MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

LA DOCTRINE SECRETE VOL 2

SECTION XII - LA THEOGONIE DES DIEUX CREATEURS

SECTION XII

LA THEOGONIE DES DIEUX CREATEURS

 

Pour bien comprendre l'idée qui se cache sous toutes les Cosmologies anciennes, il est nécessaire d'étudier et d'analyser comparativement toutes les grandes religions de l'antiquité, car ce n'est que par cette méthode que l'idée mère peut être mise en évidence. La Science exacte, si elle pouvait s'élever à une telle hauteur en remontant à la source première et originale des opérations de la Nature, appellerait cette idée la hiérarchie des Forces. La conception originale, transcendante et philosophique, était une. Mais comme, au cours des âges, les systèmes commencèrent à refléter de plus en plus les idiosyncrasies des nations et comme celles-ci, après s'être séparées se formèrent en groupes distincts, dont chacun évoluait suivant la direction particulière de sa nation ou de sa tribu, le développement excessif de l'imagination humaine jeta graduellement un voile sur l'idée principale. Tandis que dans quelques pays les FORCES, ou plutôt les Pouvoirs intelligents de la Nature, reçurent des honneurs divins qu'ils ne méritaient guère, dans d'autres – comme de nos jours en Europe et dans les autres pays civilisés – l'idée seule que ces Forces soient douées d'intelligence paraît absurde et on la déclare antiscientifique. On se sent par conséquent soulagé par les données que l'on trouve dans l'Introduction à Asgard and the Gods, "Tales and Traditions of our Northern Ancestors", publié par W.

  1. W. Anson, où il est dit :

Bien que dans l'Asie centrale, sur les bords de l'Indus, dans le pays des Pyramides, dans les péninsules grecque et italienne et même dans le Nord, où errèrent les Celtes, les Teutons et les Slaves, les conceptions religieuses des peuples aient revêtu des formes différentes, leur origine commune est pourtant encore reconnaissable. Nous appelons l'attention sur le rapport qu'il y a entre les histoires des dieux, la pensée profonde qu'elles renferment et leur importance, afin que le lecteur puisse voir que ce n'est pas un monde magique dû à une imagination  vagabonde qui s'ouvre devant lui, mais que... la Vie et la Nature ont constitué la base de l'existence et de l'action de ces divinités 279.

Bien qu'il soit impossible pour un Occultiste, ou pour un [II 153] étudiant de l'Esotérisme Oriental, d'accepter l'étrange idée que "les conceptions religieuses des nations les plus fameuses de l'antiquité sont en relations avec les débuts de la civilisation parmi les races Germaniques" 280, il n'en est pas moins content de voir exprimer des vérités comme celles-ci : "Ces contes de fées ne sont pas des histoires sans signification, écrites pour amuser les oisifs ; elles renferment en elles la religion profonde de nos ancêtres" 281.

Précisément. Non seulement leur Religion, mais aussi leur Histoire, car un mythe, en Grec µυ̃θος, signifie tradition orale, transmise de bouche en bouche d'une génération à l'autre. Et, même d'après son étymologie moderne, ce mot veut dire une déclaration fabuleuse exprimant une vérité importante, l'histoire de quelque personnage extraordinaire, à la biographie duquel l'imagination populaire a donné un développement excessif, grâce à la vénération d'une série de générations, mais qui n'est pas entièrement une fable. Tout comme nos ancêtres, les Aryens primitifs, nous croyons fermement à la personnalité et à l'intelligence de plus d'une des Forces qui produisent des phénomènes dans la Nature.

Avec le temps, l'enseignement archaïque devint moins clair ; les nations perdirent plus ou moins de vue le Principe supérieur et unique de toutes choses et commencèrent à transférer les attributs abstraits de la "cause sans cause" aux effets produits, qui devinrent à leur tour causatifs, c'est-à-dire aux Pouvoirs créateurs de l'Univers. Les grandes nations agirent ainsi dans la crainte de profaner l'IDEE ; les plus petites le firent, soit parce qu'elles ne la comprirent pas, soit faute de posséder le degré de conception philosophique indispensable pour la conserver dans toute sa pureté immaculée. Mais toutes, à l'exception des derniers Aryens, devenus aujourd'hui Européens et Chrétiens, témoignèrent de cette vénération dans leurs Cosmogonies. Comme le montre Thomas Taylor 282, celui de tous les traducteurs des fragments grecs qui possède le plus d'intuition, aucune nation  n'a  jamais  considéré  le  Principe  Unique  comme  étant  le  créateur immédiat  de  l'Univers  visible,  car  aucun  homme  sensé  ne  s'imaginerait qu'un  dessinateur  ou  un  architecte  ait  construit  de  ses  propres  mains l'édifice  qu'il  admire.  D'après  le  témoignage  de  Damascius  dans  son ouvrage  intitulé  Des  premiers  Principes  (Περὶ  Πρώτων  ̉Αρχω̃ν),  ils  en parlaient comme des "TENEBRES Inconnues". Les Babyloniens passaient ce principe sous silence.  "A ce Dieu-là, dit Porphyre dans son traité Sur l'Abstinence (Περὶ α̉ποχη̃ς τω̃ν ε̉µψὺχω̃ν) 283, qui est au-dessus [II 154] de toutes choses, on ne doit adresser ni des paroles articulées, ni des pensées internes." Hésiode commence sa Théogonie par ces mots : "Le Chaos fut produit  avant  toutes  choses" 284,  permettant  ainsi  d'en  conclure  que  sa Cause  ou  Celui  qui  l'avait  créé  devait  être  respectueusement  passé  sous silence.  Homère,  dans  ses  poèmes,  ne  s'élève  pas  plus  haut  que  la  Nuit, qu'il  représente  comme  étant  respectée  par   Jupiter.   D'après   tous  les théologiens anciens et les doctrines de Pythagore et de Platon, Jupiter ou l'Artisan immédiat de l'Univers, n'est pas le Dieu très haut, pas plus que Sir Christopher Wren n'est, sous son aspect physique et humain, le MENTAL en lui qui produisit ses grandes œuvres d'art. Aussi Homère observe-t-il le silence, non seulement en ce qui concerne le premier Principe, mais aussi en ce qui concerne les deux Principes qui viennent immédiatement après le Premier,  l'Æther  et  le  Chaos  d'Orphée  et  d'Hésiode,  le  Fini  et  l'Infini  de Pythagore et de Platon 285. Proclus dit, en parlant du Principe le plus élevé, que  c'est  "l'Unité  des  Unités  qui  est  au-delà  du  premier  Adyta...  plus ineffable que tout Silence, plus occulte que toute Essence... cachée parmi les Dieux intelligibles" 286.

279 Page 3.

280 Ibid, p. 2.

281 Ibid., p. 21.

282 Voir le Monthly Magazine d'avril 1797.

283 [Concernant l'abstinence de choses vivantes.]

284 ̉Ή τοι πρώτιστα χάοςγέηετ ̉(I. 166) ; γένετο étant considéré dans l'antiquité comme voulant dire "fut généré" et non pas tout simplement "fût". (Voir "Introduction to the Parmenides of Plato", de Taylor, p. 260.)

285 C'est la confusion entre le "Fini" et "l'Infini" que Kapila couvre de sarcasmes dans ses discussions avec les Yogis Brahmanes qui prétendent voir le "Très Haut" dans leurs visions mystiques.

286 Ibid.

 

Nous pourrions ajouter quelque chose à ce qu'écrivait Thomas Taylor en 1797, notamment que "les Juifs ne semblent pas s'être élevés plus haut que... l'Artisan immédiat de l'Univers, car Moïse parle des ténèbres qui recouvraient  l'Abîme, sans même insinuer que leur Existence eût une cause 287. Jamais dans leur Bible – ouvrage purement ésotérique et symbolique – les Juifs n'ont dégradé leur divinité métaphorique autant que l'ont fait les Chrétiens en acceptant Jéhovah comme leur Dieu vivant, unique et pourtant personnel.

Ce Premier, ou plutôt cet UNIQUE Principe, était appelé le "Cercle du Ciel", symbolisé par un hiérogramme représentant un Point dans un Cercle ou dans un Triangle Equilatéral, Point qui était le LOGOS. Ainsi dans le Rig Véda, où Brahmâ n'est même pas nommé, la Cosmogonie commence par l'Hiranyagarbha, "l'Œuf d'or" et par Prajâpati (plus [II 155] tard Brahmâ) de qui émanent toutes les Hiérarchies de "Créateurs".  La Monade, ou le Point, est l'origine en même temps que l'Unité d'où découle le système numérique tout entier. Ce Point est la Cause Première, mais CELA d'où il émane, ou plutôt dont il est l'expression, le Logos est passé sous silence. A son tour le symbole universel, le Point dans le cercle, n'était pas encore l'Architecte, mais la Cause de cet Architecte et le rapport qu'il y avait entre ce dernier et le Point était exactement le même que celui qui existait entre ce Point lui-même et la circonférence du Cercle, rapport qui, selon Hermès Trismégiste, ne peut pas être défini. Porphyre montre que la Monade et la Duade de Pythagore sont identiques à l'Infini et au Fini de Platon dans Philebus, où à ce que Platon appelle l'ά̉πειρον [sans limite] et le πέρας [limité]. C'est la Duade, seule, la Mère qui est substantielle, la Monade étant la "cause de toute unité et la mesure de toutes choses" 288 ; la Duade, Mūlaprakriti, le VOILE [de Parabrahman], est ainsi représentée comme étant en même temps la Mère du Logos et sa fille

– c'est-à-dire l'objet de sa perception – le produit producteur et sa cause secondaire. D'après Pythagore, la MONADE rentre dans le Silence et les Ténèbres, aussitôt qu'elle a évolué la Triade, dont émanent les  sept derniers des dix nombres qui servent de base à l'Univers Manifesté.

