MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

LA DOCTRINE SECRETE VOL 2

SECTION VIII - LA THEORIE SOLAIRE

SECTION VIII

LA THEORIE SOLAIRE

 

Courte analyse des éléments composés et simples de la science, en opposition avec les enseignements occultes. Jusqu'à quel point cette théorie, telle qu'elle est généralement acceptée, est scientifique.

Dans sa réplique à l'attaque du docteur Gull contre la théorie de la Vitalité, qui est indissolublement liée aux Eléments des Anciens dans la philosophie Occulte, le professeur Beale, le grand physiologiste, se sert de quelques expressions qui sont aussi suggestives que belles.

La vie renferme un mystère qui n'a jamais été sondé et qui apparaît plus profond, à mesure que l'on pousse plus loin l'étude et l'examen des phénomènes biologiques. Dans les centres vivants – bien plus centraux que ceux que les puissants agrandissements mettent à portée de notre vue, dans des centres de matière vivante jusqu'auxquels les regards ne peuvent pénétrer, mais vers lesquels l'intelligence peut tendre – il se produit des changements sur la nature desquels les physiciens et les chimistes les plus avancés ne parviennent pas à nous fournir une notion : il n'y a même aucune raison  de penser que la nature de ces changements puisse être à jamais assurée par l'investigation physique d'autant plus qu'ils relèvent certainement d'un ordre de la nature essentiellement distinct de celui auquel on peut reléguer tous les autres phénomènes qui nous sont connus.

Ce "mystère" ou l'origine de l'ESSENCE DE VIE, l'Occultisme le situe dans le même Centre que le noyau de prima materia de notre Système Solaire, attendu qu'ils ne font qu'un.

Comme le dit le Commentaire :

 Le soleil est le cœur du Monde [Système] Solaire et son cerveau est caché derrière le soleil [visible]. De là, la sensation s'irradie dans tous les centres nerveux du grand corps et les ondes de l'essence de vie s'écoulent dans chacune des artères et des veines... Les planètes en sont les membres et les pulsations.

Il a été établi autre part 558 que la philosophie Occulte nie que le Soleil soit un globe en combustion, mais le définit simplement comme un monde, une sphère éclatante, derrière [II 298] laquelle est caché le réel Soleil, dont le Soleil visible n'est que la réflexion, la coquille. Les feuilles de saule de Nasmyth, prises par Sir John Herschel pour des "habitants solaires", sont les réservoirs de l'énergie vitale du soleil, "l'électricité vitale qui nourrit tout le système, de sorte que le soleil in abscondito devient le magasin de réserve de notre petit cosmos, générant de lui-même son fluide vital et recevant toujours autant qu'il donne" et le Soleil visible une simple fenêtre ouverte dans le vrai palais solaire, donnant sur lui et laissant pourtant voir l'œuvre intérieure sans la déformer.

Ainsi, durant la période ou la vie solaire manvantarique, il existe une circulation régulière du fluide vital à travers tout notre Système, dont le Soleil est le cœur – semblable à la circulation du sang dans le corps humain, car le Soleil se contracte d'une manière aussi rythmique que le fait le cœur humain à chaque retour de ce sang. Seulement, au lieu d'accomplir le circuit en une seconde, ou à peu près, il faut au sang solaire dix de ses années à lui pour circuler et une année entière pour traverser ses oreillette et ventricule avant d'aller épurer les poumons, pour retourner ensuite de là dans les grandes artères et les veines du Système.

La Science ne niera pas cela, puisque l'Astronomie a connaissance du cycle régulier de onze ans, au bout duquel le nombre des taches du soleil augmente 559  et que cette augmentation est due à la contraction du CŒUR Solaire. L'Univers, dans ce cas-là notre Monde, respire comme le font sur Terre l'homme et toutes les créatures vivantes, les plantes et même les minéraux et comme notre Globe respire lui-même toutes les vingt-quatre heures. La région sombre n'est pas produite par "l'absorption exercée par les vapeurs qui jaillissent du sein du soleil et s'interposent entre l'observateur et la photosphère", comme le prétend le Père Secchi 560, pas plus que les taches ne sont formées "par la matière même [matière gazeuse surchauffée] que l'éruption projette sur le disque du soleil". Le phénomène est semblable à la pulsation saine et régulière du cœur, lorsque le fluide vital traverse ses [II 299] muscles creux. Si le cœur humain pouvait être rendu lumineux et si cet organe vivant et palpitant pouvait être rendu visible, de façon à le projeter sur un écran, comme ceux dont se servent les personnes qui font des conférences si : l'Astronomie pour montrer la lune, par exemple, chacun pourrait voir se répéter à chaque seconde le phénomène de taches Solaires et constaterait qu'elles sont dues à la contraction et à l'envahissement du sang.

558 Dans le Theosophist, aussi dans Five Years of Theosophy, p. 258.

559 Non seulement elle ne nie pas le fait, bien qu'elle lui assigne, comme toujours, une cause erronée et que ses théories se contredisent mutuellement (voyez les théories de Secchi, de Faye et de Young), les taches dépendant de l'accumulation superficielle de vapeurs d'une température moins élevée que celle de la photosphère (?), etc., mais encore nous avons des Savants qui font de l'astrologie à propos des taches. Le professeur Jevons attribue toutes les  grandes crises commerciales périodiques à l'influence des taches solaires qui apparaissent à chaque cycle de onze ans. (Voyez son ouvrage intitulé Investigations into Currency and Finance.) Cela mérite à coup sûr des éloges et des encouragements.

560 Le Soleil, II, 184.

561 World-Life, p. 48.

 

Nous lisons dans un ouvrage de Géologie que le Rêve de la Science c'est que :

Tous les éléments chimiques catalogués seront un beau jour reconnus comme n'étant que des modifications d'un unique élément matériel 561.

