MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

LA DOCTRINE SECRETE VOL 5

SECTION XX - LA GOUPTA VIDYA ORIENTALE ET LA CABALE

SECTION XX

LA GOUPTA VIDYA ORIENTALE ET LA CABALE

 

Nous revenons maintenant à l'étude de l'identité essentielle qui existe, en tant que système, entre la Goupta Vidyâ Orientale et la Cabale, tout en marquant aussi la dissemblance de leurs interprétations philosophiques depuis le Moyen Age.

Il faut reconnaître que les opinions des Cabalistes – nous entendons par ce terme les étudiants de l'Occultisme qui étudient la Cabalejuive et qui connaissent peu, ou même ignorent, le reste de la littérature Esotérique et ses enseignements – sont tout aussi variées dans leurs conclusions synthétiques, même au sujet de la nature des mystères enseignés dans le Zohar seul, et s'écartent tout autant en cela de la vérité que les dires de la Science exacte elle-même. De même que les Rose-Croix et les Alchimistes –  comme l'abbé Trithème, Jean Reuchlin, Agrippa, Paracelse, Robert Fludd, Philalèthe, etc., – par lesquels ils jurent, les Occultistes continentaux voient dans la seule Cabale juive la source universelle de sagesse ; ils y découvrent le savoir caché de presque tous les mystères de la Nature – métaphysiques et divins – au nombre desquels certains d'entre eux comprennent, comme le fit Reuchlin, ceux de la Biblechrétienne. Pour eux, le Zohar est un trésor Esotérique de tous les mystères de l'Evangile Chrétien, et le Sepher Yetzirah est la lumière qui brille dans toutes les ténèbres et contient les clefs qui ouvrent tous les secrets de la Nature. Quant à savoir si beaucoup des modernes disciples des Cabalistes du Moyen Age ont une idée du véritable sens, du symbolisme des Maîtres qu'ils ont choisi, c'est une autre affaire. Il est probable que  la plupart d'entre eux n'ont jamais accordé un moment d'attention à ce fait que le langage Esotérique qu'employaient les Alchimistes leur appartenait en propre et qu'il était usité comme un voile nécessité par les dangers que l'on courait à l'époque ou ils vivaient, et non pas comme le langage de Mystères qu'employaient les Initiés Païens et que les Alchimistes avaient retraduit et revoilé une fois de plus.

 Aujourd'hui la situation est la suivante : comme les Alchimistes ne nous ont pas laissé la clef de leurs écrits, ceux-ci sont devenus un nouveau mystère dans un mystère plus [V 184] ancien. La Cabalen'est interprétée et contrôlée qu'à la lueur dont l'éclairent les Mystères médiévaux et ceux- ci, en raison de leur Christologie forcée, étaient obligés de couvrir d'un masque dogmatique et théologique tous les antiques enseignements ; il en résulte que chaque Mystique, parmi nos Cabalistes modernes Européens et Américains, interprète les antiques symboles à sa façon et que chacun renvoie ses adversaires aux Rose-Croix et aux Alchimistes qui vivaient il y a trois ou quatre cents ans. Le dogme mystique Chrétien est le maëlstrom central qui engloutit tous les antiques symboles Païens et le Christianisme –  le Christianisme Anti-Gnostique, la cornue moderne qui a remplacé l'alambic des Alchimistes – distillé la Cabale, c'est-à-dire le Zohar hébreu et autres ouvrages rabbiniques mystiques au point de la rendre méconnaissable. Et l'on en est arrivé à ceci : les étudiants qui s'intéressent aux Sciences Secrètes doivent croire que tout le cycle du symbolique "Ancien des Jours", que chaque poil de la barbe puissante de Macroposope, se rapportent seulement à l'histoire de la carrière terrestre de Jésus de Nazareth ! Et l'on nous dit que la Cabale"fut d'abord enseignée à un groupe choisi d'anges" par Jéhovah lui-même – qui, par modestie, probablement, ne s'y présenta que comme la troisième Séphiroth féminine par-dessus le marché. Autant de Cabalistes, autant d'explications. Les uns pensent – peut-être avec plus de raison que les autres – que la substance de la Cabaleest la base sur laquelle est édifiée la Franc-Maçonnerie, puisque la Franc-Maçonnerie moderne est incontestablement le pâle et vague reflet de la primitive Franc-Maçonnerie Occulte, des enseignements des divins Maçons qui établirent les Mystères des Temples d'Initiation préhistoriques et antédiluviens, élevés par des Constructeurs vraiment superhumains. D'autres déclarent que les doctrines exposées dans le Zohar ont simplement trait à des mystères terrestres et profanes, n'ayant pas plus de rapports avec les spéculations métaphysiques – comme l'âme, ou la vie post mortem de l'homme – que n'en ont les livres mosaïques. D'autres encore – et ceux-ci sont les véritables, les réels Cabalistes, qui ont été instruits par des Rabbins juifs initiés – affirment que si les deux plus savants Cabalistes du Moyen Age, Jean Reuchlin et Paracelse, différaient au point de vue religieux – le premier étant le Père de la Réforme et l'autre un Catholique Romain, au moins en apparence – le Zohar ne saurait contenir grand-chose des dogmes Chrétiens, dans un sens comme dans l'autre. En d'autres termes ils soutiennent que le langage numéral des ouvrages cabalistiques enseigne des vérités universelles – et non pas spécialement une religion quelconque. Ils ont parfaitement raison, ceux qui affirment que le  langage  de  Mystère  employé  dans  le  Zohar  et  dans [V 185] d'autre littérature cabalistique, fut jadis à une époque d'une insondable antiquité, la langue universelle de l'Humanité. Mais ils ont absolument tort s'ils ajoutent à ce fait l'insoutenable théorie  d'après laquelle cette langue fut inventée par les Hébreux, ou fut à l'origine la propriété des Hébreux, auxquels toutes les autres nations l'ont empruntée…

Ils ont tort, car bien que le Zohar (רהז ZHR), le Livre de Splendeur du Rabbin Siméon Ben Iochai, lui doivent effectivement son origine – son fils, le Rabbin Eléazar, aidé par son secrétaire, le Rabbin Abba, compila les enseignements cabalistiques de son défunt père en un ouvrage  intitulé le Zohar – ces enseignements n'étaient pas ceux du Rabbin Siméon, comme l'établit la Goupta Vidyâ. Ils sont aussi antiques que la nation juive elle-même et même plus anciens. Bref, les écrits qui circulent actuellement sous le nom de Zohar de Rabbin Siméon, sont à peu près aussi originaux que l'étaient les Tables synchroniques égyptiennes, après avoir été manipulées par Eusèbe, ou les épîtres de saint Paul, après leur correction et leur révision par la "Sainte Eglise 318".

Jetons un rapide coup d'œil rétrospectif sur l'histoire et sur les tribulations de ce même Zohar, telles que nous les font connaître des traditions et des documents dignes de foi. Nous ne nous arrêterons pas à discuter si l'ouvrage fut écrit durant le premier siècle av. J.-C. ou durant le premier siècle de notre ère. Il nous suffit de savoir qu'il exista de tout temps une littérature cabalistique parmi les Juifs ; que bien que l'on ne puisse en retrouver les traces historiques que depuis le temps de la Captivité, il n'en est pas moins vrai que depuis le Pentateuque jusqu'au Talmud, les documents de cette littérature furent toujours écrits en une sorte de langue de Mystère, et qu'ils ne furent, par le fait, qu'une série de traditions symboliques que les Juifs avaient copiées dans les Sanctuaires Egyptiens et Chaldéens en se bornant à les adapter à leur propre histoire nationale – si l'on peut appeler cela de l'histoire. Ce que nous prétendons – et ce n'est pas nié, même par les Cabalistes les plus remplis de préjugés – c'est que bien que le savoir cabalistique ait été transmis verbalement durant de longs siècles, jusqu'aux derniers Tanaïm pré-chrétiens et bien  que David et Salomon aient pu en être [V 186] de grands Adeptes, comme on le prétend, personne n'osa pourtant le noter par écrit jusqu'à l'époque de Siméon Ben Iochai. Bref, le savoir renfermé dans la littérature cabalistique ne fut jamais recueilli par écrit avant le premier siècle de notre ère.

