' Æthrobacie consciente, dans certaines conditions électromagnétiques, est possible seulement aux adeptes, qui ne peuvent jamais être dominés par une influence étrangère, et qui restent toujours maîtres de leur VOLONTE. [238]

Ainsi, la lévitation, disons-nous, doit toujours s'effectuer en obéissant à la loi, loi aussi inexorable que celle qui fait qu'un corps qui n'est pas sous son influence reste attaché au sol. Et où chercherions-nous cette loi en dehors de la théorie de l'attraction moléculaire ? C'est une hypothèse scientifique que la force, qui la première entraîne la nébuleuse ou la matière stellaire dans un tourbillon, est l'électricité ; et la chimie moderne est totalement réédifiée sur la théorie des polarités électriques des atomes. La trombe d'eau, le cyclone, le typhon, l'ouragan et la tempête sont, tous, sans aucun doute le résultat d'une action électrique. Ce phénomène a été observé d'en haut aussi bien que d'en bas, car les observations ont été faites à terre, et dans un ballon planant au-dessus du centre d'un orage.

Or, cette force, sous des conditions de sécheresse et de chaleur de l'atmosphère à la surface de la terre, est capable d'accumuler une énergie dynamique suffisante pour soulever d'énormes quantités d'eau, de comprimer les molécules de l'atmosphère et de balayer toute une contrée, déraciner les forêts, soulever les rochers, et réduire des bâtiments en morceaux. La machine électrique de Wilde produit des courants induits électromagnétiques si puissants, qu'ils donnent une lumière permettant de lire dans la nuit les caractères les plus fins, à une distance de deux milles de l'endroit où elle opère.

Déjà dès l'année 1600, Gilbert, dans son livre De Magnete,  formulait le principe que le globe lui-même est un vaste aimant, et quelques-uns de nos électriciens les plus avancés commencent à reconnaître que l'homme aussi possède cette propriété, et que les attractions et les répulsions mutuelles des individus peuvent, du moins en partie, trouver leur explication dans ce fait. L'expérience des assistants dans les cercles spirites confirme cette opinion. Le professeur Nicholas Wagner de l'Université de Saint-Pétersbourg dit : "La chaleur ou peut-être le fluide électrique des investigateurs assis en cercle doit se concentrer sur la table et graduellement se développer en mouvements. En même temps, ou peu après, la force psychique vient s'y joindre pour assister les deux autres pouvoirs. Par force psychique, j'entends cette force qui se dégage de toutes les autres forces de notre organisme : la combinaison de plusieurs forces séparées, en quelque chose de général, capable lorsqu'il est ainsi combiné, de se manifester à un certain degré suivant l'individualité". Il considère que le progrès des phénomènes est influencé par le froid et la sécheresse de l'atmosphère. Or, rappelant ce qui a été dit au sujet des formes plus subtiles d'énergie dont les hermétistes ont démontré l'existence dans la nature, et acceptant l'hypothèse émise par M. Wagner, que "la puissance qui provoque ces manifestations est centralisée dans les [239] médiums", est- ce que le médium ne pourrait pas, en créant en lui-même un foyer aussi parfait dans son genre que le système des aimants d'acier permanents dans la batterie de Wilde, produire des courants astraux suffisamment énergiques, pour enlever dans leur tourbillon un corps même aussi pondérable que le corps humain ? Point n'est nécessaire que l'objet soulevé prenne pour cela un mouvement giratoire, car le phénomène que nous observons, différent de la trombe, est dirigé par une intelligence capable de maintenir le corps montant ainsi dans le courant ascendant, et empêcher sa rotation.

Dans ce cas la lévitation serait un phénomène purement mécanique. Le corps inerte du médium passif est soulevé par un tourbillon, créé soit par les esprits élémentaux, peut-être dans quelques cas par des esprits humains, soit quelquefois par des causes purement morbides, comme dans le cas des malades somnambules du professeur Perty. La lévitation de l'adepte, au contraire, est un effet électromagnétique, ainsi que nous venons de le constater. Il a rendu la polarité de son corps, opposée à celle de l'atmosphère, et identique à celle de la terre ; il s'ensuit qu'il est propre à être attiré par celle-là, et repoussé par celle-ci, tout en conservant tout le temps sa conscience. Une lévitation phénoménale de cette nature est également possible lorsque la maladie modifie la polarité corporelle du patient, comme la maladie le fait toujours plus ou moins. Mais dans ce cas, la personne ainsi enlevée ne serait probablement pas consciente.

Dans une série d'observations sur les tourbillons, faite en 1859, dans le bassin des Montagnes Rocheuses, un journal fut enlevé... à une hauteur de quelque deux cents pieds ; là, il oscilla dans un sens et dans un autre, pendant un temps considérable, tout en suivant le mouvement en avant 361.

 361 "Quelles étaient les forces qui agissaient pour occasionner cette oscillation du  journal?", demande M. J W. Phelps qui cite le fait. "Il y avait le mouvement ascensionnel rapide de l'air échauffé, le mouvement descendant de l'air froid, le mouvement de translation de la brise de surface et le mouvement circulaire de la trombe. Mais comment ces divers mouvements pouvaient-ils se combiner de façon à produire l'oscillation ?" (Conférence sur Force Electricity Exhibited, 1859, p. 98).

 

Comme de juste, les savants diront qu'on ne peut pas établir de parallèle entre ce fait et celui d'une lévitation humaine ; qu'un tourbillon assez puissant ne peut pas être formé dans une chambre, pour pouvoir enlever un médium ; mais c'est une question de lumière astrale et d'esprit, qui ont leurs lois dynamiques particulières. Ceux qui comprennent ces lois affirment qu'un concours de personnes mentalement surexcitées, dont l'excitation réagit sur le système physique, projette des émanations électromagnétiques qui, lorsqu'elles ont une intensité suffisante, peuvent jeter la perturbation dans toute [240] l'atmosphère ambiante. On peut engendrer ainsi suffisamment de force pour créer un tourbillon électrique assez puissant pour produire bien des phénomènes étranges. A ce point de vue le tournoiement des derviches, et les danses sauvages, les balancements, les gesticulations, les chants et les cris des dévots doivent être envisagés comme ayant tous en vue un objet commun, c'est-à-dire la création de ces conditions astrales, propres à favoriser la production de phénomènes psychologiques et physiques. La raison d'être des revivals religieux sera aussi mieux comprise, si l'on ne perd pas ce principe de vue.

Mais il y a encore un autre point à considérer. Si le médium est un noyau de magnétisme et un conducteur de cette force, il sera sujet aux mêmes lois que le conducteur métallique, et il sera attiré par son aimant. Si donc, un centre magnétique de la puissance voulue était formé directement au-dessus de lui par les puissances invisibles, qui président aux manifestations, pourquoi son corps ne serait-il pas soulevé vers lui, malgré l'attraction terrestre ? Nous savons bien que dans le cas d'un médium qui est inconscient de la marche de l'opération, il est nécessaire d'admettre, d'abord, le fait d'une telle intelligence, et ensuite la possibilité de conduire l'expérience de façon dont on l'a décrite ; mais en présence des nombreuses attestations produites, non seulement dans nos propres recherches qui n'ont pas la prétention de faire autorité, mais encore dans celles de M.  Crookes et d'un grand nombre d'autres, dans beaucoup de pays et à diverses époques, nous ne pouvons nous empêcher d'offrir cette hypothèse, tout en sachant qu'il est inutile de défendre un cas que les savants n'examineront pas avec patience, même après la sanction que lui ont donné les hommes les plus distingués parmi eux.

