MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

LA DOCTRINE SECRETE VOL 1

PREMIER VOLUME - COSMOGENESE

PREMIER VOLUME

COSMOGENESE

 

[I LXXVIII]

  

PREFACE

Pages d'archive préhistorique

 Un manuscrit archaïque – assemblage de feuilles de palmier rendues, par quelque procédé inconnu, inaltérables à l'eau, au feu et à l'air – se trouve sous les yeux de l'auteur. Sur la première page l'on voit un disque blanc immaculé, sur fond noir. Sur la suivante, il y a un disque semblable, avec un point au centre. L'étudiant sait que le premier représente le Kosmos dans l'Eternité, avant le réveil de l'Energie encore assoupie, émanation de l'Univers en des systèmes postérieurs. Le point dans le cercle jusqu'alors immaculé, l'Espace et l'Eternité en Pralaya, indique l'aurore de la différenciation. C'est le Point dans l'Œuf du Monde, le Germe qu'il contient deviendra l'Univers, le Tout, le Kosmos illimité et périodique – ce Germe étant périodiquement et tour à tour latent et actif. Le cercle unique est l'Unité divine, dont tout procède, où tout retourne : sa circonférence – symbole forcément limité, de par les limites mêmes de l'esprit humain – indique la PRESENCE abstraite, à jamais inconnaissable, et son plan, l'Ame Universelle, bien que les deux ne fassent qu'un. Cependant la surface du disque est blanche et le fond qui l'entoure noir : cela montre clairement que ce plan est la seule connaissance – quelque embrumée qu'elle soit encore – qui soit accessible à l'homme. C'est sur ce plan que commencent les manifestations manvantariques car c'est dans cette AME que dort, durant le Pralaya, la Pensée Divine 128, où gît caché le plan de toutes Cosmogonie et Théogonie futures. [I LXXVIII]

C'est la VIE UNIQUE, éternelle, invisible et pourtant omniprésente sans commencement ni fin, et pourtant régulière dans ses manifestations périodiques – entre lesquelles règne le sombre mystère du Non-Etre ; inconsciente, et pourtant conscience absolue incompréhensible, et pourtant la seule Réalité par soi-même existante vraiment, "un Chaos pour les sens, un Kosmos pour la raison". Son attribut unique et absolu, qui est Elle- même l'éternel et incessant Mouvement, est appelé, en langage ésotérique, "le Grand Souffle 129" c'est le mouvement perpétuel de l'Univers, dans le sens d'Espace sans limites et à jamais présent. Ce qui est immobile ne peut être Divin. Mais, en fait et en réalité, il n'y a rien d'absolument immobile dans l'Ame Universelle.

Près de cinq siècles avant J.-C., Leucippe, précepteur de Démocrite, maintenait que l'Espace était éternellement rempli d'atomes animés d'un mouvement incessant, lequel, en temps voulu, lorsque ces atomes s'agrégèrent, engendra un mouvement rotatoire, par des collisions mutuelles qui produisirent des mouvements latéraux. Epicure et Lucrèce enseignèrent la même doctrine, ajoutant seulement au mouvement latéral des atomes l'idée de leur affinité – enseignement Occulte.

Depuis le commencement de l'héritage humain, depuis la première apparition des architectes du globe sur lequel nous vivons, la Divinité non- révélée fut reconnue et considérée sous son unique aspect philosophique – le Mouvement Universel, le frisson du Souffle créateur dans la Nature. L'Occultisme résume ainsi l'Existence Unique : "La Divinité est un arcane, un FEU vivant (ou mouvant), et les éternels témoins [I LXXIX] de cette Présence Invisible sont la Lumière, la Chaleur et l'Humidité" – cette trinité incluant  tous  les  phénomènes  de  la  Nature  et  en  étant  la  cause 130. Le mouvement Intra-Cosmique est éternel et incessant le mouvement cosmique – celui qui est visible ou perceptible – est fini et périodique. Comme abstraction éternelle, c'est le TOUJOURS PRESENT comme manifestation, il est fini et dans la direction de l'avenir et dans la direction du passé, les deux étant l'Alpha et l'Oméga des  reconstructions successives. Le Kosmos – le Noumenon – n'a rien à faire avec les relations causales du Monde phénoménal. C'est seulement par rapport à l'Ame intracosmique, au Kosmos idéal dans l'immuable Pensée Divine, que nous pouvons dire : "Il n'a jamais eu de commencement et n'aura jamais de fin." En ce qui concerne son corps, ou l'organisation cosmique, bien qu'on ne puisse dire que jamais il ait eu une première construction ou doive en avoir une dernière, cependant, à chaque nouveau Manvantara, son organisation peut être regardée comme la première et la dernière de son espèce, car il évolue chaque fois sur un plan supérieur...

