MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

LA DOCTRINE SECRETE VOL 2

SECTION XII - PREUVES SCIENTIFIQUES ET ESOTERIQUES DE LA THEORIE NEBULAIRE ET OBJECTIONS QU'ELLE SOULEVE

SECTION XII

PREUVES SCIENTIFIQUES ET ESOTERIQUES DE LA THEORIE NEBULAIRE

ET OBJECTIONS QU'ELLE SOULEVE

 

A maintes reprises, on a récemment opposé à la Cosmogonie Esotérique le fantôme de cette théorie et les hypothèses qui en découlent. "Ce très scientifique enseignement peut-il être nié par vos Adeptes ? nous demande-t-on." "Pas entièrement, répondons-nous, mais les aveux des Savants eux-mêmes le tuent et il ne reste rien que les Adeptes puissent nier."

Pour faire de la Science un tout complet, il faut vraiment l'étude du côté spirituel et psychique, aussi bien que du côté physique de la Nature, autrement elle ressemblera toujours à l'anatomie de  l'homme, discutée jadis par le profane au point de vue de l'enveloppe extérieure et dans l'ignorance de la structure interne. Platon lui-même, le plus grand Philosophe de son pays, commit, avant son Initiation, la faute d'affirmer que les liquides passent dans l'estomac en traversant les poumons. Sans le concours de la métaphysique, comme le dit M. H. J. Slack, la Science réelle est inadmissible.

Les nébuleuses existent et pourtant la Théorie Nébulaire est fausse. Une nébuleuse existe dans un état de complète dissociation élémentale. Elle est gazeuse et – quelque chose de plus, qui peut difficilement être en rapport avec les gaz, tels que les connaît la Science Physique – enfin elle est autolumineuse. Voilà tout. Les soixante-deux "coïncidences" qu'énumère le Professeur Stephen Alexander 644, pour confirmer la Théorie Nébulaire, peuvent être toutes expliquées par la Science Esotérique, mais comme nous n'écrivons pas un ouvrage d'astronomie, nous n'en tenterons pas la réfutation pour le moment. Laplace et Faye se rapprochent plus que tous les autres de la théorie correcte, mais dans la théorie actuelle il reste bien peu de chose des idées de Laplace, sauf dans les grandes lignes.

644 Smithsoniam Contributions, XXI, Art. I, pp. 79-97.

 

 Pourtant John Stuart Mill dit :

Il n'y a rien d'hypothétique dans la théorie de Laplace ; c'est un exemple de raisonnement légitime partant de l'effet actuel pour remonter à sa cause passée ; elle se borne seulement à affirmer que les objets qui existent réellement obéissent aux lois auxquelles on [II 360] sait que sont soumis tous les objets terrestres qui leur ressemblent 645.

Cela, venant d'un logicien aussi éminent que le fut Mill, aurait beaucoup de valeur si l'on pouvait seulement établir que les "objets terrestres qui ressemblent" aux objets célestes situés à la distance  à laquelle se trouvent les nébuleuses, ressemblent à ces objets réellement et non pas seulement en apparence.

Une autre des erreurs que renferme, au point de vue Occulte, la théorie moderne telle qu'elle existe aujourd'hui, c'est l'hypothèse d'après laquelle les Planètes ont toutes été détachées du Soleil, qu'elles constituent les os de ses os et la chair de sa chair ; alors que le Soleil et les Planètes ne sont que des frères utérins ayant la même origine nébulaire, mais suivant une méthode différente de celle postulée par l'Astronomie moderne.

Les nombreuses objections des adversaires de la Théorie Nébulaire moderne contre l'homogénéité de la Matière originelle diffuse, en se basant sur l'uniformité de composition des Etoiles fixes, ne touchent nullement à la question de cette homogénéité, mais atteignent uniquement la théorie elle-même. Notre nébuleuse solaire peut n'être pas complètement homogène ou, plutôt, il se peut qu'elle ne se révèle pas comme telle aux Astronomes et qu'elle soit pourtant, de facto, homogène. Les Etoiles diffèrent effectivement par les matériaux qui les constituent et montrent même des éléments tout à fait inconnus sur Terre ; néanmoins cela ne change rien au fait que la Matière Primordiale – Matière telle qu'elle est apparue même au moment de sa première  différenciation  de  son  état laya 646 – est jusqu'à présent homogène, à d'immenses distances, dans les profondeurs de l'infini et aussi en des points qui ne sont pas très distants des limites de notre Système Solaire.

 645 System of Logic, p. 229.

646 Au-delà du zéro de la ligne d'action.

 Finalement, il n'y a pas un seul des faits que les savants adversaires de la Théorie Nébulaire lui opposent (si fausse qu'elle soit et, par suite, si illogiquement fatale qu'elle soit à l'hypothèse de l'homogénéité de la Matière) qui puisse résister à la critique. Une erreur en amène une autre. De fausses prémisses conduisent naturellement à de fausses conclusions, bien qu'une déduction inadmissible ne doivent pas nécessairement affecter la validité de la proposition principale du syllogisme. On peut donc négliger toutes les échappatoires et toutes les déductions, tirées du témoignage des spectres et des lignes, comme étant  simplement provisoires pour le moment, et abandonner toutes les questions de détails à la [II 361] Science Physique. Le devoir de l'Occultiste se rapporte à l'Ame et à l'Esprit de l'Espace Cosmique et non pas simplement à son apparence illusoire et à son comportement, celui de la Science Physique officielle est d'analyser et d'étudier sa coquille – l'Ultima Thule de l'Univers et de l'Homme, d'après le Matérialisme.