318 Il nous suffit, pour le prouver, de citer un exemple connu. Jean Pic de la Mirandole ayant découvert qu'il y avait plus de Christianisme que de Judaïsme dans la Cabale et y ayant retrouvé les doctrines de la Trinité, de l'Incarnation, de la divinité de Jésus, etc., réunit ses preuves et lança de Rome un défi au monde entier. Comme l'expose Ginsburg : "En 1486, lorsqu'il n'avait que vingt- quatre ans, il [Pic] publia neuf cents thèses [cabalistiques] qui furent affichées à Rome et qu'il entreprit de soutenir en présence de tous les savants européens qu'il invita a venir dans la Ville Eternelle, en promettant de les défrayer de leurs frais de voyage."

 

Cela fait naître chez le critique la réflexion suivante : tandis qu'en Inde nous trouvons les Védas et la littérature brahmanique écrits et édités bien des siècles avant l'ère chrétienne – car les Orientalistes eux-mêmes sont obligés de concéder une antiquité de deux millénaires aux manuscrits les plus anciens ; tandis que les allégories les plus importantes de la Genèsese trouvent inscrites sur des briques babyloniennes, bien des siècles av. J.-C. ; tandis que les sarcophages égyptiens donnent annuellement des preuves de l'origine des doctrines empruntées et copiées par les Juifs ; on n'en exalte pas moins le Monothéisme des Juifs, on le lance à la tête de toutes les notions païennes et la soi-disant Révélation chrétienne est placée au-dessus de toutes les autres, comme le soleil est au-dessus d'une rangée de becs de gaz. On sait cependant fort bien, sans qu'il soit possible de le mettre en doute, qu'aucun manuscrit, cabalistique, talmudique ou chrétien, parvenu jusqu'à nous, ne remonte comme antiquité au-delà des premiers siècles de notre ère, tandis que l'on ne peut certainement pas en dire autant des papyrus égyptiens ou des briques chaldéennes, ou même de certains écrits orientaux.

Bornons-nous pour le moment à étudier la Cabaleet surtout le Zohar – appelé aussi le Midrash. On sait que ce livre, dont les enseignements furent publiés pour la première fois entre les années 70 et 110 de notre ère, a été perdu et que son contenu a été éparpillé, dans nombre de manuscrits mineurs, jusqu'au XIIIème  siècle. L'idée que c'était l'œuvre de Moïse de Léon de Valladolid, en Espagne, et que ce dernier le fit passer pour un pseudographe de Siméon Ben Iochai, est ridicule et Munk en fit bonne justice – bien qu'il signale plus d'une interprétation moderne dans le Zohar. Il est en même temps plus que certain que le Livre du Zohar actuel fut écrit par Moïse de Léon et que, par suite d'une association d'auteurs, il a une teinte plus chrétienne que bien des volumes authentiquement chrétiens. Munk en donne la raison en disant qu'il semble évident que l'auteur a fait usage d'anciens documents et, entre autres, de certains Midrashim, ou recueils de traditions et d'exposés bibliques, que nous ne possédons plus aujourd'hui.

Afin de prouver que le système Esotérique qu'enseigne le Zohar ne fut connu des Juifs que fort tard – ou, tout au moins, qu'ils l'avaient si bien oublié que les innovations [V 187] et les additions introduites par Moïse de Léon ne provoquèrent aucune critique, mais furent accueillies avec gratitude – Munk emprunte le renseignement suivant à Tholuck, autorité juive : Haya Gaon, qui mourut en 1038, est à notre connaissance  le premier auteur qui développa (et perfectionna) la théorie des Sephiroth  et il leur donna des noms que nous retrouvons parmi les noms cabalistiques qu'emploie le docteur Jellineck. Moïse Ben Schem-Tob de Léon, qui était en relations intimes avec les savants scribes chrétiens, Syriens et Chaldéens, fut, grâce à eux, mis à même d'acquérir la connaissance de quelques-uns des ouvrages Gnostiques 319.

 Le Sepher Jetzirah (ou Livre de la Création) lui-même – bien qu'attribué à Abraham et bien que très archaïque, quant à son contenu – n'est mentionné pour la première fois qu'au XIème siècle par Jéhuda Ho Lévi (Chazari), et ces deux ouvrages, le Zohar et le Jetzirah, sont la source de tous les ouvrages cabalistiques postérieurs. Voyons maintenant jusqu'à quel point le canon sacré hébreu est digne de confiance.

Le mot "Cabale" dérive de la racine "recevoir" et a la même signification que le mot sanscrit "Smriti" ("reçu par tradition") – un système d'enseignement oral transmis d'une génération de prêtres à une autre, comme ce fut le cas pour les livres brahmaniques, avant d'être couchés par écrit. Les dogmes cabalistiques furent fournis aux Juifs par les Chaldéens, et si Moïse connaissait la langue primitive et universelle des Initiés, comme la connaissaient tous les prêtres égyptiens, et s'il était ainsi familiarisé avec le système numérique qui lui servait de base, il peut très bien avoir écrit – et nous prétendons qu'il l'a fait – la Genèseet autres "rouleaux". Les cinq livres qui circulent aujourd'hui couramment sous son nom, le Pentateuque, ne sont au demeurant pas les Recueils Mosaïques originaux 320. Ils ne furent du reste pas écrits à l'aide des antiques caractères carrés hébreux, ni même à l'aide de caractères samaritains, attendu que les deux alphabets datent d'une époque postérieure à celle de Moïse, et l'Hébreu – comme on le sait aujourd'hui – n'existait pas à  l'époque du grand législateur, ni comme langue ni comme alphabet.

Comme aucune des affirmations contenues dans les recueils Orientaux de la Doctrine Secrète n'est considérée, par le monde en général, comme ayant la moindre valeur et puisqu'il [V 188] faut, pour être compris du lecteur et le convaincre, citer des noms qui lui soient familiers et employer des arguments accessibles à tous, les faits suivants pourront peut-être démontrer que nos assertions ne sont pas seulement basées sur les enseignements des Archives Occultes :

  1. Le grand et savant Orientaliste Klaproth a nié positivement l'antiquité de l'alphabet prétendu Hébreu, en se basant sur ce que les caractères hébreux carrés que l'on a employés pour écrire les manuscrits bibliques et que nous employons en imprimerie dérivent probablement de l'écriture Palmyréenne, ou d'un autre alphabet sémitique, de sorte que la Biblehébraïque serait simplement écrite à l'aide de phonogrammes chaldéens des mots hébreux.

Feu le Dr Kenealy faisait remarquer avec raison que les Juifs et les Chrétiens se basent sur

Le phonogramme d'une langue morte et presque inconnue, aussi abstrait que les lettres cunéiformes que l'on trouve sur les montagnes d'Assyrie 321.

Les tentatives faites pour faire remonter l'antiquité des caractères hébreux carrés jusqu'à l'époque d'Esdras (458 av. J.-C.) ont toutes échoué.

On affirme que les Juifs ont emprunté leur alphabet aux Babyloniens durant leur captivité, mais il y a des savants qui ne font pas remonter l'antiquité des caractères hébreux carrés, aujourd'hui connus, au-delà de la dernière période du quinzième siècle de notre ère 322.

La bible Hébraïque, c'est précisément comme si Homère était imprimé, non pas en grec, mais en caractère anglais, ou comme si les œuvres de Shakespeare étaient reproduites en phonogrammes Birmanis 323.

Ceux qui soutiennent que l'Hébreu ancien est le même que le Syriaque ou le Chaldéen, n'ont qu'à se reporter à ce qui est dit dans Jérémie, où le Seigneur est représenté comme menaçant la maison d'Israël de soulever contre elle la puissante et antique nation des Chaldéens :

Nation dont vous ne connaissez pas la  langue, ne pouvant comprendre ce qu'ils disent 324.

C'est cité par l'évêque Walton 325 contre l'identité supposée du Chaldéen et de l'Hébreu et  devrait  suffire  à  clore  la question. [V 189]

Le véritable Hébreu de Moïse fut perdu après soixante-dix ans de captivité, lorsque les Israélites rapportèrent avec eux le Chaldéen et greffèrent dessus leur propre langue, fusion qui  donna naissance à une variété dialectique de Chaldéen, car elle était très légèrement teintée par l'Hébreu qui cessa dès lors d'être une langue parlée 326.