 Dès 1836, le public fut informé de certains phénomènes qui étaient aussi extraordinaires, sinon davantage, que toutes les manifestations qui se sont produites de nos jours. La fameuse correspondance entre deux célèbres magnétiseurs, Deleuze et Billot, fut publiée en France, et les merveilles auxquelles elle faisait allusion furent pendant quelque temps l'objet de la discussion dans toutes les sociétés. Billot croyait fermement à l'apparition des esprits, car, ainsi qu'il le dit lui-même, il en avait vu, entendu et touché. Deleuze était tout aussi convaincu de cette vérité que lui, et il déclarait que l'immortalité de l'homme et le retour des morts, ou plutôt de leurs ombres, était, dans son opinion, le fait le mieux démontré. Des objets matériels lui avaient été apportés d'endroits éloignés par des mains invisibles, et il communiquait avec d'invisibles intelligences sur les questions les plus importantes. "A ce sujet, dit-il, je ne puis concevoir comment des êtres spirituels sont [241] capables de transporter ses objets matériels" 362. Plus sceptique et moins intuitif que Billot, néanmoins, il était d'accord avec lui, que "la question du spiritisme était, non pas une question d'opinion, mais une question de faits".

362 [G.P. Billot, Recherches psychologiques sur la cause des phénomènes, etc., p. 20.]

 

Telle est précisément la conclusion à laquelle était finalement amené le professeur Wagner de Saint-Pétersbourg. Dans la seconde brochure sur les Phénomènes Médiumniques publiée par lui, en décembre 1875, il adresse à M. Shkliarevsky, un de ses critiques matérialistes, la réprimande suivante : "Tant que les manifestations spirites furent faibles et sporadiques, nous autres hommes de science, nous pouvions nous laisser aller à nous. tromper, avec les théories de l'action musculaire inconsciente, ou de l'inconsciente cérébration, et traiter tout le reste de tours de passe- passe... Mais maintenant que ces prodiges sont devenus patents ; que les esprits se montrent sous des formes matérielles et tangibles, pouvant être touchées et palpées à volonté par tout incrédule instruit comme vous- même, et qui est plus est, mesurées et pesées, nous ne pouvons plus lutter, car toute résistance devient absurde, et peut amener la démence. Essayez donc de vous en rendre compte comme il convient, et humiliez-vous devant la possibilité de faits considérés impossibles".

Le fer n'est aimanté que temporairement, mais l'acier l'est d'une façon permanente par le contact de l'aimant. Or l'acier n'est que du fer qui a subi un  procédé  de  carburation,  et  cette  opération  pourtant  a complètement modifié la nature du métal, du moins, en ce qui concerne ses relations avec l'aimant. On peut dire de même que le médium n'est qu'une personne ordinaire, magnétisée par l'influx de la lumière astrale ; et comme la permanence de la propriété magnétique dans le métal est proportionnée à ses qualités plus ou moins proches de l'acier, ne pouvons-nous dire que l'intensité et la permanence de la faculté médiumnique est en proportion de la saturation en force magnétique ou astrale du médium ?

Cette condition de saturation peut être congénitale, ou obtenue par l'un ou l'autre des procédés suivants, par la magnétisation, par l'action des esprits, par celle de sa propre volonté. De plus, la condition parait être héréditaire, comme toute autre particularité physique ou mentale ; un grand nombre de médiums, et nous pourrions même dire la majorité, ayant eu chez quelqu'un ou quelques-uns de leurs ascendants des signes de médiumnité. Les sujets magnétiques passent aisément à un état plus élevé de clairvoyance et de médiumnité, ainsi que Grégory, Deleuze, Puységur, [242] du Potet et autres autorités nous l'apprennent. Quant au procédé de saturation par soi-même, nous n'avons qu'à jeter les yeux sur les relations des dévots et des prêtres du Japon, du Siam, de la Chine, de l'Inde, du Tibet et de l'Egypte, aussi bien que des contrées de l'Europe, pour être renseignés sur la réalité du fait. Une longue persistance dans la détermination bien arrêtée de subjuguer la matière provoque un état, dans lequel, non seulement l'on devient insensible aux impressions extérieures, mais où l'on peut simuler la mort, ainsi que nous l'avons déjà vu. L'extatique fortifie sa puissance de volonté au point d'attirer à lui, comme dans un tourbillon, les forces résidant dans la lumière astrale, afin de suppléer à l'insuffisance de ses ressources naturelles.

Les phénomènes du mesmérisme ne sont explicables par aucune autre hypothèse sinon celle de la projection d'un courant de force, de l'opérateur au sujet. Si un homme peut projeter cette force par un exercice de la volonté, qu'est-ce qui l'empêchera de l'attirer à lui, en renversant  ce courant ? A moins, toutefois, que l'on ne prétende que la force est engendrée dans son corps, et ne peut être attirée d'aucune source  du dehors. Mais, même dans cette hypothèse, s'il peut faire naître une surabondance de' force pour en saturer une autre personne, ou même un objet inanimé au moyen de sa volonté, pourquoi ne pourrait-il pas le générer en excès, pour s'en saturer lui-même ?

 Dans son ouvrage sur l'Anthropologie le professeur J.R. Buchanan constate la tendance des gestes naturels à suivre la direction des organes phénologiques ; l'attitude de combativité étant vers le bas et l'arrière ; celle de l'espérance et de la spiritualité vers le haut et l'avant ; celle de la fermeté en haut et en arrière ; et ainsi de suite. Les adeptes de la  science hermétique connaissent si bien ce principe, qu'ils expliquent la lévitation de leur propre corps, lorsqu'elle survient à l'improviste, en disant que la pensée est fixée sur un point au-dessus d'eux, avec tant d'intensité, que lorsque le corps est entièrement imprégné de l'influence astrale, il suit l'aspiration mentale, et s'élève dans l'espace aussi aisément qu'un bouchon de liège, poussé sous l'eau, remonte à la surface, et que sa légèreté le fait surnager. Le vertige qui s'empare de certaines personnes lorsqu'elles se trouvent sur le bord d'un abîme s'explique d'après le même principe. Les jeunes enfants qui n'ont qu'une imagination peu on pas active du tout, et chez qui l'expérience n'a pas encore eu assez de temps pour développer la crainte, sont rarement pris de vertige, s'ils le sont jamais ; mais l'adulte d'un certain tempérament mental voyant le gouffre, et se peignant dans son imagination les conséquences d'une chute, se laisse aller à l'attraction de la terre, et à moins que le charme qui le fascine ne soit rompu, son corps suivra sa pensée au fond du précipice. [243]

