MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

LA CLEF DE LA THEOSOPHIE

QU'EST-CE QUE KARMA ?

QU'EST-CE QUE KARMA ?

 

Question – Mais qu'est-ce que Karma ?

Réponse – Je l'ai déjà dit pour nous, c'est la "Loi déterminatrice" de l'Univers, la source, l'origine et la fontaine, d'où découlent toutes les autres lois qui existent dans la nature entière. [282] Karma est la loi infaillible qui adapte l'effet  à  la  cause,  sur  le  plan  physique,  mental,  ou  spirituel de l' "être". Comme il n'existe point de cause depuis la plus grande jusqu'à la plus futile, depuis une perturbation cosmique jusqu'au mouvement de votre main, qui n'entraîne à sa suite ses conséquences directes, et comme l'effet ressemble à la cause, Karma est cette loi invisible et inconnue qui adapte avec sagesse, intelligence et équité, chaque effet à chaque cause, et qui, par cette dernière, arrive jusqu'à celui qui l'a produite. Karma est inconnaissable, mais son action est perceptible.

Question   –  Il  s'agit  donc  encore  une  fois  de  –  l' "Absolu",     de l' "Inconnaissable", et il ne faut guère y chercher une explication des problèmes de la vie ?

 Réponse – Au contraire ; car, bien que nous ne sachions pas ce que Karma est per se, ni en quoi consiste son essence, nous savons quelle en est l'action, et nous pouvons la définir et la décrire avec exactitude ; nous en ignorons la Cause finale, absolument comme la philosophie moderne qui admet que la Cause finale de tout est "inconnaissable".

Question – Et de quelle façon la Théosophie envisage-t-elle les maux de l'humanité ? Comment explique-t-elle les terribles souffrances et la profonde misère des classes dites "inférieures" de la société ?

Réponse – D'après notre doctrine, toutes ces [283] grandes misères sociales, la distinction des classes et des sexes dans les affaires de la vie, la distribution inégale du capital et du travail – sont dues à ce que nous appelons, avec poésie, mais avec vérité : KARMA.

Question – Mais enfin, tous ces maux qui semblent se répandre, plus ou moins au hasard, sur les masses, ne peuvent pas représenter un Karma mérité et INDIVIDUEL ?

Réponse – Evidemment, il n'est pas possible de définir les effets de ces maux, avec assez d'exactitude, pour prouver que l'entourage spécial et les conditions particulières au milieu desquelles chaque personne se trouve placée, ne sont autre chose que la rétribution Karmique que cette même individualité s'est préparée, dans une vie précédente. II ne faut pas perdre de vue le fait que chaque atome est soumis à la loi générale qui gouverne le corps entier dont il fait partie ; Nous en arrivons ainsi à une plus large conception de la loi de Karma. Ne voyez-vous pas que l'agrégat du Karma individuel devient le Karma de la nation à laquelle appartiennent les individus, et qu'ensuite, la somme totale du Karma National forme le Karma du Monde ? Les maux dont vous parlez ne sont pas ceux de l'individu, ni même ceux de la nation ; ils sont plus ou moins universels. Et c'est au large point de vue de cette "solidarité" humaine que la loi de Karma trouve sa légitime et juste application. [284]

Question – Faut-il conclure, alors, que la loi de Karma n'est pas nécessairement une loi individuelle ?

Réponse – C'est bien là ce que je veux dire. Sans une ligne d'action aussi large que générale, Karma ne pourrait jamais redresser la balance du pouvoir, de la vie et du progrès du monde. Les Théosophes sont persuadés que la solidarité de l'Humanité est la cause de ce que l'on appelle le Karma Distributif, et c'est dans cette loi qu'il faut chercher la solution de la grande question de la souffrance collective et du moyen d'y porter remède. Ensuite, d'après une loi occulte, aucun homme ne s'élève au-dessus de ses imperfections individuelles, sans élever aussi, dans quelque mesure, le corps entier dont il fait partie intégralement ; et de mène, personne ne fait le mal seul, personne ne souffre seul des conséquences du mal. Car, en réalité, il n'existe pas d' "Isolement" ; et les lois de la vie ne tolèrent le semblant de cet état égoïste que dans l'intention ou dans le motif.