La Philosophie Occulte a enseigné cela depuis que la parole et le langage humain existent, en ajoutant, toutefois d'après le principe même de la loi d'analogie, "tel que c'est en haut, tel c'est en bas" – cet autre de ses axiomes : qu'il n'existe en réalité ni Esprit ni Matière, mais simplement d'innombrables aspects de l'Unique et Etre-té à jamais caché ou Sat. L'Elément primordial homogène est simple et unique seulement sur le plan terrestre de la conscience et de la sensation, puisque la Matière n'est, après tout, que la succession de nos propres états de conscience et que l'Esprit n'est qu'une idée d'intuition psychique. Même sur le plan immédiatement au-dessus, l'élément simple, que la Science courante définit ici-bas comme étant  le  dernier  et  indécomposable  constituant  d'une  certaine  sorte de Matière, serait considéré dans ce monde où règne  une perception spirituelle supérieur comme étant une chose vraiment très complexe. On constaterait que notre eau la plus pure produirait, au lieu de ses deux éléments simples reconnus, l'oxygène et l'hydrogène beaucoup d'autres constituants dont notre moderne Chimie terrestre n'a même pas rêvé. Dans le royaume de l'Esprit, le choses se passent comme dans celui de la Matière, l'ombre de ce qui est reconnu sur le plan de l'objectivité existe sur celui de la subjectivité pure. La parcelle de Substance parfaitement homogène, le sarcode de la Monère de Hæckel, est reconnue maintenant comme l'archebiosis de l'existence terrestre (le protoplasme de Huxley) 562 et il faut faire remonter le Bathybius de Hæckel à son archebiosis pré- terrestre. Les Astronomes [II 300] ne commencent à l'apercevoir que durant son troisième stade d'évolution et durant ce que l'on appelle "la création secondaire", mais ceux qui étudient la Philosophie Esotérique comprennent bien la signification secrète de cette STANCE :

Brahmâ… a essentiellement l'aspect de Prakriti, évolué aussi bien que non évolué L'Esprit, ô deux fois  né [initié], est l'aspect principal de Brahmâ. Le suivant est un aspect double [de Prakriti et Pourousha]...  évolué aussi bien que non évolué et le temps est le dernier ! 563

Anou est l'un des noms de Brahmâ, comme étant distinct de Brahman, et il veut dire "atome" ; anîyâmsam anîyasam, "le plus atomique de l'atomique", "l'immuable et l'impérissable (achyouta) Pouroushottama".

Il s'ensuit, à coup sûr, que les éléments qui nous sont actuellement connus – quel que puisse être leur nombre – et tels qu'ils sont compris et décrits à présent, ne sont pas et ne peuvent pas être les Eléments primordiaux. Ceux-ci furent formés du "lait caillé de la Mère rayonnante et froide" et "des semences de feu du Père brûlant" qui "ne font qu'un" ou, pour employer le langage plus simple de la Science moderne, la Genèsede ces Eléments se fit dans les profondeurs du primordial brouillard de feu, dans les masses de vapeur incandescentes de l'insoluble nébuleuse : en effet, comme le montre le professeur Newcomb 564, les nébuleuses solubles ne constituent pas une catégorie de véritables nébuleuses. Plus de la moitié d'entre elles, pense-t-il, que l'on prit d'abord pour des nébuleuses, sont ce qu'il dénomme des "grappes d'étoiles".

562 Malheureusement, à l'heure où nous écrivons ces pages, "l'archebiosis de l'existence terrestre" est devenue, à la suite d'une analyse chimique un peu plus stricte, un simple précipité de sulfate de chaux c'est-à-dire, au point de vue scientifique, pas même une substance organique ! Sic transit gloria mundi ! [Ainsi passe la gloire de ce Monde.]

563 Vishnu Purâna, WILSON, I, 18, traduction de Fitzedward Hall.

 

Les éléments aujourd'hui connus ont atteint leur état permanent durant cette Quatrième Ronde et cette Cinquième Race. Ils jouissent d'une courte période de repos, avant d'être entraînés une fois de plus dans leur évolution spirituelle ascendante, durant laquelle le "feu vivant d'Orcus" dissociera les plus insolubles et les dispersera de nouveau dans l'UNIQUE primordial.

En attendant, l'Occultiste va plus loin, ainsi que cela a été montré dans les Commentaires des Sept STANCES. Il en résulte qu'il ne peut guère compter sur un appui quelconque de la part de la Science, qui rejettera son "anîyâmsam anyasâm", l'Atome absolument spirituel, aussi bien que ses Mânasapoutras ou Hommes nés du Mental. En résolvant "le seul élément matériel" en un Elément unique, absolu et insoluble, [II 301] l'Esprit ou Matière Racine, ce qui le met tout de suite hors de la portée et de la compétence de la Philosophie Physique – l'Occultiste se trouve, évidemment, n'avoir que bien peu de liens communs avec les hommes  de la Science orthodoxe. Il maintient que l'Esprit et la Matière ne sont que deux facettes de l'inconnaissable UNITE et que la diversité apparente de leurs aspects dépend

  1. des degrés variés de diversification de la Matière et
  2. des états de conscience atteints pas l'homme lui-même. C'est, toutefois, de la Métaphysique et n'a guère de rapports avec la Physique – quelque grande que cette Philosophie physique puisse être maintenant, malgré ses propres restrictions terrestres.

Néanmoins, du moment que la Science admet, sinon l'existence réelle, du moins la possibilité de l'existence d'un Univers, avec ses innombrables formes, conditions et aspects, qui serait tiré d'une "Substance unique 565", il lui faut aller plus loin. A moins qu'elle n'admette aussi la possibilité d'un Unique élément ou de la Vie Unique des Occultistes, il lui [II 302] faudra suspendre cette "substance unique" dans les airs, surtout si elle est limitée aux seules nébuleuses solaires, comme est suspendu le cercueil de Mahomet, mais sans l'attraction des aimants qui soutiennent ce cercueil. Heureusement pour les Physiciens théoriques que, si nous ne sommes pas en état d'indiquer avec une précision quelconque ce qu'implique la théorie nébulaire, il nous a été donné d'apprendre, grâce au professeur Winchell et à plusieurs Astronomes dissidents, ce qu'elle n'implique pas.

