MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

LA DOCTRINE SECRETE VOL 1

COMMENT FUT ECRITE LA DOCTRINE SECRETE

COMMENT FUT ECRITE LA DOCTRINE SECRETE

 

1879. – H.P. Blavatsky commença à "défricher le sol en vue de son nouveau livre", le vendredi 23 mai 18795. Le Colonel Olcott "donna à H.P.B. le squelette d'un livre contenant des idées à l'état brut, telles qu'elles se présentaient à quelqu'un qui ne devait pas en être l'auteur" 6. Le 25 mai, il "aida H.P.B. pour la Préface d'un nouveau livre" 7, et le mercredi 4 juin il "aida H.P.B. à finir la Préface..." 8. Pendant plusieurs années, rien de plus ne fut fait, car H.P.B. et le Colonel Olcott étaient beaucoup trop occupés par l'établissement de la Société Théosophique, leur activité personnelle dans l'Inde, la publication de The Theosophist et une abondante correspondance.

5 Journal du Colonel Olcott.

6 Ibid., 24 mai.

7 Ibid.

8 Ibid. Voir aussi Histoire Authentique de la Société Théosophique.

1884. – Dans The Theosophist, supplément de janvier, parut une annonce de LA DOCTRINE SECRETE, nouvelle version d'Isis dévoilée. L'annonce disait que : "De nombreuses et urgentes demandes étaient venues de toutes les parties de l'Inde, d'établir un projet permettant de mettre à la disposition de ceux qui n'avaient pas les moyens d'acheter en une fois un livre aussi cher, les questions traitées dans Isis dévoilée. D'autre part, beaucoup de personnes trouvant que les contours de la doctrine ainsi donnée étaient trop flous réclamaient "plus de lumière" et, comprenant fatalement de manière erronée les enseignements, pensaient à tort qu'ils étaient en contradiction avec des révélations ultérieures, qui – en bien des cas – avaient été tout à fait mal saisies. Aussi l'auteur, conseillée par ses amis, se propose de faire paraître son ouvrage sous une forme plus claire et meilleure, en des cahiers mensuels. Tout ce qui est important dans Isis pour une compréhension totale des sujets occultes et autres sujets philosophiques qui y sont traités, sera retenu, mais avec un regroupement des textes, rapprochant autant que faire se peut, les matières se rapportant à chaque sujet... Beaucoup de renseignements supplémentaires sur des sujets occultes, [I XXIII] qu'il n'était pas souhaitable de mettre sous les yeux  du public lors de la première version de l'ouvrage, mais pour lesquels le terrain a été déblayé durant les huit années écoulées, spécialement par la publication du "Monde Occulte" et du "Bouddhisme Esotérique" et autres ouvrages théosophiques, ces renseignements donc, seront donnés maintenant. Des indications s'y trouvent aussi qui jetteront de la lumière sur beaucoup des enseignements jusqu'ici mal compris  que  l'on trouve dans les ouvrages susdits... On compte que chaque cahier comptera soixante-dix-sept pages en Royal (ou vingt-cinq pages de plus que chacun des vingt-quatre cahiers de l'ouvrage original)... et que ce sera achevé en deux ans environ". Le premier cahier devait sortir le 15 mars.

Mme Blavatsky écrivit à M. A.P. Sinett au début de cette année que, bien qu'il ait donné dans "Le Bouddhisme Esotérique" (1883) "des miettes des doctrines occultes authentiques", ce n'étaient pourtant que des "fragments" et ne devaient pas être confondues avec la "totalité". Quoique très malade, elle "devait maintenant veiller pendant des nuits pour récrire tout Isis dévoilée sous le nom de LA DOCTRINE SECRETE et faire trois ou quatre volumes des deux de l'origine, Subba Row m'aidant et écrivant la plus grande partie des commentaires et explications" 9.

 9 Letters of H.P. Blavatsky to A.P. Sinnett, publiées par A.T. Barker (1925).

L'annonce qui suivit partit dans le supplément d'avril de The Theosophist, p. 68, en ces termes : "LA DOCTRINE SECRETE, nouvelle version d'Isis Dévoilée, avec une redistribution des sujets, d'importantes additions et de nombreuses notes et commentaires par H.P. Blavatsky, Secrétaire Correspondant de la Société Théosophique, assistée de Subba Row Garu, B.A.-B.L.-F.T.S. Conseiller de la Société Théosophique..." Le premier cahier devait "sortir le 15 juin". L'annonce était répétée en juin, p. 92, mais la date de la parution était reportée au 15 août, puis au 15 septembre – ensuite il n'y eut plus d'annonces.

 Le Dr. A. Keightley dit que la première nouvelle qu'il eut de LA DOCTRINE SECRETE fut l'annonce dans The Theosophist. "On me dit en 1884 que Mme Blavatsky était en train d'écrire un livre... qui s'appellerait LA DOCTRINE SECRETE, que diverses personnes avaient été consultées

quant à sa structure et que tous les points ardus de la philosophie Hindoue avaient été soumis à Subba Row qui avait aussi fait diverses suggestions quant   à   l'ensemble.    Ensuite   je   constatai   qu'il   l'avait   [I XXIV]    fait, esquissant un plan très rudimentaire, mais celui-ci ne fut pas suivi" 10.

10 Reminiscences of H.P. Blavatsky and the Secret Doctrine, par la Comtesse C. Wachtmeister et autres, p. 96 (1893).

Quand H.P.B. se rendit en Europe, elle emporta le manuscrit et y travailla à chaque instant de loisir. A Paris, d'avril à juin, elle écrivit à M. Sinnett "qu'une des raisons pour lesquelles il [Mohini Chatterji] devait venir, est de m'aider pour les éléments sanscrits de la Doctrine Secrète... Je vous remercie de l'intention que vous avez eue d'écrire la Préface de LA DOCTRINE SECRETE – je ne vous ai pas demandé de la faire, mais les Mahatmas, Mohini ici et Subba Row là-bas, suffisent tout à fait à m'aider. Si vous ne pensez pas que le projet est réalisable tel qu'il est annoncé, j'en suis fâchée pour vous et votre intuition. Puisque le Gourou pense différemment, je prendrai le risque de suivre plutôt ses ordres et conseils que les vôtres... Dire que "j'agirais sagement en ordonnant le remboursement des souscriptions et en supprimant les annonces" est une pure sottise. Je n'ai pas entrepris de récrire et de m'engager dans les ennuis de ce livre infernal pour ma douce joie… Mais mes goûts personnels  et mes désirs n'ont rien à faire avec mon devoir. Le Maître ordonne et veut qu'il soit récrit et je le ferai tant mieux pour ceux qui m'aideront dans cette tâche fastidieuse, et tant pis pour ceux qui ne le feront ni ne le voudront. Qui sait, si avec la bénédiction et l'aide de Dieu la chose ne deviendra pas, quand même "un splendide morceau" ! Je ne serai non plus jamais d'accord avec vous que c'est folie d'essayer d'écrire un tel ouvrage en cahiers mensuels puisque le Gourou l'a ainsi décidé... Un chapitre, en tous les cas, sur les Dieux, et Pitris, les Dévas et Daimons, les Elémentaires et les Elémentaux, et autres semblables fantômes est fini. J'ai trouvé qu'on m'a donné une méthode très facile et je l'ai suivie et un chapitre après l'autre, un cahier après l'autre, seront réécrits très aisément. Votre suggestion qu'il ne doit pas "faire figure d'une simple réimpression d'Isis" ne va  nullement à l'encontre de l'annonce... puisqu'elle promet seulement "d'amener les matières traitées dans Isis à la portée de tous, et d'expliquer, en  le montrant, que les "révélations plus récentes, c'est-à-dire le Bouddhisme Esotérique d'une part, et des articles de The Theosophist, d'autre part, ne sont pas en contradiction avec les esquisses de la doctrine donnée, si floue que soit celle-ci dans Isis, et de donner dans LA DOCTRINE SECRETE tout ce qui est important dans Isis, en regroupant les textes concernant les sujets traités au lieu de les laisser dispersés comme ils le sont dans les deux tomes – il s'ensuit que je suis [I XXV] contrainte de donner des pages entières d'Isis, en les amplifiant seulement et en donnant des renseignements supplémentaires. Et à moins de donner de nombreuses citations d'Isis, cela deviendra Isis ou Horus – mais jamais ce qui a été promis à l'origine dans la "Note des Editeurs" que – je vous prie de lire" 11.

M. W.Q. Judge, qui était aussi à Paris (mars-avril) fut, comme toute personne qui pensait pouvoir aider H.P.B., entraîné dans le travail. A la maison de campagne du Comte et de la Comtesse d'Adhémar, H.P.B. lui demanda de "relire soigneusement Isis dévoilée afin de noter en marge quels sujets étaient traités... et... que cela lui fût extrêmement utile" 12. L'accumulation de documents pour le livre continua.

1885. – Dans son Journal, le 9 janvier, le Colonel Olcott écrit : "H.P.B. a reçu du [Maître M.] 13 le plan pour LA DOCTRINE SECRETE. Il est excellent. Oakley et moi avons essayé quelque chose hier au soir, mais cela est bien meilleur." 14

La conspiration des Coulomb amena H.P.B. à quitter Adyar pour l'Europe en mars. Elle emporta le précieux Manuscrit. "Quand je me préparais à aller sur le vapeur, Subba Row me dit d'écrire LA DOCTRINE SECRETE et de lui envoyer par votre intermédiaire chaque semaine ce que j'aurais écrit. Je le lui promis et je le ferai... puisqu'il doit faire les notes et commentaires, et qu'alors la S.T. la publiera 15.

C'est cette année que le Maître K.H. écrivit 16 : "Quand LA DOCTRINE SECRETE sera prête, elle sera la triple production de M... d'Upasika et [de Lui-même] 17."

11 Letters of H.P.B. to A.P. Sinnett, pp. 87-89.

12 Reminiscences, p. 102.

13 Son cryptogramme seulement dans le Journal.

14 Oakley était M. A.J. Cooper-Oakley. Voir aussi Histoire Authentique de la S. T.

15 The Theosophist, mars 1925, p. 784.

16 Lettres des Maîtres de Sagesse (2ème série), transcrites et annotées par C. Jinarajadasa.

17 "Le Maître et le Kashmiri dictant à tour de rôle", H.P.B. à H.S.O., 6 janvier 1886.

Après un travail de quelques mois à Wurtzburg, dans la solitude, la Comtesse Constance Wachtmeister fut "envoyée" pour aider H.P.B. qui lui dit  que  l'ouvrage,  une  fois  fini,  comporterait  quatre  tomes  et      "qu'il donnerait au monde autant de la doctrine ésotérique qu'il était possible au niveau actuel de l'évolution humaine". H.P.B. dit que "ce ne serait qu'au siècle suivant que les hommes commenceraient à comprendre et discuter le livre de façon intelligente 18. La Comtesse fut chargée de faire des copies au propre du manuscrit [I XXVI] d'H.P.B." 19. Elle décrit combien H.P.B. fut profondément blessée par le Rapport de la Société des Recherches Psychiques, et comment cela affecta son travail, l'obligeant à écrire jusqu'à douze fois la même page, parce que son état d'esprit troublé ne lui permettait pas de l'écrire correctement 20.

La Comtesse raconte que la circonstance qui attira son attention et l'émerveilla le plus c'est la "pauvreté de la bibliothèque de voyage" de H.P.B. Pourtant "ses manuscrits étaient remplis à déborder de références, citations, allusions, d'une masse d'ouvrages rares et difficiles sur les sujets les plus variés". Certains de ces ouvrages ou documents ne pouvaient être trouvés qu'au Vatican ou au British Museum. "Pourtant, elle n'avait besoin que de vérification..." La Comtesse fut capable d'obtenir, par des amis, la vérification de passages "qu'H.P.B. avait vus dans la Lumière Astrale, avec le titre du livre, le chapitre, la page et les chiffres notés correctement". Une fois dans la Bodleian Library d'Oxford et une fois dans un manuscrit du Vatican 21.

Plusieurs fois, on a demandé à H.P.B. d'instruire quelques personnes comme elle l'avait fait pour le Col. Olcott et Mr. Judge, mais elle dit que s'il lui fallait s'occuper d'enseignement, elle devrait abandonner LA DOCTRINE SECRETE22. Elle eut à subir la tentation d'un paiement élevé si elle consentait à écrire, sur n'importe quel sujet, pour des journaux russes. Elle refusa : pour "écrire un ouvrage comme LA DOCTRINE SECRETE il faut que toutes mes pensées soient tournées dans la direction de ce courant" 23. "Jour après jour, elle restait assise à écrire de longues heures durant." 24

 18 Reminiscences, page 23.

19 Ibid., "elle copie tout" écrivait H.P.B. à H.S.O., le 6 janvier 1886.

20 Ibid., page 33.

21 Ibid., p. 35. Voir Lucifer, p. 355 (1888).

22 Ibid., page 41.

23 Ibid., page 48.

24 Ibid., page 55.

 

Au Col. Olcott, H.P.B. dit qu'elle était prête à envoyer les trois premiers chapitres terminés pour que Subba Row les revoie et "les corrige, ou ajoute, ou retranche... Mais il vous faudra reprendre l'Introduction. Sinnett... se propose tout le temps, et je ne peux pas y consentir simplement à cause de l'élégance de son anglais et de ses bonnes idées sur l'arrangement mécanique, qui est littéraire, mais non métaphysique..." 25.

25 H.P.B. à H.S.O., 25 novembre 1885.

26 Parue dans The Theosophist, août 1931, pp. 664/8.

1886. – De la lettre qu'elle envoya le 6 janvier 26 au Col. Olcott, il ressort que H.P.B. avait abandonné l'idée que [I XXVII] le nouveau livre serait une révision d'Isis dévoilée. Il lui avait envoyé une sorte de Préface pour une Isis révisée, qu'elle mit rapidement au feu, et elle lui recommanda de puiser dans les deux tomes d'Isis tout ce qu'il voudrait, de le publier, en tirage à part, et d'en garder le produit pour la Société. Il s'agissait certainement de calmer les souscripteurs à qui on avait promis LA DOCTRINE SECRETE en cahiers mensuels. En ce qui la concernait, il lui fallait se hâter d'écrire LA DOCTRINE SECRETE qui devait être sa "justification". Il lui fallait cette DOCTRINE SECRETE pour montrer si les Maîtres existaient ou non", en réponse à la Société des Recherches Psychiques dont le Rapport, qui la présentait comme un imposteur, était encore dans toutes les mémoires. Elle pressait de nouveau le Col. Olcott de s'assurer l'aide de Subba Row pour tous les points qui touchaient à l'Advaïtisme et l'occultisme de l'antique Religion Aryenne. Elle voulait son aide, des citations antiques et des significations occultes ajoutées à celles qu'elle donnait elle-même. La D.S. devrait être vingt fois plus érudite, occulte et explicative. Elle disait qu'elle lui enverrait deux ou trois chapitres, et qu'autrement elle commencerait tout de suite la composition.

Le 3 mars, H.P.B. écrivit à M. Sinnett qu'en ce qui touchait LA DOCTRINE SECRETE, il y avait "un développement et un paysage nouveaux chaque matin. Je vis de nouveau deux vies. Le Maître trouve que ça m'est trop difficile de regarder consciemment dans la Lumière Astrale pour ma D.S., aussi... on me fait voir tout ce qu'il faut comme dans un rêve. Je vois des rouleaux de papier, longs et larges, sur  lesquels des choses sont écrites et je me les rappelle. Ainsi tous les Patriarches d'Adam à Noé m'ont été donnés à voir – en parallèle avec les Rishis et au milieu, entre eux, la signification de leurs symboles ou personnifications. Seth, comme Brighu, représente la première sous-race de la Race Racine, par exemple, qui, anthropologiquement, est la première sous-race douée de la parole de la Troisième Race et astronomiquement (ses années étant 912) signifiant en même temps la durée de l'année solaire dans cette période, le temps de sa race et bien d'autres choses. Enoch, finalement, signifiant l'année solaire quand notre durée actuelle fut fixée, 365 jours (Dieu le prit quand il eut 365 ans) et ainsi de suite. C'est vraiment très compliqué, mais j'espère l'éclairer assez par les explications. J'ai fini un énorme chapitre d'introduction on Préambule, Prologue – appelez-le comme vous voudrez – simplement pour montrer au lecteur que le texte, tel qu'il est, n'est pas une fiction, chaque Section commençant par une page de traduction du Livre de Dzyan et du Livre Secret de Maitreya Bouddha. On m'a commandé de faire une rapide [I XXVIII] esquisse de ce qu'on savait effectivement en histoire et en littérature, dans les classiques comme dans les histoires sacrées ou profanes, pendant les 500 ans qui précédèrent l'Ere Chrétienne et les 500 ans qui suivirent de la Magie, d'une DOCTRINE SECRETE universellement connue des philosophes et des Initiés de tous pays et même de plusieurs des pères de l'Eglise comme Clément d'Alexandrie, Origène et d'autres, qui avaient eux-mêmes été initiés. Aussi de décrire des mystères et certains rites, et je peux vous assurer que les choses les plus extraordinaires sont divulguées maintenant, toute l'histoire de la Crucifixion, etc., étant montrée comme basée sur un rite aussi vieux que le monde – la Crucifixion du Candidat sur le Lathe – les épreuves,  la descente aux enfers, etc., qui sont toutes Aryennes. Toute l'histoire, passée jusqu'ici inaperçue des Orientalistes, y est trouvée même exotériquement dans les Puranas et les Brahmanas, puis expliquée et augmentée de ce que donnent les explications Esotériques... J'ai des faits pour vingt volumes comme Isis ce qui me manque c'est le langage, l'habileté du compilateur. Eh bien, vous verrez bien vite ce Prologue – qui couvre 300 pages de papier d'écolier" 27. "Des tableaux, panoramas, scènes,  drames antédiluviens et tout le reste" 28.