Que ce vertige soit purement une affaire de tempérament est démontré par le fait qu'Il y a des personnes qui n'éprouvent jamais cette sensation, et l'examen révélerait probablement que ces personnes sont dépourvues de la faculté imaginative. Nous avons présent à la mémoire le cas d'un monsieur qui, en 1858, fit preuve d'une fermeté nerveuse telle qu'il effrayait tous ceux qui le virent se tenir debout sur la corniche de l'Arc de Triomphe à Paris, les bras croisés, et les pieds à moitié sur le rebord ; mais depuis, ayant été atteint de myopie, il fut saisi de frayeur en essayant de passer sur une passerelle en planches de plus de deux pieds et demi de large, jetée sur la cour d'un hôtel, et ou il n'y avait pas le moindre danger. En regardant le sol au-dessous, il donna libre carrière à son imagination, et il serait tombé s'il ne s'était vivement assis C'est un dogme scientifique que le mouvement perpétuel est impossible. C'est encore un dogme de ne voir qu'une absurde superstition dans l'affirmation que les Hermétistes avaient découvert l'élixir de vie, et que quelques-uns d'entre eux, en en faisant usage, avaient prolongé leur existence au delà des limites ordinaires. La prétention que les métaux communs avaient été transmués en or, et que le dissolvant universel avait été trouvé n'excite que le mépris, dans un siècle qui a couronné l'édifice de la philosophie avec la coupole du protoplasme. Le premier est déclaré une impossibilité physique, autant selon Babinet, l'astronome, que "la lévitation d'un objet sans contact 363" ; la seconde est qualifiée de divagation physiologique, émanée d'un esprit en délire ; et la troisième est une absurdité chimique.

Balfour Stewart dit que, tant qu'un savant ne peut affirmer "qu'il est parfaitement au courant de toutes les forces de la nature, et démontrer que le mouvement perpétuel est impossible, car, en réalité, il ne sait que fort peu de chose de ces forces... il pense qu'il a pénétré l'esprit et les desseins de la nature, et c'est pour cela qu'il nie ex abrupto la possibilité d'une telle machine" 364. S'il a découvert les desseins de la nature, il n'a certainement pas pénétré son esprit, car il conteste son existence en un sens ; et en niant l'esprit, il empêche cette parfaite entente de la loi universelle, qui délivrerait la philosophie moderne de ses erreurs mortifiantes et de ses dilemmes. Si la négation de B. Stewart ne repose pas sur une plus solide analogie que celle de son collègue français Babinet, il court le danger d'aboutir comme lui à une humiliante catastrophe. L'univers lui-même démontre la réalité du mouvement perpétuel ; et la théorie atomique, ce baume [244] salutaire pour les esprits épuisés de nos explorateurs cosmiques, est basée sur ce mouvement. Le télescope fouillant l'espace, et le microscope découvrant les mystères du petit monde dans une goutte d'eau, nous révèlent cette même loi en action ; et comme tout en bas est comme en haut, qui oserait prétendre que, lorsque l'on comprendra mieux la conservation de l'énergie et que l'on aura ajouté les deux forces additionnelles des cabalistes au catalogue de la science orthodoxe, on ne découvrira pas le moyen de construire une machine marchant sans frottement, et se fournissant de l'énergie au fur et à mesure de sa consommation ? "Il y a cinquante ans, dit le vénérable M. de Lara, un journal de Hambourg, reproduisant le compte rendu donné par un journal anglais de l'inauguration de la ligne du chemin de fer de Manchester à Liverpool, déclarait que c'était une grossière imposture ; et il y mettait le comble en ajoutant : voilà pourtant jusqu'où peut aller la crédulité des Anglais !" La morale est apparente. La découverte récente par un chimiste américain  du  composé  dénommé  métalline  laisse croire à  la probabilité que l'on a réussi à éviter le frottement dans une large mesure. Une chose est certaine ; c'est que, quand l'homme aura découvert le mouvement perpétuel, il sera en mesure de comprendre par analogie tous les secrets de la nature ; le progrès en raison directe de la résistance.

363 Revue des Deux-Mondes, p. 414, 1858.

364 Conservation of Energy, p. 140.

 

Nous pourrions en dire autant de l'élixir de vie par laquelle il faut entendre la vie physique, l'âme étant, comme de raison, immortelle, mais seulement à cause de son union immortelle divine avec l'esprit. Mais continuel ou perpétuel ne veut pas dire sans fin. Les cabalistes n'ont jamais prétendu qu'une vie physique sans fin, ou un mouvement sans fin fussent possibles. L'axiome hermétique soutient que seule la Cause Première et ses émanations directes, nos esprits (étincelles du soleil central éternel, qui seront réabsorbées par lui à la fin du temps), sont incorruptibles et éternels. Mais, connaissant les forces naturelles occultes, non encore découvertes par les matérialistes, ils affirmaient que tant la vie physique que le mouvement mécanique pouvaient être prolongés indéfiniment. La pierre philosophale avait plus d'une signification attachée à son origine mystérieuse. Le professeur Wilder dit : "L'étude de l'Alchimie... était même plus universelle que bon nombre qui ont écrit sur elle ne paraissaient s'en douter, et elle fut toujours l'auxiliaire des sciences occultes, de la magie, de la nécromancie et de l'astrologie, si elle n'était pas identique avec elles ; cela venait probablement de ce qu'à l'origine ces sciences n'étaient que les formes d'un spiritualisme qui a existé de tous temps dans l'histoire de l'humanité" 365. [245]

Ce qui nous surprend le plus, c'est que ces mêmes hommes, qui envisagent le corps humain tout simplement comme "une machine à digérer", trouvent des objections à l'idée que, si on appliquait une substance équivalente à la métalline entre ses molécules, elle fonctionnerait sans frottement. Le corps de l'homme, d'après la Genèse, a été tiré de la terre ou de la poussière, cette allégorie détruit la prétention de nos analystes modernes à l'originalité de la découverte de la nature des constituants inorganiques du corps humain. Si l'auteur de la Genèse en a eu connaissance, et si Aristote a enseigné l'identité entre les principes vitaux des plantes, des animaux et des hommes, notre filiation avec la terre notre mère semble avoir été établie depuis longtemps.

 365 [New Platonism and Alchemy, p. 23, note.]