Dans la Cosmogonie Scandinave il en est encore de même.

Au commencement il y avait un grand Abîme [le Chaos], ni le jour ni la nuit n'existaient ; l'abîme était Ginnungagap, le gouffre béant, sans commencement ni fin. Le Père de tout, le Non-Créé, l'invisible, demeurait dans les profondeurs de l'abîme [l'Espace] il exprima sa volonté et tout ce qu'il voulut prit naissance 289.

Comme dans la Cosmogonie Hindoue, l'évolution de l'Univers est divisée en deux actes, qui sont appelés, dans l'Inde, la création Prâkrita et la création Padma. Avant que les chauds rayons émanant de la "Source de Lumière" n'eussent fait naître la vie dans les Grandes Eaux de l'Espace, les Eléments de la Première Création se montrèrent, et c'est d'eux que fut formé le Géant Ymir, ou Orgelmir (littéralement l'argile brûlant), la matière primordiale différenciée du Chaos. Puis vient la vache  Audumla, la Nourrice290, de qui est né Bouri, le producteur, dont le fils Bôr (Born) eut de Bestla, fille des Géants du Gel (les fils d'Ymir) trois fils, Odin, Willi et We, ou "l'Esprit", la "Volonté" et la "Sainteté" 291. [II 156] Cela eut lieu lorsque les Ténèbres régnaient encore à travers l'Espace, lorsque les Ases, les Pouvoirs créateurs ou Dhyân-Chohans, n'étaient pas encore évolués, qu'Yggdrasil, l'arbre de l'Univers, du Temps et de la Vie, n'avait  pas encore poussé et qu'il n'y avait pas encore de Walhalla ou Séjour des Héros. Les légendes scandinaves de la Création de notre Terre et de notre Monde commencent par le Temps et la Vie humaine. Tout ce qui les précède est pour elles les "Ténèbres" où habite le Père de tout, la Cause de tout. Comme l'a fait remarquer l'éditeur d'Asgard and the Gods bien que ces légendes renferment en elles l'idée de ce PERE DE TOUT, de la cause originale de tout, "il est à peine mentionné dans les poèmes", non pas, comme il le pense, parce qu'avant que l'Evangile ne fût prêché, l'idée "ne pouvait pas s'élever jusqu'à une claire conception de l'Eternel", mais à cause de son caractère profondément ésotérique. C'est pourquoi tous les Dieux créateurs, ou Divinités personnelles n'apparaissent qu'à la phase secondaire de l'Evolution Cosmique. Zeus est né dans Cronos et de Cronos – le Temps. De même Brahma est le produit de l'émanation de Kâla "l'éternité et le temps", qui est l'un des noms de Vishnou. Pour la même raison nous trouvons Odin, le Père des Dieux et des Ases, comme Brahma est le Père des Dieux et des Asouras et nous constatons aussi le caractère androgyne de tous les principaux Dieux créateurs, depuis la seconde MONADE des Grecs, jusqu'à la Sephira Adam Kadmon, jusqu'au Brahma ou Prajâpati-Vâch des Védas et jusqu'à l'androgyne de Platon qui n'est qu'une autre version du symbole Indien.

287 Voir l'article de T. Taylor dans son Monthly Magazine cité dans le Platonist de février 1887, édité par T.M. Johnson M.S.,T., Osceola, Missouri.

288 Vit. Pythag., p. 47.

  289 Asgard and the Gods, p. 22.

290 Vâch, "la vache mélodieuse de qui l'on trait la nourriture et l'eau" et qui nous offre "nourriture et soutien", comme on le décrit dans le Rig Véda.

291 Comparez La Genèse des Races Primordiales dans le présent ouvrage.

 

La meilleure définition métaphysique de la Théogonie primitive, d'après les idées des Védantins, se trouve dans les "Notes sur la Bhagavad Gîtâ" de T. Subba Row. Parabrahman, l'Inconnu et l'inconnaissable, comme le dit le conférencier à ses auditeurs :

... n'est même pas Atmâ... il n'est pas Ego et n'est pas Non-Ego, pas plus qu'il n'est la conscience... mais bien que n'étant pas lui-même un objet susceptible d'être connu, il n'en est pas moins capable de soutenir et de donner naissance à toutes sortes d'objets et de sortes d'existences qui deviennent objets de connaissance... [C'est] l'unique essence où prend naissance un centre d'énergie... [qu'il appelle le Logos] 292.

Ce Logos est le Shabda Brahman des Hindous qu'il ne veut même pas appeler Ishvara (le "seigneur" Dieu), de peur que ce terme ne crée une confusion dans l'esprit du public. C'est l'Avalokitésvara des  Bouddhistes, le Verbe des Chrétiens, [II 157] dans sa signification vraiment ésotérique et non pas tel qu'il est défiguré par la théologie.

C'est le premier Jñata, ou l'Ego dans le Cosmos et tout autre Ego... n'est que sa réflexion ou manifestation... il existe à l'état latent dans le sein de Parabrahman à l'époque du pralaya... [Pendant le Manvantara] il a une conscience et une individualité qui lui sont propres... [Il est un centre d'énergie, mais] de pareils centres d'énergie sont presque innombrables dans le sein de Parabrahman. Il ne faut pas supposer que [même] ce Logos soit [le Créateur ou qu'il ne soit] qu'un unique centre d'énergie... Leur nombre est presque infini... [C]'est le premier Ego qui apparaît dans le Cosmos et [C'est la fin de toute évolution]. [C'est, l'Ego abstrait]... C'est la première manifestation [ou aspect] de Parabrahman... Dès que cet Ego commence son existence d'Etre conscient... à son point de vue objectif, Parabrahman lui apparaît comme Moûlaprakriti. Je vous prie de vous rappeler ceci... car c'est là l'origine de toutes les difficultés, au sujet de Purusha et de Prakriti, qu'ont éprouvées les différents auteurs qui ont traité de la philosophie Védantine... Cette Moûlaprakriti est matérielle pour lui [le Logos],  de même qu'un objet matériel l'est pour nous. Cette Moûlaprakriti n'est pas plus Parabrahman, que la collection d'attributs accrochés à un pilier n'est ce pilier lui-même ; Parabrahman est une réalité non conditionnée et absolue et Moûlaprakriti est une sorte de voile jeté dessus. Parabrahman, par lui-même, ne peut être vu comme il est. Il est vu par le Logos avec un voile jeté sur lui et ce voile est la puissante extension de la matière cosmique... Parabrahman après être apparu, d'un côté comme l'Ego et de l'autre comme Moûlaprakriti, agit par l'entremise du Logos comme l'unique énergie 293.

292 The Theosophist, février 1887, pp. 302-3.

 293 Ibid, pp. 303-4.

 

Le conférencier explique, au moyen d'une belle comparaison, ce qu'il veut dire en parlant de l'activité de Quelque Chose qui n'est Rien tout en étant TOUT. Il compare le Logos au Soleil par qui irradient la lumière et la chaleur, mais dont énergie, lumière et chaleur existent dans l'Espace sous une forme inconnue et ne sont diffusées dans l'Espace que sous forme de lumière et de chaleur visibles, le Soleil n'étant, lui, que l'agent de cette énergie. C'est la première hypostase triadique. Le quaternaire est constitué par la lumière donnant de l'énergie qu'exhale le Logos.

Les Cabalistes hébreux le formulèrent d'une façon qui est ésotériquement identique à celle des Védantins. Ils enseignèrent qu'AÏN- SOPH ne pouvait pas être compris, qu'il ne pouvait être ni localisé, ni nommé, bien qu'il fût la Cause sans Cause de tout. De là vient son nom d'Aïn-Soph qui est un terme de négation, "l'inscrutable, l'inconnaissable et l'innommable". Ils en firent donc un Cercle Sans Fin, une [II 158] Sphère, dont l'intelligence humaine dans un effort extrême ne pouvait apercevoir que l'arrondi. Pour nous servir des termes qu'emploie quelqu'un qui a complètement déchiffré beaucoup de difficultés dans le système cabalistique, en parlant d'une de ses significations, de son ésotérisme géométrique et numérique :

 Fermez les yeux et en vous servant de votre propre faculté de perception consciente essayez de projeter votre pensée au dehors jusqu'aux limites les plus extrêmes, dans toutes les directions. Vous découvrirez que des lignes égales, ou des rayons de perception égaux, s'étendent avec régularité dans toutes les directions, de sorte que l'effort suprême de la perception aura pour résultat la formation de la courbe d'une sphère. La limite de cette sphère sera, nécessairement, un grand cercle et des rayons directs de la pensée dans toutes les directions devront être les rayons en ligne droite du cercle. Ce doit donc être, au point de vue humain, l'extrême limite de la conception, embrassant, tout entier, l'Aïn-Soph manifesté, qui se formule comme une  figure géométrique, c'est-à-dire d'un cercle, avec ses éléments constitués par une circonférence courbe et un  diamètre en droite ligne divisé en rayons. Il en résulte qu'une forme géométrique est le premier moyen reconnaissable d'établir un rapport entre Aïn-Soph et l'intelligence de l'homme 294.