27 Letters of H.P.B. to A.P. Sinnett, pp. 194/95.

28 Ibid., page 244.

Ecrivant le 12 mars de Wurzbourg à M. Sinnett, la Comtesse Wachtmeister dit qu'elle avait été si "embarrassée avec les Stances" et les "Commentaires", qu'elle ne pouvait rien en tirer. "Madame se mit alors à écrire les premières à l'encre rouge et les autres à l'encre noire, et ils sont maintenant plus faciles à saisir, puisqu'on évite la confusion des idées..." 29.

H.P.B. décida de passer l'été de cette année à Ostende. Elle emporta le manuscrit de LA DOCTRINE SECRETE. Il y eut des retards en route, mais elle arriva finalement le 8 juillet et trouva des chambres qui lui convenaient, s'y installa et devait y être rejointe encore, quelques mois plus tard, par la Comtesse. Elle écrivit le 14 juillet 30 au Col. Olcott qu'elle lui envoyait le manuscrit et qu'il ne fallait pas le garder plus d'un mois, que la publication en cahiers devait commencer cet automne et  qu'on n'accepterait de paiement d'avance que pour ce qui était entre les mains des éditeurs. La publication devait en être faite simultanément par Redway 31 en [I XXIX] Angleterre et par Bouton (éditeur d'Isis 32) en Amérique. Elle lui enverrait "l'avertissement au lecteur" et le premier Chapitre de LA DOCTRINE SECRETE, elle-même. Il y a 600 pages et plus de papier d'écolier, comme livre Préliminaire d'Introduction", et elle répète ce qu'elle avait déjà écrit à Mr. Sinnett sur la nature de ce qu'on devait trouver dans cette ébauche. Elle l'enverrait si Subba Row approuvait le chapitre I qui consistait en "Sept Stances prises dans le LIVRE DE DZAN (ou Dzyan)... et des commentaires". Elle ne pouvait s'en séparer parce qu'elle n'avait pas de copie, ni personne pour copier.

29 Ibid., page 294.

30 H.P.B. à H.S.O., publié dans The Theosophist, mai 1908, p. 756.

31 George Redway, Editeur Londres.

32 Mr. Judge conseilla à H.P.B. de protéger sa DOCTRINE SECRETE aux Etats-Unis ; cela pouvait se faire parce qu'elle était citoyenne américaine (elle s'était fait naturaliser en 1879). Letters of

H.P.B. to A.P. Sinnett, p. 244.

33 Letters of H.P.B. to A.P. Sinnett, p. 221.

34 The Theosophist, mars 1909, p. 588, "Echos du Passé".

Mais il semble que la Comtesse revint à temps pour copier le plus gros, sinon le tout, de tout ce que H.P.B. avait achevé. H.P.B. écrivit à la fois à Mr. A.P. Sinnett le 21 septembre 33 et au Col. Olcott  le  23 septembre 34, disant qu'elle avait envoyé le volume I de la D.S. à Adyar et travaillait maintenant sur l'Archaïque. Elle lui apprend qu'il y a "dans le premier tome d'Introduction, 7 Sections (ou chapitres) et 27 appendices, plusieurs appendices étant rattachés à chaque Section de 1 à 6, etc. Or, tout cela fera plus d'un tome ou, à tout le moins un tome, et ce n'est pas la D.S., mais une Préface. Elle est absolument nécessaire, sans quoi, si l'on se   met à lire le volume Archaïque, le public deviendra fou à la lecture de pages trop métaphysiques... "Elle lui permet une certaine liberté d'arrangement, mais le prie de ne pas perdre de pages ni de laisser mutiler le manuscrit... "Rappelez-vous que c'est mon dernier grand ouvrage, et je ne pourrais pas, s'il était perdu, l'écrire à nouveau pour sauver ma vie, ou ce qui est plus, celle de la Société..." "Le tout ou presque a été donné par le "Vieux Gentleman" et le Maître" 35.

Le manuscrit fut reçu le 10 décembre 36 par le Col. Olcott qui dit, dans son Allocution Annuelle 37 : "Le manuscrit du premier volume m'a été envoyé et est soumis à révision...", ajoutant que ce premier tome ou tome d'Introduction serait bientôt publié à Londres et à New York. Mais Subba Row refusa de faire autre chose que de le lire, parce qu'il était si plein de fautes qu'il aurait à le récrire en entier" 38. [I XXX] Le manuscrit de 1886 est un document extraordinairement intéressant. Il est de la main de la Comtesse Wachtmeister et d'autres, et certaines des Stances sont écrites à l'encre rouge, comme elle l'avait suggéré. Il s'ouvre par une section intitulée "Aux Lecteurs". Le premier paragraphe commence par "L'erreur descend selon un plan incliné, tandis que la Vérité doit gravir péniblement sa voie montante" 39. La Section d'Introduction de l'ouvrage publié était considérablement accrue. Il y était ajouté la partie commençant par : "Le premier volume d'Isis débute par une référence à un vieux livre" 40 qui était la Section I du chapitre I dans le Manuscrit bien qu'il ne soit utilisé que partiellement et avec modifications. Il traitait des Livres Hermétiques et autres de l'Antiquité, promis. La Section II sur la "Magie Blanche et Noire, en théorie et en pratique", fut publiée avec additions et variations dans le Troisième Volume en 1893 et est, essentiellement, et presque mot à mot, le même. La Section III sur l'Algèbre Transcendantale et les caractères "révélés par Dieu" dans les Noms Mystiques est la Section X, Volume III, tandis que la sous-section II dans le manuscrit devient la Section XI –l'Hexagone avec le point central, etc., dans le Volume III. Dans le manuscrit, celui-ci commence – "Discutant de la vertu des Noms (Baalshem), Molitorpense", etc... La Section IV avec la sous-section I "Qui était l'Adepte de Tyane", qui commence par : " – comme la plupart des héros historiques de l'Antiquité reculée..." est dans le Volume III, p. 130. La Sous-Section 2 : "L'Eglise Romaine redoute la publication de la Véritable Vie d'Appolonius" est inachevée dans le manuscrit, s'arrêtant aux mots "ou Alexandre Sévère"... p. 136 du Volume III.

35 Le "Vieux Gentilhomme" était le Maître Jupiter, le Rishi Agastya. Lettre de H.P.B. à H.S.O., 21 octobre 1886.

36 Journal.

37 General Report, 1886, page 8.

38 Histoire Authentique.

39 Edition de 1888, p. XVII édition 1893, page 1. Voir The Theosophist, août 1931, pp. 601 où a été reproduite cette partie du texte primitif.

40 Edition de 1888, p. XLII, 1893, page 25.

La Section V, "Les Kabires ou Dieux de Mystères – ce que les anciens classiques en ont dit" est donnée Volume III, p. 315, sous le titre de Symbolisme du Soleil et des Etoiles, et commence de la même façon par la citation d'Hermès. Dans l'Appendice I sur "Le Culte des Anges Stellaires" dans l'Eglise Romaine, son rétablissement, sa croissance et son    histoire", H.P.B. commence en disant que "c'est compilé d'après plusieurs sources de documents dans les Archives du Vatican", etc. Il débute par : "Au milieu du VIIIème siècle, de notre ère, l'Archevêque Aldebert de Magdebourg..." Cet Appendice a été publié dans Lucifer en juillet 1888, p. 355-56. H.P.B. l'amplifie et ajoute plus de notes. [I XXXI]

Il en a été assez dit pour permettre aux lecteurs de bien comprendre que le volume III, publié en 1897, était fait de textes authentiques d'H.P.B.

En rapport avec le Centenaire d'H.P.B., en 1931, la Theosophical Publishing House, d'Adyar, pensa publier pour la première fois cette première forme du Volume I de LA DOCTRINE SECRETE tel qu'il fut achevé en 1886 par H.P.B. et envoyé au Colonel Olcott pour être approuvé par Subba Row. Ce projet fut abandonné à cause des très grandes difficultés de préparer le manuscrit pour la publication et de le corriger page par page pour le rendre aussi proche de l'original que possible, l'absence de méthode dans le Manuscrit, l'emploi des guillemets, tirets, etc., et la grande difficulté de distinguer les points des virgules... 41

 41 The Theosophist, juillet 1931, p. 429. Une série ultérieure a été publiée dans The Theosophist, LIV, 1932, 33, pp. 27-140-265-397-538-623.

La seconde partie du manuscrit de 1886 est intitulée LA DOCTRINE SECRETE, Première Partie, Période Archaïque, Chapitre I. Coup d'œil dans l'Eternité. L'Evolution Cosmique en Sept Etapes.

La Section I a pour titre : "Pages d'une Période Préhistorique" et s'ouvre avec les mots : "Un Manuscrit Archaïque, ensemble de feuilles de palmier rendues inaltérables à l'eau, au feu et à l'air, par un procédé scientifique inconnu – est sous les yeux de l'auteur." Il passe alors immédiatement au cercle avec le point au centre, mais ne mentionne pas le disque blanc immaculé. Au bout de vingt-quatre pages, la première STANCE est donnée et un glossaire général est promis pour chaque chapitre d'un appendice attaché. Les notes sur chaque STANCE sont en bas de page et non dans le texte comme dans l'édition de 1888. Le Commentaire sur cette STANCE s'ouvre par : "LA  DOCTRINE SECRETE postule trois propositions fondamentales." Ces mots se trouveront dans le Proème p. 14 de l'Edition 1888 et p. 42 de l'édition de 1893. Ce qui devient les Commentaires dans le volume publié suit alors et toutes les notes de chaque STANCE sont données à la suite et non Shloka par Shloka.

Il n'y a que quelques pages – dix-neuf en tout – du Livre II dans le manuscrit. Elles sont intitulées "Chronologie Archaïque, Cycles, Anthropologie", et sont en partie l'ébauche des "Notes Préliminaires" du Volume publié, et en partie une brève indication de la  ligne d'enseignement sur la Chronologie et les Races dont le Volume I doit traiter 42.

Quand le Colonel Olcott reçut le manuscrit, il annonça que "même une lecture superficielle avait fait admettre à de [I XXXII] meilleurs critiques que moi, qu'il sera une des plus importantes contributions qui ait jamais été apportées au savoir philosophique et scientifique, un monument du savant auteur, et un honneur pour la Bibliothèque d'Adyar dont il est un des fondateurs" 43. Dans son Allocution Annuelle, il dit que l'ouvrage aurait à peu près cinq volumes dont le premier devait être bientôt publié à Londres et à New York 44.

42 Voir The Theosophist, mars 1925, pp. 781/83, où Mr. Jinarajadasa cite le contenu du manuscrit.

43 The Theosophist, janvier 1887. Supplément page XLVII.

44 General Report, 1886, page 8.

1887. – Ecrivant le 4 janvier au Colonel Olcott, H.P.B. se dit heureuse qu'il ait aimé le Proème, mais que ce n'était qu'un volume préliminaire, et que la doctrine authentique allait suivre. Elle mentionne un jeune Anglais nommé E.D. Faweett, qui l'avait aidée à Wurzburg et à Ostende, puis en Angleterre, spécialement dans les parties du second Volume traitant de l'hypothèse évolutionnaire. "Il a suggéré, corrigé et écrit, et plusieurs pages de son manuscrit furent incorporées par H.P.B. dans son ouvrage". "Il fournit un grand nombre de citations de livres scientifiques aussi bien que beaucoup de confirmations des Doctrines Occultes tirées de sources semblables" 45.

H.P.B. demanda de nouveau que Subba Row revoie le manuscrit et en fasse ce qu'il voudrait. "Je lui donne carte blanche. J'ai confiance en sa sagesse bien plus qu'en la mienne, car je peux avoir mal compris bien souvent le Maître et le Vieux Gentilhomme. Ils ne me donnent que des faits et dictent rarement de façon suivie... je sais que mes faits sont tous originaux et nouveaux..." 46.

En janvier, elle écrivit à Mr. Sinnett qu'elle lui avait envoyé la Doctrine Archaïque avant qu'elle ait été réellement prête, car elle la "récrivait, l'expédiait et la réexpédiait, effaçant et remettant des notes de mes AUTORITES 47. On l'avait montré au Prof. (Sir) W. Crooke. H.P.B. écrivit plus tard à Mr. Sinnett que "LA DOCTRINE SECRETE grandit, grandit, grandit" 48.

A Ostende, le labeur obstiné continuait, mais H.P.B. tomba malade et à l'article de la mort, et "elle pensa que le Maître la laisserait enfin être libre". Elle était "très angoissée au sujet de LA DOCTRINE SECRETE" et dit à la Comtesse qu'elle devait être "très attentive à ses manuscrits et les passer au Colonel Olcott avec l'ordre de les imprimer" 49. Mais une fois de plus H.P.B. fut guérie "miraculeusement". Elle dit [I XXXIII] "Le Maître est venu. Il m'a donné le choix entre mourir et être libre si je le voulais, ou bien je pouvais vivre et finir LA DOCTRINE SECRETE... en pensant à ces étudiants à qui on me permettra d'enseigner quelque chose et à la Société Théosophique en général, à qui j'ai déjà donné le sang de mon cœur, j'ai accepté le sacrifice..." 50.

45 Reminiscences, pp. 94-97.

46 Reproduit dans The Theosophist, août 1931, page 683.

47 Letters of H.P.B. to A.P. Sinnett, pp. 226-227.

48 Ibid., page 224.

49 Reminiscences, page 73.

50 Ibid., page 75.

 

Le Dr. A. Keightley trouva H.P.B. à Ostende, en plein travail. Il dit : "On m'a passé une partie du Manuscrit avec prière de l'émonder, de trancher, changer l'anglais... en fait de le traiter comme s'il était à moi... Le manuscrit était alors en sections détachées, semblables à celles qui sont incluses sous les titres de "Symbolisme" et d' "Appendice" dans les volumes publiés. Ce que j'ai vu était une masse de manuscrits sans arrangement défini, dont une grande partie avait été copiée par  la Comtesse Wachtmeister. L'idée était alors d'en conserver une copie en Europe tandis que l'autre irait aux Indes, pour correction par divers collaborateurs indigènes. La plus grande partie y alla effectivement plus tard, mais certaines raisons empêchèrent la collaboration. Ce qui m'a le plus frappé dans la partie que j'ai pu lire... était le nombre énorme de citations de divers auteurs. Je savais qu'il n'y avait pas de bibliothèque à consulter, et je pouvais voir que les livres de H.P.B. ne dépassaient pas la trentaine, dont plusieurs étaient des Dictionnaires, et que plusieurs ouvrages comportaient deux tomes et plus. A ce moment, je n'ai pas vu les STANCES DE DZYAN, bien qu'il y ait eu plusieurs passages du Catéchisme Occulte inclus dans le Manuscrit." 51.

 Au printemps, H.P.B. fut engagée par plusieurs membres anglais de la Société Théosophique à venir à Londres où on pourrait mieux s'occuper d'elle. Elle fit le déplacement le 1er mai avec tous ses manuscrits. Pendant tout l'été, le couple Keightley s'employa à lire, relire, copier et corriger    le manuscrit qui faisait une épaisseur de trois pieds 52. Après quelques mois à Norwood, H.P.B. s'installa à Londres, 17 Lansdowne Road en septembre. Elle remit la masse de manuscrits à deux jeunes hommes dévoués et capables, le Dr. Keightley et son neveu Bertrand Keightley, pour le trier et faire des suggestions à son sujet, car à cette époque il n'avait ni plan ni suite. Ils recommandèrent finalement que le livre fut divisé  en quatre tomes traitant : 1) de l'Evolution du Cosmos ; 2) de l'Evolution de l'Homme ; 3) des vies de quelques Grands Occultistes ; 4) de l'Occultisme Pratique et que chaque tome soit divisé en trois parties : 1) les Stances et Commentaires ; [I XXXIV] 2) Symbolisme ; 3) Science. Cela fut dûment approuvé par H.P.B.

 51 Ibid., pp. 96-97.

52 Près d'un mètre. (N. du T.)

"Le pas suivant était de relire tout le manuscrit et de faire un réarrangement général de la substance des sujets se rapportant à la Cosmogonie et à l'Anthropologie, qui devaient former les deux premiers tomes de l'ouvrage. Quand cela eut été complété et qu'on eut obtenu la formelle approbation de H.P.B. pour ce qui avait été fait, tout le manuscrit fut dactylographié par des professionnels, puis relu, corrigé et comparé au manuscrit original et toutes les citations grecques, hébraïques et sanscrites insérées par nous. Il apparut alors que la totalité du Commentaire sur les Stances ne faisait pas vingt pages du présent ouvrage, car H.P.B. ne s'était pas étroitement tenue à son texte en écrivant. Nous eûmes donc un sérieux entretien avec elle et suggérâmes qu'elle écrivit un commentaire approprié ainsi qu'elle avait, dès le début, promis aux lecteurs de le faire..." La solution de ce problème fut : "chaque Shloka des Stances fut écrit (ou découpé) dans le texte dactylographié et collé dans le haut d'une feuille de papier, et sur un billet qui lui était épinglé furent écrites toutes  les questions que nous eûmes le temps de trouver concernant ce Shloka...

H.P.B. écarta nombre d'entre elles, nous fit écrire de plus complètes explications, ou nos propres idées... de ce que ses lecteurs attendaient d'elle, et écrivit elle-même davantage, y incorpora le peu qu'elle avait elle même écrit sur ce Shloka particulier et ainsi fut fait le travail..." 53.

Bertrand Keightley écrivit : "Je n'ai que très peu à dire au sujet des phénomènes se rapportant à LA DOCTRINE SECRETE.  Des citations avec pleines références de livres qui n'avaient jamais été dans la maison – citations vérifiées après des heures de recherches parfois au British Museum, pour un livre rare – de cela j'en ai vu et vérifié un bon nombre. En les vérifiant, il m'est arrivé de voir que les nombres de référence étaient inversés, par exemple p. 321 au lieu de 123, ce qui illustre l'inversion des objets vus dans la lumière astrale... 54. Autrement, "elles étaient exactes au plus haut degré" 55.