 

Récemment, Elie de Beaumont a réaffirmé l'ancienne doctrine d'Hermès, qu'il existe une circulation terrestre comparable à celle du sang chez l'homme 366. Or puisque c'est une doctrine aussi vieille que le monde ; que la nature renouvelle continuellement ses énergies épuisées par l'absorption à la source des énergies vitales, pourquoi l'enfant différerait-il sur ce point de sa mère ? Pourquoi l'homme ne pourrait-il pas, en découvrant la source et la nature de cette énergie récupératrice, extraire de la terre elle-même le suc ou la quintessence, avec lesquels il reconstitue ses forces ? C'était peut-être là le grand secret des alchimistes. Arrêtez la circulation des fluides terrestres, et nous avons la stagnation, la putréfaction, la mort ; que l'on arrête la circulation des fluides chez l'homme, et la stagnation, l'absorption, la calcification sénile et la mort en seront la conséquence. Si les alchimistes avaient tout simplement découvert quelque composé chimique pour conserver toujours libres les canaux de notre circulation, tout le reste ne s'ensuivrait-il pas facilement ? Et pourquoi, demanderons-nous, si les eaux de la surface de certaines sources minérales ont une telle vertu pour la guérison des maladies et le rétablissement de la vigueur physique, est-il illogique de dire, que si nous pouvons obtenir les premiers produits de l'alambic de la nature dans les entrailles de la terre nous pourrons peut-être trouver que la fontaine de Jouvence n'était peut-être pas un mythe ? Jennings assure que l'élixir était tiré par quelques adeptes du laboratoire chimique secret de la nature ; et Robert Boyle, le chimiste, parle d'un vin médicinal ou cordial, que le Dr Lefèvre essaya sur une vieille femme avec un résultat merveilleux.

L'alchimie est aussi ancienne que la tradition elle-même. "La première mention authentique que l'on ait à ce sujet, dit William Godwin, est un édit de Dioclétien d'environ trois cents ans après [246] le Christ, ordonnant de faire en Egypte de diligentes recherches pour retrouver tous les livres anciens, traitant de l'art de faire de l'or et de l'argent afin de les jeter tous au feu. Cet édit laisse nécessairement supposer que cette étude était d'une certaine antiquité et l'histoire fabuleuse donne Salomon, Pythagore et Hermès, comme ses adeptes les plus distingués" 367.

366 [Recherches, etc., 1830.]

367 [Lives of the Necromancers, Londres, 1876, pp. 18-19.]

 

Et cette question de la transmutation, cet alkahest ou dissolvant universel  qui  vient  après  l'élixir  de  vie  dans  l'ordre  des  agents de l'alchimie ? L'idée est-elle tellement absurde, qu'elle doive être considérée comme indigne de l'examen de ce siècle de découvertes chimiques ? Comment expliquerons-nous ces anecdotes historiques d'hommes qui ont véritablement fait de l'or, et qui l'ont abandonné, et des attestations de ceux qui déclarent les avoir vu faire ? Libavius, Geber, Arnold, Thomas d'Aquin, Bernard Comes, Joannès, Penotus, Quercetan Geber, le  père arabe de l'alchimie en Europe, Eugène Philalèthe, Baptista Porta, Rubeus, Dornesius, Vogelius, Irénée Philaléthe Cosmopolita, et quantité d'alchimistes du moyen âge et de philosophes hermétistes affirment le fait. Devons-nous prendre pour des visionnaires ou des lunatiques tous ces savants, traités ailleurs de grands génies ? FranÇois Pic, dans son livre de Auro [Sec 3 c 2] cite dix-huit cas de fabrication de l'or par des procédés artificiels dont il a été témoin ; et Thomas Vaughan 368 étant allé chez un orfèvre, pour lui vendre 1.200 marcs d'or, l'homme fit la remarque, d'un air soupçonneux, que l'or était trop pur pour avoir jamais été extrait d'une mine, ce qui fit fuir le vendeur en laissant l'argent. Dans un chapitre précédent nous avons cité les témoignages d'un grand nombre d'auteurs sur ce sujet.

Marco Polo nous apprend que dans quelques montagnes du Tibet, qu'il nomme Chingintalas, il existe des filons de la substance dont est faite la Salamandre : "Car à la vérité dit-il, la salamandre n'est pas un animal, comme on le prétend dans nos contrées, mais une substance  que l'on trouve dans la terre". Et il ajoute qu'un Turc nommé Zurficar lui dit qu'il avait été occupé pendant trois ans dans cette région à procurer des salamandres au grand Khan. "Il lui dit que le moyen employé pour se les procurer consistait à creuser cette montagne jusqu'à ce qu'ils eussent découvert une certaine veine. La substance de cette veine était alors enlevée et écrasée, et après ce traitement elle se divise pour ainsi dire en filaments, de laine, et que l'on fait sécher. Ces fibres une fois sèches, sont broyées dans un grand mortier de bronze et lavées de façon à ce qu'il ne reste plus que les fibres, de laine. On les [247] tisse ensuite... D'abord, ces étoffes ne sont pas très blanches, mais en les passant au feu un certain temps, elles deviennent aussi blanches que la neige" 369.

 368 Eugène Philalèthe.

369 Livre de Marco Polo, vol. 1, p. 215.

 

Par conséquent, ainsi que l'attestent plusieurs autorités, cette substance minérale est le fameux Abestos 370 ou amiante, que le Rév. A. Williamson dit se trouver au Shantung. Mais ce n'est pas seulement un fil incombustible que l'on en peut tirer. On en extrait aussi une huile qui possède plusieurs propriétés extraordinaires et seuls quelques Lamas et adeptes hindous possèdent le secret de ses vertus. Lorsqu'on en frictionne le corps, elle ne laisse aucune tache ni marque ; et néanmoins la partie enduite peut être lavée au savon, et avec de l'eau chaude ou froide, sans que l'effet de l'onction soit le moins du monde affecté. La personne ainsi frictionnée peut sans crainte s'avancer dans le feu le plus ardent ; et, à moins d'être suffoquée, elle n'en éprouvera aucun mal. Une autre propriété de l'huile, lorsqu'elle est combinée avec une autre substance, que nous ne sommes pas libres de désigner, et exposée aux rayons de la lune, dans certaines nuits indiquées par les astrologues indigènes donne naissance à d'étranges créatures. Nous pourrions, dans un sens, les appeler des infusoires, n'était que celles-ci croissent et se développent. En parlant du Cachemire, Marco Polo remarque que les habitants "sont très versés dans les diableries des enchantements, puisqu'ils en arrivent à faire parler leurs idoles" 371.

Les plus grands mages mystiques de ces régions se trouvent encore en effet au Cachemire. Les diverses sectes religieuses de ce pays ont toujours eu la réputation d'avoir des pouvoirs surnaturels et d'être la retraite d'adeptes et de sages. Ainsi que le fait observer le colonel Yule, "Vambery nous apprend que, même de nos jours, les derviches Cachemiris excellent, parmi leurs frères Mahométans, pour la science, les arts secrets, l'habileté dans les exorcismes, etc..." 372.

