LA DOCTRINE SECRETE VOL 1 http://m-morya.com/la-doctrine-secrete-vol-1 Fri, 14 Dec 2018 17:43:48 +0000 Joomla! - Open Source Content Management fr-fr bon.christo@free.fr (MAITRE M) LA DOCTRINE SECRETE http://m-morya.com/la-doctrine-secrete-vol-1/109-la-doctrine-secrete http://m-morya.com/la-doctrine-secrete-vol-1/109-la-doctrine-secrete LA DOCTRINE SECRETE

 

SYNTHESE DE LA SCIENCE

 

DE LA RELIGION ET DE LA PHILOSOPHIE

 

  La traduction de cet ouvrage a été révisée d'après l'édition définitive de The Secret Doctrine, publiée en 1938 par Theosophical Publishing House Adyar, Madras (Inde).

La présente édition française comprend plusieurs préfaces, une courte biographie de H.P. Blavatsky et un chapitre sur la façon dont fut écrite la Doctrine Secrète. Ces textes ne figuraient pas dans les éditions précédentes.

 Sâtyat nâsti paro dharmah "Il n'y a pas de Religion supérieure à la vérité."

  

Je dédie  cet ouvrage

à tous les vrais Théosophes de tout pays

et de toute race.

Ce sont eux qui l'ont suscité, et c'est pour eux qu'il fut écrit.

 H.P. BLAVATSKY

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bon.christo@free.fr (Super User) LA DOCTRINE SECRETE VOL 1 Fri, 16 Jan 2015 18:30:03 +0000
LES SIX VOLUMES DE LA DOCTRINE SECRETE http://m-morya.com/la-doctrine-secrete-vol-1/111-les-six-volumes-de-la-doctrine-secrete http://m-morya.com/la-doctrine-secrete-vol-1/111-les-six-volumes-de-la-doctrine-secrete

LES SIX VOLUMES DE LA DOCTRINE SECRETE

 

L'œuvre entière comprend six volumes, dont nous donnons ci-dessous le sommaire.

VOLUME I : EVOLUTION COSMIQUE.

Les Stances du Livre de Dzyan. - Le Temps et le mental universel. - Les causes de l'Etre. - Les causes de l'Existence. - L'Unique Forme de l'Existence. - Alaya, l'Ame de l'Univers. Les Hiérarchies septénaires. - L'antiquité des sciences physiques. - Monades et Atomes. - Chimie occulte, etc…

 VOLUME II : L'EVOLUTION DU SYMBOLISME.

Symbolisme et Idéographie. - Le langage des mystères et ses clefs. - Substance primordiale et Pensée divine. - L'Œuf du Monde. - Jours et Nuits de Brama. - La Lune, le dieu Lunus, Phoebé. - La théologie des Dieux créateurs. - Les quatre éléments. - Sur la Science occulte et la Science moderne : Vie, force ou gravitation. - Les éléments et les atomes. - Evolution cyclique et Karma. - Le Zodiaque et son antiquité.

VOLUME III : ANTHROPOGENESE.

Notes préliminaires sur les stances archaïques et les quatre continents préhistoriques. - Le commencement de la Vie. - Création des premières races. - Des races semi-divines aux premières races humaines. - Evolution des animaux. - La première chute. - Evolution finale de l'homme. - La cinquième race et ses divins instructeurs.

 VOLUME IV: SYMBOLISME ARCHAIQUE DES RELIGIONS DU MONDE.

Principes ésotériques corroborés dans chaque Ecriture. - Adam-Adami. - La légende des anges déchus. - Le titan Prométhée. - Le symbolisme des noms mystérieux d'Iao et de Jéhovah. La croix et la décade de Pythagore. - Les mystères du septénaire.

VOLUME V : MISCELLANEES.

Origine de la magie. -, Le secret des initiés. - Quelques raisons du secret. - Dangers de la magie pratique. - Doctrines hermétiques et cabalistiques. - Appolonius de Tyane. - Magie Egyptienne. - L'Epreuve de l'initié solaire. - Le dernier des mystères en Europe.

 VOLUME VI : MISCELLANEES.

Symbolisme du Soleil et des Etoiles. - Astrologie et Astrolâtrie. - Cycles et Avatars. - Cycles secrets. - La Doctrine des Avatars. - Les sept principes. - Le mystère de Bouddha. - Nirvâna. - Moksha, etc.

 

H. P. BLAVATSKY

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bon.christo@free.fr (Super User) LA DOCTRINE SECRETE VOL 1 Fri, 16 Jan 2015 18:32:26 +0000
PREFACE DE LA PREMIERE EDITION http://m-morya.com/la-doctrine-secrete-vol-1/112-preface-de-la-premiere-edition http://m-morya.com/la-doctrine-secrete-vol-1/112-preface-de-la-premiere-edition LA DOCTRINE SECRETE

— VOLUME I

Synthèse de la Science, de la Religion et de la Philosophie

H. P. BLAVATSKY

COSMOGENESE

 PREMIERE PARTIE

EVOLUTION COSMIQUE

STANCES DE DZYAN

 

 

PREFACE DE LA PREMIERE EDITION

 

L'auteur – ou plutôt celle qui écrit – sent qu'il lui est nécessaire de présenter des excuses pour le long retard qui s'est produit avant la publication de cet ouvrage. Les raisons en ont été des troubles de santé et l'ampleur de l'entreprise. Et les deux volumes actuellement publiés n'épuisent pas le plan, ni ne traitent de façon exhaustive les sujets qu'ils abordent. D'abondantes matières sont déjà préparées parlant de l'histoire de l'occultisme, telle qu'elle se trouve dans les vies des Grands Adeptes de la Race Aryenne, et montrant les répercussions de la philosophie occulte sur la conduite de la vie telle qu'elle est et telle qu'elle devrait être. Si les volumes actuels rencontrent un accueil favorable, aucun effort ne sera épargné pour mener à bien le plan de l'ouvrage dans sa totalité. Le troisième volume est entièrement prêt et le quatrième l'est presque.

Ce plan, il faut le préciser, n'était pas envisagé quand on a fait la première annonce que ce livre était en préparation. Tout d'abord, on comptait que LA DOCTRINE SECRETE serait une version amendée et augmentée "d'Isis Dévoilée". On trouva cependant très vite que les explications qui pourraient être ajoutées à celles qui avaient été, déjà présentées au monde par le premier livre et d'autres ouvrages traitant de la science ésotérique, étaient d'une nature qui exigeait une autre façon de procéder et, en conséquence, les volumes actuels ne contiennent, en tout, pas même vingt pages extraites "d'Isis Dévoilée".

L'auteur ne croit pas devoir demander l'indulgence de ses lecteurs ou critiques pour les nombreuses fautes de style, et l'anglais imparfait qu'on pourra trouver dans ces pages. Elle est étrangère et sa connaissance de la langue ne lui vint que tardivement. Elle emploie l'anglais parce qu'il est le moyen le plus diffusé pour répandre les vérités qu'il est de son devoir de présenter au monde.

Ces vérités ne sont nullement présentées comme une révélation et l'auteur n'a pas de prétention à être un révélateur de la science mystique qui est maintenant rendue publique pour la première fois dans l'histoire du monde. Car ce que contient cet ouvrage se trouve dispersé dans  des milliers de volumes incorporant les Ecritures des grandes religions asiatiques [I X] et des débuts des religions d'Europe, cachés sous glyphes ou symboles, et jusqu'ici passé inaperçu à cause de ce voile. Ce qu'on essaye maintenant, c'est de rassembler les données les plus anciennes et d'en faire un tout harmonieux et cohérent. Le seul avantage que l'auteur ait sur ses prédécesseurs est de n'avoir pas besoin de recourir à la spéculation et aux théories personnelles. Car cet ouvrage est une déclaration partielle de ce qui lui a été enseigné par des étudiants plus avancés, augmentée seulement pour quelques petits détails des résultats de ses propres études et observations. La publication de beaucoup des faits ici exposés a été rendue nécessaire par les spéculations téméraires et fantaisistes auxquelles beaucoup de Théosophes et étudiants du Mysticisme se sont livrés, ces dernières années, dans leur effort, tel qu'ils l'imaginaient, pour édifier un système de pensée complet d'après les quelques faits communiqués antérieurement.

Il est inutile d'expliquer que ce livre n'est pas la Doctrine Secrète dans sa totalité, mais un nombre de fragments choisis dans ses données fondamentales, une attention spéciale étant apportée à quelques faits dont certains écrivains se sont emparés et les ont déformés hors de toute ressemblance avec la vérité.

Mais il est peut-être souhaitable de déclarer sans aucune équivoque que ces enseignements, si fragmentaires et incomplets contenus dans ces volumes, n'appartiennent pas en exclusivité aux religions Hindoue, Zoroastrienne, Chaldéenne, ni Egyptienne pas plus qu'au Bouddhisme, à l'Islam, au Judaïsme on au Christianisme. La Doctrine Secrète en est l'essence à tous. Les divers systèmes religieux qui en ont jailli  à leur origine sont maintenant appelés à se replonger dans leur élément originel d'où s'est développé tout mystère et tout dogme, en s'étendant et en se matérialisant.

Il est plus que probable que ce livre sera regardé par une grande partie du public comme un roman de l'espèce la plus fantastique car, qui a jamais entendu même parler du livre de Dzyan ?

L'auteur est donc pleinement préparée à prendre toute la responsabilité de ce qui est contenu dans ce livre et à être accusée d'avoir inventé le  tout.

Elle est pleinement consciente de ses nombreuses insuffisances tout ce qu'elle réclame pour cet ouvrage, c'est que, si romancé qu'il puisse sembler à beaucoup, sa cohérence et sa consistance logiques donnent droit à cette nouvelle Genèse de se ranger tout an moins au niveau des "hypothèses de travail" si librement acceptées par la Science Moderne. De plus, elle demande qu'on la considère, non en vertu d'un appel à une autorité dogmatique, [I XI] mais parce qu'il adhère étroitement à la nature et se conforme aux lois de l'uniformité et de l'analogie.

Le but de cet ouvrage peut être ainsi défini : montrer que la Nature n'est pas "un concours fortuit d'atomes", et assigner à l'homme sa place réelle dans le plan de l'Univers sauver de la dégradation les vérités archaïques qui sont la base de toutes les religions découvrir jusqu'à un certain point, l'unité fondamentale dont toutes ont jailli et finalement montrer que le côté Occulte de la Nature n'a jamais été considéré par la Science de la civilisation moderne.

Si ces choses sont accomplies, si peu que ce soit, l'auteur est satisfait. Ce livre est écrit pour le service de l'humanité et c'est à l'humanité et aux générations futures qu'il appartient de le juger. Son auteur ne reconnaît la validité d'aucun tribunal de rang moindre. Elle est habituée à l'injure, la calomnie, elle la subit chaque jour ; les attaques ne tirent d'elle qu'un sourire silencieux et méprisant.

De minimis non curat lex.

H.P.B.

Londres, octobre 1888.

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bon.christo@free.fr (Super User) LA DOCTRINE SECRETE VOL 1 Fri, 16 Jan 2015 18:33:17 +0000
PREFACE A LA TROISIEME EDITION http://m-morya.com/la-doctrine-secrete-vol-1/113-preface-a-la-troisieme-edition http://m-morya.com/la-doctrine-secrete-vol-1/113-preface-a-la-troisieme-edition PREFACE A LA TROISIEME EDITION

 

En préparant cette édition pour l'imprimeur, nous avons cherché à corriger des points de détails mineurs dans la forme littéraire, sans toucher du tout aux matières plus importantes. Si H.P.B. avait vécu pour publier cette nouvelle édition, elle l'aurait sans aucun doute corrigée et considérablement augmentée. Que cela ne soit pas fait est une des pertes mineures que nous cause la perte majeure que nous avons subie.

Des phrases maladroites, dues à une connaissance imparfaite de l'anglais ont été corrigées la plupart des citations ont été vérifiées et les références exactes données – ce qui a impliqué un lourd travail, car les références des précédentes éditions étaient souvent imprécises ;  un système uniforme de translittération des mots sanscrits a été adopté. Rejetant le système le plus courant chez les orientalistes d'Occident – système pouvant dérouter le lecteur non spécialiste – nous avons donné aux consonnes qui n'existent pas dans l'alphabet anglais des combinaisons qui expriment à peu près leur valeur phonétique et nous avons aussi marqué la quantité – lorsqu'il y a lieu – sur les voyelles. Il nous est arrivé, dans un petit nombre de cas, d'incorporer des notes aux textes, mais cela n'a été fait qu'avec grande réserve dans les seuls cas où il était évident qu'elles en faisaient partie.

Nous avons ajouté un index copieux, pour aider les étudiants et l'avons relié séparément, afin qu'il soit plus facile à consulter. Pour la lourde tâche qu'il a nécessitée, nous, et tous les étudiants avec nous, sommes les débiteurs de M. A.J. Faulding.

Annie BESANT.

G.R.S. MEAD. Londres, 1893.

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bon.christo@free.fr (Super User) LA DOCTRINE SECRETE VOL 1 Fri, 16 Jan 2015 18:33:57 +0000
PREFACE A LA QUATRIEME EDITION (Adyar) DE LA DOCTRINE SECRETE http://m-morya.com/la-doctrine-secrete-vol-1/114-preface-a-la-quatrieme-edition-adyar-de-la-doctrine-secrete http://m-morya.com/la-doctrine-secrete-vol-1/114-preface-a-la-quatrieme-edition-adyar-de-la-doctrine-secrete

PREFACE A LA QUATRIEME EDITION (Adyar) DE LA DOCTRINE SECRETE

 

Il est satisfaisant que le cinquantième anniversaire de la publication de LA DOCTRINE SECRETE soit marqué par la publication à Adyar d'une édition complète accessible au public en général, en six tomes maniables, à des conditions très avantageuses, en fait, au prix de revient.

Pour avoir rendu possible cette édition, et pour des projets d'autres publications de littérature théosophique classique, nous devons remercier The Blavatsky Foundation, organisation vouée à la diffusion des grands enseignements théosophiques sous une forme aussi accessible  que possible. Ce n'est qu'à Adyar qu'une telle édition de LA DOCTRINE SECRETE pouvait être préparée, car elle a non seulement demandé les soins qualifiés de membres très compétents en Théosophie et en histoire de la Société Théosophique, mais encore plus la possibilité de consulter constamment les Archives de la Société qui, seules, contiennent les documents originaux pour collationner le texte imprimé avec les manuscrits et pour assurer la mise au point d'une édition aussi conforme que possible aux intentions originales de H.P. Blavatsky.

Aucune édition ne pourrait en aucun cas être complète sans qu'y soit inclus ce qu'on appelle le troisième volume 1 et que certains ont, à tort, considéré comme ne faisant pas partie du travail personnel de H.P. Blavatsky. Il y a une évidence interne convenable que ce troisième volume est constitué par une masse de matières qu'elle avait assemblée en vue de publications à venir, et à Adyar nous avons la copie du manuscrit original, de la main de la Comtesse Wachtmeister, et peut-être d'autres personnes.

Pour faciliter l'étude de cette œuvre monumentale, nous avons ajouté les éléments suivants :

1 Tomes V et VI des Editions Françaises. (N. du T.)

 

-                Comment LA DOCTRINE SECRETE a été écrite, compilation d'après les archives et documents ;

-                H.P. BLAVATSKY, esquisse, de sa vie ; [I XIV]

-                Un Court Glossaire a été ajouté à l'Index ;

-                Les Index ont été révisés et un nouvel index tout à fait nouveau a été compilé pour le cinquième volume de la nouvelle édition ;

-                A chaque volume, les noms d'un certain nombre d'ouvrages de références scientifiques et autres ont été ajoutés.

Je suis très privilégié que le terme de mon mandat de Président soit marqué par la re-publication de la plus importante révélation de la Sagesse Eternelle existant dans le monde moderne, et à sa disposition, et j'exprime ma gratitude à tous ceux qui ont rendu cette publication possible. Tout d'abord,  je  veux  remercier  Mme   Joséphine  Ransom,  qui  a  étudié    LA DOCTRINE SECRETE avec tant de pénétration et s'est acquis de l'autorité en la matière, de s'être consacrée entièrement à la surveillance de la nouvelle édition depuis déjà beaucoup de temps. Cette édition aurait été impossible sans elle. A chaque étape, elle a examiné avec un soin scrupuleux les moindres détails afin que chaque mot de chaque page soit aussi fidèle que possible à son grand auteur. Mrs Ransom a, en particulier, réussi à fusionner en une seule, les éditions de 1888 et de 1893, si bien que rien n'est perdu de l'édition de 1888, quoique la facilité de lecture qui constitue la principale différence entre les deux éditions, telles que modifications grammaticales ou typographiques y soient fidèlement incorporées dans l'Edition d'Adyar. Cette édition constitue donc, en vérité, deux éditions en une.

Nous n'aurions pas rempli notre devoir envers les étudiants de LA DOCTRINE SECRETE si nous avions méconnu le dévouement érudit de deux des principaux élèves de H.P. Blavatsky : Annie Besant et G.R.S. Mead.

Un grand nombre d'étudiants ont aidé Mme Ransom dans son travail lourd de responsabilité et c'est très cordialement que nous les remercions tous.

Pour la préparation générale et la correction des épreuves, Mme Ransom avait la direction. Elle a été aidée par M. A.J. Harmester et M. Sidney Ransom pour la préparation. La charge de corriger des épreuves a surtout pesé sur les épaules de Mlle  Ethelwyn M. Amery, aidée de quelques volontaires. M Rohit Mehta a apporté une aide érudite pour préparer le nouvel Index, ce qui impliquait une, pesante et fastidieuse tâche. Les recherches ont été faites par Mlle G. Watkin, bibliothécaire de la Bibliothèque d'Adyar par les Pandits de cette Bibliothèque spécialement pour le Sanscrit, le Tibétain et le Chinois et par divers amis d'ici ou de l'étranger, pour [I XV] les textes Grecs, Latins ou Hébreux. M. Hirendranath Dalta, Vice-Président de la Société Théosophique, a donné une précieuse collaboration en ce qui concerne la Philosophie Hindoue et je dois aussi remercier plusieurs membres de la Société Théosophique d'Angleterre pour avoir vérifié des références à des ouvrages anciens absents de la Bibliothèque d'Adyar, et aussi pour des  ouvrages scientifiques modernes.

La partie plus spécialement administrative de la publication de cette nouvelle édition a été assumée avec habileté par M. H.J.Nt. van de Poll, Directeur honoraire de The Theosophical Publishing House d'Adyar, et par M. C. Subbarayudu, Directeur de The Vedanta Press d'Adyar.

C'est ainsi que nous avons entrepris, au Quartier Général de la Société Théosophique, foyer même de H.P. Blavatsky, encore imprégné de la puissante atmosphère qu'elle a créé et possédant tant de documents de ses travaux, la réincarnation de cette forte impulsion spirituelle qui était l'activité créatrice des deux Fondateurs Intérieurs de la Société Théosophique et de leur principal agent dans le monde extérieur, et qui prit, en 1888, la forme de LA DOCTRINE SECRETE. Dans l'Esprit du Second Logos, ils créèrent en 1875 la forme – la Société Théosophique. Dans l'esprit du Troisième Logos, ils donnèrent en 1888 la vie : LA DOCTRINE SECRETE.

En 1893, cette vie fut renouvelée. En 1938, elle l'est encore une fois. Ainsi  H.P.  Blavatsky  reste  pour  toujours  la  donatrice    originelle, dirigée par les Fondateurs Intérieurs, de la vie qui, un jour, donnera plénitude et santé au monde nouveau.

En tant que messagère, elle a subi la persécution et a été vilipendée. Mais le jour viendra où elle sera reconnue pour ce qu'elle est réellement, celle qui a apporté la Lumière à l'âge nouveau.

George S. ARUNDALE,

Président de la Société Théosophique.

Adyar, 1938.

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bon.christo@free.fr (Super User) LA DOCTRINE SECRETE VOL 1 Fri, 16 Jan 2015 18:34:34 +0000
ESQUISSE DE LA VIE DE H.P. BLAVATSKY http://m-morya.com/la-doctrine-secrete-vol-1/115-esquisse-de-la-vie-de-h-p-blavatsky http://m-morya.com/la-doctrine-secrete-vol-1/115-esquisse-de-la-vie-de-h-p-blavatsky

ESQUISSE DE LA VIE DE H.P. BLAVATSKY

 

Héléna Petrovna Blavatsky fut une des personnalités mondiales les plus frappantes du dernier quart du XIXème siècle. Elle était un tel cyclone, un tel défi aux orthodoxies – qu'elles soient Religieuses, Scientifiques, Philosophiques ou Psychologiques, qu'on ne pouvait l'ignorer. Elle était une véritable iconoclaste, taillant en pièces les oripeaux qui dérobaient le Réel à la vue. Mais, comme la majorité s'attachait aux oripeaux de convention et méconnaissait le Réel, elle s'en prit à H.P.B. et la calomnia à cause de son courage audacieux, qui lui fit dévoiler ce qu'il semblait blasphématoire de révéler. Lentement, mais sûrement, les ans qui passent la justifient. Si injuriée qu'elle ait été, elle était satisfaite de travailler "au service de l'humanité" et montrait sa sagesse en laissant à des générations à venir le soin de juger de sa magnifique valeur 2.

2 Voir la préface de H.P.B, à l'Edition de 1898, reproduite dans le présent volume.

Héléna Petrovna Hahn naquit prématurément à minuit entre le 30 et le 31 juillet 1831 (12 août du calendrier russe) à Ekaterinoslav, province du même nom, en Russie du Sud. Tant d'étranges incidents se produisirent  à sa naissance et à son baptême que les serviteurs russes lui prédirent une vie agitée.

Héléna était une enfant volontaire, née d'une longue lignée d'hommes et de femmes impérieux et puissants. L'histoire de ses ancêtres se confond avec celle de la Russie. Il y a des siècles, des Slaves nomades erraient dans l'Europe centrale et orientale. Ils avaient leurs propres formes de gouvernement, mais lorsqu'ils s'établirent à Novgorod ils furent déchirés par des rivalités qu'ils ne purent réduire par eux-mêmes. Ils demandèrent l'aide de Rurik qui était, en 862 de notre ère, le chef d'une des bandes errantes de "Russ" Nordmans ou Scandinaves, à la recherche de marchés et de puissance. Rurik vint édifier à Novgorod le premier gouvernement civil, centre opulent de commerce entre l'Est et l'Ouest. Il en fut le premier prince et régna quinze ans. De son vivant, son fils Igor et son neveu Oleg consolidèrent son pouvoir à l'Ouest et au Sud. Kief devint une grande [I XVII] principauté, et celui qui y régnait était le souverain virtuel de la Russie. Au cours des siècles, les descendants de Rurik étendirent leurs conquêtes et leur autorité dans tout le pays. Wladimir 1er  († 1015)  adopta le Christianisme comme religion de son peuple, et le  prétendu "Paganisme" s'éteignit. Yaroslav le Sage († 1034) formula des codes et  les "Droits Russes". Le sixième fils de Wladimir II (1.113-25) était Yuri à la longue main, celui qui saisit, ou "dolgorouki". Cette appellation devint le nom de famille. Yuri fonda Moscou, et de lui sortirent les puissants Grands-Ducs qui régnèrent et se combattirent avec rage. Les hordes Mongoles, en 1224, tirèrent avantage des divisions et dominèrent les groupes turbulents, tous jaloux de la puissance et de la position des autres. Mais Ivan III, nu Dolgorouki, rejeta, en 1480, le joug Mongol et Ivan IV exigea d'être couronné Tsar en s'emparant de l'autorité suprême. La longue et brillante dynastie des Dolgorouki s'éteignit avec son fils. Mais la famille continua à dominer sous les Romanoff, jusqu'au jour où la Branche "aînée" des  Dolgorouki,  dont  les  Tsars  Romanoff  étaient  regardés  comme    la branche cadette, s'éteignit en la personne de la grand-mère de Mme Blavatsky,  la  Princesse  très  douée  et  érudite  Héléna  Dolgorouki, qui épousa André Mikaelovitch Fadéef.

La famille d'Hélène était donc au premier plan en Russie, ayant à soutenir rang et tradition, et connue dans toute l'Europe. Héléna était une rebelle et depuis son enfance tournait constamment les conventions en dérision elle avait pourtant soin d'éviter que ses actes affectent sa famille ou portent atteinte à son honneur. Son père, le capitaine Peter Hahn, descendait d'une lignée de vieux croisés Mecklembourgeois, les Rottenstern Hahn. La mère, douée d'un talent littéraire plein de finesse, était morte lorsque Héléna n'avait encore que onze ans ; son enfance se passa chez les grands-parents Fadéef, dans une immense propriété de Saratov qui abritait de nombreux membres de la famille et beaucoup de serviteurs, le grand-père Fadéef étant Gouverneur de la province de Saratov.

La nature d'Hélène était fortement marquée d'une aptitude psychique innée, à tel point que c'était sa caractéristique la plus évidente. Elle prétendait communiquer avec les habitants de mondes autres et plus subtils, que les hommes d'ordinaire ne voyaient pas, ainsi qu'avec des êtres humains dits "morts" et elle en donnait la preuve. Cette aptitude naturelle fut l'objet d'un entraînement et d'un développement qui dura toute sa vie. Son éducation fut influencée par la situation mondaine de sa famille et par les éléments de culture qui prévalaient alors. C'est-à-dire qu'elle parlait plusieurs [I XVIII] langues et était très habile musicienne ; sa grand-mère, très instruite, y ajouta un sens scientifique et de l'expérience, et elle avait sa part des dons littéraires qui semblaient fréquents dans sa famille.

En 1848, à dix-sept ans, Héléna épousa le vieux général Nicéphore V. Blavatsky, Gouverneur de la province d'Erivan. Plusieurs récits ont été faits sur la raison de ce mariage mais elle témoigna dès le début à quel point ce mariage lui déplaisait. Au bout de trois mois, elle  s'enfuit, retourna à sa famille qui l'envoya chez son père. Craignant  d'être contrainte de retourner vers le général Blavatsky, elle faussa compagnie en route, et commença une vie d'errance et d'aventures qui dura cinq années. Son père restait en rapport avec elle et lui envoyait des fonds. Il semble qu'elle resta assez longtemps hors de Russie pour que sa séparation d'avec son mari devint légale.

En 1851, Héléna – maintenant Mme Blavatsky ou H.P.B. – rencontra pour la première fois physiquement le Frère Aîné ou Adepte, qui avait toujours été son protecteur, la préservant de tout danger grave au cours de ses plus osées escapades puériles. Dès lors, et à jamais, elle devint sans réserve Son disciple, pleinement sensible à chacune de Ses indications ou ordres. Sous Sa direction, elle apprit à contrôler et â diriger les forces auxquelles elle était soumise du fait de sa nature particulière. Elle traversa des expériences d'une extraordinaire variété dans le domaine de la "magie" ou de l'occultisme. Elle apprit à transmettre des messages de ses Instructeurs aux destinataires et, chemin faisant, à braver le danger et l'incompréhension. Suivre ses déplacements pendant ces années, c'est marcher à sa suite dans le monde entier. Pendant un certain temps, elle séjourna dans l'Himalaya, étudiant dans les monastères où sont conservés les enseignements de certains des plus savants Instructeurs  Spirituels passés du monde. Elle étudia la Vie et les Lois des mondes intérieurs, et les règles qu'il faut observer pour avoir la possibilité d'y atteindre. En témoignage de cette période de son éducation occulte,  elle nous a laissé une exquise traduction des axiomes spirituels de La Voix du Silence.

En 1873, H.P. Blavatsky se rendit aux Etats-Unis d'Amérique pour faire le travail en vue duquel elle avait subi cet entraînement. Pour quelqu'un qui n'aurait pas eu son courage, la chose aurait pu paraître impossible. Femme russe inconnue, elle se lança dans le  mouvement spirite qui agitait alors si fortement l'Amérique et d'autres pays à un moindre  degré.  Les  esprits  scientifiques  avaient  un  grand  désir de découvrir la signification de ces étranges phénomènes et  [I XIX] trouvaient malaisé de se frayer un chemin dans la masse de fraude et de tromperie jusqu'à la vérité. De deux façons, H.P. Blavatsky essaya de faire voir l'explication qui y conduirait : 1° en faisant la démonstration pratique de ses propres pouvoirs ; 2° en déclarant qu'il y avait un savoir antique concernant les lois les plus profondes de la vie, étudié et conservé par ceux qui pouvaient les utiliser en sécurité et pour de bonnes causes des gens qui, dans leurs degrés supérieurs, étaient appelés des "Maîtres" bien  que d'autres titres leur soit aussi donnés : Adeptes, Chohans, Frères Aînés, la Hiérarchie Occulte, et ainsi de suite.

Pour donner corps à ses déclarations, H.P.B. écrivit en 1877 Isis dévoilée et, en 1888, LA DOCTRINE SECRETE, toutes deux "données" par les Maîtres. Dans Isis dévoilée, elle brandit courageusement  les preuves qu'elle avait assemblées dans les Ecritures mondiales et autres archives, devant le visage de l'orthodoxie religieuse, du matérialisme scientifique, de la foi aveugle, du scepticisme et de l'ignorance. Elle rencontra le mépris, mais la pensée du monde en fut affectée et éclairée.

Lorsque H.P.B. fut "envoyée" aux Etats-Unis, une de ses plus importantes tâches fut de former une Société qui, lors de sa fondation, fut nommée LA SOCIETE THEOSOPHIQUE, "pour rassembler et diffuser la connaissance des Lois qui gouvernent l'Univers 3. La Société faisait appel à la collaboration fraternelle de ceux qui peuvent comprendre l'importance de son champ de travail, et qui sont en sympathie avec les buts pour lesquels elle a été organisée" 4. Cette "fraternelle collaboration" devint le premier des Trois Buts du travail de la Société qui, depuis bien des années, ont été délimités comme suit :

Premier : Former un noyau de la Fraternité universelle de l'Humanité sans distinction de race, croyance, sexe, caste ou couleur ;

Deuxième :  Encourager l'étude comparée des Religions, des Philosophies et des Sciences ;

Troisième : Explorer les lois inexpliquées de la Nature et les pouvoirs latents en l'homme.

  3 Premier règlement, Chap. 11.

4 Premier préambule.

Mme Blavatsky reçut l'ordre d'amener le Colonel Henry Steel Olcott à s'associer à elle pour former la Société. C'était un homme considéré et bien connu dans la vie publique [I XX] d'Amérique. Tout comme H.P.B., il a tout sacrifié pour accomplir la tâche qui lui avait été confiée par les Maîtres.

Ils se rendirent en Inde en 1879 et c'est là qu'ils posèrent les premières fondations solides de leur œuvre. La Société se répandit rapidement d'un pays à l'autre, supportée avec vigueur par des hommes et des femmes convaincus par son attitude de service de l'humanité, sa largeur de vues, la logique et la clarté de sa philosophie et l'inspiration de sa direction spirituelle. H.P.B. fut chargée par les Maîtres de la responsabilité de répandre LA DOCTRINE SECRETE ou Théosophie dans le monde – avant tout, c'était un instructeur. La tâche d'organiser la Société revint au Colonel Olcott, et il le fit avec un succès éclatant. Naturellement, ces deux pionniers   rencontrèrent   opposition   et   incompréhension,  spécialement H.P.B.     Mais elle était préparée à tous les sacrifices. Comme elle l'écrivit dans la Préface de LA DOCTRINE SECRETE : "elle est habituée aux injures la calomnie est son lot quotidien les propos médisants la font sourire dans un mépris silencieux".

La période la plus brillante et la plus efficace de la vie d'H.P.B. fut peut-être celle qu'elle passa en Angleterre de 1887 à 1891. Les effets de l'injuste Rapport de la Société des recherches Psychiques de Londres en 1885, à propos de ses phénomènes, joints aux attaques des Missionnaires chrétiens en Inde s'étaient jusqu'à un certain point apaisés. Elle ajouta l'entraînement et l'instruction d'élèves chargés de poursuivre son œuvre, à un travail incessant d'écrivain et à une abondante correspondance. C'est à cette fin qu'elle organisa, avec la sanction officielle du Président (Colonel Olcott), la Section Esotérique de la Société Théosophique. En 1890, plus de mille membres dans de nombreux pays recevaient ses directives.

LA DOCTRINE SECRETE est décrite par son titre.  Elle présente "non la Doctrine Secrète dans sa totalité, mais un nombre choisi de fragments de ses données fondamentales".