53 Reminiscences, pp. 92-93. (Voir aussi Theosophist, septembre 1931.) Page 708, Reminiscences of H.P.B., par Bertrand Keightley.

54 Ibid., page 94.

55 A. Keightley. The Theosophist, juillet 1881, page 598.

56 The Theosophist, octobre 1887, page 62.

Dans The Theosophist 56, le Colonel Olcott écrit "Il est satisfaisant de savoir que LA DOCTRINE SECRETE grandit peu à peu. Mr. Sinnett m'écrit que l'équivalent d'un des tomes d'Isis est déjà écrit... Bien que l'administration ait depuis [I XXXV] longtemps offert de rembourser les souscripteurs [à peu près 3.000 roupies], il n'y en a guère qui l'aient demandé..."Dans son Allocution Annuelle en décembre, le Colonel Olcott dit que H.P.B. lui avait envoyé "le manuscrit de quatre des cinq volumes probables de LA DOCTRINE SECRETE pour examen, et on s'attend à ce que le premier volume paraisse à Londres pendant  le  printemps  qui vient" 57.

1888. – Au début de cette année H.P.B. offrit de nouveau d'envoyer le manuscrit à Subba Row, mais avec le même résultat. En février, elle informa le Colonel Olcott que Tookarani Tatya avait écrit que Subba Row était prêt à aider et à corriger "ma D.S. pourvu que j'en enlève toute référence aux Maîtres !"... "Entend-il par là que je devrais renier les Maîtres, ou que je ne les comprends pas et que je brouille les faits qui me sont donnés... C'est moi qui ai introduit... la preuve de nos Maîtres au Monde et à la S.T... Je l'ai fait parce qu'Ils m'ont envoyée pour faire le travail comme une expérience neuve au XIXème siècle et je l'ai fait aussi bien que je savais..." 58.

Les refus répétés de Subba Row d'aider étaient alors connus. Un groupe d'Amérique, avec Mr. Judge à sa tête, écrivit à H.P.B. disant avoir entendu qu'on lui demandait de retirer LA DOCTRINE SECRETE de la publication, pour la raison que cela pourrait déplaire à certains Pandits Indiens et qu'ils pourraient l'attaquer ou la ridiculiser. Ils demandaient qu'H.P.B. n'en tienne pas compte, mais qu'elle sorte LA DOCTRINE SECRETE le plus tôt possible 59. Un groupe d'Indiens, autour de N.D. Khandalavala et Tookaram Tatva saisit cette occasion pour dire que si H.P.B. avait été en Inde, le livre aurait depuis longtemps vu la lumière. Ils pensaient qu'H.P.B. n'avait pas été convenablement informée des suggestions de rendre le livre plus exact quant à ses allusions à la littérature Hindoue et que quelques amis qui sympathisaient pouvaient facilement faire le nécessaire pour qu'il soit révisé 60.

57 General Report, 1887, page 9.

58 D'une lettre des Archives, datée du 24 février 1888.

59 The Path, février 1888, pp. 354-355.

60 The Path, juin 1888, pp. 97-98.

Bertram Keightley écrivit de Londres que la publication de LA DOCTRINE SECRETE avait commencé et que dès que la grosseur et le  prix du livre pourraient être évalués avec précision, on fixerait le prix de souscription et qu'une circulaire serait envoyée, donnant le choix entre le maintien de la souscription ou le remboursement de leurs versements qui étaient restés intacts en banque depuis qu'on les avaient [I XXXVI] reçus. "LA DOCTRINE SECRETE est un thème si vaste et a tant  de ramifications qu'elle implique un labeur énorme sans qu'on puisse à l'avance fixer le nombre et la grosseur des volumes nécessaires..." 61.

"... Quand le manuscrit de cet ouvrage n'avait pas encore quitté mon bureau, écrivait H.P.B. et que LA DOCTRINE SECRETE était encore complètement inconnue du monde, on la dénonçait déjà comme le simple produit de mon cerveau. Ce sont les termes flatteurs qu'employait pour cette œuvre encore inédite l'Evening Telegraph (d'Amérique) dans son numéro du 30 juin : "... Parmi les livres fascinants à lire en juillet, il y a le nouveau livre de Mme Blavatsky sur la Théosophie... (!) La Doctrine Secrète.  Mais  le  fait  qu'elle  puisse  se  plonger  dans  l'ignorance      des Brahmines... ? n'est pas la preuve que tout ce qu'elle dit est vrai..." 62.

Quand le Colonel Olcott voyageait vers l'Angleterre, en août, il reçut dans sa cabine une lettre par laquelle le Maître K.H. disait : "J'ai aussi noté vos pensées au sujet de LA DOCTRINE SECRETE, soyez assuré que ce qu'elle n'a pas annoté en le prenant dans des ouvrages scientifiques ou autres, nous le lui avons donné ou suggéré. Toute faute ou notion erronée, corrigée ou expliquée par elle dans les œuvres d'autres Théosophes, a été corrigée par moi ou sur mes indications. C'est un ouvrage qui a plus de valeur que son prédécesseur, un épitome de vérités occultes qui en feront une source de renseignements – et d'instruction pour l'étudiant sérieux pendant bien des années à venir" 63. A son arrivée à Londres, le Colonel Olcott trouva H.P.B. travaillant à son bureau du matin jusqu'au soir, préparant "la copie" et lisant les épreuves de LA DOCTRINE SECRETE. Les deux volumes devaient paraître ce même mois (août). Autour d'elle se groupaient des Théosophes dévoués qui avaient fait l'avance de £ 1.500 pour la publication de LA DOCTRINE SECRETE et autres livres. "Même pour LA DOCTRINE SECRETE, il y a une demi-douzaine de Théosophes qui se sont employés à son édition, qui m'ont aidée à arranger les matières, à corriger le mauvais anglais et la préparer pour la presse. Mais  ce qu'aucun d'eux ne réclamera jamais comme sien, du premier au dernier, c'est la doctrine fondamentale, les conclusions et enseignements philosophiques. Je n'ai rien inventé de tout cela, mais j'ai simplement donné comme on m'avait appris." 64. [I XXXVII]

61 The Theosophist, mai 1888, supplément page XXXVII.

62 LA DOCTRINE SECRETE, Vol. II, édition 1888, p. 441, Edit. 1893, page 460, notes.

63 Publié dans Lettres des Maîtres de Sagesse, compilées par C. Jinarajadasa, page 54 (1919).

64 H.P.B. dans "Mes Livres". Lucifer, mai. 1891, page 246.

A ce moment, H.P.B. était submergée de travail et sa santé était défaillante. "C'était une tâche croissante de se lever si tôt et de travailler si tard... Les devis de l'imprimeur furent examinés. Certaines exigences particulières telles que le format et les marges étaient importantes pour

H.P.B.       Tout comme l'épaisseur et la qualité du papier... Ces points tranchés, le livre alla à la presse... il passa par trois ou quatre mains encore, en dehors de H.P.B., sous forme d'épreuves, de galées, de jeux, aussi bien que pour les secondes épreuves. C'était elle son plus sévère correcteur et elle était capable de traiter les secondes épreuves comme un manuscrit, ce qui avait des résultats inquiétants quant à la note à payer pour le chapitre des corrections. Vint ensuite la rédaction de la Préface, et le livre sortit enfin !..." 65 "Trésor inégalé de sagesse occulte" 66 "H.P.B. était heureuse ce jour-là" 67.

Dans l'Introduction du Volume I, elle écrivait : "A mes juges passés et à venir... je n'ai rien à dire... Mais au public en général et aux lecteurs de LA DOCTRINE SECRETE je peux répéter ce que j'ai dit tout au long et que maintenant je revêts des mots de Montaigne : "Messieurs, je n'ai fait qu'un bouquet de fleurs, et n'ai rien fourni de moi-même que le lien qui les assemble" 68.

En octobre LA DOCTRINE SECRETE, longtemps attendue, fut "publiée simultanément à Londres et New York... La première Edition anglaise de 500 fut épuisée avant le jour de publication et on en prépara une deuxième" 69.

Cette seconde édition sortit à la fin de l'année.

 65 Reminiscences, page 94.

66 The Theosophist, novembre 1888, page 69.

67 Reminiscences, page 85.

68 Edit. 1888, page XLVI et Edit. 1893, page 29.

69 The Theosophist, décembre 1888, supplément page XXXa.

 

Toute l'édition fut imprimée par The H.P.B. Press, imprimerie de la Société Théosophique et l'Edition anglaise fut enregistrée à Stationer's Hall, tandis que l'Edition américaine simultanée était "enregistrée selon l'Acte du Congrès de l'an 1888, par H.P. Blavatsky, au Bureau du Bibliothécaire du Congrès de Washington D.C.".

Les journaux ne prêtèrent pas grande attention à LA DOCTRINE SECRETE. Mais la demande fut continue. "C'est curieux, remarquait le Star de Londres, considérant que le livre est d'un caractère plus occulte et plus difficile qu'aucun de ceux qui l'ont précédé." 70.

Dans sa Préface, H.P.B. présentait ses excuses pour le long retard de publication de cet ouvrage, causé par la mauvaise [I XXXVIII] santé et l'ampleur de l'entreprise. Elle écrivait : "Et encore les deux volumes maintenant publiés ne complètent pas le schéma, et n'épuisent pas les sujets dont ils traitent... Si ces volumes actuels trouvent un accueil favorable, aucun effort ne sera épargné pour mener à bien le plan dans sa totalité. Le troisième livre est entièrement prêt, et le quatrième presque." 71.

"Ce plan, on doit l'ajouter, n'était pas envisagé quand la préparation de l'ouvrage a été annoncée d'abord. H.P.B. parle alors de l'intention originale de faire de cet ouvrage une révision d'Isis dévoilée mais, du fait de la différence de traitement nécessaire, les volumes actuels ne contiennent en tout pas même vingt pages tirées d'Isis dévoilée."

Parlant des tomes encore à venir, elle écrit : "Dans le Volume III de cet ouvrage (ce volume et le quatrième étant presque prêts) une courte histoire de tous les grands adeptes connus des anciens et des modernes, sera donnée dans l'ordre chronologique, ainsi qu'un coup d'œil d'ensemble sur les Mystères, leur naissance, croissance, déclin et mort finale – en Europe. Cela n'aurait pu trouver place dans l'ouvrage actuel. Le Volume IV sera presque entièrement consacré aux Enseignements Occultes." 72

70 Cité dans Lucifer, décembre 1888, page 346.

71 Vol. I, page VII. Dans l'Edition de 1893, cette dernière phrase est omise page XIX. Voir aussi page 369, éd. 1888 et page 386, éd. 1893, pour d'autres références au tome III.

72 Vol. II, page 437. Ed. 1888.

 

Parlant des spéculations fausses des Orientalistes au  sujet des "Dhyani, Bouddhas et de leurs correspondances terrestres, les    Manoushi-Bouddhas", H.P.B. dit que "la donnée réelle est indiquée dans un Volume subséquent (voir le "Mystère au sujet du Bouddha") et  sera plus pleinement expliqué en lieu et place" 73. Cela se rapporte certainement au "Mystère de Bouddha" 74. Il est probable que c'est ce qu'elle voulait dire vers 1886 par ces mots "Le Triple Mystère est révélé" 75.

Les paroles par lesquelles elle concluait LA DOCTRINE SECRETE en 1888 étaient : "Un commencement a été fait pour abattre et déraciner les mortels arbres Upas 76 de la superstition du préjugé et de l'ignorance vaniteuse, si bien que ces deux tomes devraient être pour l'étudiant un prélude convenable pour les volumes III et IV. Jusqu'à ce que le rebut des âges ait été déblayé du mental des Théosophes auxquels ces volumes sont dédiés, il est impossible que des enseignements plus pratiques, contenus dans le Tome III, [I XXXIX] puissent être compris. En conséquence, il dépend entièrement de l'accueil qui sera fait aux Volumes I et II par les Théosophes et Mystiques, que ces deux volumes soient jamais publiés, bien qu'ils soient presque achevés." 77

La comparaison de ces déclarations avec les faits montre qu'il y a concordance, c'est-à-dire que les pages 1 à 425 du Vol. III donnent des esquisses de l'histoire de certains grands Adeptes du monde et les pages de 433 à 594 donnent l'Occultisme Pratique qu'H.P.B. enseignait à ses élèves et "faisait tout d'abord circuler en privé parmi un important groupe d'étudiants... Les papiers... étaient maintenant rendus publics et épuisent ainsi tous les restes littéraires d'H.P.B. 78.

1890. – H.P.B., écrivant dans Lucifer 79, dit que la demande pour une "information mystique" était devenue si grande qu'il était difficile d'y faire face. "Même LA DOCTRINE SECRETE, la plus abstruse de nos publications – en dépit de son prix prohibitif, de la conspiration du  silence et des sarcasmes pleins d'un mépris dédaigneux qui lui sont décochés par certains quotidiens – s'est montrée un succès financier."

73 Vol. I, page 52. Ed. 1888, voir Vol. 111, 1893, page 376 et suivantes.

74 Vol. III, page 359 et suivantes.

75 Reminiscences, page 68.

76 Upas, arbre vénéneux des Indes. (N. du T.)

77 Vol. II, pp. 797-798. Ed. 1888.

78 G.RS. Mead, dans Lucifer, juillet 1897, page 353.

79 Mars 1890, page 7.

 

1891. – A la fin de 1891, la seconde édition de LA DOCTRINE SECRETE était épuisée. M. G.R.S. Mead et Mrs. Annie Besant entreprirent une nouvelle édition. Mr. Mead avait été le secrétaire privé d'H.P.B. pendant quelques années et prétendait avoir publié, sous une forme ou une autre, tout ce qu'H.P.B. avait écrit en anglais... 80 C'était le chef d'équipe de la nouvelle édition et il usa de son érudition et de sa connaissance des désirs d'H.P.B. pour amender les erreurs grammaticales ou autres du texte. Une "Notice importante" fut publiée dans les principaux journaux Théosophiques en ces termes : "Une Edition Revue de LA DOCTRINE SECRETE. La seconde édition du grand ouvrage d'H.P.B. étant épuisée, une troisième édition doit être entreprise immédiatement. Tous les efforts sont faits pour réviser à fond la nouvelle édition et les éditeurs prient très sérieusement tous les étudiants qui pourraient lire cette notice d'envoyer des listes aussi complètes que possible des ERRATA. La vérification des références et citations, faute d'impression ou d'indexation, l'indication des passages obscurs, etc. Il est important que les ERRATA de la première partie du Volume I soient envoyés IMMEDIATEMENT. – Annie Besant, G.R.S. Mead." 81 [I XL]

1895. – "L'édition revue a été une tâche de grand labeur et tous les efforts ont été faits par les éditeurs pour vérifier chaque citation  possible, et corriger les nombreuses erreurs de forme des publications antérieures. Les éditeurs n'avaient pas le droit de toucher aux erreurs de fond... 82 L'index des première et deuxième Editions n'était pas très adéquat. M. A.J. Faulding s'est consacré à la préparation d'un nouvel index copieux qui a été broché à part. "Pour ce grand travail, nous sommes endettés envers lui, et tous les étudiants le sont avec nous..." 83 Cet index s'est, depuis, montré satisfaisant. Certaines additions ont été faites dans l'Edition Adyar, où un Index de tous les Volumes est rassemblé en un seul.

80 G.R.S. Mead, dans Lucifer, 1888, page 354.

81 Voir The Vahan, décembre 1891, page 8 ; The Theosophist, Déc. Sup. p. XXXII, The Path, décembre 1891, page 296.

82 G.R.S. Mead, dans Lucifer, juillet 1897, page 353.

83 Préface de la Troisième Edition Revue, 1893.

 

1896. – Il y avait naturellement des portions du manuscrit de H.P.B. qui restaient. Mrs. Besant les prit en main et les prépara pour être édités. Au cours de cette préparation on découvrit quelques manuscrits qui ne semblaient pas faire partie de LA DOCTRINE SECRETE elle-même. Ils ont été publiés dans Lucifer :

  1. "Esprits" de diverses espèces 84 ;
    1. Bouddhisme, Christianisme et Phallisme 85 ;
  2. Fragments, Idolâtrie, Avatars, Cycles et Erreurs Modernes 86. 1897. – Ponctuellement et simultanément, le troisième Volume était en vente le 14 juin à Chicago et à Londres. Il fut accueilli avec faveur et eut un débit régulier... 87

Quand M. Jinarajadasa explorait les Archives et rassemblait des documents dispersés, il découvrit une page d'un brouillon encore différent de l'écriture même de H.P.B., de commentaires et notes sur la Stance I.Le fac-similé en a été, publié dans The Theosophist 88. Mrs. Besant a dit au sujet de LA DOCTRINE SECRETE : "H.P.B. écrivait et récrivait, corrigeant même quand les épreuves définitives étaient prêtes pour le "Bon à tirer"... Les changements de mots, les omissions ou les réarrangements de son texte par H.P.B. sont une étude passionnante pour les étudiants. Une audacieuse théorie a été mise en avant, récemment, aux Etats-Unis, que la seconde édition (1893) de LA DOCTRINE SECRETE publiée  par la T.P.H. de Londres après la mort de H.P.B. n'était pas ce que H.P.B. voulait. On insinua qu'H.P.B. était "éditée" par ceux qui étaient responsables de la seconde édition. Les dépositaires a qui elle avait confié la sauvegarde de ses manuscrits publiés et, inédits étaient tous ses propres élèves qui avaient vécu [I XLI] avec elle pendant des années, et ils n'ont fait que les changements qu'elle avait elle-même ordonnés, qui consistent surtout en correction d'erreurs de termes ou de grammaire, et dans la présentation du contenu du Vol. III.