Question – Mais n'y a-t-il pas moyen de rassembler ou de concentrer, pour ainsi dire, ce Karma national ou distributif, de façon à en amener l'accomplissement naturel et légitime, tout en évitant ces souffrances prolongées ?

Réponse – En règle générale, et dans certaines limites qui confinent l'âge auquel nous appartenons, l'accomplissement de la loi de Karma ne [285] peut être ni hâté ni retardé. Et je puis dire, avec certitude, qu'une possibilité, dans une de ces deux directions, n'a encore jamais été admise. Écoutez le récit qui va suivre, au sujet d'une phase de souffrance nationale, et demandez-vous ensuite si, tout en reconnaissant l'action d'un Karma distributif, relatif et individuel, il ne serait pas possible de modifier ces maux d'une façon importante et d'y porter remède en général. Ce que je vais vous citer provient de la plume d'un Sauveur National, qui, ayant vaincu le Soi, et étant libre de choisir sa route, s'est consacré au service de l'Humanité, pour porter tout ce que deux épaules de femme peuvent porter d'un Karma national.

Voici ce qu'elle dit :

"Oui, la nature parle toujours, n'est-ce pas ? Mais quelquefois nous faisons trop de bruit pour entendre sa voix ; voilà pourquoi on trouve un si grand repos à sortir de la ville pour aller un moment se cacher dans les bras de la Mère. Je songe à la soirée de Hampstead Heath, lorsque nous avons assisté au coucher du soleil ; mais, hélas ! Que de souffrance et de misère éclairée par ce soleil couchant ! Hier, une dame m'a apporté un gros bouquet de fleurs des champs ; j'ai pensé que quelques- uns des membres de ma famille de l'East-End y avaient plus de droit que moi, et je l'ai porté, ce matin, à une  des plus pauvres écoles de Witechapel. Oh ! Si vous aviez vu comme les petites figures pâles se sont illuminées ! [286]

De là, je suis allée dans un petit restaurant payer à dîner à quelques enfants. C'était dans une arrière rue, étroite, pleine de monde qui se bousculait ; il y avait une puanteur impossible à décrire, provenant de poisson, de viande et d'autres comestibles, tous exposés à un soleil qui, à Whitechapel, au lieu de purifier, empoisonne ce qu'il touche. Le restaurant était la quintessence de toutes ces odeurs. Pâtés de viandes indescriptibles à un penny ; "victuailles" dégoûtantes ; et des essaims de mouches à en faire un véritable autel de Béelzébub !

Partout des petits enfants en quête  d'un  reste quelconque ; il y en avait un, avec une tête d'ange, qui, pour se procurer un repas léger  et nourrissant, rassemblait des noyaux de cerise. Je retournai chez moi, les nerfs frémissants et bouleversés, me demandant si le seul remède possible, pour quelques quartiers  de Londres, ne serait pas un tremblement de terre qui engloutît tout, afin que les habitants pussent recommencer une nouvelle vie, après avoir été plongés dans un Léthé purifiant, d'où ils sortiraient sans conserver l'ombre d'un souvenir ! Puis-je pensai à Hampstead Heath – et je me mis à réfléchir. Si l'on pouvait, par un sacrifice, gagner le pouvoir de sauver ces pauvres gens, aucun prix ne serait trop grand ; mais voyez-vous, il faut qu'ILS soient changés ; – et comment cela peut-il s'effectuer ? Ils ne pourraient, dans la condition où ils se trouvent maintenant, [287] tirer aucun profit du milieu dans lequel on voudrait les placer ; et pourtant, dans les circonstances présentes, ils ne peuvent que continuer à se pervertir. Cette misère sans espoir et sans fin, et la dégradation bestiale qui en est à la fois la racine et le fruit... me brisent le cœur. C'est comme le banian, chaque branche prend racine et produit de nouveaux rameaux. Quelle différence entre de tels sentiments et le calme de Hampstead ! Pourtant, nous qui sommes  les  frères  et  les  sœurs de ces malheureuses créatures, nous n'avons le droit au repos des Hampstead Heaths que pour y puiser la force de sauver les Whilechapels. " (Signé d'un nom trop respecté et trop connu pour être livré aux moqueurs).