294 The Masonic Review, juin 1886.

 

Ce Grand Cercle, que l'Esotérisme Oriental réduit au Point dans le Cercle Infini, est l'Avalokitésvara, le Logos ou Verbe dont parle T. Subba Row. Mais ce cercle, ou ce Dieu manifesté, nous est aussi inconnu, sauf par son Univers manifesté, que l'est l'UNIQUE, bien qu'il soit pour nous plus facile ou plutôt plus possible de le concevoir. Ce Logos qui sommeille dans le sein de Parabrahman pendant le Pralaya, comme notre "Ego est latent [en nous] au moment du Soushoupti" ou sommeil, qui ne peut concevoir Parabrahman que sous forme de Mūlaprakriti – qui est un Voile Cosmique formé par "la puissante expansion de la matière cosmique" – n'est donc qu'un organe de la Création cosmique au travers duquel rayonnent l'Energie et la Sagesse du Parabrahman inconnu au Logos comme il l'est à nous-mêmes. De plus, comme le Logos nous est aussi inconnu que Parabrahman l'est en réalité pour Lui, l'Esotérisme Oriental et la Cabale, pour amener le Logos dans les limites de nos conceptions, ont réduit la synthèse abstraite en images concrètes, représentées par les réflexions  ou  aspects  multipliés  de  ce  Logos,  Avalokitésvara, Brahma, Ormazd, Osiris, Adam Kadmon ou tout autre nom qu'il vous plaira – aspects ou émanations manvantariques qui sont les Dhyan-Chohans, les Elohim, les Dévas, les Amshaspends, etc. Les métaphysiciens [II 159] expliquent, d'après T. Subba Row, la racine et le germe de ces derniers comme étant la première manifestation de Parabrahman, "la trinité la plus élevée que nous puissions comprendre", qui est Mūlaprakriti (le Voile), le Logos et l'énergie consciente "de ce dernier", ou son pouvoir et sa lumière (qui sont appelés dans la Bhagavad GîtâDaiviprakriti) ou "la matière, la force et l'Ego, la racine unique du Moi dont tout autre moi n'est qu'une manifestation ou une réflexion". Ce n'est donc que dans cette Lumière (de conscience), de perception mentale et physique, que l'Occultisme pratique peut rendre le Logos visible par des formes géométriques qui, lorsqu'elles sont étudiées de très près, non seulement donnent une explication scientifique de l'existence réelle et objective 295 des "Sept Fils de la Divine Sophia" qui est cette Lumière du Logos, mais encore montrent, à l'aide de clefs qui ne sont pas encore découvertes, qu'en ce qui concerne l'Humanité, ces "Sept Fils" et leurs innombrables émanations, centres d'énergie personnifiés, sont une nécessité absolue. Ecartez-les et le mystère de l'Etre et de l'Humanité ne sera jamais découvert et on ne s'en approchera même pas très près.

C'est par cette Lumière que tout est créé. Cette RACINE du  Soi mental est aussi la racine du Soi physique, car cette Lumière est la transformation, dans notre monde manifesté, de Moûlaprakriti, appelé Aditi dans les Védas. Sous son troisième aspect elle devient Vâch 296, la Fille et la Mère du Logos, comme Isis est la Fille et la Mère d'Osiris, qui est Horus, et Mont, la Fille, Epouse et Mère d'Ammon, dans le Glyphe Lunaire égyptien. Dans la Cabale, Séphira est la même que Shékinah et elle est, suivant une autre synthèse, l'Epouse, la Fille et la Mère de l'Homme Céleste, Adam Kadmon et lui est même identique, tout comme Vâch est identique à Brahmâ et est appelée le Logos féminin. Dans le Rig Véda, Vâch est le "langage parole mystique" au moyen duquel la Connaissance Occulte et la Sagesse sont communiquées à l'homme et c'est pour cela que l'on dit que Vâch est "entrée dans les Richis". Elle est "générée par les Dieux" ; elle est la Vâch divine, la "Reine des Dieux" et elle est associée aux Prajâpatis dans leur œuvre de création, comme Séphira l'est avec les Séphiroth. Elle est, de plus, nommée la "Mère des Védas", "puisque c'est grâce à sa puissance [comme langage mystique] que Brahmâ les a révélées et que c'est aussi grâce à son pouvoir qu'il produisit l'Univers", c'est-à-dire [II 160] par la Parole, par des MOTS synthétisés par le "VERBE"et par des nombres 297.

295 Objective – dans le monde de Mayâ cela va sans dire ; mais aussi réelle que nous le sommes.

296 Au cours de la manifestation cosmique, cette Daiviprakriti, au lieu d'être la mère du Logos, devrait, à strictement parler, être appelée [sa] Fille." (The Theosophist, février 1887", Notes on the Bhagavad Gîtâ, op. cit., p. 305.)

297 Les sages qui, comme Stanley Jevons, parmi les modernes, inventèrent un moyen pour faire assumer une forme tangible à l'incompréhensible, n'ont pu le faire qu'en se servant de nombres et de figures géométriques.

 

 

Mais lorsque l'on parle aussi de Vâch comme de la fille de Daksha "le dieu qui vit dans tous les Kalpas", cela montre son caractère mâyâvique ; elle disparaît pendant le pralaya, absorbée dans l'unique Rayon qui dévore tout.

L'Esotérisme universel présente deux aspects distincts, celui de l'Orient et celui de l'Occident, dans toutes ces personnifications du Pouvoir féminin dans la Nature, ou la Nature nouménale et phénoménale. L'un est son aspect purement métaphysique, comme l'a décrit le savant conférencier dans ses "Notes on the Bhagavad Gîtâ", l'autre est terrestre et physique et en même temps divin, au point de vue de la conception humaine  pratique et de l'Occultisme. Ils sont tous des symboles et des personnifications du Chaos, du "Grand Abîme", ou des Eaux Primordiales de l'Espace, le VOILE impénétrable qui se trouve entre l'INCONNAISSABLE et  le Logos de la Création. "Se mettant, par la pensée, en rapport avec Vâch, Brahmâ [le Logos] créa les Eaux Primordiales". Dans la Katha Oupanishadc'est décrit encore plus clairement :

Prajâpati était cet Univers. Vâch venait après lui. Il s'associa avec elle... elle produisit ces créatures et rentra de nouveau dans Prajâpati.

[Cela relie Vâch et Séphira avec la Déesse Kwan-Yin, la "Mère Miséricordieuse", la VOIX divine de l'Ame, même dans le Bouddhisme exotérique et avec l'aspect féminin de Kwan-Shai-Yin, le Logos, le Verbe de la Création, en même temps qu'avec la Voix qui parle distinctement à l'Initié, selon le Bouddhisme Esotérique. Bath Kol, la Filia Vocis, la Fille de la Voix Divine des Hébreux, répondant du haut du  Siège de Miséricorde derrière le Voile du Temple en est – un résultat.]

 Ici, nous pouvons signaler incidemment un des nombreux reproches que les "bons et pieux" missionnaires de l'Inde ont adressés à la religion du pays. L'allégorie contenue dans le Shatapatha Brûhmana, d'après laquelle Brahmâ, en sa qualité de Père des hommes, accomplit l'œuvre de la procréation grâce à une liaison incestueuse avec sa propre fille Vâch, appelée aussi Sandhyâ, le Crépuscule et Shataroûpâ (aux cent formes), est sans cesse jetée à la figure des Brâhmanes, comme condamnant leur "détestable et FAUSSE religion". En dehors du fait, oublié à dessein par les Européens, [II 161] que le patriarche Loth est représenté comme coupable du même crime sous la forme humaine, tandis que c'était sous la forme d'un bouc que Brahmâ, ou plutôt Prajâpati, consomma l'inceste avec sa fille, elle-même sous la forme d'une biche (rohit), la signification ésotérique du troisième chapitre de la Genèseprouve le même fait. De plus, il y a certainement une signification cosmique et non pas physiologique attachée à l'allégorie hindoue, puisque Vâch est une transformation d'Aditi et de Mūlaprakriti (Chaos) et que Brahmâ est une transformation de Nârâyana, l'Esprit de Dieu qui entre dans la Nature et la féconde, de sorte qu'il n'y a absolument rien de phallique dans la conception.

Comme nous l'avons déjà dit, Aditi-Vâch est le Logos féminin, ou Verbe, la "Parole", et Séphira est la même chose dans  la Cabale. Ces Logoï féminins, sous leur aspect nouménal de Lumière, de Son et d'Æther, sont tous des corrélations qui prouvent à quel point les Anciens étaient instruits, tant dans la Science Physique, telle qu'elle est aujourd'hui connue des modernes, que dans la naissance de cette Science dans les sphères Spirituelle et Astrale.

Nos anciens écrivains disaient que Vâch était de quatre sortes, qui prenaient les noms de Parâ, Pashyantî, Madhyamâ et Vaikharî. Vous trouverez cette  donnée dans le Rig Véda lui-même et dans plusieurs des Oupanishads. Vaikharî Vâch est ce que nous prononçons.

C'est le Son, la Parole ; c'est aussi ce qui devient compréhensible et objectif pour l'un de nos sens physiques et peut être soumis aux lois de perception. Par conséquent :

Chaque sorte de vaikharî Vâch existe dans sa forme madhyamâ...  pashyantî  et,  finalement, dans sa forme parâ... La raison pour laquelle ce Pranava 298 est appelé Vâch est celle-ci : c'est que ces quatre principes du grand Cosmos correspondent à ces quatre formes de Vâch... Le Cosmos entier, dans sa forme objective, est  vaikharî Vâch ; la Lumière du Logos est la forme madhyantâ et le Logos lui-même la forme pasyantî, tandis que Parabrahman [au-delà du Noumène de tous les Noumènes] est l'aspect parâ de cette Vâch 299.

