MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

LA CLEF DE LA THEOSOPHIE

EST-IL NÉCESSAIRE DE PRIER ?

EST-IL NÉCESSAIRE DE PRIER ?

 

Question – Croyez-vous à la prière ; et priez-vous ?

Réponse – Non. Nous agissons, au lieu de parler.

Question – Vous n'offrez pas même de prières au Principe Absolu ?

Réponse – Pourquoi le ferions-nous ? Nous sommes des gens très occupés et nous n'avons pas de temps à perdre en prières verbales, adressées à une pure abstraction. L'Inconnaissable ne peut avoir d'autres relations que celles de ses différentes parties entre elles ; mais il n'existe point pour ce qui concerne les rapports limités. L'univers visible dépend, pour son existence et ses phénomènes, de l'action mutuelle de ses  formes et de ses lois, mais non d'une ou de plusieurs prières.

Question – Alors vous ne croyez pas du tout à l'efficacité de la prière ?

Réponse – Pas à la prière composée d'une certaine quantité de paroles et répétée extérieurement, si, par prière, vous entendez la pétition extérieure adressée à un Dieu inconnu, telle qu'elle fut consacrée par les juifs et popularisée par les Pharisiens.

Question – Y a-t-il un autre genre de prière ?

Réponse – Certainement : il y a ce que nous appelons la PRIÈRE DE. LA VOLONTÉ (Will-prayar), et c'est plutôt un ordre prononcé mentalement qu'une demande.

 Question – Et qui, priez-vous donc ainsi ?

Réponse – "Notre Père qui est dans les cieux" dans son acception ésotérique. [96]

Question – Cette acception est-elle différente de celle qui lui est donnée par la théologie ?

Réponse – Entièrement différente. Un Occultiste ou un Théosophe adresse sa prière à son Père qui est dans le secret (lisez et tâchez de comprendre Matthieu chap. VI, 6), et non point à un Dieu extra-cosmique et, par conséquent, fini : ce "Père" se trouve dans l'homme même.

Question – Alors, vous faites de l'homme un Dieu.

Réponse – Dites, je vous en prie, "Dieu", et non pas un Dieu. Pour nous, l'homme intérieur est le seul Dieu que nous puissions connaître. Et comment peut-il en être autrement ? Admettez notre théorie que Dieu est un principe infini, universellement répandu : – comment l'homme seul pourrait-il ne pas être baigné, extérieurement et intérieurement, dans la Déité ? Nous appelons "notre Père qui est aux cieux", cette essence divine que nous connaissons en nous-mêmes, dans notre cœur et dans notre conscience spirituelle, mais qui n'a aucun rapport. Avec la conception anthropomorphique que notre cerveau physique ou notre imagination peut s'en faire : "Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l'esprit de Dieu (du Dieu absolu) habite en vous 11" ? Mais [97] que personne ne cherche à rendre anthropomorphe cette essence divine qui est en nous. Et si les théosophes veulent suivre la vérité divine, et non la vérité humaine, qu'aucun d'eux ne dise que ce "Dieu secret" écoute l'homme, ou se distingue, soit de la créature finie, soit de l'essence infinie – car tous sont Un. Il ne faut pas non plus considérer la prière comme une demande, ainsi que nous venons d'en faire la remarque. C'est plutôt un mystère, un procédé occulte par le moyen duquel les pensées et les désirs conditionnés et finis, incapables d'être assimilés par l'Esprit absolu qui n'est pas conditionné, sont transformés en vouloirs spirituels et deviennent la volonté 12 ; Ce procédé est appelé "transmutation spirituelle". L'intensité de nos ardentes aspirations change la prière en "pierre philosophale", [98] c'est-à-dire ce qui transforme le plomb en or pur. Cette unique essence homogène, notre "prière de volonté" devient la force active ou créatrice qui produit des effets en accord avec nos désirs.