 Elle indique que, par la comparaison des Cosmogénèses des anciens, une perception des véritables Universaux peut être acquise ;

  1. Elle donne l'indice pour retrouver l'histoire authentique des races de l'humanité ;
  2. Elle soulève le voile de l'allégorie et du symbolisme pour révéler la beauté de la Vérité ;
  3. Elle présente à l'intellect avide, à l'intuition, et aux perceptions spirituelles, les "secrets" scientifiques de l'Univers. Ils restent pourtant des secrets tant qu'ils n'ont pas été pleinement assimilés et compris.

H.P.B. mourut le 8 mai 1891 et laissa à la postérité un grand héritage de certaines des pensées les plus belles qui [I XXI] aient jamais  été offertes au monde. Elle ouvrit les portes longtemps fermées des mystères ; elle révéla une fois de plus la vérité sur l'Homme et la Nature ; elle apporta le témoignage de la présence sur Terre de la "Hiérarchie Occulte" qui garde et guide le monde. Elle est honorée par des milliers de gens, car elle a été, et elle est, un phare éclairant le sentier vers les hauteurs que tous doivent un jour gravir.

Joséphine RANSOM.

Adyar, 1938.

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bon.christo@free.fr (Super User) LA DOCTRINE SECRETE VOL 1 Fri, 16 Jan 2015 18:35:13 +0000
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COMMENT FUT ECRITE LA DOCTRINE SECRETE

 

1879. – H.P. Blavatsky commença à "défricher le sol en vue de son nouveau livre", le vendredi 23 mai 18795. Le Colonel Olcott "donna à H.P.B. le squelette d'un livre contenant des idées à l'état brut, telles qu'elles se présentaient à quelqu'un qui ne devait pas en être l'auteur" 6. Le 25 mai, il "aida H.P.B. pour la Préface d'un nouveau livre" 7, et le mercredi 4 juin il "aida H.P.B. à finir la Préface..." 8. Pendant plusieurs années, rien de plus ne fut fait, car H.P.B. et le Colonel Olcott étaient beaucoup trop occupés par l'établissement de la Société Théosophique, leur activité personnelle dans l'Inde, la publication de The Theosophist et une abondante correspondance.

5 Journal du Colonel Olcott.

6 Ibid., 24 mai.

7 Ibid.

8 Ibid. Voir aussi Histoire Authentique de la Société Théosophique.

1884. – Dans The Theosophist, supplément de janvier, parut une annonce de LA DOCTRINE SECRETE, nouvelle version d'Isis dévoilée. L'annonce disait que : "De nombreuses et urgentes demandes étaient venues de toutes les parties de l'Inde, d'établir un projet permettant de mettre à la disposition de ceux qui n'avaient pas les moyens d'acheter en une fois un livre aussi cher, les questions traitées dans Isis dévoilée. D'autre part, beaucoup de personnes trouvant que les contours de la doctrine ainsi donnée étaient trop flous réclamaient "plus de lumière" et, comprenant fatalement de manière erronée les enseignements, pensaient à tort qu'ils étaient en contradiction avec des révélations ultérieures, qui – en bien des cas – avaient été tout à fait mal saisies. Aussi l'auteur, conseillée par ses amis, se propose de faire paraître son ouvrage sous une forme plus claire et meilleure, en des cahiers mensuels. Tout ce qui est important dans Isis pour une compréhension totale des sujets occultes et autres sujets philosophiques qui y sont traités, sera retenu, mais avec un regroupement des textes, rapprochant autant que faire se peut, les matières se rapportant à chaque sujet... Beaucoup de renseignements supplémentaires sur des sujets occultes, [I XXIII] qu'il n'était pas souhaitable de mettre sous les yeux  du public lors de la première version de l'ouvrage, mais pour lesquels le terrain a été déblayé durant les huit années écoulées, spécialement par la publication du "Monde Occulte" et du "Bouddhisme Esotérique" et autres ouvrages théosophiques, ces renseignements donc, seront donnés maintenant. Des indications s'y trouvent aussi qui jetteront de la lumière sur beaucoup des enseignements jusqu'ici mal compris  que  l'on trouve dans les ouvrages susdits... On compte que chaque cahier comptera soixante-dix-sept pages en Royal (ou vingt-cinq pages de plus que chacun des vingt-quatre cahiers de l'ouvrage original)... et que ce sera achevé en deux ans environ". Le premier cahier devait sortir le 15 mars.

Mme Blavatsky écrivit à M. A.P. Sinett au début de cette année que, bien qu'il ait donné dans "Le Bouddhisme Esotérique" (1883) "des miettes des doctrines occultes authentiques", ce n'étaient pourtant que des "fragments" et ne devaient pas être confondues avec la "totalité". Quoique très malade, elle "devait maintenant veiller pendant des nuits pour récrire tout Isis dévoilée sous le nom de LA DOCTRINE SECRETE et faire trois ou quatre volumes des deux de l'origine, Subba Row m'aidant et écrivant la plus grande partie des commentaires et explications" 9.

 9 Letters of H.P. Blavatsky to A.P. Sinnett, publiées par A.T. Barker (1925).

L'annonce qui suivit partit dans le supplément d'avril de The Theosophist, p. 68, en ces termes : "LA DOCTRINE SECRETE, nouvelle version d'Isis Dévoilée, avec une redistribution des sujets, d'importantes additions et de nombreuses notes et commentaires par H.P. Blavatsky, Secrétaire Correspondant de la Société Théosophique, assistée de Subba Row Garu, B.A.-B.L.-F.T.S. Conseiller de la Société Théosophique..." Le premier cahier devait "sortir le 15 juin". L'annonce était répétée en juin, p. 92, mais la date de la parution était reportée au 15 août, puis au 15 septembre – ensuite il n'y eut plus d'annonces.

 Le Dr. A. Keightley dit que la première nouvelle qu'il eut de LA DOCTRINE SECRETE fut l'annonce dans The Theosophist. "On me dit en 1884 que Mme Blavatsky était en train d'écrire un livre... qui s'appellerait LA DOCTRINE SECRETE, que diverses personnes avaient été consultées

quant à sa structure et que tous les points ardus de la philosophie Hindoue avaient été soumis à Subba Row qui avait aussi fait diverses suggestions quant   à   l'ensemble.    Ensuite   je   constatai   qu'il   l'avait   [I XXIV]    fait, esquissant un plan très rudimentaire, mais celui-ci ne fut pas suivi" 10.

10 Reminiscences of H.P. Blavatsky and the Secret Doctrine, par la Comtesse C. Wachtmeister et autres, p. 96 (1893).

Quand H.P.B. se rendit en Europe, elle emporta le manuscrit et y travailla à chaque instant de loisir. A Paris, d'avril à juin, elle écrivit à M. Sinnett "qu'une des raisons pour lesquelles il [Mohini Chatterji] devait venir, est de m'aider pour les éléments sanscrits de la Doctrine Secrète... Je vous remercie de l'intention que vous avez eue d'écrire la Préface de LA DOCTRINE SECRETE – je ne vous ai pas demandé de la faire, mais les Mahatmas, Mohini ici et Subba Row là-bas, suffisent tout à fait à m'aider. Si vous ne pensez pas que le projet est réalisable tel qu'il est annoncé, j'en suis fâchée pour vous et votre intuition. Puisque le Gourou pense différemment, je prendrai le risque de suivre plutôt ses ordres et conseils que les vôtres... Dire que "j'agirais sagement en ordonnant le remboursement des souscriptions et en supprimant les annonces" est une pure sottise. Je n'ai pas entrepris de récrire et de m'engager dans les ennuis de ce livre infernal pour ma douce joie… Mais mes goûts personnels  et mes désirs n'ont rien à faire avec mon devoir. Le Maître ordonne et veut qu'il soit récrit et je le ferai tant mieux pour ceux qui m'aideront dans cette tâche fastidieuse, et tant pis pour ceux qui ne le feront ni ne le voudront. Qui sait, si avec la bénédiction et l'aide de Dieu la chose ne deviendra pas, quand même "un splendide morceau" ! Je ne serai non plus jamais d'accord avec vous que c'est folie d'essayer d'écrire un tel ouvrage en cahiers mensuels puisque le Gourou l'a ainsi décidé... Un chapitre, en tous les cas, sur les Dieux, et Pitris, les Dévas et Daimons, les Elémentaires et les Elémentaux, et autres semblables fantômes est fini. J'ai trouvé qu'on m'a donné une méthode très facile et je l'ai suivie et un chapitre après l'autre, un cahier après l'autre, seront réécrits très aisément. Votre suggestion qu'il ne doit pas "faire figure d'une simple réimpression d'Isis" ne va  nullement à l'encontre de l'annonce... puisqu'elle promet seulement "d'amener les matières traitées dans Isis à la portée de tous, et d'expliquer, en  le montrant, que les "révélations plus récentes, c'est-à-dire le Bouddhisme Esotérique d'une part, et des articles de The Theosophist, d'autre part, ne sont pas en contradiction avec les esquisses de la doctrine donnée, si floue que soit celle-ci dans Isis, et de donner dans LA DOCTRINE SECRETE tout ce qui est important dans Isis, en regroupant les textes concernant les sujets traités au lieu de les laisser dispersés comme ils le sont dans les deux tomes – il s'ensuit que je suis [I XXV] contrainte de donner des pages entières d'Isis, en les amplifiant seulement et en donnant des renseignements supplémentaires. Et à moins de donner de nombreuses citations d'Isis, cela deviendra Isis ou Horus – mais jamais ce qui a été promis à l'origine dans la "Note des Editeurs" que – je vous prie de lire" 11.

M. W.Q. Judge, qui était aussi à Paris (mars-avril) fut, comme toute personne qui pensait pouvoir aider H.P.B., entraîné dans le travail. A la maison de campagne du Comte et de la Comtesse d'Adhémar, H.P.B. lui demanda de "relire soigneusement Isis dévoilée afin de noter en marge quels sujets étaient traités... et... que cela lui fût extrêmement utile" 12. L'accumulation de documents pour le livre continua.

1885. – Dans son Journal, le 9 janvier, le Colonel Olcott écrit : "H.P.B. a reçu du [Maître M.] 13 le plan pour LA DOCTRINE SECRETE. Il est excellent. Oakley et moi avons essayé quelque chose hier au soir, mais cela est bien meilleur." 14

La conspiration des Coulomb amena H.P.B. à quitter Adyar pour l'Europe en mars. Elle emporta le précieux Manuscrit. "Quand je me préparais à aller sur le vapeur, Subba Row me dit d'écrire LA DOCTRINE SECRETE et de lui envoyer par votre intermédiaire chaque semaine ce que j'aurais écrit. Je le lui promis et je le ferai... puisqu'il doit faire les notes et commentaires, et qu'alors la S.T. la publiera 15.

C'est cette année que le Maître K.H. écrivit 16 : "Quand LA DOCTRINE SECRETE sera prête, elle sera la triple production de M... d'Upasika et [de Lui-même] 17."

11 Letters of H.P.B. to A.P. Sinnett, pp. 87-89.

12 Reminiscences, p. 102.

13 Son cryptogramme seulement dans le Journal.

14 Oakley était M. A.J. Cooper-Oakley. Voir aussi Histoire Authentique de la S. T.

15 The Theosophist, mars 1925, p. 784.

16 Lettres des Maîtres de Sagesse (2ème série), transcrites et annotées par C. Jinarajadasa.

17 "Le Maître et le Kashmiri dictant à tour de rôle", H.P.B. à H.S.O., 6 janvier 1886.

Après un travail de quelques mois à Wurtzburg, dans la solitude, la Comtesse Constance Wachtmeister fut "envoyée" pour aider H.P.B. qui lui dit  que  l'ouvrage,  une  fois  fini,  comporterait  quatre  tomes  et      "qu'il donnerait au monde autant de la doctrine ésotérique qu'il était possible au niveau actuel de l'évolution humaine". H.P.B. dit que "ce ne serait qu'au siècle suivant que les hommes commenceraient à comprendre et discuter le livre de façon intelligente 18. La Comtesse fut chargée de faire des copies au propre du manuscrit [I XXVI] d'H.P.B." 19. Elle décrit combien H.P.B. fut profondément blessée par le Rapport de la Société des Recherches Psychiques, et comment cela affecta son travail, l'obligeant à écrire jusqu'à douze fois la même page, parce que son état d'esprit troublé ne lui permettait pas de l'écrire correctement 20.

La Comtesse raconte que la circonstance qui attira son attention et l'émerveilla le plus c'est la "pauvreté de la bibliothèque de voyage" de H.P.B. Pourtant "ses manuscrits étaient remplis à déborder de références, citations, allusions, d'une masse d'ouvrages rares et difficiles sur les sujets les plus variés". Certains de ces ouvrages ou documents ne pouvaient être trouvés qu'au Vatican ou au British Museum. "Pourtant, elle n'avait besoin que de vérification..." La Comtesse fut capable d'obtenir, par des amis, la vérification de passages "qu'H.P.B. avait vus dans la Lumière Astrale, avec le titre du livre, le chapitre, la page et les chiffres notés correctement". Une fois dans la Bodleian Library d'Oxford et une fois dans un manuscrit du Vatican 21.

Plusieurs fois, on a demandé à H.P.B. d'instruire quelques personnes comme elle l'avait fait pour le Col. Olcott et Mr. Judge, mais elle dit que s'il lui fallait s'occuper d'enseignement, elle devrait abandonner LA DOCTRINE SECRETE22. Elle eut à subir la tentation d'un paiement élevé si elle consentait à écrire, sur n'importe quel sujet, pour des journaux russes. Elle refusa : pour "écrire un ouvrage comme LA DOCTRINE SECRETE il faut que toutes mes pensées soient tournées dans la direction de ce courant" 23. "Jour après jour, elle restait assise à écrire de longues heures durant." 24

 18 Reminiscences, page 23.

19 Ibid., "elle copie tout" écrivait H.P.B. à H.S.O., le 6 janvier 1886.

20 Ibid., page 33.

21 Ibid., p. 35. Voir Lucifer, p. 355 (1888).

22 Ibid., page 41.

23 Ibid., page 48.

24 Ibid., page 55.

 

Au Col. Olcott, H.P.B. dit qu'elle était prête à envoyer les trois premiers chapitres terminés pour que Subba Row les revoie et "les corrige, ou ajoute, ou retranche... Mais il vous faudra reprendre l'Introduction. Sinnett... se propose tout le temps, et je ne peux pas y consentir simplement à cause de l'élégance de son anglais et de ses bonnes idées sur l'arrangement mécanique, qui est littéraire, mais non métaphysique..." 25.

25 H.P.B. à H.S.O., 25 novembre 1885.

26 Parue dans The Theosophist, août 1931, pp. 664/8.

1886. – De la lettre qu'elle envoya le 6 janvier 26 au Col. Olcott, il ressort que H.P.B. avait abandonné l'idée que [I XXVII] le nouveau livre serait une révision d'Isis dévoilée. Il lui avait envoyé une sorte de Préface pour une Isis révisée, qu'elle mit rapidement au feu, et elle lui recommanda de puiser dans les deux tomes d'Isis tout ce qu'il voudrait, de le publier, en tirage à part, et d'en garder le produit pour la Société. Il s'agissait certainement de calmer les souscripteurs à qui on avait promis LA DOCTRINE SECRETE en cahiers mensuels. En ce qui la concernait, il lui fallait se hâter d'écrire LA DOCTRINE SECRETE qui devait être sa "justification". Il lui fallait cette DOCTRINE SECRETE pour montrer si les Maîtres existaient ou non", en réponse à la Société des Recherches Psychiques dont le Rapport, qui la présentait comme un imposteur, était encore dans toutes les mémoires. Elle pressait de nouveau le Col. Olcott de s'assurer l'aide de Subba Row pour tous les points qui touchaient à l'Advaïtisme et l'occultisme de l'antique Religion Aryenne. Elle voulait son aide, des citations antiques et des significations occultes ajoutées à celles qu'elle donnait elle-même. La D.S. devrait être vingt fois plus érudite, occulte et explicative. Elle disait qu'elle lui enverrait deux ou trois chapitres, et qu'autrement elle commencerait tout de suite la composition.

Le 3 mars, H.P.B. écrivit à M. Sinnett qu'en ce qui touchait LA DOCTRINE SECRETE, il y avait "un développement et un paysage nouveaux chaque matin. Je vis de nouveau deux vies. Le Maître trouve que ça m'est trop difficile de regarder consciemment dans la Lumière Astrale pour ma D.S., aussi... on me fait voir tout ce qu'il faut comme dans un rêve. Je vois des rouleaux de papier, longs et larges, sur  lesquels des choses sont écrites et je me les rappelle. Ainsi tous les Patriarches d'Adam à Noé m'ont été donnés à voir – en parallèle avec les Rishis et au milieu, entre eux, la signification de leurs symboles ou personnifications. Seth, comme Brighu, représente la première sous-race de la Race Racine, par exemple, qui, anthropologiquement, est la première sous-race douée de la parole de la Troisième Race et astronomiquement (ses années étant 912) signifiant en même temps la durée de l'année solaire dans cette période, le temps de sa race et bien d'autres choses. Enoch, finalement, signifiant l'année solaire quand notre durée actuelle fut fixée, 365 jours (Dieu le prit quand il eut 365 ans) et ainsi de suite. C'est vraiment très compliqué, mais j'espère l'éclairer assez par les explications. J'ai fini un énorme chapitre d'introduction on Préambule, Prologue – appelez-le comme vous voudrez – simplement pour montrer au lecteur que le texte, tel qu'il est, n'est pas une fiction, chaque Section commençant par une page de traduction du Livre de Dzyan et du Livre Secret de Maitreya Bouddha. On m'a commandé de faire une rapide [I XXVIII] esquisse de ce qu'on savait effectivement en histoire et en littérature, dans les classiques comme dans les histoires sacrées ou profanes, pendant les 500 ans qui précédèrent l'Ere Chrétienne et les 500 ans qui suivirent de la Magie, d'une DOCTRINE SECRETE universellement connue des philosophes et des Initiés de tous pays et même de plusieurs des pères de l'Eglise comme Clément d'Alexandrie, Origène et d'autres, qui avaient eux-mêmes été initiés. Aussi de décrire des mystères et certains rites, et je peux vous assurer que les choses les plus extraordinaires sont divulguées maintenant, toute l'histoire de la Crucifixion, etc., étant montrée comme basée sur un rite aussi vieux que le monde – la Crucifixion du Candidat sur le Lathe – les épreuves,  la descente aux enfers, etc., qui sont toutes Aryennes. Toute l'histoire, passée jusqu'ici inaperçue des Orientalistes, y est trouvée même exotériquement dans les Puranas et les Brahmanas, puis expliquée et augmentée de ce que donnent les explications Esotériques... J'ai des faits pour vingt volumes comme Isis ce qui me manque c'est le langage, l'habileté du compilateur. Eh bien, vous verrez bien vite ce Prologue – qui couvre 300 pages de papier d'écolier" 27. "Des tableaux, panoramas, scènes,  drames antédiluviens et tout le reste" 28.

27 Letters of H.P.B. to A.P. Sinnett, pp. 194/95.

28 Ibid., page 244.

Ecrivant le 12 mars de Wurzbourg à M. Sinnett, la Comtesse Wachtmeister dit qu'elle avait été si "embarrassée avec les Stances" et les "Commentaires", qu'elle ne pouvait rien en tirer. "Madame se mit alors à écrire les premières à l'encre rouge et les autres à l'encre noire, et ils sont maintenant plus faciles à saisir, puisqu'on évite la confusion des idées..." 29.

H.P.B. décida de passer l'été de cette année à Ostende. Elle emporta le manuscrit de LA DOCTRINE SECRETE. Il y eut des retards en route, mais elle arriva finalement le 8 juillet et trouva des chambres qui lui convenaient, s'y installa et devait y être rejointe encore, quelques mois plus tard, par la Comtesse. Elle écrivit le 14 juillet 30 au Col. Olcott qu'elle lui envoyait le manuscrit et qu'il ne fallait pas le garder plus d'un mois, que la publication en cahiers devait commencer cet automne et  qu'on n'accepterait de paiement d'avance que pour ce qui était entre les mains des éditeurs. La publication devait en être faite simultanément par Redway 31 en [I XXIX] Angleterre et par Bouton (éditeur d'Isis 32) en Amérique. Elle lui enverrait "l'avertissement au lecteur" et le premier Chapitre de LA DOCTRINE SECRETE, elle-même. Il y a 600 pages et plus de papier d'écolier, comme livre Préliminaire d'Introduction", et elle répète ce qu'elle avait déjà écrit à Mr. Sinnett sur la nature de ce qu'on devait trouver dans cette ébauche. Elle l'enverrait si Subba Row approuvait le chapitre I qui consistait en "Sept Stances prises dans le LIVRE DE DZAN (ou Dzyan)... et des commentaires". Elle ne pouvait s'en séparer parce qu'elle n'avait pas de copie, ni personne pour copier.

29 Ibid., page 294.

30 H.P.B. à H.S.O., publié dans The Theosophist, mai 1908, p. 756.

31 George Redway, Editeur Londres.

32 Mr. Judge conseilla à H.P.B. de protéger sa DOCTRINE SECRETE aux Etats-Unis ; cela pouvait se faire parce qu'elle était citoyenne américaine (elle s'était fait naturaliser en 1879). Letters of

H.P.B. to A.P. Sinnett, p. 244.

33 Letters of H.P.B. to A.P. Sinnett, p. 221.

34 The Theosophist, mars 1909, p. 588, "Echos du Passé".

Mais il semble que la Comtesse revint à temps pour copier le plus gros, sinon le tout, de tout ce que H.P.B. avait achevé. H.P.B. écrivit à la fois à Mr. A.P. Sinnett le 21 septembre 33 et au Col. Olcott  le  23 septembre 34, disant qu'elle avait envoyé le volume I de la D.S. à Adyar et travaillait maintenant sur l'Archaïque. Elle lui apprend qu'il y a "dans le premier tome d'Introduction, 7 Sections (ou chapitres) et 27 appendices, plusieurs appendices étant rattachés à chaque Section de 1 à 6, etc. Or, tout cela fera plus d'un tome ou, à tout le moins un tome, et ce n'est pas la D.S., mais une Préface. Elle est absolument nécessaire, sans quoi, si l'on se   met à lire le volume Archaïque, le public deviendra fou à la lecture de pages trop métaphysiques... "Elle lui permet une certaine liberté d'arrangement, mais le prie de ne pas perdre de pages ni de laisser mutiler le manuscrit... "Rappelez-vous que c'est mon dernier grand ouvrage, et je ne pourrais pas, s'il était perdu, l'écrire à nouveau pour sauver ma vie, ou ce qui est plus, celle de la Société..." "Le tout ou presque a été donné par le "Vieux Gentleman" et le Maître" 35.

Le manuscrit fut reçu le 10 décembre 36 par le Col. Olcott qui dit, dans son Allocution Annuelle 37 : "Le manuscrit du premier volume m'a été envoyé et est soumis à révision...", ajoutant que ce premier tome ou tome d'Introduction serait bientôt publié à Londres et à New York. Mais Subba Row refusa de faire autre chose que de le lire, parce qu'il était si plein de fautes qu'il aurait à le récrire en entier" 38. [I XXX] Le manuscrit de 1886 est un document extraordinairement intéressant. Il est de la main de la Comtesse Wachtmeister et d'autres, et certaines des Stances sont écrites à l'encre rouge, comme elle l'avait suggéré. Il s'ouvre par une section intitulée "Aux Lecteurs". Le premier paragraphe commence par "L'erreur descend selon un plan incliné, tandis que la Vérité doit gravir péniblement sa voie montante" 39. La Section d'Introduction de l'ouvrage publié était considérablement accrue. Il y était ajouté la partie commençant par : "Le premier volume d'Isis débute par une référence à un vieux livre" 40 qui était la Section I du chapitre I dans le Manuscrit bien qu'il ne soit utilisé que partiellement et avec modifications. Il traitait des Livres Hermétiques et autres de l'Antiquité, promis. La Section II sur la "Magie Blanche et Noire, en théorie et en pratique", fut publiée avec additions et variations dans le Troisième Volume en 1893 et est, essentiellement, et presque mot à mot, le même. La Section III sur l'Algèbre Transcendantale et les caractères "révélés par Dieu" dans les Noms Mystiques est la Section X, Volume III, tandis que la sous-section II dans le manuscrit devient la Section XI –l'Hexagone avec le point central, etc., dans le Volume III. Dans le manuscrit, celui-ci commence – "Discutant de la vertu des Noms (Baalshem), Molitorpense", etc... La Section IV avec la sous-section I "Qui était l'Adepte de Tyane", qui commence par : " – comme la plupart des héros historiques de l'Antiquité reculée..." est dans le Volume III, p. 130. La Sous-Section 2 : "L'Eglise Romaine redoute la publication de la Véritable Vie d'Appolonius" est inachevée dans le manuscrit, s'arrêtant aux mots "ou Alexandre Sévère"... p. 136 du Volume III.

35 Le "Vieux Gentilhomme" était le Maître Jupiter, le Rishi Agastya. Lettre de H.P.B. à H.S.O., 21 octobre 1886.

36 Journal.

37 General Report, 1886, page 8.

38 Histoire Authentique.

39 Edition de 1888, p. XVII édition 1893, page 1. Voir The Theosophist, août 1931, pp. 601 où a été reproduite cette partie du texte primitif.

40 Edition de 1888, p. XLII, 1893, page 25.

La Section V, "Les Kabires ou Dieux de Mystères – ce que les anciens classiques en ont dit" est donnée Volume III, p. 315, sous le titre de Symbolisme du Soleil et des Etoiles, et commence de la même façon par la citation d'Hermès. Dans l'Appendice I sur "Le Culte des Anges Stellaires" dans l'Eglise Romaine, son rétablissement, sa croissance et son    histoire", H.P.B. commence en disant que "c'est compilé d'après plusieurs sources de documents dans les Archives du Vatican", etc. Il débute par : "Au milieu du VIIIème siècle, de notre ère, l'Archevêque Aldebert de Magdebourg..." Cet Appendice a été publié dans Lucifer en juillet 1888, p. 355-56. H.P.B. l'amplifie et ajoute plus de notes. [I XXXI]

Il en a été assez dit pour permettre aux lecteurs de bien comprendre que le volume III, publié en 1897, était fait de textes authentiques d'H.P.B.

En rapport avec le Centenaire d'H.P.B., en 1931, la Theosophical Publishing House, d'Adyar, pensa publier pour la première fois cette première forme du Volume I de LA DOCTRINE SECRETE tel qu'il fut achevé en 1886 par H.P.B. et envoyé au Colonel Olcott pour être approuvé par Subba Row. Ce projet fut abandonné à cause des très grandes difficultés de préparer le manuscrit pour la publication et de le corriger page par page pour le rendre aussi proche de l'original que possible, l'absence de méthode dans le Manuscrit, l'emploi des guillemets, tirets, etc., et la grande difficulté de distinguer les points des virgules... 41

 41 The Theosophist, juillet 1931, p. 429. Une série ultérieure a été publiée dans The Theosophist, LIV, 1932, 33, pp. 27-140-265-397-538-623.

La seconde partie du manuscrit de 1886 est intitulée LA DOCTRINE SECRETE, Première Partie, Période Archaïque, Chapitre I. Coup d'œil dans l'Eternité. L'Evolution Cosmique en Sept Etapes.

La Section I a pour titre : "Pages d'une Période Préhistorique" et s'ouvre avec les mots : "Un Manuscrit Archaïque, ensemble de feuilles de palmier rendues inaltérables à l'eau, au feu et à l'air, par un procédé scientifique inconnu – est sous les yeux de l'auteur." Il passe alors immédiatement au cercle avec le point au centre, mais ne mentionne pas le disque blanc immaculé. Au bout de vingt-quatre pages, la première STANCE est donnée et un glossaire général est promis pour chaque chapitre d'un appendice attaché. Les notes sur chaque STANCE sont en bas de page et non dans le texte comme dans l'édition de 1888. Le Commentaire sur cette STANCE s'ouvre par : "LA  DOCTRINE SECRETE postule trois propositions fondamentales." Ces mots se trouveront dans le Proème p. 14 de l'Edition 1888 et p. 42 de l'édition de 1893. Ce qui devient les Commentaires dans le volume publié suit alors et toutes les notes de chaque STANCE sont données à la suite et non Shloka par Shloka.

Il n'y a que quelques pages – dix-neuf en tout – du Livre II dans le manuscrit. Elles sont intitulées "Chronologie Archaïque, Cycles, Anthropologie", et sont en partie l'ébauche des "Notes Préliminaires" du Volume publié, et en partie une brève indication de la  ligne d'enseignement sur la Chronologie et les Races dont le Volume I doit traiter 42.

Quand le Colonel Olcott reçut le manuscrit, il annonça que "même une lecture superficielle avait fait admettre à de [I XXXII] meilleurs critiques que moi, qu'il sera une des plus importantes contributions qui ait jamais été apportées au savoir philosophique et scientifique, un monument du savant auteur, et un honneur pour la Bibliothèque d'Adyar dont il est un des fondateurs" 43. Dans son Allocution Annuelle, il dit que l'ouvrage aurait à peu près cinq volumes dont le premier devait être bientôt publié à Londres et à New York 44.

42 Voir The Theosophist, mars 1925, pp. 781/83, où Mr. Jinarajadasa cite le contenu du manuscrit.

43 The Theosophist, janvier 1887. Supplément page XLVII.

44 General Report, 1886, page 8.

1887. – Ecrivant le 4 janvier au Colonel Olcott, H.P.B. se dit heureuse qu'il ait aimé le Proème, mais que ce n'était qu'un volume préliminaire, et que la doctrine authentique allait suivre. Elle mentionne un jeune Anglais nommé E.D. Faweett, qui l'avait aidée à Wurzburg et à Ostende, puis en Angleterre, spécialement dans les parties du second Volume traitant de l'hypothèse évolutionnaire. "Il a suggéré, corrigé et écrit, et plusieurs pages de son manuscrit furent incorporées par H.P.B. dans son ouvrage". "Il fournit un grand nombre de citations de livres scientifiques aussi bien que beaucoup de confirmations des Doctrines Occultes tirées de sources semblables" 45.

H.P.B. demanda de nouveau que Subba Row revoie le manuscrit et en fasse ce qu'il voudrait. "Je lui donne carte blanche. J'ai confiance en sa sagesse bien plus qu'en la mienne, car je peux avoir mal compris bien souvent le Maître et le Vieux Gentilhomme. Ils ne me donnent que des faits et dictent rarement de façon suivie... je sais que mes faits sont tous originaux et nouveaux..." 46.

En janvier, elle écrivit à Mr. Sinnett qu'elle lui avait envoyé la Doctrine Archaïque avant qu'elle ait été réellement prête, car elle la "récrivait, l'expédiait et la réexpédiait, effaçant et remettant des notes de mes AUTORITES 47. On l'avait montré au Prof. (Sir) W. Crooke. H.P.B. écrivit plus tard à Mr. Sinnett que "LA DOCTRINE SECRETE grandit, grandit, grandit" 48.

A Ostende, le labeur obstiné continuait, mais H.P.B. tomba malade et à l'article de la mort, et "elle pensa que le Maître la laisserait enfin être libre". Elle était "très angoissée au sujet de LA DOCTRINE SECRETE" et dit à la Comtesse qu'elle devait être "très attentive à ses manuscrits et les passer au Colonel Olcott avec l'ordre de les imprimer" 49. Mais une fois de plus H.P.B. fut guérie "miraculeusement". Elle dit [I XXXIII] "Le Maître est venu. Il m'a donné le choix entre mourir et être libre si je le voulais, ou bien je pouvais vivre et finir LA DOCTRINE SECRETE... en pensant à ces étudiants à qui on me permettra d'enseigner quelque chose et à la Société Théosophique en général, à qui j'ai déjà donné le sang de mon cœur, j'ai accepté le sacrifice..." 50.

