MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

LA DOCTRINE SECRETE VOL 6

La Pratique de la Concentration est-elle bienfaisante ?

La Pratique de la Concentration est-elle bienfaisante ?

 

Tel est le sens d'une autre question souvent posée. Je réponds : Une réelle concentration ou méditation, consciente et prudente, faite sur le moi inférieur de chacun, à la lumière de l'homme interne divin et  des Pâramitâs, est une excellente chose. Mais "s'installer pour pratiquer le Yoga", alors qu'on possède seulement une connaissance superficielle et souvent inexacte de la pratique réelle, c'est presque invariablement fatal ; neuf fois sur dix l'étudiant développera en lui-même [VI 196] les facultés de médiumnité, ou bien il perdra son temps et se dégoûtera de la pratique comme de la théorie. Avant de se lancer dans des expériences dangereuses, comme de chercher à aller plus loin qu'un examen minutieux de son moi inférieur et de sa manière de se comporter dans la vie, ou ce que nous appelons dans notre langage "l'Examen Quotidien du Chéla", il ferait bien d'apprendre, au moins, la différence entre les deux aspects de la  "Magie", la Magie Blanche ou Divine, et la Magie Noire ou Diabolique, et de bien s'assurer qu'en "s'installant pour pratiquer le Yoga", sans expérience comme sans guide pour lui indiquer les dangers, il ne franchit pas journellement et à toute heure les limites du Divin pour tomber dans le Satanique. Cependant, il existe un moyen très facile d'apprendre quelle est cette différence ; on n'a qu'à se rappeler que pas une vérité Esotérique ne sera jamais livrée entièrement dévoilée dans un ouvrage destiné an public, dans un livre ou dans une revue périodique.

Je recommande aux étudiants de se reporter au Theosophist de novembre 1887. A la page 98, ils trouveront le commencement d'un excellent article de M. Râma Prasâd sur les  "Forces  Subtiles  de  la Nature" 263. La valeur de cet ouvrage ne réside pas tant dans son mérite littéraire, bien qu'il ait valu à son auteur la médaille d'or du Theosophist – que dans l'exposé qu'il fait de dogmes jusqu'alors cachés dans un rare et antique ouvrage sanscrit sur l'Occultisme. Mais M. Râma Prasâd n'est pas un Occultiste ; ce n'est qu'un érudit en Sanscrit, un diplômé de l'université, et un homme d'une remarquable intelligence. Ses essais sont presque entièrement basés sur des ouvrages Tantriques qui, lus sans discernement par un apprenti Occultiste, conduiraient à la pratique de la Magie Noire la plus caractérisée. Or, comme la principale différence qui distingue la Magie Noire de la Magie Blanche réside dans les motifs qui président à son emploi pratique, et que la différence d'importance secondaire dépend de la nature des agents employés en vue de produire des résultats [VI 197] phénoménaux, la ligne de démarcation qui les sépare est très – très mince. Le danger est amoindri simplement parce que tout livre qualifié d'Occulte ne l'est que dans un certain sens, c'est-à-dire que le texte est Occulte uniquement parce que le sens en est voilé. Avant que le lecteur  puisse saisir la signification correcte de l'enseignement, il lui faut d'abord en comprendre complètement le symbolisme. En outre, les diverses parties de cet ouvrage incomplet portent chacune un titre différent et contiennent chacune une partie d'un autre ouvrage, de sorte que, si l'on n'en possède pas la clef, on ne peut y trouver la vérité tout entière. Le fameux Shivâgama lui-même, qui sert de base à "Naturels Finer Force", "ne se trouve nulle part sous une forme complète", comme nous le dit l'auteur. Ainsi, comme tous les autres, il ne mentionne que cinq Tattvas, au lieu des sept de l'enseignement Esotérique.

263 Les allusions qui sont faites plus loin aux "Forces Subtiles de la Nature", ont trait aux huit articles qui ont paru dans le Theosophist [1887-8] et non pas aux quinze essais et à la traduction d'un chapitre du Shivâgama qui sont contenus dans le livre intitulé Nature's Finer Forces. Le Shivâgama est purement Tantrique dans ses détails, et l'application pratique de ces préceptes ne peut que faire du mal. Je dissuaderais fortement tout étudiant d'essayer une de ces pratiques de la Hatha Yoga, car il se perdrait entièrement, ou bien reculerait tellement qu'il lui serait presque impossible de regagner le terrain perdu durant cette incarnation. La traduction dont il est question a été considérablement expurgée et même, maintenant, elle n'est guère susceptible d'être publiée. Elle recommande la Magie Noire de la pire espèce et c'est le contraire même de la Râja Yoga spirituelle. Prenez garde, je le répète.