11 Les ouvrages théosophiques contiennent souvent des renseignements contradictoires au sujet du principe Christos qui est dans l'homme ; il est appelé par les uns le 6ème principe (Buddhi) et par les autres le 7ème (Atman). Si les Théosophes chrétiens tiennent à se servir de ces expressions qu'ils suivent alors l'analogie symbolique de l'ancienne Religion de la Sagesse, afin d'en conserver l'exactitude philosophique. Nous disons que Christos est non seulement l'un des trois principes supérieurs, mais la réunion des trois en Trinité. Cette Trinité représente le Saint-Esprit, le Père et le Fils, puisqu'elle est l'expression de l'esprit abstrait, de l'esprit différencié et de l'esprit incarné. Krishna et Christ sont philosophiquement un seul et même principe sous son triple aspect de manifestation. Nous voyons dans la Bhagavad Gîta que Krishna se nomme lui-même indifféremment : Atman, l'Esprit abstrait, Kshetragna, l'Ego Supérieur ou Ego réincarnant, et le Soi Universel ; toutes ces appellations, transposées de l'Univers sur l'homme, correspondent à Atma, Buddhi et Manas. La même doctrine abonde dans l'Anugita.

12 Anglais : "Spiritual wills and the will" (N. D. T. ).

 

Question – Est-ce que vraiment, selon vous, la prière est un procédé occulte suivi de résultats matériels ?

Réponse – Certainement. Le pouvoir de la volonté devient une puissance vivante. Mais malheur aux occultistes et aux théosophes qui, au lieu d'écraser les désirs de leur Ego inférieur et personnel, ou de l'homme physique, et de dire en s'adressant à leur Ego supérieur et spirituel inondé de la lumière d'Atma-Buddhi : "Que ta volonté soit faite, et non la mienne... ", dépensent les ondes du pouvoir de la volonté dans un but égoïste ou sacrilège ! Car c'est de la magie noire, c'est une abomination, c'est de la sorcellerie spirituelle. Et c'est malheureusement l'occupation favorite de nos hommes d'états et de nos généraux chrétiens, surtout, lorsque ces derniers envoient à la rencontre l'une de l'autre deux armées destinées à s'entre-tuer. On se permet des deux côtés un peu de sorcellerie, avant de commencer l'action, et chacun offre ses supplications au même Dieu des Armées, dans l'espoir d'être aidé à égorger l'ennemi.

Question – David pria le Dieu des Armées de l'aider à vaincre les Philistins et à détruire les [99] Syriens et les Moabites, et "le Seigneur protégea David partout où il se rendit". Nous ne faisons que suivre en cela. Les exemples que nous trouvons dans la Bible.

Réponse – C'est parfaitement clair. Mais puisque, autant que nous pouvons en juger, vous tenez extrêmement à vous appeler chrétiens, et non pas Juifs ou Israélites, pourquoi ne suivez-vous pas les  préceptes  de Christ ? Il vous commande distinctement de ne pas imiter"les anciens", ou la loi Mosaïque, mais de faire ce qu'il vous dit, avertissant ceux qui veulent tuer par l'épée, qu'ils périront par l'épée, à leur tour. Christ vous a donné une prière dont vous avez fait une prière des lèvres et un sujet d'orgueil, mais le véritable Occultiste seul peut la comprendre. Vous dites, dans le sens de la lettre morte : "Remets-nous nos dettes, comme nous aussi nous les remettons à nos débiteurs", ce que vous ne faites jamais. Il vous a aussi recommandé d'aimer vos ennemis et de faire du bien à ceux qui vous haïssent. Assurément ce n'est pas le "doux prophète de Nazareth" qui vous a enseigné à prier votre "Père" de détruire vos ennemis et de vous donner la victoire ! Voilà pourquoi nous repoussons ce que vous appelez des "prières".