45 Reminiscences, pp. 94-97.

46 Reproduit dans The Theosophist, août 1931, page 683.

47 Letters of H.P.B. to A.P. Sinnett, pp. 226-227.

48 Ibid., page 224.

49 Reminiscences, page 73.

50 Ibid., page 75.

 

Le Dr. A. Keightley trouva H.P.B. à Ostende, en plein travail. Il dit : "On m'a passé une partie du Manuscrit avec prière de l'émonder, de trancher, changer l'anglais... en fait de le traiter comme s'il était à moi... Le manuscrit était alors en sections détachées, semblables à celles qui sont incluses sous les titres de "Symbolisme" et d' "Appendice" dans les volumes publiés. Ce que j'ai vu était une masse de manuscrits sans arrangement défini, dont une grande partie avait été copiée par  la Comtesse Wachtmeister. L'idée était alors d'en conserver une copie en Europe tandis que l'autre irait aux Indes, pour correction par divers collaborateurs indigènes. La plus grande partie y alla effectivement plus tard, mais certaines raisons empêchèrent la collaboration. Ce qui m'a le plus frappé dans la partie que j'ai pu lire... était le nombre énorme de citations de divers auteurs. Je savais qu'il n'y avait pas de bibliothèque à consulter, et je pouvais voir que les livres de H.P.B. ne dépassaient pas la trentaine, dont plusieurs étaient des Dictionnaires, et que plusieurs ouvrages comportaient deux tomes et plus. A ce moment, je n'ai pas vu les STANCES DE DZYAN, bien qu'il y ait eu plusieurs passages du Catéchisme Occulte inclus dans le Manuscrit." 51.

 Au printemps, H.P.B. fut engagée par plusieurs membres anglais de la Société Théosophique à venir à Londres où on pourrait mieux s'occuper d'elle. Elle fit le déplacement le 1er mai avec tous ses manuscrits. Pendant tout l'été, le couple Keightley s'employa à lire, relire, copier et corriger    le manuscrit qui faisait une épaisseur de trois pieds 52. Après quelques mois à Norwood, H.P.B. s'installa à Londres, 17 Lansdowne Road en septembre. Elle remit la masse de manuscrits à deux jeunes hommes dévoués et capables, le Dr. Keightley et son neveu Bertrand Keightley, pour le trier et faire des suggestions à son sujet, car à cette époque il n'avait ni plan ni suite. Ils recommandèrent finalement que le livre fut divisé  en quatre tomes traitant : 1) de l'Evolution du Cosmos ; 2) de l'Evolution de l'Homme ; 3) des vies de quelques Grands Occultistes ; 4) de l'Occultisme Pratique et que chaque tome soit divisé en trois parties : 1) les Stances et Commentaires ; [I XXXIV] 2) Symbolisme ; 3) Science. Cela fut dûment approuvé par H.P.B.

 51 Ibid., pp. 96-97.

52 Près d'un mètre. (N. du T.)

"Le pas suivant était de relire tout le manuscrit et de faire un réarrangement général de la substance des sujets se rapportant à la Cosmogonie et à l'Anthropologie, qui devaient former les deux premiers tomes de l'ouvrage. Quand cela eut été complété et qu'on eut obtenu la formelle approbation de H.P.B. pour ce qui avait été fait, tout le manuscrit fut dactylographié par des professionnels, puis relu, corrigé et comparé au manuscrit original et toutes les citations grecques, hébraïques et sanscrites insérées par nous. Il apparut alors que la totalité du Commentaire sur les Stances ne faisait pas vingt pages du présent ouvrage, car H.P.B. ne s'était pas étroitement tenue à son texte en écrivant. Nous eûmes donc un sérieux entretien avec elle et suggérâmes qu'elle écrivit un commentaire approprié ainsi qu'elle avait, dès le début, promis aux lecteurs de le faire..." La solution de ce problème fut : "chaque Shloka des Stances fut écrit (ou découpé) dans le texte dactylographié et collé dans le haut d'une feuille de papier, et sur un billet qui lui était épinglé furent écrites toutes  les questions que nous eûmes le temps de trouver concernant ce Shloka...

H.P.B. écarta nombre d'entre elles, nous fit écrire de plus complètes explications, ou nos propres idées... de ce que ses lecteurs attendaient d'elle, et écrivit elle-même davantage, y incorpora le peu qu'elle avait elle même écrit sur ce Shloka particulier et ainsi fut fait le travail..." 53.

Bertrand Keightley écrivit : "Je n'ai que très peu à dire au sujet des phénomènes se rapportant à LA DOCTRINE SECRETE.  Des citations avec pleines références de livres qui n'avaient jamais été dans la maison – citations vérifiées après des heures de recherches parfois au British Museum, pour un livre rare – de cela j'en ai vu et vérifié un bon nombre. En les vérifiant, il m'est arrivé de voir que les nombres de référence étaient inversés, par exemple p. 321 au lieu de 123, ce qui illustre l'inversion des objets vus dans la lumière astrale... 54. Autrement, "elles étaient exactes au plus haut degré" 55.

53 Reminiscences, pp. 92-93. (Voir aussi Theosophist, septembre 1931.) Page 708, Reminiscences of H.P.B., par Bertrand Keightley.

54 Ibid., page 94.

55 A. Keightley. The Theosophist, juillet 1881, page 598.

56 The Theosophist, octobre 1887, page 62.

Dans The Theosophist 56, le Colonel Olcott écrit "Il est satisfaisant de savoir que LA DOCTRINE SECRETE grandit peu à peu. Mr. Sinnett m'écrit que l'équivalent d'un des tomes d'Isis est déjà écrit... Bien que l'administration ait depuis [I XXXV] longtemps offert de rembourser les souscripteurs [à peu près 3.000 roupies], il n'y en a guère qui l'aient demandé..."Dans son Allocution Annuelle en décembre, le Colonel Olcott dit que H.P.B. lui avait envoyé "le manuscrit de quatre des cinq volumes probables de LA DOCTRINE SECRETE pour examen, et on s'attend à ce que le premier volume paraisse à Londres pendant  le  printemps  qui vient" 57.

1888. – Au début de cette année H.P.B. offrit de nouveau d'envoyer le manuscrit à Subba Row, mais avec le même résultat. En février, elle informa le Colonel Olcott que Tookarani Tatya avait écrit que Subba Row était prêt à aider et à corriger "ma D.S. pourvu que j'en enlève toute référence aux Maîtres !"... "Entend-il par là que je devrais renier les Maîtres, ou que je ne les comprends pas et que je brouille les faits qui me sont donnés... C'est moi qui ai introduit... la preuve de nos Maîtres au Monde et à la S.T... Je l'ai fait parce qu'Ils m'ont envoyée pour faire le travail comme une expérience neuve au XIXème siècle et je l'ai fait aussi bien que je savais..." 58.

Les refus répétés de Subba Row d'aider étaient alors connus. Un groupe d'Amérique, avec Mr. Judge à sa tête, écrivit à H.P.B. disant avoir entendu qu'on lui demandait de retirer LA DOCTRINE SECRETE de la publication, pour la raison que cela pourrait déplaire à certains Pandits Indiens et qu'ils pourraient l'attaquer ou la ridiculiser. Ils demandaient qu'H.P.B. n'en tienne pas compte, mais qu'elle sorte LA DOCTRINE SECRETE le plus tôt possible 59. Un groupe d'Indiens, autour de N.D. Khandalavala et Tookaram Tatva saisit cette occasion pour dire que si H.P.B. avait été en Inde, le livre aurait depuis longtemps vu la lumière. Ils pensaient qu'H.P.B. n'avait pas été convenablement informée des suggestions de rendre le livre plus exact quant à ses allusions à la littérature Hindoue et que quelques amis qui sympathisaient pouvaient facilement faire le nécessaire pour qu'il soit révisé 60.

57 General Report, 1887, page 9.

58 D'une lettre des Archives, datée du 24 février 1888.

59 The Path, février 1888, pp. 354-355.

60 The Path, juin 1888, pp. 97-98.

Bertram Keightley écrivit de Londres que la publication de LA DOCTRINE SECRETE avait commencé et que dès que la grosseur et le  prix du livre pourraient être évalués avec précision, on fixerait le prix de souscription et qu'une circulaire serait envoyée, donnant le choix entre le maintien de la souscription ou le remboursement de leurs versements qui étaient restés intacts en banque depuis qu'on les avaient [I XXXVI] reçus. "LA DOCTRINE SECRETE est un thème si vaste et a tant  de ramifications qu'elle implique un labeur énorme sans qu'on puisse à l'avance fixer le nombre et la grosseur des volumes nécessaires..." 61.

"... Quand le manuscrit de cet ouvrage n'avait pas encore quitté mon bureau, écrivait H.P.B. et que LA DOCTRINE SECRETE était encore complètement inconnue du monde, on la dénonçait déjà comme le simple produit de mon cerveau. Ce sont les termes flatteurs qu'employait pour cette œuvre encore inédite l'Evening Telegraph (d'Amérique) dans son numéro du 30 juin : "... Parmi les livres fascinants à lire en juillet, il y a le nouveau livre de Mme Blavatsky sur la Théosophie... (!) La Doctrine Secrète.  Mais  le  fait  qu'elle  puisse  se  plonger  dans  l'ignorance      des Brahmines... ? n'est pas la preuve que tout ce qu'elle dit est vrai..." 62.

Quand le Colonel Olcott voyageait vers l'Angleterre, en août, il reçut dans sa cabine une lettre par laquelle le Maître K.H. disait : "J'ai aussi noté vos pensées au sujet de LA DOCTRINE SECRETE, soyez assuré que ce qu'elle n'a pas annoté en le prenant dans des ouvrages scientifiques ou autres, nous le lui avons donné ou suggéré. Toute faute ou notion erronée, corrigée ou expliquée par elle dans les œuvres d'autres Théosophes, a été corrigée par moi ou sur mes indications. C'est un ouvrage qui a plus de valeur que son prédécesseur, un épitome de vérités occultes qui en feront une source de renseignements – et d'instruction pour l'étudiant sérieux pendant bien des années à venir" 63. A son arrivée à Londres, le Colonel Olcott trouva H.P.B. travaillant à son bureau du matin jusqu'au soir, préparant "la copie" et lisant les épreuves de LA DOCTRINE SECRETE. Les deux volumes devaient paraître ce même mois (août). Autour d'elle se groupaient des Théosophes dévoués qui avaient fait l'avance de £ 1.500 pour la publication de LA DOCTRINE SECRETE et autres livres. "Même pour LA DOCTRINE SECRETE, il y a une demi-douzaine de Théosophes qui se sont employés à son édition, qui m'ont aidée à arranger les matières, à corriger le mauvais anglais et la préparer pour la presse. Mais  ce qu'aucun d'eux ne réclamera jamais comme sien, du premier au dernier, c'est la doctrine fondamentale, les conclusions et enseignements philosophiques. Je n'ai rien inventé de tout cela, mais j'ai simplement donné comme on m'avait appris." 64. [I XXXVII]

61 The Theosophist, mai 1888, supplément page XXXVII.

62 LA DOCTRINE SECRETE, Vol. II, édition 1888, p. 441, Edit. 1893, page 460, notes.

63 Publié dans Lettres des Maîtres de Sagesse, compilées par C. Jinarajadasa, page 54 (1919).

64 H.P.B. dans "Mes Livres". Lucifer, mai. 1891, page 246.

A ce moment, H.P.B. était submergée de travail et sa santé était défaillante. "C'était une tâche croissante de se lever si tôt et de travailler si tard... Les devis de l'imprimeur furent examinés. Certaines exigences particulières telles que le format et les marges étaient importantes pour

H.P.B.       Tout comme l'épaisseur et la qualité du papier... Ces points tranchés, le livre alla à la presse... il passa par trois ou quatre mains encore, en dehors de H.P.B., sous forme d'épreuves, de galées, de jeux, aussi bien que pour les secondes épreuves. C'était elle son plus sévère correcteur et elle était capable de traiter les secondes épreuves comme un manuscrit, ce qui avait des résultats inquiétants quant à la note à payer pour le chapitre des corrections. Vint ensuite la rédaction de la Préface, et le livre sortit enfin !..." 65 "Trésor inégalé de sagesse occulte" 66 "H.P.B. était heureuse ce jour-là" 67.

Dans l'Introduction du Volume I, elle écrivait : "A mes juges passés et à venir... je n'ai rien à dire... Mais au public en général et aux lecteurs de LA DOCTRINE SECRETE je peux répéter ce que j'ai dit tout au long et que maintenant je revêts des mots de Montaigne : "Messieurs, je n'ai fait qu'un bouquet de fleurs, et n'ai rien fourni de moi-même que le lien qui les assemble" 68.

En octobre LA DOCTRINE SECRETE, longtemps attendue, fut "publiée simultanément à Londres et New York... La première Edition anglaise de 500 fut épuisée avant le jour de publication et on en prépara une deuxième" 69.

Cette seconde édition sortit à la fin de l'année.

 65 Reminiscences, page 94.

66 The Theosophist, novembre 1888, page 69.

67 Reminiscences, page 85.

68 Edit. 1888, page XLVI et Edit. 1893, page 29.

69 The Theosophist, décembre 1888, supplément page XXXa.

 

Toute l'édition fut imprimée par The H.P.B. Press, imprimerie de la Société Théosophique et l'Edition anglaise fut enregistrée à Stationer's Hall, tandis que l'Edition américaine simultanée était "enregistrée selon l'Acte du Congrès de l'an 1888, par H.P. Blavatsky, au Bureau du Bibliothécaire du Congrès de Washington D.C.".

Les journaux ne prêtèrent pas grande attention à LA DOCTRINE SECRETE. Mais la demande fut continue. "C'est curieux, remarquait le Star de Londres, considérant que le livre est d'un caractère plus occulte et plus difficile qu'aucun de ceux qui l'ont précédé." 70.

Dans sa Préface, H.P.B. présentait ses excuses pour le long retard de publication de cet ouvrage, causé par la mauvaise [I XXXVIII] santé et l'ampleur de l'entreprise. Elle écrivait : "Et encore les deux volumes maintenant publiés ne complètent pas le schéma, et n'épuisent pas les sujets dont ils traitent... Si ces volumes actuels trouvent un accueil favorable, aucun effort ne sera épargné pour mener à bien le plan dans sa totalité. Le troisième livre est entièrement prêt, et le quatrième presque." 71.

"Ce plan, on doit l'ajouter, n'était pas envisagé quand la préparation de l'ouvrage a été annoncée d'abord. H.P.B. parle alors de l'intention originale de faire de cet ouvrage une révision d'Isis dévoilée mais, du fait de la différence de traitement nécessaire, les volumes actuels ne contiennent en tout pas même vingt pages tirées d'Isis dévoilée."

Parlant des tomes encore à venir, elle écrit : "Dans le Volume III de cet ouvrage (ce volume et le quatrième étant presque prêts) une courte histoire de tous les grands adeptes connus des anciens et des modernes, sera donnée dans l'ordre chronologique, ainsi qu'un coup d'œil d'ensemble sur les Mystères, leur naissance, croissance, déclin et mort finale – en Europe. Cela n'aurait pu trouver place dans l'ouvrage actuel. Le Volume IV sera presque entièrement consacré aux Enseignements Occultes." 72

70 Cité dans Lucifer, décembre 1888, page 346.

71 Vol. I, page VII. Dans l'Edition de 1893, cette dernière phrase est omise page XIX. Voir aussi page 369, éd. 1888 et page 386, éd. 1893, pour d'autres références au tome III.

72 Vol. II, page 437. Ed. 1888.

 

Parlant des spéculations fausses des Orientalistes au  sujet des "Dhyani, Bouddhas et de leurs correspondances terrestres, les    Manoushi-Bouddhas", H.P.B. dit que "la donnée réelle est indiquée dans un Volume subséquent (voir le "Mystère au sujet du Bouddha") et  sera plus pleinement expliqué en lieu et place" 73. Cela se rapporte certainement au "Mystère de Bouddha" 74. Il est probable que c'est ce qu'elle voulait dire vers 1886 par ces mots "Le Triple Mystère est révélé" 75.

Les paroles par lesquelles elle concluait LA DOCTRINE SECRETE en 1888 étaient : "Un commencement a été fait pour abattre et déraciner les mortels arbres Upas 76 de la superstition du préjugé et de l'ignorance vaniteuse, si bien que ces deux tomes devraient être pour l'étudiant un prélude convenable pour les volumes III et IV. Jusqu'à ce que le rebut des âges ait été déblayé du mental des Théosophes auxquels ces volumes sont dédiés, il est impossible que des enseignements plus pratiques, contenus dans le Tome III, [I XXXIX] puissent être compris. En conséquence, il dépend entièrement de l'accueil qui sera fait aux Volumes I et II par les Théosophes et Mystiques, que ces deux volumes soient jamais publiés, bien qu'ils soient presque achevés." 77

La comparaison de ces déclarations avec les faits montre qu'il y a concordance, c'est-à-dire que les pages 1 à 425 du Vol. III donnent des esquisses de l'histoire de certains grands Adeptes du monde et les pages de 433 à 594 donnent l'Occultisme Pratique qu'H.P.B. enseignait à ses élèves et "faisait tout d'abord circuler en privé parmi un important groupe d'étudiants... Les papiers... étaient maintenant rendus publics et épuisent ainsi tous les restes littéraires d'H.P.B. 78.

1890. – H.P.B., écrivant dans Lucifer 79, dit que la demande pour une "information mystique" était devenue si grande qu'il était difficile d'y faire face. "Même LA DOCTRINE SECRETE, la plus abstruse de nos publications – en dépit de son prix prohibitif, de la conspiration du  silence et des sarcasmes pleins d'un mépris dédaigneux qui lui sont décochés par certains quotidiens – s'est montrée un succès financier."

73 Vol. I, page 52. Ed. 1888, voir Vol. 111, 1893, page 376 et suivantes.

74 Vol. III, page 359 et suivantes.

75 Reminiscences, page 68.

76 Upas, arbre vénéneux des Indes. (N. du T.)

77 Vol. II, pp. 797-798. Ed. 1888.

78 G.RS. Mead, dans Lucifer, juillet 1897, page 353.

79 Mars 1890, page 7.

 

1891. – A la fin de 1891, la seconde édition de LA DOCTRINE SECRETE était épuisée. M. G.R.S. Mead et Mrs. Annie Besant entreprirent une nouvelle édition. Mr. Mead avait été le secrétaire privé d'H.P.B. pendant quelques années et prétendait avoir publié, sous une forme ou une autre, tout ce qu'H.P.B. avait écrit en anglais... 80 C'était le chef d'équipe de la nouvelle édition et il usa de son érudition et de sa connaissance des désirs d'H.P.B. pour amender les erreurs grammaticales ou autres du texte. Une "Notice importante" fut publiée dans les principaux journaux Théosophiques en ces termes : "Une Edition Revue de LA DOCTRINE SECRETE. La seconde édition du grand ouvrage d'H.P.B. étant épuisée, une troisième édition doit être entreprise immédiatement. Tous les efforts sont faits pour réviser à fond la nouvelle édition et les éditeurs prient très sérieusement tous les étudiants qui pourraient lire cette notice d'envoyer des listes aussi complètes que possible des ERRATA. La vérification des références et citations, faute d'impression ou d'indexation, l'indication des passages obscurs, etc. Il est important que les ERRATA de la première partie du Volume I soient envoyés IMMEDIATEMENT. – Annie Besant, G.R.S. Mead." 81 [I XL]

1895. – "L'édition revue a été une tâche de grand labeur et tous les efforts ont été faits par les éditeurs pour vérifier chaque citation  possible, et corriger les nombreuses erreurs de forme des publications antérieures. Les éditeurs n'avaient pas le droit de toucher aux erreurs de fond... 82 L'index des première et deuxième Editions n'était pas très adéquat. M. A.J. Faulding s'est consacré à la préparation d'un nouvel index copieux qui a été broché à part. "Pour ce grand travail, nous sommes endettés envers lui, et tous les étudiants le sont avec nous..." 83 Cet index s'est, depuis, montré satisfaisant. Certaines additions ont été faites dans l'Edition Adyar, où un Index de tous les Volumes est rassemblé en un seul.

80 G.R.S. Mead, dans Lucifer, 1888, page 354.

81 Voir The Vahan, décembre 1891, page 8 ; The Theosophist, Déc. Sup. p. XXXII, The Path, décembre 1891, page 296.

82 G.R.S. Mead, dans Lucifer, juillet 1897, page 353.

83 Préface de la Troisième Edition Revue, 1893.

 

1896. – Il y avait naturellement des portions du manuscrit de H.P.B. qui restaient. Mrs. Besant les prit en main et les prépara pour être édités. Au cours de cette préparation on découvrit quelques manuscrits qui ne semblaient pas faire partie de LA DOCTRINE SECRETE elle-même. Ils ont été publiés dans Lucifer :

  1. "Esprits" de diverses espèces 84 ;
    1. Bouddhisme, Christianisme et Phallisme 85 ;
  2. Fragments, Idolâtrie, Avatars, Cycles et Erreurs Modernes 86. 1897. – Ponctuellement et simultanément, le troisième Volume était en vente le 14 juin à Chicago et à Londres. Il fut accueilli avec faveur et eut un débit régulier... 87

Quand M. Jinarajadasa explorait les Archives et rassemblait des documents dispersés, il découvrit une page d'un brouillon encore différent de l'écriture même de H.P.B., de commentaires et notes sur la Stance I.Le fac-similé en a été, publié dans The Theosophist 88. Mrs. Besant a dit au sujet de LA DOCTRINE SECRETE : "H.P.B. écrivait et récrivait, corrigeant même quand les épreuves définitives étaient prêtes pour le "Bon à tirer"... Les changements de mots, les omissions ou les réarrangements de son texte par H.P.B. sont une étude passionnante pour les étudiants. Une audacieuse théorie a été mise en avant, récemment, aux Etats-Unis, que la seconde édition (1893) de LA DOCTRINE SECRETE publiée  par la T.P.H. de Londres après la mort de H.P.B. n'était pas ce que H.P.B. voulait. On insinua qu'H.P.B. était "éditée" par ceux qui étaient responsables de la seconde édition. Les dépositaires a qui elle avait confié la sauvegarde de ses manuscrits publiés et, inédits étaient tous ses propres élèves qui avaient vécu [I XLI] avec elle pendant des années, et ils n'ont fait que les changements qu'elle avait elle-même ordonnés, qui consistent surtout en correction d'erreurs de termes ou de grammaire, et dans la présentation du contenu du Vol. III.

 84 Juin 1896, page 273.

85 Juillet 1896, page 361.

86 Août 1896, page 449 et suivantes.

87 Voir Theosophist, septembre 1897, page 765.

88 Août 1931, page 560, reproduit ici.

 

"Pour rendre justice à M. Mead et à Mrs. Besant... je veux déclarer, de ma connaissance personnelle, que les accusations renouvelées qu'ils auraient – ou l'un d'entre eux – fait des changement indus dans l'édition revue (troisième) de la D.S., pris des libertés avec le manuscrit du troisième Volume et supprimé le quatrième, sont entièrement fausses, ne s'appuyant sur aucun fait... comme j'ai été pendant quatre années au Quartier Général de Londres, que j'ai eu la charge du bureau d'impression et que j'ai imprimé la D.S. révisée, j'avais naturellement toute possibilité de savoir ce qu'il en était...

"Le premier tirage de la D.S. fut divisé en deux "Editions" qui sont, par conséquent, identiques à l'exception des mots : Deuxième édition, sur la feuille de garde. Le tirage fut fait avec la composition, mais des matrices stéréotypées furent faites en vue d'un autre tirage éventuel. Cependant, quand le moment en vint, on découvrit que les matrices avaient été accidentellement détruites et, pour ma part, avec d'autres, je me réjouis de leur perte puisque cela donnait l'occasion d'une révision très nécessaire des textes, lourde tâche qui fut entreprise par Mr. Mead et Mrs. Besant... Comme Mrs. Besant ne pouvait distraire que très peu de temps de ses autres activités théosophiques, le travail de révision échut principalement à Mr. Mead, assisté d'autres membres de l'équipe, pour vérifier citations et références...

"En révisant la première édition de la D.S., il fit exactement le travail qu'il avait fait précédemment sur ses manuscrits – cela seulement et rien de plus. Car il était évident, pour toute personne au courant des détails littéraires et techniques de la publication de livres, que le manuscrit de la D.S. n'avait pas été convenablement préparé pour l'imprimeur et que la correction des épreuves avait été faite avec tant de négligence que même de grossières fautes de grammaire, que l'auteur avait faites par inadvertance, avaient été respectées. Aucun changement ne fut fait par Mr. Mead ou par Besant si ce n'est ceux qui auraient dus être faits avant l'impression sur le manuscrit original.

"Pour son travail savant et consciencieux de correction, Mr. Mead mérite la reconnaissance de tous les lecteurs de la D.S. doués de discernement comme aussi Mrs. Besant pour la part qu'elle a prise dans cette lourde tâche.

 "Quand j'eus fini d'imprimer les Vol. I et II, Mrs Besant mit le manuscrit du Vol. III entre mes mains... H.P.B. avait [I XLII] récrit à plusieurs reprises certaines pages, avec des ratures et des changements, mais rien qui pût indiquer quelle était la version définitive. Il fallut que Mrs. Besant décidât du mieux qu'elle put.

"Comme il contenait beaucoup moins de substances que chacun des deux autres, Mrs. Besant me dit qu'elle le grossirait en y ajoutant les instructions de l'E.E.T. puisque H.P.B. lui avait dit qu'elle pourrait le faire. Remarquons que ces instructions couvrent le même champ que le quatrième Volume proposé, dont on ne retrouva que quelques pages, juste assez pour marquer l'endroit où H.P.B. avait cessé d'écrire. Je suis enclin à croire qu'elle avait l'intention d'incorporer ces Instructions dans le Vol. IV et qu'elle avait cette idée en tête quand elle écrivait, avec trop d'optimisme, que les deux volumes étaient presque achevés. Une grande quantité de manuscrits fut aussi retrouvée après la mort de H.P.B., mais on découvrit que ce n'était que le vieux manuscrit des deux premiers volumes, revenu de chez l'imprimeur." 89

Mrs. Besant écrivit dans Lucifer 90 : "La valeur de LA DOCTRINE SECRETE ne réside pas dans les éléments séparés, mais dans l'édification, avec eux, d'un tout relié, comme la valeur d'un plan d'architecte n'est pas diminuée parce que le bâtiment est fait de briques manipulées par d'autres mains... H.P.B. n'a pas été stricte dans ses procédés littéraires, et utilisait des citations qui étayaient ses arguments, en les prenant à n'importe quelle source, physique ou astrale, sans avoir grand souci de mettre des guillemets. N'avons-nous pas beaucoup souffert, Mr. Mead et moi, de ces façons en publiant la dernière édition de LA DOCTRINE SECRETE ?... Frères de tous pays, qui avez appris de grandes vérités d'H.P.B., vérités qui ont fait une réalité de la vie spirituelle, restons fermes dans sa défense, en ne la taxant pas d'infaillibilité, et en n'exigeant pas qu'elle soit acceptée comme une "autorité" mais, en affirmant la réalité de son savoir, le fait de ses liens avec les Maîtres, le magnifique sacrifice de soi que fut sa vie, le service inestimable qu'elle a rendu à la cause de la spiritualité dans le monde. Quand toutes ces attaques seront oubliées, ses titres immortels à la reconnaissance de la postérité demeureront."

89 James Morgan Pryse, dans The Canadian Theosophist, septembre 1926, pp. 140-141. Mr. Pryse dirigeait The Theosophical Publishing Company Ltd., qui édita LA DOCTRINE SECRETE et d'autre littérature théosophique.

90 Mai 1895, pp. 179-181.

Adyar 1938. Compilé par Joséphine RANSOM.

 [I XLV]

 

INTRODUCTION

 

"Ecouter avec douceur, juger avec bonté."

SHAKESPEARE. (Henry V, prologue.)

 

Depuis l'apparition de la littérature théosophique en Angleterre, on a pris l'habitude d'appeler ses enseignements "Bouddhisme ésotérique". Et une fois l'habitude prise – comme dit un vieux proverbe fondé sur l'expérience quotidienne – "l'erreur descend un plan incliné, tandis que la vérité doit péniblement gravir la colline".

Les vieux truismes sont souvent les plus sages. Il est presque impossible que l'esprit humain reste entièrement libre de préventions, et des opinions arrêtées se forment souvent avant examen complet d'une question sous tous ses aspects. Cela dit à propos de la double erreur courante qui, d'une part, limite la Théosophie au Bouddhisme, et, d'une autre, confond les données de la philosophie religieuse prêchée par Gâutama, le Bouddha, avec les doctrines esquissées à grands traits dans le Bouddhisme ésotérique 91. Il est difficile d'imaginer erreur plus grande. Elle a fourni à nos ennemis une arme efficace contre la Théosophie parce que, comme l'a nettement exprimé un éminent savant en Pali, il n'y avait, dans le volume en question, "ni Esotérisme ni Bouddhisme". Les vérités ésotériques présentées dans le livre de M. Sinnett cessaient d'être ésotériques du moment qu'elles étaient livrées au public on n'y trouvait pas non plus la religion de Bouddha, mais tout simplement quelques données d'un enseignement jusqu'alors tenu caché, maintenant divulgué, et auquel beaucoup va être ajouté dans les présents volumes. Et même ces derniers, tout en livrant plusieurs données fondamentales tirées de la DOCTRINE SECRETE orientale, ne soulèvent-ils qu'un coin du sombre voile qui les recouvre. Car personne, pas même le plus grand des Adeptes vivants, n'aurait la permission ni même la possibilité – s'il le voulait – de jeter, au hasard, dans un monde sceptique [I XLVI] et railleur, ce qui a été si soigneusement conservé durant de longs âges et æons.

 91 De A.P. Sinnett, 1883.

 

Le Bouddhisme ésotérique était un ouvrage excellent avec un titre très mal choisi, quoiqu'il ne signifiât pas autre chose que le titre du présent ouvrage : La Doctrine Secrète.Et, si ce titre a été malheureux, c'est parce qu'on juge généralement les choses par leurs apparences plutôt que par leur signification, et que l'erreur s'est répandue à ce point que la plupart des membres de la Société Théosophique eux-mêmes en ont été les victimes. Dès le début, cependant, des Brâhmanes et bien d'autres ont protesté contre ce titre et, pour me justifier moi-même, j'ajouterai que le volume ne m'a été montré que terminé, et qu'on m'a laissée dans l'ignorance de la façon dont l'auteur se proposait d'écrire le mot "Boudh-isme".

La responsabilité de cette erreur incombe à ceux qui ayant, les premiers, attiré l'attention publique sur ces questions, ont négligé de faire remarquer la différence entre le "Bouddhisme", système religieux de morale prêché par le Seigneur Gâutama – tirant son nom du titre de Bouddha, l' "Illuminé" – et "Budhisme", tiré de Boudha, la Sagesse ou Connaissance (Vidyâ), la faculté de connaître, venant de la racine sanscrite "Budh", connaître. Oui, c'est nous, les Théosophes de l'Inde, qui sommes les vrais coupables, bien que nous ayons fait alors notre possible pour corriger l'erreur 92. Il était, du reste, facile de supprimer le malentendu, en altérant l'orthographe du mot, en l'écrivant avec un seul d et en rappelant que le Bouddhisme, religion, devrait se prononcer Bouddhaïsme, et ses sectateurs, Bouddhaïstes.

Cette explication est indispensable au début d'une œuvre comme celle- ci. La Religion-Sagesse est l'héritage de toutes les nations du monde, en dépit de ce qui est déclaré dans la préface de l'édition originale du livre  de M. Sinnett que, "il y a deux ans [en 1883], ni l'auteur ni aucun autre Européen vivant ne connaissaient le b-a ba de la Science présentée ici, pour la première fois, sous une forme scientifique...". Cette erreur doit s'être glissée là par inadvertance. Car l'auteur du présent livre savait tout ce qui est "divulgué" dans le Bouddhisme ésotérique, et beaucoup plus, plusieurs années avant qu'il fût devenu son devoir, en 1880, de communiquer une faible partie de la Doctrine Secrète à deux Européens, dont l'un était précisément l'auteur du Bouddhisme ésotérique et, assurément, ledit écrivain de la Doctrine Secrète a l'indéniable, quoique selon elle assez équivoque privilège d'être Européenne de naissance et d'éducation. En outre, une partie considérable de la philosophie [I XLVII] exposée par M. Sinnett a été enseignée en Amérique, avant même la publication d'Isis dévoilée, à deux autres Européens et à mon collègue, le colonel H.S. Olcott. Des trois Instructeurs qu'a eus ce dernier, l'un était un Initié Hongrois, le second un Egyptien, le troisième un Hindou. Par permission spéciale, le colonel Olcott a fait connaître, de diverses manières, quelques-uns de ces enseignements si les deux autres n'en ont pas fait autant, c'est simplement parce qu'on ne le leur a pas permis, le temps de leur œuvre publique n'étant pas encore arrivé, tandis qu'il l'était pour d'autres, comme le prouvent les intéressants ouvrages de M. Sinnett. Il est, en outre, très important de bien se pénétrer du fait qu'aucun livre théosophique n'acquiert la moindre valeur supplémentaire en se réclamant d'une autorité prétendue.