 Question – Voilà une lettre bien triste et bien belle, et qui contient, en effet, un récit frappant et douloureux des terribles opérations de ce que vous appelez "le Karma Relatif et Distributif". Mais, hélas ! Le seul espoir d'un soulagement immédiat ne semble possible qu'au moyen d'un tremblement de terre, ou de quelque autre catastrophe du même genre !

Réponse – Quel droit avons-nous de penser ainsi, tandis qu'une moitié de l'humanité a les moyens de remédier sans délai aux privations endurées par le reste ? Lorsque chaque individu aura contribué au bien général, en y apportant ce qu'il peut d'argent, de travail, et de pensée qui [288] élève, c'est alors, mais alors seulement, que la balance du Karma national sera équilibrée. Jusque-là nous n'avons aucun droit et aucune raison de dire qu'il y a sur la terre plus de vie qu'il n'est possible à la nature d'en entretenir. C'est aux, âmes héroïques, aux Sauveurs de notre race et de, nos nations, qu'il est réservé de découvrir la cause de cette distribution inégale de Rétribution Karmique, de redresser, par un effort suprême, la, balance du pouvoir, et de sauver le peuple d'un mal permanent et  d'une peste morale mille fois plus désastreuse que la catastrophe matérielle qui vous semble être l'unique moyen de sortir de cette accumulation de misères.

Question – Alors de quelle façon expliquez-vous, en général, cette loi de Karma ?

Réponse – Nous voyons en Karma la Loi de redressement qui tend sans cesse à rétablir l'équilibre détruit dans le monde physique, et l'harmonie interrompue dans le monde moral. Nous disons que Karma n'agit pas constamment d'après une même méthode, mais "toujours" de façon à rétablir l'harmonie et à conserver l'équilibre nécessaire à l'existence de l'Univers.

Question – Donnez-moi un exemple.

Réponse – Un peu plus tard vous aurez un exemple aussi complet que possible.  Pour  le  moment,  représentez-vous  un  étang.  Une  pierre   qui  tombe dans l'eau y soulève des ondes, qui vont et viennent, jusqu'à ce que, grâce à l'opération [289] connue en physique sous le nom de loi de dissipation de l'énergie, elles s'arrêtent ; et l'eau reprend son calme et sa tranquillité. De même, toute action, sur tous les plans, cause une perturbation dans la parfaite harmonie de l'univers ; les vibrations qui en résultent continueront à osciller, jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli – supposé que ceci se passe dans un champ limité. Mais, puisque chaque perturbation de ce genre part d'un point particulier quelconque, il est évident que l'équilibre et l'harmonie ne peuvent être rétablis que par le retour vers ce même point de toutes les forces qui ont été mises en mouvement pour s'en éloigner. Voilà ce qui vous prouve qu'il faut que les conséquences des actions et des pensées d'un homme réagissent sur lui- même, avec une force égale à celle qui les a mises en mouvement.

Question – Mais cette loi n'a rien de moral, à mes yeux ; ce n'est pas autre chose que la simple loi physique de l'action et de la réaction.

Réponse – Ce que vous me dites-là ne me cause aucune surprise. Les Européens ont l'habitude enracinée de considérer le juste et l'injuste, le bien et le mal, comme les décisions arbitraires d'un code fait par les hommes ou imposé à l'humanité par un Dieu Personnel. Mais les Théosophes disent que "Bien" et "Harmonie", "Mal" et "Dès-harmonie", sont synonymes. Nous soutenons aussi que toutes les douleurs et toutes les [290] souffrances sont les résultats du manque d'harmonie, et que la seule et terrible cause de la perturbation de l'harmonie est l'égoïsme  sous quelque forme qu'il se présente. Par conséquent, Karma rend à chaque homme les conséquences véritables, de ses actions, sans avoir égard à la couleur morale de celles-ci ; mais il est clair que, puisque chaque homme recevra en toute chose ce qu'il a mérité, il devra expier toutes les souffrances qu'il a causées, et il moissonnera avec joie les fruits de tout le bonheur et de toute l'harmonie qu'il a contribué à faire naître.