130 Les Nominalistes prétendant, avec Berkeley, "qu'il est impossible... de se faire une idée abstraite du mouvement séparé du corps en mouvement" (Principes de la Connaissance humaine), pourront demander : Quel est ce corps, producteur de ce mouvement ? Est-ce une substance ? Alors, vous croyez à un Dieu personnel ? etc. Nous répondrons plus tard, dans un appendice ; en attendant, nous réclamons nos droits de Conceptionalistes, en opposition avec les vues matérialistes de Roscellini sur le Réalisme et le Nominalisme. "Est-ce que la science – demande un de ses meilleurs avocats, Edward Clodd – a rien révélé qui porte atteinte ou s'oppose aux anciennes paroles où est donnée l'essence de toutes les religions passées, présentes ou futures : agir justement, aimer la  pitié, marcher humblement devant ton Dieu ?" Il suffit que nous comprenions, par le mot Dieu, non pas le grossier anthropomorphisme qui forme encore la charpente de notre théologie courante, mais la conception symbolique de ce qui est la Vie et le Mouvement de l'Univers ; connaître cela, dans l'ordre physique, c'est connaître le temps passé, présent et à venir dans la succession des phénomènes ; le connaître, dans l'ordre moral, c'est connaître ce qui a été, ce qui est, et ce qui sera, dans la conscience humaine. (Voir Science and Emotions, conférence faite à South Place Chapel, Finsbury, Londres, le 27 décembre 1885.)

131 "De nombreuses modifications de mots ont été apportées par H.P.B. dans les citations qu'elle fit d'Isis Dévoilée et nous les respectons entièrement."

 

Nous disions, il y a quelques années 131 :

La doctrine ésotérique enseigne, comme le Bouddhisme, le Brâhmanisme et même la Kabale, que l'Essence une, infinie et inconnue existe de toute éternité,  et devient tour à tour passive [I LXXX] et active, en successions régulières et harmonieuses. Dans le langage poétique de Manou, ces conditions sont appelées les Jours et  les Nuits de Brahmâ. Celui-ci est "éveillé"  ou "endormi". Les Svâbhâvikas ou philosophes de la plus vieille école de Bouddhisme (qui existe encore au Népal) bornent leurs spéculations à la condition active de cette "Essence", qu'ils appellent Svabhâvat, et pensent qu'il est insensé de faire des théories sur la puissance abstraite et "inconnaissable" dans sa condition passive. Aussi    sont-ils appelés Athées par les théologiens chrétiens et les savants modernes qui ne comprennent pas la logique profonde de leur philosophie. Les théologiens ne veulent pas admettre d'autre Dieu que la personnification des puissances secondaires qui ont façonné l'univers visible, et qui, pour eux, sont devenues le Dieu anthropomorphique des chrétiens – le mâle Jehovah, rugissant au sein des éclairs et du tonnerre. De son côté, la science rationaliste salue les Bouddhistes et les Svâbhâvikas comme les "Positivistes" des âges archaïques. Si l'on n'envisage la philosophie de ces derniers que d'un côté, nos matérialistes peuvent avoir raison à leur manière. Les Bouddhistes soutiennent qu'il n'y a pas de Créateur, mais un nombre infini de puissances créatrices, dont l'ensemble forme la substance une et éternelle, dont l'essence est inscrutable –  et ne peut, par conséquent, être un sujet de spéculation pour un véritable philosophe. Socrate refusa toujours de discuter sur le mystère de l'être universel, et pourtant, nul n'aurait songé à l'accuser jamais d'athéisme, sauf  ceux qui avaient juré sa perte. Au début d'une période active, dit la DOCTRINE SECRETE, une expansion de cette Essence Divine a lieu, de dehors en dedans et de dedans en dehors, en vertu de la loi éternelle et immuable, et l'univers phénoménal ou visible est le résultat ultime de la longue chaîne des forces cosmiques ainsi progressivement mises en mouvement. De même, en retournant à la condition passive, la divine essence se contracte, et l'œuvre antérieure de la création est graduellement et progressivement défaite. L'Univers visible se désintègre, ses matériaux se dispersent, et, seules "les ténèbres" couvrent une fois de plus la face de l' "abîme". Pour employer une métaphore des livres secrets, qui rendra l'idée encore plus claire,  une expiration de l' "essence inconnue" produit le monde, et une inspiration le fait disparaître. Ce processus a été en action, de toute éternité, et notre univers actuel n'est   que l'un des termes d'une série infinie qui n'a pas eu de commencement et qui n'aura pas de fin 132.