 92 Cf. The Theosophist, juin 1884.

Adi ou Adhi Boudha, l'Unique ou Première et Suprême Sagesse, est un terme employé par Aryâsanga dans ses traités secrets, et actuellement aussi par tous les mystiques bouddhistes du Nord. C'est un mot sanscrit, une appellation donnée par les premiers Aryens à la Divinité. Inconnue le mot "Brahmâ" ne se trouvant pas dans les Védas ni dans les premiers ouvrages. Il signifie la Sagesse Absolue, et Fitzedward Hall traduit Adhi bhûta par "la cause primordiale et incréée de tout". Des  œons interminables ont dû s'écouler avant que l'épithète de Bouddha ne se fût pour ainsi dire humanisée au point que le terme pût s'appliquer à des mortels et pût finalement être appropriée à celui que ses vertus et sa science sans rivales rendirent digne du titre de "Bouddha de la Sagesse immuable". Bôdha signifie la possession innée de l'intelligence ou de la compréhension divine Bouddha est son acquisition par l'effort et le mérite personnels tandis que Buddhi est la faculté de connaître, le canal par lequel la connaissance divine atteint l'Ego, le discernement du bien et du mal, et aussi la conscience divine, et l'Ame spirituelle qui est le véhicule d'Atmâ. "Quand Buddhi absorbe (détruit) notre Ego-isme avec tous ses Vikâras, Avalôkitéshvara se manifeste à nous, et Nirvâna, ou Mukti est atteint." Mukti est la même chose que Nirvâna, la délivrance des entraves de la Mâyâ ou Illusion. Bôdhi est aussi le nom d'un état particulier de "transe" appelé Samâdhi, durant lequel le sujet atteint le summum de la connaissance spirituelle.

Peu sages, ceux qui, par haine du Bouddhisme et, par contrecoup, du Budhisme – haine aveugle et déplacée à notre époque – en nient les enseignements ésotériques, qui sont aussi ceux des Brâhmanes, et cela simplement parce que ce nom est associé à des doctrines que leur qualité de Monothéistes leur fait considérer comme nuisibles ! Peu sages est bien le terme à leur appliquer, car, seule, la philosophie ésotérique [I XLVIII] est capable de supporter les attaques répétées, à notre âge de matérialisme grossier et illogique, contre tout ce que l'homme estime de plus cher et de plus sacré, dans sa vie spirituelle intérieure. Le vrai philosophe, l'étudiant de la Sagesse Esotérique, perd entièrement de vue les personnalités, les croyances dogmatiques et les religions particulières. En outre, la Philosophie Esotérique concilie toutes les religions, dépouille chacune de ses vêtements extérieurs, humains, et montre qu'elle a la même racine que toutes les autres grandes religions. Elle prouve la nécessité d'un Principe Divin Absolu dans la Nature. Elle ne nie pas plus la Divinité que le soleil. La Philosophie Esotérique n'a jamais rejeté Dieu dans la Nature, ni la Divinité comme Ens absolu et abstrait. Elle refuse seulement d'accepter aucun des dieux des religions dites monothéistes, dieux créés par l'homme à sa propre image et ressemblance – caricature pitoyable et sacrilège de l'A-Jamais-Inconnaissable. En outre, les documents que nous allons mettre sous les yeux du lecteur contiennent les données ésotériques du monde entier, depuis le commencement de notre humanité, et l'Occultisme bouddhiste n'y occupe que sa place légitime, rien de plus. En vérité, les parties secrètes du Dan ou Janna (Dhyâna) 93 de la métaphysique de Gâutama – toutes grandes qu'elles paraissent, lorsqu'on  ignore  les doctrines de l'antique Religion-Sagesse – ne sont qu'une très petite partie du tout. Le réformateur hindou bornait ses enseignements à l'aspect purement physiologique et moral de la Religion-Sagesse, à l'Ethique et à l'Homme seulement. Quant aux choses "invisibles et incorporelles", au mystère de l'Etre en dehors de notre sphère terrestre, le grand Instructeur n'y toucha jamais dans ses conférences publiques, réservant les Vérités Cachées pour un cercle choisi de ses Arhats. Ces derniers recevaient l'Initiation dans la fameuse Grotte Saptaparna (Sattapanni de Mahâvansa), près du mont Baibhar (le Webhara des manuscrits Pali). Cette grotte était à Râjâgriha, l'ancienne capitale de Magadha ; c'était la Grotte Cheta, de Fa- hian, comme le soupçonnent à juste titre quelques archéologues 94.

 93 Dan, devenu, en phonétique chinoise et tibétaine, Chhan, est le nom général des écoles ésotériques et de leur littérature. Dans les vieux livres, le mot Janna est défini comme "la réforme de soi-même, par la connaissance et la méditation", une seconde naissance intérieure. De là, Dzan, phonétiquement Djan, "le livre de Dzyan". Voir Edkins, Chinese Buddhism, p. 129, note.

94 M. Beglor, ingénieur en chef à Buddhagâya, et archéologue distingué, fut, croyons-nous, le premier à faire cette découverte.

 

Le temps et l'imagination humaine altérèrent bientôt la [I XLIX] pureté et la philosophie de ces enseignements, dès qu'ils furent transplantés hors du cercle secret et sacré des Arhats, au cours de leur œuvre de prosélytisme, dans un sol moins préparé que l'Inde pour les conceptions métaphysiques, c'est-à-dire une fois qu'elles furent transportées au Siam, en Chine, au Japon et en Birmanie. On peut voir comment on a traité la pureté primitive de ces grandes révélations en étudiant quelques-unes des écoles bouddhistes soi-disant "ésotériques" de l'antiquité, sous leurs vêtements modernes, non seulement en Chine ou dans les autres pays bouddhistes, en général, mais même dans plus d'une école du Tibet abandonnée aux soins de Lamas non initiés et d'innovateurs mongols.

Le lecteur est donc prié de se bien pénétrer de l'importante différence qui existe entre le Bouddhisme orthodoxe, c'est-à-dire les enseignements publics de Gâutama, le Bouddha, et son Bouddhisme ésotérique. Sa Doctrine Secrète, cependant, ne différait nullement de celle des Brâhmanes initiés de son temps. Le Bouddha était un enfant du sol Aryen, un Hindou de naissance, un Kshatrya, et un disciple des "deux fois nés" (initiés brâhmanes) ou Dvijas. Ses enseignements ne pouvaient donc différer des leurs, car toute la réforme bouddhiste consistait à révéler une partie de ce qui avait été tenu secret pour tout le monde, sauf pour le cercle "enchanté" des ascètes et des initiés des temples. Incapable, à cause de ses serments, de dire tout ce qu'on lui avait appris, le Bouddha, bien qu'il enseignât une philosophie bâtie sur la trame de la vraie connaissance ésotérique, n'en donna au monde que le corps matériel extérieur et en réserva l'âme pour ses Elus. Plusieurs sinologues ont entendu parler de la "Doctrine-Ame", aucun ne semble en avoir saisi le vrai sens et l'importance.

Cette doctrine était conservée secrètement dans le sanctuaire – trop secrètement peut-être. Le mystère qui enveloppait son dogme principal et son aspiration – Nirvâna – a tellement éprouvé et irrité la curiosité des savants qui l'ont étudié, qu'incapables de le résoudre d'une manière logique et satisfaisante en dénouant le nœud gordien, ils ont coupé ce dernier, en déclarant que Nirvâna voulait dire annihilation absolue.

Vers la fin du premier quart de ce siècle 95 apparut dans le monde un genre particulier de productions littéraires, dont les tendances s'affirmèrent plus distinctement d'année en année. Soi-disant fondées sur les savantes recherches des Sanscritistes et des Orientalistes, en général, elles passaient [I L] pour scientifiques. On faisait dire aux religions, mythes et emblèmes des Hindous, des Egyptiens et autres nations antiques, tout ce que les symbologistes voulaient y voir, et l'on faisait souvent passer la forme grossière et extérieure pour leur sens intérieur. Des ouvrages, très remarquables par leurs déductions et spéculations ingénieuses, circulo vicioso – les conclusions préétablies changeant généralement de place avec les prémisses dans les syllogismes de plus d'un savant en Sanscrit et en Pali – parurent en se suivant rapidement, submergeant les bibliothèques de dissertations sur le culte phallique et sexuel, bien plus que sur le vrai symbolisme, et toutes se contredisant entre elles.

95 Le XIXème.

Telle est, peut-être, la véritable raison pour laquelle il est permis que l'esquisse de quelques-unes des vérités fondamentales de la Doctrine Secrète des Ages Archaïques apparaisse aujourd'hui à la lumière, après de longs millénaires du silence et du secret les plus profonds. Je dis à dessein "quelques-unes des vérités", car ce qui doit rester caché ne pourrait être dit en cent volumes comme celui-ci, et ne pourrait être transmis à la génération présente de Sadducéens. Mais, même le peu qui est maintenant donné vaut mieux qu'un silence complet sur ces vérités vitales. Le monde contemporain, dans sa course folle vers l'inconnu, que le Physicien est trop prêt à confondre avec l'inconnaissable, toutes les fois que le problème échappe à son emprise, progresse rapidement sur le plan contraire à celui de la spiritualité. Il est maintenant devenu une vaste arène, une véritable vallée de discorde et de lutte incessante, une nécropole où sont enterrées les plus hautes et les plus saintes aspirations de notre Ame-Esprit.  A chaque génération nouvelle, cette âme se paralyse et s'atrophie de plus en plus. Les "aimables infidèles et libertins accomplis" de la société, dont parle Greeley, se soucient peu de la renaissance des sciences mortes du passé mais il y a une forte minorité d'étudiants sérieux qui méritent d'apprendre les quelques vérités qui peuvent leur être données maintenant, et c'est aujourd'hui plus nécessaire qu'il y a dix ans quand parut Isis Unveiled et même quand les tentatives ultérieures d'expliquer les mystères de la science ésotérique furent faites.

Une des plus grandes et peut-être des plus sérieuses objections contre l'exactitude du présent ouvrage et la confiance qu'il mérite viendra peut- être à propos des STANCES préliminaires. Comment vérifier les déclarations qu'elles contiennent ? A vrai dire, si une grande partie des œuvres sanscrites, chinoises et mongoles, citées dans ces volumes, sont connues de quelques orientalistes, l'ouvrage principal – auquel sont empruntées les STANCES – n'est pas en la possession des [I LI] bibliothèques européennes. LE LIVRE DE DZYAN (ou "DZAN") est entièrement inconnu de nos philologues, ou du moins ils n'en ont jamais entendu parler sous le nom actuel. C'est là, évidemment, un grand défaut pour ceux qui suivent dans leurs recherches les méthodes prescrites par la Science officielle mais pour les étudiants de l'Occultisme, et pour tous les vrais Occultistes, cela sera de peu d'importance. Le corps principal des doctrines données se trouve éparpillé dans des centaines et des milliers de manuscrits sanscrits, les uns déjà traduits – et défigurés, comme d'habitude – les autres attendant leur tour. Tout savant a donc l'occasion de vérifier les déclarations faites ici, et de contrôler la plupart des citations. On trouvera quelques faits nouveaux, nouveaux seulement pour l'Orientaliste profane, et des passages cités des Commentaires, difficiles à suivre jusqu'à leur source. Plusieurs des doctrines, en outre, n'ont été jusqu'ici transmises qu'oralement, cependant, dans tous les cas, il leur est fait allusion dans les innombrables volumes conservés dans les temples Brâhmaniques, Chinois et Tibétains.

Quoi qu'il en soit, et quelque critique malveillante que l'on fasse à l'auteur, un fait est bien certain. Les membres de plusieurs écoles ésotériques – dont le centre est au-delà de l'Himâlaya, et dont on peut trouver des ramifications en Chine, au Japon, dans l'Inde, au  Tibet et même en Syrie, sans compter l'Amérique du Sud – prétendent avoir en leur possession la somme totale des œuvres sacrées et philosophiques, manuscrites ou imprimées, en fait, tous les ouvrages qui ont été écrits, en quelque langue ou caractère que ce soit, depuis les hiéroglyphes idéographiques jusqu'à l'alphabet de Cadmus et au Dévanâgari.

Il a constamment été affirmé que, depuis la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie 96, toute œuvre pouvant conduire le profane à la découverte ultime et à la compréhension de certains mystères de la Science Secrète et due aux efforts combinés des membres de ces Fraternités, a été soigneusement recherchée. Il est ajouté, en outre, par ceux qui savent, qu'une fois découverts, ces ouvrages ont été détruits, sauf trois exemplaires de  chaque  qui  furent  mis  à  l'abri.  Dans  l'Inde,  les  derniers  de ces manuscrits précieux ont été trouvés, et cachés, sous le règne de l'empereur Akbar 97. [I LII]

96 Voir Isis Unveiled, vol. II, p. 27.

On prétend aussi que tout livre sacré de ce genre, dont le texte n'était pas suffisamment voilé de symbolisme, ou contenait quelque allusion trop directe aux anciens mystères, a d'abord été soigneusement copié en caractères cryptographiques capables de défier l'art du meilleur paléographe, puis détruit jusqu'au dernier exemplaire. Durant le règne d'Akbar, quelques courtisans fanatiques, mécontents de voir l'empereur porter un intérêt coupable aux religions des infidèles, aidèrent eux-mêmes les Brâhmanes à cacher leurs manuscrits. Tel était Badâoni, qui avait une horreur non dissimulée de la manie d'Akbar pour les religions idolâtres.

Badâoni a écrit, dans son Muntakhad at Tawarikh :

!... Comme [les Shramana et les Brâhmanes] surpassent les autres hommes instruits, dans leurs traités de morale ou de sciences physiques et religieuses, et atteignent un haut degré dans leur connaissance de l'avenir, en puissance spirituelle et perfection humaine, ils ont produit des preuves fondées sur la raison et le témoignage... et inculqué leurs doctrines si fermement... qu'actuellement... personne ne pourrait soulever un doute dans l'esprit de Sa Majesté, dussent les  montagnes crouler en poussière ou le ciel se déchirer... Sa Majesté a fait faire des enquêtes sur les sectes de ces infidèles, qui sont innombrables, et ont une quantité sans fin de livres révélés."

Cet ouvrage "fut gardé secret et n'a été publié que sous le règne de Jahângîr".

En outre, dans toutes les grandes et riches lamaseries, il y  a des cryptes souterraines et des caves-bibliothèques, taillées dans le roc,  toutes les fois que les Gonpa 98 et les Lakhang 99 sont situés dans les montagnes. Au-delà du Tsaydam occidental, dans les solitaires défilés du Kuen-lun 100, il y a plusieurs de ces cachettes. Le long de la crête de l'Altyn Tag, dont le sol n'a encore été foulé par aucun pied européen, il existe un certain hameau perdu dans une gorge profonde. C'est un petit groupe de maisons, hameau plutôt que monastère, avec un temple pauvre d'aspect, gardé seulement par un vieux lama, vivant en ermite à proximité. Les pèlerins disent que les galeries et salles souterraines de ce temple contiennent une collection de livres trop vaste, d'après les récits, pour trouver place même au British Museum.

97 Le professeur Max Müller montre que ni séduction ni menaces d'Akbar ne purent extorquer aux Brâhmanes le texte original des Védas. Il se vante pourtant, ensuite, que les Orientalistes européens ont ce texte (Introduction to the Science of Religion, p. 23). Mais il est très douteux que l'Europe possède effectivement ce texte complet et l'avenir pourrait réserver de désagréables surprises aux Orientalistes à ce sujet.

 

Selon la même tradition, les régions maintenant désolées et privées d'eau de Tarim – véritable désert au milieu du Turkestan – étaient jadis couvertes de cités riches et florissantes. [I LIII] A présent, quelques vertes oasis en parsèment à peine la redoutable solitude. Une d'entre elles, recouvrant le tombeau d'une vaste cité avalée par le désert, et enfouie sous ses sables, n'appartient à personne, mais est souvent visitée par des Mongols et des Bouddhistes. La même tradition parle d'immenses demeures souterraines, de vastes corridors remplis d'inscriptions sur argile et de cylindres. Ce n'est peut-être qu'une rumeur vaine, mais peut-être un fait réel.

Il est probable que tout cela provoque un sourire de doute. Que le lecteur, cependant, avant de nier la véracité de ces récits, veuille bien s'arrêter pour réfléchir aux faits suivants qui sont bien connus. Les recherches collectives des Orientalistes, et, spécialement, les travaux accomplis dans ces dernières années par les étudiants de la philologie comparée et de la science des religions, les ont conduits à s'assurer de ce qui suit : Un nombre incalculable de manuscrits et même d'ouvrages imprimés, dont on connaissait l'existence, ne peuvent plus être retrouvés. Ils ont disparu sans laisser derrière eux la moindre trace. S'ils étaient des ouvrages sans importance, on aurait pu les laisser périr au cours naturel du temps, et leurs noms même se seraient effacés de la mémoire des hommes. Mais il n'en est pas ainsi, car, cela est maintenant prouvé, la plupart contenaient les véritables clefs d'ouvrages qui existent encore et qui sont actuellement incompréhensibles pour la majeure partie de leurs lecteurs, sans ces volumes additionnels de commentaires et d'explication.

98 Ermitages.

99 Temples.

100 Monts du Karakoram, Tibet occidental.

 

Telles, par exemple, les œuvres de Lao-tseu, prédécesseur de Confucius. On dit, en effet, qu'il écrivit 930 livres sur l'éthique et les religions, et 70 sur la magie, mille, au total. Son grand ouvrage, cependant, le Tao-te-King, cœur de sa doctrine ou écriture sacrée des Tao-sse, ne contient, comme le montre Stanislas Julien, qu'environ 5.000 mots 101, à peine une douzaine de pages pourtant le professeur Max Müller trouve que "le texte est inintelligible sans commentaires, et M. Julien a été obligé de consulter pour sa traduction plus de soixante commentateurs", les plus anciens remontant à l'année 163 avant l'ère chrétienne, et pas avant, comme nous le voyons. Pendant les quatre siècles et demi qui ont précédé cette époque des "plus anciens" commentateurs, on a eu largement  le temps de voiler la vraie doctrine de Lao-tseu aux yeux de tous, sauf de ses prêtres initiés. Les Japonais, chez qui se trouvent aujourd'hui les plus instruits des prêtres et des fidèles de Lao-tseu, ne font que rire des suppositions et bévues des sinologues européens et la tradition affirme que les commentaires, auxquels nos savants d'Occident ont accès, ne sont pas les vraies annales occultes, mais [I LIV] des voiles intentionnels, et que les vrais commentaires, aussi bien que presque tous les textes, ont depuis longtemps disparu des yeux du profane.

Des œuvres de Confucius nous lisons :

"Si nous considérons la Chine, nous trouvons que la religion de Confucius est fondée sur les cinq King et les quatre livres Shu – considérablement étendus en eux- mêmes et entourés des volumineux commentaires sans lesquels les lettrés, même les plus savants, ne s'aventuraient pas à explorer la profondeur de leur canon sacré 102."

Mais ils ne l'ont pas explorée, et c'est ce dont se plaignent les Confucianistes, comme le faisait en 1881, à Paris, un membre très érudit de cette école.

 101 Tao-te-King, p. XXVII.

102 Max Müller, op. cit., p. 114.

 

Si nos savants passent maintenant à l'ancienne littérature des religions sémitiques, aux Ecritures Chaldéennes, sœur aînée et institutrice, sinon source, de la Bible Mosaïque et point de départ du Christianisme, que trouvent-ils ? Pour perpétuer la mémoire des antiques religions de Babylone, pour consigner le vaste cycle d'observations astronomiques des Mages Chaldéens, pour justifier la tradition de leur littérature splendide et éminemment occulte : que reste-t-il maintenant ? Rien, sinon quelques fragments attribués à Bérose.

Encore ceux-ci sont-ils presque sans valeur, même comme fil conducteur pour retrouver le caractère des choses disparues, car ils ont passé par les mains de Sa Grandeur l'évêque de Césarée – qui s'était lui- même établi censeur et éditeur des archives sacrées des religions d'autrui – et ils portent sans doute encore la marque de sa plume éminemment véridique et digne de confiance. Quelle est, en effet, l'histoire de ce traité sur la religion, jadis si grande, de Babylone ?

Ecrit en grec, pour Alexandre le Grand, par Bérose, prêtre du temple de Bel, et d'après les annales astronomiques et chronologiques conservées par les prêtres de ce temple – annales qui embrassaient une période de 200.000 ans – ce traité est maintenant perdu. Dans le premier siècle avant Jésus-Christ, Alexandre Polyhistor en fit une série d'extraits, perdus aussi Eusèbe (270-340 de l'ère chrétienne) se servit de ces extraits pour écrire son Chronicon. Les points de ressemblance – presque d'identité – entre les Ecritures des Juifs  et celles des Chaldéens 103  rendaient ces dernières  fort [I LV] dangereuses pour Eusèbe, dans son rôle de défenseur et de champion de la foi nouvelle, qui avait adopté les écritures antérieures, et, avec elles, une chronologie absurde.

 Or, il est assez bien établi qu'Eusèbe n'épargna pas les tables synchroniques égyptiennes de Manéthon – à tel point que Bunsen 104 l'accuse d'avoir mutilé l'histoire de la façon la moins scrupuleuse, et Socrates, historien du Vème siècle, ainsi que Syncellus, vice-patriarche de Constantinople, au début du VIIIème, le dénoncent tous deux comme le plus impudent des contrefacteurs. Est-il donc vraisemblable qu'Eusèbe ait agi avec plus de délicatesse envers les annales Chaldéennes qui menaçaient déjà la nouvelle religion, si hâtivement acceptée ?

103 Cette concordance n'a été découverte et démontrée que récemment, grâce aux travaux  de Georges Smith (voir sa Chaldean Account of Genesis), de sorte que c'est la contrefaçon de l'Arménien Eusèbe qui a induit toutes les "nations civilisées", pendant plus de 1.500 ans, à accepter les dérivations Juives comme une révélation divine et directe !

104 Bunsen, Egypt's Place in History, I, p. 200.

A l'exception, donc, de ces fragments, plus que douteux, toute la littérature sacrée des Chaldéens a disparu aux yeux profanes, aussi complètement que l'Atlantide perdue. Quelques faits contenus dans l'histoire de Bérose sont donnés dans le second volume du présent ouvrage, et peuvent jeter une grande lumière sur la véritable origine des Anges Déchus, personnifiés par Bel et le Dragon.

Passant maintenant à la plus vieille littérature aryenne, le Rig Véda, et suivant strictement ici les données des Orientalistes eux-mêmes, l'étudiant verra que, bien que le Rig Véda ne contienne qu'environ 10.580 versets  ou 1.028 hymnes, néanmoins, et en dépit du secours des Brâhmanas et d'une masse de gloses et commentaires, il n'est pas encore, jusqu'à ce jour, correctement compris. Pourquoi ? Evidemment, parce que les Brâhmanas, "ces traités scolastiques les plus anciens sur les hymnes primitifs", demandent eux-mêmes une clef que les Orientalistes n'ont pu se procurer.

Que disent les savants de la littérature Bouddhiste ? La possèdent-ils entièrement, cette clef ? Assurément non. En dépit des 325 volumes du Kanjur et du Tanjur des Bouddhistes du Nord, dont chaque volume, paraît- il, "pèse de quatre à cinq livres", rien, en vérité, n'est connu du Lamaïsme réel. Pourtant, on dit que le canon de l'église du Sud contient 29.368.000 lettres dans le Saddharmâlankâra 105, ou, sans compter les traités et commentaires, cinq à six fois plus de matière que la Bible, celle-ci, d'après Max Müller, ne pouvant se vanter que de 3.567.180 lettres. Encore, à propos de ces 325 volumes (il y en a en réalité 333 : le Kanjur contenant 108 volumes et le Tanjur 225), "les traducteurs, au lieu de nous fournir des versions correctes, les ont entremêlées avec leurs propres commentaires, afin de justifier les [I LVI] dogmes de leurs diverses écoles" 106. De plus, "d'après une tradition conservée par les écoles bouddhistes, par celles du Sud comme par celles du Nord, le canon bouddhiste sacré comprenait à l'origine 80.000 à 84.000 traités, mais la plupart furent perdus et il n'en resta que 6.000" – dit le professeur. Perdus, comme toujours – pour les Européens. Mais, est-il bien sûr qu'ils soient perdus aussi pour les Bouddhistes et les Brâhmanes ?

105 Spence Hardy, The Legends and Theories of the Buddhists, p. 66.

106 E. Schlagintweit, Buddhism in Tibet, p. 77.

 

En considérant le caractère sacré, pour les Bouddhistes, de chaque ligne écrite sur le Bouddha et la Bonne Loi, la perte de 76.000 traités semble miraculeuse. Si le cas avait été inverse, tout homme connaissant la manière dont les choses se passent admettrait que, sur le nombre précité, 5.000 à 6.000 traités aient pu être détruits pendant les persécutions ou les émigrations qui ont eu lieu dans l'Inde. Mais comme il est établi que les Arhats Bouddhistes, afin de propager la foi nouvelle au-delà du Kasmir et des Himâlayas, commencèrent leur exode religieux dès 300  ans avant notre ère 107 et atteignirent la Chine en l'an 61 avant Jésus-Christ 108, époque où Kâshyapa, sur l'invitation de l'empereur Ming-ti, y alla pour faire connaître au "Fils du Ciel" les doctrines bouddhistes, il semble étrange d'entendre les Orientalistes parler d'une telle perte comme si elle était vraiment possible. Ils ne semblent pas admettre pour un moment la possibilité que les textes puissent n'être perdus que pour l'Ouest et pour eux-mêmes, ou que les peuples Asiatiques aient eu l'audace inouïe de garder leurs annales les plus sacrées hors de l'atteinte des étrangers, refusant de les livrer à la profanation et même à l'abus de races, même si "hautement supérieures".

Grâce aux nombreuses confessions et aux regrets exprimés par presque tous les Orientalistes 109, le public peut être convaincu, d'abord, que les étudiants des religions anciennes ont vraiment bien peu de données pour bâtir des conclusions, comme ils en ont l'habitude, au sujet des vieilles croyances, et, ensuite, que ce manque de données ne les empêche pas le moins du monde de dogmatiser. On pourrait s'imaginer que, grâce aux nombreuses annales de la théogonie égyptienne et des mystères conservées dans les classiques et nombre d'anciens auteurs, les rites et les dogmes de l'Egypte des Pharaons devraient au moins être bien compris [I LVII] mieux, en tout cas, que les philosophies trop abstraites et le Panthéisme de l'Inde, puisque avant le commencement de ce  siècle l'Europe n'avait, pour ainsi dire, aucune idée de la religion et du langage de ce pays. Le long du Nil, et sur toute la surface du pays, il y a en effet, maintenant, des reliques qui disent éloquemment leur propre histoire, et on en exhume de nouvelles chaque jour. Pourtant, il n'en est pas ainsi. Le savant philologue d'Oxford, lui-même, avoue la vérité, en disant :

107 Lassen (Ind. Althertumskunde, II, p. 1072) parle d'un monastère Bouddhiste établi dans la chaîne des Kailas, 137 ans av. Jésus-Christ, et le général Cunningham d'un autre encore plus ancien.

108 Rev. J. Edkins, Chinese Buddhism, p. 87.

109 Voir, par exemple, les Conférences de Max Müller.

 

"Nous voyons les pyramides encore debout, et les ruines des temples et de leurs labyrinthes avec leurs murs couverts d'inscriptions hiéroglyphiques et d'étranges peintures de dieux et de déesses. Sur des rouleaux de papyrus, qui semblent défier les ravages du temps, nous avons même des fragments de ce qu'on peut appeler les livres sacrés des Egyptiens. Cependant bien qu'on ait déchiffré beaucoup de choses dans les annales antiques de cette race mystérieuse, le ressort principal de la religion égyptienne et l'intention originelle de son culte cérémoniel sont loin de nous  être  révélés complètement." 110

Ici, encore, les mystérieux documents hiéroglyphiques sont restés, mais les clefs qui, seules, pouvaient les rendre intelligibles, ont disparu.

[En fait, nos grands égyptologues connaissent si peu les rites funèbres des Egyptiens et les marques extérieures de différence sexuelle faites sur les momies, qu'ils se sont laissés aller aux erreurs les plus comiques. Il n'y a qu'un an ou deux, on en découvrit une de ce genre à Boulaq-Caire. La momie de ce qu'on croyait la femme d'un Pharaon sans importance s'est transformée, grâce à une inscription trouvée sur une amulette pendue à son cou, en celle de Sésostris – le plus grand roi de l'Egypte !]

Néanmoins, ayant trouvé qu'"il y a un lien naturel entre le langage et la religion", et, en second lieu, "qu'il y avait une religion aryenne commune avant la séparation de la race aryenne une religion sémitique, commune avant la séparation de la race sémitique, une religion touranienne commune avant la séparation des Chinois et des autres tribus appartenant à la classe touranienne" n'ayant découvert, au bout du compte, que "trois anciens centres de religion" et "trois centres de langage", et bien qu'entièrement ignorant de ces religions et langages primitifs, comme de leur origine – le professeur n'hésite pas à déclarer "qu'une base vraiment historique, pour un examen scientifique de ces principales religions du monde", a été obtenue !

110 Op. cit., p. 118.

 

Un "examen scientifique" du sujet n'est pas une garantie [I LVIII] pour sa "base historique", et avec la rareté des données qui sont à sa portée, aucun philologue, même parmi les plus éminents, n'est justifié à donner ses propres conclusions pour des faits historiques. Sans doute, l'éminent Orientaliste a prouvé, à la satisfaction du monde, que, d'après la loi phonétique de Grimm, Odin et Bouddha sont deux personnages différents, distincts l'un de l'autre, et il l'a prouvé  scientifiquement. Lorsque, pourtant, sans s'arrêter, il saisit l'occasion de dire qu' "Odin était adoré comme la divinité suprême durant une période bien antérieure à l'âge du Véda et d'Homère" 111, cette déclaration n'a pas la moindre "base historique", car il subordonne l'histoire et les faits à ses propres conclusions : c'est peut-être très "scientifique" pour les savants de l'Orient, mais très loin de la vérité. En ce qui concerne les Védas et leur chronologie, les vues opposées de divers philologues et Orientalistes éminents, de Martin Hang à Max Müller lui-même, sont une preuve évidente que la théorie ne peut s'appuyer sur aucune "base historique", "l'évidence intrinsèque" étant plus souvent un feu follet qu'un phare digne de confiance. Et la science moderne de la Mythologie comparée n'est pas davantage en mesure de contredire les savants auteurs, qui,  depuis un siècle environ, ont prétendu avec insistance qu'il a dû y avoir "des fragments d'une révélation primitive, accordée aux ancêtres de toute  la race humaine... fragments conservés dans les temples de Grèce et d'Italie". Car c'est là ce que tous les Initiés et Pandits de l'Orient ont périodiquement proclamé. D'autre part, un prêtre cingalais éminent nous a assuré, comme un fait certain, que les traités sacrés les plus importants du Canon sacré bouddhiste étaient déposés en des pays et des endroits inaccessibles aux pandits Européens et feu Swâmi Dayânand Sarasvatî, le plus grand sanscritiste hindou de son temps, a affirmé la même chose à certains membres de la Société Théosophique, en ce qui concerne les anciens ouvrages brâhmaniques. Le saint et savant homme se prit à rire quand on lui dit que le professeur Max Müller avait déclaré aux auditeurs de ses conférences que la théorie "d'une révélation primordiale et préter- naturelle accordée aux pères de la race humaine ne trouve aujourd'hui qu'un  petit  nombre  d'adhérents".  Sa  réponse  est  suggestive :  –  "Si M. Moksh Mouller (comme il prononçait son nom) était un Brâhmane et venait avec moi, je pourrais le mener à une grotte gupta (crypte secrète) près d'Okhee Math, dans les Himâlayas, où il découvrirait bientôt que ce qui a traversé le Kâlapâni (les eaux noires de l'Océan), de l'Inde en Europe, ne sont que les [I LIX] fragments des copies rejetées de quelques passages de nos livres sacrés. Il existait une "révélation primordiale", et elle existe encore et elle ne sera jamais perdue pour le monde, car elle y reparaîtra seulement, les Mléchchhas 112 devront attendre".