Malheureusement c'est loin d'éclairer même le plus simple des problèmes qui ont tourmenté et tourmentent encore les savants qui sont à la recherche de la vérité. Il nous faut continuer notre enquête en partant des premières hypothèses de la Science moderne, si nous voulons découvrir en quoi et pourquoi elle pèche. Peut-être découvrirons-nous que Stallo a raison après tout, et que les vues, les contradictions et les erreurs des savants les plus éminents sont simplement dues à leur attitude anormale. Ils sont et veulent rester Matérialistes quand même et pourtant "les principes généraux de la théorie atomo-mécanique – base de la Physique moderne – sont, en substance, identiques aux doctrines cardinales de la Métaphysique ontologique". Ainsi, "les erreurs fondamentales de l'ontologie deviennent apparentes au fur et à mesure que la science physique progresse 566". La science est imprégnée de conceptions métaphysiques, mais les Savants ne veulent pas l'admettre et luttent d'une façon désespérée pour arriver à couvrir d'un masque atomo-mécanique  les lois purement incorporelles et spirituelles de la Nature sur notre plan – refusant d'admettre leur substantialité même sur d'autres plans, dont ils nient a priori l'existence même.

Il est cependant facile de montrer comment les savants, liés à leurs idées matérialistes, n'ont cessé de s'efforcer, depuis l'époque de Newton, de couvrir de masques trompeurs les faits et la vérité. Toutefois leur tâche devient chaque année plus difficile et, chaque année aussi, la Chimie, en tête de toutes les autres sciences, approche de plus en plus du domaine de l'Occulte dans la Matière. Elle est en train d'assimiler les vérités mêmes que les Sciences Occultes enseignaient depuis un temps immémorial, mais qui, jusqu'à présent, ont été amèrement ridiculisées. "La Matière est éternelle", dit la Doctrine Esotérique, mais la Matière que les Occultistes conçoivent dans son état laya ou zéro n'est pas la matière de la Science Moderne, même dans son état gazeux le plus raréfié. La "matière rayonnante" de Crookes semblerait être de l'espèce la plus grossière  dans le royaume des [II 303] commencements, car elle se transforme en pur Esprit avant de retourner même à son premier point de différenciation. C'est pourquoi, lorsque l'Adepte ou l'Alchimiste ajoute que, bien que la Matière soit éternelle, car elle est PRADHANA, des Atomes n'en naissent pas moins à chaque nouveau Manvantara, ou reconstruction de l'univers, cela ne constitue pas une contradiction, comme pourrait le penser le Matérialiste qui ne croit à rien au-delà de l'Atome. Il existe une différence entre la Matière manifestée et non manifestée, entre Pradhâna, la cause sans commencement et sans fin, et Prakriti ou l'effet manifesté. La Shloka dit :

 Ce qui est la cause non-évoluée est appelé  avec insistance par les sages les plus éminents, pradhâna, la base originale, qui est du prakriti subtil, c'est-à-dire ce qui est éternel et ce qui, en même temps, est et n'est pas, ou n'est qu'un simple processus 567.

564 Popular Astronomy, p. 444.

565 Dans son World-Life (page 48), dans les renvois, le professeur Winchell dit : "il est généralement admis qu'à des températures excessivement élevées, la matière existe dans un état de dissociation – c'est-à-dire un état dans lequel aucune combinaison chimique ne peut exister" et pour prouver l'unité de la Matière il faut avoir recours au spectre qui, dans tous les cas d'homogénéité, ne présente qu'une ligne brillante, tandis que dans le cas où il existerait différents arrangements moléculaires – dans les nébuleuses, par exemple, ou dans une étoile – "le spectre comporterait deux ou trois lignes brillantes" ! Cela ne constituerait aucunement une preuve pour l'Occultiste-Physicien qui prétend qu'au-delà d'une certaine limite de Matière visible, aucun spectre, aucun télescope et aucun microscope ne serviraient à rien. L'unité de la Matière, de ce qui est la vraie Matière cosmique de l'Alchimiste, ou "Terre d'Adam" comme l'appellent les Cabalistes, ne peut guère être prouvée ou niée, ni par le savant français Dumas qui suggère "la nature composite" des "éléments [d'après] certaines relations entre les poids atomiques", ni même par la "matière rayonnante" de Crookes, bien que ses expériences puissent paraître "mieux compréhensibles en se basant sur l'hypothèse de l'homogénéité des éléments de matière et sur la continuité des états de matière". En effet, tout cela ne va pas plus loin que la matière MATERIELLE, pour ainsi dire, même dans ce que nous montre le spectre, ce moderne "œil de Shiva" des expériences de physique. Ce n'est que de cette matière que H. Sainte-Claire Deville pouvait dire que "lorsque des corps, tenus pour simples, se combinent entre eux, ils disparaissent, ils sont individuellement annihilés", simplement parce qu'il ne pouvait pas suivre) ces corps dans leur transformation ultérieure dans le monde de la Matière cosmique spirituelle. A vrai dire, la Science Moderne ne sera jamais capable de creuser assez profondément les formations cosmologiques, pour découvrir les Racines de ce qui forme le Monde, c'est-à-dire de la Matière, à moins qu'elle ne suive les mêmes lignes de pensées qu'avaient suivies les Alchimistes médiévaux.

566 Concepts of Modern Physics, p. 6.

 567 Voir Vishnu Purâna, de Wilson, Vol. I, p. 20.

 

Ce que l'on appelle, dans la phraséologie moderne, l'Esprit et la Matière est UN dans l'éternité, en qualité de Cause perpétuelle et n'est ni Esprit ni Matière, mais CELA – que l'on exprime en sanscrit par TAD, "cela" – tout ce qui est, qui fut ou qui sera, tout ce que l'imagination de l'homme  est  susceptible  de  concevoir.  Le  Panthéisme  exotérique de  l'Hindouisme, lui-même, l'explique comme aucune philosophie monothéiste ne l'a jamais fait, car sa cosmogonie commence, avec une éloquence superbe, par ces mots bien connus :

Il n'y avait ni jour, ni nuit, ni ciel, ni terre, ni ténèbres, ni lumière. Rien n'existait qui fût appréciable par les sens ou par les facultés mentales. Il existait pourtant, alors, un seul Brahma, essentiellement prakriti [Nature] et l'esprit. En effet, ô Brahman, les deux aspects de Vishnou qui diffèrent de son aspect suprême et essentiel, sont prakriti et l'esprit. Lorsque ces deux autres de ses aspects ne subsistent plus, mais sont dissous, alors cet aspect d'où procèdent de nouveau la forme et le reste, c'est-à-dire la création, est appelé le temps, ô deux fois né 568.