Avec celui-ci, l'Occultisme n'a rien à faire. Ce n'est qu'avec les théories de savants comme Kepler, Kant, Œrsted et Sir William Herschel, qui croyaient à l'existence d'un Monde Spirituel, que la Cosmogonie Occulte peut traiter et tenter d'arriver à un compromis satisfaisant, mais les idées de ces Physiciens différaient grandement des spéculations modernes plus récentes. Kant et Herschel abritaient dans leur mental des théories sur l'origine et la destinée finale, ainsi que sur l'aspect actuel de l'Univers, qui étaient basées sur un point de vue bien plus philosophique et psychique, tandis que la Cosmologie et l'Astronomie modernes repoussent aujourd'hui tout ce qui ressemble à une recherche dans les mystères de l'Etre. Le résultat est tel que l'on pouvait l'attendre : un échec complet et d'inextricables contradictions dans les mille et une variétés de ce que l'on appelle les Théories Scientifiques et dans la Théorie dont nous nous occupons, comme dans toutes les autres.

L'hypothèse nébulaire, impliquant la théorie de l'existence d'une Matière Primordiale, diffusée dans un état nébuleux, n'est pas de date récente dans l'Astronomie, comme chacun le sait. Anaximène, de l'école Ionienne, avait déjà enseigné que les corps sidéraux étaient formés par la condensation progressive d'une Matière primordiale prégénétique, dont le poids était presque négatif et qui se trouvait répandue dans l'Espace sous une forme extrêmement raréfiée.

 Tycho Brahé, qui considérait la Voie Lactée comme une substance éthérée, pensa que la nouvelle étoile, qui fit son apparition en 1572 dans Cassiopée, avait été formée de cette Matière 647. Kepler croyait que l'étoile de 1606 avait aussi été formée de la substance éthérée qui  remplit l'univers 648. Il attribuait à ce même Ether l'apparition d'un anneau lumineux autour de la Lune, durant l'éclipse totale du Soleil qui fut  observée à Naples en 1605 649. Plus tard encore, en 1714, l'existence d'une Matière auto-lumineuse fut admise par Halley dans les Philosophical Transactions. Finalement, le journal qui porte ce nom publia, en 1811, la fameuse hypothèse de l'éminent Astronome Sir William Herschel au sujet de la [II 362] transformation des nébuleuses en Etoiles 650 et après cela  la Théorie Nébulaire fut acceptée par les Académies Royales.

647 Progymnasmata, p. 795.

648 De Stella Nova in Pede Serpentarii, p. 115.

649 Hypothèses Cosmogoniques, p. 2, c. Wolf, 1886.

650 Voyez Philosophical Transactions, p. 269 et suiv.

 

Dans Five Years of Theosophy, à la page 245, on peut lire un article qui a pour titre : "Les Adeptes démentent-ils la Théorie Nébulaire ?" La réponse donnée est la suivante :

Non ; ils ne démentent ni ses propositions générales, ni la véracité approximative des hypothèses scientifiques. Ils se bornent à nier que la théorie soit complète et s'élèvent contre la nature absolument erronée des nombreuses théories anciennes que l'on qualifie de  "démodées" et qui, durant le siècle dernier, se sont suivies  si rapidement.

On prétendit à l'époque que c'était "une réponse évasive". Un pareil manque de respect envers la Science officielle, prétendait-on, doit être justifié en remplaçant la théorie orthodoxe par une autre théorie plus complète et assise sur une base plus solide. A cela on ne peut répondre qu'une chose : Il est inutile d'émettre des théories isolées à propos de choses qui font partie d'un système complet et suivi, attendu qu'une fois séparées de la portion principale de l'enseignement, elles perdraient nécessairement leur cohérence vitale et ne seraient alors d'aucun profit lorsqu'on les étudierait séparément. Pour être capables d'apprécier et d'accepter la manière de voir occulte au sujet de la Théorie Nébulaire, il nous faut étudier le système cosmogonique Esotérique tout entier et le moment n'est guère venu encore d'inviter les Astronomes à accepter Fohat et les Divins Constructeurs. Les conjectures incontestablement  correctes de Sir William Herschel, conjectures qui n'avaient rien de "surnaturel" en elles-mêmes, comme de dire que c'était peut-être par métaphore que le Soleil était appelé un "globe de feu", et ses premières théories sur la nature de ce que l'on appelle maintenant la Théorie des Feuilles de Saule de Nasmyth, n'eurent elles-mêmes pour résultat que de faire tourner en dérision le plus éminent de tous les Astronomes, par des collègues infiniment moins éminents qui ne voyaient encore dans ses idées que des "théories dues à une imagination fantaisiste". Avant que le Système Esotérique complet puisse être divulgué et puisse être apprécié par les Astronomes, il faudrait que ceux-ci en revinssent à quelques-unes de ces "idées surannées" ; non pas seulement à celles d'Herschel, mais aussi aux rêves des plus anciens Astronomes Hindous et abandonnassent leurs propres théories, qui n'en sont pas moins "fantaisistes" pour avoir fait leur apparition environ quatre-vingts ans plus tard que celles d'Herschel et bien des milliers d'années plus tard que les autres. Avant [II 363] tout, il leur faudrait répudier les idées qu'ils ont au sujet de la solidité et de l'incandescence du Soleil, attendu que le Soleil "flamboie" incontestablement, mais ne "brûle" pas. Ensuite les Occultistes déclarent, à propos des "feuilles de saule", que ces "objets", comme les appelle Herschel, constituent la source immédiate de la lumière et de la chaleur solaire. Bien que l'Enseignement Esotérique ne les voie pas sous le même jour – c'est-à-dire comme des "organismes" participant à la nature de la vie, attendu que les "Etres" Solaires ne se placeraient vraisemblablement pas dans le champ d'un télescope, cet enseignement n'en affirme pas moins que l'Univers entier est rempli "d'organismes" de ce genre, conscients et actifs en proportion de ce que leurs plans sont rapprochés ou éloignés de notre plan de conscience et, enfin, ajoute que le grand Astronome avait raison, lorsqu'en spéculant sur ces prétendus "organismes", il disait que "nous ignorons si l'action vitale n'est pas capable de développer en même temps la chaleur, la lumière et l'électricité". Au risque de se voir tournés en dérision par le monde des Physiciens, les Occultistes  maintiennent, en effet, que toutes les "Forces" des Savants tirent leur origine du Principe Vital, de la VIE UNE collective de notre Système solaire – "VIE" qui constitue une partie ou plutôt l'un des aspects de la VIE Une Universelle.