Pressé  de  questions  sur ce  point,  il  n'en  voulut  pas dire davantage.

Cela se passait à Meerut, en 1880.

Sans doute, la mystification dont, au siècle dernier, à Calcutta, le colonel Wilford et sir William Jones furent l'objet de la part des Brâhmanes, était cruelle. Mais elle était bien méritée, et nul n'était plus à blâmer dans l'affaire que les missionnaires et le colonel lui-même. Les premiers, d'après le témoignage de sir William Jones en personne 113, étaient assez sots pour soutenir que "les Hindous, aujourd'hui même, étaient presque chrétiens, parce que leur Brahmâ, Vishnou, et Mâhèsha n'étaient autre chose que la trinité chrétienne" 114. C'était une bonne leçon. Elle a rendu les Orientalistes doublement prudents peut-être même a-t-elle laissé trop de timidité à certains d'entre eux et la réaction a-t-elle fait revenir trop loin, en sens contraire, le pendule des conclusions préétablies. Car, "cette première fourniture du marché Brâhmanique", en réponse à l'exigence du colonel Wilford, a évidemment créé chez les Orientalistes le besoin et le désir de déclarer que presque tous les manuscrits sanscrits archaïques sont si modernes qu'ils justifient pleinement les missionnaires de saisir cette occasion pour s'en prévaloir. Qu'ils le fassent de toute la force de leur intelligence, est démontré par certaine tentative récente et absurde pour prouver que l'histoire de Krishna, qui se trouve dans les Purânas, a été un plagiat de la Bible par les Brâhmanes ! Mais les faits cités par le professeur d'Oxford dans ses conférences, au sujet des interpolations devenues célèbres et faîtes d'abord au bénéfice du colonel Wilford, avant d'être cause de chagrin pour lui, ne s'opposent nullement aux conclusions qui s'imposent à quiconque étudie la DOCTRINE SECRETE. Car, si les résultats montrent que ni le Nouveau, ni même l'Ancien Testament, n'ont rien emprunté aux religions plus anciennes des Brâhmanes et des Bouddhistes, il ne s'ensuit pas que les Juifs n'aient pas emprunté tout ce qu'ils savaient aux [I LX] annales Chaldéennes, plus tard mutilées par Eusèbe. Quant aux Chaldéens, ils devaient assurément leur savoir primitif aux Brâhmanes, car Rawlinson montre, dans la mythologie de Babylone du début, une influence indubitablement védique et le colonel Vans Kennedy a depuis longtemps, et avec raison, déclaré que la Babylonie fut, dès l'origine, le siège d'études sanscrites et brâhmaniques. Mais il faut croire que toutes les preuves de ce genre perdent leur valeur devant la dernière théorie élaborée par le professeur Max Müller. Tout le monde la connaît. Le code des lois phonétiques est maintenant devenu un solvant universel pour toute identification et "connexion" entre les dieux de nombreuses nations. Ainsi, bien que la mère de Mercure (Budha, Thoth, Hermès, etc.) fût Maïa, la même que celle de Bouddha (Gâutama), Mâyâ, et celle de Jésus, Mâyâ, encore (illusion, car Marie est Mare, la Mer, symbole de la grande illusion) – pourtant, ces trois personnes n'ont et ne peuvent avoir aucun rapport, depuis que Bopp a "établi son code des lois phonétiques".

111 Op. cit., p. 318.

112 Etrangers.

113 Asiatic Researches, 1, 272.

114 Voir Max Müller, op. cit., pp. 288 et suivantes. Il s'agit ici de l'adroite fabrication, sur des feuillets insérés dans de vieux manuscrits Purâniques, en sanscrit correct et archaïque, de tout ce que les Pandits avaient entendu dire au colonel Wilford au sujet d'Adam, d'Abraham, de Noé et de ses trois fils, etc.

 

Dans leurs efforts pour réunir les nombreux écheveaux de l'histoire non écrite, nos Orientalistes font un pas bien hardi en niant a priori tout ce qui ne s'emboîte pas dans leurs conclusions spéciales. Ainsi, tandis qu'on découvre tous les jours l'existence, reculée dans la nuit des temps, de sciences et d'arts importants, on refuse à quelques-unes des nations les plus anciennes la simple connaissance de l'écriture, et on traite leur culture de barbarie. Pourtant, les traces d'une immense civilisation, même dans l'Asie Centrale, peuvent encore se retrouver. Cette civilisation est incontestablement préhistorique. Et comment pourrait-il exister une civilisation sans une forme quelconque de littérature, sans annales ou chroniques ? Le sens commun devrait suffire à remplacer les anneaux brisés dans l'histoire des nations disparues. La muraille gigantesque et ininterrompue des montagnes qui bordent tout le plateau du Tibet, depuis le cours supérieur de la rivière Khuan-Khé jusqu'aux collines de Kara- Korum, a vu une civilisation qui a duré des milliers d'années, et pourrait dire au genre humain d'étranges secrets. Il fut un temps où les parties orientales et centrales de cette région – le Nan-Chang et l'Altyn-Tagh –étaient couvertes de cités qui pouvaient rivaliser avec Babylone. Toute une période géologique a passé sur la terre depuis la dernière heure de ces cités, comme en témoignent les monticules de sable mouvant et le sol maintenant stérile et mort des immenses plaines centrales du bassin de Tarim, dont les bords seuls sont superficiellement connus des  voyageurs. A l'intérieur de ces plateaux de sable il y a de l'eau ; on y trouve de fraîches et  florissantes  oasis,  où  aucun  pied  européen  ne  s'est  encore [I LXI] aventuré, dont nul n'a foulé le sol maintenant dangereux. Parmi ces verdoyantes oasis, il y en a qui sont entièrement inaccessibles à tout voyageur profane, fut-il indigène. Les ouragans peuvent "déchirer les sables et balayer des plaines entières", ils sont impuissants à détruire ce qui est au-delà de leur atteinte. Bâtis profondément dans les entrailles de la terre, les magasins souterrains sont en sûreté et comme leurs entrées sont cachées, il n'y a pas lieu de craindre qu'elles soient découvertes, lors même que plusieurs armées envahiraient les solitudes sablonneuses où Pas un étang, pas un buisson, pas une maison ne sont en vue, Et    les    chaînes     montagneuses,     comme     un    écran déchiqueté, Entourent la platitude aride du désert sec et brûlé...

Mais il n'est pas besoin d'envoyer le lecteur dans le désert, alors que les mêmes preuves d'antique civilisation se trouvent dans les parties relativement peuplées du même pays. L'oasis de Tchertchen, par exemple, située à environ 1.200 mètres au-dessus du niveau de la rivière Tchertchen Darya, est entourée de tous côtés par les ruines de villes et cités archaïques. Il y a là quelque trois mille êtres humains qui représentent les reliquats d'environ cent nations et races éteintes et dont les noms mêmes sont actuellement inconnus de nos ethnologues. Un anthropologiste se trouverait plus qu'embarrassé pour les classer, les diviser et les subdiviser d'autant plus que les descendants respectifs de toutes ces races et tribus antédiluviennes sont, eux-mêmes, aussi ignorants au sujet de leurs propres ancêtres que s'ils étaient tombés de la lune. Quand on les questionne sur leur origine, ils répondent qu'ils ne savent pas d'où leurs pères sont venus, mais ils ont entendu dire que les plus anciens étaient gouvernés par les grands Génies de ces déserts. Cela peut être mis sur le compte de l'ignorance  et  de  la  superstition.  La  DOCTRINE  SECRETE admet cependant, d'après ses données, que cette réponse puisse provenir d'une tradition primordiale. C'est ainsi qu'une tribu du Khorassan prétend venir de ce qui est actuellement l'Afghanistan, bien avant le temps d'Alexandre, et appuie cette prétention d'un fonds légendaire. Le colonel voyageur russe Prjevalsky (maintenant général) a trouvé, tout près de l'oasis de Tchertchen,  les  ruines  de  deux  cités  énormes,  dont  la  plus   ancienne, d'après la tradition locale, fut détruite, il y a trois mille ans, par un héros géant, et l'autre par les Mongols du Xème siècle de notre ère.

"L'emplacement des deux cités est maintenant  couvert, du fait des sables mouvants et du vent du désert, de reliques étranges et hétérogènes de porcelaines brisées, d'ustensiles de cuisine et [I LXII] d'ossements humains. Les indigènes trouvent souvent des  monnaies de cuivre et d'or, des lingots d'argent fondu, des diamants, des turquoises, et, ce qui est plus remarquable, du verre brisé... On trouve aussi des cercueils faits d'un bois ou d'une matière imputrescible, contenant des corps embaumés en parfait état de conservation... Toutes les momies mâles sont celles d'hommes grands et fortement bâtis, avec de longs cheveux ondulés... On a découvert un caveau dans lequel douze hommes se trouvaient assis. Une autre fois, dans un cercueil à part, nous avons trouvé une jeune fille. Ses yeux étaient fermés par des disques dorés, et les mâchoires solidement retenues par une bride dorée qui passait sous le menton et sur le sommet de la tête. Elle était vêtue d'une étroite tunique de laine, son sein était couvert d'étoiles dorées, et  ses  pieds étaient nus 115."

115 Extrait d'une conférence de N.M. Prjevalsky.

 

Le fameux voyageur ajoute que tout le long de la route, sur la rivière Tchertchen Darya, on racontait des légendes au sujet de vingt-trois villes ensevelies depuis des âges par les sables mouvants des déserts. La même tradition existe sur le Lob-nor et dans l'oasis de Kerya.

Les traces d'une telle civilisation, ces traditions et les similaires nous donnent le droit d'admettre d'autres légendes affirmées par les natifs bien éduqués et instruits d'Inde et de Mongolie, qui parlent de bibliothèques immenses gagnées sur le sable, ainsi que de divers vestiges de l'ancienne science magique, qui ont tous été mis en sûreté.

Récapitulons. La DOCTRINE SECRETE était la religion universellement répandue dans le monde antique et préhistorique. Les preuves de sa diffusion, les annales authentiques de son histoire, une chaîne complète de documents montrant son caractère et sa présence en tous pays, ainsi que l'enseignement de ses grands Adeptes, existent encore maintenant dans les cryptes secrètes de bibliothèques appartenant à la Fraternité Occulte.

Cette affirmation acquiert de la vraisemblance si l'on considère les faits suivants : la tradition que des milliers d'anciens parchemins ont été sauvés lors de la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie ; les milliers d'œuvres sanscrites qui ont disparu en Inde sous le règne d'Akbar la tradition universelle en Chine et au Japon que les antiques textes véritables, ainsi que les commentaires qui, seuls, les rendent compréhensibles, le tout s'élevant à plusieurs milliers de volumes, sont depuis longtemps hors d'atteinte des mains profanes ; la disparition de la vaste littérature sacrée et occulte de Babylone ; la perte de ces clefs qui, seules, pourraient résoudre les mille énigmes des annales hiéroglyphiques de [I LXIII] l'Egypte ; la tradition indienne que les commentaires véritables et secrets qui, seuls, rendent les Védas intelligibles, bien qu'ils ne soient plus visibles aux yeux profanes, demeurent accessibles à l'Initié, cachés dans des grottes et des cryptes secrètes et, parmi les Bouddhistes, une croyance identique en ce qui concerne leurs livres secrets.

Les Occultistes affirment que tous ces documents existent, à l'abri des mains spoliatrices des Occidentaux, pour reparaître dans un âge plus éclairé, que, d'après feu Swami Dayanand Sarasvati, "les Mléchchhas [les rejetés, les sauvages, ceux qui sont en dehors de la civilisation aryenne] auront à attendre".

Car, ce n'est pas la faute des Initiés si ces documents sont maintenant "perdus" pour le profane et leur conduite n'a pas été dictée par l'égoïsme, ni par le désir de monopoliser la science vivifiante et sacrée. Il est certaines portions de la Science Secrète qui, pendant des âges incalculables, ont dû rester cachées aux regards profanes. Mais  c'était parce  que,  découvrir  à  la  multitude  non  préparée  des  secrets d'une importance aussi effrayante serait revenu au même que donner à un enfant une chandelle allumée dans une soute à poudre.

Il est bon d'insister ici sur la réponse à une question qui s'est souvent posée dans l'esprit des étudiants, en face de déclarations de cette nature. On comprend bien, disent-ils, la nécessité de cacher à la foule des secrets comme celui du Vril, cette force dévastatrice découverte par J.W. Keely, de Philadelphie, mais on ne voit pas le danger qu'il y a à révéler une doctrine purement philosophique, comme, par exemple, l'évolution des Chaînes Planétaires.

Le danger est celui-ci : des doctrines comme celle de la Chaîne Planétaire ou des sept Races donnent immédiatement une clef de la nature septuple de l'homme, car chaque principe est en corrélation avec un plan, une planète et une race et les principes humains sont, sur chaque plan, en corrélation avec les septuples forces occultes, celles des plans supérieurs possédant un pouvoir effrayant. De sorte que toute division septénaire donne de suite la clef de terribles puissances occultes, dont l'abus causerait d'incalculables maux à l'humanité ; clef qui, peut-être, n'en est pas une pour la génération actuelle – spécialement pour les Occidentaux, protégés par leur aveuglement même, par leur ignorance matérialiste et leur incrédulité à l'occulte – mais qui, néanmoins, aurait eu une valeur réelle dans les premiers siècles de l'ère chrétienne alors que les gens étaient pleinement convaincus de la réalité de l'Occultisme, et entraient dans un [I LXIV] cycle de dégradation qui les rendait mûrs pour l'abus des pouvoirs occultes et la sorcellerie de la pire espèce.

Les documents furent cachés, il est vrai, mais la science elle-même et son existence toujours présente ne furent jamais traitées comme un secret par les Hiérophantes des Temples où les MYSTERES ont toujours été employés comme une discipline et un stimulant pour la vertu. Ce sont là de très vieilles nouvelles révélées bien des fois par les grands Adeptes, depuis Pythagore et Platon jusqu'aux Néo-Platoniciens. C'est la nouvelle religion des Nazaréens qui opéra un changement en pire – dans la politique des siècles.

De plus, il est un fait bien connu – et très curieux, qui a été affirmé à l'auteur par une personne respectable et digne de foi, attachée pendant des années à une ambassade russe – c'est qu'il existe, dans les Bibliothèques Impériales de Saint-Pétersbourg, plusieurs documents prouvant que, même à l'époque récente où la Franc-Maçonnerie et les Sociétés Secrètes de Mystiques florissaient librement en Russie, c'est-à-dire à la fin du dernier siècle et au début du présent siècle 116, plus d'un mystique russe alla au Tibet, en passant par les monts Ourals, pour y chercher le savoir et l'initiation, dans les cryptes inconnues de l'Asie Centrale. Et plus d'un revint, après des années, avec une riche provision de renseignements qu'il n'aurait pu se procurer nulle part en Europe. Nous pourrions citer plusieurs cas, et mettre en avant des noms bien connus, si ce n'était qu'une telle publicité pourrait gêner les survivants des familles de ces Initiés défunts. Quiconque veut s'assurer du fait n'a qu'à consulter les Annales et l'histoire de la Franc-maçonnerie dans les archives de la métropole russe.

116 XVIIIème et XIXème  s.

 

Ces faits corroborent ce qui a été déjà affirmé plusieurs fois, et malheureusement avec peu de discrétion. Au lieu de rendre service à l'humanité, les virulentes accusations d'invention délibérée et d'imposture intéressée contre ceux qui affirmaient tel fait, aussi vrai que peu connu, n'ont engendré que du mauvais Karma pour les calomniateurs. Mais maintenant le mal est fait, et la vérité ne doit plus être niée, qu'elles qu'en soient les conséquences.

La Théosophie est-elle donc une nouvelle religion, nous demande-t- on ? En aucune façon ce n'est pas une "religion", sa philosophie n'est pas "nouvelle" car, nous l'avons dit, elle est aussi vieille que l'homme pensant. Ses doctrines ne sont pas maintenant publiées pour la première fois, mais ont été prudemment révélées à plus d'un Initié européen, et enseignées par plusieurs d'entre eux – spécialement par feu Ragon. [I LXV]

Plus d'un grand savant a déclaré qu'il n'y avait pas un seul fondateur de religion, Aryen, Sémite ou Touranien, qui ait inventé une nouvelle religion ou révélé une vérité nouvelle. Ces fondateurs étaient tous des transmetteurs, non des instructeurs originaux. Ils étaient les auteurs de formes et interprétations nouvelles, mais les vérités sur lesquelles celles-ci étaient fondées étaient aussi vieilles que le genre humain. Choisissant une ou plusieurs de ces grandes vérités, réalités visibles seulement à l'œil du vrai Sage et Voyant, parmi le nombre de celles qui furent oralement révélées à l'homme au commencement, préservées et perpétuées dans l'Adyta des temples par l'initiation, durant les MYSTERES, par transmission personnelle – ils révélèrent ces vérités aux masses. Ainsi, chaque nation reçut, à son tour, quelques-unes desdites vérités, sous le voile de son symbolisme local et spécial, ce qui, au cours du temps, se développa en un culte plus ou moins philosophique – un Panthéon sous le déguisement mythique. Confucius, par exemple, un législateur très ancien dans la chronologie historique, bien que sage très moderne dans l'histoire du monde, est appelé, par le docteur Legge 117, "un transmetteur, au plus haut degré, non un créateur", comme Confucius lui-même le dit : "Je ne fais que transmettre ; je ne crée rien de nouveau. Je crois aux anciens et, par conséquent, je les aime 118."

117 Lün-Yü, cité par Schott, Chinesische Literatur, p. 7 cité par Max Müller.

118 J. Legge, Life and Teachings of Confucius, vol. 1, p. 95.

 

L'auteur aussi aime et, par conséquent, croit, les anciens et les modernes héritiers de leur Sagesse. Et avec cette double foi, elle transmet maintenant ce qu'elle a reçu et appris elle-même, à tous ceux qui voudront l'accepter. Quant à ceux qui peuvent rejeter son témoignage – la grande majorité – elle ne leur en voudra pas, car en niant ils ont raison à leur manière, tout autant qu'elle en affirmant, puisque eux et elle regardent la Vérité de deux points de vue entièrement différents. D'après les règles  de la science critique, l'Orientaliste doit rejeter a priori toute déposition qu'il ne peut pas vérifier entièrement lui-même. Et comment un savant occidental peut-il accepter, sur ouï-dire, des choses sur lesquelles il ne sait rien ? A vrai dire, ce qui est donné dans les présents volumes est emprunté à l'enseignement oral autant qu'aux doctrines écrites. La première partie des doctrines ésotériques est fondée sur des STANCES, qui sont les annales d'un peuple inconnu de l'ethnologie. On affirme, ici, que ces STANCES sont écrites dans une langue absente de la nomenclature des langues et dialectes avec lesquels la philosophie [I LXVI] est familière ; on dit qu'elles émanent d'une source, l'Occultisme, répudiée par la Science et, enfin, elles sont offertes par un intermédiaire constamment déprécié par tous ceux qui haïssent les vérités gênantes, ou luttent pour la défense de quelque marotte personnelle. Aussi faut-il s'attendre, et se soumettre d'avance, à ce que ces doctrines soient rejetées. Aucun de ceux qui s'intitulent "savants", dans quelque département que ce soit de la Science exacte, ne se permettra de les prendre au sérieux. Elles seront tournées en dérision et rejetées a priori dans le siècle actuel, mais dans ce siècle seulement. Car, au XXème siècle de notre ère, les savants commenceront à reconnaître que la DOCTRINE SECRETE n'a été ni inventée ni  exagérée, mais, au contraire, qu'elle a été à peine esquissée et, enfin, que ses enseignements sont antérieurs aux Védas. [Ce n'est pas prétendre au don de prophétie ; c'est une simple affirmation basée sur la connaissance des faits. En chaque siècle, on essaye de montrer au monde que l'Occultisme n'est pas une vaine superstition. Dès qu'on aura pu entrouvrir la porte, elle s'ouvrira de plus en plus, à chaque siècle nouveau. Les temps sont mûrs pour l'avènement d'une connaissance, encore très limitée, mais plus sérieuse que celle qu'il a été permis de donner jusqu'à présent.

 Les Védas, du reste, n'ont-ils pas été tournés en dérision, rejetés, traités de "faux moderne", il n'y a pas plus de quelque cinquante ans ? 119 N'a-t-on pas proclamé, à un certain moment, que le Sanscrit était un descendant, un dérivé du grec, d'après Lemprière et autres savants ? Vers 1820, nous dit le professeur Max Müller, les livres sacrés des Brâhmanes, des Mages et des Bouddhistes "étaient à peine connus, on doutait même de leur existence, et il n'y avait pas un seul savant qui pût traduire une ligne du Véda... du Zend Avesta, ou... du Tripitaka Bouddhiste. Et maintenant il est prouvé que les Védas sont l'œuvre de la plus haute antiquité, et que leur conservation touche au merveilleux" 120.

On en dira autant de la Doctrine Secrète Archaïque, quand des preuves indéniables de son existence et de ses annales auront été données. Mais des siècles devront s'écouler avant qu'il en soit donné beaucoup plus. A propos de la perte presque complète pour le monde de la clef des Mystères du Zodiaque, l'auteur remarquait dans Isis dévoilée, il y a environ dix ans : "Cette clef doit être tournée sept fois avant que le système soit tout entier divulgué. Nous ne donnerons ici qu'un seul tour, et nous permettrons ainsi au [I LXVII] profane un coup d'œil dans le mystère. Heureux celui qui comprendra l'ensemble !" 121

119  Ecrit en 1887 ou 1888. 

120 Conférence sur les Védas.

121 Isis Unveiled, II, p. 461.

 

Il en est, du reste, de même de tout le Système Esotérique. Un tour de clef, et pas plus, a été donné dans Isis dévoilée. Beaucoup plus est expliqué dans ces volumes. A l'époque de cette publication, l'auteur connaissait à peine la langue dans laquelle elle écrivait, et la révélation de bien des choses, dont on parle maintenant ouvertement, était alors défendue. Au XXème  siècle, quelque disciple plus instruit et beaucoup plus apte sera peut-être envoyé par les Maîtres de Sagesse pour donner les preuves finales et irréfutables qu'il existe une Science appelée Gupta Vidyâ ; et que, comme les sources mystérieuses du Nil, la source de toutes les religions et philosophies actuellement connues, oubliée et perdue pendant des âges par l'humanité, est enfin retrouvée.

L'introduction d'une œuvre comme celle-ci ne devrait pas être une simple préface, mais bien un volume – et un volume donnant des faits, non de simples dissertations, car la Doctrine Secrète n'est ni un traité, ni une série de théories vagues, mais un exposé de tout ce qui peut être donné au monde en ce siècle.

Il serait plus qu'inutile de publier, dans ces pages mêmes, les portions des doctrines ésotériques qui ont échappé à la réclusion, si l'on n'établissait tout d'abord la vérité et l'authenticité, ou au moins la probabilité, de l'existence de semblables enseignements. Les déclarations que nous allons faire doivent être appuyées de divers témoignages, entre autres ceux des anciens philosophes, des classiques, et même de certains Pères de l'Eglise instruits dont certains connaissaient ces doctrines parce qu'ils les avaient étudiées, parce qu'ils avaient vu et lu des ouvrages sur le sujet et certains parce qu'ils avaient même été personnellement initiés aux anciens Mystères pendant l'accomplissement desquels les doctrines cachées étaient allégoriquement représentées. L'auteur devra donner des noms historiques et dignes de confiance, citer des auteurs, anciens et modernes, bien connus, de capacité indiscutée, de jugement sain, de véracité éprouvée ; nommer aussi quelques-uns des plus avancés et des plus fameux adeptes des arts et sciences secrètes, et parler en même temps des mystères de ces dernières, à mesure qu'ils sont divulgués, ou plutôt, partiellement présentés au public sous leur forme étrange et archaïque.

Comment s'y prendre ? Quel est le meilleur moyen d'atteindre un tel objet ? – C'est la question qui s'est sans cesse posée. Pour rendre notre plan plus clair, nous pouvons essayer une comparaison. Lorsqu'un touriste, venant d'une [I LXVIII] contrée parfaitement explorée, atteint soudain les frontières d'une terra incognita, environnée et cachée à la vue par une formidable barrière de rochers infranchissables, il peut refuser de se reconnaître battu dans ses plans d'exploration. L'accès lui est interdit. Mais s'il ne peut visiter en personne la mystérieuse région, il peut trouver le moyen de l'examiner d'aussi près que possible. Aidé par la connaissance des paysages qu'il a laissés derrière lui, il peut obtenir une idée générale  et assez correcte de la région cachée en grimpant, par exemple, au sommet des hauteurs voisines. Une fois là, il peut regarder à loisir et comparer ce qu'il aperçoit vaguement avec ce qu'il vient de laisser en bas, à présent que, grâce à ses efforts, il a dépassé la ligne des brumes et des falaises ennuagées.

Une occurrence de ce genre ne peut être donnée ici à ceux qui voudraient mieux comprendre les mystères des périodes pré-archaïques contenus dans les textes. Mais si le lecteur veut bien prendre patience, jeter un coup d'œil sur l'état actuel des croyances de l'Europe, et les comparer à ce que l'histoire connaît des âges qui ont directement précédé ou suivi le commencement de l'ère chrétienne, il trouvera, dans un volume à venir du présent ouvrage, tous les renseignements nécessaires 122.

122 [Les mots de l'édition de 1888 sont : "dans le volume III de cet ouvrage".]

 

Nous donnerons dans ce volume une brève récapitulation des principaux Adeptes historiquement connus, et nous décrirons la décadence des Mystères, décadence après laquelle on commença à effacer systématiquement et à faire ensuite disparaître complètement de la mémoire des hommes la nature réelle de l'Initiation et de la Science Sacrée. A partir de cette époque, ses enseignements devinrent Occultes, et la Magie ne navigua que trop souvent sous les couleurs vénérables, mais souvent trompeuses, de la Philosophie Hermétique. De même que le Vrai Occultisme avait prévalu, chez les Mystiques, durant les siècles qui précédèrent notre ère, ainsi, la Magie, ou plutôt la Sorcellerie, avec ses Arts Occultes, suivit la naissance du Christianisme.

Malgré leur énergie et leur zèle, les efforts fanatiques, dans ces siècles primitifs, pour oblitérer toute trace du travail mental et intellectuel des Païens, restèrent sans effet mais le même esprit du sombre démon de bigoterie et d'intolérance a, toujours et systématiquement, depuis cette époque, dénaturé toutes les pages brillantes écrites durant les périodes pré- chrétiennes. Pourtant l'histoire, malgré l'imperfection de ses annales, a conservé assez de ce qui a survécu pour jeter sur le tout une lumière impartiale. Que le lecteur [I LXIX] s'arrête donc un instant, avec nous, sur le point d'observation choisi. Nous attirons toute son attention sur ce millénaire qui a séparé les périodes pré-chrétienne et post-chrétienne par l'an Un de la Nativité. Cet événement – qu'il soit historiquement exact ou non – a été néanmoins employé comme un premier signal pour l'érection de remparts multiples, destinés à prévenir tout retour possible, et même tout coup d'œil en arrière vers les religions odieuses du Passé : religions haïes et craintes, parce qu'elles jettent une lumière trop vive sur l'interprétation nouvelle, et voilée à dessein, de ce qu'on  appelle aujourd'hui la "Nouvelle Dispensation".

Les efforts surhumains des premiers Pères de l'Eglise pour effacer la DOCTRINE SECRETE de la mémoire même de l'homme ont tous échoué. La Vérité ne peut être tuée ; c'est pour cela qu'ils n'ont pas réussi à balayer entièrement de la surface de la terre les vestiges de l'antique Sagesse, ni à garrotter et bâillonner tous ceux qui lui portaient témoignage. Que l'on pense seulement aux milliers, et peut-être aux millions de manuscrits brûlés, aux monuments réduits en poussière parce qu'ils portaient des inscriptions trop indiscrètes ou des peintures d'un symbolisme trop instructif aux bandes d'ermites et d'ascètes qui, de bonne heure, ont erré parmi les cités ruinées de la haute et basse Egypte, dans les déserts et les montagnes, dans les vallées et les hautes terres, cherchant anxieusement, pour les détruire, tout obélisque ou pilier, tout rouleau ou parchemin, portant le symbole du Tau, ou tout autre signe que la foi nouvelle avait emprunté et s'était approprié – et l'on verrait clairement comment il se fait qu'il soit resté si peu des archives du passé. En vérité, l'esprit démoniaque de fanatisme des premiers siècles et du moyen âge chrétiens et islamiques s'est complu à se confiner, dès le début, dans l'obscurité et l'ignorance, et a rendu "... le soleil comme du sang et fait de la terre une tombe, De la tombe un enfer, et de l'enfer une ombre plus profonde !"

Ces deux religions ont acquis leurs prosélytes à la pointe de l'épée ; toutes deux ont bâti leurs églises sur des hécatombes de victimes humaines entassées jusqu'au ciel. Sur la porte du premier siècle de notre ère brillaient ces mots fatals et sinistres : "LE KARMA  D'ISRAEL".  Sur  celle  du nôtre 123, le futur voyant pourra discerner d'autres mots, indiquant le Karma de l'HISTOIRE habilement inventée, des événements pervertis à dessein, des grands hommes calomniés par la postérité, broyés jusqu'à n'être plus reconnaissables entre les deux chars de Jagannâtha – la Bigoterie et le Matérialisme, [I LXX] l'un acceptant trop, l'autre niant tout. Sage est celui qui sait se tenir dans le milieu doré, confiant en l'éternelle justice des choses !

123 XIXème s.

 

D'après Faigi Dîwân, "témoin des discours merveilleux d'un libre penseur qui appartient à mille sectes :

"Au jour de la résurrection, quand seront pardonnées les choses passées, les péchés de la Ka'bah seront effacés grâce à la poussière des églises chrétiennes."

A quoi le professeur Max Müller réplique :

"Les péchés d'Islam n'ont pas plus de valeur que la poussière du Christianisme. Au jour de la résurrection, les mahométans, comme les chrétiens, verront la vanité de leurs doctrines religieuses. Sur la terre, les hommes se battent pour la religion au ciel, ils découvriront qu'il n'y a qu'une seule religion vraie : l'adoration de L'ESPRIT de Dieu 124."

124 Op. cit., p. 257.

 

En d'autres termes : "IL N'Y A PAS DE RELIGION [OU DE LOI] PLUS ELEVEE QUE LA VERITE." – (Satyât Nâsti Paro Dharmah) – suivant la devise des Mahârâjahs de Bénarès, adoptée par la Société Théosophique.

Nous avons dit dans la Préfaceque La Doctrine Secrèten'était pas une autre version d'Isis dévoilée, comme l'avait été notre première intention. C'est plutôt un ouvrage servant à expliquer l'œuvre précédente, un corollaire indispensable de cette dernière bien qu'indépendant d'elle. Plus d'une question présentée dans Isis ne pouvait guère être comprise par les Théosophes de cette époque ; La Doctrine Secrètejettera de la lumière sur bien des problèmes laissés sans solution dans le premier ouvrage, spécialement sur ses premières pages qui n'ont jamais été comprises.

N'ayant à nous occuper que des philosophies qui rentrent dans nos temps historiques, et du symbolisme respectif des nations disparues, nous ne pouvions, dans les deux volumes d'Isis, jeter qu'un rapide coup d'œil sur le panorama de l'Occultisme. Dans le présent ouvrage, nous donnons   une cosmogonie détaillée de l'évolution des quatre races humaines qui ont précédé l'Humanité de la Cinquième – la nôtre – et les  gros volumes actuels expliqueront ce qui est simplement déclaré à la première page d'Isis dévoilée et dans quelques allusions trouvées çà et là dans le livre. Nous ne pourrions, dans les présents volumes, entreprendre le vaste catalogue des Sciences archaïques, avant d'avoir déblayé les problèmes aussi colossaux que ceux de l'Evolution cosmique et planétaire, et du développement graduel des mystérieuses [I LXXI] humanités et races qui  ont précédé notre Humanité Adamique. Aussi, l'effort fait actuellement pour élucider quelques mystères de la Philosophie Esotérique n'a, en réalité, rien à faire avec l'ouvrage précédent. Que l'on permette à l'auteur de le prouver par un exemple.