298 Pranava, Oui, est un mot mystique prononcé par les Yogis pendant.la méditation ; de tous les mots appelés par les commentateurs exotériques, Vyâkritis, ou Aum, Bhûh, Bluvah, Svah (Oui, la Terre, le Firmament, le Ciel), Pranava est peut-être le plus sacré. Ils sont articulés en retenant la respiration. Voir Manou II, 76-81, et le commentaire de Mitakshara sur la Yâjnavâkhya-Smriti, I,

  1. Toutefois, l'explication ésotérique va beaucoup plus loin.

299 Notes on the Bhagavad Gîtâ, ibid, p. 307.

 

En conséquence, Vâch, Shékinah ou la "musique des sphères", de Pythagore, ne font qu'un, si nous choisissons [II 162] nos exemples dans les trois philosophies religieuses de ce monde qui sont (en apparence) les plus dissemblables, celle des Hindous, celle des Grecs et celle des Hébreux Chaldéens. Ces personnifications et ces allégories peuvent être étudiées sous quatre aspects (principaux) et sous trois aspects (moins importants), soit sept en tout, comme dans l'Esotérisme. La forme parâ est la Lumière et le Son, toujours subjectifs et latents, qui existent éternellement dans le sein de L'INCONNAISSABLE ; lorsqu'elle est transférée dans l'idéation du Logos, ou dans sa Lumière latente, elle est appelée pashyantî, et lorsqu'elle devient cette Lumière exprimée elle est madhyamâ.

La Cabaleen donne ainsi la définition :

Il y a trois sortes de lumières, plus celle  [la quatrième] qui interpénètre les autres :

1) la lumière claire et pénétrante, la lumière objective,

2) la lumière réfléchie et

3) la lumière abstraite.

Les dix Séphiroth, les Trois et les Sept, sont appelés dans la Cabaleles Dix Mots DBRIM (Dabarim), les Nombres et les Emanations de la Lumière Céleste, qui est à la fois Adam Kadmon et Séphira, Prajâpati- Vâch ou Brahma. Dans la Cabale, la Lumière, le Son et le Nombre sont les trois facteurs de la création. Parabrahman ne peut être connu que par le Point  lumineux  (le  LOGOS),  qui  ne  connaît  pas  Parabrahman, mais seulement Moûlaprakriti. De même, Adam Kadmon ne connaissait que Shékinah, bien qu'elle fût le véhicule d'Aïn-Soph. En sa qualité d'Adam Kadmon, il est, suivant l'interprétation Esotérique, le total du Nombre Dix, les Séphiroth (en étant lui-même une Trinité) ou les trois attributs en un seul de la DIVINITE inconnaissable 300. "Lorsque l'Homme Céleste (le Logos) prit d'abord la forme de la Couronne [Kether] et s'identifia à Séphira, il en fit émaner [de la Couronne] Sept Lumières splendides" 301, ce qui porte leur total à Dix ; de même Brahmâ-Prajâpati, dès qu'il fut séparé de Vâch tout en lui étant identique, fit jaillir de cette Couronne les sept Richis et les sept Manous ou Prajâpatis. Dans l'exotérisme on trouvera toujours 10 et 7, qu'il s'agisse de Séphira ou de Prajâpati ; dans l'exposé ésotérique : toujours 3 et 7 qui font aussi 10. Seulement, lorsque, dans la sphère manifestée, ils sont divisés entre 3 et 7, il forment, l'androgyne et ou la figure X manifestée et différenciée. [II 163]

Cela aidera l'étudiant à comprendre pourquoi Pythagore considérait la Divinité, le Logos, comme le Centre de l'Unité et la "Source de l'Harmonie". Nous disons que cette Divinité était le LOGOS et non pas la MONADE qui habite dans la Solitude et le Silence, parce que Pythagore enseignait que l'UNITE, étant indivisible, n'était pas un  nombre. C'est aussi pour cela que l'on exigeait du candidat qui demandait à être admis dans son école, qu'il eût déjà, comme mesure préparatoire, étudié l'Arithmétique, l'Astronomie, la Géométrie et la Musique, que l'on considérait comme formant les quatre divisions des  Mathématiques 302. Cela explique encore pourquoi les Pythagoriciens affirmaient que la doctrine des Nombres, la plus importante dans l'Esotérisme, avait été révélée à l'homme par les Divinités Célestes ; que le Monde avait été tiré du Chaos au moyen du Son ou de l'Harmonie, et édifié suivant les principes de la mesure musicale ; que les sept planètes qui régissent la destinée des mortels ont un mouvement harmonieux et, comme le dit Censorinus :

  300 C'est cette Trinité qui est désignée par les "trois pas de Vishnou" qui signifient, puisque l'exotérisme considère Vishnou comme l'Infini, que de Parabrahman sont issus Mūlaprakriti, Pourousha (le Logos) et Prakriti : les quatre formes de Vâch (avec elle-même comme synthèse), Dans la Cabale, Aïn-Soph, Shékinah, Adam Kadmon et Séphira, les quatre ou les trois émanations. sont distinctes et cependant unes.

301 Le Livre des Nombres chaldéen. Dan la Cabalecourante, le nom de Jéhovah remplace celui d'Adam Kadmon.

302 Justin Martyr nous raconte, qu'à cause de son ignorance de ces quatre sciences, les Pythagoriciens refusèrent de l'admettre comme candidat à leur école.

 

Des intervalles qui correspondent aux intervalles musicaux, rendent certains sons si parfaitement consonants, qu'ils produisent la plus douce mélodie, qu'il ne nous est impossible d'entendre qu'à cause de la grandeur du son, que nos oreilles sont incapables de recevoir.

Dans la Théogonie Pythagoricienne, les Hiérarchies de la Légion Céleste et les Dieux étaient comptés et aussi exprimés numériquement. Pythagore avait étudié la Science Esotérique en Inde et c'est pour cela que nous voyons ses élèves dire :

La Monade [l'Unique manifesté] est le principe de toutes choses. De la Monade et de la Duade indéterminée (le Chaos), les Nombres ; des Nombres, les Points ; des Points, les Lignes ; des Lignes, les Superficies ; des Superficies, les Solides ; de ceux-ci, les Corps Solides, dont les Eléments sont au nombre de quatre, le  Feu, l'Eau, l'Air et la Terre ; desquels tout le Monde est constitué, après leur transformation (corrélation) et leur total changement 303.

303 Diogène Laërte, dans Vit. Pythag.

 

Si cela n'explique pas entièrement le mystère, cela soulève tout au moins un coin du voile qui couvre ces merveilleuses allégories derrière lesquelles on a abrité Vâch, la plus mystérieuse de toutes les Déesses brahmaniques ; celle que l'on appelle "la Vache mélodieuse qui fit jaillir de ses pis la nourriture et l'Eau" (la Terre avec tous ses pouvoirs mystiques), ou encore celle "qui nous donne la nourriture et la [II 164] subsistance" (la Terre physique). Isis est aussi la Nature mystique et la Terre ; et ses cornes de vache l'identifient à Vâch qui, après avoir été reconnue dans sa forme la plus élevée comme Parâ, devient, du côté inférieur et matériel de la création, Vaikharî. Aussi, bien qu'elle soit physique, représente-t-elle la Nature mystique avec tous ses moyens et toutes ses propriétés magiques.

Comme déesse du Langage et du Son et comme  transformation d'Aditi, elle est aussi dans un sens, le Chaos. En tout cas elle est la "Mère des Dieux" et c'est Brahmâ, Ishvara ou le Logos et Vâch, de même qu'Adam Kadmon et Séphira, qui doivent servir de point de départ à la vraie Théologie manifestée. Au-delà tout est Ténèbres et spéculations abstraites. Avec les Dhyan-Chohans et les Dieux, les Voyants, les Prophètes et les Adeptes en général sont sur un terrain solide. Que ce soit comme Aditi ou comme la divine Sophia des Gnostiques grecs, elle est la mère des Sept Fils, des "Anges de la Face", de "l'Abîme", ou du "Grand Un Vert"du Livre des Morts. Voici ce que dit le Livre de Dzyan (Connaissance obtenue par méditation) :

La Grande Mère se trouve avec le ∆, la|, le D, la seconde|et l' 304, dans son Sein, prête à enfanter les vaillants Fils du D ∆|| [ou 4.320.000, le Cycle] dont les Aînés sont le O [Cercle] et le • [Point].

Au commencement de chaque cycle de 4.320.000 les Sept ou, comme le prétendaient quelques nations, les Huit Grands Dieux, descendent pour instituer le nouvel ordre de choses et pour donner l'impulsion au nouveau cycle. Ce huitième Dieu était le Cercle qui unifie, ou le LOGOS, séparé et mis à part de sa Légion dans le dogme exotérique, exactement comme les trois hypostases divines des anciens Grecs sont considérées maintenant par les Eglises comme trois personnes distinctes. Comme le dit un commentaire :

Les PUISSANTS accomplissent leurs grandes œuvres et laissent derrière eux d'impérissables monuments pour rappeler leur visite, chaque fois qu'ils pénètrent sous notre voile mâyâvique [l'atmosphère] 305.