Je ne puis, pour vous rendre cela compréhensible, que citer quelques passages empruntés à des livres et à des articles écrits par nos  Théosophes – c'est-à-dire par ceux d'entre eux qui se font une idée juste de Karma.

Question – Vous me ferez plaisir ; car votre littérature ne s'explique guère à ce sujet.

 Réponse – Parce que, de toutes nos doctrines, c'est la plus difficile à expliquer. Voici l'objection qui nous a été adressée, il y a peu de temps, par la plume d'un Chrétien :

"Supposé que l'enseignement de la Théosophie soit vrai, et que "l'homme doive être son propre sauveur,  se vaincre soi-même et terrasser le mal qui existe dans sa double nature, pour obtenir l'émancipation de son âme", qu'aura-t-il à faire lorsqu'il se sera réveillé, et aura été converti, dans une certaine mesure, de sa méchanceté ? Comment [291] réussira-t-il à obtenir l'émancipation ou le pardon, ou l'annulation des mauvaises et méchantes actions déjà commises ?"

A quoi M J. H. Conelly répond, avec beaucoup de raison,  que personne ne doit s'attendre à "faire marcher la locomotive théosophique sur la voie théologique".

"La possibilité d'échapper à la responsabilité personnelle n'est pas admise au nombre des notions théosophiques", ajoute-t-il ; "il n'est pas question de pardonner, ou d'effacer le mal qui a déjà été commis, autrement que par un châtiment proportionné à la faute du coupable et par le rétablissement de l'harmonie de l'Univers, qui a été interrompue par cette mauvaise action. C'est le coupable qui a péché ; et puisque d'autres que lui en ont subi les conséquences, c'est lui seul qui peut en faire l'expiation.

Cet homme qui aurait été "réveillé et converti, dans une certaine mesure, de sa méchanceté" serait un homme qui aurait compris que des actions sont mauvaises et méritent un châtiment. Un semblable résultat amène nécessairement le sentiment de la responsabilité personnelle, et le sentiment de cette terrible responsabilité est d'une force proportionnée à celle du réveil ou de la conversion de cet homme. C'est lorsqu'il se trouve sous l'influence puissante de cette impression que l'on vient le presser d'accepter la doctrine d'un sacrifice expiatoire. [292]

"On lui dit aussi qu'il faut qu'il se repente, mais que rien n'est plus facile à faire. En vertu d'une aimable faiblesse de la nature humaine, nous sommes toujours disposés à regretter le mal que nous avons commis, lorsque notre attention  s'y  arrête,  après  que  nous  en  avons  souffert nous-mêmes ou que nous en avons retiré notre bénéfice. Il est possible que si nous nous donnions la peine d'analyser à fond ce  sentiment, nous découvririons que ce que nous regrettons surtout est la nécessité d'avoir du faire le mal pour atteindre le but égoïste que nous proposions, plutôt que le mal en lui -même.

Le disciple Théosophe n'apprécie guère la perspective de jeter son fardeau de péchés au pied de la croix, quelque attirante que puisse paraître cette pensée à l'esprit de l'homme ordinaire ; il ne comprend pas pourquoi le pécheur, dont les yeux se sont ouverts, obtiendrait par-là le pardon ou l'annulation d'un passé coupable,  ni pourquoi la repentante et une vie irréprochable à l'avenir donneraient droit à obtenir une exception de la loi Universelle qui régit les relations entre les causes et les effets. Les résultats de ses mauvaises actions existent encore ; les souffrances que sa méchanceté à causées aux autres ne sont pas effacées. Les conséquences du mal qui retombent sur un innocent font partie du problème que le Théosophe cherche à résoudre ; il ne pense  pas seulement au coupable, mais à ses victimes. [293]

Le mal est une infraction aux lois d'harmonie qui gouvernent l'univers ; et c'est le violateur de cette loi qui doit en porter lui-même la pénalité. Voici l'avertissement de Christ : "Ne pèche plus, de peur que pire ne t'arrive" ; et celui de saint Paul : "Travaillez à votre salut. Ce qu'un homme sème, il le moissonne" ; belle métaphore de cette phrase des Pouranas, qui existait longtemps avant lui : chaque homme moissonne les conséquences de ses propres actions".