 

Et comment peut-il en être ainsi puisque les Tattvas ne sont que le substratum des sept forces de la Nature ? Il existe sept formes de Prakriti, comme nous l'enseignent la Sânkhya, la Vishnou Pourâna de Kapila et d'autres ouvrages. Prakriti, c'est la Nature, la Matière (primordiale et élémentale) ; la logique exige donc que les Tattvas soient aussi au nombre de sept. En effet, que les Tattvas signifient "forces de la nature", comme l'enseigne l'Occultisme, ou, comme l'explique l'érudit Râma Prasâd, "la substance au moyen de laquelle l'univers est formé", et "le pouvoir par lequel il est maintenu", c'est tout un ; ce sont des Forces, Purusha, et de la Matière, Prakriti. Et si les formes, ou plutôt les plans, de Prakriti sont au nombre de sept, il en résulte que ses forces doivent être au nombre de sept aussi. En d'autres termes, les degrés de solidité de la matière, et les degrés du pouvoir qui l'anime, doivent marcher de pair.

"L'Univers est un produit du Tattva, il est soutenu par le Tattva et il disparaît dans le Tattva." 264 dit Shiva, suivant la citation tirée du Shivâgama qui se trouve dans "Nature's Finer Forces". Cela résout la question : si Prakriti est septénaire, les Tattvas doivent être au nombre de sept, attendu qu'ils sont à la fois, comme nous l'avons dit, Substance et Force, ou la Matière atomique et l'Esprit qui l'anime.

264 ["L'Univers sortit du Tattva (ou des Tattvas) ; Il continue par l'intermédiaire des Tattvas ; par les Tattvas est connue la nature de l'Univers." Nature's Finer Forces, p. 186, 3ème édit.]

 

Nous donnons ici ces explications, pour permettre à l'étudiant de lire entre les lignes des articles, prétendus Occultes, de la Philosophie Sanscrite, lesquels, sans cela, pourraient les [VI 198] induire en erreur. La doctrine des sept Tattvas (les principes de l'Univers et aussi de l'homme) était considérée comme très sacrée et, par suite, était tenue secrète, dans le temps jadis, par les Brahmanes, qui ont aujourd'hui presque complètement oublié cet enseignement. Cette doctrine est pourtant enseignée jusqu'à présent dans les Ecoles qui se trouvent au-delà de la chaîne des Himalayas, bien que l'on s'en souvienne et que l'on en parle à peine aux Indes, sauf en ce qui concerne de rares Initiés. Cet état de choses a pourtant graduellement changé ; on commença à enseigner les grandes lignes de cette doctrine à des Chélas et, lors de l'avènement de la S.T. aux Indes, en 1879, je reçus l'ordre de l'enseigner à une ou deux personnes, sous sa forme exotérique. Maintenant, je la confie Esotériquement.

Sachant que certains étudiants cherchent à suivre un système de Yoga de leur façon, en n'ayant pour les guider que les rares allusions qu'ils découvrent dans des livres et les revues Théosophiques, allusions naturellement incomplètes, j'ai choisi un des meilleurs exposés des anciens ouvrages occultes, Nature's Finer Forces, pour leur montrer avec quelle facilité on pourrait être égaré par leurs explications voilées à dessein.

 L'auteur lui-même semble s'être laissé égarer. Les Tantras, si on les lit Esotériquement, renferment autant de sagesse que les plus nobles ouvrages Occultes. Etudiés sans guide et mis en pratique, ils peuvent conduire à la production de divers résultats phénoménaux, sur le plan moral et le plan physiologique. Mais que quelqu'un en accepte à la lettre les règles et les pratiques, qu'il tente d'accomplir les rites qui y sont prescrits, dans un but égoïste et – il est perdu. Mis en pratique par une personne au cœur pur, au dévouement altruiste, dans le seul but de faire des expériences, ils ne donneront aucun résultat, ou bien ceux qu'ils donneront ne pourront que faire rétrograder cette personne. Malheur, par exemple, à l'homme égoïste qui ne cherche à développer des facultés Occultes que pour acquérir des bénéfices terrestres, pour se venger, ou encore satisfaire son ambition ; la séparation des Principes Supérieurs des Inférieurs, et la séparation de Bouddhi-Manas de la personnalité du Tantriste en seront la rapide conséquence. C'est le terrible résultat karmique qui attend la personne qui se mêle imprudemment de Magie.

En Orient, aux Indes et en Chine, les hommes et les femmes sans âme se rencontrent aussi fréquemment qu'en Occident, bien qu'en vérité le vice y soit moins développé qu'ici.

C'est la Magie Noire et l'oubli de la sagesse de leurs [VI 199] ancêtres qui les ont amenés là, mais je parlerai de cela plus tard. Pour le moment, je me borne à ajouter : il fallait vous avertir et vous faire connaître le danger.

En attendant, il faut étudier avec soin, en vue de ce qui vient après, la véritable division Occulte des Principes et leurs correspondances avec les Tattvas et autres forces inférieures.

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