Ce qui est dissous, c'est cela, c'est le double et illusoire aspect de CELA, dont l'essence est éternellement UNE, ce que nous appelons la Matière Eternelle ou la Substance, sans forme, sans sexe, inconcevable, même pour notre sixième sens ou mental 569 et dans lequel, par conséquent, nous refusons de voir ce que les Monothéistes appellent un Dieu personnel et anthropomorphe.

Comment ces deux propositions – que "la Matière est [II 304] éternelle" et que "l'Atome est périodique et non éternel" – seront-elles considérées par la Science moderne ? Le physicien matérialiste les critiquera et s'en moquera. Cependant, le savant libéral et progressiste, le véritable et sérieux chercheur scientifique, comme l'éminent chimiste Crookes, corroborera la probabilité des deux assertions. A peine, en effet, s'était éteint l'écho de sa conférence sur la "Genèse des Eléments" – conférence qu'il fit à la Section de Chimie de la British Association, à la réunion de Birmingham en 1887 et qui étonna tellement tous les évolutionnistes qui y assistèrent ou la lurent – qu'il en fit une autre en mars 1888. Une fois de plus, le Président de la Société de Chimie présenta au monde savant et au public les résultats de quelques nouvelles découvertes faites dans le domaine des Atomes, et ces découvertes justifiaient à tous égards les Enseignements Occultes. Elles sont encore plus remarquables que les assertions qu'il émit au cours de sa première conférence et méritent bien l'attention de tous les Occultistes, Théosophes et Métaphysiciens. Voici ce qu'il dit au sujet de ses "Eléments et Méta-Eléments", justifiant aussi les accusations et les prévisions de Stallo, avec  l'intrépidité d'un esprit scientifique qui aime la Science dans l'intérêt de la vérité, sans tenir compte des conséquences que cela pourrait entraîner pour ses propres gloire et réputation. Nous citons ses propres paroles :

Permettez-moi, messieurs, d'appeler maintenant pour un moment votre attention sur un sujet qui a trait aux principes fondamentaux de la chimie sujet qui peut nous amener à admettre la possibilité de l'existence de corps qui, tout en n'étant ni des composés ni des mélanges, ne constituent pas des éléments, au sens le plus strict de ce mot – de corps que je me permets d'appeler des "méta- éléments". Pour faire comprendre ce que je veux dire, il est nécessaire que j'en revienne à l'idée que nous nous faisons d'un élément. Quel est le critérium d'un élément ? Où tirerons-nous une ligne de démarcation entre l'existence distincte et l'identité ? Personne ne doute que l'oxygène, le sodium, le chlore, le soufre, ne soient des éléments séparés, et lorsque nous arrivons à des groupes tels que le chlore, le brome, l'iode, etc., nous continuons à ne pas douter, bien que si des degrés "d'élémenticité" étaient admissibles – et nous pourrons être obligés d'en venir là – on s'accorderait à reconnaître que le chlore se rapproche beaucoup plus du brome que de l'oxygène, du sodium ou du soufre. De même, le nickel et le cobalt sont proches l'un de l'autre, très proches, bien que personne ne mette en doute le droit qu'ils ont à être classés parmi les éléments distincts. Je ne puis, cependant, m'empêcher de me demander quelle opinion aurait prévalu parmi les chimistes, si les solutions de ces corps ou de leurs composés avaient présenté des couleurs identiques, au lieu de couleurs qui sont approximativement complémentaires. Leurs natures distinctes auraient-elles [II 305] été reconnues, même maintenant ? Lorsque nous passons outre et arrivons à ce que l'on appelle les terres rares, le terrain est moins solide sous nos pieds. Nous pouvons peut-être admettre le scandium, l'ytterbium et autres du même genre, au rang des éléments, mais que dirons-nous en ce qui concerne le praseo-dymium et le néodymium, entre lesquels on peut dire qu'il n'existe aucune différence chimique bien déterminée, car leur principal titre à l'individualité séparée n'est que de minimes différences dans leurs qualités basiques et leurs facultés de cristallisation, bien que leurs distinctions physiques, telles qu'elles résultent de l'examen spectral, soient très fortement marquées ? Là encore, nous pouvons supposer que les dispositions de la majorité des chimistes tendraient du côté de l'indulgence, de sorte qu'ils admettraient probablement ces deux corps dans le cercle magique. Quant à savoir si, en agissant de la sorte, ils pourraient s'appuyer sur un principe général quelconque, c'est une question qui reste à résoudre. Si nous admettons ces candidats, comment pourrons-nous, en saine justice, exclure la série des corps élémentaux ou méta-éléments que Krüss et Nilson nous ont fait connaître ? Ici les différences spectrales sont bien marquées, tandis que mes propres recherches sur le didyme font aussi ressortir une légère différence dans le degré de basicité entre quelques-uns, au moins, de ces corps douteux. Il faut comprendre dans la même catégorie les nombreux corps séparés dans lesquels il est probable que l'yttrium, l'erbium, le samarium et d'autres "éléments" – ainsi qu'on les appelle communément – ont été et sont divisés. Où donc tirerons-nous la ligne de démarcation ? Les différents groupements se fondent si imperceptiblement l'un dans l'autre, qu'il est impossible de tracer une limite distincte entre deux corps adjacents et de dire que le corps qui est de ce côté-ci de la ligne est un élément, tandis que celui qui se trouve de l'autre côté ne l'est pas ou n'est qu'une chose qui imite un élément ou s'en rapproche. Partout où l'on pourrait tirer une ligne de démarcation ayant une apparence de raison d'être,  il serait sans aucun doute facile d'assigner à la plupart des corps la place qui lui revient, attendu que, dans tous les cas  de  classification,  la  difficulté  réelle  surgit lorsque l'on approche de la limite. On admet, bien entendu, de légères différences chimiques et, jusqu'à un certain point aussi, il en est de même de différences physiques bien marquées. Que dirons-nous, cependant, lorsque l'unique différence chimique consiste en une imperceptible tendance qu'a l'un des corps – d'un couple ou d'un groupe – de précipiter avant l'autre ? Il y a aussi des cas où les différences chimiques atteignent leur point  de disparition, quoique des différences physiques bien marquées puissent subsister. Nous nous heurtons  ici à une nouvelle difficulté ; au milieu d'une pareille obscurité qu'est-ce qui est chimique et qu'est-ce qui est physique ? N'avons-nous pas le droit de qualifier de "différence physique", la légère tendance qu'a un précipité amorphe naissant de tomber avant un autre ? Ne pouvons – [II 306] nous pas donner le nom de "différences chimiques" aux réactions colorées qui dépendent de la quantité d'un acide donné qui se trouve présente et qui varient avec le degré de concentration de la solution et avec le dissolvant employé ? Je ne vois pas comment nous pouvons refuser le caractère d'un élément à un corps qui diffère d'une autre par une couleur bien définie ou par des réactions spectrales, tandis que nous l'accordons à un autre corps dont le seul titre  est constitué par une très petite différence dans les facultés basiques. Maintenant que nous avons assez largement ouvert la porte pour pouvoir admettre quelques différences spectrales, il nous faut rechercher la ténuité de différence qui permet au candidat de passer. Je citerai, au sujet de quelques-uns de ces candidats, des exemples tirés de mon expérience personnelle.