"Tel est le principe de la loi de Karma, enseigné par la Théosophie. Sinnett, dans son Bouddhisme ésotérique, appelle Karma "la loi de la causalité éthique". Madame Blavatsky en traduisant "loi de la Rétribution", dit mieux. C'est le Pouvoir qui, "Mystérieux, mais juste, nous conduit infailliblement – par des chemins inaperçus – de la faute au châtiment".

 "Mais c'est plus encore ; car ce Pouvoir  récompense aussi infailliblement et aussi amplement qu'il punit. C'est ce résultat de chaque action, de chaque pensée et de chaque parole, au moyen duquel les hommes se forment eux-mêmes et sur lequel ils modèlent leurs vies et leurs circonstances. La philosophie orientale rejette l'idée qu'une nouvelle âme soit créée pour chaque enfant qui vient au monde ; elle croit qu'il y a un nombre limité de monades qui se développent et augmentent en perfection par l'assimilation de plusieurs personnalités successives. Ces personnalités sont [294] le produit de Karma, et c'est par Karma et par la Réincarnation que la monade humaine finit par retourner à sa source : – la déité absolue. "

E. D. Walker donne à ce sujet, dans son œuvre sur la Réincarnation, l'explication suivante :

"En résumé, d'après la doctrine de Karma, c'est par nos actions passées que nous nous sommes faits nous-mêmes ce que nous sommes, et c'est par nos actions présentes que nous préparons notre éternité future. Il n'existe d'autre salut ni d'autre condamnation que ceux que nous nous attirons nous-mêmes...

Mais cette doctrine, n'offrant point de protection aux actions coupables et exigeant une fermeté virile, ne possède pas, pour les natures faibles, le même attrait que les notions religieuses et faciles du sacrifice expiatoire, de l'intercession, du pardon, et des conversions sur le lit de mort...

Dans le domaine de l'Eternelle Justice, l'offense et le châtiment sont inséparables et ne forment qu'un même événement, parce qu'il n'y a pas de distinction  réelle entre l'action et la conséquence qui en résulte...

Karma, c'est-à-dire nos actes passés, nous ramène à la vie terrestre. La demeure de l'esprit varie d'après son Karma ; et ce Karma, qui change sans cesse, défend, par conséquent,  un  long  séjour  dans  une  même condition.

 Aussi longtemps que l'action est guidée par des motifs égoïstes et matériels, il faut que l'effet de cette action se manifeste [295] par des renaissances physiques. Il n'y a que l'homme parfaitement affranchi de tout égoïsme qui puisse échapper à la gravitation de la vie matérielle ; et bien que peu de personnes en soient arrivées là, c'est pourtant le but vers lequel se dirige l'humanité. "

Voici ensuite ce que le même auteur emprunte à La Doctrine Secrète :