 Nous pouvons donc – comme on l'a fait dans l'article dont nous parlons, où l'on a affirmé en s'appuyant sur l'opinion des Adeptes, qu'il "suffisait de faire un résumé de ce que ne connaissent pas les Physiciens solaires – nous pouvons, dis-je, définir notre attitude à l'égard de la Théorie Nébulaire moderne et de ses erreurs évidentes, en nous bornant à signaler les faits qui sont diamétralement opposés à la forme qu'elle revêt actuellement. Tout d'abord, qu'enseigne donc cette théorie ?

Si nous résumons les hypothèses ci-dessus, il devient évident que la théorie de Laplace – que l'on a, du reste, rendue méconnaissable aujourd'hui – était une théorie malheureuse. Il postule d'abord l'existence d'une Matière Cosmique sous forme d'une nébuleuse diffuse "si ténue que sa présence ne pouvait guère être soupçonnée". Il ne fait aucun effort pour pénétrer les Arcanes de l'Etre, sauf en ce qui concerne la propre évolution de notre petit Système Solaire.

En conséquence, qu'on accepte ou repousse sa théorie, dans la manière dont elle affecte les problèmes cosmologiques dont on cherche la solution, on ne fait guère que reporter le mystère un peu plus loin. Quant  à l'éternelle question : "D'où vient la Matière elle-même ; qu'est-ce qui détermine le mouvement d'évolution, ses agrégations et dissolutions cycliques, [II 364] d'où provient l'ordre, d'une symétrie si exquise, suivant lequel les Atomes primordiaux se groupent entre eux ?", Laplace ne cherche même pas à répondre. Tout ce que l'on nous présente se borne à une esquisse des principes généraux probables sur lesquels on suppose que le processus actuel est basé. Or, quelle est l'explication, si célèbre aujourd'hui, que l'on donne de ce processus ? Quelle théorie nous a-t-il donnée qui soit si admirablement nouvelle et originale pour que  ses grandes lignes, au moins, puissent servir de base à la Théorie Nébulaire moderne ? Voici ce qu'on trouve dans les divers ouvrages d'astronomie.

Laplace pensait que, par suite de la condensation des atomes de la nébuleuse primordiale, conformément à la "loi" de gravitation, la masse alors gazeuse ou, peut-être, partiellement liquide, acquit un mouvement de rotation. La rapidité de ce mouvement de rotation s'étant accrue, cette masse prit la forme d'un disque mince, puis, la force centrifuge surpassant la force de cohésion, d'énormes anneaux se détachèrent des bords de ces masses incandescentes et tourbillonnantes et ces anneaux se contractèrent nécessairement en vertu de la gravitation (telle qu'on l'admet) pour former des corps sphériques qui conservèrent nécessairement la même orbite que la zone extérieure dont ils avaient été séparés 651. La vélocité de la partie extérieure de chaque planète naissante, dit-il, étant supérieure à celle de la partie intérieure, il en résulte un mouvement de rotation autour de son axe. Les corps les plus denses seraient projetés les derniers et, enfin, durant les états préliminaires de leur formation, les globes nouvellement détachés projetteraient à leur tour un ou plusieurs satellites. En écrivant l'histoire de la rupture des anneaux et de leur transformation en planète, Laplace dit :

651 Laplace concevait que les zones interne et externe de l'anneau tourneraient  avec  la même vélocité angulaire, ce qui serait le cas pour un anneau solide, mais le principe des aires égales exige que la zone interne tourne plus rapidement que la zone externe (World Life, p. 121). Le professeur Winchell relève bien des erreurs commises par Laplace, mais, comme géologue, il n'est pas lui- même infaillible dans ses "spéculations astronomiques".