304 3.1415 ou π, la synthèse ou la Légionunifiée dans le Logos et le Point, appelé par le Catholicisme romain "l'Ange de la Face" et en Hébreu Michaël לאכימ "qui est [semblable ou identique] à Dieu", la représentation manifestée.

305 Ils apparaissent au commencement des Cycles et aussi au commencement de chaque Année Sidérale de 25.868 ans. C'est de là que les Kabeiri ou Kabarim tirèrent leur nom en Chaldée, car il signifie les Mesures du Ciel, des mots Kob "mesure de" et Urim "les Cieux".

 

Ainsi l'on nous enseigne que les grandes Pyramides ont été construites sous leur surveillance directe, "lorsque Dhruva [II 165] [l'étoile polaire d'alors] était au moment le plus bas de sa culmination et quand  les Krittikâs (Pléiades) regardaient par-dessus sa tête [se trouvaient sur le même méridien, mais plus haut], pour surveiller le travail des Géants". Il s'ensuit donc que les premières Pyramides ayant été construites au commencement de l'année sidérale, sous Dhruva (Alpha-Polaris), cela a dû se passer il y a plus de 31.000 ans (31.105). Bunsen avait raison en admettant pour l'Egypte une antiquité de plus de 21.000 ans, mais cette concession ne saurait guère suffire à épuiser la vérité et les faits sur ce sujet. Comme le dit M. Gérard Massey :

Les récits faits par les prêtres et autres personnages Egyptiens, an sujet de la mesure du temps en Egypte, commencent à avoir l'air d'être moins mensongers, aux yeux de ceux qui ont échappé à leurs entraves bibliques. On a trouvé récemment à Sakkarah des inscriptions qui font mention de deux cycles Sothiacaux... enregistrés à cette époque, il y a de cela maintenant 6.000 ans. Ainsi, à l'époque où Hérodote était en Egypte, les Egyptiens avaient, comme on le sait maintenant, observé au moins cinq différents cycles Sothiacaux de 1.461 ans...

Les prêtres firent savoir à l'historien grec qu'ils avaient noté le temps pendant une si longue durée, que le soleil s'était deux fois levé là où il se couchait alors et s'était deux fois couché là où il se levait. Cela... ne peut se comprendre, comme un fait naturel, qu'à la suite de deux cycles de précession ou d'une période de 51.736 ans 306.

Mor Isaac 307 nous montre les anciens Syriens expliquant leur monde par les "Gouvernants" et les "Dieux Actifs" de la même façon que les Chaldéens. Le Monde inférieur était le monde SUBLUNAIRE (le nôtre), surveillé par les "Anges"du premier ordre ou de l'ordre le plus bas ; celui qui venait immédiatement après était Mercure, gouverné par les "ARCHANGES" ; puis venait Vénus, dont les Dieux étaient les "PRINCIPAUTES", le quatrième était celui du SOLEIL, domaine et demeure des plus hauts et des plus puissants Dieux de notre système, les Dieux solaires de toutes les nations ; le cinquième, celui de  Mars, gouverné par les "VERTUS" ; le sixième, celui de Bel ou Jupiter, était gouverné par les "DOMINATIONS" ; le septième, le monde de Saturne, était gouverné par les "TRONES". Ces Mondes sont ceux de la Forme. Au-dessus, viennent les Quatre mondes supérieurs, amenant encore au nombre  de  sept,  puisque les Trois les plus hauts sont "impossibles à mentionner et à nommer". Le huitième, composé de 1.122 étoiles, est le domaine des Chérubins ; le neuvième, appartenant aux étoiles mobiles que leur distance [II 166] empêche de dénombrer, possède les Séraphins ; quant au dixième, Kircher dit, en citant Mor Isaac, qu'il est composé "d'étoiles invisibles que l'on pourrait prendre, dit-on, pour des nuages, tant elles sont massées dans la zone que nous appelons la Via Straminis ou Voie lactée", et il se hâte d'expliquer que "ce sont les étoiles de Lucifer, englouties avec lui dans son terrible naufrage". Ce qui vient après et plus loin que les dix Mondes (notre Quaternaire), ou que le Monde Aroupa, les Syriens ne pouvaient le dire. "Tout ce qu'ils savaient, c'était que là commençait le vaste et incompréhensible océan de l'infini, la demeure  de la vraie divinité, sans limites et sans fin."

Champollion montre la même croyance parmi les Egyptiens. Hermès, après avoir parlé du Père-Mère et du Fils dont l'Esprit (collectivement le DIVIN FIAT) forme l'Univers, dit : "Sept Agents [Media] furent aussi formés, pour contenir les Mondes Matériels [ou manifestés] dans leurs Cercles respectifs, et l'action de ces Agents reçut le nom de Destinée." Il énumère ensuite sept, dix et douze ordres, mais il serait trop long de les détailler ici.

Comme le docteur Weber et d'autres personnes déclarent que le Rig Vidhâna ainsi que le Brahmânda Pourâna et tous les ouvrages de ce genre, qu'ils décrivent l'efficacité magique des Mandras du Rig Véda ou les futurs Kalpas, sont des compilations modernes "n'appartenant probablement qu'à l'époque des Pourânas", il est inutile de renvoyer le lecteur à leurs explications mystiques et il vaut mieux citer tout simplement les livres archaïques qui sont absolument inconnus des Orientalistes. Ces ouvrages expliquent ce qui embarrasse tellement les savants, c'est-à-dire que les Saptarshis, les "Fils Nés du Mental" de Brahmâ, sont mentionnés sous certains noms dans le Shatapatha Brâhmana, sous certains autres dans le Mahâbhârata et que le Vâyou Pourâna cite neuf Richis au lieu de sept, en ajoutant à la liste les noms de Brighou et de Daksha. Il en est, toutefois, de même dans toutes les Ecritures saintes exotériques. La Doctrine Secrète donne une longue généalogie de Richis, mais les sépare en plusieurs classes. De même que les Dieux Egyptiens qui étaient divisés en sept et même en douze Classes, les Richis Indiens sont divisés en Hiérarchies. Les premiers trois groupes sont le groupe Divin, le groupe Cosmique et le groupe Sublunaire. Ensuite viennent les Dieux Solaires de notre Système, les Dieux Planétaires, les Dieux Submondains et les Dieux purement Humains, c'est-à-dire les Héros et les Manoushis.

En ce moment, toutefois, nous ne nous occupons que des Dieux Pré- Cosmiques et Divins, les Prajâpatis ou les Sept Constructeurs. On trouve infailliblement ce groupe dans [II 167] toutes les Cosmogonies. En raison de la perte des documents égyptiens archaïques, puisque, selon M. Maspero, "les matériaux et les données historiques que nous possédons, pour étudier l'histoire de l'évolution religieuse en Egypte, ne sont, ni complets, ni, très souvent, intelligibles", il faut avoir recours aux anciennes Hymnes et aux inscriptions qui se trouvent sur les tombes, afin de corroborer en partie, et indirectement, les données offertes par la DOCTRINE SECRETE. Une de ces données démontre qu'Osiris, comme Brahma-Prajâpati, Adam Kadmon, Ormazd et bien d'autres Logoï, était le chef et la synthèse du groupe des "Créateurs" ou Constructeurs. Avant qu'Osiris ne devînt "l'Unique" et le Dieu le plus haut de l'Egypte, il fut adoré à Abydos comme le Chef ou Guide de la  Légion Céleste des Constructeurs appartenant au plus élevé des trois Ordres. L'hymne gravée sur la stèle votive d'un tombeau d'Abydos (3ème registre), s'adresse à Osiris en ces termes :

Salut à toi, ô Osiris, fils aîné de Seb ; toi le plus grand des six Dieux issus de la déesse Noo [l'Eau primordiale], toi le grand favori de ton père Râ ; Père des Pères, Roi de la Durée, Maître de l'Eternité... qui, aussitôt que ceux-ci jaillirent du Sein de ta mère, rassembla toutes les couronnes sur ta tête et attacha sur elle l'Uraeus [serpent ou naja] 308 Dieu multiforme dont le nom est inconnu et qui a de nombreux noms dans les villes et les provinces.

308 Ce mot égyptien de Naja nous rappelle beaucoup le Nâga indien, le Dieu Serpent, Brahmâ, Shiva et Vishnou sont tous couronnés et mis en rapport avec des Nâgas, ce qui est un signe de leur caractère cyclique et cosmique.

 

Sortant de l'Eau primordiale couronné de l'uraeus, qui est le serpent- emblème du Feu Cosmique et étant lui-même le septième, dominant les six Dieux primaires issus du Père-Mère, Noo et Noot, le Ciel, que peut donc être Osiris si ce n'est le principal Prajâpati, la principale Séphira, le principal Amshaspend, Ormazd ! Il est certain que ce dernier Dieu solaire et cosmique occupait, au début de l'évolution religieuse, la même position que l'Archange "dont le nom était secret". Cet Archange était Michel, le représentant sur la terre du Dieu Caché des Juifs ; en un mot c'est sa "Face" que l'on prétend avoir précédé les Juifs sous la forme d'une "Colonne de Feu". Burnouf dit : "Les sept Amshaspends, qui sont assurément nos Archanges, représentent aussi les personnifications des Vertus divines 309". Ces Archanges sont donc certainement aussi les Saptarshis des Hindous, bien qu'il soit presque impossible de classer chacun avec son prototype et son équivalent Païen, puisque, comme  dans le cas d'Osiris, ils ont tous "tant de noms dans les villes et les provinces". Nous [II 168] donnerons cependant à tour de rôle quelques-uns des plus importants.