 84 Juin 1896, page 273.

85 Juillet 1896, page 361.

86 Août 1896, page 449 et suivantes.

87 Voir Theosophist, septembre 1897, page 765.

88 Août 1931, page 560, reproduit ici.

 

"Pour rendre justice à M. Mead et à Mrs. Besant... je veux déclarer, de ma connaissance personnelle, que les accusations renouvelées qu'ils auraient – ou l'un d'entre eux – fait des changement indus dans l'édition revue (troisième) de la D.S., pris des libertés avec le manuscrit du troisième Volume et supprimé le quatrième, sont entièrement fausses, ne s'appuyant sur aucun fait... comme j'ai été pendant quatre années au Quartier Général de Londres, que j'ai eu la charge du bureau d'impression et que j'ai imprimé la D.S. révisée, j'avais naturellement toute possibilité de savoir ce qu'il en était...

"Le premier tirage de la D.S. fut divisé en deux "Editions" qui sont, par conséquent, identiques à l'exception des mots : Deuxième édition, sur la feuille de garde. Le tirage fut fait avec la composition, mais des matrices stéréotypées furent faites en vue d'un autre tirage éventuel. Cependant, quand le moment en vint, on découvrit que les matrices avaient été accidentellement détruites et, pour ma part, avec d'autres, je me réjouis de leur perte puisque cela donnait l'occasion d'une révision très nécessaire des textes, lourde tâche qui fut entreprise par Mr. Mead et Mrs. Besant... Comme Mrs. Besant ne pouvait distraire que très peu de temps de ses autres activités théosophiques, le travail de révision échut principalement à Mr. Mead, assisté d'autres membres de l'équipe, pour vérifier citations et références...

"En révisant la première édition de la D.S., il fit exactement le travail qu'il avait fait précédemment sur ses manuscrits – cela seulement et rien de plus. Car il était évident, pour toute personne au courant des détails littéraires et techniques de la publication de livres, que le manuscrit de la D.S. n'avait pas été convenablement préparé pour l'imprimeur et que la correction des épreuves avait été faite avec tant de négligence que même de grossières fautes de grammaire, que l'auteur avait faites par inadvertance, avaient été respectées. Aucun changement ne fut fait par Mr. Mead ou par Besant si ce n'est ceux qui auraient dus être faits avant l'impression sur le manuscrit original.

"Pour son travail savant et consciencieux de correction, Mr. Mead mérite la reconnaissance de tous les lecteurs de la D.S. doués de discernement comme aussi Mrs. Besant pour la part qu'elle a prise dans cette lourde tâche.

 "Quand j'eus fini d'imprimer les Vol. I et II, Mrs Besant mit le manuscrit du Vol. III entre mes mains... H.P.B. avait [I XLII] récrit à plusieurs reprises certaines pages, avec des ratures et des changements, mais rien qui pût indiquer quelle était la version définitive. Il fallut que Mrs. Besant décidât du mieux qu'elle put.

"Comme il contenait beaucoup moins de substances que chacun des deux autres, Mrs. Besant me dit qu'elle le grossirait en y ajoutant les instructions de l'E.E.T. puisque H.P.B. lui avait dit qu'elle pourrait le faire. Remarquons que ces instructions couvrent le même champ que le quatrième Volume proposé, dont on ne retrouva que quelques pages, juste assez pour marquer l'endroit où H.P.B. avait cessé d'écrire. Je suis enclin à croire qu'elle avait l'intention d'incorporer ces Instructions dans le Vol. IV et qu'elle avait cette idée en tête quand elle écrivait, avec trop d'optimisme, que les deux volumes étaient presque achevés. Une grande quantité de manuscrits fut aussi retrouvée après la mort de H.P.B., mais on découvrit que ce n'était que le vieux manuscrit des deux premiers volumes, revenu de chez l'imprimeur." 89

Mrs. Besant écrivit dans Lucifer 90 : "La valeur de LA DOCTRINE SECRETE ne réside pas dans les éléments séparés, mais dans l'édification, avec eux, d'un tout relié, comme la valeur d'un plan d'architecte n'est pas diminuée parce que le bâtiment est fait de briques manipulées par d'autres mains... H.P.B. n'a pas été stricte dans ses procédés littéraires, et utilisait des citations qui étayaient ses arguments, en les prenant à n'importe quelle source, physique ou astrale, sans avoir grand souci de mettre des guillemets. N'avons-nous pas beaucoup souffert, Mr. Mead et moi, de ces façons en publiant la dernière édition de LA DOCTRINE SECRETE ?... Frères de tous pays, qui avez appris de grandes vérités d'H.P.B., vérités qui ont fait une réalité de la vie spirituelle, restons fermes dans sa défense, en ne la taxant pas d'infaillibilité, et en n'exigeant pas qu'elle soit acceptée comme une "autorité" mais, en affirmant la réalité de son savoir, le fait de ses liens avec les Maîtres, le magnifique sacrifice de soi que fut sa vie, le service inestimable qu'elle a rendu à la cause de la spiritualité dans le monde. Quand toutes ces attaques seront oubliées, ses titres immortels à la reconnaissance de la postérité demeureront."

89 James Morgan Pryse, dans The Canadian Theosophist, septembre 1926, pp. 140-141. Mr. Pryse dirigeait The Theosophical Publishing Company Ltd., qui édita LA DOCTRINE SECRETE et d'autre littérature théosophique.

90 Mai 1895, pp. 179-181.

Adyar 1938. Compilé par Joséphine RANSOM.

 [I XLV]

 

INTRODUCTION

 

"Ecouter avec douceur, juger avec bonté."

SHAKESPEARE. (Henry V, prologue.)

 

Depuis l'apparition de la littérature théosophique en Angleterre, on a pris l'habitude d'appeler ses enseignements "Bouddhisme ésotérique". Et une fois l'habitude prise – comme dit un vieux proverbe fondé sur l'expérience quotidienne – "l'erreur descend un plan incliné, tandis que la vérité doit péniblement gravir la colline".

Les vieux truismes sont souvent les plus sages. Il est presque impossible que l'esprit humain reste entièrement libre de préventions, et des opinions arrêtées se forment souvent avant examen complet d'une question sous tous ses aspects. Cela dit à propos de la double erreur courante qui, d'une part, limite la Théosophie au Bouddhisme, et, d'une autre, confond les données de la philosophie religieuse prêchée par Gâutama, le Bouddha, avec les doctrines esquissées à grands traits dans le Bouddhisme ésotérique 91. Il est difficile d'imaginer erreur plus grande. Elle a fourni à nos ennemis une arme efficace contre la Théosophie parce que, comme l'a nettement exprimé un éminent savant en Pali, il n'y avait, dans le volume en question, "ni Esotérisme ni Bouddhisme". Les vérités ésotériques présentées dans le livre de M. Sinnett cessaient d'être ésotériques du moment qu'elles étaient livrées au public on n'y trouvait pas non plus la religion de Bouddha, mais tout simplement quelques données d'un enseignement jusqu'alors tenu caché, maintenant divulgué, et auquel beaucoup va être ajouté dans les présents volumes. Et même ces derniers, tout en livrant plusieurs données fondamentales tirées de la DOCTRINE SECRETE orientale, ne soulèvent-ils qu'un coin du sombre voile qui les recouvre. Car personne, pas même le plus grand des Adeptes vivants, n'aurait la permission ni même la possibilité – s'il le voulait – de jeter, au hasard, dans un monde sceptique [I XLVI] et railleur, ce qui a été si soigneusement conservé durant de longs âges et æons.

 91 De A.P. Sinnett, 1883.

 

Le Bouddhisme ésotérique était un ouvrage excellent avec un titre très mal choisi, quoiqu'il ne signifiât pas autre chose que le titre du présent ouvrage : La Doctrine Secrète.Et, si ce titre a été malheureux, c'est parce qu'on juge généralement les choses par leurs apparences plutôt que par leur signification, et que l'erreur s'est répandue à ce point que la plupart des membres de la Société Théosophique eux-mêmes en ont été les victimes. Dès le début, cependant, des Brâhmanes et bien d'autres ont protesté contre ce titre et, pour me justifier moi-même, j'ajouterai que le volume ne m'a été montré que terminé, et qu'on m'a laissée dans l'ignorance de la façon dont l'auteur se proposait d'écrire le mot "Boudh-isme".

La responsabilité de cette erreur incombe à ceux qui ayant, les premiers, attiré l'attention publique sur ces questions, ont négligé de faire remarquer la différence entre le "Bouddhisme", système religieux de morale prêché par le Seigneur Gâutama – tirant son nom du titre de Bouddha, l' "Illuminé" – et "Budhisme", tiré de Boudha, la Sagesse ou Connaissance (Vidyâ), la faculté de connaître, venant de la racine sanscrite "Budh", connaître. Oui, c'est nous, les Théosophes de l'Inde, qui sommes les vrais coupables, bien que nous ayons fait alors notre possible pour corriger l'erreur 92. Il était, du reste, facile de supprimer le malentendu, en altérant l'orthographe du mot, en l'écrivant avec un seul d et en rappelant que le Bouddhisme, religion, devrait se prononcer Bouddhaïsme, et ses sectateurs, Bouddhaïstes.

Cette explication est indispensable au début d'une œuvre comme celle- ci. La Religion-Sagesse est l'héritage de toutes les nations du monde, en dépit de ce qui est déclaré dans la préface de l'édition originale du livre  de M. Sinnett que, "il y a deux ans [en 1883], ni l'auteur ni aucun autre Européen vivant ne connaissaient le b-a ba de la Science présentée ici, pour la première fois, sous une forme scientifique...". Cette erreur doit s'être glissée là par inadvertance. Car l'auteur du présent livre savait tout ce qui est "divulgué" dans le Bouddhisme ésotérique, et beaucoup plus, plusieurs années avant qu'il fût devenu son devoir, en 1880, de communiquer une faible partie de la Doctrine Secrète à deux Européens, dont l'un était précisément l'auteur du Bouddhisme ésotérique et, assurément, ledit écrivain de la Doctrine Secrète a l'indéniable, quoique selon elle assez équivoque privilège d'être Européenne de naissance et d'éducation. En outre, une partie considérable de la philosophie [I XLVII] exposée par M. Sinnett a été enseignée en Amérique, avant même la publication d'Isis dévoilée, à deux autres Européens et à mon collègue, le colonel H.S. Olcott. Des trois Instructeurs qu'a eus ce dernier, l'un était un Initié Hongrois, le second un Egyptien, le troisième un Hindou. Par permission spéciale, le colonel Olcott a fait connaître, de diverses manières, quelques-uns de ces enseignements si les deux autres n'en ont pas fait autant, c'est simplement parce qu'on ne le leur a pas permis, le temps de leur œuvre publique n'étant pas encore arrivé, tandis qu'il l'était pour d'autres, comme le prouvent les intéressants ouvrages de M. Sinnett. Il est, en outre, très important de bien se pénétrer du fait qu'aucun livre théosophique n'acquiert la moindre valeur supplémentaire en se réclamant d'une autorité prétendue.

 92 Cf. The Theosophist, juin 1884.

Adi ou Adhi Boudha, l'Unique ou Première et Suprême Sagesse, est un terme employé par Aryâsanga dans ses traités secrets, et actuellement aussi par tous les mystiques bouddhistes du Nord. C'est un mot sanscrit, une appellation donnée par les premiers Aryens à la Divinité. Inconnue le mot "Brahmâ" ne se trouvant pas dans les Védas ni dans les premiers ouvrages. Il signifie la Sagesse Absolue, et Fitzedward Hall traduit Adhi bhûta par "la cause primordiale et incréée de tout". Des  œons interminables ont dû s'écouler avant que l'épithète de Bouddha ne se fût pour ainsi dire humanisée au point que le terme pût s'appliquer à des mortels et pût finalement être appropriée à celui que ses vertus et sa science sans rivales rendirent digne du titre de "Bouddha de la Sagesse immuable". Bôdha signifie la possession innée de l'intelligence ou de la compréhension divine Bouddha est son acquisition par l'effort et le mérite personnels tandis que Buddhi est la faculté de connaître, le canal par lequel la connaissance divine atteint l'Ego, le discernement du bien et du mal, et aussi la conscience divine, et l'Ame spirituelle qui est le véhicule d'Atmâ. "Quand Buddhi absorbe (détruit) notre Ego-isme avec tous ses Vikâras, Avalôkitéshvara se manifeste à nous, et Nirvâna, ou Mukti est atteint." Mukti est la même chose que Nirvâna, la délivrance des entraves de la Mâyâ ou Illusion. Bôdhi est aussi le nom d'un état particulier de "transe" appelé Samâdhi, durant lequel le sujet atteint le summum de la connaissance spirituelle.

Peu sages, ceux qui, par haine du Bouddhisme et, par contrecoup, du Budhisme – haine aveugle et déplacée à notre époque – en nient les enseignements ésotériques, qui sont aussi ceux des Brâhmanes, et cela simplement parce que ce nom est associé à des doctrines que leur qualité de Monothéistes leur fait considérer comme nuisibles ! Peu sages est bien le terme à leur appliquer, car, seule, la philosophie ésotérique [I XLVIII] est capable de supporter les attaques répétées, à notre âge de matérialisme grossier et illogique, contre tout ce que l'homme estime de plus cher et de plus sacré, dans sa vie spirituelle intérieure. Le vrai philosophe, l'étudiant de la Sagesse Esotérique, perd entièrement de vue les personnalités, les croyances dogmatiques et les religions particulières. En outre, la Philosophie Esotérique concilie toutes les religions, dépouille chacune de ses vêtements extérieurs, humains, et montre qu'elle a la même racine que toutes les autres grandes religions. Elle prouve la nécessité d'un Principe Divin Absolu dans la Nature. Elle ne nie pas plus la Divinité que le soleil. La Philosophie Esotérique n'a jamais rejeté Dieu dans la Nature, ni la Divinité comme Ens absolu et abstrait. Elle refuse seulement d'accepter aucun des dieux des religions dites monothéistes, dieux créés par l'homme à sa propre image et ressemblance – caricature pitoyable et sacrilège de l'A-Jamais-Inconnaissable. En outre, les documents que nous allons mettre sous les yeux du lecteur contiennent les données ésotériques du monde entier, depuis le commencement de notre humanité, et l'Occultisme bouddhiste n'y occupe que sa place légitime, rien de plus. En vérité, les parties secrètes du Dan ou Janna (Dhyâna) 93 de la métaphysique de Gâutama – toutes grandes qu'elles paraissent, lorsqu'on  ignore  les doctrines de l'antique Religion-Sagesse – ne sont qu'une très petite partie du tout. Le réformateur hindou bornait ses enseignements à l'aspect purement physiologique et moral de la Religion-Sagesse, à l'Ethique et à l'Homme seulement. Quant aux choses "invisibles et incorporelles", au mystère de l'Etre en dehors de notre sphère terrestre, le grand Instructeur n'y toucha jamais dans ses conférences publiques, réservant les Vérités Cachées pour un cercle choisi de ses Arhats. Ces derniers recevaient l'Initiation dans la fameuse Grotte Saptaparna (Sattapanni de Mahâvansa), près du mont Baibhar (le Webhara des manuscrits Pali). Cette grotte était à Râjâgriha, l'ancienne capitale de Magadha ; c'était la Grotte Cheta, de Fa- hian, comme le soupçonnent à juste titre quelques archéologues 94.

 93 Dan, devenu, en phonétique chinoise et tibétaine, Chhan, est le nom général des écoles ésotériques et de leur littérature. Dans les vieux livres, le mot Janna est défini comme "la réforme de soi-même, par la connaissance et la méditation", une seconde naissance intérieure. De là, Dzan, phonétiquement Djan, "le livre de Dzyan". Voir Edkins, Chinese Buddhism, p. 129, note.

94 M. Beglor, ingénieur en chef à Buddhagâya, et archéologue distingué, fut, croyons-nous, le premier à faire cette découverte.

 

Le temps et l'imagination humaine altérèrent bientôt la [I XLIX] pureté et la philosophie de ces enseignements, dès qu'ils furent transplantés hors du cercle secret et sacré des Arhats, au cours de leur œuvre de prosélytisme, dans un sol moins préparé que l'Inde pour les conceptions métaphysiques, c'est-à-dire une fois qu'elles furent transportées au Siam, en Chine, au Japon et en Birmanie. On peut voir comment on a traité la pureté primitive de ces grandes révélations en étudiant quelques-unes des écoles bouddhistes soi-disant "ésotériques" de l'antiquité, sous leurs vêtements modernes, non seulement en Chine ou dans les autres pays bouddhistes, en général, mais même dans plus d'une école du Tibet abandonnée aux soins de Lamas non initiés et d'innovateurs mongols.

Le lecteur est donc prié de se bien pénétrer de l'importante différence qui existe entre le Bouddhisme orthodoxe, c'est-à-dire les enseignements publics de Gâutama, le Bouddha, et son Bouddhisme ésotérique. Sa Doctrine Secrète, cependant, ne différait nullement de celle des Brâhmanes initiés de son temps. Le Bouddha était un enfant du sol Aryen, un Hindou de naissance, un Kshatrya, et un disciple des "deux fois nés" (initiés brâhmanes) ou Dvijas. Ses enseignements ne pouvaient donc différer des leurs, car toute la réforme bouddhiste consistait à révéler une partie de ce qui avait été tenu secret pour tout le monde, sauf pour le cercle "enchanté" des ascètes et des initiés des temples. Incapable, à cause de ses serments, de dire tout ce qu'on lui avait appris, le Bouddha, bien qu'il enseignât une philosophie bâtie sur la trame de la vraie connaissance ésotérique, n'en donna au monde que le corps matériel extérieur et en réserva l'âme pour ses Elus. Plusieurs sinologues ont entendu parler de la "Doctrine-Ame", aucun ne semble en avoir saisi le vrai sens et l'importance.