 

Presque toujours, chacun des anneaux de vapeur a dû se fragmenter en de nombreuses masses qui, se mouvant avec une vélocité à peu près uniforme, ont dû continuer à circuler à la même distance autour du soleil. Ces masses ont dû prendre une forme sphéroïde, ainsi qu'un mouvement de rotation dirigé dans le même sens que celui de leur révolution, puisque les molécules internes (les plus proches du Soleil) devaient être animées d'une vélocité inférieure à celle des molécules externes. Ces masses ont dû alors former autant de planètes à l'état de vapeur, mais lorsque l'une [II 365] d'elles était assez puissante pour réunir successivement, en vertu de son attraction, toutes les autres autour de son centre, l'anneau de vapeur a dû se transformer en une unique masse sphéroïde de vapeurs tournant autour du Soleil et animée d'un mouvement de rotation du même sens que sa révolution. C'est ce dernier cas qui a été le plus fréquent, mais le système solaire nous fournit un échantillon du premier cas, dans les quatre petites planètes qui se meuvent entre Jupiter et Mars.

Bien que l'on ne trouverait que peu de personnes disposées à nier "la magnifique audace de cette hypothèse", il est impossible de ne pas reconnaître les insurmontables difficultés qu'elle soulève. Pourquoi, constatons-nous, par exemple, que les satellites de Neptune et d'Uranus sont animés d'un mouvement rétrograde ? Pourquoi, en dépit de sa plus grande proximité du Soleil, Vénus est-elle moins dense que la Terre ?

 Pourquoi aussi Uranus, qui est le plus éloigné, est-il plus dense  que Saturne ? Comment se fait-il que l'on constate une si grande variété d'inclinaison dans les axes et dans les orbites des progénitures supposées du globe central ; que l'on remarque de si frappantes différences dans les dimensions des Planètes ; que les satellites de Jupiter soient 288 fois plus denses que le globe qui leur a donné naissance ; que le phénomène des météores et des comètes reste encore inexpliqué ? Citons les paroles d'un Maître :

 Ils [les Adeptes] trouvent que la théorie centrifuge qui a pris naissance en occident, est incapable de tout expliquer. Que si on ne lui vient pas en aide, elle ne peut expliquer, ni le pourquoi de chaque sphéroïde aplatie, ni les évidentes difficultés que soulève la densité relative de certaines planètes. Effectivement, comment un calcul de force centrifuge pourrait-il nous expliquer, par exemple, pourquoi Mercure, dont la rotation, nous dit-on, n'est que "d'environ un tiers de celle de la Terre et dont la densité n'est que d'environ un quart plus forte que celle de la Terre", aurait subi une compression polaire plus de dix fois supérieure à celle qu'a subie cette dernière ? Pourquoi aussi Jupiter, dont le mouvement de rotation équatorial est, dit-on, "vingt-sept fois plus rapide et dont la densité n'est, environ, que d'un cinquième de celle de la Terre", aurait-il subi une compression polaire dix-sept fois plus grande que celle de la Terre ? Ou bien encore, pourquoi Saturne, avec une vélocité équatoriale cinquante-cinq fois supérieure à celle de Mercure pour lutter contre la force centripète 652, n'aurait-il subi qu'une compression polaire trois fois supérieure à celle de cette dernière planète ? Pour mettre le comble à toutes ces contradictions, nous sommes invités à croire aux Forces Centrales, telles que les représente la Science moderne, même lorsque l'on nous déclare [II 366] que la matière équatoriale du Soleil, avec une vélocité centrifuge  plus de quatre fois supérieure à celle de la surface équatoriale de  la  Terre  et  avec  environ  un  quart  seulement  de la gravitation de la matière équatoriale, n'a pas manifesté la moindre tendance à faire saillie vers l'équateur solaire et n'a pas laissé voir le moindre aplatissement aux pôles de l'axe solaire. En d'autres termes, plus clairs, le soleil, quoique n'opposant que le quart de la densité de notre Terre à l'action de la force centrifuge, n'a pas du tout de compression polaire ! Nous constatons que cette objection a été soulevée par plus d'un astronome mais n'a jamais provoqué une seule explication satisfaisante, autant que le sachent les "Adeptes".

652 Centrifuge dans le texte original.

 

Aussi disent-ils [les Adeptes] que les grands Savants d'Occident, ne sachant... à peu près rien de ce qui a trait à la matière cométaire, aux forces centrifuge et centripète, à la nature des nébuleuses ou à la constitution physique du Soleil, des étoiles et même de la Lune, commettent une imprudence en parlant avec l'assurance dont ils font preuve de la "masse centrale du Soleil" qui projette dans l'espace des planètes, des comètes et quoi encore... Nous maintenons qu'il [le Soleil] n'évolue que le principe de vie, l'âme de ces corps, âme qu'il donne et qui lui est restituée, dans notre petit système solaire, en sa qualité de "Dispensateur Universel de Vie"... dans l'Infini et l'Eternité, et que le Système Solaire est le Microcosme de l'Unique Macrocosme tout comme l'homme l'est aussi lorsqu'on le compare avec son propre petit  cosmos solaire 653.

653 Five Years of Theosophy, pp. 249-251, Article "Do the Adepts deny the Nebular Theory ?".

 