"Ceux qui croient à KARMA doivent croire à la destinée que chaque homme, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, tisse autour de soi, fil par fil, comme l'araignée file sa toile ; et cette destinée est guidée par la voix céleste du prototype invisible qui est hors de nous, ou par notre homme astral intérieur, qui est plus intimement lié à nous, et qui ne devient que trop souvent le mauvais génie de l'entité incarnée que l'on appelle l'homme. L'homme extérieur est conduit par ces deux influences, mais l'une des deux doit l'emporter ; et, dès le début de la lutte invisible, la loi implacable et sévère de la compensation entre dans l'arène et suit pas à pas les incertitudes du combat. Lorsque le dernier fil est tissé, l'homme est enveloppé dans son propre filet, et se trouve entièrement placé sous l'empire de la destinée qu'il s'est faite à lui- même... . Un Occultiste ou un philosophe ne parle pas de la bonté ou de la cruauté de la Providence, qu'il identifie avec Karma-Némésis ; mais il enseigne que ce pouvoir garde et protège l'homme de bien dans cette vie, comme dans [296] les vies futures, et punit le méchant jusque dans sa septième renaissance – c'est-à-dire jusqu'à ce que l'effet de la perturbation qu'il a causée au plus petit atome du Monde infini de l'harmonie, ait été entièrement rétabli. Car l'unique décret de Karma – décret éternel et immuable – est l'harmonie absolue dans le monde de la matière, comme dans le monde de l'esprit. Par conséquent, ce, n'est pas KARMA  qui  récompense ou qui punit, mais c'est nous qui nous récompensons ou qui nous punissons nous-mêmes, en travaillant, de concert avec  la  nature  et  en  nous  conformant  aux  lois qui établissent l'harmonie, ou en agissant contrairement à ces lois. Et Karma ne serait pas inscrutable pour les hommes, si ceux-ci travaillaient avec union et harmonie, au lieu de préférer la discorde et la lutte. Car notre ignorance des voies qu'une partie de l'humanité appelle les voies obscures et compliquées de la Providence qu'une autre partie considère comme un fatalisme aveugle, tandis qu'une troisième partie n'y voit que la chance, sans dieux ni diables pour guider quoi que ce soit – cette ignorance, disons-nous, ne manquerait pas de disparaître, si nous savions attribuer tout cela à ce qui en est la véritable cause Nous contemplons avec égarement un mystère que nous avons nous-même produit et des énigmes que nous refusons de résoudre ; – puis nous accusons le grand Sphinx de nous dévorer. Mais, en vérité, il n'y a, dans notre vie, pas [297] un seul accident, pas un chagrin, pas un jour malheureux, dont la cause ne puisse être trouvée dans nos propres actions de cette vie ou d'une vie précédente... La loi de Karma est unie d'une façon inextricable à celle de la Réincarnation... Il n'y  a que cette doctrine qui puisse nous expliquer le problème mystérieux du bien et du mal, et réconcilier l'homme avec la terrible injustice apparente de la vie ; cette certitude seule peut apaiser notre sens de justice révolté. Car, lorsque l'on connaît cette noble doctrine et que, regardant autour de soi, l'on observe les inégalités de naissance et de fortune, d'intelligence et de capacités ; lorsque l'on voit l'honneur qui est rendu à des  imbéciles et à des dissipateurs auxquels la fortune, par seul privilège de naissance, a prodigué ses faveurs, tandis que leur voisin, infiniment plus digne de bonheur, doué d'intelligence et de vertu, ne recueille que la misère et le manque de sympathie ; – lorsque l'on est témoin de tout cela et que l'on ne peut que se retirer dans l'impuissance de soulager cette souffrance imméritée ; lorsque les cris de douleur qui s'élèvent de toutes parts nous résonnent aux oreilles et nous meurtrissent le cœur – il n'y a que la connaissance précieuse de la Loi de Karma qui puisse nous empêcher de maudire la vie, les hommes, et leur Créateur supposé... Consciente ou inconsciente, cette loi ne prédestine aucune personne, aucune chose ; elle existe vraiment de toute éternité, [298] car c'est l'Éternité même, et puisqu'il n'existe pas d'acte qui soit égal à l'Eternité, on ne peut, pas dire que cette loi agisse : elle est l'action même. Ce n'est pas la vague qui  noie l'homme ; mais l'action personnelle du malheureux  qui, se place lui-même sous l'action impersonnelle des lois qui régissent le mouvement de l'Océan. Karma ne crée rien, et ne forme au dessein. C'est l'homme qui produit et crée et la loi Karmique en redresse les effets ; Et ce redressement n'est pas un acte, c'est l'harmonie universelle qui tend sans cesse à retourner vers sa condition primitive, et qui, semblable à une branche courbée avec trop de vigueur, se redresse avec une force égale. Et si : le bras, qui cherchait à altérer la position naturelle de la branche, se trouve disloqué par suite de cet effort, dirons-nous que la branche nous a cassé le bras ou que notre propre folie est cause de cet accident ?