 322 Voyez Asiat. Jour., N. S., VII, p. 275, cité par Kenealy.

323 Book of God, loc. cit.

324 Op. cit., V, 15.

325 Prolegomena, III, 13, cité par Kenealy, p. 385.

326 Voyez Book of God, p. 385. "Il faut avoir soin, dit Butler (cité par Kenealy, p. 489), d'établir une distinction entre le Pentateuque en langue hébraïque, mais en lettres de l'alphabet samaritain et la version du Pentateuque en langue samaritaine. Une des différences les plus importantes entre le texte samaritain et le texte hébreu, a trait à la période qui s'écoula entre le déluge et la naissance d'Abraham. Le texte samaritain indique une période de quelques siècles plus longue que celle qu'indique le texte hébreu et la version des Septante lui assigne quelques siècles de plus que le texte samaritain." On peut observer que, dans la traduction authentique de la Vulgate latine, l'Eglise romaine a adopté la computation du texte hébreu et que dans son Martyrologe elle adopte celle des Septantes, tout en prétendant que les deux textes sont inspirés.

 

Quant à notre affirmation que l'Ancien Testament actuel ne renferme pas les Livres originaux de Moïse, elle est prouvée par les faits suivants :

  1. Les Samaritains répudièrent les livres canoniques des Juifs ainsi que leur "Loi de Moïse". Ils n'acceptèrent ni les Psaumes de David, ni les Prophètes, ni le Talmud et la Mishna; ils ne voulurent accepter que les véritables Livres de Moïse et en une édition tout à fait différente 327. Les Livres de Moïse et de Josué ont, disent-ils, été rendus méconnaissables par les Talmudistes.
  2. Les "Juifs noirs" de Cochin, dans l'Inde méridionale – qui ne savent rien de la captivité à Babylone ou des dix "tribus perdues" (pure invention des Rabbins), ce qui prouve que ces Juifs doivent être venus en Inde avant 600 avant Jésus-Christ – possèdent leurs Livres de Moïse qu'ils ne veulent montrer à personne, et  ces Livres et ces Lois diffèrent grandement des rouleaux actuels. Ils ne sont pas non plus écrits en caractères hébraïques carrés (semi- chaldéens et semi-palmyréens), mais en caractères archaïques, d'après ce que nous a affirmé un de ces Juifs – ces caractères sont absolument inconnus de tout le monde, sauf eux et quelques Samaritains.
  3. Les Juifs Karaïms, de Crimée – qui se qualifient de descendants des vrais enfants d'Israël, c'est-à-dire des Sadducéens – repoussent la Torahet le Pentateuque de la Synagogue, repoussent le Sabbat des Juifs (ils observent le vendredi) et ne veulent ni les Livres des Prophètes, ni les Psaumes – ils n'admettent que leurs propres Livres de Moïse et ce qu'ils appellent son unique et véritable Loi. [V 190]

Cela prouve clairement que la Cabaledes Juifs n'est que l'écho déformé de la DOCTRINE SECRETE des Chaldéens et que la véritable Cabale ne se trouve que dans le Livre des Nombres Chaldéens que possèdent aujourd'hui quelques Soufis persans. Chacune des Nations de l'antiquité avait des traditions basées sur celles de la DOCTRINE SECRETE Aryenne et chacune désigne jusqu'à présent un Sage de sa race qui aurait reçu, d'un être plus ou moins divin, la révélation primordiale et l'aurait recueillie sous sa direction. Il en était ainsi pour les Juifs comme pour tous les autres peuples. Ils avaient reçu de leur Initié Moïse leur Cosmogonie Occulte et leurs Lois, qu'ils ont aujourd'hui mutilés complètement.

327 Voyez le Journal, du Rev. Joseph Wolff, p. 200.

 

Adi est, dans notre Doctrine, le nom générique de tous les premiers hommes, c'est-à-dire des premières races douées de la parole,  dans chacune des sept zones – d'où, probablement, "Ad-am" et, dans chaque Nation, ces premiers hommes passent pour avoir été instruits des divins mystères de la création. Ainsi les Sabéens (selon une tradition conservée dans les ouvrages Soufis) disent que lorsque le "Troisième Premier Homme" quitta la contrée adjacente à l'Inde, pour Babel, un arbre 328 lui fut donné, puis un second et un troisième, dont les feuilles rappelaient l'histoire de toutes les races ; le "Troisième Premier Homme" désignait un homme appartenant à la Troisième Race-Racine et pourtant les Sabéens l'appelaient Adam. Les Arabes de la Haute-Egypte et les Mahométans en général ont conservé une tradition d'après laquelle l'Ange Azazel apporte à Adam, chaque fois que celui-ci renaît, un message du Verbe de Sagesse de Dieu ; les Soufis expliquent cela en disant que ce livre est donné à chaque Séli-Allah ("l'élu de Dieu") pour ses hommes sages. L'histoire que racontent les Cabalistes – à savoir que le livre donné à Adam avant sa Chute (livre rempli de mystères, de signes et d'événements qui avaient eu lieu, qui existaient ou qui devaient avoir lieu) fut repris par l'Ange Raziel après la Chute d'Adam, mais lui fut rendu ensuite de peur que les hommes ne perdissent sa sagesse et ses instructions ; que ce livre fut remis par Adam à Seth, qui le transmit à Enoch, puis celui-ci à Abraham et ainsi de suite au plus sage de chaque génération – se rapporte à toutes les  Nations et non pas aux Juifs seuls. En effet, Bérose raconte à son tour que Xisuthrus compila un livre, qu'il écrivit sur l'ordre de sa divinité et que ce livre fut enterré à Zipara 329 ou Sippara, [V 191] Cité du Soleil, en Bab-el- on-ya, qu'il y fut découvert longtemps après et fut déposé dans le temple de Bélos. C'est de ce livre que Bérose tira son histoire des dynasties antédiluviennes de Dieux et de Héros. Ælien (dans Nemrod) parle d'un faucon (emblème du Soleil), qui, durant les premiers temps, apporta aux Egyptiens un livre renfermant la sagesse de leur religion. Le Sam-Sam  des Sabéens est aussi une Cabale, de même que le Zem-Zem (Puits  de Sagesse) des Arabes 330.

328 Dans le symbolisme, un arbre est un livre – et "pilier" est un autre synonyme du même mot.

329 L'épouse de Moïse, une des sept filles d'un prêtre de Madian, se nomme Zippora. Ce fut  Jethro, le prêtre de Madian, qui initia Moïse et Zippora, l'une de ses sept filles, n'est simplement qu'un des sept pouvoirs Occultes que le Hiérophante était, et est encore, supposé transmettre au novice initié.

 330 Voyez pour ces détails le Book of God, pp. 244, 250.

331 Op. cit., V, 85.

 

Un Cabaliste très érudit nous dit que Seyffarth affirme que l'antique langue égyptienne n'était que l'antique Hébreu, ou bien une dialectique sémitique, et il le prouve, suivant notre correspondant, en lui envoyant "quelque 500 mots communs" aux deux langues. C'est une preuve bien mince à notre avis. Elle établit simplement que les deux Nations vécurent ensemble pendant des siècles et qu'avant d'adopter le Chaldéen pour leur langue phonétique, les Juifs avaient adopté l'antique Copte ou Egyptien. Les Ecritures Israélites tiraient leur sagesse occulte de la Religion-Sagesse primordiale qui était la source des autres Ecritures, mais elle était tristement dégradée par son application aux choses et aux mystères  de cette Terre au lieu de ceux qui appartiennent aux sphères supérieures et toujours présentes, bien qu'invisibles. Leur histoire nationale, s'ils ont droit à la moindre autonomie avant leur retour de la captivité à Babylone, ne peut remonter d'un seul jour au-delà de l'époque de Moïse. Le langage d'Abraham – si toutefois Zéruan (Saturne, l'emblème du temps – le "Sar", "Saros", un "cycle") peut être considéré comme ayant un langage – n'était pas l'Hébreu, mais le Chaldéen, peut-être l'Arabe ou, plus vraisemblablement encore, un antique dialecte Indien. C'est établi par de nombreuses preuves, dont nous donnons quelques-unes ici et, à moins que, pour contenter les tenaces et têtus croyants à la chronologie de la Bible, nous n'écourtions les années de notre globe aux dimensions du lit de Procuste de 7 000 ans, il devient évident que l'Hébreu ne  saurait être appelé une langue antique, simplement parce qu'Adam est supposé s'en être servi dans le Jardin de l'Eden. Bunsen dit dans Egypt's Place in Universal History que dans la tribu chaldéenne qui se rattache immédiatement à Abraham, nous trouvons des réminiscences de dates, défigurées et prises pour des généalogies d'individus ou pour des dates d'époques, les mémentos Abrahamiques remontent au moins à trois mille ans avant le grand-père de Jacob 331.[V 192]