Une chose est ainsi incontestablement prouvée. Plus nous étudions leurs Hiérarchies, plus nous constatons leur identité et plus nous acquérons de preuves qu'il n'y a pas un seul des Dieux personnels passés ou présents, parmi ceux qui nous sont connus depuis les premiers jours de l'Histoire, qui n'appartienne à la troisième phase de la manifestation Cosmique. Dans toutes les religions nous trouvons la Divinité cachée, qui constitue la base ; puis le Rayon qu'elle émet et qui tombe dans la Matière Cosmique primordiale, la première manifestation ; ensuite le résultat Androgyne, la double Force abstraite Mâle et Femelle personnifiée, la seconde phase ; enfin cette Force se divise, durant la troisième, en Sept Forces, appelées les Pouvoirs créateurs par toutes les anciennes religions, et les "Vertus de Dieu" par les Chrétiens. Ces dernières explications et ces qualifications métaphysiques abstraites n'ont pas empêché l'Eglise romaine et l'Eglise grecque de vouer un culte à ces "Vertus" en les personnifiant sous les noms distincts des Sept Archanges. Dans le Livre des Druschim 310, dans le Talmud, on établit entre ces groupes une distinction qui est l'explication cabalistique correcte. Il y est dit :

309 Commentaires sur le Yashna, 174.

310 Premier Traité, p. 59.

 

Il y a trois groupes (ou ordres) de Séphiroth :

  1. les Séphiroth appelés les "Attributs Divins" [abstraits] ;
  2. les   Séphiroth   physiques    ou   sidéraux   [personnels]   en   un groupe de sept et en un autre de dix ;
  3. les Séphiroth métaphysiques ou périphrases de Jéhovah, qui sont les trois premières Séphiroth [Kether, Chokmah et Binah], le reste des sept formant les sept Esprits (personnels) de la Présence [et aussi des planètes].

Il faut appliquer la même division à l'évolution primaire, secondaire et tertiaire des Dieux dans chaque Théogonie, si l'on veut en traduire ésotériquement la signification. Il ne nous faut pas confondre les personnifications purement métaphysiques des attributs abstraits de la Divinité, avec leur réflexion, les Dieux Sidéraux. Cette réflexion, toutefois, est en réalité l'expression objective de l'abstraction ; des Entités vivantes et les modèles formés sur ce Prototype divin. De plus, les trois Séphiroth métaphysiques ou la "périphrase de Jéhovah", ne sont pas Jéhovah. C'est ce dernier lui-même, avec ses titres additionnels d'Adonaï, d'Elohim, de Sabaoth et les nombreux noms qu'on lui prodigue, qui est la périphrase du Shaddai ידש, le Tout-Puissant. Ce nom est, en vérité, une circonlocution, une trop abondante fleur de rhétorique juive et a toujours été rejeté par les occultistes. Pour les Cabalistes juifs et même pour les Alchimistes chrétiens et les Rose-Croix, Jéhovah était [II 169] un écran commode, unifié en en repliant les nombreux panneaux et adopté comme substitut, le nom d'une Séphira individuelle quelconque étant aussi bon qu'un autre, pour ceux qui possédaient le secret. Le Tétragrammaton, l'Ineffable, la "Somme Totale" Sidérale, n'ont été inventés que dans le seul but de tromper les profanes et de symboliser la vie et la génération 311. Le Nom véritable et qui ne peut pas être prononcé, le "Mot qui n'est pas un mot", doit être cherché parmi les sept noms des Sept premières Emanations ou des "Fils du Feu", dans les Ecritures Saintes secrètes de toutes les grandes nations et même dans le Zohar, la doctrine Cabalistique de la plus petite de toutes, c'est-à-dire de la nation juive. Ce mot qui est composé de sept lettres dans toutes les langues, se trouve incorporé dans les ruines architecturales de toutes les grandes constructions sacrées du monde, depuis les ruines cyclopéennes de l'Ile de Pâques (portion d'un continent enseveli sous les mers il y a plutôt 4.000.000 d'années 312 que 20.000), jusqu'aux premières pyramides égyptiennes.

311 Le traducteur de la Qabbalahd'Avicebron dit, en parlant de cette "Somme Totale" : "La lettre de Kether est י (Yod), celle de Binah ה (Hé), qui font ensemble YaH, le Nom féminin ; la troisième lettre, celle de 'Hokhmah, est ו (Vau) faisant ensemble והי, YHV de הוהי, YHVH le Tétragrammaton et, en réalité, les symboles complets de son efficacité. Le dernier ה (Hé) de ce Nom Ineffable étant toujours appliqué aux Six Inférieurs et au dernier, c'est-à-dire aux sept, Séphiroth restant."(Qabbalah de Myer, p. 263). Le Tétragrammaton n'est donc sacré que dans sa synthèse abstraite. En sa qualité de Quaternaire contenant les Sept Séphiroth inférieures, il est phallique.

 

Nous aurons, plus tard, à développer davantage ce sujet et à fournir des exemples pratiques, pour prouver les assertions que contient le texte.

Pour le moment, il suffit de montrer par quelques exemples, [II 170] la vérité de ce qui a été affirmé au commencement de cet ouvrage, c'est-à- dire qu'aucune Cosmogonie, dans le monde entier, à l'exception de celle des Chrétiens, n'a jamais attribué à l'Unique Cause Suprême, au Principe Divin UNIVERSEL, la création immédiate de notre terre, de l'homme ou de quoi que ce soit s'y rattachant. Cette assertion s'appliquerait aussi bien à la Cabaledes Hébreux ou des Chaldéens, qu'à la Genèse, si celle-ci avait jamais été complètement comprise et, ce qui est bien plus important, correctement traduite 313. Partout l'on trouve un LOGOS (une "LUMIERE rayonnant dans les TENEBRES", en vérité), ou bien l'Architecte des Mondes est ésotériquement mis au pluriel. L'Eglise Latine, paradoxale comme toujours, tout en appliquant l'épithète de Créateur à Jéhovah seul, adopte une kyrielle de noms pour ses FORCES actives,  noms qui trahissent le secret. En effet, si ces Forces n'avaient aucun rapport avec la prétendue "Création", pourquoi les appeler Elohim (Alhim), qui est un mot au pluriel ; pourquoi les appeler les "travailleurs divins" et les Energies divines (Ένέργειαι), les pierres célestes incandescentes (lapides igniti cœlorum) et surtout les Soutiens du Monde (Κοσµοκράτορες), les Gouvernants ou les Maîtres de ce Monde (rectores mundi), les "Roues du Monde" (Rotae, Auphanim), les Flammes et les POUVOIRS, les "Fils de Dieu" (B'ne Alhim), les Vigilants Conseillers, etc. ? 314

312 On trouvera naturellement cette assertion ridicule et absurde et l'on se bornera à s'en moquer, mais si l'on croit à la submersion finale d'Atlantis, il y a 850.000 ans, comme on l'enseigne dans le Bouddhisme Esotérique (l'affaissement graduel ayant commencé durant l'âge éocène), il faut aussi accepter l'assertion en ce qui concerne ce que l'on appelle la Lémurie, le continent de la Troisième Race Racine, qui fut d'abord presque détruit par le feu puis ensuite submergé. Comme l'enseigne le Commentaire : "La première terre ayant été purifiée par les quarante-neuf feux, son peuple né du Feu et de l'Eau, ne pouvait pas mourir... La Seconde Terre [avec sa race] disparut comme la vapeur s'évanouit dans les airs... Tout fut consumé sur la Troisième Terre, après la séparation, et elle s'enfonça dans l'Abîme inférieur [l'océan]. Cela se passait il y a deux fois quatre-vingt-deux cycles." Or une année cyclique est ce que nous appelons une année sidérale et elle est basée sur la précession des équinoxes. La durée de cette Année Sidérale est de 25.868 ans et la période dont parle le commentaire se monte donc à 4.242.352 ans. On trouvera plus de détails dans le Volume

  1. En attendant, cette doctrine est incorporée dans les "Rois d'Edom".

313 On trouve la même réserve dans le Talmud et dans chaque système religieux national, qu'il soit monothéiste ou exotériquement polythéiste. Nous extrayons du superbe poème religieux du Cabaliste Rabbi Salomon Ben Yéhudah Ibn Gébirol "le Kether Malchuth", quelques définitions données dans les prières du Kippoûr : "Tu es Unique, le commencement de tous les nombres et la base de tous les édifices ; Tu es Unique, et dans le secret de Ton unité les hommes les plus sages sont perdus, parce qu'ils ne la connaissent pas. Tu es Unique et ton unité n'est jamais diminuée, jamais augmentée et ne peut pas être changée. Tu es Unique, mais non pas comme un élément de numération car ton Unité n'admet pas la multiplication, le changement ou la forme. Tu es Existant, mais la compréhension et la vue des mortels ne peuvent arriver jusqu'à ton existence, ni déterminer pour toi le Où, le Comment et le Pourquoi. Tu es Existant, mais en toi seul, car il n'y en a pas d'autre qui puisse exister avec toi. Tu es Existant avant tout temps et sans place déterminée. Tu es Existant et ton existence est si profonde et si secrète, que nul ne peut découvrir et pénétrer ton secret. Tu es Vivant, mais sans limite de temps que l'on puisse fixer ou connaître. Tu es Vivant, mais non pas grâce à un Esprit ou à une Ame, car Tu es Toi l'Ame de toutes les Ames." Il y a loin de cette Divinité Cabalistique au Jéhovah Biblique, au Dieu méchant et vengeur d'Abraham et de Jacob qui tenta le premier et lutta avec l'autre. Aucun Védantin n'hésiterait à repousser un tel Parabrahman !