370 Voir Dictionnaire des Tissus, de Sage, vol. II, pp. 1-12.

371 Yule, op cit., vol. I, p. 175.

372 A. Vambery, Travels in Central Asia, p. 9. Cf. Yule, op. cit., vol. I,

 

Mais tous nos chimistes modernes ne sont pas aussi dogmatiques dans leur négation de la possibilité d'une telle transmutation. Le Dr Peisse, Despretz, et même le négateur de tout, Louis Figuier de Paris sont loin de rejeter cette idée. Le Dr Wilder dit : "La possibilité de réduire les éléments à leur forme primitive, tels qu'on les suppose avoir existé dans la masse ignée, de laquelle on croit que la croûte terrestre a été formée, n'est pas considérée  par les physiciens  comme une  idée  aussi  absurde  que  l'on a voulu [248] le donner à entendre. Il y a comme une sorte de parenté entre les métaux, et souvent tellement proche, qu'elle semble indiquer une origine identique. Les personnes que l'on nomme alchimistes pourraient, par conséquent, avoir consacré toute leur énergie à des recherches dans ces matières, comme Lavoisier, Davy, Faraday et autres, de nos jours, ont expliqué les mystères de la chimie 373". Un savant Théosophe, un médecin praticien, qui a étudié pendant plus de trente ans les sciences occultes de l'alchimie, a réussi à réduire les éléments à leur forme primitive, et à faire ce que l'on nomme "de la terre pré-adamique". Elle apparaît sous la forme d'un précipité terreux dans l'eau pure, qui, si on la trouble, présente les couleurs les plus vives et les plus opalescentes.

373 Alchemy or the Hermetic Philosophy, dans New Platonism and Alchemy, pp. 24-25.

 

"Le secret", disent les alchimistes, comme s'ils goûtaient l'ignorance des non initiés, "est un amalgame de sel, de soufre, et de mercure, combiné trois fois dans l'Azoth, par une triple sublimation et une triple fixation".

"Quelle ridicule absurdité !" s'écriera le savant chimiste moderne. Eh bien, les disciples du grand Hermès comprennent ce qui précède, aussi bien qu'un gradué de l'Université d'Harvard comprend la signification de ce que lui enseigne son professeur de chimie, lorsque celui-ci lui dit : Avec un groupe hydroxyl nous ne pouvons produire que des composés monatomiques ; en employant deux groupes, nous pourrons former autour du même squelette un certain nombre de composés diatoniques... Attachez à ce noyau trois groupes hydroxyl, et il en résultera des composés triatomiques, parmi lesquels se trouve une substance très familière.

H       H         H

H       O        


C       C         C         O         H

H         O         H

H

 

 

Glycérine

 

"Attache-toi", dit l'alchimiste, "aux quatre lettres du tétragramme disposé de la manière suivante : les  lettres du nom ineffable s'y trouvent, bien que tu ne puisses tout d'abord les discerner. L'axiome incommunicable s'y trouve cabalistiquement renfermé, [249] et c'est ce que les maîtres nomment l'arcane magique". L'arcane, la quatrième émanation de l'Akâsha, le principe de VIE, qui est représenté dans sa troisième transmutation, par le soleil ardent, l'œil du monde, ou d'Osiris, comme le nomment les Egyptiens. Un œil veillant tendrement sur sa plus jeune fille, épouse et sueur, Isis, la terre notre mère. Voici ce que dit d'elle Hermès, le maître trois fois grand : "Son père est le soleil, sa mère est la lune 374". Il l'attire et la  caresse, puis  il  la  repousse  par  une  force projectile.

C'est à l'élève Hermétique de guetter ses mouvements, de saisir ses courants subtils, de les guider et de les diriger avec l'aide de l'athanor, le levier d'Archimède de l'alchimiste. Qu'est-ce que ce mystérieux Athanor ? Le physicien peut-il nous le dire, lui qui le  voit  et  l'examine journellement ? Oui, il le voit, mais comprend-il les caractères secrètement chiffrés, tracés par le doigt divin sur chaque coquillage dans le fond des mers ; sur chaque feuille qui tremble au souffle de la brise ; dans la brillante étoile, dont les lignes radieuses ne sont à ses yeux qu'autant de raies plus ou moins lumineuses d'hydrogène?

374 [Table d'Emeraude.]

375 Voir Plutarque, Symposiaque, VIII, 2. "Diogéniane commence et dit : Admettons Platon à la conférence, et voyons à quel point de vue il dit, en supposant que ce soit sa formule, que Dieu remplit toujours le rôle d'un géomètre." Je dis : Cette sentence n'a pas été clairement formulée dans aucun de ses livres ; mais il y a de bons arguments en faveur de l'opinion qu'elle lui appartient, et elle ressemble beaucoup à sa manière de s'exprimer". Tyndare ajoute alors : Il exalte la géométrie comme une science qui élève les hommes au-dessus des objets sensibles, et les porte vers l'intelligible et Eternelle Nature, dont la contemplation est le but de la philosophie, ainsi qu'un aperçu des mystères de l'initiation aux rites sacrés".

 

 "Dieu géométrise", dit Platon 375. "Les lois de la nature sont les pensées de Dieu", s'écriait Oërstedt 2.000 ans plus tard. "Ses pensées sont immuables", répétait l'élève solitaire de la Science Hermétique, "et c'est pour cela que c'est dans la parfaite harmonie et l'équilibre de toutes choses que nous devons chercher la vérité". Et ainsi procédant de l'unité indivisible, il trouva deux forces contraires, émanant d'elle, chacune agissant par l'autre, et produisant l'équilibre, et les trois n'en faisant qu'une, la Monade Eternelle de Pythagore. Le point primordial est un cercle. Le cercle [250] réalisant sa propre quadrature, en partant des quatre points cardinaux, devient le quaternaire, un carré parfait, ayant à chacun de ses quatre angles une lettre du nom mirifique, le tétragramme sacré. Ce sont les quatre Bouddhas primitifs qui vinrent et sont passés ; le tétractys de Pythagore, absorbé et résolu par l'unique éternel NON-ETRE.

La tradition déclare que sur le cadavre d'Hermès, à Hébron, un Isarim, un initié, trouva la tablette connue sous le nom de Table d'Emeraude. Elle contient en quelques phrases l'essence de la Sagesse Hermétique. A ceux qui ne lisent qu'avec les yeux du corps les préceptes qu'elle renferme ne suggéreront rien de nouveau ni d'extraordinaire, car elle commence purement et simplement par dire qu'elle ne parle pas de choses fictives, mais de ce qui est vrai et très certain.

"Ce qui est en bas est pareil à ce qui est en haut, et ce qui est en haut est semblable à ce qui est en bas, pour accomplir les merveilles d'une seule chose.

"De même que toutes choses ont été produites par la médiation d'un être, de même toutes choses ont été produites de celui-ci par adaptation.

"Son père est le soleil, sa mère est la lune.

"C'est la cause de toute perfection dans la terre entière.

"Son pouvoir est parfait, s'il est changé en terre.

"Séparez la terre du feu, le subtil du grossier, en agissant avec prudence et jugement.

"Montez avec la plus grande sagacité de la terre au ciel, et descendez ensuite de nouveau sur la terre, et réunissez les forces des choses inférieures et supérieures ; vous posséderez ainsi la lumière du monde entier, et toute obscurité s'éloignera de vous.

"Cette chose a plus de force que la force elle-même, parce qu'elle vaincra tolite chose subtile et pénétrera toute chose solide.

 "C'est par elle que le monde est formé 376"...