 La Bibledes Juifs a toujours été un Livre Esotérique dans son sens caché, mais ce sens n'est pas toujours resté le même depuis l'époque de Moïse. Il est inutile, étant donné le peu d'espace que nous pouvons consacrer à ce sujet, de tenter quelque chose qui ressemble à l'histoire détaillée des vicissitudes de ce qu'on appelle le Pentateuque et, de plus, cette histoire est trop bien connue pour nécessiter de longues dissertations. Quelque fût, ou ne fût pas le Livre de la Création mosaïque – depuis la Genèse jusqu'au Prophètes – le Pentateuque d'aujourd'hui n'est pas le même. Il suffit de lire les critiques d'Erasme et même de Sir Isaac Newton, pour constater clairement que les Ecritures Hébraïques ont été manipulées et remodelées, ont été perdues et écrites de nouveau une douzaine de fois avant l'époque d'Ezra. On découvrira peut-être un jour que cet Ezra lui- même, ne fut autre qu'Azara, le prêtre chaldéen du Feu et du Dieu-Soleil, un renégat qui, dans son désir de gouverner et afin de créer une Ethnarchie, reconstitua à sa façon les antiques Livres Juifs perdus. Il était facile à quelqu'un de verser dans le système secret des nombres Esotériques, ou Symbolisme, de grouper des événements en les tirant des épaves de livres qui avaient été conservés par les différentes tribus et d'en tirer un récit, en apparence harmonieux, de la création et de l'évolution de la race juive. Mais dans son sens caché, depuis la Genèse jusqu'au dernier mot du Deutéronome, le Pentateuque est le récit symbolique des sexes et une apothéose du Phallisme, à l'aide de personnifications astronomiques et physiologiques 332. Sa coordination n'est toujours qu'apparente et la main humaine s'y devine à chaque instant, se retrouve partout dans le "Livre de Dieu". Ainsi les rois d'Edom discutent dans la Genèse avant qu'aucun roi n'ait régné sur Israël ; Moïse enregistre sa propre mort et Aaron meurt deux fois et est enterré dans deux endroits différents, sans parler d'autres détails insignifiants. Pour le Cabaliste, ce sont des bagatelles, car il sait que tous ces événements ne sont pas de l'histoire, mais simplement le revêtement destiné à envelopper et à cacher différentes particularités physiologiques ; mais pour le Chrétien sincère, qui accepte de bonne foi tous ces "dires obscurs" la chose a de l'importance. Salomon peut très bien être considéré comme un mythe 333   par les Francs-Maçons, car [V 193]   ils

 

 

 

 

 

n'y perdent rien, puisque tous leurs secrets sont cabalistiques  et allégoriques – tout au moins pour quelques-uns qui les comprennent. Pour les chrétiens, par contre, l'abandon de Salomon, du fils de David – dont on fait descendre Jésus – implique une perte réelle. Mais les motifs sur lesquels les Cabalistes peuvent s'appuyer pour attribuer une haute antiquité aux textes hébreux des rouleaux bibliques que les savants possèdent aujourd'hui ne sont pas clairs du tout. C'est effectivement un fait historique, basé sur les aveux des Juifs eux-mêmes et aussi des Chrétiens, que

 

les Ecritures ayant été perdues durant la captivité de Nabuchodonosor, le prêtre Esdras, sous le règne d'Artaxercès, roi des Perses, fut inspiré et reconstitua prophétiquement  tout  l'ensemble  des   antiques Ecritures 334.

Il faut avoir une robuste confiance en "Esdras" et surtout en sa bonne foi, pour accepter les copies qui existent aujourd'hui comme étant les véritables Livres Mosaïques, car en admettant même que les copies, ou plutôt les phonogrammes, qui ont été faits par Hilkiah et Esdras, ainsi que par les divers auteurs anonymes, aient été vraiment véridiques et exacts, ils doivent avoir été complètement détruits par Antiochus et les versions de l'Ancien Testament qui existent aujourd'hui doivent avoir été faites par Judas, ou par des compilateurs inconnus qui les ont probablement tirées du grec des Septante, longtemps après l'apparition et la mort de Jésus 335.

332 Ainsi qu'il est pleinement démontré dans Source of Measures et dans d'autres ouvrages.

333 Assurément les Francs-Maçons eux-mêmes ne prétendraient jamais affirmer l'existence réelle de Salomon ! Ainsi que le démontre Kenealy, il n'est mentionné ni par Hérodote ni par Platon ou aucun autre écrivain de marque, Il est fort extraordinaire, dit-il, "que la Nation juive, sur laquelle, peu d'années auparavant, le puissant Salomon avait régné dans toute sa gloire, avec une magnificence à peine égalée par les grands monarques, dépensant près de huit millions d'or pour édifier un temple ait été passé sous silence par l'historien Hérodote qui écrivit d'une part l'histoire de l'Egypte et de l'autre, celle de Babylone – qui visita les deux pays et, naturellement, passa presque inévitablement à quelques milles de distance de Jérusalem, la splendide capitale nationale ! Comment peut-on expliquer cela", demande-t-il ? (p. 457). En effet, non seulement rien ne prouve que les douze tribus aient jamais existé, mais encore Hérodote, le plus exact des historiens, qui se trouvait en Assyrie à l'époque où florissait Ezra, ne fait même pas mention des Israélites – et Hérodote est né en 484 av. J.-C. – Que signifie ceci ?

334 Clément, Stromates, XXII.

335 Book of God, p. 408.

 

Par conséquent, la Bible, telle qu'elle existe aujourd'hui (nous parlons du texte hébreu), dépend, au point de vue de l'exactitude, de celle de la version des Septante en Grec et l'exemplaire originale ayant été perdu depuis cette époque, nos textes ont été retraduits de cette langue  en Hébreu. Dans ce cercle vicieux de preuves, nous sommes encore obligés de nous baser sur la bonne foi de deux Juifs – Josèphe et Philon le Juif d'Alexandrie – attendu que ces deux historiens sont les seuls qui témoignent que la version des Septante fut rédigée dans les circonstances qui ont été exposées. Et pourtant ce sont précisément ces circonstances qui sont peu faites pour inspirer la confiance. En effet, que nous dit [V 194] Josèphe ? Il nous dit que Ptomélée Philadelphe, désirant lire la Loi Hébraïque en Grec, écrivit au grand-prètre Eléazar pour le prier de lui envoyer six hommes de chacune des douze tribus, qui en feraient une traduction pour lui. Vient ensuite l'histoire vraiment miraculeuse et certifiée par Aristée, de ces soixante-douze hommes tirés des douze tribus d'Israël qui, enfermés dans une île, rédigèrent leur traduction en soixante- douze jours exactement, etc.

Tout cela est fort édifiant et l'on aurait fort peu de raisons de mettre ce récit en doute, si les "dix tribus perdues" n'avaient pas été appelées à y jouer un rôle. Comment ces tribus, perdues depuis 700 à 800 ans avant Jésus-Christ, auraient-elles pu envoyer chacune six hommes quelques siècles plus tard, pour satisfaire au désir de Ptomélée, puis disparaître de nouveau de l'horizon immédiatement après ? Un miracle, en vérité.

On nous invite cependant à considérer les documents tels que la Version des Septante comme renfermant la révélation divine directe : documents rédigés à l'origine dans une langue au sujet de  laquelle personne ne sait rien ; écrits par des auteurs qui sont pratiquement des mythes et à des dates au sujet desquelles personne ne peut se livrer à des conjectures acceptables ; documents dont les textes originaux ont disparu jusqu'au moindre fragment. Pourtant on continuera à parler de l'antique Hébreu comme s'il existait en ce monde un homme qui en sût un seul mot. En fait, l'Hébreu était si peu connu qu'il fallut rédiger la Version des Septante et le Nouveau Testament dans une langue païenne (le Grec), et l'on n'en donne pas de meilleure raison que celle que nous offre Hutchinson, à savoir que le Saint-Esprit voulut écrire le Nouveau Testament en Grec.