Le pouvoir essentiel que possèdent tous les Eléments cosmiques et terrestres de générer en eux-mêmes une série harmonieuse et régulière de résultats, un enchaînement de causes et d'effets, prouve d'une manière irréfutable qu'ils sont animés par une INTELLIGENCE, ab extra ou ab intra [intérieure ou extérieure], ou bien qu'ils en cachent une dans ou derrière le "voile manifesté". L'Occultisme ne nie pas l'origine mécanique certaine de l'Univers ; il proclame seulement la nécessité de l'existence de mécaniciens quelconques derrière ou dans ces éléments – pour nous c'est un dogme. Ce n'est pas le concours fortuit des Atomes de Lucrèce, comme il le savait fort bien lui-même, qui a édifié le Cosmos et tout ce qu'il renferme. La Nature elle-même dément toute théorie de ce genre. L'Espace Céleste, qui renferme une Matière aussi ténue que l'Ether, ne peut suffire, avec ou sans attraction, à expliquer le mouvement commun des légions sidérales. Bien que le parfait accord de leurs révolutions réciproques indique clairement la présence d'une cause mécanique dans la Nature, Newton, qui, plus que les autres hommes était en droit d'avoir confiance dans ses propres déductions, n'en fut pas moins forcé d'abandonner l'idée d'expliquer toujours l'impulsion [II 367] originale donnée aux millions de globes, par les seules lois de la Nature connue et par ses Forces matérielles. Il reconnut complètement les limites qui séparent l'action des Forces naturelles de celle des INTELLIGENCES qui organisent et mettent en action les lois immuables. Or, si un Newton s'est vu obligé de renoncer à un tel espoir, quel est le pygmée du matérialisme moderne qui serait en droit de dire : "J'en sais davantage ?"

Pour qu'une théorie cosmogonique devienne complète et compréhensible, il faut qu'elle parte d'une Substance Primordiale diffuse dans toute l'étendue de l'Espace illimité et ayant une Nature  intellectuelle et divine. Cette Substance doit être à la fois Ame et Esprit, la Synthèse et le Septième Principe du Cosmos manifesté, et pour lui servir d'Oupâdhi spirituel, il faut le sixième principe, son véhicule, la Matière primordiale physique, pour ainsi dire, bien que sa nature doive à jamais échapper à nos sens normaux limités. Il est facile à un Astronome, pour peu qu'il soit doué d'imagination, d'édifier une théorie sur l'émergence de l'Univers du sein du Chaos, en ayant simplement recours aux principes de la mécanique, mais un tel Univers ne sera jamais qu'un monstre de Frankenstein par rapport à son savant créateur humain qu'il plongera dans des perplexités sans fin. L'application des seules lois de la mécanique ne peut jamais conduire le théoricien au-delà du monde objectif et ne dévoilera jamais aux hommes l'origine et la destinée finale du Cosmos. Voilà où la Théorie Nébulaire a conduit la Science. A vrai dire, cette Théorie est sœur jumelle de celle de l'Ether et toutes deux sont le fruit de la nécessité ; l'une est aussi indispensable pour expliquer la transmission de la lumière, que l'autre peut résoudre le problème de l'origine des Systèmes Solaires. La question, pour la Science, est de savoir comment la même Matière homogène 654   a pu, conformément aux lois de Newton, donner naissance à des corps – Soleil, Planètes et leurs satellites – soumis à des conditions de mouvements identiques et formés d'éléments aussi hétérogènes.

654 Si les Astronomes, en l'état actuel de leurs connaissances, s'en étaient tenus à l'hypothèse de Laplace, qui traitait simplement de la formation du Système Planétaire, elle aurait pu, avec le temps, donner des résultats ressemblant quelque peu à une vérité approximative, mais les deux parties du problème général – celle qui traite de la formation de l'Univers, ou formation des Soleils et des Etoiles tirés du sein de la Matière primordiale, puis du développement des Planètes autour de leur Soleil – reposent sur des faits de Nature entièrement différents et la Science elle-même le reconnaît. Ces deux parties occupent les deux pôles opposés d'Etre.

655 Physique d'Aristote, VIII, 1.

 

La Théorie Nébulaire a-t-elle aidé à résoudre le problème, même en ne l'appliquant qu'aux corps que l'on considère [II 368] comme inanimés et matériels ? Nous répondons catégoriquement : non. Quels progrès a-t-elle fait depuis 1811, époque à laquelle la brochure d'Herschel, avec ses faits basés sur l'observation et prouvant l'existence de matière nébulaire, fit "pousser des cris de joie" aux membres de la Société Royale ? Depuis lors, une découverte encore plus importante, due à l'analyse spectrale, a permis de vérifier et de corroborer l'idée d'Herschel. Laplace exigeait une sorte de "matière du monde" pour démontrer la justesse de l'évolution progressive et de la croissance des mondes. La voici, telle qu'on l'offrait il y a deux milliers d'années.

"L'étoffe du monde", à laquelle on donne aujourd'hui le nom de nébuleuse, était connue dès la plus haute antiquité. Anaxagore enseignait qu'après différenciation, le mélange de substances hétérogènes  ainsi obtenu demeurait sans mouvement et sans organisation jusqu'au moment où le "Mental" – nous disons la collectivité des Dhyân-Chohans – commença à agir sur lui et à lui  communiquer  mouvement  et organisation 655. Cette théorie est aujourd'hui reprise, en ce qui concerne sa première partie ; la dernière partie, celle qui a trait à l'intervention d'un "Mental" quelconque, est écartée. L'analyse spectrale révèle l'existence de nébuleuses entièrement formées de gaz et de vapeurs lumineuses. Est-ce là la Matière nébulaire primitive ? Les spectres révèlent, dit-on, les conditions physiques de la Matière qui émet la lumière cosmique. On démontre que les spectres des nébuleuses résolubles et irrésolubles sont absolument différents, car ceux de ces dernières prouvent que leur état physique est celui de gaz ardent ou de vapeur. Les lignes brillantes d'une nébuleuse révèlent l'existence d'hydrogène et d'autres substances matérielles connues et inconnues. Il en est de même de l'atmosphère du Soleil et des Etoiles. Cela nous conduit à la conclusion directe, qu'une Etoile est formée par la condensation d'une nébuleuse et, par suite, que  les métaux eux-mêmes sont formés sur la terre par la condensation de l'hydrogène ou d'une autre matière primitive, cousine éloignée de l'hélium peut-être, ou encore d'une manière inconnue jusqu'à présent. Cela n'est pas en désaccord avec les Enseignements Occultes et c'est là le problème que la Chimie cherche à résoudre. Elle doit réussir tôt ou tard à accomplir cette tâche en acceptant, nolens volens, l'Enseignement Esotérique pour y arriver. Toutefois, lorsque cela arrivera, ce sera la mort de la Théorie Nébulaire, telle qu'elle existe aujourd'hui.