376 [Cf. La Doctrine Secrète et Fabricius, Bibl. Graeca, I, X.]

377 Dans les nations anciennes, la divinité était une trinité complétée par une déesse l'Arba-Il ou Dieu quadruple. [Sepher Yetzirah, 1.]

 

Cette chose mystérieuse est l'agent universel, magique, la lumière astrale qui, par la corrélation de ses forces, fournit l'alkahest, la pierre philosophale et l'élixir de vie. La philosophie Hermétique la nomme Azoth, l'âme du monde, la vierge céleste, le grand Aimant, etc.... etc... La science physique la connaît sous la forme de chaleur, lumière, électricité et magnétisme ; "mais, ignorant ses propriétés spirituelles et la puissance occulte contenue dans [251] l'éther, elle repousse tout ce qu'elle ignore. Elle explique et dépeint les formes cristallines des flocons de neige, leurs modifications d'un prisme hexagonal, qui produit une infinité d'aiguilles délicates. Elle les a si parfaitement étudiées qu'elle a même calculé, avec la précision mathématique la plus étonnante, que toutes ces aiguilles forment un angle divergent de 60 degrés. Peut-elle nous indiquer aussi bien la cause de cette infinie variété de formes les plus exquises", dont chacune est en elle-même une figure géométrique la plus parfaite ? Ces corolles gelées, semblables à des étoiles ou à des fleurs, peuvent être, en plus de ce que la science matérialiste en connaît, une averse de messages lancés par des mains spirituelles des mondes d'en haut, lisibles pour les yeux spirituels d'en bas.

La croix philosophique, les deux lignes courant dans des directions opposées, l'horizontale et la perpendiculaire, la hauteur et la largeur, que la Divinité géométrisant divise au point d'intersection, et qui forme le quaternaire magique, aussi bien que scientifique, lorsqu'elle est inscrite dans un carré parfait, est la base de l'occultiste. Dans sa mystique enceinte se trouve la clé qui ouvre la porte de toute science, physique aussi bien que spirituelle. Elle symbolise notre existence humaine, car le cercle de la vie circonscrit les quatre pointes de la croix qui représentent, dans leur succession, la naissance, la vie, la mort et l'IMMORTALITE. Chaque chose en ce monde est une trinité, complétée par le quaternaire 377, et chaque élément est divisible d'après ce même principe.  La physiologie peut diviser l'homme à l'infini, de même que la science physique a divisé les quatre éléments primordiaux et principaux, en plusieurs douzaines d'autres ; elle ne réussira à en changer aucun. La naissance, la vie et la mort seront toujours une trinité qui n'est complétée qu'à la fin du cycle.

 Même dans le cas où la science arriverait à changer l'immortalité désirée en annihilation, elle serait toujours un quaternaire ; car Dieu "géométrise".

C'est pourquoi peut-être serait-il permis un jour à l'alchimie de parler de son sel, de son mercure, de son soufre et de l'azoth, de ses symboles et de ses mirifiques lettres, et de répéter, avec l'exposé de "l'homérisme et la Synthèse des Composés Organiques", "qu'il faut bien se souvenir que le groupement n'est pas un jeu de fantaisie, et que l'on peut fournir de très bonnes raisons pour la position de chaque lettre 378". [252]

Le Dr Piesse de Paris écrivait en 1863 les lignes suivantes :

"Un mot à propos d'alchimie. Que devons-nous penser de l'art Hermétique ? Est-il correct de croire que nous pouvons transmuer les métaux, faire de l'or ? Eh bien, les hommes positifs, les esprits forts du XIXème siècle savent que  M.  Figuier,  docteur  ès  sciences  et  en   médecine,

analyste chimiste à l'école de Pharmacie de Paris, n'a nulle envie de se prononcer sur cette question. Il doute, il hésite. Il connaît plusieurs alchimistes (car il en existe) qui, se fondant sur les découvertes chimiques modernes, et spécialement sur la singulière circonstance des équivalents, démontrée par M. Dumas,  prétendent que les métaux ne sont pas des corps simples, de véritables éléments dans l'absolue acception du mot, et que, par conséquent, ils peuvent être produits par le procédé de la décomposition... Cela m'encourage à faire un pas en avant, et à avouer candidement que je ne serais guère surpris de voir quelqu'un faire de l'or. Je n'ai qu'une raison à en donner, mais elle paraît suffisante ; c'est que l'or n'a pas toujours existé ; il a été formé par un travail chimique ou autre, dans le sein de la matière en fusion de notre globe 379 ; peut-être il y en a-t-il maintenant en voie de formation. Les prétendus corps simples de notre chimie sont fort probablement des produits secondaires, dans  la  formation  de  la  masse  terrestre.  Cela  a été démontré pour l'eau, un des plus respectables  éléments de la physique ancienne. Aujourd'hui nous créons l'eau. Pourquoi ne ferions-nous pas de l'or? Un éminent expérimentateur M. Desprez a fait du diamant. Il est vrai que ce diamant n'est qu'un diamant scientifique, un diamant philosophique, qui peut n'avoir aucune valeur ; mais malgré cela, ma thèse tient bon.  D'ailleurs, nous n'en sommes pas réduits à cet égard à de simples conjectures. Il existe encore un homme qui, dans un mémoire adressé aux corps savants, en 1853, a souligné ces mots : "J'ai découvert la méthode pour produire de l'or artificiel, j'ai fait de l'or". Cet adepte, c'est M. Théodore Tiffereau, ex-préparateur de chimie à l'École Professionnelle Supérieure de Nantes 380". Le cardinal de Rohan, la célèbre victime de l'affaire du collier de la Reine, attesta qu'il avait vu le Comte de Cagliostro faire des diamants et de l'or. Nous présumons que ceux qui sont d'accord avec le professeur T. Sterry Hunt, ne seront pas satisfaits de la théorie du Dr Peisse, car ils croient que tous nos dépôts métallifères sont dus à l'action de la vie organique. Par conséquent jusqu'à ce qu'ils se soient mis d'accord en nous faisant connaître avec certitude la nature de l'or, et s'il est le produit d'une alchimie [253] volcanique intérieure, ou une ségrégation et filtration de surface, laissons-les régler leur querelle, et faisons crédit en attendant aux philosophes de l'antiquité.

378 Josiah Cooke, The New Chemistry, XIII, p. 311.

379 La théorie du prof. Sterry Hunt sur les dépôts métallifères contredit cette assertion. Mais cette théorie est-elle exacte ?