L'Hébreu est considéré comme étant très antique, et pourtant on n'en trouve nulle part de traces sur les premiers monuments, pas même en Chaldée. Parmi de très nombreuses inscriptions de toutes sortes que l'on découvre sur les ruines de ce pays :

On n'en a jamais découvert une seule en langue et en caractères Chaldo-Hébraïques, pas plus qu'on n'a jamais découvert une seule médaille ou gemme authentique portant ces caractères d'un nouveau genre, qui eût pu les faire remonter au moins jusqu'à l'époque de Jésus 336.

336 Book of God, 453.

337 Asiatic Journal, VII, p. 275, cité par Kenealy.

 

Le Livre de Daniel original est rédigé dans un dialecte qui est un mélange d'Hébreu et d'Araméen ; il n'est pas même en Chaldéen, sauf en ce qui concerne quelques versets interpolés plus tard. D'après Sir W. Jones et autres Orientalistes, [V 195] les langues les plus anciennes que l'on puisse découvrir en Perse, sont le Chaldéen et le Sanscrit, et ils ne renferment aucune trace de "l'Hébreu". Le contraire serait surprenant, puisque l'Hébreu connu des Philologues ne remonte pas à plus de 500 ans av. J.-C. et que ses caractères appartiennent à une époque de beaucoup postérieure. Ainsi, outre que les véritables caractères hébreux furent, sinon complètement perdus, du moins si désespérément transformés.

un simple examen de l'alphabet montre qu'il a été modelé et régularisé, opération au cours de laquelle les marques caractéristiques de certaines lettres ont été retranchées afin de les rendre plus carrées et plus uniformes 337, que personne ne pouvait les lire, sauf un Rabbin initié de Samarie ou un "Jaïn" : le nouveau système des points massorétiques en a fait pour tout le monde une énigme de Sphinx. On trouve maintenant la ponctuation dans tous les manuscrits plus récents et avec son aide on peut faire ce que l'on veut d'un texte. Un Hébreu savant peut donner aux textes toutes les interprétations qu'il veut. Il nous suffira de deux exemples donnés par Kenealy :

Dans la Genèse, XLIX, 21, nous lisons : Nephtali est une biche mise en liberté : il fait de beaux discours.

 Au moyen d'une légère altération des points, Bochart change cela en : Nephtali est un arbre qui se développe, produisant de superbes branches.

De même dans les Psaumes (XXIX, 9), au lieu de : La voix du Seigneur fait vêler la biche et découvre les forêts.

L'évêque Lowth nous donne :

La voix du Seigneur frappe le chêne et découvre les forêts, En hébreu, le  même  mot  signifie  "Dieu"  et  "Rien", etc. 338.

Nous partageons la manière de voir de certains Cabalistes qui déclarent que dans l'antiquité il n'y avait qu'un savoir et qu'une langue ; cette opinion est très juste. Il faut simplement ajouter, pour rendre la chose claire, que ce savoir et cette langue ont été tous deux ésotériques depuis la submersion des Atlantes. Le mythe de la Tour de Babel se rapporte à ce secret imposé. Les hommes versés dans le péché étaient considérés comme n'étant plus dignes de participer à ce savoir qui, d'universel qu'il était, devint réservé à quelques-uns. Aussi, la "langue unique" – ou langue des Mystères – ayant été graduellement refusée aux générations suivantes, toutes les nations furent réduites à l'emploi de leurs propres [V 196] langues nationales et, oubliant le langage primitif de la Sagesse, ils prétendirent que le Seigneur – un des principaux Seigneurs ou Hiérophantes des Mystères de Java Aléim – avait jeté la confusion dans les langues de toute la terre, afin que les pécheurs ne fussent plus à même de se comprendre mutuellement. Mais il resta des Initiés dans tous les pays et dans toutes les Nations, et les Israélites, comme les autres, avaient leurs savants Adeptes. Une des clefs de Savoir Universel consiste en un système purement géométrique et numérique, l'alphabet de chacune des grandes Nations attribuant une valeur numérique à chaque lettre 339 et ayant, en outre, un système de permutation de syllabes et de synonymes, qui est poussé jusqu'à la perfection dans les méthodes indiennes Occultes et que l'alphabet hébreu ne possède certainement pas. Ce système unique, qui renferme les éléments de la Géométrie et de la Numération, fut employé par les Juifs dans le but de cacher leurs croyances Esotériques sous le masque d'une Religion monothéiste populaire et nationale. Les derniers ayant connu le système à la perfection furent les Saducéens savants et "athées", les plus grands ennemis des prétentions des Pharisiens et des notions confuses rapportées de Babylone. Oui, les Saducéens, les Illusionnistes, qui soutenaient que l'Ame, les Anges et tous les Etres similaires n'étaient que des illusions parce qu'ils étaient temporaires – se montrant ainsi d'accord avec l'Esotérisme Oriental. Et puisqu'ils repoussaient tous les livres et toutes les Ecritures sauf la Loi de Moïse, il semble que cette dernière devait être bien différente de ce qu'elle est aujourd'hui 340. [V 197]

 338 Book of God, p. 385

 339 Parlant du sens caché des mots sanscrits, M. T. Subba Row, dans son article sur "Les Douze Signes du Zodiaque", donne quelques conseils au sujet de la méthode qu'il faudrait employer pour découvrir "le sens profond de l'ancienne nomenclature sanscrite dans les antiques mythes Aryens.

1° Découvrir les synonymes du mot employé qui ont un autre sens ;

2° Découvrir la valeur numérique des lettres composant le mot, suivant les méthodes des anciens ouvrages tantriques [Tantrika Shastra – ouvrage sur les Incantations et la Magie] ;

3° Etudier, s'il y en a, les anciens mythes ou allégories qui ont un rapport spécial avec le mot en question ;

4° Intervertir l'ordre des différentes syllabes qui composent le mot et étudier les nouvelles combinaisons que l'on obtiendra ainsi et leurs sens, etc." – mais il ne donne pas la règle principale et il est hors de doute qu'il a raison.

Les Tantrika Shastras sont aussi anciennes que la Magie elle-même – ont-elles aussi emprunté leur Esotérisme aux Hébreux ?

340 Leur fondateur, Sadoc, était l'élève, par l'intermédiaire d'Antigone Saccho, de Simon le Juste. Ils avaient leur propre Livre de la Loi secret depuis la fondation de leur secte (vers 400 av. J.-C.) et ce volume était inconnu de la masse. Au temps de la séparation, les Samaritains ne reconnaissaient que le Livre de la Loi de Moïse et le Livre de Josué et leur Pentateuch est bien plus ancien que celui des Septante et en diffère. En 168 av. J.-C., Jérusalem eut son temple pillé et ses Livres Sacrés – la Bible d'Ezra terminée par Judas Maccabée – furent perdus (voir Josephus, de Burder, II, 331-5) ; après quoi la Massorahparacheva le travail de destruction (même de la Bible, encore une fois remanipulée d'Ezra) commencé par le changement des lettres cornues en lettres carrées. Aussi le Pentateuque ultérieur accepté par les Pharisiens fut rejeté et moqué par les Sadducéens. On les dit en général athées, pourtant, puisque ces hommes instruits, qui ne faisaient pas mystère de leur libre pensée, fournissaient les plus éminents des grands-prêtres Juifs, cela semble impossible. Comment les Pharisiens et les deux autres sectes croyantes et pieuses auraient-ils permis le choix d'athées notoires pour ces fonctions. Il est difficile à des bigots et à des gens qui croient en un Dieu personnel anthropomorphe de trouver la réponse, mais c'est très facile pour qui accepte les faits. On appelait les Sadducéens athées parce qu'ils avaient la même croyance que le Moïse initié, différant donc largement du législateur juif fabriqué après coup, et héros du Mont Sinaï.