KARMA n'a jamais cherché à détruire la liberté intellectuelle et individuelle, comme le Dieu inventé par les Monothéistes ; ses décrets ne sont pas enveloppés de ténèbres, afin de jeter l'homme dans la perplexité,  et celui qui ose en scruter les mystères, n'est pas puni de sa témérité. Au contraire ; l'homme qui, par l'étude et la méditation, réussit à soulever le voile qui couvre les sentiers compliqués de Karma, et a jeter quelque lumière sur ces voies obscures, dont les contours sont la perte de tant d'êtres humains qui ne connaissent [299] pas le labyrinthe de la vie, l'homme qui fait cela travaille  pour le bien de ses semblables. Karma est une loi absolue et éternelle dans le monde de la manifestation, et comme il ne peut y avoir qu'une seule Cause Absolue, Eternelle, toujours présente, ceux qui croient en Karma, ne peuvent pas être regardés comme des Athées ou des Matérialistes, encore moins comme des Fatalistes ; car Karma est un avec l'Inconnaissable et en est un aspect ; Karma en représente les effets dans le monde phénoménal. "

 Un autre auteur Théosophe apprécié dit aussi (But de la Théosophie, par Mme P. Sinett) :

"Chaque individu crée un Karma bon ou mauvais, dans chaque action et chaque pensée de sa vie de  tous les jours, et développe en même temps, en cette vie, le Karma produit par les actes et les désirs de celle qui est passée. Lorsque nous voyons des personnes affligées de maux qu'elles ont apportés en naissant, nous pouvons en conclure que ces maux sont les résultats inévitables de causes qu'elles ont créées elles-mêmes, lors d'une vie précédente. On pourra faire l'observation que ces maladies étant héréditaires, ne peuvent avoir aucune relation avec une incarnation passée ; mais il ne faut pas oublier que l'Ego, l'homme réel, l'individualité, ne tire pas son origine spirituelle de la parenté au moyen de laquelle il se réincarne, mais qu'il est entraîné, par les affinités que son genre de vie précédent a attirées autour [300] de lui, dans le courant qui le conduira, lorsque l'heure de la renaissance aura sonné, vers le foyer le mieux adapté au développement de ces tendances... Bien comprise, cette doctrine de Karma est faite pour guider vers une vie plus pure et plus élevée, ceux qui en ont saisi la vérité ; car n'oublions pas que, non seulement nos actions, mais aussi nos pensées, donnent naissance à une foule de circonstances qui exerceront inévitablement une bonne ou mauvaise influence sur notre avenir, et, ce qui est plus important encore, sur l'avenir de plusieurs de nos semblables. Si les péchés par omission et par commission n'avaient de conséquences que pour le pécheur seul, le Karma de ce dernier serait de moindre importance. Mais un sens parfait de justice, de  moralité et de désintéressement, est absolument nécessaire au bonheur et au progrès futur de la famille humaine, parce que l'effet de chaque pensée et de chaque action de chacun de ses membres produit une bonne ou une mauvaise influence sur les autres. Un crime commis, une mauvaise pensée dirigée dans telle ou telle direction, ne nous appartiennent plus ; – et les conséquences futures qui en résulteront ne peuvent être effacées par la repentance la plus profonde. Une repentance sincère peut retenir un homme de retomber dans les mêmes erreurs, mais ne peut pas le sauver, plus que les autres, d'effets déjà produits, qui l'atteindront infailliblement, dans cette vie ou dans sa renaissance suivante. " [301]

Nous continuerons avec M. J. -H. Conelly :

"Ceux qui croient à une religion basée sur une doctrine semblable ne s'opposent pas à ce qu'elle soit comparée avec celle suivant laquelle la destinée de l'homme, pour toute l'éternité, est déterminée par les accidents d'une seule et courte existence terrestre, durant laquelle il peut se réjouir dans la promesse que "l'arbre reste comme il est tombé" ; et si la conscience de sa méchanceté s'éveille en lui, il peut puiser sa plus brillante espérance dans la doctrine du sacrifice expiatoire qui, pourtant, d'après la Confession de Foi Presbytérienne, a ses chances d'insuccès.