Cette doctrine était conservée secrètement dans le sanctuaire – trop secrètement peut-être. Le mystère qui enveloppait son dogme principal et son aspiration – Nirvâna – a tellement éprouvé et irrité la curiosité des savants qui l'ont étudié, qu'incapables de le résoudre d'une manière logique et satisfaisante en dénouant le nœud gordien, ils ont coupé ce dernier, en déclarant que Nirvâna voulait dire annihilation absolue.

Vers la fin du premier quart de ce siècle 95 apparut dans le monde un genre particulier de productions littéraires, dont les tendances s'affirmèrent plus distinctement d'année en année. Soi-disant fondées sur les savantes recherches des Sanscritistes et des Orientalistes, en général, elles passaient [I L] pour scientifiques. On faisait dire aux religions, mythes et emblèmes des Hindous, des Egyptiens et autres nations antiques, tout ce que les symbologistes voulaient y voir, et l'on faisait souvent passer la forme grossière et extérieure pour leur sens intérieur. Des ouvrages, très remarquables par leurs déductions et spéculations ingénieuses, circulo vicioso – les conclusions préétablies changeant généralement de place avec les prémisses dans les syllogismes de plus d'un savant en Sanscrit et en Pali – parurent en se suivant rapidement, submergeant les bibliothèques de dissertations sur le culte phallique et sexuel, bien plus que sur le vrai symbolisme, et toutes se contredisant entre elles.

95 Le XIXème.

Telle est, peut-être, la véritable raison pour laquelle il est permis que l'esquisse de quelques-unes des vérités fondamentales de la Doctrine Secrète des Ages Archaïques apparaisse aujourd'hui à la lumière, après de longs millénaires du silence et du secret les plus profonds. Je dis à dessein "quelques-unes des vérités", car ce qui doit rester caché ne pourrait être dit en cent volumes comme celui-ci, et ne pourrait être transmis à la génération présente de Sadducéens. Mais, même le peu qui est maintenant donné vaut mieux qu'un silence complet sur ces vérités vitales. Le monde contemporain, dans sa course folle vers l'inconnu, que le Physicien est trop prêt à confondre avec l'inconnaissable, toutes les fois que le problème échappe à son emprise, progresse rapidement sur le plan contraire à celui de la spiritualité. Il est maintenant devenu une vaste arène, une véritable vallée de discorde et de lutte incessante, une nécropole où sont enterrées les plus hautes et les plus saintes aspirations de notre Ame-Esprit.  A chaque génération nouvelle, cette âme se paralyse et s'atrophie de plus en plus. Les "aimables infidèles et libertins accomplis" de la société, dont parle Greeley, se soucient peu de la renaissance des sciences mortes du passé mais il y a une forte minorité d'étudiants sérieux qui méritent d'apprendre les quelques vérités qui peuvent leur être données maintenant, et c'est aujourd'hui plus nécessaire qu'il y a dix ans quand parut Isis Unveiled et même quand les tentatives ultérieures d'expliquer les mystères de la science ésotérique furent faites.

Une des plus grandes et peut-être des plus sérieuses objections contre l'exactitude du présent ouvrage et la confiance qu'il mérite viendra peut- être à propos des STANCES préliminaires. Comment vérifier les déclarations qu'elles contiennent ? A vrai dire, si une grande partie des œuvres sanscrites, chinoises et mongoles, citées dans ces volumes, sont connues de quelques orientalistes, l'ouvrage principal – auquel sont empruntées les STANCES – n'est pas en la possession des [I LI] bibliothèques européennes. LE LIVRE DE DZYAN (ou "DZAN") est entièrement inconnu de nos philologues, ou du moins ils n'en ont jamais entendu parler sous le nom actuel. C'est là, évidemment, un grand défaut pour ceux qui suivent dans leurs recherches les méthodes prescrites par la Science officielle mais pour les étudiants de l'Occultisme, et pour tous les vrais Occultistes, cela sera de peu d'importance. Le corps principal des doctrines données se trouve éparpillé dans des centaines et des milliers de manuscrits sanscrits, les uns déjà traduits – et défigurés, comme d'habitude – les autres attendant leur tour. Tout savant a donc l'occasion de vérifier les déclarations faites ici, et de contrôler la plupart des citations. On trouvera quelques faits nouveaux, nouveaux seulement pour l'Orientaliste profane, et des passages cités des Commentaires, difficiles à suivre jusqu'à leur source. Plusieurs des doctrines, en outre, n'ont été jusqu'ici transmises qu'oralement, cependant, dans tous les cas, il leur est fait allusion dans les innombrables volumes conservés dans les temples Brâhmaniques, Chinois et Tibétains.

Quoi qu'il en soit, et quelque critique malveillante que l'on fasse à l'auteur, un fait est bien certain. Les membres de plusieurs écoles ésotériques – dont le centre est au-delà de l'Himâlaya, et dont on peut trouver des ramifications en Chine, au Japon, dans l'Inde, au  Tibet et même en Syrie, sans compter l'Amérique du Sud – prétendent avoir en leur possession la somme totale des œuvres sacrées et philosophiques, manuscrites ou imprimées, en fait, tous les ouvrages qui ont été écrits, en quelque langue ou caractère que ce soit, depuis les hiéroglyphes idéographiques jusqu'à l'alphabet de Cadmus et au Dévanâgari.

Il a constamment été affirmé que, depuis la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie 96, toute œuvre pouvant conduire le profane à la découverte ultime et à la compréhension de certains mystères de la Science Secrète et due aux efforts combinés des membres de ces Fraternités, a été soigneusement recherchée. Il est ajouté, en outre, par ceux qui savent, qu'une fois découverts, ces ouvrages ont été détruits, sauf trois exemplaires de  chaque  qui  furent  mis  à  l'abri.  Dans  l'Inde,  les  derniers  de ces manuscrits précieux ont été trouvés, et cachés, sous le règne de l'empereur Akbar 97. [I LII]

96 Voir Isis Unveiled, vol. II, p. 27.

On prétend aussi que tout livre sacré de ce genre, dont le texte n'était pas suffisamment voilé de symbolisme, ou contenait quelque allusion trop directe aux anciens mystères, a d'abord été soigneusement copié en caractères cryptographiques capables de défier l'art du meilleur paléographe, puis détruit jusqu'au dernier exemplaire. Durant le règne d'Akbar, quelques courtisans fanatiques, mécontents de voir l'empereur porter un intérêt coupable aux religions des infidèles, aidèrent eux-mêmes les Brâhmanes à cacher leurs manuscrits. Tel était Badâoni, qui avait une horreur non dissimulée de la manie d'Akbar pour les religions idolâtres.

Badâoni a écrit, dans son Muntakhad at Tawarikh :

!... Comme [les Shramana et les Brâhmanes] surpassent les autres hommes instruits, dans leurs traités de morale ou de sciences physiques et religieuses, et atteignent un haut degré dans leur connaissance de l'avenir, en puissance spirituelle et perfection humaine, ils ont produit des preuves fondées sur la raison et le témoignage... et inculqué leurs doctrines si fermement... qu'actuellement... personne ne pourrait soulever un doute dans l'esprit de Sa Majesté, dussent les  montagnes crouler en poussière ou le ciel se déchirer... Sa Majesté a fait faire des enquêtes sur les sectes de ces infidèles, qui sont innombrables, et ont une quantité sans fin de livres révélés."

Cet ouvrage "fut gardé secret et n'a été publié que sous le règne de Jahângîr".

En outre, dans toutes les grandes et riches lamaseries, il y  a des cryptes souterraines et des caves-bibliothèques, taillées dans le roc,  toutes les fois que les Gonpa 98 et les Lakhang 99 sont situés dans les montagnes. Au-delà du Tsaydam occidental, dans les solitaires défilés du Kuen-lun 100, il y a plusieurs de ces cachettes. Le long de la crête de l'Altyn Tag, dont le sol n'a encore été foulé par aucun pied européen, il existe un certain hameau perdu dans une gorge profonde. C'est un petit groupe de maisons, hameau plutôt que monastère, avec un temple pauvre d'aspect, gardé seulement par un vieux lama, vivant en ermite à proximité. Les pèlerins disent que les galeries et salles souterraines de ce temple contiennent une collection de livres trop vaste, d'après les récits, pour trouver place même au British Museum.

97 Le professeur Max Müller montre que ni séduction ni menaces d'Akbar ne purent extorquer aux Brâhmanes le texte original des Védas. Il se vante pourtant, ensuite, que les Orientalistes européens ont ce texte (Introduction to the Science of Religion, p. 23). Mais il est très douteux que l'Europe possède effectivement ce texte complet et l'avenir pourrait réserver de désagréables surprises aux Orientalistes à ce sujet.

 

Selon la même tradition, les régions maintenant désolées et privées d'eau de Tarim – véritable désert au milieu du Turkestan – étaient jadis couvertes de cités riches et florissantes. [I LIII] A présent, quelques vertes oasis en parsèment à peine la redoutable solitude. Une d'entre elles, recouvrant le tombeau d'une vaste cité avalée par le désert, et enfouie sous ses sables, n'appartient à personne, mais est souvent visitée par des Mongols et des Bouddhistes. La même tradition parle d'immenses demeures souterraines, de vastes corridors remplis d'inscriptions sur argile et de cylindres. Ce n'est peut-être qu'une rumeur vaine, mais peut-être un fait réel.

Il est probable que tout cela provoque un sourire de doute. Que le lecteur, cependant, avant de nier la véracité de ces récits, veuille bien s'arrêter pour réfléchir aux faits suivants qui sont bien connus. Les recherches collectives des Orientalistes, et, spécialement, les travaux accomplis dans ces dernières années par les étudiants de la philologie comparée et de la science des religions, les ont conduits à s'assurer de ce qui suit : Un nombre incalculable de manuscrits et même d'ouvrages imprimés, dont on connaissait l'existence, ne peuvent plus être retrouvés. Ils ont disparu sans laisser derrière eux la moindre trace. S'ils étaient des ouvrages sans importance, on aurait pu les laisser périr au cours naturel du temps, et leurs noms même se seraient effacés de la mémoire des hommes. Mais il n'en est pas ainsi, car, cela est maintenant prouvé, la plupart contenaient les véritables clefs d'ouvrages qui existent encore et qui sont actuellement incompréhensibles pour la majeure partie de leurs lecteurs, sans ces volumes additionnels de commentaires et d'explication.

98 Ermitages.

99 Temples.

100 Monts du Karakoram, Tibet occidental.

 

Telles, par exemple, les œuvres de Lao-tseu, prédécesseur de Confucius. On dit, en effet, qu'il écrivit 930 livres sur l'éthique et les religions, et 70 sur la magie, mille, au total. Son grand ouvrage, cependant, le Tao-te-King, cœur de sa doctrine ou écriture sacrée des Tao-sse, ne contient, comme le montre Stanislas Julien, qu'environ 5.000 mots 101, à peine une douzaine de pages pourtant le professeur Max Müller trouve que "le texte est inintelligible sans commentaires, et M. Julien a été obligé de consulter pour sa traduction plus de soixante commentateurs", les plus anciens remontant à l'année 163 avant l'ère chrétienne, et pas avant, comme nous le voyons. Pendant les quatre siècles et demi qui ont précédé cette époque des "plus anciens" commentateurs, on a eu largement  le temps de voiler la vraie doctrine de Lao-tseu aux yeux de tous, sauf de ses prêtres initiés. Les Japonais, chez qui se trouvent aujourd'hui les plus instruits des prêtres et des fidèles de Lao-tseu, ne font que rire des suppositions et bévues des sinologues européens et la tradition affirme que les commentaires, auxquels nos savants d'Occident ont accès, ne sont pas les vraies annales occultes, mais [I LIV] des voiles intentionnels, et que les vrais commentaires, aussi bien que presque tous les textes, ont depuis longtemps disparu des yeux du profane.

Des œuvres de Confucius nous lisons :

"Si nous considérons la Chine, nous trouvons que la religion de Confucius est fondée sur les cinq King et les quatre livres Shu – considérablement étendus en eux- mêmes et entourés des volumineux commentaires sans lesquels les lettrés, même les plus savants, ne s'aventuraient pas à explorer la profondeur de leur canon sacré 102."

Mais ils ne l'ont pas explorée, et c'est ce dont se plaignent les Confucianistes, comme le faisait en 1881, à Paris, un membre très érudit de cette école.

 101 Tao-te-King, p. XXVII.

102 Max Müller, op. cit., p. 114.

 

Si nos savants passent maintenant à l'ancienne littérature des religions sémitiques, aux Ecritures Chaldéennes, sœur aînée et institutrice, sinon source, de la Bible Mosaïque et point de départ du Christianisme, que trouvent-ils ? Pour perpétuer la mémoire des antiques religions de Babylone, pour consigner le vaste cycle d'observations astronomiques des Mages Chaldéens, pour justifier la tradition de leur littérature splendide et éminemment occulte : que reste-t-il maintenant ? Rien, sinon quelques fragments attribués à Bérose.

Encore ceux-ci sont-ils presque sans valeur, même comme fil conducteur pour retrouver le caractère des choses disparues, car ils ont passé par les mains de Sa Grandeur l'évêque de Césarée – qui s'était lui- même établi censeur et éditeur des archives sacrées des religions d'autrui – et ils portent sans doute encore la marque de sa plume éminemment véridique et digne de confiance. Quelle est, en effet, l'histoire de ce traité sur la religion, jadis si grande, de Babylone ?

Ecrit en grec, pour Alexandre le Grand, par Bérose, prêtre du temple de Bel, et d'après les annales astronomiques et chronologiques conservées par les prêtres de ce temple – annales qui embrassaient une période de 200.000 ans – ce traité est maintenant perdu. Dans le premier siècle avant Jésus-Christ, Alexandre Polyhistor en fit une série d'extraits, perdus aussi Eusèbe (270-340 de l'ère chrétienne) se servit de ces extraits pour écrire son Chronicon. Les points de ressemblance – presque d'identité – entre les Ecritures des Juifs  et celles des Chaldéens 103  rendaient ces dernières  fort [I LV] dangereuses pour Eusèbe, dans son rôle de défenseur et de champion de la foi nouvelle, qui avait adopté les écritures antérieures, et, avec elles, une chronologie absurde.

 Or, il est assez bien établi qu'Eusèbe n'épargna pas les tables synchroniques égyptiennes de Manéthon – à tel point que Bunsen 104 l'accuse d'avoir mutilé l'histoire de la façon la moins scrupuleuse, et Socrates, historien du Vème siècle, ainsi que Syncellus, vice-patriarche de Constantinople, au début du VIIIème, le dénoncent tous deux comme le plus impudent des contrefacteurs. Est-il donc vraisemblable qu'Eusèbe ait agi avec plus de délicatesse envers les annales Chaldéennes qui menaçaient déjà la nouvelle religion, si hâtivement acceptée ?

103 Cette concordance n'a été découverte et démontrée que récemment, grâce aux travaux  de Georges Smith (voir sa Chaldean Account of Genesis), de sorte que c'est la contrefaçon de l'Arménien Eusèbe qui a induit toutes les "nations civilisées", pendant plus de 1.500 ans, à accepter les dérivations Juives comme une révélation divine et directe !

104 Bunsen, Egypt's Place in History, I, p. 200.

A l'exception, donc, de ces fragments, plus que douteux, toute la littérature sacrée des Chaldéens a disparu aux yeux profanes, aussi complètement que l'Atlantide perdue. Quelques faits contenus dans l'histoire de Bérose sont donnés dans le second volume du présent ouvrage, et peuvent jeter une grande lumière sur la véritable origine des Anges Déchus, personnifiés par Bel et le Dragon.

Passant maintenant à la plus vieille littérature aryenne, le Rig Véda, et suivant strictement ici les données des Orientalistes eux-mêmes, l'étudiant verra que, bien que le Rig Véda ne contienne qu'environ 10.580 versets  ou 1.028 hymnes, néanmoins, et en dépit du secours des Brâhmanas et d'une masse de gloses et commentaires, il n'est pas encore, jusqu'à ce jour, correctement compris. Pourquoi ? Evidemment, parce que les Brâhmanas, "ces traités scolastiques les plus anciens sur les hymnes primitifs", demandent eux-mêmes une clef que les Orientalistes n'ont pu se procurer.

Que disent les savants de la littérature Bouddhiste ? La possèdent-ils entièrement, cette clef ? Assurément non. En dépit des 325 volumes du Kanjur et du Tanjur des Bouddhistes du Nord, dont chaque volume, paraît- il, "pèse de quatre à cinq livres", rien, en vérité, n'est connu du Lamaïsme réel. Pourtant, on dit que le canon de l'église du Sud contient 29.368.000 lettres dans le Saddharmâlankâra 105, ou, sans compter les traités et commentaires, cinq à six fois plus de matière que la Bible, celle-ci, d'après Max Müller, ne pouvant se vanter que de 3.567.180 lettres. Encore, à propos de ces 325 volumes (il y en a en réalité 333 : le Kanjur contenant 108 volumes et le Tanjur 225), "les traducteurs, au lieu de nous fournir des versions correctes, les ont entremêlées avec leurs propres commentaires, afin de justifier les [I LVI] dogmes de leurs diverses écoles" 106. De plus, "d'après une tradition conservée par les écoles bouddhistes, par celles du Sud comme par celles du Nord, le canon bouddhiste sacré comprenait à l'origine 80.000 à 84.000 traités, mais la plupart furent perdus et il n'en resta que 6.000" – dit le professeur. Perdus, comme toujours – pour les Européens. Mais, est-il bien sûr qu'ils soient perdus aussi pour les Bouddhistes et les Brâhmanes ?