En attendant, l'Astronomie, si elle veut être considérée comme une Science exacte, ne peut en aucune façon accepter la théorie actuelle de la filiation des Etoiles – même si [II 369] l'Occultisme l'accepte à sa manière en expliquant cette filiation différemment – attendu que l'Astronomie n'a pas une seule donnée physique à faire valoir en sa faveur. L'Astronomie pourrait devancer la Chimie en établissant les faits, s'il lui était possible de montrer une nébuleuse planétaire montrant un spectre de trois ou quatre lignes brillantes qui se condenseraient graduellement pour se transformer en une Etoile dont le spectre serait couvert de nombreuses lignes obscures, mais :

 La question de la variabilité des nébuleuses, même en ce qui concerne leur forme, est encore un des mystères de l'Astronomie. Les observations que l'on a faites jusqu'à présent sont d'origine trop récente, sont trop incertaines, pour nous permettre une affirmation 656.

656 Hypothèses Cosmogoniques, p. 3, Wolf.

657 Vol. I, p. 185, cité par Wolf, p. 3. L'argument de Wolf y est résumé.

 

Depuis la découverte du spectroscope, son pouvoir magique n'a révélé à ses adeptes qu'une seule transformation de ce genre pour une Etoile et cette observation elle-même prouvait précisément le contraire de ce qu'il aurait fallu pour constituer une preuve à l'appui de la Théorie Nébulaire, attendu qu'elle a permis de voir une Etoile se transformant en une nébuleuse planétaire. Ainsi que  le  fait  est  rapporté  dans The Observatory 657, l'étoile temporaire découverte par F. F. J. Schmidt dans la constellation du Cygne, en novembre 1876, donnait un spectre coupé par des lignes très brillantes. Graduellement, le spectre et la plupart des lignes disparurent, ne laissant finalement subsister qu'une seule ligne brillante qui semblait coïncider avec la ligne verte de la nébuleuse.

 Bien que cette métamorphose ne soit pas inconciliable avec l'hypothèse de l'origine nébulaire des étoiles, néanmoins cet unique cas isolé ne s'appuie sur aucune observation et encore moins sur l'observation directe. Cet événement peut avoir été dû à diverses autres causes. Puisque les Astronomes penchent à croire que nos planètes ont une tendance à se précipiter dans le Soleil, pourquoi cette étoile ne se serait-elle pas enflammée par suite d'une collision avec des planètes qui se seraient précipitées de cette façon, ou bien comme beaucoup de personnes le suggèrent, par suite de sa rencontre avec une comète ? Quoi qu'il en soit, le seul exemple connu, depuis 1811, de la transformation d'une étoile, n'est pas favorable à la Théorie Nébulaire. De plus, à propos de cette théorie, comme à propos de toutes les autres, les Astronomes ne sont pas d'accord.

A notre propre époque et avant que Laplace y eût jamais pensé, Buffon, très frappé par l'identité de mouvement des [II 370] planètes,  fut le premier à émettre l'hypothèse qu'elles et leurs satellites avaient pris naissance dans le sein du soleil. Plus tard, et pour appuyer son dire, il inventa une comète spéciale qui fut supposée avoir arraché, au moyen d'un puissant choc oblique, la quantité de matière nécessaire à leur formation. Laplace régla le compte de cette "comète" dans son Exposition du Système du Monde 658, mais l'idée fut conservée et même perfectionnée par la conception de l'évolution alternative, du sein de la masse centrale du soleil, de planètes n'ayant en apparence aucun poids ni aucune influence sur le mouvement des planètes visibles – et n'ayant, c'est tout aussi évident, pas plus d'existence réelle que n'en a l'image de Moïse dans la lune.

La théorie moderne n'est toutefois, elle aussi, qu'une variante des systèmes élaborés par Kant et Laplace. Leur idée à tous deux était qu'à l'origine des choses la matière qui entre dans la composition des corps planétaires était entièrement répandue dans l'espace compris dans les limites du Système Solaire – et même au-delà. C'était une nébuleuse d'une densité extrêmement faible, dont la condensation graduelle donna naissance, au moyen d'un mécanisme qui n'a jamais été expliqué jusqu'à présent, aux divers corps de notre Système. Telle est la Théorie Nébulaire originale, c'est-à-dire une répétition incomplète mais fidèle – comme un court chapitre extrait du gros volume de la Cosmogonie Esotérique universelle – des enseignements de la DOCTRINE SECRETE et les deux systèmes, celui de Kant comme celui de Laplace, diffèrent grandement de la Théorie moderne, qui regorge de sous-théories contradictoires et d'hypothèses fantaisistes. Les Instructeurs disent :

L'essence de la matière cométaire [et de celle qui compose les Etoiles]... a des caractéristiques  chimiques et physiques, totalement différentes de toutes celles qui sont familières aux plus grands Chimistes et Physiciens... Tandis que le spectroscope a établi la similitude probable [par suite de l'action chimique de la lumière terrestre sur les rayons interceptés] de la substance terrestre et sidérale, les actions chimiques, spéciales aux globes différemment évolués de l'espace n'ont pas été découvertes et l'on n'a pas établi qu'elles soient identiques à celles que l'on observe sur notre propre planète 659.