380 Peisse, La Médecine et les Médecins, vol. I, p. 57 et seq.

381 La Conservation de l'Énergie.

 

Le professeur Balfour Stewart que personne ne s'avisera de ranger parmi les esprits mesquins, qui plus loyalement et plus fréquemment que ses collègues admet les défaillances de la Science moderne, se montre néanmoins en cela aussi imbu de préjugés que les autres savants. La lumière perpétuelle n'étant qu'une autre expression du mouvement perpétuel, nous dit-il, et ce dernier étant impossible, parce que nous n'avons pas les moyens d'équilibrer la déperdition du matériel combustible, une lumière hermétique est, par conséquent, une impossibilité 381. Notant le fait "qu'une lumière perpétuelle doit être le résultat de pouvoirs magiques", et faisant observer en outre qu'une pareille lumière "n'est certainement pas de cette terre, où la lumière et toutes les autres formes d'énergie supérieure sont essentiellement transitoires", ce savant en tire un argument, comme si les philosophes Hermétiques avaient toujours prétendu que la flamme dont il s'agit était une flamme terrestre ordinaire, résultant de la combustion de matières luminifères. Sur ce point-là, les philosophes ont toujours été mal compris et mal interprétés.

Que de grands esprits, incrédules au début, après avoir étudié la "doctrine secrète", ont modifié leurs opinions, et reconnu à quel point ils étaient dans l'erreur ! Et comme il parait contradictoire de voir, à un moment donné, Balfour Stewart citer quelques maximes philosophiques et morales de Bacon, qu'il nomme le père de la science expérimentale, et dire... "Sûrement nous devons tirer une leçon de ces remarques... et nous garder de rejeter comme inutiles une branche quelconque des connaissances, ou de l'exercice de la pensée", puis, à un autre moment, repousser comme complètement impossibles les prétentions des alchimistes ! Il montre Aristote "entretenant l'idée que la lumière n'est nullement un corps, ni l'émanation d'un corps quelconque... et que, par conséquent, la lumière est une énergie ou action ; et pourtant, bien que les anciens aient été les premiers à faire voir la doctrine des atomes par Démocrite, jusqu'à John Dalton, et, par Pythagore et même les plus anciens oracles de la Chaldée, celle de l'éther comme agent universel, leurs idées, dit Stewart, "n'étaient pas fécondes". Il admet qu'ils "possédaient un grand génie et la puissance intellectuelle", mais il ajoute qu'ils étaient très pauvres en conceptions physiques, et que, par conséquent, leurs idées ne furent pas fécondes" 382. [254]

382 La Conservation de l'Énergie, p. 136.

 

Tout le présent ouvrage n'est qu'une protestation contre une aussi folle manière de juger les anciens. Pour être tout à fait Compétent pour critiquer leurs idées, et s'assurer si elles étaient distinctes et "appropriées aux faits", il faudrait les avoir étudiées à fond. Il est oiseux de répéter ce que nous avons dit souvent, et ce que tout érudit devrait savoir ; c'est que la quintessence de leurs connaissances était dans les mains des prêtres, qui jamais ne les ont consignées par écrit, et dans celles des "initiés" qui, comme Platon, n'osèrent pas les écrire. C'est pourquoi, les rares spéculations  sur  les  univers,  matériel  et  spirituel,  qu'ils  confièrent à l'écriture, ne peuvent mettre la postérité à même de les juger correctement, même si les vandales chrétiens des premiers siècles, les  croisés venus après eux, et les fanatiques du moyen âge n'avaient pas détruit la majeure partie de ce qui restait de la Bibliothèque d'Alexandrie, et de ses écoles postérieures. Le professeur Draper nous apprend que le Cardinal Ximenes, à lui seul, "fit livrer aux flammes, sur les places publiques de Grenade, 80.000 manuscrits Arabes, dont un grand nombre étaient des traductions d'auteurs classiques" 383. Dans les bibliothèques du Vatican, des passages entiers de traités précieux des anciens ont été trouvés, grattés et effacés, uniquement dans le but de les remplacer par  quelques  absurdes psalmodies !

383 [The History of the Conflict, etc., p. 104.]

 

Qui donc, parmi ceux qui tournent le dos à la "doctrine secrète", parce qu'elle est "antiphilosophique", et comme telle, indigne d'une pensée scientifique, a le droit d'affirmer qu'il a étudié les anciens ; qu'il sait tout ce que ceux-là savent, et que bien plus instruit encore maintenant, il sait que leur science était peu de chose, ou rien. Cette "doctrine secrète" renferme l'alpha et l'oméga de la science universelle ; c'est là que se trouvent la pierre d'angle et la clé de voûte de toutes les connaissances anciennes et modernes ; et c'est seulement dans cette doctrine "antiphilosophique" que reste enfoui l'absolu dans la philosophie des obscurs problèmes de la vie et de la mort.

"Les grandes énergies de la Nature ne nous sont connues que par leurs effets", dit Paley. Paraphrasant cette phrase, nous dirons que les grandes découvertes des temps anciens ne sont connues de la postérité que par leurs effets. Si l'on prend un livre traitant d'alchimie, et si  l'on y voit les spéculations des frères Rosecroix sur la lumière et l'or, on sera certainement surpris, par la simple raison que l'on n'y comprendra rien du tout. On y pourra lire que "l'or hermétique est le produit des rayons solaires ou de la lumière répandue invisiblement et magiquement dans le corps [255] du monde. La lumière est l'or sublimé, tiré magiquement par une invisible attraction stellaire des profondeurs de la matière. L'or est ainsi le dépôt de la lumière qui engendre d'elle-même. La lumière, dans le monde céleste, est l'or subtil, vaporeux, et magiquement exalté, ou l'esprit de la flamme. L'or entraîne les natures inférieures dans les métaux, et en les intensifiant et les multipliant, il les convertit en lui- même" 384.

Néanmoins, les faits sont les faits ; et, comme le dit Billot du spiritisme, nous remarquerons, au sujet de l'occultisme en général et de l'alchimie en particulier, que ce n'est pas une affaire d'opinion, mais de faits ; et que si des savants considèrent une lampe inextinguible comme une impossibilité, il n'en est pas moins vrai que des personnes, de nos jours, aussi bien que dans les siècles d'ignorance et de superstition, en ont trouvé brûlant encore d'une flamme brillante, dans d'anciens caveaux fermés depuis des siècles ; et que d'autres personnes possèdent le secret d'entretenir de pareilles flammes pendant plusieurs siècles. Les savants disent que le spiritisme ancien et moderne, le magnétisme et la magie sont du charlatanisme et de l'illusion ; mais il y a sur la surface du globe 800 millions d'hommes et de femmes, parfaitement sains d'esprit, qui croient à toutes ces choses. Qui croirons-nous ?

"Démocrite, dit Lucien 385, ne croyait pas aux [miracles...] il s'appliqua à découvrir le procédé par lequel les théurges en opéraient ; en un mot, sa philosophie le conduisit à la conclusion que la magie était entièrement confinée à l'application et à l'imitation des lois et des œuvres de la nature".