105 Spence Hardy, The Legends and Theories of the Buddhists, p. 66.

106 E. Schlagintweit, Buddhism in Tibet, p. 77.

 

En considérant le caractère sacré, pour les Bouddhistes, de chaque ligne écrite sur le Bouddha et la Bonne Loi, la perte de 76.000 traités semble miraculeuse. Si le cas avait été inverse, tout homme connaissant la manière dont les choses se passent admettrait que, sur le nombre précité, 5.000 à 6.000 traités aient pu être détruits pendant les persécutions ou les émigrations qui ont eu lieu dans l'Inde. Mais comme il est établi que les Arhats Bouddhistes, afin de propager la foi nouvelle au-delà du Kasmir et des Himâlayas, commencèrent leur exode religieux dès 300  ans avant notre ère 107 et atteignirent la Chine en l'an 61 avant Jésus-Christ 108, époque où Kâshyapa, sur l'invitation de l'empereur Ming-ti, y alla pour faire connaître au "Fils du Ciel" les doctrines bouddhistes, il semble étrange d'entendre les Orientalistes parler d'une telle perte comme si elle était vraiment possible. Ils ne semblent pas admettre pour un moment la possibilité que les textes puissent n'être perdus que pour l'Ouest et pour eux-mêmes, ou que les peuples Asiatiques aient eu l'audace inouïe de garder leurs annales les plus sacrées hors de l'atteinte des étrangers, refusant de les livrer à la profanation et même à l'abus de races, même si "hautement supérieures".

Grâce aux nombreuses confessions et aux regrets exprimés par presque tous les Orientalistes 109, le public peut être convaincu, d'abord, que les étudiants des religions anciennes ont vraiment bien peu de données pour bâtir des conclusions, comme ils en ont l'habitude, au sujet des vieilles croyances, et, ensuite, que ce manque de données ne les empêche pas le moins du monde de dogmatiser. On pourrait s'imaginer que, grâce aux nombreuses annales de la théogonie égyptienne et des mystères conservées dans les classiques et nombre d'anciens auteurs, les rites et les dogmes de l'Egypte des Pharaons devraient au moins être bien compris [I LVII] mieux, en tout cas, que les philosophies trop abstraites et le Panthéisme de l'Inde, puisque avant le commencement de ce  siècle l'Europe n'avait, pour ainsi dire, aucune idée de la religion et du langage de ce pays. Le long du Nil, et sur toute la surface du pays, il y a en effet, maintenant, des reliques qui disent éloquemment leur propre histoire, et on en exhume de nouvelles chaque jour. Pourtant, il n'en est pas ainsi. Le savant philologue d'Oxford, lui-même, avoue la vérité, en disant :

107 Lassen (Ind. Althertumskunde, II, p. 1072) parle d'un monastère Bouddhiste établi dans la chaîne des Kailas, 137 ans av. Jésus-Christ, et le général Cunningham d'un autre encore plus ancien.

108 Rev. J. Edkins, Chinese Buddhism, p. 87.

109 Voir, par exemple, les Conférences de Max Müller.

 

"Nous voyons les pyramides encore debout, et les ruines des temples et de leurs labyrinthes avec leurs murs couverts d'inscriptions hiéroglyphiques et d'étranges peintures de dieux et de déesses. Sur des rouleaux de papyrus, qui semblent défier les ravages du temps, nous avons même des fragments de ce qu'on peut appeler les livres sacrés des Egyptiens. Cependant bien qu'on ait déchiffré beaucoup de choses dans les annales antiques de cette race mystérieuse, le ressort principal de la religion égyptienne et l'intention originelle de son culte cérémoniel sont loin de nous  être  révélés complètement." 110

Ici, encore, les mystérieux documents hiéroglyphiques sont restés, mais les clefs qui, seules, pouvaient les rendre intelligibles, ont disparu.

[En fait, nos grands égyptologues connaissent si peu les rites funèbres des Egyptiens et les marques extérieures de différence sexuelle faites sur les momies, qu'ils se sont laissés aller aux erreurs les plus comiques. Il n'y a qu'un an ou deux, on en découvrit une de ce genre à Boulaq-Caire. La momie de ce qu'on croyait la femme d'un Pharaon sans importance s'est transformée, grâce à une inscription trouvée sur une amulette pendue à son cou, en celle de Sésostris – le plus grand roi de l'Egypte !]

Néanmoins, ayant trouvé qu'"il y a un lien naturel entre le langage et la religion", et, en second lieu, "qu'il y avait une religion aryenne commune avant la séparation de la race aryenne une religion sémitique, commune avant la séparation de la race sémitique, une religion touranienne commune avant la séparation des Chinois et des autres tribus appartenant à la classe touranienne" n'ayant découvert, au bout du compte, que "trois anciens centres de religion" et "trois centres de langage", et bien qu'entièrement ignorant de ces religions et langages primitifs, comme de leur origine – le professeur n'hésite pas à déclarer "qu'une base vraiment historique, pour un examen scientifique de ces principales religions du monde", a été obtenue !

110 Op. cit., p. 118.

 

Un "examen scientifique" du sujet n'est pas une garantie [I LVIII] pour sa "base historique", et avec la rareté des données qui sont à sa portée, aucun philologue, même parmi les plus éminents, n'est justifié à donner ses propres conclusions pour des faits historiques. Sans doute, l'éminent Orientaliste a prouvé, à la satisfaction du monde, que, d'après la loi phonétique de Grimm, Odin et Bouddha sont deux personnages différents, distincts l'un de l'autre, et il l'a prouvé  scientifiquement. Lorsque, pourtant, sans s'arrêter, il saisit l'occasion de dire qu' "Odin était adoré comme la divinité suprême durant une période bien antérieure à l'âge du Véda et d'Homère" 111, cette déclaration n'a pas la moindre "base historique", car il subordonne l'histoire et les faits à ses propres conclusions : c'est peut-être très "scientifique" pour les savants de l'Orient, mais très loin de la vérité. En ce qui concerne les Védas et leur chronologie, les vues opposées de divers philologues et Orientalistes éminents, de Martin Hang à Max Müller lui-même, sont une preuve évidente que la théorie ne peut s'appuyer sur aucune "base historique", "l'évidence intrinsèque" étant plus souvent un feu follet qu'un phare digne de confiance. Et la science moderne de la Mythologie comparée n'est pas davantage en mesure de contredire les savants auteurs, qui,  depuis un siècle environ, ont prétendu avec insistance qu'il a dû y avoir "des fragments d'une révélation primitive, accordée aux ancêtres de toute  la race humaine... fragments conservés dans les temples de Grèce et d'Italie". Car c'est là ce que tous les Initiés et Pandits de l'Orient ont périodiquement proclamé. D'autre part, un prêtre cingalais éminent nous a assuré, comme un fait certain, que les traités sacrés les plus importants du Canon sacré bouddhiste étaient déposés en des pays et des endroits inaccessibles aux pandits Européens et feu Swâmi Dayânand Sarasvatî, le plus grand sanscritiste hindou de son temps, a affirmé la même chose à certains membres de la Société Théosophique, en ce qui concerne les anciens ouvrages brâhmaniques. Le saint et savant homme se prit à rire quand on lui dit que le professeur Max Müller avait déclaré aux auditeurs de ses conférences que la théorie "d'une révélation primordiale et préter- naturelle accordée aux pères de la race humaine ne trouve aujourd'hui qu'un  petit  nombre  d'adhérents".  Sa  réponse  est  suggestive :  –  "Si M. Moksh Mouller (comme il prononçait son nom) était un Brâhmane et venait avec moi, je pourrais le mener à une grotte gupta (crypte secrète) près d'Okhee Math, dans les Himâlayas, où il découvrirait bientôt que ce qui a traversé le Kâlapâni (les eaux noires de l'Océan), de l'Inde en Europe, ne sont que les [I LIX] fragments des copies rejetées de quelques passages de nos livres sacrés. Il existait une "révélation primordiale", et elle existe encore et elle ne sera jamais perdue pour le monde, car elle y reparaîtra seulement, les Mléchchhas 112 devront attendre".

Pressé  de  questions  sur ce  point,  il  n'en  voulut  pas dire davantage.

Cela se passait à Meerut, en 1880.

Sans doute, la mystification dont, au siècle dernier, à Calcutta, le colonel Wilford et sir William Jones furent l'objet de la part des Brâhmanes, était cruelle. Mais elle était bien méritée, et nul n'était plus à blâmer dans l'affaire que les missionnaires et le colonel lui-même. Les premiers, d'après le témoignage de sir William Jones en personne 113, étaient assez sots pour soutenir que "les Hindous, aujourd'hui même, étaient presque chrétiens, parce que leur Brahmâ, Vishnou, et Mâhèsha n'étaient autre chose que la trinité chrétienne" 114. C'était une bonne leçon. Elle a rendu les Orientalistes doublement prudents peut-être même a-t-elle laissé trop de timidité à certains d'entre eux et la réaction a-t-elle fait revenir trop loin, en sens contraire, le pendule des conclusions préétablies. Car, "cette première fourniture du marché Brâhmanique", en réponse à l'exigence du colonel Wilford, a évidemment créé chez les Orientalistes le besoin et le désir de déclarer que presque tous les manuscrits sanscrits archaïques sont si modernes qu'ils justifient pleinement les missionnaires de saisir cette occasion pour s'en prévaloir. Qu'ils le fassent de toute la force de leur intelligence, est démontré par certaine tentative récente et absurde pour prouver que l'histoire de Krishna, qui se trouve dans les Purânas, a été un plagiat de la Bible par les Brâhmanes ! Mais les faits cités par le professeur d'Oxford dans ses conférences, au sujet des interpolations devenues célèbres et faîtes d'abord au bénéfice du colonel Wilford, avant d'être cause de chagrin pour lui, ne s'opposent nullement aux conclusions qui s'imposent à quiconque étudie la DOCTRINE SECRETE. Car, si les résultats montrent que ni le Nouveau, ni même l'Ancien Testament, n'ont rien emprunté aux religions plus anciennes des Brâhmanes et des Bouddhistes, il ne s'ensuit pas que les Juifs n'aient pas emprunté tout ce qu'ils savaient aux [I LX] annales Chaldéennes, plus tard mutilées par Eusèbe. Quant aux Chaldéens, ils devaient assurément leur savoir primitif aux Brâhmanes, car Rawlinson montre, dans la mythologie de Babylone du début, une influence indubitablement védique et le colonel Vans Kennedy a depuis longtemps, et avec raison, déclaré que la Babylonie fut, dès l'origine, le siège d'études sanscrites et brâhmaniques. Mais il faut croire que toutes les preuves de ce genre perdent leur valeur devant la dernière théorie élaborée par le professeur Max Müller. Tout le monde la connaît. Le code des lois phonétiques est maintenant devenu un solvant universel pour toute identification et "connexion" entre les dieux de nombreuses nations. Ainsi, bien que la mère de Mercure (Budha, Thoth, Hermès, etc.) fût Maïa, la même que celle de Bouddha (Gâutama), Mâyâ, et celle de Jésus, Mâyâ, encore (illusion, car Marie est Mare, la Mer, symbole de la grande illusion) – pourtant, ces trois personnes n'ont et ne peuvent avoir aucun rapport, depuis que Bopp a "établi son code des lois phonétiques".

111 Op. cit., p. 318.

112 Etrangers.

113 Asiatic Researches, 1, 272.

114 Voir Max Müller, op. cit., pp. 288 et suivantes. Il s'agit ici de l'adroite fabrication, sur des feuillets insérés dans de vieux manuscrits Purâniques, en sanscrit correct et archaïque, de tout ce que les Pandits avaient entendu dire au colonel Wilford au sujet d'Adam, d'Abraham, de Noé et de ses trois fils, etc.

 

Dans leurs efforts pour réunir les nombreux écheveaux de l'histoire non écrite, nos Orientalistes font un pas bien hardi en niant a priori tout ce qui ne s'emboîte pas dans leurs conclusions spéciales. Ainsi, tandis qu'on découvre tous les jours l'existence, reculée dans la nuit des temps, de sciences et d'arts importants, on refuse à quelques-unes des nations les plus anciennes la simple connaissance de l'écriture, et on traite leur culture de barbarie. Pourtant, les traces d'une immense civilisation, même dans l'Asie Centrale, peuvent encore se retrouver. Cette civilisation est incontestablement préhistorique. Et comment pourrait-il exister une civilisation sans une forme quelconque de littérature, sans annales ou chroniques ? Le sens commun devrait suffire à remplacer les anneaux brisés dans l'histoire des nations disparues. La muraille gigantesque et ininterrompue des montagnes qui bordent tout le plateau du Tibet, depuis le cours supérieur de la rivière Khuan-Khé jusqu'aux collines de Kara- Korum, a vu une civilisation qui a duré des milliers d'années, et pourrait dire au genre humain d'étranges secrets. Il fut un temps où les parties orientales et centrales de cette région – le Nan-Chang et l'Altyn-Tagh –étaient couvertes de cités qui pouvaient rivaliser avec Babylone. Toute une période géologique a passé sur la terre depuis la dernière heure de ces cités, comme en témoignent les monticules de sable mouvant et le sol maintenant stérile et mort des immenses plaines centrales du bassin de Tarim, dont les bords seuls sont superficiellement connus des  voyageurs. A l'intérieur de ces plateaux de sable il y a de l'eau ; on y trouve de fraîches et  florissantes  oasis,  où  aucun  pied  européen  ne  s'est  encore [I LXI] aventuré, dont nul n'a foulé le sol maintenant dangereux. Parmi ces verdoyantes oasis, il y en a qui sont entièrement inaccessibles à tout voyageur profane, fut-il indigène. Les ouragans peuvent "déchirer les sables et balayer des plaines entières", ils sont impuissants à détruire ce qui est au-delà de leur atteinte. Bâtis profondément dans les entrailles de la terre, les magasins souterrains sont en sûreté et comme leurs entrées sont cachées, il n'y a pas lieu de craindre qu'elles soient découvertes, lors même que plusieurs armées envahiraient les solitudes sablonneuses où Pas un étang, pas un buisson, pas une maison ne sont en vue, Et    les    chaînes     montagneuses,     comme     un    écran déchiqueté, Entourent la platitude aride du désert sec et brûlé...

Mais il n'est pas besoin d'envoyer le lecteur dans le désert, alors que les mêmes preuves d'antique civilisation se trouvent dans les parties relativement peuplées du même pays. L'oasis de Tchertchen, par exemple, située à environ 1.200 mètres au-dessus du niveau de la rivière Tchertchen Darya, est entourée de tous côtés par les ruines de villes et cités archaïques. Il y a là quelque trois mille êtres humains qui représentent les reliquats d'environ cent nations et races éteintes et dont les noms mêmes sont actuellement inconnus de nos ethnologues. Un anthropologiste se trouverait plus qu'embarrassé pour les classer, les diviser et les subdiviser d'autant plus que les descendants respectifs de toutes ces races et tribus antédiluviennes sont, eux-mêmes, aussi ignorants au sujet de leurs propres ancêtres que s'ils étaient tombés de la lune. Quand on les questionne sur leur origine, ils répondent qu'ils ne savent pas d'où leurs pères sont venus, mais ils ont entendu dire que les plus anciens étaient gouvernés par les grands Génies de ces déserts. Cela peut être mis sur le compte de l'ignorance  et  de  la  superstition.  La  DOCTRINE  SECRETE admet cependant, d'après ses données, que cette réponse puisse provenir d'une tradition primordiale. C'est ainsi qu'une tribu du Khorassan prétend venir de ce qui est actuellement l'Afghanistan, bien avant le temps d'Alexandre, et appuie cette prétention d'un fonds légendaire. Le colonel voyageur russe Prjevalsky (maintenant général) a trouvé, tout près de l'oasis de Tchertchen,  les  ruines  de  deux  cités  énormes,  dont  la  plus   ancienne, d'après la tradition locale, fut détruite, il y a trois mille ans, par un héros géant, et l'autre par les Mongols du Xème siècle de notre ère.

"L'emplacement des deux cités est maintenant  couvert, du fait des sables mouvants et du vent du désert, de reliques étranges et hétérogènes de porcelaines brisées, d'ustensiles de cuisine et [I LXII] d'ossements humains. Les indigènes trouvent souvent des  monnaies de cuivre et d'or, des lingots d'argent fondu, des diamants, des turquoises, et, ce qui est plus remarquable, du verre brisé... On trouve aussi des cercueils faits d'un bois ou d'une matière imputrescible, contenant des corps embaumés en parfait état de conservation... Toutes les momies mâles sont celles d'hommes grands et fortement bâtis, avec de longs cheveux ondulés... On a découvert un caveau dans lequel douze hommes se trouvaient assis. Une autre fois, dans un cercueil à part, nous avons trouvé une jeune fille. Ses yeux étaient fermés par des disques dorés, et les mâchoires solidement retenues par une bride dorée qui passait sous le menton et sur le sommet de la tête. Elle était vêtue d'une étroite tunique de laine, son sein était couvert d'étoiles dorées, et  ses  pieds étaient nus 115."

115 Extrait d'une conférence de N.M. Prjevalsky.

 

Le fameux voyageur ajoute que tout le long de la route, sur la rivière Tchertchen Darya, on racontait des légendes au sujet de vingt-trois villes ensevelies depuis des âges par les sables mouvants des déserts. La même tradition existe sur le Lob-nor et dans l'oasis de Kerya.

Les traces d'une telle civilisation, ces traditions et les similaires nous donnent le droit d'admettre d'autres légendes affirmées par les natifs bien éduqués et instruits d'Inde et de Mongolie, qui parlent de bibliothèques immenses gagnées sur le sable, ainsi que de divers vestiges de l'ancienne science magique, qui ont tous été mis en sûreté.

Récapitulons. La DOCTRINE SECRETE était la religion universellement répandue dans le monde antique et préhistorique. Les preuves de sa diffusion, les annales authentiques de son histoire, une chaîne complète de documents montrant son caractère et sa présence en tous pays, ainsi que l'enseignement de ses grands Adeptes, existent encore maintenant dans les cryptes secrètes de bibliothèques appartenant à la Fraternité Occulte.