Ce passage sera expliqué, autant que possible, dans le  présent ouvrage. Bien que ne contenant rien d'essentiellement nouveau sous cette forme pour un Orientaliste, son interprétation [I LXXXI] ésotérique peut contenir bien des choses jusqu'ici inconnues de l'étudiant occidental.

La première figure était un simple disque O ; la seconde dans le symbole archaïque – un disque avec un point au milieu, 0 – première différenciation dans les manifestations périodiques de la Nature toujours éternelle, l'insexuelle et infinie "Aditi dans CELA 133, le point dans le cercle, ou l'Espace potentiel dans l'Espace abstrait. A la troisième phase, le point se transforme en un diamètre 8 : c'est le symbole de la Mère-Nature, divine et immaculée, dans l'Infinité absolue et qui embrasse tout. Quand ce diamètre est croisé par un autre diamètre vertical Å, nous avons la Croix du Monde. L'humanité a atteint sa Troisième Race-Racine ; c'est le signal du commencement de la Vie humaine. Quand la circonférence disparaît et ne laisse que la croix +, c'est le signe que la chute de l'homme dans la matière est complète, et la Quatrième Race commence. La croix dans le cercle est un symbole purement Panthéiste lorsqu'on supprime le cercle circonscrit, le symbole devient phallique. Il avait le même sens, et d'autres encore, sous la forme de TAU inscrit dans un cercle , ou comme Marteau de Thor, la croix dite Jaina, ou simplement le Svastika dans le cercle.

Le troisième symbole – le cercle divisé en deux par la ligne horizontale du diamètre – signifiait la première manifestation de la Nature créatrice – encore passive parce que féminine. La première perception vague de l'homme, en ce qui concerne la procréation, est féminine, parce que l'homme connaît plus sa mère que son père. Aussi les divinités féminines étaient-elles plus sacrées que les masculines. La Nature est donc féminine, et, jusqu'à un certain point, objective et tangible, et le Principe Spirituel   qui   la   fait   fructifier   est   caché 134.   En   ajoutant   une  ligne perpendiculaire au diamètre horizontal du cercle ; on formait le TAU – T – la [I LXXXII] plus vieille forme de cette lettre. C'était le glyphe de la Troisième Race-Racine jusqu'au jour de sa Chute symbolique – quand la séparation des sexes eut lieu par évolution naturelle – alors la figure devint , le cercle ou vie insexuelle, modifiée et divisée – un double glyphe ou symbole. Avec les sous-races de notre Cinquième Race, il devint en symbologie, le Sacr', et en Hébreu N'cahvah, des Races primitivement formées 135, puis il se transforma, chez les Egyptiens en ☥, emblème de vie, et, plus tard encore, en , le signe de Vénus. Puis vient le Svastika (le Marteau de Thor, ou la Croix hermétique actuelle), entièrement séparée  de son cercle, et devenue ainsi purement phallique. Le symbole ésotérique du Kali Yuga est l'étoile à cinq branches renversée – le  signe  de  la sorcellerie humaine – avec ses deux pointes (cornes) tournées vers le ciel, position que tout occultiste reconnaîtra comme appartenant à la magie de "la main gauche", et employée en magie cérémonielle.

132 Isis Unveiled, II, pp. 264-265. Voir aussi The Days and Nights of Brahmâ, Part. II, Sect. 7.

133 Rig Véda.

134 D'après ce que disent les mathématiciens occidentaux et quelques kabalistes américains, en Kabale aussi "la valeur du nom de Jehovah est celle du diamètre d'un cercle". Ajoutez à cela que Jehovah est la troisième Séphiroth, Binah, mot féminin, et vous aurez la clef du mystère. Par certaines transformations kabalistiques, ce nom, androgyne dans les premiers chapitres de la Genèse, devient entièrement masculin, Caïnite et phallique. Le choix d'une divinité parmi les  dieux  païens dont on fait un dieu spécial et national, appelé le "Dieu Un et Vivant", le "Dieu des Dieux", et de proclamer alors son culte monothéiste, ne suffit pas à changer cette divinité en ce Principe UNIQUE dont "l'Unité n'admet pas de multiplication, de changement ni de forme", spécialement dans le cas d'une divinité priapique comme il est maintenant démontré que c'est le cas pour Jehovah.