658 Note VII. Résumé tiré de Wolf, p. 6.

 659 Five Years of Theosophy, pp. 241, 242 et 239.

 

Crookes dit presque la même chose dans le passage que nous avons cité de sa conférence sur les Eléments et Méta-Eléments. C. Wolf, Membre de l'Institut, Astronome de  l'Observatoire  de  Paris,  fait  observer  que : [II 371]

 L'hypothèse nébulaire peut tout au plus s'appuyer, avec Herschel, sur l'existence des nébuleuses planétaires ayant atteint divers degrés de condensation, et sur celle de nébuleuses en spirale, ayant des noyaux de condensation sur les branches et au centre 660, mais, en fait, la connaissance du lien qui unit les nébuleuses aux étoiles nous est encore refusée et, privés comme nous le sommes de l'observation directe, nous sommes même dans l'impossibilité de la baser sur une analogie dans la composition chimique 661.

660  Les spectres de ces nébuleuses n'ont jamais été déterminés encore. Ce n'est que lorsqu'ils seront reconnus comme comportant des lignes brillantes, qu'il sera permis d'en parler.

661 Hypothèses Cosmogoniques, p. 3.

 

Même si les Savants – écartant la difficulté à laquelle donne naissance une variété et une hétérogénéité aussi incontestables dans la matière qui constitue les nébuleuses – admettaient avec les Anciens que l'origine de tous les corps célestes visibles et invisibles doit être recherchée dans une unique matière première primordiale homogène, dans une sorte de pre- protyle 662, il est évident que cela ne mettrait pas un terme à leurs perplexités. A moins qu'ils n'admettent en même temps que notre univers visible actuel n'est que le Sthoûla Sharîra, le corps grossier, du septuple Cosmos, ils se trouveraient en présence d'un autre problème, surtout s'ils se hasardaient à maintenir que ceux de ces corps visibles maintenant sont le produit de la condensation de cette seule et unique Matière Primordiale. La simple observation leur prouve, en effet, que les opérations qui ont produit l'Univers réel sont infiniment trop complexes pour que cette théorie puisse jamais les comprendre toutes.

Il y a tout d'abord deux classes distinctes de nébuleuses irrésolubles, ainsi que l'enseigne la Science elle-même.

Le télescope ne permet pas de distinguer entre elles ces deux classes, mais le spectroscope le permet et fait ressortir des différences essentielles dans leurs constitutions physiques.

Cette question de la résolubilité des nébuleuses a très souvent été présentée d'une façon trop affirmative, tout à fait contraire aux idées exprimées par l'illustre expérimentateur qui a étudié les [II 372] spectres de ces constellations – M. Huggins. Toutes les nébuleuses dont le spectre ne renferme que des lignes brillantes sont gazeuses, dit-on, et, par suite, irrésoluble ; toutes les nébuleuses qui ont un spectre continu doivent finir par se résoudre en étoiles, avec un instrument suffisamment puissant. Cette supposition est, en même temps, contraire aux résultats obtenus et à la théorie spectroscopique. La nébuleuse de la "Lyre", celle de "l'Haltère", la région centrale de la nébuleuse d'Orion, paraissent résolubles et donnent un spectre de lignes brillantes ; la nébuleuse des "Chiens de chasse" n'est pas résoluble et donne un spectre continu. Cela tient, en effet, à ce que le spectroscope nous renseigne sur l'état physique de la matière qui constitue les étoiles, mais ne nous donne aucune idée de leurs modes d'agrégation. Une nébuleuse formée de globes gazeux (ou même de  noyaux faiblement lumineux, entourés par une atmosphère puissante) donnerait un spectre de lignes, et pourtant serait résoluble ; tel semble être l'état de la région de Huggins dans la nébuleuse d'Orion. Une nébuleuse formée par des particules solides ou fluides à l'état d'incandescence, un vrai nuage, donnerait un spectre continu et ne serait pas résoluble.

Quelques-unes de ces nébuleuses, nous dit Wolf :

... Ont un spectre comprenant trois ou quatre lignes brillantes, d'autres ont un spectre continu. Les premières sont gazeuses, les autres sont formées d'une matière pulvérulente. Les premières doivent constituer une véritable atmosphère ; c'est parmi elles qu'il faut classer la nébuleuse solaire de Laplace. Les dernières forment un ensemble de particules que l'on peut considérer comme indépendant et dont la rotation obéit aux lois de pesanteur interne ; telles sont les nébuleuses adoptées par Kant et par Faye. L'observation nous permet de faire remonter les unes et les autres à l'origine même  du monde planétaire, mais lorsque nous tentons d'aller au- delà et de remonter jusqu'au chaos primitif qui a produit la totalité des corps célestes, il nous faut tout d'abord expliquer l'existence de ces deux classes de nébuleuses. Si le chaos primitif était un gaz froid et lumineux 663, on pourrait s'expliquer que la contraction qui résulte de l'attraction  ait  pu  l'échauffer  et  le  rendre  lumineux. Il nous faut expliquer la condensation de ce gaz à l'état de particules incandescentes, dont le spectroscope nous révèle la présence dans certaines nébuleuses. Si le chaos original était composé de particules de ce genre, comment se fait-il que certaines de leurs parties soient passées à l'état gazeux, tandis que d'autres ont conservé leur état primitif. [II 373]

663 Voyez la STANCE, III, Commentaire 9, au sujet de la "Lumière" ou "Flamme Froide" où l'on explique que la "Mère" – le Chaos – est un Feu froid, un Rayonnement froid, incolore, sans forme, dépourvu de toute qualité. "Le Mouvement, nous dit-on, en sa qualité d'Unique Eternel, EST et renferme les potentialités de toutes les qualités dans les Mondes Manvantariques."