 314 G. De Mirville. Des Esprits, Vol. II, p. 294.

 

On affirme souvent, et injustement, comme d'ordinaire, que la Chine, qui est un pays presque aussi vieux que l'Inde, [II 171] n'avait pas de Cosmogonie. On se plaint de ce que celle-ci était inconnue à Confucius et que les Bouddhistes y ont étendu leur Cosmogonie, sans  introduire un Dieu Personnel 315. Le Yi-King, "l'essence même de la pensée ancienne et l'œuvre commune des sages les plus vénérés", n'arrive pas à montrer une Cosmogonie distincte. Néanmoins il en existait une et même bien distincte. Seulement, comme Confucius n'admettait pas une vie future 316 et que les Bouddhistes chinois repoussent l'idée d'un Unique Créateur et se bornent à accepter une Cause avec ses effets innombrables, ils sont incompris par ceux qui croient à un Dieu personnel. Le "grand Extrême", comme commencement des "changements" (transmigrations), constitue la plus courte et, peut-être, la plus suggestive de toutes les Cosmogonies, pour ceux qui, comme les Confucianistes, aiment la vertu pour elle-même et essaient de faire le bien sans aucun égoïsme et sans songer sans cesse à la récompense et au profit. Le "grand Extrême" de Confucius produit "Deux Nombres". Ces Deux produisent à leur tour les "Quatre Images" et celles- ci donnent naissance aux "Huit Symboles". On se plaint de ce que, si les Confucianistes y voient "le ciel, la terre et l'homme en miniature", on peut y voir tout ce qu'on veut. Evidemment, mais il en est de même de beaucoup de symboles, surtout de ceux des religions plus récentes. Ceux qui ont quelques notions de la numération Occulte voient dans ces "Nombres" le symbole, si grossier qu'il soit, d'une harmonieuse Evolution progressive du Cosmos et de ses êtres Célestes et Terrestres. Et celui qui a étudié l'évolution numérique dans la Cosmogonie primordiale  de Pythagore – contemporain de Confucius – retrouvera toujours la même idée dans sa Triade, son Tétraktys et sa Décade, émergeant de la Monade UNE et solitaire. Le biographe chrétien de Confucius se moque de lui parce qu'il "parle de divination", avant et après ce passage, et il le représente comme disant :

Les huit symboles déterminent la bonne et la mauvaise fortune et ils conduisent aux grandes actions. Il n'y a pas d'images que l'on puisse imiter et qui soient plus grandes que le ciel et la terre. Il n'y a pas de changements plus grands que les quatre saisons [il voulait parler du Nord, du Sud, de l'Est et de l'Ouest, etc.]. Il n'y a pas d'images suspendues plus brillantes que le soleil et la lune. Pour préparer les choses en vue de leur usage, personne n'est plus grand que le sage. Pour déterminer la bonne et la [II 172] mauvaise fortune, il n'y a rien de plus grand que les pailles divinatoires et la tortue 317.

315 EDKINS : Chinese Buddhism, chapitre XX. Et ils ont agi avec beaucoup de sagesse.

316 S'il repoussait cette idée, c'était à cause de ce qu'il appelait les "changements" ou, en d'autres termes, les renaissances de l'homme et ses transformations constantes. Il nia l'immortalité de la personnalité humaine, comme nous le faisons, mais pas celle de l'HOMME.

 317 Les Protestants peuvent se moquer de lui, mais les Catholiques romains n'ont pas le droit de le faire sans se rendre coupables de blasphème et de sacrilège. Il y a, en effet, plus de 200 ans que Confucius a été canonisé en Chine par les Catholiques romains, qui ont ainsi réussi à obtenir plusieurs milliers de conversions parmi les Confucianistes ignorants.

 

Par conséquent, les "pailles divinatoires" et la "tortue", le "groupe de lignes symboliques" et le grand sage qui les examine à mesure qu'elles deviennent une, puis deux, puisque les deux deviennent quatre et les quatre deviennent huit, tandis que les autres groupes deviennent "trois et six", sont ridiculisés uniquement parce que ces sages symboles sont mal compris.

L'auteur que nous venons de citer et ses collègues se moqueront donc, sans aucun doute, des STANCES données dans notre texte, car elles représentent précisément la même idée. La vieille carte archaïque de la Cosmogonie est remplie de lignes dans le style de celles de Confucius, de cercles concentriques et de points. Toutes ces choses représentent pourtant les conceptions les plus abstraites et les plus philosophiques de la Cosmogonie de notre Univers. En tout cas elles peuvent, peut-être mieux répondre aux besoins et aux buts scientifiques de notre époque, que ne le font les essais cosmogoniques de saint Augustin et du vénérable Bède, bien que ces derniers aient été publiés plus d'un millier d'années après la Cosmogonie de Confucius.

Confucius, un des plus grands sages du monde antique, croyait à la magie antique et la pratiquait lui-même, "si nous tenons pour acquis ce qu'affirme le Kià-yü" et "il la porta aux nues dans le Yi-King", nous disent ses vénérables critiques. Il n'en est pas moins vrai qu'à son époque, 600 ans avant J.-C., Confucius et son école enseignaient déjà la sphéricité de la terre et même le système héliocentrique, tandis qu'environ trois fois 600 ans après le philosophe chinois, les Papes de Rome menacèrent et même brûlèrent les "hérétiques" pour avoir affirmé la même chose. On se moque de lui parce qu'il parle de la "Tortue Sacrée". Aucune personne sans parti pris, n'établirait une grande différence entre une tortue et un agneau présentés comme candidats à un caractère sacré, car tous les deux ne sont que des symboles et pas autre chose. Le Taureau, l'Aigle 318 et le Lion, et parfois [II 173] la Colombe, sont les "animaux sacrés" de la Bible Occidentale : on trouve les trois premiers groupés autour des Evangélistes et le quatrième, qui leur est associé et qui a un visage humain, est un Séraphin, c'est-à-dire un "serpent ardent" et probablement l'Agathodaïmon des Gnostiques.

318 Les animaux considérés comme sacrés dans la Biblesont loin d'être rares, comme, par exemple, le Bouc, l'Azaz-el ou Dieu de la victoire. Comme le dit Aben-Ezra : "Si tu es capable de comprendre le mystère d'Azazel, tu apprendras le mystère de Son nom [celui de Dieu], car il a d'autres équivalents semblables dans les Ecritures Saintes. Je vais te dire, au moyen d'allusions, une partie du mystère ; lorsque tu auras trente-trois ans tu comprendras." Il en est de même pour le mystère de la tortue. Un pieux auteur français, se réjouissant de la poésie des métaphores bibliques, qui associent "les pierres incandescentes", "les animaux sacrés", etc., avec le nom de Jéhovah et citant la Bible de Vence (XIX, 318) dit : "En vérité, tous sont des Elohim, comme leur Dieu, car ces Anges prennent, grâce à une usurpation sainte, jusqu'au nom divin de Jéhovah, chaque fois qu'ils le représentent" (de Mirville, Des Esprits, Vol. II, p. 294). Personne n'a jamais douté que le Nom ne dut avoir été pris lorsque les apparences de l'Infini, de l'Unique Inconnaissable, les Malachim ou Messagers, descendaient pour manger et boire avec les hommes, mais si les Elohim, et même des Etres moins élevés, qui prenaient le nom de Dieu étaient et sont encore adorés, pourquoi appellerait-on ces mêmes Elohim des Diables, lorsqu'ils apparaissent ou prennent les noms d'autres Dieux ?

 

[Le choix est curieux et montre clairement combien les premiers chrétiens étaient paradoxaux dans leurs préférences. En effet, pourquoi auraient-ils choisi ces symboles du Paganisme égyptien, alors que l'Aigle n'est  mentionné qu'une seule fois dans le Nouveau Testament, lorsque Jésus en parle comme d'un mangeur de charognes 319, et que dans l'Ancien Testament on l'appelle impur ; alors que le Lion est comparé à Satan, car tous les deux rugissent en cherchant des hommes à dévorer et alors que les Bœufs sont chassés du temple ? D'autre part, le Serpent, cité comme un exemple de sagesse, est considéré maintenant comme le symbole du Diable. On peut vraiment dire que la perle ésotérique de la religion du Christ, dégradée par la théologie chrétienne, a choisi une coquille étrange et bien mal appropriée, pour y naître et y évoluer.]

Comme nous l'avons expliqué, les "Animaux Sacrés", les "Flammes" et les "Etincelles", dans les "Quatre Sacrés", se rapportent aux prototypes de tout ce que renferme l'Univers dans la Pensée Divine, dans la RACINE qui est le Cube Parfait ou la Base du Cosmos, collectivement et individuellement. Ils ont tous un rapport occulte avec les Formes Cosmiques primordiales et les premières concrétions, le travail et l'évolution du Cosmos.

Dans les premières Cosmogonies exotériques Hindoues, ce n'est pas même le Démiurge qui crée, car on lit dans une des Pourânas :

Le grand Architecte du Monde donne la première impulsion [II 174] au mouvement rotatoire de notre système planétaire, en marchant tour à tour sur chaque planète et sur chaque corps.