Le premier volume d'Isis commence par une allusion à  "un vieux livre" :

 "Si vieux que nos antiquaires modernes pourraient indéfiniment méditer sur ses pages, sans pouvoir se mettre d'accord au sujet de la nature de ce tissu sur  quoi il est écrit. C'est la seule copie originale existant actuellement. Le plus ancien document Hébreu sur la science occulte – le Siphrah Dzéniutha – a été compilé d'après ce vieil ouvrage, et cela à une époque où il était déjà considéré comme une relique littéraire. Une de ses illustrations représente l'Essence Divine émanant d'ADAM 125 sous forme d'un arc lumineux formant un cercle ayant atteint le plus haut point de sa circonférence, la Gloire ineffable, il se replie et revient à la terre, apportant dans son tourbillon un type supérieur d'humanité. A mesure qu'elle se rapproche de notre planète, l'Emanation devient de plus en plus ténébreuse, et enfin, en touchant terre, elle est noire comme la nuit."

Ce très "vieux livre" est l'œuvre originale, d'après laquelle furent compilés les nombreux volumes de Kiu-ti. Non seulement ce dernier, ainsi que  le  Siphrah  Dzeniutha,  mais  encore  le  Sepher  Jezirah 126    –  que les Kabalistes hébreux attribuent à leur patriarche Abraham (!), le livre de Shu-King, Bible primitive de la Chine, les volumes sacrés du Thoth- Hermès Egyptien, les Pourânas de l'Inde, le Livre des Nombres Chaldéen et même le Pentateuque, sont tous dérivés de cet unique petit volume. La tradition dit qu'il fut écrit en Sen-zar, c'est-à-dire dans le  langage sacerdotal secret, sous la dictée des Etres Divins qui le révélèrent aux Fils de la Lumière, dans l'Asie Centrale, au commencement même de notre Cinquième Race car il fut un temps où ce langage (le Sen-zar) était connu des Initiés de toutes les nations, et [I LXXII] compris par les ancêtres des Toltèques aussi facilement que par les habitants de l'Atlantide disparue ; ces derniers le tenaient des sages de la Troisième Race des Mânoushis, qui l'avaient appris directement des Dévas de la Seconde et de la Première races. L'illustration dont il est parlé dans Isis a rapport à l'évolution de ces Races et à celle de notre humanité des Quatrième et Cinquième Races, dans le Manvantara ou "Ronde" de Vaivasvata. Chaque Ronde se compose des Yougas des sept périodes de l'Humanité, quatre desquelles sont maintenant passées dans notre cycle de vie, le point moyen de la Cinquième étant presque atteint. Cette figure est symbolique, comme on peut aisément le comprendre, et trouve son application dès le début. Le vieux livre, après avoir décrit l'Evolution Cosmique et expliqué l'origine de tout ce qu'il y a sur la terre, y compris l'homme physique, après avoir donné la véritable histoire des Races, de la Première à notre Cinquième, ne va pas plus loin. Il s'arrête court au commencement du Kali-Yuga, c'est-à- dire il y a quatre mille neuf cent quatre-vingt-neuf ans (en 1888), à la mort de Krishna le brillant Dieu-Soleil qui fut jadis un héros et réformateur vivant.

125 Ce nom est employé ici au sens du mot grec anqrwpoV.

126 Rabbi Jehoshua Ben Chananea, mort vers 72 ans avant Jésus-Christ, déclarait ouvertement qu'il avait accompli des "miracles" au moyen du livre du Sepher Jezirah, et défiait tous les sceptiques.

 

Mais il existe un autre livre. Aucun de ses possesseurs ne le regarde comme très ancien, car il date seulement du commencement de l'Age Noir, c'est-à-dire de cinq mille ans environ. Dans neuf ans, ou à peu  près, finiront donc les cinq premiers millénaires du cycle qui a commencé avec la grande période du Kali-Yuga 127. Et alors, la dernière prophétie contenue Franck, citant le Talmud babylonien, nomme deux autres thaumaturges, les Rabbis  Chanina et Oshoi (V. le Talmud de Jérusalem, Sanhedrin, ch. VII, etc., et Franck, Die Kabbala, pp. 55-56). Beaucoup d'occultistes, Alchimistes et Kabalistes du moyen âge prétendirent la même chose et le Mage moderne lui-même, feu Eliphas Lévi, l'affirme et l'écrit publiquement dans ses livres sur la Magie.

127 [H.P.B. écrivit dans le Vâhan, déc. 1890, p. 2, "... Si vous voulez réellement aider la noble cause, il faut le faire maintenant : car, dans quelques années vos efforts comme les nôtres seront vains... Nous sommes au milieu même des ténèbres Egyptiennes du Kali-Yuga, l'Age Noir, dont les 5.000 premières années, son premier cycle sombre, vont se fermer sur le monde entre 1897 et 1898. A moins que d'ici là, nous réussissions à placer la S.T. du bon côté du courant spirituel, elle sera balayée sans retour dans l'Abîme des Echecs, et les froides vagues de l'oubli se refermeront sur sa malheureuse tête ; ainsi aura péri sans gloire la seule association dont les buts, les règles et l'objet d'origine répondent dans le moindre détail – s'ils sont strictement appliqués – à la pensée fondamentale la plus intime de tout grand Adepte Réformateur, le beau rêve d'une FRATERNITE UNIVERSELLE DE L'HOMME." – Ed.]

 

Dans ce livre – le premier des Annales prophétiques de l'Age Noir – sera accomplie. Nous n'avons pas beaucoup à attendre, et plusieurs d'entre nous verront l'aurore du Cycle nouveau, à la fin duquel maint compte sera réglé et mis au net entre les races. Le second volume des prophéties est presque prêt, commencé à l'époque de Shankarâchârya, le grand successeur de Bouddha. [I LXXIII]

Il faut remarquer un autre point important que l'on rencontre dès le début de la série des preuves données en faveur de l'existence d'une Sagesse primordiale et universelle – point important, en particulier, pour les étudiants de la Kabale chrétienne. Les doctrines en étaient connues, en partie du moins, de plusieurs Pères de l'Eglise. L'on affirme, sur une base purement historique, qu'Origène, Synésius et même Clément d'Alexandrie avaient été initiés aux Mystères avant d'ajouter, sous un voile chrétien, le néoplatonisme des Gnostiques à celui de l'Ecole d'Alexandrie. Il y a plus. Quelques-unes des données des écoles secrètes, mais pas toutes, loin de là, furent conservées au Vatican et ont depuis été incorporées aux Mystères sous forme d'additions défigurées, ajoutées par l'Eglise Latine au programme chrétien primitif. Tel le dogme maintenant matérialisé de l'Immaculée Conception. Cela explique les grandes persécutions pratiquées par l'Eglise Catholique Romaine contre l'Occultisme, la Maçonnerie et le Mysticisme hétérodoxe, en général.

L'époque de Constantin fut le dernier tournant de l'histoire, la période de lutte suprême qui aboutit à l'étranglement des vieilles religions dans le monde occidental, en faveur de la religion nouvelle, bâtie sur leurs cadavres. Dès lors, les échappées sur l'antique Passé, sur les périodes précédant le Déluge et le Jardin de l'Eden, furent closes par tous les moyens, bons ou mauvais, et dérobées aux recherches indiscrètes de la postérité. Toutes les issues furent obstruées, toutes les annales sur lesquelles on put mettre la main furent détruites. Et pourtant, il  reste encore assez de ces annales pour nous autoriser à dire qu'elles contiennent toute   l'évidence   possible   de   l'existence   d'une   Doctrine-Mère.    Des fragments ont échappé aux cataclysmes géologiques et politiques, pour dire leur histoire, et tout ce qui a survécu prouve que la Sagesse, maintenant secrète, était jadis l'unique fontaine, la source incessante et inépuisable, à laquelle s'alimentaient tous ses ruisseaux – les religions postérieures de toutes les nations – de la première jusqu'à la dernière. Cette période, qui commence avec Bouddha et Pythagore et se termine avec les Néo-Platoniciens et les Gnostiques, est le seul foyer laissé dans l'histoire, vers lequel convergent, pour la dernière fois, sans être obscurcis par la main de la bigoterie et du fanatisme, les brillants rayons de lumière venus des Œons du temps passé.

Cela explique la nécessité où s'est trouvée constamment l'auteur de rendre compte des faits tirés du passé le plus vénérable en les appuyant sur des preuves empruntées à la période historique. Il n'y avait pas d'autre moyen à sa portée et elle court le risque d'être encore une fois accusée de manque [I LXXIV] de méthode et d'absence de système. Mais il faut que le public soit informé des efforts faits par nombre d'Adeptes mondiaux, nombre de poètes, d'auteurs et de classiques Initiés de tous les âges, pour préserver dans les annales de l'Humanité le souvenir, tout au moins, de l'existence d'une semblable Philosophie, sinon la connaissance de ses principes. Les initiés de 1888 seraient vraiment un mythe incompréhensible, un problème sans solution possible, s'il n'était prouvé que d'autres Initiés ont vécu à toutes les époques de l'histoire. Et l'on ne peut le prouver qu'en nommant le chapitre et la ligne des livres où il est parlé de ces grands personnages, lesquels ont été précédés et suivis d'une longue et interminable série d'autres fameux Maîtres ès arts, anté et post- diluviens. Ainsi seulement pourrait-on montrer, d'après ces témoignages semi-traditionnels, semi-historiques, que la connaissance de l'Occulte et les pouvoirs qu'elle confère à l'homme ne sont pas tout à fait des fictions, mais des faits aussi vieux que le monde.

A mes juges, passés ou futurs, je n'ai donc rien à dire, qu'ils soient de sérieux critiques littéraires ou de ces derviches hurleurs de la littérature qui jugent un livre d'après la popularité ou l'impopularité du nom de son auteur et qui, regardant à peine le contenu, s'attachent comme des bacilles aux points les plus faibles du corps. Je ne m'occuperai pas non plus des calomniateurs au cerveau fêlé – heureusement peu nombreux – qui, espérant attirer l'attention publique en jetant le discrédit sur tout écrivain dont le nom est mieux connu que le leur, écument et aboient après leur ombre même. Pendant des années d'abord, ils ont soutenu que les doctrines enseignées dans The Theosophist et exposées dans Le Bouddhisme ésotérique avaient été inventées par le présent auteur  maintenant, c'est autre chose, ils dénoncent  Isis  dévoilée  comme  un  plagiat  d'Eliphas Levi (!), de Paracelse (!), et, mirabile dictu, du Bouddhisme et du Brâhmanisme (!) Autant accuser Renan d'avoir volé sa Vie de Jésus dans l'Evangile, et Max Müller ses Livres sacrés de l'Orient ou ses Glanes dans les philosophies des Brâhmanes et de Gautama, le Bouddha. Mais au public, en général, et aux lecteurs de La Doctrine Secrète, en particulier, je puis répéter ce que j'ai toujours dit et que je répète en empruntant les paroles de Montaigne : "Messieurs, JE N'AI FAIT ICI QU'UN BOUQUET DE FLEURS CHOISIES, ET N'AI RIEN FOURNI DE MOI QUE LE

LIEN QUI LES ATTACHE." Coupez la "corde" ou effilochez-la, si bon vous semble. Quant aux FAITS – vous ne pourrez jamais les détruire. Vous pouvez les ignorer, rien de plus.

Nous pouvons terminer par un mot au sujet de ce premier volume. Dans l'Introduction d'un ouvrage qui traite surtout [I LXXV] de Cosmogonie, quelques-uns des points cités pourront paraître  déplacés, mais plusieurs raisons m'ont conduite à m'en occuper. Inévitablement, chaque lecteur jugera nos déclarations du point de vue de ses propres connaissances, de son expérience et de sa conscience, fondant son jugement sur ce qu'il a déjà appris. Nous sommes obligée de tenir constamment compte de ce fait ; de là, dans ce premier livre, les fréquentes allusions à des sujets qui, à proprement parler, appartiennent à une partie ultérieure de l'ouvrage, mais qui ne pourraient être passés sous silence, sans courir le risque de voir considérer l'œuvre comme un vrai conte de fée – la fiction d'un cerveau moderne.

Le Passé aidera à comprendre le Présent, et celui-ci à mieux apprécier le Passé. Les erreurs du jour doivent être expliquées et balayées. Pourtant, il est plus probable – il est certain, en l'occurrence – qu'une fois encore le témoignage des âges et de l'histoire ne laissera d'impression que sur les hommes fortement intuitifs – c'est-à-dire sur le très petit nombre. Mais, comme dans tous les cas analogues, les gens sincères pourront se consoler en présentant aux sceptiques Sadducéens modernes, le témoignage mathématique et historique de la permanence de l'obstination et de l'étroitesse de vue humaine. Il existe, dans les archives de l'Académie des Sciences de Paris, un célèbre travail sur les probabilités concluant à la formule suivante. Si deux personnes témoignent d'un fait, chacune lui communiquant ainsi 5/6 de certitude, le fait lui-même en possédera  35/36,

 c'est-à-dire que sa probabilité sera à son improbabilité dans le rapport de 35 à 1. – Si trois témoignages de ce genre sont réunis, la certitude deviendra 215/216. – L'accord de dix personnes donnant chacune 1/2 de certitude produira 1023/1024, etc. L'Occultiste peut se tenir pour satisfait et n'en pas demander davantage.

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bon.christo@free.fr (Super User) LA DOCTRINE SECRETE VOL 1 Fri, 16 Jan 2015 18:36:24 +0000
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PREMIER VOLUME

COSMOGENESE

 

[I LXXVIII]

  

PREFACE

Pages d'archive préhistorique

 Un manuscrit archaïque – assemblage de feuilles de palmier rendues, par quelque procédé inconnu, inaltérables à l'eau, au feu et à l'air – se trouve sous les yeux de l'auteur. Sur la première page l'on voit un disque blanc immaculé, sur fond noir. Sur la suivante, il y a un disque semblable, avec un point au centre. L'étudiant sait que le premier représente le Kosmos dans l'Eternité, avant le réveil de l'Energie encore assoupie, émanation de l'Univers en des systèmes postérieurs. Le point dans le cercle jusqu'alors immaculé, l'Espace et l'Eternité en Pralaya, indique l'aurore de la différenciation. C'est le Point dans l'Œuf du Monde, le Germe qu'il contient deviendra l'Univers, le Tout, le Kosmos illimité et périodique – ce Germe étant périodiquement et tour à tour latent et actif. Le cercle unique est l'Unité divine, dont tout procède, où tout retourne : sa circonférence – symbole forcément limité, de par les limites mêmes de l'esprit humain – indique la PRESENCE abstraite, à jamais inconnaissable, et son plan, l'Ame Universelle, bien que les deux ne fassent qu'un. Cependant la surface du disque est blanche et le fond qui l'entoure noir : cela montre clairement que ce plan est la seule connaissance – quelque embrumée qu'elle soit encore – qui soit accessible à l'homme. C'est sur ce plan que commencent les manifestations manvantariques car c'est dans cette AME que dort, durant le Pralaya, la Pensée Divine 128, où gît caché le plan de toutes Cosmogonie et Théogonie futures. [I LXXVIII]

C'est la VIE UNIQUE, éternelle, invisible et pourtant omniprésente sans commencement ni fin, et pourtant régulière dans ses manifestations périodiques – entre lesquelles règne le sombre mystère du Non-Etre ; inconsciente, et pourtant conscience absolue incompréhensible, et pourtant la seule Réalité par soi-même existante vraiment, "un Chaos pour les sens, un Kosmos pour la raison". Son attribut unique et absolu, qui est Elle- même l'éternel et incessant Mouvement, est appelé, en langage ésotérique, "le Grand Souffle 129" c'est le mouvement perpétuel de l'Univers, dans le sens d'Espace sans limites et à jamais présent. Ce qui est immobile ne peut être Divin. Mais, en fait et en réalité, il n'y a rien d'absolument immobile dans l'Ame Universelle.

Près de cinq siècles avant J.-C., Leucippe, précepteur de Démocrite, maintenait que l'Espace était éternellement rempli d'atomes animés d'un mouvement incessant, lequel, en temps voulu, lorsque ces atomes s'agrégèrent, engendra un mouvement rotatoire, par des collisions mutuelles qui produisirent des mouvements latéraux. Epicure et Lucrèce enseignèrent la même doctrine, ajoutant seulement au mouvement latéral des atomes l'idée de leur affinité – enseignement Occulte.

Depuis le commencement de l'héritage humain, depuis la première apparition des architectes du globe sur lequel nous vivons, la Divinité non- révélée fut reconnue et considérée sous son unique aspect philosophique – le Mouvement Universel, le frisson du Souffle créateur dans la Nature. L'Occultisme résume ainsi l'Existence Unique : "La Divinité est un arcane, un FEU vivant (ou mouvant), et les éternels témoins [I LXXIX] de cette Présence Invisible sont la Lumière, la Chaleur et l'Humidité" – cette trinité incluant  tous  les  phénomènes  de  la  Nature  et  en  étant  la  cause 130. Le mouvement Intra-Cosmique est éternel et incessant le mouvement cosmique – celui qui est visible ou perceptible – est fini et périodique. Comme abstraction éternelle, c'est le TOUJOURS PRESENT comme manifestation, il est fini et dans la direction de l'avenir et dans la direction du passé, les deux étant l'Alpha et l'Oméga des  reconstructions successives. Le Kosmos – le Noumenon – n'a rien à faire avec les relations causales du Monde phénoménal. C'est seulement par rapport à l'Ame intracosmique, au Kosmos idéal dans l'immuable Pensée Divine, que nous pouvons dire : "Il n'a jamais eu de commencement et n'aura jamais de fin." En ce qui concerne son corps, ou l'organisation cosmique, bien qu'on ne puisse dire que jamais il ait eu une première construction ou doive en avoir une dernière, cependant, à chaque nouveau Manvantara, son organisation peut être regardée comme la première et la dernière de son espèce, car il évolue chaque fois sur un plan supérieur...

130 Les Nominalistes prétendant, avec Berkeley, "qu'il est impossible... de se faire une idée abstraite du mouvement séparé du corps en mouvement" (Principes de la Connaissance humaine), pourront demander : Quel est ce corps, producteur de ce mouvement ? Est-ce une substance ? Alors, vous croyez à un Dieu personnel ? etc. Nous répondrons plus tard, dans un appendice ; en attendant, nous réclamons nos droits de Conceptionalistes, en opposition avec les vues matérialistes de Roscellini sur le Réalisme et le Nominalisme. "Est-ce que la science – demande un de ses meilleurs avocats, Edward Clodd – a rien révélé qui porte atteinte ou s'oppose aux anciennes paroles où est donnée l'essence de toutes les religions passées, présentes ou futures : agir justement, aimer la  pitié, marcher humblement devant ton Dieu ?" Il suffit que nous comprenions, par le mot Dieu, non pas le grossier anthropomorphisme qui forme encore la charpente de notre théologie courante, mais la conception symbolique de ce qui est la Vie et le Mouvement de l'Univers ; connaître cela, dans l'ordre physique, c'est connaître le temps passé, présent et à venir dans la succession des phénomènes ; le connaître, dans l'ordre moral, c'est connaître ce qui a été, ce qui est, et ce qui sera, dans la conscience humaine. (Voir Science and Emotions, conférence faite à South Place Chapel, Finsbury, Londres, le 27 décembre 1885.)

131 "De nombreuses modifications de mots ont été apportées par H.P.B. dans les citations qu'elle fit d'Isis Dévoilée et nous les respectons entièrement."

 

Nous disions, il y a quelques années 131 :

La doctrine ésotérique enseigne, comme le Bouddhisme, le Brâhmanisme et même la Kabale, que l'Essence une, infinie et inconnue existe de toute éternité,  et devient tour à tour passive [I LXXX] et active, en successions régulières et harmonieuses. Dans le langage poétique de Manou, ces conditions sont appelées les Jours et  les Nuits de Brahmâ. Celui-ci est "éveillé"  ou "endormi". Les Svâbhâvikas ou philosophes de la plus vieille école de Bouddhisme (qui existe encore au Népal) bornent leurs spéculations à la condition active de cette "Essence", qu'ils appellent Svabhâvat, et pensent qu'il est insensé de faire des théories sur la puissance abstraite et "inconnaissable" dans sa condition passive. Aussi    sont-ils appelés Athées par les théologiens chrétiens et les savants modernes qui ne comprennent pas la logique profonde de leur philosophie. Les théologiens ne veulent pas admettre d'autre Dieu que la personnification des puissances secondaires qui ont façonné l'univers visible, et qui, pour eux, sont devenues le Dieu anthropomorphique des chrétiens – le mâle Jehovah, rugissant au sein des éclairs et du tonnerre. De son côté, la science rationaliste salue les Bouddhistes et les Svâbhâvikas comme les "Positivistes" des âges archaïques. Si l'on n'envisage la philosophie de ces derniers que d'un côté, nos matérialistes peuvent avoir raison à leur manière. Les Bouddhistes soutiennent qu'il n'y a pas de Créateur, mais un nombre infini de puissances créatrices, dont l'ensemble forme la substance une et éternelle, dont l'essence est inscrutable –  et ne peut, par conséquent, être un sujet de spéculation pour un véritable philosophe. Socrate refusa toujours de discuter sur le mystère de l'être universel, et pourtant, nul n'aurait songé à l'accuser jamais d'athéisme, sauf  ceux qui avaient juré sa perte. Au début d'une période active, dit la DOCTRINE SECRETE, une expansion de cette Essence Divine a lieu, de dehors en dedans et de dedans en dehors, en vertu de la loi éternelle et immuable, et l'univers phénoménal ou visible est le résultat ultime de la longue chaîne des forces cosmiques ainsi progressivement mises en mouvement. De même, en retournant à la condition passive, la divine essence se contracte, et l'œuvre antérieure de la création est graduellement et progressivement défaite. L'Univers visible se désintègre, ses matériaux se dispersent, et, seules "les ténèbres" couvrent une fois de plus la face de l' "abîme". Pour employer une métaphore des livres secrets, qui rendra l'idée encore plus claire,  une expiration de l' "essence inconnue" produit le monde, et une inspiration le fait disparaître. Ce processus a été en action, de toute éternité, et notre univers actuel n'est   que l'un des termes d'une série infinie qui n'a pas eu de commencement et qui n'aura pas de fin 132.

Ce passage sera expliqué, autant que possible, dans le  présent ouvrage. Bien que ne contenant rien d'essentiellement nouveau sous cette forme pour un Orientaliste, son interprétation [I LXXXI] ésotérique peut contenir bien des choses jusqu'ici inconnues de l'étudiant occidental.

La première figure était un simple disque O ; la seconde dans le symbole archaïque – un disque avec un point au milieu, 0 – première différenciation dans les manifestations périodiques de la Nature toujours éternelle, l'insexuelle et infinie "Aditi dans CELA 133, le point dans le cercle, ou l'Espace potentiel dans l'Espace abstrait. A la troisième phase, le point se transforme en un diamètre 8 : c'est le symbole de la Mère-Nature, divine et immaculée, dans l'Infinité absolue et qui embrasse tout. Quand ce diamètre est croisé par un autre diamètre vertical Å, nous avons la Croix du Monde. L'humanité a atteint sa Troisième Race-Racine ; c'est le signal du commencement de la Vie humaine. Quand la circonférence disparaît et ne laisse que la croix +, c'est le signe que la chute de l'homme dans la matière est complète, et la Quatrième Race commence. La croix dans le cercle est un symbole purement Panthéiste lorsqu'on supprime le cercle circonscrit, le symbole devient phallique. Il avait le même sens, et d'autres encore, sous la forme de TAU inscrit dans un cercle , ou comme Marteau de Thor, la croix dite Jaina, ou simplement le Svastika dans le cercle.

Le troisième symbole – le cercle divisé en deux par la ligne horizontale du diamètre – signifiait la première manifestation de la Nature créatrice – encore passive parce que féminine. La première perception vague de l'homme, en ce qui concerne la procréation, est féminine, parce que l'homme connaît plus sa mère que son père. Aussi les divinités féminines étaient-elles plus sacrées que les masculines. La Nature est donc féminine, et, jusqu'à un certain point, objective et tangible, et le Principe Spirituel   qui   la   fait   fructifier   est   caché 134.   En   ajoutant   une  ligne perpendiculaire au diamètre horizontal du cercle ; on formait le TAU – T – la [I LXXXII] plus vieille forme de cette lettre. C'était le glyphe de la Troisième Race-Racine jusqu'au jour de sa Chute symbolique – quand la séparation des sexes eut lieu par évolution naturelle – alors la figure devint , le cercle ou vie insexuelle, modifiée et divisée – un double glyphe ou symbole. Avec les sous-races de notre Cinquième Race, il devint en symbologie, le Sacr', et en Hébreu N'cahvah, des Races primitivement formées 135, puis il se transforma, chez les Egyptiens en ☥, emblème de vie, et, plus tard encore, en , le signe de Vénus. Puis vient le Svastika (le Marteau de Thor, ou la Croix hermétique actuelle), entièrement séparée  de son cercle, et devenue ainsi purement phallique. Le symbole ésotérique du Kali Yuga est l'étoile à cinq branches renversée – le  signe  de  la sorcellerie humaine – avec ses deux pointes (cornes) tournées vers le ciel, position que tout occultiste reconnaîtra comme appartenant à la magie de "la main gauche", et employée en magie cérémonielle.

132 Isis Unveiled, II, pp. 264-265. Voir aussi The Days and Nights of Brahmâ, Part. II, Sect. 7.

133 Rig Véda.

134 D'après ce que disent les mathématiciens occidentaux et quelques kabalistes américains, en Kabale aussi "la valeur du nom de Jehovah est celle du diamètre d'un cercle". Ajoutez à cela que Jehovah est la troisième Séphiroth, Binah, mot féminin, et vous aurez la clef du mystère. Par certaines transformations kabalistiques, ce nom, androgyne dans les premiers chapitres de la Genèse, devient entièrement masculin, Caïnite et phallique. Le choix d'une divinité parmi les  dieux  païens dont on fait un dieu spécial et national, appelé le "Dieu Un et Vivant", le "Dieu des Dieux", et de proclamer alors son culte monothéiste, ne suffit pas à changer cette divinité en ce Principe UNIQUE dont "l'Unité n'admet pas de multiplication, de changement ni de forme", spécialement dans le cas d'une divinité priapique comme il est maintenant démontré que c'est le cas pour Jehovah.

135 Voir l'intéressant ouvrage The Source of Measures, où l'auteur explique le vrai sens du mot Sacré, d'où sont dérivés "sacré, sacrement", devenus synonymes de sainteté, bien que purement phalliques par leur étymologie ! [H.P.B. prit pour références de The Source of Measures dans un manuscrit portant la mention : "I Ralston Skinner, 10 janvier 1887, enverrai ce manuscrit original à Mme Blavatsky, Ostende". Ed.]

136 Mândûkya Upanishad, I, 28.

 

Il faut espérer que la lecture du présent livre modifiera les idées, généralement erronées, du public en ce qui concerne le Panthéisme. C'est une erreur de regarder les Bouddhistes et les Occultistes Advaïtas comme des Athées. S'ils ne sont pas tous philosophes, ils sont du moins tous logiciens ; leurs objections et leurs arguments sont fondés sur un raisonnement rigoureux. En vérité, si l'on prend le Parabrahman des Hindous comme représentant les divinités cachées et sans nom des autres nations, on trouvera que ce Principe absolu est le prototype dont furent tirées toutes les autres. Parabrahman n'est pas "Dieu", parce que ce n'est pas un Dieu. "C'est ce qui est suprême et non suprême (Paravara)" 136. Cela est "suprême" comme Cause, non comme effet. Parabrahman est simplement comme "Réalité sans seconde", le Kosmos qui contient tout – ou plutôt, l'Espace Cosmique infini – au sens spirituel le plus élevé, naturellement. Brahman (neutre), étant la Racine immuable, pure, libre, incorruptible et suprême, Unique Existence vraie, Paramârthika", et le Chit et Chaïtanya (Intelligence, Conscience) absolu, ne peut être connaisseur, "car CELA ne peut avoir aucun sujet de cognition". La Flamme peut-elle être appelée l'Essence du Feu ? Cette Essence est "la VIE et la LUMIERE de l'Univers le feu et la flamme visibles ne sont que destruction, mort et mal". Le [I LXXXIII] Feu et la Flamme détruisent le corps d'un Arhat, leur Essence le rend immortel." 137 "La connaissance de  l'Esprit absolu n'est, comme la splendeur du soleil, ou la chaleur dans le feu, autre chose que l'Essence absolue même", dit Sankarâchârya, CELA est l' "Esprit du Feu", non le Feu même ; aussi "les attributs de ce dernier, Chaleur ou Flamme, ne sont pas les attributs de l'Esprit, mais de ce dont l'Esprit est la cause inconsciente". La phrase ci-dessus n'est-elle pas la véritable note fondamentale de la philosophie Rosicrucienne postérieure ? Parabrahman est, en résumé, l'agrégation collective du Kosmos dans son infini et dans son éternité, le "CELA" et le "CECI" auxquels ne peuvent s'appliquer les agrégats distributifs 138. "Au commencement CECI était le Soi, un seulement 139 ; le grand Sankarâchârya explique que "CECI" se rapporte à l'Univers (Jagat) le sens des mots "au commencement" est : avant la reproduction de l'Univers phénoménal.

Lors donc que les Panthéistes font écho aux Upanishads, qui déclarent, ainsi que la DOCTRINE SECRETE, que "Ceci" ne peut créer, ils ne nient pas un Créateur, ou plutôt une agrégation collective de créateurs, mais seulement refusent, très logiquement, d'attribuer la "création" et spécialement la formation, c'est-à-dire quelque chose de fini, à un Principe Infini. Pour eux, Parabrahman est une Cause passive, parce qu'elle est absolue, la Muktâ inconditionnée. Ils lui refusent seulement l'omniscience et l'omnipotence limitées, parce que ce sont encore des attributs, tels qu'ils sont réfléchis dans les perceptions de l'homme et parce que Parabrahman étant le TOUT Suprême, l'Esprit et l'Ame à jamais invisibles de la Nature, immuable et éternel, ne peut avoir d'attributs, l'Absolu excluant tout naturellement tout rapport avec l'idée de fini ou de conditionné. Et quand les Védântins affirment que les attributs appartiennent simplement à son émanation qu'ils appellent Ishvara plus Mâyâ et Avidyâ (Agnosticisme ou Nescience plutôt qu'Ignorance), il est difficile de trouver 140 de l'Athéisme dans cette conception. Puisqu'il ne peut y [I LXXXIV] avoir ni deux Infinis ni deux Absolus dans un Univers supposé sans limites, on ne peut guère concevoir cette Soi Existence créant personnellement. Aux sens et aux perceptions d' "ETRES" finis, CELA est Non-Etre, parce que c'est l'Unique ETRE-TE car, dans ce TOUT  gît cachée son émanation coéternelle et contemporaine ou son rayonnement inhérent, qui, devenant périodiquement Brahmâ (la Potentialité mâle- femelle), s'épand en l'Univers manifesté. "Nârâyana porté sur les Eaux (abstraites) de l'Espace" devient les Eaux de la substance concrète mise en mouvement par lui, c'est-à-dire le Verbe ou Logos manifesté.

Les Brâhmanes orthodoxes, ceux qui s'élèvent le plus contre les Panthéistes et les Advaïtas qu'ils appellent Athées, sont forcés, si Manou a quelque autorité en la matière, d'accepter la mort de Brahmâ, le Créateur, à l'expiration de chaque Age de cette divinité (créatrice) – cent Années Divines, période qui, en années ordinaires, ne peut s'exprimer que par un nombre de 15 chiffres. Pourtant, aucun de leurs philosophes ne comprend cette "mort" autrement que comme une disparition temporaire du plan manifesté de l'existence ou comme un repos périodique.