 

Tel est le résumé des objections et des difficultés qui s'opposent à l'acceptation de la Théorie Nébulaire, objections mises en lumière par le savant français, qui termine son intéressante argumentation en déclarant que :

 La première partie du problème cosmogonique – quelle est la matière primitive du chaos et comment cette matière a-t-elle donné naissance au soleil et aux étoiles  ?

– ne sort donc pas, jusqu'à présent, du domaine du roman et de la pure imagination 664.

Si c'est là le dernier mot de la Science sur cette question, à qui devrons-nous nous adresser pour apprendre ce que la Théorie Nébulaire est supposée enseigner ? En fait, qu'est-ce que cette théorie ? Ce qu'elle est, personne ne semble le savoir d'une façon certaine. Ce qu'elle n'est pas – nous l'apprenons de la bouche du savant auteur de World-Life. Il nous dit que :

 

  1. Ce n'est pas une théorie de l'évolution de l'univers. C'est avant tout une explication de l'origine des phénomènes du système solaire et, accessoirement, la coordination, sous une conception commune, des principaux phénomènes qui se produisent dans le firmament étoilé et nébuleux, coordination poussée aussi loin que la vue de l'homme a pu pénétrer.
  2. Elle ne considère pas les Comètes comme comprises dans l'Evolution spéciale qui a produit le Système Solaire. [La Doctrine Esotérique est d'opinion contraire, attendu qu'elle "considère les comètes comme des formes d'existence cosmique, coordonnées avec des phases plus lointaines de l'évolution nébulaire" et qu'elle attribue réellement, à elles surtout, la formation de tous les mondes.]
  3. Elle ne nie pas l'existence d'une histoire antérieure du brouillard de feu lumineux – [le stade secondaire de l'évolution dans la Doctrine Secrète] [et]... ne prétend pas avoir atteint le commencement absolu.  [Elle admet même que ce] brouillard de feu puisse avoir existé auparavant dans un état froid, non lumineux et invisible.
  4. [Finalement], elle ne prétend pas découvrir L'ORIGINE des choses, mais seulement un stade de l'histoire matérielle... [laissant] le philosophe et le théologien aussi libres que jamais de rechercher l'origine des divers modes de l'être 665.

Ce n'est pas tout. Le plus grand philosophe de l'Angleterre Herbert Spencer – s'attaqua lui-même à cette fantastique théorie en disant :

  1. "Qu'elle ne résout pas le problème de l'existence" ;
  2. que l'hypothèse nébulaire "ne jette aucune lumière sur l'origine de la matière diffuse" et
  3. que     "l'hypothèse      [II374]     nébulaire     (telle     qu'elle     existe actuellement) implique une Cause Première 666".

Celle-ci, nous le craignons du moins, dépasse l'attente de nos modernes Physiciens. Il semble donc que la pauvre "hypothèse" ne puisse guère espérer d'être secourue ou corroborée, même dans le monde des Métaphysiciens.

Etant donné tout cela, les Occultistes croient avoir le droit de présenter leur Philosophie, si mal comprise et si frappée d'ostracisme qu'elle soit pour le moment, et ils soutiennent que l'impuissance des Savants à découvrir la vérité est entièrement due à leur Matérialisme et à leur mépris des Sciences transcendantes. Pourtant, bien que les esprits scientifiques de notre siècle soient aussi éloignés que jamais de la véritable et correcte doctrine de l'Evolution, il reste encore un peu d'espoir pour l'avenir, car, même maintenant, nous découvrons un autre Savant qui nous en donne un faible aperçu.

665 Winchell, World-Life, p. 196.

666 Westminster Review, XX, 27 juillet 1868.

 

Dans un article de la Popular Science Review sur "les Recherches Récentes sur la Vie des Infiniment petits", H. J. Slack nous dit :

Toutes les sciences, depuis la physique et la chimie jusqu'à la physiologie, convergent évidemment vers une doctrine de l'évolution et du développement, dans laquelle les faits établis du Darwinisme seront compris, mais quant à l'aspect final que revêtira cette doctrine, il n'y a guère de données – ou pas du tout – pour le savoir, et peut-être le mental humain ne lui donnera-t-il pas forme jusqu'à ce que les recherches métaphysiques aussi bien que physique soient bien plus avancées 667.

Voici vraiment une heureuse prédiction. Le jour peut venir où la "Sélection Naturelle", telle que l'ont enseignée Darwin et Herbert Spencer, ne constituera plus, dans sa dernière modification, qu'une portion de notre doctrine Orientale de l'Evolution, qui sera Manou et Kapila expliqués Esotériquement.

  667 Vol. XIV, p. 252.

 [II 375]

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