Ici le grand Chimiste cite plusieurs exemples de la très extraordinaire façon dont se comportent des molécules et des terres qui sont en apparence semblables mais qui, pourtant, lorsqu'on les examine de très près, laissent voir des différences qui, pour si petites qu'elles soient, n'en prouvent pas moins qu'aucun de ces corps n'est un corps simple et que les soixante ou soixante-dix éléments qu'accepte la chimie ne répondent plus aux nécessités actuelles. Leur nombre est sans doute légion, mais comme ce que l'on appelle la "théorie périodique" s'oppose à la multiplication illimitée des éléments, le Prof. Crookes est obligé de trouver un moyen quelconque de concilier les nouvelles découvertes avec l'ancienne théorie. Cette théorie, dit-il :

a été si complètement vérifiée, que nous ne pouvons accepter à la légère une interprétation des phénomènes qui ne serait pas d'accord avec elle, mais si nous supposons que les éléments sont renforcés par un grand nombre de corps différant peu les uns des autres dans leurs propriétés et constituant, si je puis  m'exprimer ainsi, des agrégations de nébuleuses, là où jadis nous n'apercevions ou nous ne pensions voir que des étoiles distinctes, le classement périodique ne peut plus être clairement compris, c'est-à-dire du moins si nous conservons notre conception usuelle de l'élément. Modifions donc cette conception. Que le mot "élément" prenne la signification de "groupe élémentaire" – ces groupes élémentaires remplaçant les anciens éléments dans le système périodique – et la difficulté tombe. En définissant un élément, ne prenons pas une limite extérieure, mais un type interne. Disons, par exemple, la plus petite quantité pondérable d'yttrium est un assemblage d'atomes ultimes presque infiniment plus semblables entre eux qu'aux atomes de tout autre élément approchant. Il ne s'ensuit pas nécessairement que les atomes soient tous absolument semblables entre eux. Le poids atomique qui est attribué à l'yttrium ne représente donc guère qu'une valeur moyenne, autour de laquelle les poids réels des  atomes  individuels  de  "l'élément"  se [II 307] groupent dans certaines limites. Pourtant, si ma supposition est admissible, au cas où nous pourrions séparer les atomes les uns des autres nous constaterions qu'ils varient dans des limites restreintes de part  et d'autre de la moyenne. Le processus même du fractionnement implique l'existence de ces différences dans certains corps.

Ainsi les faits et la vérité ont, une fois de plus, forcé la main à la Science "exacte" et l'ont obligée à élargir ses théories et à changer ses termes qui, masquant la multiplicité, la réduisaient à un seul corps – comme le Septuple Elohim et ses légions transformés en un unique Jéhovah par les matérialistes religieux. Remplacez les termes chimiques de "molécule", "atome", "particule", etc., par les mots "Légions", "Monades", "Dévas", etc., et on pourrait croire que c'est la Genèsedes Dieux, l'évolution primordiale de forces manvantariques intelligentes, qui est décrite. Le savant conférencier ajoute à ses remarques descriptives quelque chose de plus suggestif encore : est-ce consciemment ou inconsciemment, qui le sait ? Il dit :

Tout récemment encore, les corps de ce genre figuraient sur la liste des éléments. Ils avaient des propriétés définies, tant chimiques que physiques ; des poids atomiques reconnus. Si nous prenons une solution diluée pure d'un de ces corps, l'yttrium par exemple, et que nous y ajoutons un excès d'ammoniaque concentré, nous obtiendrons un précipité qui semble parfaitement homogène, mais si, par contre, nous ajoutons de l'ammoniaque très diluée, en quantité juste suffisante pour précipiter la moitié seulement de la base présente, nous n'obtenons aucun précipité immédiat. Si nous remuons soigneusement le tout de façon à amener un mélange uniforme de la solution et de l'ammoniaque et que nous laissons reposer durant une heure, parfaitement à l'abri de la poussière, nous trouverons encore le liquide clair et limpide, sans aucun vestige de trouble. Cependant, après trois ou quatre heures, une sorte d'opalescence se manifeste et le lendemain matin un précipité a fait son apparition. Voyons maintenant quelle peut être la signification de ce phénomène ! La quantité de matière précipitante ajoutée ne suffisait pas à précipiter plus de la moitié de l'yttrium présent, de sorte qu'un processus voisin de la sélection s'est accompli durant plusieurs heures. Il est évident que le précipité ne s'est pas fait au hasard et que les molécules de la base qui ont été décomposées, sont celles qui se sont trouvées en contact avec une molécule  correspondante d'ammoniaque, car nous avons eu soin de bien mélanger les  liquides,  de  façon  à  éviter  qu'une  molécule du sel primitif pût être exposée plus qu'une autre à la décomposition. Si nous tenons, en outre, compte du temps qui s'est écoulé avant l'apparition d'un précipité nous ne pouvons éviter d'en [II 308]  conclure que l'action qui s'est produite durant les premières heures a le caractère d'une sélection. Le problème à résoudre ne consiste pas à découvrir pourquoi un Précipité s'est produit, mais bien à découvrir ce qui détermine  ou pousse certains atomes à précipiter et d'autres à rester en solution. Au milieu de la multitude des atomes présents quelle est la puissance qui pousse chaque atome à choisir la bonne voie ? Nous pouvons nous représenter une force dirigeante, passant les atomes en revue, un à un, choisissant l'un pour être précipité et l'autre pour rester en solution, jusqu'à ce que tous aient eu leur place.