135 Voir l'intéressant ouvrage The Source of Measures, où l'auteur explique le vrai sens du mot Sacré, d'où sont dérivés "sacré, sacrement", devenus synonymes de sainteté, bien que purement phalliques par leur étymologie ! [H.P.B. prit pour références de The Source of Measures dans un manuscrit portant la mention : "I Ralston Skinner, 10 janvier 1887, enverrai ce manuscrit original à Mme Blavatsky, Ostende". Ed.]

136 Mândûkya Upanishad, I, 28.

 

Il faut espérer que la lecture du présent livre modifiera les idées, généralement erronées, du public en ce qui concerne le Panthéisme. C'est une erreur de regarder les Bouddhistes et les Occultistes Advaïtas comme des Athées. S'ils ne sont pas tous philosophes, ils sont du moins tous logiciens ; leurs objections et leurs arguments sont fondés sur un raisonnement rigoureux. En vérité, si l'on prend le Parabrahman des Hindous comme représentant les divinités cachées et sans nom des autres nations, on trouvera que ce Principe absolu est le prototype dont furent tirées toutes les autres. Parabrahman n'est pas "Dieu", parce que ce n'est pas un Dieu. "C'est ce qui est suprême et non suprême (Paravara)" 136. Cela est "suprême" comme Cause, non comme effet. Parabrahman est simplement comme "Réalité sans seconde", le Kosmos qui contient tout – ou plutôt, l'Espace Cosmique infini – au sens spirituel le plus élevé, naturellement. Brahman (neutre), étant la Racine immuable, pure, libre, incorruptible et suprême, Unique Existence vraie, Paramârthika", et le Chit et Chaïtanya (Intelligence, Conscience) absolu, ne peut être connaisseur, "car CELA ne peut avoir aucun sujet de cognition". La Flamme peut-elle être appelée l'Essence du Feu ? Cette Essence est "la VIE et la LUMIERE de l'Univers le feu et la flamme visibles ne sont que destruction, mort et mal". Le [I LXXXIII] Feu et la Flamme détruisent le corps d'un Arhat, leur Essence le rend immortel." 137 "La connaissance de  l'Esprit absolu n'est, comme la splendeur du soleil, ou la chaleur dans le feu, autre chose que l'Essence absolue même", dit Sankarâchârya, CELA est l' "Esprit du Feu", non le Feu même ; aussi "les attributs de ce dernier, Chaleur ou Flamme, ne sont pas les attributs de l'Esprit, mais de ce dont l'Esprit est la cause inconsciente". La phrase ci-dessus n'est-elle pas la véritable note fondamentale de la philosophie Rosicrucienne postérieure ? Parabrahman est, en résumé, l'agrégation collective du Kosmos dans son infini et dans son éternité, le "CELA" et le "CECI" auxquels ne peuvent s'appliquer les agrégats distributifs 138. "Au commencement CECI était le Soi, un seulement 139 ; le grand Sankarâchârya explique que "CECI" se rapporte à l'Univers (Jagat) le sens des mots "au commencement" est : avant la reproduction de l'Univers phénoménal.

Lors donc que les Panthéistes font écho aux Upanishads, qui déclarent, ainsi que la DOCTRINE SECRETE, que "Ceci" ne peut créer, ils ne nient pas un Créateur, ou plutôt une agrégation collective de créateurs, mais seulement refusent, très logiquement, d'attribuer la "création" et spécialement la formation, c'est-à-dire quelque chose de fini, à un Principe Infini. Pour eux, Parabrahman est une Cause passive, parce qu'elle est absolue, la Muktâ inconditionnée. Ils lui refusent seulement l'omniscience et l'omnipotence limitées, parce que ce sont encore des attributs, tels qu'ils sont réfléchis dans les perceptions de l'homme et parce que Parabrahman étant le TOUT Suprême, l'Esprit et l'Ame à jamais invisibles de la Nature, immuable et éternel, ne peut avoir d'attributs, l'Absolu excluant tout naturellement tout rapport avec l'idée de fini ou de conditionné. Et quand les Védântins affirment que les attributs appartiennent simplement à son émanation qu'ils appellent Ishvara plus Mâyâ et Avidyâ (Agnosticisme ou Nescience plutôt qu'Ignorance), il est difficile de trouver 140 de l'Athéisme dans cette conception. Puisqu'il ne peut y [I LXXXIV] avoir ni deux Infinis ni deux Absolus dans un Univers supposé sans limites, on ne peut guère concevoir cette Soi Existence créant personnellement. Aux sens et aux perceptions d' "ETRES" finis, CELA est Non-Etre, parce que c'est l'Unique ETRE-TE car, dans ce TOUT  gît cachée son émanation coéternelle et contemporaine ou son rayonnement inhérent, qui, devenant périodiquement Brahmâ (la Potentialité mâle- femelle), s'épand en l'Univers manifesté. "Nârâyana porté sur les Eaux (abstraites) de l'Espace" devient les Eaux de la substance concrète mise en mouvement par lui, c'est-à-dire le Verbe ou Logos manifesté.