Question – Mais comment expliquez-vous ce fait universel que tous les peuples et toutes les nations ont prié et adoré un ou plusieurs Dieux ? Il y en a même qui se sont prosternés devant les [100] démons et les esprits malfaisants, dans le but de se les rendre propices ; mais ce n'est qu'une preuve de plus en faveur de la croyance universelle à l'efficacité de la prière.

Réponse – Cela s'explique par cet autre fait que la prière a plusieurs significations, en outre de celle qui lui est attribuée par les chrétiens. La prière ne représente pas seulement une demande ou une pétition, mais, dans les temps anciens, c'était surtout une invocation et une incantation ; le mantra, prière des Hindous, chantée d'après un rythme particulier, a précisément cette signification, puisque les Brahmines se considèrent comme supérieurs aux dévas ou "Dieux" ordinaires. Une prière peut être un appel ou une incantation destinée à obtenir une malédiction (comme lorsque deux années prient simultanément pour pouvoir se détruire l'une l'autre), aussi bien qu'une bénédiction. Or, comme la grande majorité du genre humain est foncièrement égoïste et ne prie que pour soi-même, demandant que le "pain quotidien" lui soit donné, afin de ne pas avoir besoin de travailler pour le gagner ; comme ceux qui prient ainsi supplient Dieu de ne pas les induire "en tentation", mais de les délivrer du mal (cette clause s'appliquant aux pétitionnaires seulement), il en résulte que  la prière, telle qu'elle est comprise actuellement, est doublement pernicieuse : 1° Cela tue chez l'homme toute confiance en soi-même ; et 2° Cela développe en lui un égoïsme [101] plus féroce encore que celui qu'il possède déjà naturellement. Je le répète, nous croyons à la "communion" et à l'action simultanée avec notre "Père qui est en secret" ; nous croyons aussi à ces rares moments de bonheur extatique, pendant lesquels notre âme  supérieure,  attirée  vers  son  centre  et  son  origine,  se  fond dans l'essence universelle ; – cet état est appelé Samadhi, pendant la vie, et Nirvana, après la mort. Nous refusons de prier des êtres créés et finis, tels que les dieux, les saints, les anges, etc., parce que, à nos yeux, c'est de l'idolâtrie. Nous ne pouvons pas prier l'ABSOLU, pour les raisons que nous avons déjà expliquées plus haut ; par conséquent, nous tâchons de remplacer une prière inutile et stérile par des actions méritoires, ayant pour fruits de bonnes conséquences.

Question – Les chrétiens appelleraient cela de l'orgueil et y verraient un blasphème ; auraient ils tort ?

Réponse – Parfaitement tort. Ce sont eux, au contraire, qui font preuve d'un orgueil satanique, en croyant que l'Absolu ou l'Infini s'abaisse jusqu'à écouter chaque prière folle ou égoïste – en admettant toujours qu'il puisse exister des relations entre le non-conditionné et le conditionné. Et ce sont eux aussi qui se rendent coupables de blasphème, en enseignant qu'un Dieu Omniscient et Omnipotent doit être informé par des prières de ce qu'il a à faire ! Ceci se trouve ésotériquement [102] contenu dans les paroles de Bouddha et de Jésus. L'un dit : "N'attendez rien des Dieux impuissants – ne priez pas ! Mais agissez, plutôt, car l'obscurité ne s'illuminera pas. Ne demandez rien au silence, car il ne peut ni parler ni entendre. " Et l'autre – Jésus – dit à son tour : "Tout ce que vous demanderez, en mon nom (au nom de Christos), je le ferai. " Il est clair que, prise dans son sens littéral, cette citation détruit notre argument ; mais acceptée ésotériquement, avec l'entière connaissance de la signification du mot "Christos", qui représente à nos yeux Atma-Buddhi-Manas, le Soi – voici ce que cela veut dire : le seul Dieu que nous, reconnaissons et que nous prions, ou plutôt à l'unisson duquel nous agissons, est cet Esprit de Dieu dont notre corps est le temple et qui y demeure.

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