C'est nous qui avons souligné quelques passages de cette citation. Un Savant peut bien se demander : Quelle est la puissance qui dirige chaque Atome ? Que signifie le caractère sélectif qu'elle revêt ? Les Théistes résoudraient la question en répondant : "Dieu" et de cette façon ne résoudraient rien au point de vue philosophique. L'Occultisme se place sur son terrain Panthéiste pour répondre et renseigner les étudiants sur les "Dieux, les Monades et les Atomes". Le savant conférencier y voit ce qui le préoccupe le plus : les jalons qui marquent l'entrée d'un sentier qui peut conduire à la découverte et à la complète démonstration de l'existence d'un élément homogène dans la Nature. Il fait cette remarque :

Pour qu'une sélection de ce genre puisse s'opérer, il faut évidemment qu'il existe quelques légères différences entre lesquelles il soit possible de choisir et ces différences doivent presque certainement porter sur le degré de basicité et être assez minimes pour échapper à toute détection par les moyens actuellement connus, bien qu'elles soient susceptibles d'être cultivées  et encouragées au point de les rendre, à un certain moment, appréciables par les tests ordinaires.

L'Occultisme qui connaît l'existence et la présence dans la Nature de l'Unique Elément Eternel, sur la première manifestation duquel s'implantent périodiquement les racines de l'arbre de vie, n'a pas besoin de preuves scientifiques. Il dit : La Sagesse Antique a résolu le problème il y a des siècles. Oui, lecteur convaincu ou moqueur, la Science s'approche lentement, mais sûrement, de nos domaines de l'Occulte. Ses propres découvertes l'obligent à adopter, nolens volens, notre phraséologie et nos symboles. La Chimie est maintenant tenue, par la force même des choses, d'accepter notre image de l'évolution des Dieux et des Atomes qui est figurée d'une façon si suggestive et frappante par le Caducée de Mercure, le Dieu de la Sagesse, et dans le langage allégorique des Sages Archaïques. Voici ce que dit un Commentaire de la Doctrine Esotérique : [II 309]

Le tronc de L'ASVATTHA (l'arbre de Vie et d'Etre, la TIGE du Caducée) pousse et descend à chaque Commencement (chaque nouveau Manvantara) du sein des deux ailes sombres du Cygne (HANSA) de la Vie. Les deux Serpents, le toujours-vivant et son illusion (l'Esprit et la matière) dont les deux têtes croissent de l'unique tête entre les ailes, descendent le long du tronc, entrelacés dans un étroit embrassement. Les deux queues se rejoignent sur terre (l'Univers manifesté) où elles ne font qu'une et c'est la grande illusion, ô Lanou !

Tout le monde sait ce qu'est le Caducée, considérablement modifié par les Grecs. Le symbole original avec la triple tête du serpent – fut transformé en une tige surmontée d'une protubérance et les deux têtes inférieures furent séparées, ce qui défigura quelque peu la signification originale. Pourtant cette tige laya enveloppée de  deux serpents est une illustration aussi bonne que possible pour le but que nous poursuivons. En vérité, les pouvoirs merveilleux du Caducée magique ont été chantés par tous les poètes antiques et ce à très juste titre pour ceux qui en comprenaient la signification secrète.

 Or, que dit l'érudit Président de la Société de Chimie de Grande- Bretagne, dans cette même conférence, qui ait quelques rapports avec la doctrine ci-dessus mentionnée ? Très peu de choses, ceci seulement – et rien de plus :

 Dans mon discours de Birmingham, auquel j'ai déjà fait allusion, j'ai prié mon auditoire de se représenter l'action exercée par deux forces sur le protyle original : deux forces dont l'une serait le temps, accompagné d'un abaissement de température et l'autre un mouvement oscillatoire semblable à celui d'un puissant pendule, passant par des cycles périodiques d'afflux et de reflux, de repos et d'activité et se trouvant intimement relié à la matière impondérable, à l'essence ou source  d'énergie que nous appelons l'électricité. Or, une comparaison comme celle-ci atteint son but, si elle réussit à fixer l'esprit sur le fait spécial qu'elle prétend accentuer, mais, on ne doit pas nécessairement s'attendre à la voir cadrer avec tous les faits. Outre l'abaissement de la température, avec l'afflux et le reflux périodique de l'électricité, positive ou négative, nécessaire pour conférer auxéléments nouveau-nés leur atomicité spéciale, il est évident qu'il faut faire entrer un troisième facteur  en ligne de compte. La  nature  n'agit  pas  sur  une surface [II 310] plane ; elle veut de l'espace pour ses opérations cosmogéniques et si nous introduisons l'espace comme troisième facteur tout semble clair. Au lieu d'un pendule qui, tout en étant, jusqu'à un certain point, une bonne illustration, est, par le fait, impossible, cherchons un moyen plus satisfaisant de représenter ce qui a pu, selon moi, se passer. Supposons le diagramme en zigzags, non pas tracé sur un plan, mais projeté dans l'espace à trois dimensions. Quelle forme vaut-il mieux que nous choisissions pour répondre à toutes les conditions que cela implique ? Un grand nombre de faits peuvent être bien expliqués en supposant que la projection dans l'espace de la courbe en zigzags du professeur Emerson Reynold est une spirale. Cette figure est toutefois inadmissible, d'autant plus que la courbe doit traverser, deux fois durant chaque cycle, un point neutre en ce qui concerne l'électricité et l'énergie chimique. Il nous faut donc adopter quelque autre figure. La courbe d'un huit (8) ou une lemniscate se raccourcira en un zigzag tout aussi bien qu'une spirale et remplira toutes les conditions du problème.