341 Les mesures de la Grande Pyramide étant celles du temple de Salomon, de l'Arche d'Alliance, etc., suivant Piazzi Smyth et l'auteur de Source of Measures et comme les calculs astronomiques établissent que la Pyramide de Ghizeh fut construite en 4950 av. J. C. ; comme d'autre part, Moïse écrivit ses livres – dans l'intérêt de la discussion – moitié moins longtemps avant notre ère : comment cela se peut-il ? Assurément, si l'un des deux emprunta à l'autre, ce ne sont pas les Pharaons qui empruntèrent à Moïse. La philologie elle-même prouve que non seulement les Egyptiens, mais encore les Mongols, sont plus anciens que les Hébreux.

 

Nous avons écrit tout ce qui précède en pensant à nos Cabalistes. Si savants que soient certainement quelques-uns d'entre eux, ils n'en ont pas moins tort de suspendre leurs harpes à des saules d'origine talmudique – de se baser sur des manuscrits hébreux, en caractères carrés ou pointus, qui se trouvent aujourd'hui dans nos bibliothèques publiques, dans nos musées, ou même dans les collections de Paléographie. Il ne reste pas, dans le monde entier, une demi-douzaine d'exemplaires des véritables manuscrits Mosaïques Hébreux et – comme nous l'avons indiqué quelques pages plus haut – ceux qui les ont en leur possession ne voudraient, sous quelque prétexte que ce soit, ni s'en séparer, ni même permettre qu'on les étudie. Comment un Cabaliste pourrait-il donc réclamer la priorité pour l'Esotérisme Hébreu et prétendre, comme le fait un de nos correspondants, que "l'Esotérisme Hébreu remonte à une bien plus grande antiquité que tous les autres [qu'ils soient Egyptiens ou même Sanscrits !] et qu'il était la source de tous les autres, ou plus proche de l'antique source originale que tous les autres ?" 341.

Comme le dit notre correspondant : "Je suis de jour en jour plus convaincu que, dans les temps les plus reculés, il exista une puissante civilisation, possédant un savoir énorme et ayant une langue commune répandue sur toute la terre et dont on peut reconstituer l'essence à l'aide des fragments qui existent aujourd'hui."

Oui, il existait une puissante civilisation, ainsi qu'une science secrète et des connaissances plus puissantes encore, dont toute l'étendue ne pourra jamais être découverte par la [V 198] Géométrie et la Cabaleseules, car la grande porte d'entrée comporte sept clefs et une, ou même deux de ces clefs pourront à peine l'ouvrir assez pour permettre de jeter quelques coups d'œil sur ce qui se trouve à l'intérieur.

 Tout savant doit savoir qu'il est possible de retrouver dans les Ecritures Hébraïques deux styles distincts – deux écoles pour ainsi dire ; l'école Elohiste et l'école Jéhoviste. Les parties qui dépendent respectivement de ces deux écoles, sont si bien mélangées, si complètement mêlées par des interventions postérieures, que toutes leurs caractéristiques extérieures sont souvent perdues. On sait pourtant aussi que les deux écoles étaient en antagonisme ; que l'une enseignait des doctrines ésotériques et l'autre des doctrines exotériques ou théologiques ; que les membres de l'une, les Elohistes, étaient des Voyants (Roch), tandis que ceux de l'autre, les Jéhovistes, étaient des prophètes (Nabhi) 342 et que ces derniers – qui devinrent plus tard des Rabbins – n'étaient, en général, que nominalement prophètes en vertu de leur position officielle, de même que le Pape est appelé le vicaire infaillible et inspiré de Dieu ; qu'en outre, les Elohistes entendaient désigner les "forces" par le mot "Elohim", identifiant leur Divinité avec la Nature, comme dans la DOCTRINE SECRETE, tandis que les Jéhovistes faisaient de Jéhovah un Dieu personnel extérieur et n'employaient le terme que comme un symbole phallique – certains d'entre eux ne croyant même pas à la Nature métaphysique abstraite et synthétisant tout sur l'échelle terrestre. Enfin, les Elohistes faisaient de l'homme l'image divine incarnée de l'Elohim, émané le premier dans toute la création, et les Jéhovistes le représentaient comme le dernier, comme le couronnement glorieux de la création animale, au lieu d'en faire le chef de tous les êtres sensés sur la terre. (C'est inverti par certains Cabalistes, mais l'inversion est due à une confusion voulue des textes, surtout dans les quatre premiers chapitres de la Genèse).

Prenez le Zohar et cherchez-y la description d'Aïn-Suph, le Parabraham Occidental ou Sémitique. Quels sont les passages aussi rapprochés de l'idéal Védantin, que le suivant :

 La création [l'Univers évolué] est le vêtement de ce qui n'a [V 199] pas de nom, le vêtement tissé à l'aide de la propre substance de la Divinité 343.

342 Cela seul suffit à établir à quel point les Livres de Moïse furent retouchés. Dans Samuel (IX,  9), il est dit : "Celui qui est maintenant un prophète [Nabhi] était auparavant appelé Voyant [Roch]." Or, puisque avant Samuel le mot "Roch" ne se rencontre nulle part dans le Pentateuque, mais qu'il est toujours remplacé par celui de "Nabhi", cela prouve clairement que le texte mosaïque a été remplacé par celui des Lévites, plus tardifs. (Voyez, pour plus amples détails Jewish Antiquities, par le Rev. D. Jennings, D. D.)

 343 Zohar, I, 2 a.

344 Zohar, 42 b.

 

Entre ce qui est Aïn ou "rien" et l'Homme Céleste, il existe cependant une Cause Première Impersonnelle, dont on dit :

Avant qu'Il ne donnât une forme à ce monde, avant qu'Il n'eût produit une seule forme, Il était seul, sans forme, sans similitude avec quoi que ce fût. Qui donc pourrait Le comprendre, savoir comment Il était avant la création, puisqu'Il était sans forme ? Aussi est-il interdit de Le représenter sous une forme quelconque, par une similitude, ou même par Son nom sacré, par une simple lettre ou un simple point 344.

La phrase qui suit constitue pourtant une évidente interpolation, car elle attire l'attention sur une contradiction complète :

Et c'est à cela que se rapportent ces mots (Deut., IV,  15) – "Vous ne vîtes aucun genre de similitude le jour où le Seigneur vous parla."

Mais cette mention du chapitre IV du Deutéronome, alors que, dans le chapitre V, Dieu est représenté comme parlant "face à face" avec  le peuple, est très maladroite.

Aucun des noms donnés à Jéhovah, dans la Bible, n'a aucun rapport avec Aïn-Suph ou la Cause Première Impersonnelle (qui n'est autre que le Logos) de la Cabale, mais ils se rapportent tous aux Emanations.

Il y est dit :

Car bien que pour se révéler à nous, le caché de tout ce qui est caché, ait projeté les Dix Emanations [Séphiroth] appelées la Forme de Dieu, la Forme de l'Homme- Céleste, pourtant, comme cette forme lumineuse elle- même  était  trop  éblouissante  pour  notre  vue,  elle dut assumer une autre forme, ou s'envelopper d'un autre vêtement, qui est l'Univers. En conséquence, l'Univers, ou le monde visible, est une expansion plus lointaine de la Substance Divine et on l'appelle, dans la Cabale, le "Vêtement de Dieu" 345.

 345 Zohar, I, 2 a. Voyez l'essai du Dr Ch. Ginsburg sur The Cabbalah, its Doctrines, Developments and Literature.

 

C'est la Doctrine de tous les Pourânas Hindous et surtout du Vishnou Pourâna. Vishnou se répand dans l'Univers et il est cet Univers ; Brahmâ meurt même avec lui et il ne reste plus que Brahman, l'impersonnel, l'éternel, le non-né et l'inqualifiable. L'Aïn-Suph des Chaldéens et plus tard des Juifs, est assurément une copie de la Divinité Védique, tandis que "l'Adam Céleste", le Macrocosme qui unit en lui la totalité [V 200] des êtres et constitue l'Esse de l'Univers visible, a son original dans le Brahmâ pourânique. Dans Sôd, "le Secret de la Loi", on reconnaît les expressions employées dans les plus anciens fragments de la Goupta Vidyâ, la Connaissance Secrète. Et l'on ne s'aventure pas trop en disant que même un Rabbin, tout à fait familiarisé avec son propre Hébreu rabbinique spécial, n'en comprendrait complètement les secrets que s'il ajoutait à son savoir une connaissance sérieuse des philosophies hindoues. Reportons- nous à la Stance I du LIVRE DE DZYAN pour en tirer un exemple.