C'est cette action "qui est cause que chaque sphère tourne sur elle- même et toutes autour du Soleil", après quoi "ce sont les Brahmândika", les Pitris Solaires et Lunaires et les Dhyân-Chohans "qui prennent possession de leurs sphères respectives [terres et planètes], jusqu'à la fin du Kalpa". Les Créateurs sont les Richis, à la plupart desquels on attribue la confection des Mantras ou Hymnes de la Rig Véda. Ils sont tantôt sept, tantôt dix, lorsqu'ils deviennent Prajâpati, le "Seigneur des Etres" ; ils redeviennent ensuite les sept et les quatorze Manous, en qualité de représentants des sept et des quatorze cycles d'Existence, ou Jours de Brahma, répondant ainsi aux sept Æons, jusqu'à ce qu'à la fin de la première phase de l'Evolution, ils soient transformés en les sept Richis stellaires, les Saptarishis, tandis que leurs doubles humains apparaissent sur cette terre en qualité de Héros, de Rois et de Sages.

 319 Matthieu, XXIV, 28.

 

La Doctrine Esotérique de l'Orient ayant ainsi fourni et fait vibrer la tonique qui, sous son vêtement allégorique est, comme on peut le voir, aussi scientifique que philosophique et poétique, chaque nation a suivi sa trace. C'est en fouillant les religions exotériques qu'il nous faut découvrir l'idée-racine, avant d'aborder les vérités ésotériques, de peur d'avoir à les repousser. De plus, chaque symbole, dans chaque religion nationale, peut être interprété ésotériquement et la preuve que l'on peut avoir de bien le lire lorsqu'on le transcrit dans les nombres et formes géométriques correspondants ressort de l'extraordinaire concordance qui existe entre tous les glyphes et tous les symboles, si grandes que puissent être les différences extérieures qui les caractérisent car, à leur origine, ces symboles étaient tous identiques. Prenez, par exemple, les phrases par lesquelles commencent diverses Cosmogonies ; dans tous les cas, c'est un cercle, un œuf ou une tête. LES TENEBRES sont toujours associées avec ce premier symbole et l'enveloppent, comme le montrent les systèmes des Hindous, des Egyptiens et des Chaldéo-Hébreux et même celui des Scandinaves. De là viennent les corbeaux noirs, les colombes noires, les eaux noires et même les flammes noires ; la septième langue d'Agni, le Dieu du Feu, est appelée Kâti, la "Noire" parce que s'était une flamme noire vacillante. Deux colombes noires s'envolèrent d'Egypte et, se perchant sur les chênes de Dodone donnèrent leurs noms aux Dieux grecs. Noé mit en liberté un corbeau noir après le Déluge, qui est un symbole du Pralaya Cosmique après lequel commença la vraie création ou l'évolution de notre Terre et de notre Humanité. Les corbeaux "noirs" d'Odin voltigeaient autour de la Déesse, Saga et "murmuraient à son oreille le [II 175] passé et l'avenir". Quelle est donc la signification cachée de tous ces oiseaux noirs ? C'est qu'ils sont tous en rapports avec la Sagesse primordiale qui découle de la Source précosmique de Tout, symbolisée par la Tête, le Cercle ou l'Œuf. Ils ont tous une signification identique et se rapportent à l'homme Archétype Primordial Adam Kadmon, l'origine créatrice de toutes choses, qui est composé de la Légion des Pouvoirs Cosmiques ; les Dhyâns-Chohans Créateurs au-delà desquels tout est Ténèbres.

Interrogeons la sagesse de la Cabale, quelque voilée et déformée qu'elle soit aujourd'hui, pour donner, dans son langage numérique, une signification approximative au moins, au mot "corbeau". Voici sa valeur numérique telle qu'elle est donnée dans The Source of Measures :

 

Le mot corbeau n'est employé qu'une fois et pris dans le sens de Eth-h'orebv  ברעה-תא

= 678, ou 113 ´ 6,    tandis qu'il est fait cinq fois mention de la Colombe. Sa valeur est 71 et 71 ´ 5 = 355. Six diamètres, ou le Corbeau, se croisant, diviseraient la circonférence d'un cercle de 355 en 12 parties ou compartiments ; et 355 subdivisé pour chaque unité par 6, égalerait 213 – 0 ou la Tête [le "commencement"] dans le premier verset de la Genèse. Ceci divisé, ou subdivisé de la même façon par 2, ou les 355 par 12, donnerait 213 ´ 2 ou le mot B'râsh שאר-ב, ou le premier mot de la Genèse, avec son préfixe de préposition, signifiant, astronomiquement, la même forme générale concrète que celle dont on parle ici 320.

Or, comme l'explication secrète du premier verset de la Genèseest : "En Râsh (B'râsh) 321 ou la Tête, se sont développés les Dieux, les Cieux et la Terre", il devient facile de comprendre la signification ésotérique du Corbeau, dès l'instant que nous avons déterminé la signification semblable du Déluge de Noé. Quelles que puissent être les nombreuses autres significations de cette allégorie emblématique, sa signification principale est celle d'un nouveau Cycle et d'une nouvelle Ronde ; Notre Quatrième Ronde 322. Le "Corbeau", Ou Eth-h'orebv, donne la même  valeur numérique que la "Tête" et ne revint pas dans l'arche, tandis que la Colombe [II 176] revint en rapportant le rameau d'olivier. Lorsque Noé, le nouvel homme de la nouvelle Race (dont le prototype est Vaïvasvata Manou) se prépare à quitter l'Arche, la Matrice ou Argha, de la Nature terrestre, il représente le symbole de l'homme purement spirituel, sans sexe et androgyne des trois premières Races, qui ont quitté la Terre pour toujours. Numériquement, dans la Cabale, Jéhovah, Adam et Noé ne font qu'un. C'est donc, tout au plus, la Divinité qui descend sur le mont Ararat et, plus tard, sur le mont Sinaï, pour s'incarner à partir de ce moment dans l'homme, son image, suivant le processus naturel, la matrice de la mère dont les symboles sont, dans la Genèse, l'Arche, le Mont (Sinaï), etc. L'allégorie juive est à la fois astronomique et physiologique, plutôt qu'anthropomorphique.

320 Clé du Mystère Hébreu-Egyptien dans The Source of Measures, App. V, p. 249 (édition imprimée, 1875) [voir notes additionnelles].

321 Baraush.

322 Bryant a raison de dire que "Les Bardes du Druidisme disent, à propos de Noé, nue lorsqu'il sortit de l'arche (naissance d'un nouveau cycle) après y avoir séjourné pendant un an et un jour, c'est-à-dire 364 + 1 = 365 jours, il fut félicité pour être né des eaux du Déluge, par Neptune qui lui souhaita une "bonne Année". "L'année" ou, ésotériquement, le cycle était la nouvelle race d'hommes nés de la femme, après la séparation des sexes, ce qui constitue la signification secondaire de l'allégorie, car sa signification primaire étant le commencement de la quatrième Ronde, ou la nouvelle Création.

Tel est l'abîme qui sépare le système Aryen du système Sémitique, bien qu'ils reposent tous deux sur la même base. Comme le montre un interprète de la Cabale:

L'idée fondamentale que renferme la philosophie des Hébreux était que Dieu contenait toutes choses en lui- même et que l'homme était son image : l'homme comprenant la femme [en qualité d'androgyne] ; et que la géométrie (les nombres et les mesures applicables à l'astronomie), sont contenus dans les mots homme et femme. L'apparente incongruité d'une pareille méthode était éliminée par la démonstration du lien qui existait entre l'homme et la femme et un système spécial de nombre, de mesures et de géométrie et par les périodes de gestation qui expliquent le rapport qu'il y a entre les termes employés et les faits démontrés et perfectionnent la méthode usitée 323.

323 Tiré d'un manuscrit inédit, pp. 11-12. Voir aussi Source of Measures.

 

On prétend que la cause primordiale étant absolument inconnaissable, "le symbole de sa première manifestation compréhensible était la conception d'un cercle avec son diamètre, afin de faire naître en même temps l'idée de géométrie, de phallicisme et d'astronomie" et  que cela servit plus tard à "désigner tout simplement les  organes génitaux humains". Le cycle entier des événements depuis Adam et les Patriarches, jusqu'à Noé, est donc utilisé à des fins phalliques et astronomiques, qui se régissent mutuellement, comme par exemple les périodes lunaires. La Genèsedes Hébreux commence donc aussi à la sortie de l'Arche, à la fin du Déluge, c'est-à-dire à la Quatrième Race. Pour le peuple Aryen, il n'en est pas de même.

L'Esotérisme Oriental n'a jamais abaissé la Divinité Unique Infinie, qui  contient  toutes  choses,  à  de  pareils  usages, et c'est démontré par l'absence de Brahma de la Rig Véda[II 177] et par les modestes positions qu'occupent Roudra et Vishnou qui sont devenus, bien des siècles plus tard, les grands et puissants Dieux, les "Infinis" des cultes exotériques. Mais eux-mêmes, tout "Créateurs" qu'ils puissent être tous les trois, ne sont pas les "Créateurs" directs et les "ancêtres de l'homme". Ils sont représentés comme occupant une place encore moins élevée et  sont appelés les Prajâpatis, les Pitris, nos Ancêtres Lunaires, etc., mais jamais le "Dieu Un Infini". La Philosophie Esotérique représente l'homme physique, seul, comme créé à l'image de la Divinité, qui ne représente, du reste, que les "Dieux inférieurs". C'est le MOI SUPERIEUR, le véritable EGO, qui seul est divin, qui seul est DIEU.

 

[II 178]

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