Les Occultistes sont donc d'accord avec les Philosophes Védântins Advaïtas sur cette doctrine. Ils montrent l'impossibilité d'accepter, sur le terrain philosophique, l'idée du TOUT absolu créant ou même évoluant l'Œuf Doré dans lequel on dit qu'il entre pour se transformer en Brahmâ – le Créateur, dont l'expansion postérieure constitue les Dieux et tout l'Univers visible. Ils disent que l'Unité absolue ne peut devenir  une Infinité, car l'Infinité présuppose l'extension illimitée de quelque chose et la durée de ce quelque chose et le Tout Un n'est – comme l'Espace, qui est la seule représentation mentale et physique sur cette terre, sur notre plan d'existence – ni un objet ni un sujet de perception. Si l'on pouvait supposer que le Tout Eternel et Infini, que l'Unité Omniprésente, au lieu d'être dans l'Eternité, devienne, par des manifestations périodiques, un Univers varié ou une Personnalité multiple, cette Unité cesserait d'en être une. L'idée de Locke, que "le pur espace n'est capable ni de résistance ni de mouvement", est incorrecte. L'espace n'est ni un "vide sans limites" ni une "plénitude conditionnée", mais l'un et l'autre ; c'est aussi – sur le plan de l'abstraction absolue, la Divinité à jamais inconnaissable qui n'est vide que pour les esprits finis 141, et sur celui de la perception mâyâvique, le [I LXXXV] Plenum, le Contenant absolu de tout ce qui est, manifesté ou  non manifesté : C'est, par conséquent ce TOUT ABSOLU. Il n'y a pas de différence entre ce que dit l'Apôtre Chrétien : "En lui nous vivons, nous nous mouvons et avons notre être", et ce que dit le Rishi Hindou : "L'Univers vit dans Brahmâ, procède de Brahmâ, et retournera à Brahmâ" car Brahman (neutre), le non manifesté est cet Univers in abscondito, et Brahmâ, le manifesté, est le Logos, représenté  comme  mâle-femelle 142 dans les dogmes symboliques orthodoxes, le Dieu de l'Initié Apôtre et du Rishi étant à la fois l'ESPACE Invisible et Visible. L'Espace est appelé, en symbolisme ésotérique : "Mère-Père Eternel aux Sept Peaux". Il est composé de sept couches, de sa surface non différenciée à sa surface différenciée.

137 Bôdhimûr, II

138. Voir Védânta Sûra, par le Major G.A. Jacob, et les Aphorismes de Sandilya, traduits par Cowell, p. 42.

139 Aitereya Upanishad.

140 Néanmoins, certains Orientalistes chrétiens prévenus et plutôt fanatiques voudraient prouver que c'est là du pur Athéisme. Voir Védântâ Sarâ du Major Jacob. Et pourtant, toute l'antiquité répétait cette maxime védique :

Omnis enim per se divum natura necesse est

Immortali aevo summa cum pace fruatur.

comme Lucrèce (De Natura Rerum, 11, 646-647) le dit – pure conception Védique. (Traduction libre : C'est dans la nature des Dieux de jouir de l'immortalité – en même temps que de la plus haute paix.)

 141 Les noms même des deux principales divinités, Brahmâ et Vishnou, devraient depuis longtemps avoir suggéré leur signification ésotérique. Car la racine de Brahman, ou Brahm, est, au dire de certains, Brih, "grandir", ou s' "étendre" (Revue de Calcutta, LXVI, p. 14), et celle de Vishnou est Vis, pénétrer, entrer dans la nature de l'essence Brahmâ-Vishnou est cet Espace infini dont les Dieux, les Rishis, Manous et tout ce qui existe dans cet Univers sont simplement les puissances (Vibhutayah).

142 Voir aussi, dans Manou, l'histoire de Brahmâ divisant son corps en mâle et femelle cette dernière partie est la Vâch femelle, en qui il crée Virâj. Comparer aussi avec l'ésotérisme des chap. II, III, IV de la Genèse.

"Qu'est-ce qui a été, qui est et qui sera, qu'il y ait un Univers ou non, qu'il y ait des dieux ou qu'il n'y en ait pas ?", demande le catéchisme ésotérique Senzar. Et l'on répond "C'est l'ESPACE !"

Ce n'est pas le Dieu Un et inconnu, toujours présent dans la Nature, ou la Naturein abscondito, qui est rejeté, mais le Dieu du dogme humain et son "Verbe" humanisé ! Dans son immense suffisance et dans sa vanité, l'homme l'a formé lui même, de sa main sacrilège, avec les matériaux qu'il a trouvés dans sa petite matrice cérébrale, et l'a imposé au genre humain comme une révélation directe de l'ESPACE unique et non révélé 143. L'Occultiste accepte la révélation comme venant [I LXXXVI] d'êtres divins mais encore finis, des vies manifestées, jamais de la VIE UNIQUE qui ne peut se manifester ; de ces entités, appelées Homme primordial, Dhyâni-Buddhas, ou Dhyân-Chôhans, les "Rishi-Prajâpati" des Hindous, les Elohim ou "Fils de Dieu", les Esprits planétaires de toutes les nations, qui sont devenus des Dieux pour les hommes. Il regarde aussi l'Adi-Shakti – l'émanation directe de Mûlaprakriti, la Racine éternelle de CELA, et l'aspect femelle de la Cause créatrice, Brahmâ, sous sa forme Akâshique d'Ame Universelle – philosophiquement comme une Mâyâ, et cause de la Mâyâ humaine. Mais cette manière de voir ne l'empêche pas de croire à son existence tant qu'elle dure, c'est-à-dire pour un Mahâ Manvantara ni d'employer   pour   des   fins   pratiques   Akâsha,   le   rayonnement       de Mûlaprakriti 144, car l'Ame du Monde est [I LXXXVII] reliée à tous les phénomènes naturels, connus ou inconnus de la Science.

143 L'Occultisme est vraiment "dans l'air" à la fin de notre siècle. Entre autres ouvrages récemment publiés, nous en signalerons un aux étudiants de l'Occultisme théorique qui ne veulent pas s'aventurer au-delà du domaine spécial de notre plan humain : New Aspects of Life and Religion, du docteur Henri Pratt [M.S.T.]. Ce livre est plein de dogmes ésotériques et de philosophie, celle-ci un peu limitée cependant, dans les derniers chapitres, par ce qui nous paraît être un esprit de positivisme conditionné. Néanmoins, ce qui est dit de l'Espace comme "la Cause Première Inconnue" mérite d'être cité.

"Ce quelque chose d'inconnu, que nous venons d'identifier avec l'incarnation primitive de la simple unité, est invisible et impalpable [l'espace abstrait, nous l'accordons] et, s'il est invisible et impalpable, il est par conséquent inconnaissable. Et c'est parce qu'il est inconnaissable qu'est née l'erreur qui consiste à le supposer comme un simple vide, une  simple capacité réceptrice. Mais, même quand on le considère comme un vide absolu, il faut admettre ou bien que l'Espace est soi-existant, infini et éternel, ou bien qu'il a une première cause en dehors, derrière, ou au-delà de lui-même.

"Et pourtant, si une telle cause pouvait être trouvée et définie, cela ne nous amènerait qu'à lui transférer les attributs qui, autrement, s'appliquent à l'espace, et ne ferait que rejeter d'un pas de plus la difficulté d'origine, sans que nous obtenions aucun supplément de lumière quant à la causation primaire." (Op. cit., pp. 4-5.)

 C'est là précisément ce qu'ont fait des croyants en un créateur anthropomorphe, en un Dieu extra- cosmique, au lieu d'intra-cosmique. Beaucoup – nous pouvons dire la plupart – des aperçus du docteur Pratt sont de vieilles idées et théories kabalistiques qu'il présente sous un vêtement moderne –  "Nouveaux Aspects" de l'Occulte de la Nature, en vérité. L'espace, cependant, regardé comme une Unité Substantielle – la Source vivante de la Vie – la Cause Inconnue et sans Cause, est le plus vieux dogme de l'occultisme, antérieur de milliers d'années au Pater-Æther des Grecs et des Latins. Il en est de même de "la Force et la Matière, comme Potentialités de l'Espace, inséparables, et révélatrices inconnues de l'Inconnu". On les trouve toutes dans la philosophie  âryenne, personnifiées par Vishvakarman, Indra, Vishnou, etc. Pourtant, elles sont exprimées très philosophiquement, et sous nombre d'aspects inusités, dans l'ouvrage en question.

 

Les plus vieilles religions du monde – exotériquement, car leur racine ou fondation ésotérique est une – sont celles des Indiens, des Mazdéens et des Egyptiens. Puis vient celle des Chaldéens, rejeton des précédentes, entièrement perdue pour le monde actuel, sauf dans le Sabéisme défiguré, interprété à présent par les archéologues. Ensuite, en passant par-dessus nombre de religions dont nous parlerons plus tard, nous arrivons à la juive, qui, ésotériquement, telle qu'elle est dans la Kabale, suit la voie du Magisme Babylonien, et, exotériquement, telle qu'elle est dans la Genèseet le Pentateuque, n'est qu'une collection de légendes allégoriques. Lus à la lumière du Zohar, les quatre premiers chapitres de la Genèsesont les fragments d'une page hautement philosophique de la Cosmogonie du Monde. Laissés sous leur déguisement symbolique, ils ne sont plus qu'un conte de fée, une vilaine épine dans le flanc de la science et de la logique, effet évident du Karma. En les laissant servir de prologue  au Christianisme, les Rabbis se vengèrent cruellement, eux qui savaient bien ce que voulait dire leur Pentateuque. C'était une protestation silencieuse contre la spoliation dont ils étaient l'objet, et les juifs ont certainement le dessus sur leurs traditionnels persécuteurs. Les croyances ésotériques en question seront expliquées à la lumière de la doctrine universelle au cours de notre exposé.

144 Par opposition à l'univers manifesté de la matière, le terme Mûlaprakriti (de Mûla, racine, et Prakriti, nature), ou la matière primordiale non manifestée – appelée par les alchimistes occidentaux Terre d'Adam – est appliqué par les Védântins à Parabrahman. La Matière est double dans la métaphysique religieuse, et, dans les doctrines ésotériques, septuple, comme tout le reste dans l'Univers. Comme Mûlaprakriti, elle est indifférenciée et éternelle comme Vyakta, elle devient différenciée et conditionnée, suivant la Svétâshvatara Upanishad, 1, 8, et le Dévî Bhâgavata Purâna. L'auteur des "Conférences sur la Bhâgavad Gitâ" dit, en parlant de Mûlaprakriti... "Au point de vue objectif du Logos, Parabrahma apparaît à ce Logos sous l'aspect de Mûlaprakriti... Naturellement, cette Mûlaprakriti est matérielle pour lui, comme tout objet matériel  l'est pour nous... Parabrahman est une réalité inconditionnée et absolue, et Mûlaprakriti est une sorte de voile jeté  par-dessus  lui."  (The  Theosophist,  VIII,  p.  304,  fév.-mars-avril  1887.)  [Voir  p.  14,    The Philosophy of the Bhâgavad Gîtâ, 3ème édition Adyar, pour ces conférences publiées en volume en 1931.]

 

Le catéchisme occulte contient les traits suivants :

 "Qu'est-ce qui est toujours ?" – "L'espace, l'éternel Anupâdaka 145" – "Qu'est-ce qui fut toujours ?" – "Le Germe dans la Racine." – "Qu'est-ce qui, sans cesse, va et vient ?" – "Le Grand Souffle." – "Il y a donc trois Eternels ?" – "Non, les trois sont un. Ce qui est toujours est un, ce qui fut toujours est un, ce qui est et devient sans cesse est un aussi : et c'est l'Espace."

"Explique, ô Lanou (disciple)." – "L'Un est un Cercle (Anneau) sans circonférence, car il est partout et n'est nulle part ; l'Un est le Plan sans bornes du Cercle, manifestant un Diamètre pendant les périodes manvantariques seulement ; [I LXXXVIII] l'Un est le Point indivisible trouvé nulle part, perçu partout durant ces périodes ; c'est la Verticale et l'Horizontale, le Père et la Mère, le sommet et la base du Père, les deux extrémités de la Mère n'atteignant en réalité nulle part, car l'Un est l'Anneau comme aussi les anneaux qui sont dans cet Anneau. C'est la Lumière dans l'Obscurité et l'Obscurité dans la Lumière : "le Souffle qui est éternel." Il procède du dehors au-dedans, quand il est partout, et du dedans au dehors quand il n'est nulle part (c'est-à- dire Mâyâ 146 l'un des centres) 147. Il s'épand et se contracte [exhalation et inhalation]. Quand il s'épand, la Mère se diffuse et s'éparpille ; quand il se contracte,    la Mère se retire et se rassemble. Cela produit les périodes d'Evolution et de Dissolution, Manvantara et Pralaya. Le Germe est invisible et ardent : la Racine [le Plan du Cercle] est fraîche mais durant l'Evolution et le Manvantara, son vêtement est froid et rayonnant. Le Souffle chaud est le Père qui dévore la progéniture de l'élément aux nombreuses faces [hétérogène] et laisse ceux qui n'ont qu'une seule face [homogènes]. Le Souffle frais est la Mère qui les conçoit, les forme, les enfante et les reprend dans son sein, pour les reformer à l'Aurore [du jour de Brahmâ, ou Manvantara]."

145 C'est-à-dire le "sans parents" voir plus loin.

146 La philosophie ésotérique, regardant comme Mâyâ (ou l'illusion de l'ignorance) toute chose finie, doit évidemment envisager sous le même jour toute planète et tout corps intra-Cosmique, car ils sont quelque chose d'organisé, et par conséquent fini. Aussi, la phrase "il procède du dehors au- dedans, etc.", se rapporte, dans sa première partie, à l'aurore du Mahâmanvantara, ou grande révolution après l'une des complètes dissolutions périodiques de toute forme composée dans la Nature, de la planète à la molécule, en son essence ou élément ultime et, dans la seconde, au manvantara partiel ou local, qui peut être solaire ou même planétaire.

147 Centre veut dire un centre d'énergie ou un foyer cosmique lorsque la prétendue "création" ou formation d'une planète est accomplie par cette force que les Occultistes appellent VIE et les, Savants "énergie", alors le processus a lieu du dedans au dehors, chaque atome, paraît-il, contenant, en lui-même l'énergie créatrice du Souffle divin. Aussi, tandis qu'après un Pralaya Absolu, ou quand le matériel préexistant ne consiste qu'en UN Elément, et que le SOUFFLE "est partout", ce dernier agit du dehors au-dedans, après un Pralaya mineur, tout étant resté en statu quo – à l'état réfrigéré, pour ainsi dire, comme la lune – au premier frisson du Manvantara, la planète ou les planètes commencent leur résurrection à la vie du dedans au dehors.

 

Pour mettre le lecteur ordinaire mieux à même de comprendre, nous devons dire que la Science Occulte reconnaît sept Eléments Cosmiques – quatre entièrement physiques et le cinquième (Ether) semi-matériel ; ce dernier deviendra visible dans l'Air vers la fin de notre Quatrième Ronde, pour [I LXXXIX] régner suprême sur les autres éléments durant toute la Cinquième. Les deux autres sont encore absolument au-delà de l'horizon de perception humaine. Ces derniers cependant apparaîtront, comme des pressentiments, durant les Sixième et Septième Races de la Ronde actuelle, et deviendront connus respectivement dans les Sixième et Septième Rondes 148. Ces sept Eléments avec leurs sous-éléments innombrables, beaucoup plus nombreux que ceux connus par la science, sont simplement des modifications conditionnelles et des aspects de l'élément UN et unique. Celui-ci  n'est  pas  l'Ether 149,  ni  même  l'Akâsha,  mais  leur  source.   Le Cinquième Elément, que la Science tend actuellement à admettre, n'est pas l'Ether hypothétique de Newton – bien qu'il lui donne ce nom, le tenant sans doute pour l'Æther, le "Père-Mère" de l'antiquité. Comme le dit avec intuition Newton : "La Nature travaille perpétuellement en cercles, engendrant des fluides par des solides, des choses fixes par des choses volatiles, et des choses volatiles par des choses fixes, des choses subtiles [I XC] par des choses grossières et des choses grossières par des choses subtiles... Ainsi, peut-être, toutes choses ont-elles leur origine  dans l'Ether." (Hypothèse 1675.)

148 Il est curieux de remarquer comment, dans l'évolution cyclique des idées la pensée antique semble se réfléchir dans la spéculation moderne. Herbert Spencer avait-il lu et étudié les anciens philosophes Hindous, lorsqu'il écrivit certains passages de ses Premiers principes (p. 482) ? Ou est- ce un éclair indépendant de perception intérieure qui lui fit dire, partie à tort, partie à raison : "Le mouvement, aussi bien que la matière, étant fixe en quantité [?], il semblerait que le changement qu'effectue le mouvement dans la distribution de la matière, arrivant à une limite, dans quelque direction qu'il soit poussé [?], l'indestructible mouvement nécessite alors un renversement de distribution. Apparemment, les forces universellement coexistantes de l'attraction et de la répulsion qui, nous l'avons dit, nécessitent le rythme dans tous les changements secondaires effectués dans l'Univers entier, nécessitent également le rythme dans la totalité de ses changements – et produisent tantôt une période immense durant laquelle les forces d'attraction, étant prédominantes, causent une concentration universelle, tantôt une immense période durant laquelle les forces de répulsion, étant prédominantes, causent une diffusion universelle – c'est-à-dire des ères alternatives d'évolution et de dissolution."

149 Quelles que soient les vues de la Science Physique, à ce sujet, la Science Occulte a enseigné, depuis des siècles, que l'Akâsha (dont l'Ether est la forme la plus grossière), le cinquième principe cosmique universel – auquel correspond et dont procède le Manas humain – est, cosmiquement, une matière radiante, fraîche, diathermane et plastique, créatrice dans sa nature physique, corrélative dans ses aspects et portions les plus grossières et immuable dans ses principes supérieurs. Dans la condition créatrice, il est appelé la Sous-Racine et en conjonction avec la chaleur radiante, il rappelle "les mondes morts à la vie". Dans son aspect supérieur, c'est l'Ame du Monde dans son aspect inférieur le DESTRUCTEUR.

 

Le lecteur ne doit pas perdre de vue que les Stances données dans cet ouvrage traitent seulement de la Cosmogonie de notre propre système planétaire et de ce qui est visible autour de lui après un Pralaya Solaire. Les données secrètes concernant l'évolution du Kosmos Universel ne peuvent être données parce qu'elles ne pourraient même pas être comprises par les plus grands esprits de notre âge, et il semble y avoir peu d'Initiés, même parmi les plus élevés, à qui il soit permis de spéculer sur ce sujet. En outre, les Instructeurs déclarent franchement que les plus hauts Dhyâni- Chohans eux-mêmes n'ont pas pénétré les mystères au-delà des frontières qui séparent les myriades de systèmes solaires de ce que l'on appelle le Soleil Central. Aussi, ce qui est donné ne se rapporte qu'à notre Cosmos visible, après une Nuit de Brahmâ.

Avant que le lecteur porte son intérêt aux Stances du Livre de Dzyan, stances qui forment la base de cet ouvrage, il est absolument nécessaire de lui faire connaître les quelques conceptions fondamentales qui soutiennent et pénètrent tout le système de pensée sur lequel nous appelons son attention. Ces idées basiques sont en petit nombre, mais leur claire compréhension importe absolument à ce qui suit. Il n'y a donc pas à s'excuser de lui demander de se familiariser avec celles-ci, avant de s'attaquer à l'ouvrage lui-même.

La DOCTRINE SECRETE établit trois propositions fondamentales.

  

  1. Un PRINCIPE Omniprésent, Eternel, Illimité et Immuable, sur lequel toute spéculation est impossible puisqu'il transcende la puissance de conception humaine et ne pourrait être que rapetissé par toute expression ou comparaison. Ce principe est au-delà de l'horizon et de la portée de la pensée – d'après les paroles de la Mandûkya150, "inconcevable et innommable" 151.

150 Upanishad.

151 Ou indéfinissable, "imprononçable" dans le manuscrit de 1886.

 

Afin de comprendre ces idées plus clairement, que le lecteur parte de ce postulat qu'il existe une Seule Réalité Absolue, qui précède tout Etre manifesté et conditionné. Cette Cause Infinie et Eternelle – vaguement formulée dans l' "Inconscient" et l' "Inconnaissable" de la philosophie européenne courante – est la Racine-Sans-Racine de "tout ce qui fut, est, ou sera jamais". Elle est naturellement dépourvue de tout attribut et essentiellement sans relations avec l'Etre [I XCI] manifesté et fini. C'est l' "Etre-té", plutôt que l'Etre, en sanscrit Sat, et c'est au-delà de  toute pensée ou spéculation. Cet Etre-té est symbolisé, dans la Doctrine Secrète, sous deux aspects. D'un côté, l'Espace Abstrait, absolu, représentant la pure subjectivité, la seule chose qu'aucun mental humain ne puisse ni exclure d'aucune conception, ni concevoir par lui-même. De l'autre, le Mouvement Abstrait absolu, représentant la Conscience Inconditionnée. Nos penseurs occidentaux eux-mêmes ont prouvé que la conscience, distincte du changement, nous est inconcevable, et que le mouvement  est le meilleur symbole du changement, sa caractéristique essentielle. Ce dernier aspect de l'Unique Réalité est aussi symbolisé par le terme "le Grand Souffle", symbole assez expressif pour n'avoir pas à être élucidé. Ainsi, le premier axiome fondamental de la DOCTRINE SECRETE est cet UN ABSOLU métaphysique – l'ETRE-TE – que l'intelligence limitée a symbolisé par la Trinité théologique.

Il se pourrait, cependant, que quelques explications complémentaires fussent encore utiles.

Herbert Spencer a récemment modifié son Agnosticisme au point d'affirmer que la nature de la "Cause Première 152", que l'Occultiste, plus logique, dérive de la "Cause sans Cause", l' "Eternel", l' "Inconnaissable", pouvait être essentiellement la même que celle de la conscience qui a sa source en nous ; en un mot, que la Réalité impersonnelle qui pénètre le Kosmos est le pur noumène de la pensée. Ce pas en avant l'amène bien près des doctrines Esotériques et Védântines 153.

152 Le mot "Premier" présuppose naturellement quelque chose qui est "le premier né", "le premier dans le temps, l'espace et le rang, c'est-à-dire quelque chose de fini et de conditionné. Le "premier" ne peut être l'Absolu, car c'est une manifestation. Aussi, l'Occultisme oriental appelle-t-il le Tout Abstrait "la Cause Unique et sans Cause", "la Racine sans Racine", et limite-t-il la "Première Cause" au Logos, dans le sens que Platon donne à ce terme.

153  Voir les quatre savantes conférences de Subba Row sur la Bhagavad Gîtâdans The  Theosophist de 1887. [Egalement, pp. 11-14, The Philosophy of the Bhagavad Gîtâ.]

Parabrahman, l'Unique Réalité, l'Absolu, est le champ de la Conscience Absolue, c'est-à-dire de cette Essence qui est hors de toute relation avec l'existence conditionnée, et dont l'existence consciente est un symbole conditionné. Mais une fois que nous sortons, en pensée, de cette Négation (pour nous) Absolue, la dualité survient dans le contraste de l'Esprit (on Conscience) et de la Matière, du Sujet et de l'Objet.

L'Esprit (ou Conscience) et la Matière doivent cependant être considérés, non comme des réalités indépendantes, mais [I XCII] comme les deux symboles ou aspects de l'Absolu Parabrahman, lesquels constituent la base de l'Etre conditionné, soit subjectif, soit objectif.

Si nous considérons cette triade métaphysique comme la Racine dont procède toute manifestation, le Grand Souffle assume le caractère de l'Idéation Pré-cosmique. C'est le fons et origo de la Force et de toute Conscience individuelle, et il fournit l'intelligence qui guide le vaste thème de l'Evolution cosmique. D'autre part, la Substance Radicale Pré-cosmique (Mulaprakriti) est cet aspect de l'Absolu qui est le substratum de tous les plans objectifs de la Nature.

De même que l'Idéation Pré-cosmique est la racine de toute Conscience individuelle, ainsi la Substance Pré-cosmique est le substratum de la Matière dans ses divers degrés de différenciation.

D'où il apparaîtra que le contraste de ces deux aspects de l'Absolu est essentiel à l'existence de l' "Univers Manifesté". Séparée de la Substance Cosmique, l'Idéation Cosmique ne pourrait se manifester comme Conscience individuelle, puisque ce n'est qu'à travers un véhicule (Upâdhi) de matière que la Conscience jaillit comme "je suis Moi", une base physique étant nécessaire pour concentrer un Rayon du Mental Universel à un certain degré de complexité. Et à son tour, séparée de l'Idéation Cosmique, la Substance Cosmique resterait une abstraction vide, et aucune apparition de Conscience n'en pourrait résulter.

L'Univers Manifesté est donc pénétré par la dualité qui est, pour ainsi dire, l'essence même de son EX-istence comme "Manifestation". Mais, de même que les pôles opposés de Sujet et d'Objet, d'Esprit et de Matière, ne sont que des aspects de l'Unité dans laquelle ils sont synthétisés, ainsi, dans l'Univers Manifesté, il y a "ce" qui lie l'Esprit à la Matière, le Sujet à l'Objet.

Ce quelque chose actuellement inconnu de la spéculation occidentale est appelé par les occultistes Fohat. C'est le "pont" au moyen duquel les Idées qui existent dans la Pensée Divine sont imprimées sur la Substance Cosmique comme "Lois de la Nature". Fohat est donc l'énergie dynamique de l'Idéation Cosmique ou bien, si on le regarde de l'autre côté, c'est le médium intelligent, le pouvoir qui guide toute manifestation, la "Pensée Divine" transmise et manifestée à travers les Dhyân-Chôans 154, les Architectes du monde visible. Ainsi, de l'Esprit ou Idéation Cosmique, vient notre Conscience de la Substance Cosmique ; viennent les divers Véhicules dans lesquels cette Conscience est individualisée [I XCIII] et arrive à la Soi-Conscience ou conscience réfléchissante tandis que Fohat, dans ses diverses manifestations, est le mystérieux lien entre l'Esprit et la Matière, le principe animateur qui électrifie tout atome et lui donne la vie.

Le résumé suivant donnera une idée plus claire au lecteur :

  1. L'ABSOLU, le Parabrahman des Védântins ou Unique Réalité, SAT, qui est, comme le dit Hegel, à la fois Etre Absolu et Non- Etre.
  2. Le Premier Logos : l'impersonnel et, en philosophie, le Logos non manifesté, précurseur du manifesté. – C'est la "Cause  Première", l' "Inconscient" des Panthéistes européens.
  3. Le Second Logos : Esprit-Matière, VIE ; l' "Esprit de l'Univers", Purusha et Prakriti.

 

154 Appelés Archanges, Séraphins, etc., par la Théologie chrétienne.

 

  1. Le Troisième Logos : Idéation Cosmique, Mahat ou Intelligence, l'Ame Universelle du Monde le Noumène Cosmique de la Matière, la base des opérations intelligentes de la Nature et  dans la Nature, appelé aussi Mahâ-Bouddhi.

La REALITE UNIQUE ; ses aspects doubles, dans l'Univers conditionné 155.

La DOCTRINE SECRETE affirme en outre :

  1. L'Eternité de l'Univers, in toto, comme plan illimité qui, périodiquement, est "le terrain de jeu d'innombrables Univers se manifestant et disparaissant incessamment", appelés "Etoiles qui se Manifestent" et "Etincelles d'Eternité". "L'éternité du Pèlerin 156 est comme un clin d'œil de la Soi-existence", dit le LIVRE DE DZYAN. "L'apparition et la disparition des mondes est comme le retour régulier du flux et du reflux."

155 [Ces Trois Logoï Subjectifs ne doivent pas être confondus avec les Trois Logoï Objectifs de la manifestation, quand le Troisième Logos Subjectif devient le Premier Logos objectif, le Mental Universel Mahat infusant à toutes choses la qualité d'Intelligence. Voir Etude sur la Conscience, par Annie Besant, Section sur les Origines. – Ed.]

156 "Pèlerin" est le nom donné à notre Monade (les Deux en Un) durant son cycle d'incarnations. C'est le seul Principe immortel, éternel en nous, une partie indissoluble du tout intégral – l'Esprit Universel, dont il émane et en qui il s'absorbe à la fin du cycle. Quand on dit qu'il émane de l'Esprit Unique, c'est une expression incorrecte et maladroite, mais l'expression exacte manque aux langues occidentales. Les Védântins l'appellent Sutrâtmâ (l'Ame-Fil), mais leur explication diffère un peu de celle des Occultistes. C'est aux Védântins à expliquer la différence.

 

La seconde assertion de la DOCTRINE SECRETE est l'universalité absolue de cette loi de périodicité, de flux et de reflux, de marée montante et descendante, que la science physique a observée et notée dans tous les départements de la nature. [I XCIV] Les alternatives du jour et de la nuit, de la vie et de la mort, du sommeil et de la veille, sont choses si communes, si parfaitement universelles et sans exception, qu'il est facile de comprendre que nous y voyions une des Lois fondamentales de l'Univers.

La DOCTRINE SECRETE affirme encore :

  1. L'identité fondamentale de toutes les Ames avec la Sur-Ame Universelle, celle-ci étant elle-même un aspect de la Racine Inconnue et le pèlerinage obligatoire pour toute Ame – étincelle de la première – à travers le Cycle d'Incarnation, ou de Nécessité, d'accord avec la Loi Cyclique et Karmique durant le terme entier. Autrement dit, aucun Buddhi purement spirituel (Ame Divine) ne peut avoir une existence (consciente) indépendante avant que l'étincelle issue de la pure Essence du Sixième Principe  Universel –   ou la Sur-AME – n'ait a) passé par toutes les formes du monde phénoménal de ce Manvantara, et b) acquis l'individualité, d'abord par impulsion naturelle, puis par des efforts personnels, volontaires et résolus, modifiés par les restrictions de son Karma, montant ainsi par tous les degrés de l'intelligence, du Manas le plus bas jusqu'au plus élevé, du minéral et la plante, jusqu'au plus saint des Archanges (Dhyâni-Buddha). La doctrine-pivot de la Philosophie Esotérique n'admet pas de privilèges, ni de dons spéciaux pour l'homme, sauf ceux qui sont gagnés par son propre Ego à force d'effort et de mérite personnels, au cours d'une longue série de métempsycoses et de réincarnations. C'est pour cela que les Hindous disent que l'Univers est Brahman et Brahmâ, car Brahman est dans tout atome de l'Univers, les six Principes de la Nature procédant tous – étant les aspects différents et différenciés –        DU PRINCIPE SEPTIEME ET UN, l'unique Réalité de l'Univers, tant cosmique que microcosmique et c'est pour cela aussi que les permutations psychiques, spirituelles et physiques, sur le plan de la manifestation et de la forme du Sixième Principe (Brahmâ véhicule de Brahman) sont regardées, par antiphrase métaphysique, comme illusoires et mâyâviques. Car, bien que la racine de chaque atome individuellement, et de toute forme, collectivement, soit ce Septième Principe, ou l'Unique Réalité, pourtant, sous son apparence manifestée, phénoménale et temporaire, il n'est rien de plus qu'une éphémère illusion de nos sens 157.

157 Voir Vol. 2, Part. 3, Section 14, Dieux, Monades et Atomes.

 

Dans son état absolu, l'Unique Principe sous ses deux aspects Parabrahman et Mulaprakriti, est insexuel, inconditionné et éternel. Son émanation périodique, manvantarique, ou rayonnement primordial, est Une, aussi, androgyne, et phénoménalement [I XCV] finie. Quand cette radiation rayonne à son tour, tous ses rayonnements sont encore androgynes, mais deviennent des principes mâles et femelles dans leurs aspects inférieurs. Après un Pralaya, soit le grand Pralaya, soit le Pralaya mineur qui laisse les mondes in statu quo 158 – le premier Principe qui se réveille à la vie active est le plastique Akâsha, Père-Mère, Esprit et Ame de l'Ether, ou le Plan du Cercle. L'Espace est appelé la Mère avant son activité cosmique, et Père-Mère au premier stage de son réveil. Dans la Kabaleaussi, il est Père-Mère-Fils. Mais, tandis que dans la Doctrine Orientale, ceux-ci sont le Septième principe de l'Univers Manifesté, ou son Atmâ-Buddhi-Manas" (Esprit, Ame, Intelligence), la Triade se  ramifiant en sept branches, qui sont les sept principes cosmiques et les sept Principes humains, dans la Kabaleoccidentale des Mystiques judéo-chrétiens,  c'est la Triade ou Trinité, et pour ces Occultistes, le Jéhova mâle femelle, Jah- Havah. C'est en cela que consiste toute la différence entre les Trinités Esotérique et Chrétienne. Les Mystiques et les Philosophes, les Panthéistes d'Orient et d'Occident synthétisent leur Triade prégénétique dans la pure abstraction divine. Les orthodoxes l'anthropomorphisent. Hiranyagarba, Hari et Shankara – les trois Hypostases de la manifestation de "l'Esprit, de l'Esprit Suprême", titre sous lequel Prithivî, la Terre salue Vishnou dans son premier Avatâr – sont les qualités abstraites et purement métaphysiques de Formation, de Conservation et de Destruction ce sont aussi les trois Avasthâs (Hypostases) divines de ce qui "ne périt pas avec les choses créées" ou Achyuta, nom de Vishnou quant au chrétien orthodoxe, il sépare sa Divinité Personnelle Créatrice en  les trois Personnes de la Trinité et n'admet pas de Divinité supérieure. Celle-ci, pour l'Occultiste, est le Triangle abstrait, et pour l'orthodoxe, le Cube parfait. Le dieu créateur, ou plutôt la collectivité des dieux créateurs, est regardée par le philosophe oriental comme Bhrantidar-sanatah, "fausses apparences", quelque chose "conçu, en raison d'apparences trompeuses, comme une forme matérielle", et l'on explique que ces dieux naissent de la conception illusoire de l'Ame égotiste personnelle et humaine (Cinquième Principe, inférieur). Cela est superbement exprimé dans une nouvelle traduction dans les notes de Fitzedward [I XCVI] ajoutées à la traduction de Wilson, du Vishnu Purâna. "Ce Brahmâ, dans sa totalité, possède essentiellement l'aspect de Prakriti évoluée et non évoluée [Mûlaprakriti], et aussi l'aspect d'Esprit et l'aspect de Temps. L'Esprit, ô deux fois né,   est l'aspect dominant du suprême Brahma 159. Le suivant est un aspect double – Prakriti, à la fois évolué et non évolué, et le temps est le dernier." Kronos [le Temps] est aussi représenté, dans la Théogonie Orphique, comme un dieu ou agent engendré.