Le Zohar, de même que la DOCTRINE SECRETE, pose comme prémisses une Essence universelle, éternelle et passive – parce   qu'absolue – dans tout ce que les hommes appellent des attributs. La Triade pré- génétique ou pré-cosmique est une pure abstraction métaphysique. La notion d'une triple hypostase en une Essence Divine Inconnue est aussi ancienne que la parole et la pensée. Hiranyagarbha, Hari et Sankara – le Créateur, le Conservateur et le Destructeur – en sont les trois attributs manifestés, qui apparaissent avec le Cosmos ; en quelque sorte, le visible Triangle sur le plan du Cercle à jamais invisible. C'est la pensée radicale primitive de l'Humanité pensante ; le Triangle Pythagoricien émanant de la Monade à jamais voilée ou le Point Central.

Platon en parle et Plotin l'appelle une antique doctrine, au sujet de laquelle Cudworth fait remarquer que :

 Puisque Orphée, Pythagore et Platon, qui  affirmaient tous une trinité d'hypostases divines, empruntaient incontestablement leur doctrine aux Egyptiens, on peut raisonnablement supposer que les Egyptiens en faisaient autant avant eux 346.

Les Egyptiens avaient certainement emprunté leur Trinité aux Indiens.

Wilson fait observer avec raison :

Cependant, comme les exposés des Grecs et des Egyptiens sont bien plus embrouillés, bien moins satisfaisants que ceux des Hindous, il est fort probable que c'est chez ces derniers que nous trouvons la doctrine sous sa forme originale, sous sa forme la  plus méthodique et la plus significative 347.

Voici donc le sens :

"Les Ténèbres seules remplissaient le Tout Sans Limites, car le Père, la Mère et le Fils étaient Unifiés une fois de plus 348."

L'espace existait et existe toujours, comme il existe entre les Manvantaras. L'Univers, dans son état pré-cosmique, était [V 201] une fois de plus homogène et unique – en dehors de ses aspects. Ce fut un enseignement cabalistique et c'est maintenant un enseignement chrétien.

Ainsi qu'on le prouve constamment dans le Zohar, l'Unité Infinie, ou Aïn-Suph, est toujours placée au-delà de la pensée et de l'appréciation humaine et dans le Sepher Jetzirah nous voyons l'Esprit de Dieu – le Logos et non pas la Divinité elle-même – appelé Unique.

Unique est l'Esprit du Dieu vivant... qui vit à jamais. La Voix, l'Esprit [de l'Esprit] et le Verbe : tel est le Saint- Esprit 349. ... et le Quaternaire. De ce Cube émane le Cosmos entier.

 346 Cudworth, I, III, cité Par Wilson, Vishnou Pourâna, I, 14, note.

347 Vishnou Pourâna, I, 14.

348 Stance, I, 5.

349 Mishna, I, 9.

 

Il est dit dans la DOCTRINE SECRETE :

"Il est appelé à la vie. Le Cube mystique dans lequel réside l'Idée Créatrice, le Mantra qui se manifeste [ou parole articulée – Vâch] et le saint Pourousha [tous deux des radiations de la matière première] existent dans l'Eternité, dans la Divine Substance, sous leur état latent." ... durant le Pralaya.

Et dans le Sepher Jetzirah, lorsque les Trois-en-Un doivent être appelés à l'existence – par la manifestation de Shékinah, la première effluence ou radiation du Cosmos qui se manifeste – "l'Esprit de Dieu", ou le nombre Un 350, éveille et fait fructifier la double Puissance, le nombre Deux, l'Air et le nombre Trois, l'Eau. Dans ceux-ci "résident les ténèbres et le vide, le limon et la boue" – ce qui est le Chaos, le Tohu-Vah-Bohu. L'Air et l'Eau émanent le nombre Quatre, l'Ether ou Feu, le fils. Tel est le Quaternaire Cabalistique. Ce quatrième Nombre qui, dans le Cosmos manifesté, est l'Un, ou le Dieu Créateur, est chez les Hindous "l'Ancien", Sanat, le Prajâpati des Védas et le Brahmâ des Brahmanes – l'Androgyne céleste, car il ne devient le mâle qu'après s'être séparé en deux corps, Vâch et Virâj. Chez les Cabalistes, il est d'abord Jah-Havah et ne devient Jéhovah que plus tard, comme son prototype Virâj : après s'être séparé, comme Adam-Kadmon, en Adam et Eve, dans le monde sans forme et dans Caïn-Abel dans le monde semi-objectif, il devient enfin le Jah-Havah ou l'homme et la femme, dans Enoch, le fils de Seth. [V 202]

350 Dans son état manifesté il devient Dix, l'Univers. Dans la Cabalechaldéenne, il est sans sexe. Dans celle des Juifs, Shékinah est femelle et les premiers Chrétiens, ainsi que les Gnostiques, considéraient le Saint-Esprit comme une puissance féminine. Dans le Livre des Nombres "Shékina" perd l'h final qui en faisait un nom féminin. Nârâyana, celui qui se Meut sur les Eaux, est aussi sans sexe, mais nous croyons fermement que Shékinah et Daiviprakriti la "Lumière du Logos" ne font qu'un, au point de vue philosophique.

 

 En effet, la véritable signification du nom composé de Jéhovah – dont vous pouvez faire presque tout en le décomposant en voyelles – est la suivante : hommes et femmes, ou l'humanité, composée de ses deux sexes. Depuis le premier chapitre de la Genèsejusqu'à la fin du quatrième, chaque nom est une permutation d'un autre nom et chaque personnage est en même temps quelqu'un d'autre. Un cabaliste suit la trace de Jéhovah depuis l'Adam terrestre jusqu'à Seth, le troisième fils – ou vraie race – d'Adam 351. Ainsi Seth est Jéhovah mâle ; et Enos, qui est une permutation de Caïn et Abel, est Jéhovah mâle et femelle, ou notre humanité. Le Brahmâ-Virâj Hindou, Virâj-Manou et Manou-Vaivasvata, avec sa fille et épouse Vâch, présentent la plus grande analogie avec ces personnages – pour tous ceux qui se donnent la peine d'étudier cette question, tant dans la Bibleque dans les Pourânas. On dit de Brahmâ qu'il se créa lui-même comme Manou et qu'il naquit de son soi originel, avec lequel il était identique, en même temps qu'il constituait la partie femelle Shata-roûpâ (aux cent formes). Dans cette Eve hindoue "mère de tous les êtres vivants", Brahmâ créa Virâj, qui est lui-même, mais sur une échelle inférieure, de même que Caïn est Jéhovah sur une échelle inférieure : tous deux sont les premiers mâles de la Troisième Race. La même idée se retrouve dans le mot hébreu de Dieu (הוהי). Lu de droite à gauche "Jod" (י) est le père, "Hé" (ה) la mère, "Vau" (ו) le fils et "Hé" (ה) répété à la fin du mot, est la génération, l'acte de la naissance, la matérialité. C'est assurément une raison suffisante pour que le Dieu des Juifs et des Chrétiens soit personnel, autant que les mâles Brahmâ, Vishnou ou Shiva de l'Hindou orthodoxe exotérique.

Ainsi le terme Jhvh seul – qui est aujourd'hui accepté comme le nom "d'un Dieu vivant [mâle]" – livrera, s'il est sérieusement étudié, non seulement tout le mystère de l'Etre (dans le sens biblique), mais encore celui de la Théogonie Occulte, depuis le plus haut des Etres divins, celui qui occupe le troisième rang, jusqu'à l'Homme. Ainsi le démontrent les meilleurs hébraïsants :

Le mot היה, ou Hâyâh, ou E-y-e, veut dire être, exister, tandis que היח ou Châyâh, ou H-y-e, veut dire vivre, comme mouvement de l'existence 352.

351 Les Elohim créent l'Adam de poussière et, en lui, Jéhovah-Binah se sépare en Eve, après quoi la partie mâle de Dieu devient le Serpent, qui se tente, lui-même en Eve, puis se crée en elle en tant que Caïn, passe dans Seth et se répand depuis Enoch, le Fils de l'Homme, ou l'Humanité, en tant que Jod héva.