Une lemniscate pour l'évolution descendante, de l'Esprit dans la Matière ; peut-être un autre genre de spirale pour sa réinvolution ascendante, de la Matière jusqu'à l'Esprit et l'inévitable réabsorption graduelle et finale dans l'état laya, que la Science dénomme à sa façon "le point neutre en ce qui concerne l'électricité" ou le point zéro. Tels sont les faits et les assertions Occultes. On peut s'en rapporter avec sécurité et confiance à la Science pour les justifier un jour. Ecoutons  encore, toutefois, ce qui est dit au sujet de ce type générique primordial du Caducée symbolique :

Une figure de ce genre sera produite par trois mouvements simultanés très simples. Primo, une oscillation simple en avant et en arrière (supposons que ce soit de l'Est à l'Ouest) ; secundo, une oscillation simple à angle droit avec la première (par exemple du Nord au Sud) ; d'une durée périodique moitié moindre, c'est-à-dire deux fois plus rapide ; et tertio, un mouvement à angle droit avec ces deux premiers (de haut en bas, par exemple) qui, sous sa forme la plus simple, aurait une vélocité invariable. Si nous projetons cette figure dans l'espace, nous constatons, en l'étudiant, que les points de la courbe où le chlore, le brome et l'iode sont formés, sont très voisins les uns des autres ; il en est de même du soufre, du sélénium et du tellure, ainsi que du phosphore, de l'arsenic et de l'antimoine et pour d'autres séries de corps analogues. On pourrait se demander si cette théorie explique pourquoi et comment les éléments apparaissent dans cet ordre ? Imaginons un mouvement de translation cyclique dans l'espace, dont chaque évolution présiderait à la Genèsedu groupe d'éléments que j'ai précédemment représenté comme étant produit au cours d'une vibration complète du pendule. Supposons qu'un cycle s'est trouvé ainsi complété et que le centre de la force créatrice inconnue, au cours de son puissant mouvement (le translation à travers l'espace, a [II 311] semé le long de sa route les atomes primitifs – les germes, s'il m'est permis d'employer cette expression – qui doivent alors s'unir et développer les groupes connus aujourd'hui sous les noms de lithium, béryllium, carbone, azote, oxygène, fluor, sodium, magnésium, silice, phosphore, soufre et chlore. Quelle est, selon toutes probabilités, la forme de la piste qui est maintenant suivie ? Si elle était  strictement limitée au même plan de température et de temps, les groupes élémentaires qui auraient apparu ensuite auraient été ceux du lithium et le cycle primitif se serait éternellement reproduit en donnant sans cesse naissance aux 14 mêmes éléments. Les conditions ne sont toutefois pas exactement les mêmes. L'espace et l'électricité n'ont pas changé, mais la température s'est modifiée, de sorte qu'au lieu que le nombre des atomes de lithium soit renforcé par d'autres atomes analogues à tous égards, le groupement atomique qui prend naissance lorsque commence le second cycle, forme, non pas du lithium, mais du potassium, son descendant en ligne directe. Supposez donc que la vis generatrix [force génératrice] exécute, pendant les cycles, un mouvement de va-et- vient sur une voie en forme de lemniscate, ainsi que je l'ai suggéré plus haut, tandis que simultanément la température s'abaisse et le temps s'écoule  – variations que j'ai tenté de représenter par la chute de haut en bas – et que chaque courbe de la piste en lemniscate coupe la même ligne verticale en des points de plus en plus bas. Projetée dans l'espace, la courbe laisse voir une ligne centrale neutre en ce qui concerne l'électricité et les propriétés chimiques – l'électricité positive au nord et l'électricité négative an sud. La nature de l'atomicité dominante est réglée par la distance à une ligne centrale neutre, à l'est et à l'ouest, les éléments monoatomiques se trouvant à une unité de distance, les éléments diatomiques à deux unités de distance et ainsi de suite. Sur chaque courbe successive la même loi reste vraie.

Ensuite, comme pour prouver le postulat de la Science Occulte et de la Philosophie Hindoue, qui dit qu'à l'heure du Pralaya les deux aspects de la Divinité Inconnaissable, "le Cygne dans les ténèbres", Prakriti et Pourousha, la Nature ou Matière, sous toutes ses formes, et l'Esprit, ne subsistent plus mais sont absolument dissous, voici l'opinion scientifique finale du grand Chimiste anglais, qui couronne ses preuves en disant :

Nous avons maintenant suivi la formation des éléments chimiques, en partant de centres et de vides jusqu'à un fluide primitif informe. Nous avons démontré la possibilité, voire même la probabilité, que les atomes ne sont pas éternels mais partagent avec tous les autres êtres créés les attributs du dépérissement et de la mort.