Or, l'opinion du rieur "philosophe" est pour nous de la plus haute importance, puisque les Mages laissés à Abdère par Xerxès furent ses maîtres, et qu'il avait en outre longtemps étudié la magie, avec les prêtres Egyptiens 386. Pendant près de quatre-vingt-dix ans, sur les cent neuf qu'il vécut, ce grand philosophe avait fait des expériences, qu'il avait notées dans un livre traitant, suivant Petrone 387, de faits de la nature qu'il avait, lui-même, observés et vérifiés. Et nous le voyons, non seulement refusant de croire aux miracles qu'il rejette absolument, mais encore affirmant que tous  ceux  qui  étaient  attestés  par  des  témoins  oculaires  avaient, et pouvaient avoir réellement eu lieu ; car tous, même les plus incroyables, avaient été exécutés conformément aux "lois secrètes de la nature" 388. [256]

384 Extraits de Robert Fludd dans Les Rosecroix.

385 Philopseudes.

386 Diogène Laérce in Democriti Vitæ.

387 Satyricon, LXXXVIII. Cf. M. Vitruve, Architectur., 1B, III.

 

"Le jour où une des propositions d'Euclide sera contestée est encore à venir", dit le professeur Draper 389 exaltant les disciples d'Aristote aux dépens de ceux de Pythagore et de Platon. Refuserons-nous, dans ce cas, de croire aux nombreuses autorités bien informées (Lamprière entre autres) qui affirment que les quinze livres d'Eléments ne doivent pas tous être attribués à Euclide ; et que beaucoup des plus précieuses démonstrations et vérités qu'ils contiennent doivent leur existence à Pythagore, à Thalès et à Eudoxe ? Qu'Euclide, malgré son génie, fut le premier à mettre de l'ordre dans ces matières, et qu'il ne fit qu'y intercaler quelques-unes de ses théories, afin de rendre l'ensemble complet, et en faire un système suivi de géométrie ? Et si ces autorités sont dans le vrai, c'est donc à ce soleil central de la science métaphysique, Pythagore et son école, que les modernes sont directement redevables d'hommes, tels qu'Eratosthéne, le géomètre et cosmographe, et dont la réputation est universelle, Archimède, et même Ptolémée, malgré ses erreurs obstinées. Sans la science exacte de ces hommes et sans les fragments des ouvrages qu'ils nous ont laissés, et sur lesquels Galilée a basé ses spéculations, les grands prêtres du XIXème siècle pourraient peut-être encore se trouver, sous la tutelle de l'Eglise, philosophant en 1876 sur la cosmogonie d'Augustin et de Bède, avec la rotation de la voûte céleste autour de la terre, et celle-ci encore souverainement plate.

388 Pline, Hist. Nat.

389 Draper, Conflit entre la Religion et la Science.

 

Le XIXème siècle semble positivement condamné aux confessions humiliantes. Feltre (en Italie) érige une statue "à Panfilo Cataldi, l'illustre inventeur des caractères mobiles d'imprimerie", et ajoute, dans l'inscription, le généreux aveu que l'Italie lui rend "ce tribut d'hommages trop longtemps différé". Mais la statue n'est pas plutôt installée que le colonel Yule conseille aux habitants de Feltre de "la briller dans de la chaux vive". Il leur démontre que plus d'un voyageur, outre Marco Polo, a rapporté de la Chine des types mobiles en bois, et des spécimens de livres chinois, dont le texte entier avait été imprimé au moyen de caractères mobiles 390. Nous avons vu dans plusieurs lamaseries du Tibet, où il y a des imprimeries, de ces types conservés comme curiosités. On sait qu'ils remontent à la plus haute antiquité, puisque les types furent perfectionnés, et les anciens abandonnés, à une époque contemporaine des premiers souvenirs du lamaïsme Bouddhique. Par conséquent, ils doivent avoir existé en Chine avant l'ère chrétienne.

Que chacun médite et pèse les sages paroles du professeur Roscoe, dans sa conférence sur l'Analyse du Spectre. "Les vérités à l'état d'enfance doivent être rendues utiles. Ni vous ni moi, peut-être, [257] ne verrons comment ni quand cela aura lieu, mais nul de ceux qui savent ce que c'est que la science ne doutera un seul instant que l'heure peut sonner à tout moment où les secrets les plus cachés de la nature seront utilisés, pour le bien de l'humanité. Qui aurait prédit que la découverte que les pattes d'une grenouille morte se contractant lorsqu'on touche avec deux métaux différents conduirait en quelques années à la découverte du télégraphe électrique ?"

Le professeur Roscoe, visitant Kirchhoff et Bunsen, lorsqu'ils faisaient leurs grandes découvertes sur la nature des lignes de Fraunhoffer, dit qu'il eut l'intuition qu'il devait y avoir du fer dans le soleil ; ce qui ajoute une preuve nouvelle au million de preuves antérieures, que ce n'est pas par induction, mais bien plus souvent comme un éclair subit, que s'opèrent les grandes découvertes. Il y a encore bien d'autres éclairs de la  sorte en réserve pour nous. On trouvera, peut-être, qu'une des dernières étincelles de la science moderne, le beau spectre vert de l'argent, n'offre rien de nouveau, et qu'il était bien connu. des anciens physiciens et chimistes, malgré la rareté et "la grande infériorité de leurs instruments d'optique". L'argent et le vert étaient déjà associés à l'époque d'Hermès. La lune ou Astarté (l'argent Hermétique) est un des deux principaux symboles des Rose croix. C'est un axiome Hermétique, que "la cause de la splendeur et de la variété des couleurs est profondément ensevelie dans les affinités de la nature ; et qu'il existe une alliance singulière et mystérieuse entre la couleur et le son". Les cabalistes placent leur "nature moyenne" en relation directe avec la lune ; et le rayon vert occupe le point central des autres, étant situé au milieu du spectre. Les prêtres Egyptiens chantaient les sept voyelles comme un hymne adressé à Serapis 391, et au son de la septième voyelle, de même qu'au septième rayon du soleil levant, la Statue de Memnon répondait 392. De récentes découvertes ont démontré les merveilleuses propriétés de la lumière bleu-violet, le septième rayon du spectre, le plus puissant de tous, chimiquement parlant, et qui correspond à la note la plus élevée de la gamme musicale. La théorie des Rose croix que tout l'univers est un instrument de musique est la doctrine Pythagoricienne de la musique des sphères. Les sons et les couleurs sont tous des nombres spirituels de même que les sept rayons du prisme procèdent d'un seul endroit du ciel, de même les sept forces de la nature, chacune d'elles un nombre, sont les sept radiations de l'Unité, le SOLEIL spirituel central. [258]

390 Book of Ser Marco Polo, vol. I, p. 133-135, éd. 1875.

 

"Heureux celui qui comprend les nombres spirituels et perçoit leur puissante influence !" s'écrie Platon. Et heureux, pouvons-nous ajouter, celui qui, parcourant le labyrinthe de la corrélation des forces, ne néglige pas de les faire remonter à ce Soleil invisible !

Les futurs expérimentateurs récolteront l'honneur d'avoir démontré que les tons de la musique ont un merveilleux effet sur le développement de la végétation. C'est par l'énonciation de cette erreur peu scientifique que nous clorons ce chapitre, et nous continuerons à rappeler au lecteur indulgent certaines choses que les anciens savaient et que les modernes croient savoir.

 391 Denis d'Halicarnasse.

392 [Cf. Tacite, Annale, II, LXI ; Philochate, Vie d'Appollonius, VI, IV.]

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