Car, par décret de Dieu et pour la manifestation de sa gloire, il y a des hommes et des anges prédestinés à la vie éternelle, tandis que d'autres sont voués à la mort éternelle.

Ces hommes et ces anges, ainsi prédestinés et condamnés à l'avance, sont choisis d'après un dessein particulier qui n'admet point de changement ; et leur nombre est si défini et si certain qu'il ne peut être ni augmenté ni diminué... Car Dieu, ayant destiné les élus à la gloire... il n'y en a point d'autres qui soient rachetés par Christ et qui puissent être appelés, justifiés, adoptés, sanctifiés et sauvés. Quant au reste de l'humanité, il a plu à  Dieu, dans le dessein impénétrable de sa volonté, en vertu de laquelle il accorde ou refuse la miséricorde suivant son bon plaisir – il lui a plu, disons-nous, pour la gloire du pouvoir souverain [302] qu'il exerce sur ses créatures, de destiner  le  reste  des  humains  au  déshonneur  et  à la vengeance que leur péché mérite, à la louange de la glorieuse justice de Dieu. "

Ainsi parle ce défenseur de talent ; et nous ne pouvons faire rien de mieux que de citer avec lui le passage du magnifique poème, qui lui sert à développer son sujet. Voici ce qu'il dit :

"La beauté exquise de l'exposé de Karma par Edwin Arnold, dans La Lumière de l'Asie, nous tenterait de tout citer ici ; mais nous sommes obligés de nous contenter d'en emprunter le passage suivant :

Karma, cette totalité d'une âme, des choses qu'elle a faites, des pensées qu'elle a eues ; ce "Soi" qu'elle s'est tissé sur la trame d'un temps s'étendant à perte de vue, et dont  les  fils  ourdis  invisiblement   partent d'actes passés !... ·

Éternel comme l'espace, sûr comme la certitude, existe, sans commencement ni fin, un Pouvoir divin, qui a le bien pour but, et dont les lois seules sont durables.

Il ne souffre le dédain de personne ; qui agit contre lui, y perd, qui le sert, y gagne. Il réserve la paix et le bonheur pour récompenser le bien fait en secret ; et les souffrances pour le mal qui se cache. Il voit partout et remarque tout. Faites le bien : il vous le rend ! Faites le mal – et quand même Dharma 61 tarderait à venir, [303] entière rétribution ne peut être éloignée.

II ne connaît ni pardon ni courroux. Il mesure : ses mesures sont parfaites. Il pèse : sa balance est sans faute. Le temps ne compte pas ; il jugera demain, ou plusieurs jours plus, tard.

Telle est la loi qui marche vers la Justice, et dont personne ne peut détourner ni arrêter le cours. Le cœur même de cette loi est Amour ; son but, la perfection et la paix la plus complète. Obéissez. "

 Et maintenant je vous conseille de réfléchir à nos vues Théosophiques sur Karma, la loi de la Rétribution, et de juger si elles ne sont pas plus philosophiques et plus justes que le dogme cruel et dénué de raison qui fait de "Dieu" un monstre sans intelligence, lorsqu'il décrète que les "élus" seuls seront sauvés, et que tout le reste est condamné à la perdition éternelle !

Question – En effet, je comprends d'une façon générale ce que vous voulez dire ; mais je voudrais que vous puissiez me donner un exemple concret de l'action de Karma.

Réponse – Voilà ce que je ne puis pas faire. Nous devons nous contenter de la certitude que nos circonstances et nos vies actuelles sont, comme je l'ai déjà dit, les résultats directs de nos actions et de nos pensées en des vies antérieures. Mais nous, qui ne sommes ni des Voyants ni des Initiés, ne pouvons rien savoir des détails de l'action de Karma. [304]

Question – Y a-t-il donc vraiment des Adeptes ou des Voyants qui puissent suivre les détails de ce procédé Karmique de redressement ?

Réponse – Certainement : "Ceux qui savent" le peuvent, en se servant de pouvoirs qui sont latents chez tous les hommes.

 61 La Loi sacrée des Bouddhistes.

 

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