Amen répond à cela l'Occultisme, attendu que la "possibilité" [II 312] et la "probabilité" scientifiques sont pour lui des faits démontrés de façon à rendre inutile toute preuve ultérieure, ou toute preuve physique extrinsèque. Néanmoins, il répète avec plus d'assurance que jamais – "LA MATIERE EST ETERNELLE et ne devient atomique (dans ses aspects) que périodiquement". C'est aussi sûr qu'est fausse l'autre proposition, acceptée presque à l'unanimité par les Astronomes et les Physiciens – à savoir que le corps de l'Univers s'use d'une façon graduelle qui aboutira à l'extinction des Feux Solaires et à la destruction de l'Univers – du moins telle que cette proposition est présentée par les hommes de science. Il se produira, comme il s'est toujours produit dans le temps et l'éternité, des dissolutions périodiques de l'Univers manifesté, comme celles que produisent les Pralayas partiels après chaque Jour de Brahmâ et le Pralaya universel – le MAHA PRALAYA – qui n'a lieu qu'à la fin de chaque âge de Brahmâ. Toutefois, les causes scientifiques de ces dissolutions, telles que les donne la Science exacte, n'ont aucun rapport avec leurs causes véritables. Quoi qu'il en soit, l'occultisme est une fois de plus justifié par la Science, car Crookes dit :

Nous avons montré, au moyen d'arguments empruntés au laboratoire de chimie, que dans la matière qui a répondu à toutes les épreuves auxquelles on soumet un élément, il existe des différences à peine indiquées qui rendent la sélection possible. Nous avons vu que les distinctions consacrées par le temps qui sont établies entre les éléments et les composés, ne peuvent plus cadrer avec les développements de la chimie, mais doivent être modifiées de façon à englober un grand nombre de corps intermédiaires – de "méta-éléments". Nous avons    établi que les objections de Clerk-Maxwell peuvent être réfutées, quel que soit leur poids et, finalement, nous avons suggéré des raisons pour croire que la matière primitive a été formée par l'action d'une force génératrice qui donne naissance, d'une façon intermittente, à des atomes doués d'une quantité variable des formes primitives de l'énergie. S'il nous est permis de hasarder des conjectures au sujet de la source d'énergie renfermée dans un atome chimique, nous pouvons, je  crois, supposer que les radiations de chaleur qui se propagent à travers l'éther et émanent de la matière pondérable de l'Univers, sont, au moyen d'un processus naturel qui ne nous est pas encore connu, transformées sur les confins de l'univers et deviennent les mouvements primaires – essentiels – des atomes chimiques, qui aussitôt formés, gravitent vers le centre et restituent ainsi à l'Univers l'énergie qui autrement serait perdue pour lui sous forme de chaleur rayonnante. Si cette supposition est bien fondée, l'émouvante prédiction de Sir William Thomson, au sujet de la décrépitude finale de l'Univers par suite de la dispersion de son énergie, tombe d'elle-même. C'est ainsi, messieurs, qu'à mon avis, l'on peut provisoirement traiter cette question des éléments. Notre mince savoir sur ces [II 313] premiers mystères  s'accroît régulièrement et sûrement, bien que lentement.

Par une étrange et curieuse coïncidence, notre doctrine Septénaire elle-même semble forcer la main à la Science. Si nous ne nous  trompons, la Chimie fait mention, de quatorze groupements d'atomes primitifs – le lithium, le béryllium, le bore, le carbone, l'azote, l'oxygène, le fluor, le sodium, le magnésium, l'aluminium, le silicium, le phosphore, le soufre et le chlore, et le Prof. Crookes, lorsqu'il parle des "atomicités dominantes", en mentionne sept groupes, car il dit :

Au fur et à mesure que circule le puissant foyer d'énergie créatrice, nous le voyons semer, au cours de cycles successifs, en un endroit de l'espace, des semences de lithium, de potassium, de rubidium et de cæsium ; en un autre endroit, de chlore, de brome et d'iode ; en un troisième, de sodium, de cuivre, d'argent et d'or ; en un quatrième, de soufre, de sélénium et de tellure ; en un cinquième, de béryllium, de calcium, de strontium et de baryum en un sixième, de magnésium, de zinc, de cadmium et de mercure dans un septième, de phosphore, d'arsenic, d'antimoine et de bismuth [ce qui fait sept groupements d'une part – Et après avoir semé] dans d'autres endroits les autres éléments – à savoir : l'aluminium, le gallium, l'indium et le thallium ; le silicium, le germanium et l'étain ; le carbone, le titane et le zirconium... [il ajoute] en même temps qu'une position naturelle près de l'axe neutre est trouvée pour les trois groupes d'éléments que le professeur Mendeleeff relègue dans une sorte d'Hospice d'incurables – sa huitième famille.

Il serait intéressant de comparer ces sept familles et la huitième famille "d'incurables", avec les allégories qui ont trait aux sept fils primitifs de "notre Mère, l'Espace Infini", ou Aditi et au huitième fils rejeté par elle. De nombreuses et d'étranges coïncidences peuvent ainsi être découvertes entre "ces chaînons intermédiaires... que l'on appelle des méta-éléments" ou élémentoïdes et ceux que la Science Occulte appelle leurs Noumènes, le Mental et les Régents intelligents de ces groupements de monades et d'atomes ; mais cela nous mènerait trop loin. Contentons- nous de constater l'aveu de ce fait que :

Cette déviation hors de l'homogénéité absolue devrait distinguer la constitution de ces molécules ou de ces agrégats de matière que nous appelons des éléments et deviendrait peut-être plus claire si nous nous reportions par l'imagination à l'aurore naissante de notre univers matériel et, face à face avec le Grand Secret si nous cherchions à étudier les processus de l'évolution élémentale.

Ainsi, la Science en arrive,  dans  la  personne  de  ses représentants [II 314] les plus autorisés, à adopter finalement, pour se faire mieux comprendre des profanes, la façon de parler d'anciens Adeptes comme Roger Bacon et retourne au "protyle". Tout cela donne de l'espoir et constitue un "signe des temps" suggestif.

 En vérité, ces "signes" sont nombreux et se multiplient chaque jour, mais aucun d'eux n'est plus important que ceux que nous avons cités. En effet, le gouffre qui séparait les "superstitions peu scientifiques" de l'enseignement Occulte, de ce qu'enseigne la Science "exacte", est aujourd'hui entièrement comblé et l'un, au moins, des rares Chimistes éminents de notre époque se trouve dans le domaine des possibilités infinies de l'occultisme. Chaque pas qu'il fera en avant le rapprochera de plus en plus de ce mystérieux Centre, d'où rayonnent les innombrables sentiers qui conduisent l'Esprit dans la Matière et qui fait des Dieux et des vivantes Monades l'homme et la nature sensible.

Nous avons pourtant encore quelque chose à dire sur ce sujet dans la section suivante.

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