158 Ce ne sont pas les organismes physiques, encore moins leurs principes psychiques, qui demeurent in statu quo, durant les grands Pralayas Cosmiques ou même Solaires, mais seulement leurs "photographies" akasiques ou astrales. Mais durant les Pralayas Mineurs, une fois surprises par la "Nuit", les planètes restent intactes bien que mortes, comme un gros animal, pris et enveloppé par les glaces polaires, reste tel quel pendant des âges.

159 Ainsi Spencer – qui pourtant, comme Schopenhauer et Von Hartmann, ne fait que refléter un aspect des vieux philosophes ésotériques et, de là, transporte ses lecteurs sur la froide rive du désespoir agnostique – formule respectueusement le grand mystère : "Ce qui reste immuable en quantité, quoique toujours changeant de forme, sous ces apparences sensibles que l'Univers nous présente, est un pouvoir inconnu et inconnaissable, que nous sommes obligés de reconnaître comme étant sans limites dans l'Espace, et sans commencement ni fin dans le Temps." C'est seulement la Théologie effrontée – jamais la Science ou la Philosophie – qui cherche à jauger l'infini et à dévoiler l'Insondable et l'Inconnaissable.

 

A cette période du réveil de l'Univers, le symbolisme sacré le représente comme un Cercle parfait avec le Point (la Racine) au centre. Ce signe était universel aussi le rencontrons nous également dans la Kabale. Pourtant, la Kabaleoccidentale, actuellement entre les mains des Mystiques chrétiens, l'ignore entièrement, bien qu'il  soit clairement marqué dans le Zohar. Ces sectaires commencent à la fin, et prennent pour symbole du Kosmos prégénétique le Å et l'appellent "l'Union de la Rose et de la Croix", le grand mystère de la génération occulte – d'où le nom de Rose-Croix ! Comme on peut en juger, cependant, d'après les plus importants et les mieux connus des symboles des Rose-Croix, il en est un qui n'a jamais encore été compris, même des Mystiques modernes. C'est celui du Pélican qui déchire sa poitrine pour nourrir ses sept petits – vrai Credo des Frères de la Rose-Croix et direct rejeton de la Doctrine Secrète orientale.

Brahman (neutre) est appelé Kâlahamsa, ce qui, d'après les Orientalistes d'Occident, veut dire le Cygne Eternel ou l'oie, et il en est de même pour Brahmâ, le Créateur. Nous sommes ainsi conduits à relever une grande erreur : c'est de Brahman (neutre) qu'on devrait parler comme Hamsa-Vâhana (celui qui emploie le Cygne pour Véhicule), et non de Brahmâ le Créateur car ce dernier est le vrai Kâlahamsa, tandis que Brahman (neutre) est Hamsa et A-hamsa, comme cela sera expliqué dans les Commentaires. Il faut bien comprendre que les termes Brahmâ et Parabrahman sont employés ici non parce qu'ils appartiennent à notre nomenclature Esotérique, [I XCVII] mais simplement parce qu'ils sont plus  familiers  aux  étudiants  occidentaux.  Tous  deux  sont  les   parfaits  équivalents de nos termes à une, trois et sept voyelles, qui s'appliquent au TOUT UN et à l'Unique "TOUT DANS TOUT".

Telles sont les conceptions fondamentales sur lesquelles repose la DOCTRINE SECRETE.

Ce n'est pas le moment d'en prendre la défense ou de donner des preuves de leur caractère inhérent raisonnable, non plus que de démontrer qu'elles sont, en fait, contenues – quoique trop souvent sous une apparence trompeuse – dans tout système de pensée ou de philosophie digne de ce nom.

Du moment que le lecteur en a acquis une claire compréhension, et saisi la lumière qu'elles jettent sur chaque problème de la vie, elles ne demanderont pas d'autre justification à ses yeux, parce que leur vérité leur apparaîtra aussi évidente que le soleil dans les cieux. Je passe donc aux sujets traités dans les STANCES données dans ce volume, en les faisant précéder d'une esquisse structurale pour faciliter la tâche de l'étudiant en lui résumant l'ensemble.

L'histoire de l'Evolution Cosmique, telle qu'elle est traitée dans les STANCES, est, en quelque sorte, la formule algébrique abstraite de cette évolution. L'étudiant ne doit donc pas s'attendre à y trouver un compte rendu de toutes les étapes et transformations intervenues entre les premiers commencements de l'Evolution Universelle et notre état actuel. Donner un tel résumé serait aussi impossible qu'il serait incompréhensible à des hommes qui ne peuvent saisir la nature du plan d'existence le plus voisin de celui où, pour le moment, leur conscience est limitée.

Les STANCES donnent donc une formule abstraite, applicable, mutatis mutandis, à l'évolution entière : à celle de notre petite Terre, à celle de la Chaîne des Planètes à laquelle appartient cette Terre, à l'Univers Solaire dont cette Chaîne fait partie, et ainsi de suite, dans une échelle ascendante, jusqu'à ce que l'esprit chancelle et s'épuise dans l'effort.

Les sept STANCES données dans ce volume représentent les sept termes de cette formule abstraite. Elles décrivent les sept grandes étapes du processus évolutif dont il est parlé, dans les Purânas, comme des "Sept Créations", et, dans la Bible, comme des "Jours" de la Création.

 

La STANCE I décrit l'état du TOUT UNIQUE pendant le Pralaya, avant la première vibration de la manifestation en voie de réveil.

Un instant de réflexion montre qu'un tel état ne peut être que symbolisé ; le décrire est impossible. Il ne peut même être symbolisé que négativement, car, puisque c'est l'état de [I XCVIII] l'Absolu, per se, il ne peut posséder aucun de ces attributs spécifiques qui servent à décrire les objets en termes positifs. Cet état ne peut donc être suggéré que par les négatifs de tous ces attributs abstraits que les hommes sentent, plutôt qu'ils ne conçoivent, comme les limites les plus éloignées que leur pouvoir de conception puisse atteindre.

La STANCE II décrit un état qui, pour un esprit occidental, est si rapproché de celui dont traite la STANCE I que la seule expression de leur différence comporterait un volume. Il faut donc laisser à l'intuition et aux facultés supérieures du lecteur la tâche de saisir, autant que possible, la signification des phrases allégoriques qui s'y trouvent. En somme, ces Stances font plus appel aux facultés internes qu'à l'intelligence ordinaire du cerveau physique.

La STANCE III décrit le Réveil de l'Univers à la vie, après le Pralaya. Elle peint l'émergence des "Monades" de leur état d'absorption dans l'UN ; c'est la première et la plus haute étape dans la formation des "Mondes" – le terme Monade pouvant s'appliquer aussi bien aux vastes Systèmes Solaires qu'au plus petit atome.

La STANCE IV expose la différenciation du "Germe" de l'Univers en la Hiérarchie Septénaire des Pouvoirs Divins conscients qui sont les manifestations actives de l'Energie Une et Suprême. Ce sont les mouleurs, les modeleurs et finalement les créateurs de tout l'Univers manifesté, et cela au seul sens compréhensible du mot "créateur" il lui donnent une forme et le guident ; ils sont les Etres intelligents qui ajustent et contrôlent l'évolution, incorporant en eux-mêmes ces manifestations de la Loi-UNE que nous connaissons comme les "Lois de la Nature".

Génériquement, ils sont connus sous le nom de Dhyân Chôhans, bien que chaque groupe distinct ait sa désignation propre dans la DOCTRINE SECRETE.

 Dans la mythologie hindoue, on nomme cette étape de l'Evolution la "Création des Dieux".

La STANCE V décrit le processus de la formation du monde. D'abord, se présente la Matière Cosmique diffuse, puis le "Tourbillon de Feu", première étape de la formation d'une nébuleuse. Cette nébuleuse se condense, et, après avoir passé par diverses transformations, forme un Univers solaire, une Chaîne Planétaire, ou une seule Planète, selon le cas.

La STANCE VI indique les étapes suivantes de la formation d'un "Monde", et décrit l'évolution d'un tel Monde jusqu'à sa quatrième grande période correspondant à celle dans laquelle nous vivons maintenant. [I XCIX]

La STANCE VII continue cette histoire et trace la descente de la vie jusqu'à l'apparition de l'Homme : là s'arrête le Premier Livre de la DOCTRINE SECRETE.

Le développement de l'homme, depuis sa première apparition sur cette terre, pendant cette Ronde, jusqu'à l'état où nous le trouvons maintenant, fait le sujet des volumes 3 et 4.

Les STANCES qui forment la thèse de chaque section  sont reproduites dans leur version moderne, car il serait plus qu'inutile de compliquer le sujet en y introduisant la phraséologie archaïque de l'original, avec son style et ses termes déroutants. On donne des extraits des traductions chinoises, tibétaines et sanscrites du texte Senzar original des Commentaires et Gloses sur le LIVRE DE DZYAN. C'est la première fois que ces documents sont présentés en langage européen. Il est d'ailleurs presque inutile de dire qu'il n'est donné qu'une partie des sept STANCES, parce que leur texte entier ne serait compris par personne, si ce n'est quelques hauts Occultistes. Et l'auteur de ces pages, ou plutôt l'humble rédacteur de cette œuvre, ne les comprendrait pas non plus davantage que la plupart des profanes. Pour faciliter la lecture de l'ouvrage et diminuer le nombre des notes marginales il a été jugé à propos de placer côte à côte les textes et les commentaires, et d'employer – là où il le fallait – des noms sanscrits et tibétains, plutôt que des noms originaux. Et ce d'autant plus que tous ces termes sont des synonymes acceptés, les derniers n'étant guère employés qu'entre Maître et ses Chélâs (disciples).

 

C'est ainsi que si l'on voulait traduire le premier verset, en ne se servant que des termes techniques employés dans l'une des versions tibétaines et Senzar, le Shloka 1 se lirait ainsi :

Tho-ag en Zhi-gyu dormit sept Khorlo. Zodmanas zhiba. Tout Nyug sein. Pas Konch-og pas Thgan-Kam, pas Lha Chohan pas Tenbrel Chugnyi Dharmakâya cessèrent Tgenchang ne devient pas Barnang et Ssa en Ngovonyidj seul Tho-og Yinsin dans la nuit de Sun-chan et Yong- grub [Paranishpanna], etc.

Ce serait un pur Abracadabra.

Comme cet ouvrage est écrit pour l'instruction des étudiants de l'Occultisme et non pour les Philologues, nous pouvons éviter d'employer de tels termes étrangers, partout où c'est possible. Les termes intraduisibles seuls, incompréhensibles sans explication, sont conservés, mais rendus dans leur forme sanscrite. Le lecteur se rappellera que ceux-ci sont, d'ailleurs, presque toujours, le développement ultérieur [I C] de ce dernier langage, et qu'ils appartiennent à la Cinquième Race-Racine. Le sanscrit, tel qu'on le connaît maintenant, n'était pas la langue des Atlantes et la plupart des termes philosophiques employés dans les systèmes de l'Inde de la période Post-Mahâbhâratique ne se trouvent pas dans les Védas, ni dans les STANCES originales – mais il y a leurs équivalents. Le lecteur non théosophe peut, si bon lui semble, regarder tout ce qui suit comme un conte de fée, ou du moins, comme une spéculation sans preuves de rêveur, ou encore, comme une nouvelle hypothèse à ajouter aux nombreuses hypothèses scientifiques de tous les temps, les unes condamnées, les autres en simple position d'attente ; celles-ci ne sont pas, dans tous les cas, moins scientifiques que bien d'autres théories prétendues scientifiques et sont en tout cas plus philosophiques.

Vu le grand nombre de notes et d'explications nécessaires, les renvois au bas des pages sont marqués comme d'ordinaire, tandis que les phrases impliquant des commentaires sont spécifiées par des lettres. L'on trouvera de plus grands développements dans les chapitres sur le Symbolisme ; quelques uns de ces derniers contiendront même plus d'informations que les Commentaires.

 [I 1]

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bon.christo@free.fr (Super User) LA DOCTRINE SECRETE VOL 1 Fri, 16 Jan 2015 18:41:01 +0000
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PREMIERE PARTIE

L'EVOLUTION COSMIQUE

SEPT STANCES TRADUITES DU LIVRE SECRET DE DZYAN AVEC COMMENTAIRES

 

Il n'existait rien : ni le ciel clair,

Ni la large voûte des cieux étendue au-dessus de nos têtes.

Qu'est-ce   qui   couvrait   tout ?   Qu'est-ce   qui   abritait ? Qu'est-ce qui cachait ?

Etait-ce l'abîme sans fond des eaux ?

Il   n'y    avait   pas   de   mort   –   cependant    rien   n'était immortel ;

Il n'y avait rien qui divisât le jour de la nuit ; L'Un seul respirait sans souffle, de lui-même : Depuis, il n'y a eu rien que Lui.

Les ténèbres régnaient, et tout, au commencement, était voilé

Dans une obscurité profonde – océan sans lumière. Le germe qui sommeillait encore dans l'enveloppe

S'entrouvrit sous l'influence de la chaleur ardente, en forme de Nature Une.

 ………………..

Qui connaît le secret ? Qui l'a proclamé ici ? D'où, d'où vint cette création multiple ?

Les Dieux eux-mêmes vinrent plus tard à l'existence. Qui sait d'où vint cette création immense ?

Qui connaît cela, d'où vint cette grande création, Si Sa Volonté créa ou s'abstint ?

Le plus haut voyant qui est au sommet des cieux

Le sait sans doute – ou peut-être ne le sait-il pas, lui non plus..."

"Abîmant ton regard dans l'éternité

Avant que les fondations du monde fussent établies.

 ………………..

Tu existais. Et lorsque la flamme souterraine Rompra sa prison et détruira la charpente du monde, Tu seras encore, comme tu étais autrefois

Tu ne connaîtras aucun changement quand le temps ne sera plus.

O pensée sans fin, divine ETERNITE ! 160

160 V. Rig Véda, traduction Langlois, 2ème édit. revue et corrigée par Foucaux, Paris-Maisonneuve, 1872, p. 594. Section VIII. Lecture VII. Hymne X, intitulé "Paramatma" Richi-Prajapati.

 [I 2]

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L'EVOLUTION COSMIQUE

EN SEPT STANCES TIREES DU LIVRE DE DZYAN

 

STANCE I

 

  1. La Mère Eternelle, enveloppée dans ses Robes à jamais Invisibles, avait de nouveau sommeillé pendant Sept Eternités.
  2. Le Temps n'était pas, car il dormait dans le Sein Infini de la Durée.
  3. Le Mental Universel n'était pas, car il n'y avait pas de Ah-hi pour le contenir.
  4. Les Sept Chemins de Béatitude n'étaient pas. Les Grandes Causes de la Misère n'étaient pas, car il n'y avait personne pour les produire, ni pour tomber dans leur piège.
  5. Les Ténèbres seules remplissaient le Tout sans Bornes,  car le Père, la Mère et le Fils étaient de nouveau un, et le Fils ne s'était pas encore réveillé pour la Roue nouvelle et son Pèlerinage sur elle.
  6. Les Sept Seigneurs Sublimes et les Sept Vérités avaient cessé d'être, et l'Univers, Fils de la Nécessité, était plongé en Paranishpanna, pour être exhalé, par le souffle de ce qui est, et cependant n'est pas. Rien n'était.
  7. Les Causes de l'Existence avaient été éliminées ; le Visible qui avait été, et l'Invisible qui est, reposaient dans le Non-Etre Eternel – l'Etre Unique.
  8. Seule, l'Unique Forme d'Existence s'étendait sans bornes, infinie, sans cause, dans un Sommeil sans Rêves [I 4] et la Vie vibrait inconsciente dans l'Espace Universel, partout en cette Présence Absolue qui est ressentie par l'ŒIL Ouvert de Dangma.
  9. Mais où était Dangma lorsque l'Alaya de l'Univers était en Paramârtha, et que la Grande Roue était Anupâdaka ?

 

STANCE II

 

  1. ... Où étaient les Constructeurs, les Fils Lumineux de l'Aurore Manvantarique ?... Dans les Ténèbres Inconnues, dans leur Ah-hi Paranishpanna. Les Producteurs de la Forme depuis la Non-Forme – la Racine du Monde – Dévamâtri et Svabhâvat, reposaient dans la Félicité du Non-Etre.
  2. ... Où était le Silence ? Où se trouvaient les oreilles pour le percevoir ? Non, il n'y avait ni Silence, ni Son : rien que  le Souffle Eternel, qui ne cesse jamais, qui ne se connaît pas lui- même.
  3. L'Heure n'avait pas encore sonné ; le Rayon n'avait pas encore jailli dans le Germe ;la Mâtripadmane s'était pas encore gonflée.
  4. Son Cœur ne s'était pas encore ouvert pour laisser entrer le Rayon Unique et le laisser tomber ensuite, comme Trois en Quatre, dans le Sein de Mâyâ.
  5. Les Sept n'étaient pas encore nés du Tissu de la Lumière. Les Ténèbres seules étaient Père-Mère, Svabhâvat : et Svabhâvat était dans les Ténèbres.
  6. Ces Deux-là sont le, Germe, et le Germe est Un. L'Univers était encore caché dans la Pensée Divine et dans le Sein Divin.

 

STANCE III

 

  1. ... La dernière Vibration de la Septième Eternité tressaille  à travers l'Infini. La Mère se gonfle, elle croît de dedans en dehors, comme le Bouton du Lotus.
  2. La Vibration se propage soudain, touchant de son Aile rapide tout l'Univers et le Germe qui réside dans les [I 5] Ténèbres, les Ténèbres qui soufflent sur les Eaux sommeillantes de la Vie.
  3. Les Ténèbres rayonnent la Lumière, et la Lumière laisse tomber un Rayon solitaire dans les Eaux, dans l'Abîme-Mère. Le Rayon traverse rapidement l'Œuf Vierge il fait frissonner l'Œuf Eternel, qui laisse tomber le Germe non éternel, qui se condense en l'Œuf du Monde.
  4. Les Trois tombent dans les Quatre. L'Essence Radieuse devient Sept en dedans et Sept en dehors. L'œuf Lumineux, qui en lui- même est Trois, se coagule et s'étend en Caillots blancs comme du lait dans les Profondeurs de la Mère, la Racine qui croît dans les Profondeurs de l'Océan de Vie.
  5. La Racine demeure, la Lumière aussi, les Caillots également et cependant Oeaohu est Un.
  6. La Racine de la Vie était en chaque Goutte de l'Océan de l'Immortalité, et l'Océan était la Lumière Radieuse, qui était Feu, Chaleur et Mouvement. Les Ténèbres disparurent et  ne furent plus ; elles disparurent dans leur propre Essence, le Corps de Feu et d'Eau, du Père et de la Mère.
  7. Vois, ô Lanou, l'Enfant Radieux des Deux, la Gloire resplendissante sans pareille : l'Espace Brillant, Fils de l'Espace Obscur, qui émerge des Profondeurs des grandes Eaux Sombres. C'est Oeaohu, le plus Jeune, le ***. Il resplendit comme le Soleil. Il est le Dragon de Sagesse, Flamboyant et Divin ; l'Eka 161 est Chatur, et Chatur s'approprie Tri, et l'Union produit le Sapta, en qui sont les Sept qui deviennent le Tridasha, les Armées et les Multitudes. Vois-le, relevant le Voile et le déployant, de l'Orient à l'Occident. Il cache ce qui est en Dessus, et laisse voir le Dessous comme la Grande Illusion. Il désigne leurs places aux Etres Lumineux, change le Dessus en une Mer de Feu sans rivages, et change l'Un Manifesté en les Grandes Eaux. [I 6]
  8. Où était le Germe, où étaient alors les Ténèbres ? Où est l'Esprit de la Flamme qui brûle dans ta Lampe, ô Lanou ? Le Germe est Cela, et Cela est la Lumière, le Blanc et Brillant Fils du Père Obscur et Caché.
  9. La Lumière est la Flamme Froide, et la Flamme est le Feu, et le Feu produit la Chaleur qui donne l'Eau – l'Eau de Vie dans la Grande Mère.
  10. Le Père-Mère tisse une Toile dont l'extrémité supérieure est attachée à l'Esprit – la Lumière des Ténèbres-Unes – et l'extrémité inférieure à son ombre, la Matière. Cette toile est l'Univers, tissé avec les Deux Substances combinées en Une, qui est Svabhâvat.
  11. Cette Toile s'étend lorsque le Souffle de Feu la couvre ; elle se contracte lorsque le Souffle de la Mère la touche. Alors, les Fils se séparent et se dispersent pour rentrer dans le Sein de leur Mère, à la fin du Grand Jour, et redevenir un avec elle. Lorsqu'elle se refroidit, elle devient rayonnante. Ses fils se gonflent et se contractent par leur propre Soi et par leur Cœur ils embrassent l'Infini.
  12. Alors Svabhâvat envoie Fohat pour durcir les Atomes. Chacun est une partie de la Toile. Réfléchissant "le Seigneur Existant par Lui-même", comme un Miroir, chacun devient, à son tour, un Monde.

 161 Eka = un, Chatour = quatre, Tri = trois, Sapta = sept Tridasha : Tri = trois ´ par dasha (dix) = trois dizaines, ou une armée.

 

STANCE IV

 

  1. ... O Fils de la Terre, écoutez vos Instructeurs – les Fils du Feu. Apprenez-le : il n'y a ni premier ni dernier car tout est le Nombre Unique, issu du Non-Nombre.
  2. Apprenez ce que, nous, issus des Sept Primordiaux, nous qui sommes nés de la Flamme Primordiale, avons appris de nos Pères...
  3. De la splendeur de la Lumière – Rayon des Ténèbres Eternelles – surgirent dans l'Espace les Energies réveillées ; l'Unique de l'Œuf, le Six et le Cinq. Puis le Trois, l'Un, le Quatre, le Un, le Cinq, au Total, les deux [I 7] fois Sept. Et ce sont là les Essences, les Flammes, les Eléments, les Constructeurs, les Nombres, l'Aroûpa, le Roûpa, et la Force, ou l'Homme Divin, qui en est la somme totale. Et de l'Homme Divin émanèrent les Formes, les Etincelles, les Animaux Sacrés et les Messagers des Pères Sacrés contenus dans les Saints Quatre.
  4. C'était l'Armée de la Voix – la Mère Divine des Sept. Les Etincelles des Sept sont les sujets et les serviteurs du Premier, du Second, du Troisième, du Quatrième, du Cinquième, du Sixième et du Septième des Sept. Ces étincelles sont nommées Sphères, Triangles, Cubes, Lignes et Modeleurs car c'est ainsi que se tient l'Eternel Nidâna – le Oi-Ha-Hu 162.
  5. Le Oi-Ha-Hu, qui est les "Ténèbres", le Sans-Bornes, ou le Non- Nombre, Adi-Nidâna, Svabhâvat, le O.
  1. Le Adi-Sanat, le Nombre, car il est Un.
  2. La Voix du Verbe 163 Svabhâvat, les Nombres, car il est Un et Neuf.
  3. Le "Carré sans Forme".

 Et ces Trois, inclus dans le O, sont le Quatre sacré et les Dix sont l'Univers Arûpa. Alors viennent les "Fils", les Sept Combattants, le Un, le Huitième laissé de côté, et son Souffle qui est le Faiseur de Lumière.

6. ... Viennent alors les Sept Seconds qui sont les Lipika, produits par les Trois. Le Fils Rejeté est Un. Les Soleils-Fils sont innombrables.

 

STANCE V

 

  1. Les Sept Primordiaux, les Sept Premiers Souffles du Dragon de Sagesse, produisent à leur tour, de leurs Souffles Giratoires Sacrés, le Tourbillon Ardent.
  2. Ils en font le Messager de leur Volonté. Le Dzyu devient Fohat ; le Fils agile des Fils Divins, dont les Fils sont les Lipika, fait des courses circulaires. Fohat est le [I 8] Coursier, et la Pensée le Cavalier. Il passe comme un éclair à travers les nuages de feu ; il fait Trois, Cinq et Sept Pas à travers les Sept Régions supérieures et les Sept inférieures. Il élève la Voix, appelle les Etincelles innombrables et les réunit.
  3. Il est l'Esprit qui les guide et les conduit. Lorsqu'il commence son travail, il sépare les Etincelles du Royaume Inférieur, qui flottent et vibrent de joie dans leurs demeures lumineuses, et il forme les Germes des Roues. Il les place dans les Six Directions  de l'Espace, et en laisse Une au milieu –la Roue Centrale.
  4. Fohat traces des lignes spirales pour unir le Sixième au Septième – la Couronne. Une armée de Fils de Lumière se tient à chaque angle ; les Lipika dans la Roue du Centre. Ils disent : "Cela est bon." Le premier Monde Divin est prêt : le Premier 164, le Second. Alors l' "Arûpa Divin" se réfléchit dans le Chhâyâ Lôka, le Premier Vêtement d'Anupâdaka.
  5. Fohat fait cinq pas, et construit une roue ailée à chaque coin du carré pour les Quatre Très Saint... et leurs Armées. 
  6. Les Lipika circonscrivent le Triangle, le Premier Etre, le Cube, le Second Etre et le Pentacle dans l'Œuf. C'est l'Anneau appelé "Ne Passe Pas", pour ceux qui descendent et qui montent et aussi pour ceux qui, durant le Kalpa, s'avancent vers le grand Jour  "Sois Avec Nous"...Ainsi furent formés l'Arûpa et le Rûpa : d'Une Lumière, Sept Lumières de chacune des Sept, sept fois Sept Lumières. Les Roues surveillent l'Anneau...

 164 "Le premier étant le second" – lit-on dans le manuscrit de 1886. "Le Premier est maintenant le Second" – est le texte de l'édition de 1888.

 

STANCE VI

 

  1. Par le pouvoir de la Mère de Merci et de Connaissance, Kwan- Yin – le "Triple" de Kwan-Shaï-Yin, demeurant en Kwan-Yin- Tien – Fohat, le Souffle de leurs [I 9] Descendants, le Fils des Fils, ayant appelé de l'Abîme inférieur la Forme Illusoire de Sien- Tchan et les Sept Eléments.
  2. L'Etre Rapide et Radieux produit les sept Centres Laya, contre lesquels nul ne prévaudra jusqu'au Grand Jour "Sois Avec Nous" et il place l'Univers sur ces Fondations Eternelles, entourant Sien- Tchan des Germes Elémentaires.
  3. Des Sept – d'abord Un est manifesté, Six cachés ; Deux manifestés, Cinq cachés ; Trois manifestés, Quatre cachés ; Quatre produits, Trois cachés ; Quatre et Un Tsan révélés,  Deux et demi cachés ; Six devant être manifestés. Un mis de côté. Finalement, Sept Petites Roues tournent, l'une donnant naissance à l'autre.
  4. Il les construit sur le modèle des Roues plus anciennes, les plaçant sur les Centres Impérissables.

Comment Fohat les construit-il ? Il rassemble la Poussière de Feu. Il forme des Boules de Feu, passe à travers, et autour d'elles, leur infusant la vie, et il les met ensuite en mouvement les unes dans un sens, les autres dans un autre. Elles sont froides, il les réchauffe. Elles sont sèches, il les humecte. Elles brillent, il les évente et les refroidit.

Ainsi agit Fohat, d'un Crépuscule à l'autre, pendant sept Eternités.

5. A la Quatrième, les Fils reçoivent l'ordre de créer leurs Images : Un Tiers refuse. Deux obéissent.

La Malédiction est prononcée. Ils naîtront dans la Quatrième ; ils souffriront et causeront de la souffrance. C'est la Première Guerre.

6. Les Roues les plus Anciennes tournèrent en bas et en haut... Le Frai de la Mère remplit le tout. Il y eut des Combats entre les Créateurs et les Destructeurs, et des Combats pour l'Espace ; la Semence apparaissant et réapparaissant continuellement.

7. Fais tes Calculs, ô Lanou, si tu veux savoir l'âge exact de la Petit Roue. Son Quatrième Rayon est notre Mère. Atteins le Quatrième "Fruit" du Quatrième Sentier [I 10] de Connaissance qui conduit à Nirvâna, et tu comprendras, car tu verras...

 

STANCE VII

 

  1. Vois le commencement de la Vie sensible et sans forme.

D'abord, le Divin, le Un issu de l'Esprit-Mère puis, le Spirituel : les Trois issus de l'Un, les Quatre de l'Un, et les Cinq, d'où les Trois, les Cinq et les Sept. Voilà le Triple et le Quadruple, en descendant les Fils, nés du Mental du Premier Seigneur, les Sept Radieux. Ce sont eux qui sont toi, moi, lui, ô Lanou eux qui veillent sur toi et sur ta mère, Bhumi.

2.  Le Rayon Unique multiplie les Rayons moindres. La Vie précède la Forme et survit au dernier atome. A travers les Rayons innombrables, le Rayon de la Vie, l'Unique passe comme un Fil à travers bien des Perles.

3.  Lorsque l'Un devient Deux, le Triple apparaît, et les Trois sont Un ; c'est notre Fil, Lanou, le cœur de la Plante-Homme appelée Saptaparna.

4.  C'estla Racine qui ne meurt jamais ;la Flamme à Trois Langues des Quatre Mèches. Les Mèches sont les Etincelles qui émanent dela Flamme aux Trois Langues projetée par les Sept – leur Flamme – les Rayons et les Etincelles d'une Lune unique réfléchie dans les Flots agités de tous les Fleuves dela Terre.

5.  L'Etincelle est suspendue à la Flamme par le fil le plus délié de Fohat. Elle voyage à travers les Sept Mondes de Mâyâ. Elle s'arrête dans le Premier, et y est un Métal et une Pierre ; elle passe dans le Second, et voilà – une Plante ; la Plante tourbillonne à travers sept changements et devient un Animal Sacré.  Des attributs combinés de ce qui précède, Manu, le Penseur, est formé. Qui le forme ? – Les Sept Vies et la Vie Une. Qui le complète ? – Le Quintuple Lha. Et qui perfectionne le dernier Corps ? – Le Poisson, Sin et Soma...

6.  Depuis le Premier-Né, le Fil qui unit le Veilleur Silencieux à son Ombre, devient plus fort et plus radieux [I 11] à chaque Changement. La lumière Solaire du matin s'est changée en l'éclat glorieux de midi.

7.  "Voilà ta Roue actuelle, dit la Flamme à l'Etincelle. Tu es moi- même, mon image et mon ombre. Je me suis vêtue de toi, et tu es mon Vâhan jusqu'au Jour "Sois Avec Nous", où tu redeviendras moi-même et d'autres, toi-même et moi". Alors les Constructeurs, s'étant revêtus de leur première Enveloppe, descendent sur la Terre rayonnante, et règnent sur les Hommes – qui sont eux- mêmes...

Tel est le fragment d'histoire archaïque, sombre et confus, presque incompréhensible. On va maintenant essayer d'éclairer ces ténèbres et de faire comprendre ces apparents NON-SENS.

 [I 12]

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bon.christo@free.fr (Super User) LA DOCTRINE SECRETE VOL 1 Fri, 16 Jan 2015 18:43:24 +0000