Cette affirmation acquiert de la vraisemblance si l'on considère les faits suivants : la tradition que des milliers d'anciens parchemins ont été sauvés lors de la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie ; les milliers d'œuvres sanscrites qui ont disparu en Inde sous le règne d'Akbar la tradition universelle en Chine et au Japon que les antiques textes véritables, ainsi que les commentaires qui, seuls, les rendent compréhensibles, le tout s'élevant à plusieurs milliers de volumes, sont depuis longtemps hors d'atteinte des mains profanes ; la disparition de la vaste littérature sacrée et occulte de Babylone ; la perte de ces clefs qui, seules, pourraient résoudre les mille énigmes des annales hiéroglyphiques de [I LXIII] l'Egypte ; la tradition indienne que les commentaires véritables et secrets qui, seuls, rendent les Védas intelligibles, bien qu'ils ne soient plus visibles aux yeux profanes, demeurent accessibles à l'Initié, cachés dans des grottes et des cryptes secrètes et, parmi les Bouddhistes, une croyance identique en ce qui concerne leurs livres secrets.

Les Occultistes affirment que tous ces documents existent, à l'abri des mains spoliatrices des Occidentaux, pour reparaître dans un âge plus éclairé, que, d'après feu Swami Dayanand Sarasvati, "les Mléchchhas [les rejetés, les sauvages, ceux qui sont en dehors de la civilisation aryenne] auront à attendre".

Car, ce n'est pas la faute des Initiés si ces documents sont maintenant "perdus" pour le profane et leur conduite n'a pas été dictée par l'égoïsme, ni par le désir de monopoliser la science vivifiante et sacrée. Il est certaines portions de la Science Secrète qui, pendant des âges incalculables, ont dû rester cachées aux regards profanes. Mais  c'était parce  que,  découvrir  à  la  multitude  non  préparée  des  secrets d'une importance aussi effrayante serait revenu au même que donner à un enfant une chandelle allumée dans une soute à poudre.

Il est bon d'insister ici sur la réponse à une question qui s'est souvent posée dans l'esprit des étudiants, en face de déclarations de cette nature. On comprend bien, disent-ils, la nécessité de cacher à la foule des secrets comme celui du Vril, cette force dévastatrice découverte par J.W. Keely, de Philadelphie, mais on ne voit pas le danger qu'il y a à révéler une doctrine purement philosophique, comme, par exemple, l'évolution des Chaînes Planétaires.

Le danger est celui-ci : des doctrines comme celle de la Chaîne Planétaire ou des sept Races donnent immédiatement une clef de la nature septuple de l'homme, car chaque principe est en corrélation avec un plan, une planète et une race et les principes humains sont, sur chaque plan, en corrélation avec les septuples forces occultes, celles des plans supérieurs possédant un pouvoir effrayant. De sorte que toute division septénaire donne de suite la clef de terribles puissances occultes, dont l'abus causerait d'incalculables maux à l'humanité ; clef qui, peut-être, n'en est pas une pour la génération actuelle – spécialement pour les Occidentaux, protégés par leur aveuglement même, par leur ignorance matérialiste et leur incrédulité à l'occulte – mais qui, néanmoins, aurait eu une valeur réelle dans les premiers siècles de l'ère chrétienne alors que les gens étaient pleinement convaincus de la réalité de l'Occultisme, et entraient dans un [I LXIV] cycle de dégradation qui les rendait mûrs pour l'abus des pouvoirs occultes et la sorcellerie de la pire espèce.

Les documents furent cachés, il est vrai, mais la science elle-même et son existence toujours présente ne furent jamais traitées comme un secret par les Hiérophantes des Temples où les MYSTERES ont toujours été employés comme une discipline et un stimulant pour la vertu. Ce sont là de très vieilles nouvelles révélées bien des fois par les grands Adeptes, depuis Pythagore et Platon jusqu'aux Néo-Platoniciens. C'est la nouvelle religion des Nazaréens qui opéra un changement en pire – dans la politique des siècles.

De plus, il est un fait bien connu – et très curieux, qui a été affirmé à l'auteur par une personne respectable et digne de foi, attachée pendant des années à une ambassade russe – c'est qu'il existe, dans les Bibliothèques Impériales de Saint-Pétersbourg, plusieurs documents prouvant que, même à l'époque récente où la Franc-Maçonnerie et les Sociétés Secrètes de Mystiques florissaient librement en Russie, c'est-à-dire à la fin du dernier siècle et au début du présent siècle 116, plus d'un mystique russe alla au Tibet, en passant par les monts Ourals, pour y chercher le savoir et l'initiation, dans les cryptes inconnues de l'Asie Centrale. Et plus d'un revint, après des années, avec une riche provision de renseignements qu'il n'aurait pu se procurer nulle part en Europe. Nous pourrions citer plusieurs cas, et mettre en avant des noms bien connus, si ce n'était qu'une telle publicité pourrait gêner les survivants des familles de ces Initiés défunts. Quiconque veut s'assurer du fait n'a qu'à consulter les Annales et l'histoire de la Franc-maçonnerie dans les archives de la métropole russe.

116 XVIIIème et XIXème  s.

 

Ces faits corroborent ce qui a été déjà affirmé plusieurs fois, et malheureusement avec peu de discrétion. Au lieu de rendre service à l'humanité, les virulentes accusations d'invention délibérée et d'imposture intéressée contre ceux qui affirmaient tel fait, aussi vrai que peu connu, n'ont engendré que du mauvais Karma pour les calomniateurs. Mais maintenant le mal est fait, et la vérité ne doit plus être niée, qu'elles qu'en soient les conséquences.

La Théosophie est-elle donc une nouvelle religion, nous demande-t- on ? En aucune façon ce n'est pas une "religion", sa philosophie n'est pas "nouvelle" car, nous l'avons dit, elle est aussi vieille que l'homme pensant. Ses doctrines ne sont pas maintenant publiées pour la première fois, mais ont été prudemment révélées à plus d'un Initié européen, et enseignées par plusieurs d'entre eux – spécialement par feu Ragon. [I LXV]

Plus d'un grand savant a déclaré qu'il n'y avait pas un seul fondateur de religion, Aryen, Sémite ou Touranien, qui ait inventé une nouvelle religion ou révélé une vérité nouvelle. Ces fondateurs étaient tous des transmetteurs, non des instructeurs originaux. Ils étaient les auteurs de formes et interprétations nouvelles, mais les vérités sur lesquelles celles-ci étaient fondées étaient aussi vieilles que le genre humain. Choisissant une ou plusieurs de ces grandes vérités, réalités visibles seulement à l'œil du vrai Sage et Voyant, parmi le nombre de celles qui furent oralement révélées à l'homme au commencement, préservées et perpétuées dans l'Adyta des temples par l'initiation, durant les MYSTERES, par transmission personnelle – ils révélèrent ces vérités aux masses. Ainsi, chaque nation reçut, à son tour, quelques-unes desdites vérités, sous le voile de son symbolisme local et spécial, ce qui, au cours du temps, se développa en un culte plus ou moins philosophique – un Panthéon sous le déguisement mythique. Confucius, par exemple, un législateur très ancien dans la chronologie historique, bien que sage très moderne dans l'histoire du monde, est appelé, par le docteur Legge 117, "un transmetteur, au plus haut degré, non un créateur", comme Confucius lui-même le dit : "Je ne fais que transmettre ; je ne crée rien de nouveau. Je crois aux anciens et, par conséquent, je les aime 118."

117 Lün-Yü, cité par Schott, Chinesische Literatur, p. 7 cité par Max Müller.

118 J. Legge, Life and Teachings of Confucius, vol. 1, p. 95.

 

L'auteur aussi aime et, par conséquent, croit, les anciens et les modernes héritiers de leur Sagesse. Et avec cette double foi, elle transmet maintenant ce qu'elle a reçu et appris elle-même, à tous ceux qui voudront l'accepter. Quant à ceux qui peuvent rejeter son témoignage – la grande majorité – elle ne leur en voudra pas, car en niant ils ont raison à leur manière, tout autant qu'elle en affirmant, puisque eux et elle regardent la Vérité de deux points de vue entièrement différents. D'après les règles  de la science critique, l'Orientaliste doit rejeter a priori toute déposition qu'il ne peut pas vérifier entièrement lui-même. Et comment un savant occidental peut-il accepter, sur ouï-dire, des choses sur lesquelles il ne sait rien ? A vrai dire, ce qui est donné dans les présents volumes est emprunté à l'enseignement oral autant qu'aux doctrines écrites. La première partie des doctrines ésotériques est fondée sur des STANCES, qui sont les annales d'un peuple inconnu de l'ethnologie. On affirme, ici, que ces STANCES sont écrites dans une langue absente de la nomenclature des langues et dialectes avec lesquels la philosophie [I LXVI] est familière ; on dit qu'elles émanent d'une source, l'Occultisme, répudiée par la Science et, enfin, elles sont offertes par un intermédiaire constamment déprécié par tous ceux qui haïssent les vérités gênantes, ou luttent pour la défense de quelque marotte personnelle. Aussi faut-il s'attendre, et se soumettre d'avance, à ce que ces doctrines soient rejetées. Aucun de ceux qui s'intitulent "savants", dans quelque département que ce soit de la Science exacte, ne se permettra de les prendre au sérieux. Elles seront tournées en dérision et rejetées a priori dans le siècle actuel, mais dans ce siècle seulement. Car, au XXème siècle de notre ère, les savants commenceront à reconnaître que la DOCTRINE SECRETE n'a été ni inventée ni  exagérée, mais, au contraire, qu'elle a été à peine esquissée et, enfin, que ses enseignements sont antérieurs aux Védas. [Ce n'est pas prétendre au don de prophétie ; c'est une simple affirmation basée sur la connaissance des faits. En chaque siècle, on essaye de montrer au monde que l'Occultisme n'est pas une vaine superstition. Dès qu'on aura pu entrouvrir la porte, elle s'ouvrira de plus en plus, à chaque siècle nouveau. Les temps sont mûrs pour l'avènement d'une connaissance, encore très limitée, mais plus sérieuse que celle qu'il a été permis de donner jusqu'à présent.

 Les Védas, du reste, n'ont-ils pas été tournés en dérision, rejetés, traités de "faux moderne", il n'y a pas plus de quelque cinquante ans ? 119 N'a-t-on pas proclamé, à un certain moment, que le Sanscrit était un descendant, un dérivé du grec, d'après Lemprière et autres savants ? Vers 1820, nous dit le professeur Max Müller, les livres sacrés des Brâhmanes, des Mages et des Bouddhistes "étaient à peine connus, on doutait même de leur existence, et il n'y avait pas un seul savant qui pût traduire une ligne du Véda... du Zend Avesta, ou... du Tripitaka Bouddhiste. Et maintenant il est prouvé que les Védas sont l'œuvre de la plus haute antiquité, et que leur conservation touche au merveilleux" 120.

On en dira autant de la Doctrine Secrète Archaïque, quand des preuves indéniables de son existence et de ses annales auront été données. Mais des siècles devront s'écouler avant qu'il en soit donné beaucoup plus. A propos de la perte presque complète pour le monde de la clef des Mystères du Zodiaque, l'auteur remarquait dans Isis dévoilée, il y a environ dix ans : "Cette clef doit être tournée sept fois avant que le système soit tout entier divulgué. Nous ne donnerons ici qu'un seul tour, et nous permettrons ainsi au [I LXVII] profane un coup d'œil dans le mystère. Heureux celui qui comprendra l'ensemble !" 121

119  Ecrit en 1887 ou 1888. 

120 Conférence sur les Védas.

121 Isis Unveiled, II, p. 461.

 

Il en est, du reste, de même de tout le Système Esotérique. Un tour de clef, et pas plus, a été donné dans Isis dévoilée. Beaucoup plus est expliqué dans ces volumes. A l'époque de cette publication, l'auteur connaissait à peine la langue dans laquelle elle écrivait, et la révélation de bien des choses, dont on parle maintenant ouvertement, était alors défendue. Au XXème  siècle, quelque disciple plus instruit et beaucoup plus apte sera peut-être envoyé par les Maîtres de Sagesse pour donner les preuves finales et irréfutables qu'il existe une Science appelée Gupta Vidyâ ; et que, comme les sources mystérieuses du Nil, la source de toutes les religions et philosophies actuellement connues, oubliée et perdue pendant des âges par l'humanité, est enfin retrouvée.

L'introduction d'une œuvre comme celle-ci ne devrait pas être une simple préface, mais bien un volume – et un volume donnant des faits, non de simples dissertations, car la Doctrine Secrète n'est ni un traité, ni une série de théories vagues, mais un exposé de tout ce qui peut être donné au monde en ce siècle.

Il serait plus qu'inutile de publier, dans ces pages mêmes, les portions des doctrines ésotériques qui ont échappé à la réclusion, si l'on n'établissait tout d'abord la vérité et l'authenticité, ou au moins la probabilité, de l'existence de semblables enseignements. Les déclarations que nous allons faire doivent être appuyées de divers témoignages, entre autres ceux des anciens philosophes, des classiques, et même de certains Pères de l'Eglise instruits dont certains connaissaient ces doctrines parce qu'ils les avaient étudiées, parce qu'ils avaient vu et lu des ouvrages sur le sujet et certains parce qu'ils avaient même été personnellement initiés aux anciens Mystères pendant l'accomplissement desquels les doctrines cachées étaient allégoriquement représentées. L'auteur devra donner des noms historiques et dignes de confiance, citer des auteurs, anciens et modernes, bien connus, de capacité indiscutée, de jugement sain, de véracité éprouvée ; nommer aussi quelques-uns des plus avancés et des plus fameux adeptes des arts et sciences secrètes, et parler en même temps des mystères de ces dernières, à mesure qu'ils sont divulgués, ou plutôt, partiellement présentés au public sous leur forme étrange et archaïque.

Comment s'y prendre ? Quel est le meilleur moyen d'atteindre un tel objet ? – C'est la question qui s'est sans cesse posée. Pour rendre notre plan plus clair, nous pouvons essayer une comparaison. Lorsqu'un touriste, venant d'une [I LXVIII] contrée parfaitement explorée, atteint soudain les frontières d'une terra incognita, environnée et cachée à la vue par une formidable barrière de rochers infranchissables, il peut refuser de se reconnaître battu dans ses plans d'exploration. L'accès lui est interdit. Mais s'il ne peut visiter en personne la mystérieuse région, il peut trouver le moyen de l'examiner d'aussi près que possible. Aidé par la connaissance des paysages qu'il a laissés derrière lui, il peut obtenir une idée générale  et assez correcte de la région cachée en grimpant, par exemple, au sommet des hauteurs voisines. Une fois là, il peut regarder à loisir et comparer ce qu'il aperçoit vaguement avec ce qu'il vient de laisser en bas, à présent que, grâce à ses efforts, il a dépassé la ligne des brumes et des falaises ennuagées.

Une occurrence de ce genre ne peut être donnée ici à ceux qui voudraient mieux comprendre les mystères des périodes pré-archaïques contenus dans les textes. Mais si le lecteur veut bien prendre patience, jeter un coup d'œil sur l'état actuel des croyances de l'Europe, et les comparer à ce que l'histoire connaît des âges qui ont directement précédé ou suivi le commencement de l'ère chrétienne, il trouvera, dans un volume à venir du présent ouvrage, tous les renseignements nécessaires 122.

122 [Les mots de l'édition de 1888 sont : "dans le volume III de cet ouvrage".]

 

Nous donnerons dans ce volume une brève récapitulation des principaux Adeptes historiquement connus, et nous décrirons la décadence des Mystères, décadence après laquelle on commença à effacer systématiquement et à faire ensuite disparaître complètement de la mémoire des hommes la nature réelle de l'Initiation et de la Science Sacrée. A partir de cette époque, ses enseignements devinrent Occultes, et la Magie ne navigua que trop souvent sous les couleurs vénérables, mais souvent trompeuses, de la Philosophie Hermétique. De même que le Vrai Occultisme avait prévalu, chez les Mystiques, durant les siècles qui précédèrent notre ère, ainsi, la Magie, ou plutôt la Sorcellerie, avec ses Arts Occultes, suivit la naissance du Christianisme.

Malgré leur énergie et leur zèle, les efforts fanatiques, dans ces siècles primitifs, pour oblitérer toute trace du travail mental et intellectuel des Païens, restèrent sans effet mais le même esprit du sombre démon de bigoterie et d'intolérance a, toujours et systématiquement, depuis cette époque, dénaturé toutes les pages brillantes écrites durant les périodes pré- chrétiennes. Pourtant l'histoire, malgré l'imperfection de ses annales, a conservé assez de ce qui a survécu pour jeter sur le tout une lumière impartiale. Que le lecteur [I LXIX] s'arrête donc un instant, avec nous, sur le point d'observation choisi. Nous attirons toute son attention sur ce millénaire qui a séparé les périodes pré-chrétienne et post-chrétienne par l'an Un de la Nativité. Cet événement – qu'il soit historiquement exact ou non – a été néanmoins employé comme un premier signal pour l'érection de remparts multiples, destinés à prévenir tout retour possible, et même tout coup d'œil en arrière vers les religions odieuses du Passé : religions haïes et craintes, parce qu'elles jettent une lumière trop vive sur l'interprétation nouvelle, et voilée à dessein, de ce qu'on  appelle aujourd'hui la "Nouvelle Dispensation".