352 The Source of Measure, p. 8.

 

D'où Eve représente l'évolution et l'incessant "devenir" de la  Nature. Si nous prenons maintenant le mot sanscrit [V 203] presque intraduisible de Sat, qui signifie la quintessence de l'Etre absolu immuable, ou Action d'être – comme l'a traduit un habile Occultiste hindou – nous ne lui trouverons d'équivalent dans aucune autre langue, mais on peut le considérer comme ressemblant de très près à "Aïn" ou "En-Suph" Etre sans limites. Ensuite le terme Hâyâh, "être", comme existence passive, sans changement et pourtant manifestée, pourrait être sans doute traduit par le mot sanscrit Jîvâtmâ, vie ou âme universelle, dans son sens secondaire et cosmique, tandis que "Châyâh, vivre", comme "mouvement de l'existence" est simplement Prâna, la vie éternellement changeante dans son sens objectif. C'est à la tête de cette troisième catégorie que l'Occultiste découvre Jéhovah – la Mère, Binah, et le Père Arélim. C'est éclairci dans le Zohar, lorsque l'émanation et l'évolution des Séphiroth y sont expliqués : premièrement Aïn-Suph, puis Shékinah, le Vêtement ou Voile de la lumière Infinie, puis Séphira ou le Kadmon et, formant le quatrième, la Substance spirituelle émanant de la Lumière Infinie. Cette Séphira est appelée la Couronne, Kéther et elle a encore six autres noms – en tout sept. Ces noms sont : 1. Kéther ; 2. l'Agé ; 3. le Point Primordial ; la Tête Blanche ; 5. la Longue Face ; 6. la Hauteur Inscrutable et 7. Ehéjéh ("je suis") 353. On dit que cette Séphira renferme en elle les neuf Séphiroth, mais avant d'exposer comment elle les émana, lisons une explication des Séphiroth donnée dans le Talmud qui la représente comme une tradition archaïque, ou Cabale.

353 Cela identifie Séphira, la troisième puissance, avec Jéhovah le Seigneur, qui, dans le buisson ardent dit à Moïse : "Je suis (Ici)" (Exode, III, 4). A ce moment le "Seigneur" n'était pas encore devenu Jéhovah. Ce n'était pas l'unique Dieu Mâle qui parlait, mais les Elohim manifestés ou les Séphiroth dans leur collectivité manifestée de sept, contenus dans la triple Séphira.

 

Il y a trois groupes (ou ordres) de Séphiroth : 1. les Séphiroth appelés "attributs divins" (la Triade dans le Quaternaire Sacré) ; 2. les Séphiroth sidéraux (personnels) ; 3. les Séphiroth métaphysiques, ou périphrases de Jéhovah, qui sont les trois premières Séphiroth (Kéther, Chokmah et Binah), le reste des sept constituant les "Sept Esprits personnels de Présence" (et, par suite, des planètes aussi). Lorsqu'on parle de celles-ci, c'est aux anges que l'on fait allusion, non pas parce qu'ils sont sept, mais parce qu'ils représentent les sept Séphiroth qui renferment en eux l'universalité des Anges.

Cela prouve : que lorsque les quatre premières Séphiroth sont séparées, comme Triade-Quaternaire – Séphira en étant la synthèse – il ne reste que sept Séphiroth, de même qu'il y a sept Richis ; ils deviennent dix lorsque le Quaternaire, ou le premier Cube divin, est dispersé en unités et qu'alors [V 204] que Jéhovah eût pu être considéré comme la Divinité, si on l'avait englobé dans les trois groupes ou ordres divins des Séphiroth, les Elohim collectifs ou le Quaternaire indivisible Kéther, dès qu'il devient un Dieu mâle, il n'est plus qu'un des Constructeurs du groupe inférieur – un Brahmâ juif 354.

Essayons de le démontrer ici.

La première Séphira, renfermant les neuf autres, les émana  dans l'ordre suivant : (2) Hokmah (Chokmah, ou Sagesse), puissance masculine active représentée parmi les noms divins comme Jah et, en tant que permutation ou évolution sous des formes inférieures, dans ce cas – devenant l'Auphanim (ou les Roues – rotation cosmique de la matière) dans l'armée ou dans les légions angéliques. De cette Chokmah émana une puissance féminine passive appelée (3) Intelligence, Binah, dont le nom divin est Jéhovah et dont le nom angélique, parmi les Constructeurs et les Légions, est Arélim 355. C'est de l'union de ces deux puissances, mâle et femelle (ou Chokmah et Binah) qu'émanèrent toutes les autres Séphiroth, les sept ordres de Constructeurs. Or, si nous donnons à Jéhovah son nom divin, il n'est plus désormais qu'une puissance "femelle et passive" dans le Chaos et si nous le considérons comme un Dieu mâle, il n'est plus qu'une unité parmi tant d'autres, un Ange, Arélim. Si nous poussons cette analyse jusqu'à ses dernières limites et si nous lui donnons son nom mâle de Jah, le nom de Sagesse, il n'est toujours pas Le "Très-Haut et l'unique Dieu Vivant" attendu qu'il est contenu avec beaucoup d'autres dans Séphira, et Séphira elle-même est une troisième puissance en Occultisme, bien qu'elle soit considérée comme la première dans la Cabaleexotérique – et qu'elle est en outre une puissance de moindre importance que l'Aditi Védique ou Eau Primordiale de l'Espace, qui devient, après de nombreuses permutations, la Lumière Astrale du Cabaliste.

354 Les Brahmanes furent sages dans leur génération, lorsque, sans autre raison que celle-ci, ils abandonnèrent graduellement Brahmâ et firent moins attention à lui, individuellement, qu'à toute autre divinité. En tant que synthèse abstraite, ils l'adoraient collectivement et dans chacun des Dieux qui, tous, le représentaient. En tant que Brahmâ le mâle, il est bien au-dessous de Shiva, le Lingam, qui personnifie la génération universelle, ou de Vishnou, le Conservateur – Shiva et Vishnou étant tous deux les régénérateurs de la vie après la destruction. Les Chrétiens feraient mieux de suivre leur exemple et d'adorer Dieu dans l'Esprit et non dans le Créateur mâle.

355 Mot pluriel signifiant, génériquement ; une légion collective ; littéralement : le "puissant lion".

 

On établit ainsi que la Cabale, telle que nous la possédons maintenant, a la plus grande importance, en ce qu'elle explique les allégories et les "paroles obscures" de la Bible. Néanmoins, en tant qu'ouvrage Esotérique traitant des mystères [V 205] de la création, elle est presque sans valeur, défigurée comme elle l'est aujourd'hui, à moins qu'on ne la vérifie à l'aide du Livre des Nombres chaldéen, ou à l'aide des dogmes de la Science Orientale Secrète, ou Sagesse Esotérique. Les nations Occidentales ne possèdent ni la Cabaleoriginale, ni, jusqu'à présent, la Biblemosaïque.

Il résulte enfin, tant par les preuves internes que par les preuves externes, sur la foi des meilleurs Hébraïsants Européens et d'après les aveux des savants Rabbins Juifs eux-mêmes, "qu'un ancien document constitue la base essentielle de la Bible, dans laquelle on a introduit des insertions et des suppléments très considérables" et que "le Pentateuque" a été tiré du document primitif ou plus ancien, à l'aide d'un document supplémentaire. Aussi, en l'absence du Livre des Nombres 356, les Cabalistes de l'Occident n'ont le droit d'en arriver à des conclusions précises que lorsqu'ils possèdent au moins quelques données tirées de cet "ancien document" – données que l'on découvre aujourd'hui disséminées dans les papyrus égyptiens, sur les briques assyriennes et dans  les traditions conservées par les descendants des disciples des derniers Nazars. Au lieu de cela, la plupart d'entre eux acceptent comme autorité et comme guide infaillible Fabre d'Olivet – qui fut un homme d'une immense érudition et doué d'une imagination spéculative, mais qui ne fut ni un Cabaliste, ni un Occultiste, Occidental ou Oriental – et le Franc-Maçon Ragon, le plus grand des "Fils de la Veuve", qui était encore moins Orientaliste que d'Olivet, car la connaissance du sanscrit était presque inconnue à l'époque où vivaient ces deux éminents érudits.

 356 L'auteur ne possède que quelques extraits, une douzaine de pages en tout, tirés mot à mot de cet inappréciable ouvrage, dont il n'existe plus, peut-être, que deux ou trois exemplaires.

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