Les efforts surhumains des premiers Pères de l'Eglise pour effacer la DOCTRINE SECRETE de la mémoire même de l'homme ont tous échoué. La Vérité ne peut être tuée ; c'est pour cela qu'ils n'ont pas réussi à balayer entièrement de la surface de la terre les vestiges de l'antique Sagesse, ni à garrotter et bâillonner tous ceux qui lui portaient témoignage. Que l'on pense seulement aux milliers, et peut-être aux millions de manuscrits brûlés, aux monuments réduits en poussière parce qu'ils portaient des inscriptions trop indiscrètes ou des peintures d'un symbolisme trop instructif aux bandes d'ermites et d'ascètes qui, de bonne heure, ont erré parmi les cités ruinées de la haute et basse Egypte, dans les déserts et les montagnes, dans les vallées et les hautes terres, cherchant anxieusement, pour les détruire, tout obélisque ou pilier, tout rouleau ou parchemin, portant le symbole du Tau, ou tout autre signe que la foi nouvelle avait emprunté et s'était approprié – et l'on verrait clairement comment il se fait qu'il soit resté si peu des archives du passé. En vérité, l'esprit démoniaque de fanatisme des premiers siècles et du moyen âge chrétiens et islamiques s'est complu à se confiner, dès le début, dans l'obscurité et l'ignorance, et a rendu "... le soleil comme du sang et fait de la terre une tombe, De la tombe un enfer, et de l'enfer une ombre plus profonde !"

Ces deux religions ont acquis leurs prosélytes à la pointe de l'épée ; toutes deux ont bâti leurs églises sur des hécatombes de victimes humaines entassées jusqu'au ciel. Sur la porte du premier siècle de notre ère brillaient ces mots fatals et sinistres : "LE KARMA  D'ISRAEL".  Sur  celle  du nôtre 123, le futur voyant pourra discerner d'autres mots, indiquant le Karma de l'HISTOIRE habilement inventée, des événements pervertis à dessein, des grands hommes calomniés par la postérité, broyés jusqu'à n'être plus reconnaissables entre les deux chars de Jagannâtha – la Bigoterie et le Matérialisme, [I LXX] l'un acceptant trop, l'autre niant tout. Sage est celui qui sait se tenir dans le milieu doré, confiant en l'éternelle justice des choses !

123 XIXème s.

 

D'après Faigi Dîwân, "témoin des discours merveilleux d'un libre penseur qui appartient à mille sectes :

"Au jour de la résurrection, quand seront pardonnées les choses passées, les péchés de la Ka'bah seront effacés grâce à la poussière des églises chrétiennes."

A quoi le professeur Max Müller réplique :

"Les péchés d'Islam n'ont pas plus de valeur que la poussière du Christianisme. Au jour de la résurrection, les mahométans, comme les chrétiens, verront la vanité de leurs doctrines religieuses. Sur la terre, les hommes se battent pour la religion au ciel, ils découvriront qu'il n'y a qu'une seule religion vraie : l'adoration de L'ESPRIT de Dieu 124."

124 Op. cit., p. 257.

 

En d'autres termes : "IL N'Y A PAS DE RELIGION [OU DE LOI] PLUS ELEVEE QUE LA VERITE." – (Satyât Nâsti Paro Dharmah) – suivant la devise des Mahârâjahs de Bénarès, adoptée par la Société Théosophique.

Nous avons dit dans la Préfaceque La Doctrine Secrèten'était pas une autre version d'Isis dévoilée, comme l'avait été notre première intention. C'est plutôt un ouvrage servant à expliquer l'œuvre précédente, un corollaire indispensable de cette dernière bien qu'indépendant d'elle. Plus d'une question présentée dans Isis ne pouvait guère être comprise par les Théosophes de cette époque ; La Doctrine Secrètejettera de la lumière sur bien des problèmes laissés sans solution dans le premier ouvrage, spécialement sur ses premières pages qui n'ont jamais été comprises.

N'ayant à nous occuper que des philosophies qui rentrent dans nos temps historiques, et du symbolisme respectif des nations disparues, nous ne pouvions, dans les deux volumes d'Isis, jeter qu'un rapide coup d'œil sur le panorama de l'Occultisme. Dans le présent ouvrage, nous donnons   une cosmogonie détaillée de l'évolution des quatre races humaines qui ont précédé l'Humanité de la Cinquième – la nôtre – et les  gros volumes actuels expliqueront ce qui est simplement déclaré à la première page d'Isis dévoilée et dans quelques allusions trouvées çà et là dans le livre. Nous ne pourrions, dans les présents volumes, entreprendre le vaste catalogue des Sciences archaïques, avant d'avoir déblayé les problèmes aussi colossaux que ceux de l'Evolution cosmique et planétaire, et du développement graduel des mystérieuses [I LXXI] humanités et races qui  ont précédé notre Humanité Adamique. Aussi, l'effort fait actuellement pour élucider quelques mystères de la Philosophie Esotérique n'a, en réalité, rien à faire avec l'ouvrage précédent. Que l'on permette à l'auteur de le prouver par un exemple.

Le premier volume d'Isis commence par une allusion à  "un vieux livre" :

 "Si vieux que nos antiquaires modernes pourraient indéfiniment méditer sur ses pages, sans pouvoir se mettre d'accord au sujet de la nature de ce tissu sur  quoi il est écrit. C'est la seule copie originale existant actuellement. Le plus ancien document Hébreu sur la science occulte – le Siphrah Dzéniutha – a été compilé d'après ce vieil ouvrage, et cela à une époque où il était déjà considéré comme une relique littéraire. Une de ses illustrations représente l'Essence Divine émanant d'ADAM 125 sous forme d'un arc lumineux formant un cercle ayant atteint le plus haut point de sa circonférence, la Gloire ineffable, il se replie et revient à la terre, apportant dans son tourbillon un type supérieur d'humanité. A mesure qu'elle se rapproche de notre planète, l'Emanation devient de plus en plus ténébreuse, et enfin, en touchant terre, elle est noire comme la nuit."

Ce très "vieux livre" est l'œuvre originale, d'après laquelle furent compilés les nombreux volumes de Kiu-ti. Non seulement ce dernier, ainsi que  le  Siphrah  Dzeniutha,  mais  encore  le  Sepher  Jezirah 126    –  que les Kabalistes hébreux attribuent à leur patriarche Abraham (!), le livre de Shu-King, Bible primitive de la Chine, les volumes sacrés du Thoth- Hermès Egyptien, les Pourânas de l'Inde, le Livre des Nombres Chaldéen et même le Pentateuque, sont tous dérivés de cet unique petit volume. La tradition dit qu'il fut écrit en Sen-zar, c'est-à-dire dans le  langage sacerdotal secret, sous la dictée des Etres Divins qui le révélèrent aux Fils de la Lumière, dans l'Asie Centrale, au commencement même de notre Cinquième Race car il fut un temps où ce langage (le Sen-zar) était connu des Initiés de toutes les nations, et [I LXXII] compris par les ancêtres des Toltèques aussi facilement que par les habitants de l'Atlantide disparue ; ces derniers le tenaient des sages de la Troisième Race des Mânoushis, qui l'avaient appris directement des Dévas de la Seconde et de la Première races. L'illustration dont il est parlé dans Isis a rapport à l'évolution de ces Races et à celle de notre humanité des Quatrième et Cinquième Races, dans le Manvantara ou "Ronde" de Vaivasvata. Chaque Ronde se compose des Yougas des sept périodes de l'Humanité, quatre desquelles sont maintenant passées dans notre cycle de vie, le point moyen de la Cinquième étant presque atteint. Cette figure est symbolique, comme on peut aisément le comprendre, et trouve son application dès le début. Le vieux livre, après avoir décrit l'Evolution Cosmique et expliqué l'origine de tout ce qu'il y a sur la terre, y compris l'homme physique, après avoir donné la véritable histoire des Races, de la Première à notre Cinquième, ne va pas plus loin. Il s'arrête court au commencement du Kali-Yuga, c'est-à- dire il y a quatre mille neuf cent quatre-vingt-neuf ans (en 1888), à la mort de Krishna le brillant Dieu-Soleil qui fut jadis un héros et réformateur vivant.

125 Ce nom est employé ici au sens du mot grec anqrwpoV.

126 Rabbi Jehoshua Ben Chananea, mort vers 72 ans avant Jésus-Christ, déclarait ouvertement qu'il avait accompli des "miracles" au moyen du livre du Sepher Jezirah, et défiait tous les sceptiques.

 

Mais il existe un autre livre. Aucun de ses possesseurs ne le regarde comme très ancien, car il date seulement du commencement de l'Age Noir, c'est-à-dire de cinq mille ans environ. Dans neuf ans, ou à peu  près, finiront donc les cinq premiers millénaires du cycle qui a commencé avec la grande période du Kali-Yuga 127. Et alors, la dernière prophétie contenue Franck, citant le Talmud babylonien, nomme deux autres thaumaturges, les Rabbis  Chanina et Oshoi (V. le Talmud de Jérusalem, Sanhedrin, ch. VII, etc., et Franck, Die Kabbala, pp. 55-56). Beaucoup d'occultistes, Alchimistes et Kabalistes du moyen âge prétendirent la même chose et le Mage moderne lui-même, feu Eliphas Lévi, l'affirme et l'écrit publiquement dans ses livres sur la Magie.

127 [H.P.B. écrivit dans le Vâhan, déc. 1890, p. 2, "... Si vous voulez réellement aider la noble cause, il faut le faire maintenant : car, dans quelques années vos efforts comme les nôtres seront vains... Nous sommes au milieu même des ténèbres Egyptiennes du Kali-Yuga, l'Age Noir, dont les 5.000 premières années, son premier cycle sombre, vont se fermer sur le monde entre 1897 et 1898. A moins que d'ici là, nous réussissions à placer la S.T. du bon côté du courant spirituel, elle sera balayée sans retour dans l'Abîme des Echecs, et les froides vagues de l'oubli se refermeront sur sa malheureuse tête ; ainsi aura péri sans gloire la seule association dont les buts, les règles et l'objet d'origine répondent dans le moindre détail – s'ils sont strictement appliqués – à la pensée fondamentale la plus intime de tout grand Adepte Réformateur, le beau rêve d'une FRATERNITE UNIVERSELLE DE L'HOMME." – Ed.]

 

Dans ce livre – le premier des Annales prophétiques de l'Age Noir – sera accomplie. Nous n'avons pas beaucoup à attendre, et plusieurs d'entre nous verront l'aurore du Cycle nouveau, à la fin duquel maint compte sera réglé et mis au net entre les races. Le second volume des prophéties est presque prêt, commencé à l'époque de Shankarâchârya, le grand successeur de Bouddha. [I LXXIII]

Il faut remarquer un autre point important que l'on rencontre dès le début de la série des preuves données en faveur de l'existence d'une Sagesse primordiale et universelle – point important, en particulier, pour les étudiants de la Kabale chrétienne. Les doctrines en étaient connues, en partie du moins, de plusieurs Pères de l'Eglise. L'on affirme, sur une base purement historique, qu'Origène, Synésius et même Clément d'Alexandrie avaient été initiés aux Mystères avant d'ajouter, sous un voile chrétien, le néoplatonisme des Gnostiques à celui de l'Ecole d'Alexandrie. Il y a plus. Quelques-unes des données des écoles secrètes, mais pas toutes, loin de là, furent conservées au Vatican et ont depuis été incorporées aux Mystères sous forme d'additions défigurées, ajoutées par l'Eglise Latine au programme chrétien primitif. Tel le dogme maintenant matérialisé de l'Immaculée Conception. Cela explique les grandes persécutions pratiquées par l'Eglise Catholique Romaine contre l'Occultisme, la Maçonnerie et le Mysticisme hétérodoxe, en général.

L'époque de Constantin fut le dernier tournant de l'histoire, la période de lutte suprême qui aboutit à l'étranglement des vieilles religions dans le monde occidental, en faveur de la religion nouvelle, bâtie sur leurs cadavres. Dès lors, les échappées sur l'antique Passé, sur les périodes précédant le Déluge et le Jardin de l'Eden, furent closes par tous les moyens, bons ou mauvais, et dérobées aux recherches indiscrètes de la postérité. Toutes les issues furent obstruées, toutes les annales sur lesquelles on put mettre la main furent détruites. Et pourtant, il  reste encore assez de ces annales pour nous autoriser à dire qu'elles contiennent toute   l'évidence   possible   de   l'existence   d'une   Doctrine-Mère.    Des fragments ont échappé aux cataclysmes géologiques et politiques, pour dire leur histoire, et tout ce qui a survécu prouve que la Sagesse, maintenant secrète, était jadis l'unique fontaine, la source incessante et inépuisable, à laquelle s'alimentaient tous ses ruisseaux – les religions postérieures de toutes les nations – de la première jusqu'à la dernière. Cette période, qui commence avec Bouddha et Pythagore et se termine avec les Néo-Platoniciens et les Gnostiques, est le seul foyer laissé dans l'histoire, vers lequel convergent, pour la dernière fois, sans être obscurcis par la main de la bigoterie et du fanatisme, les brillants rayons de lumière venus des Œons du temps passé.

Cela explique la nécessité où s'est trouvée constamment l'auteur de rendre compte des faits tirés du passé le plus vénérable en les appuyant sur des preuves empruntées à la période historique. Il n'y avait pas d'autre moyen à sa portée et elle court le risque d'être encore une fois accusée de manque [I LXXIV] de méthode et d'absence de système. Mais il faut que le public soit informé des efforts faits par nombre d'Adeptes mondiaux, nombre de poètes, d'auteurs et de classiques Initiés de tous les âges, pour préserver dans les annales de l'Humanité le souvenir, tout au moins, de l'existence d'une semblable Philosophie, sinon la connaissance de ses principes. Les initiés de 1888 seraient vraiment un mythe incompréhensible, un problème sans solution possible, s'il n'était prouvé que d'autres Initiés ont vécu à toutes les époques de l'histoire. Et l'on ne peut le prouver qu'en nommant le chapitre et la ligne des livres où il est parlé de ces grands personnages, lesquels ont été précédés et suivis d'une longue et interminable série d'autres fameux Maîtres ès arts, anté et post- diluviens. Ainsi seulement pourrait-on montrer, d'après ces témoignages semi-traditionnels, semi-historiques, que la connaissance de l'Occulte et les pouvoirs qu'elle confère à l'homme ne sont pas tout à fait des fictions, mais des faits aussi vieux que le monde.

A mes juges, passés ou futurs, je n'ai donc rien à dire, qu'ils soient de sérieux critiques littéraires ou de ces derviches hurleurs de la littérature qui jugent un livre d'après la popularité ou l'impopularité du nom de son auteur et qui, regardant à peine le contenu, s'attachent comme des bacilles aux points les plus faibles du corps. Je ne m'occuperai pas non plus des calomniateurs au cerveau fêlé – heureusement peu nombreux – qui, espérant attirer l'attention publique en jetant le discrédit sur tout écrivain dont le nom est mieux connu que le leur, écument et aboient après leur ombre même. Pendant des années d'abord, ils ont soutenu que les doctrines enseignées dans The Theosophist et exposées dans Le Bouddhisme ésotérique avaient été inventées par le présent auteur  maintenant, c'est autre chose, ils dénoncent  Isis  dévoilée  comme  un  plagiat  d'Eliphas Levi (!), de Paracelse (!), et, mirabile dictu, du Bouddhisme et du Brâhmanisme (!) Autant accuser Renan d'avoir volé sa Vie de Jésus dans l'Evangile, et Max Müller ses Livres sacrés de l'Orient ou ses Glanes dans les philosophies des Brâhmanes et de Gautama, le Bouddha. Mais au public, en général, et aux lecteurs de La Doctrine Secrète, en particulier, je puis répéter ce que j'ai toujours dit et que je répète en empruntant les paroles de Montaigne : "Messieurs, JE N'AI FAIT ICI QU'UN BOUQUET DE FLEURS CHOISIES, ET N'AI RIEN FOURNI DE MOI QUE LE

LIEN QUI LES ATTACHE." Coupez la "corde" ou effilochez-la, si bon vous semble. Quant aux FAITS – vous ne pourrez jamais les détruire. Vous pouvez les ignorer, rien de plus.

Nous pouvons terminer par un mot au sujet de ce premier volume. Dans l'Introduction d'un ouvrage qui traite surtout [I LXXV] de Cosmogonie, quelques-uns des points cités pourront paraître  déplacés, mais plusieurs raisons m'ont conduite à m'en occuper. Inévitablement, chaque lecteur jugera nos déclarations du point de vue de ses propres connaissances, de son expérience et de sa conscience, fondant son jugement sur ce qu'il a déjà appris. Nous sommes obligée de tenir constamment compte de ce fait ; de là, dans ce premier livre, les fréquentes allusions à des sujets qui, à proprement parler, appartiennent à une partie ultérieure de l'ouvrage, mais qui ne pourraient être passés sous silence, sans courir le risque de voir considérer l'œuvre comme un vrai conte de fée – la fiction d'un cerveau moderne.

Le Passé aidera à comprendre le Présent, et celui-ci à mieux apprécier le Passé. Les erreurs du jour doivent être expliquées et balayées. Pourtant, il est plus probable – il est certain, en l'occurrence – qu'une fois encore le témoignage des âges et de l'histoire ne laissera d'impression que sur les hommes fortement intuitifs – c'est-à-dire sur le très petit nombre. Mais, comme dans tous les cas analogues, les gens sincères pourront se consoler en présentant aux sceptiques Sadducéens modernes, le témoignage mathématique et historique de la permanence de l'obstination et de l'étroitesse de vue humaine. Il existe, dans les archives de l'Académie des Sciences de Paris, un célèbre travail sur les probabilités concluant à la formule suivante. Si deux personnes témoignent d'un fait, chacune lui communiquant ainsi 5/6 de certitude, le fait lui-même en possédera  35/36,

 c'est-à-dire que sa probabilité sera à son improbabilité dans le rapport de 35 à 1. – Si trois témoignages de ce genre sont réunis, la certitude deviendra 215/216. – L'accord de dix personnes donnant chacune 1/2 de certitude produira 1023/1024, etc. L'Occultiste peut se tenir pour satisfait et n'en pas demander davantage.

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