Les Brâhmanes orthodoxes, ceux qui s'élèvent le plus contre les Panthéistes et les Advaïtas qu'ils appellent Athées, sont forcés, si Manou a quelque autorité en la matière, d'accepter la mort de Brahmâ, le Créateur, à l'expiration de chaque Age de cette divinité (créatrice) – cent Années Divines, période qui, en années ordinaires, ne peut s'exprimer que par un nombre de 15 chiffres. Pourtant, aucun de leurs philosophes ne comprend cette "mort" autrement que comme une disparition temporaire du plan manifesté de l'existence ou comme un repos périodique.

Les Occultistes sont donc d'accord avec les Philosophes Védântins Advaïtas sur cette doctrine. Ils montrent l'impossibilité d'accepter, sur le terrain philosophique, l'idée du TOUT absolu créant ou même évoluant l'Œuf Doré dans lequel on dit qu'il entre pour se transformer en Brahmâ – le Créateur, dont l'expansion postérieure constitue les Dieux et tout l'Univers visible. Ils disent que l'Unité absolue ne peut devenir  une Infinité, car l'Infinité présuppose l'extension illimitée de quelque chose et la durée de ce quelque chose et le Tout Un n'est – comme l'Espace, qui est la seule représentation mentale et physique sur cette terre, sur notre plan d'existence – ni un objet ni un sujet de perception. Si l'on pouvait supposer que le Tout Eternel et Infini, que l'Unité Omniprésente, au lieu d'être dans l'Eternité, devienne, par des manifestations périodiques, un Univers varié ou une Personnalité multiple, cette Unité cesserait d'en être une. L'idée de Locke, que "le pur espace n'est capable ni de résistance ni de mouvement", est incorrecte. L'espace n'est ni un "vide sans limites" ni une "plénitude conditionnée", mais l'un et l'autre ; c'est aussi – sur le plan de l'abstraction absolue, la Divinité à jamais inconnaissable qui n'est vide que pour les esprits finis 141, et sur celui de la perception mâyâvique, le [I LXXXV] Plenum, le Contenant absolu de tout ce qui est, manifesté ou  non manifesté : C'est, par conséquent ce TOUT ABSOLU. Il n'y a pas de différence entre ce que dit l'Apôtre Chrétien : "En lui nous vivons, nous nous mouvons et avons notre être", et ce que dit le Rishi Hindou : "L'Univers vit dans Brahmâ, procède de Brahmâ, et retournera à Brahmâ" car Brahman (neutre), le non manifesté est cet Univers in abscondito, et Brahmâ, le manifesté, est le Logos, représenté  comme  mâle-femelle 142 dans les dogmes symboliques orthodoxes, le Dieu de l'Initié Apôtre et du Rishi étant à la fois l'ESPACE Invisible et Visible. L'Espace est appelé, en symbolisme ésotérique : "Mère-Père Eternel aux Sept Peaux". Il est composé de sept couches, de sa surface non différenciée à sa surface différenciée.

137 Bôdhimûr, II

138. Voir Védânta Sûra, par le Major G.A. Jacob, et les Aphorismes de Sandilya, traduits par Cowell, p. 42.

139 Aitereya Upanishad.

140 Néanmoins, certains Orientalistes chrétiens prévenus et plutôt fanatiques voudraient prouver que c'est là du pur Athéisme. Voir Védântâ Sarâ du Major Jacob. Et pourtant, toute l'antiquité répétait cette maxime védique :

Omnis enim per se divum natura necesse est

Immortali aevo summa cum pace fruatur.

comme Lucrèce (De Natura Rerum, 11, 646-647) le dit – pure conception Védique. (Traduction libre : C'est dans la nature des Dieux de jouir de l'immortalité – en même temps que de la plus haute paix.)

 141 Les noms même des deux principales divinités, Brahmâ et Vishnou, devraient depuis longtemps avoir suggéré leur signification ésotérique. Car la racine de Brahman, ou Brahm, est, au dire de certains, Brih, "grandir", ou s' "étendre" (Revue de Calcutta, LXVI, p. 14), et celle de Vishnou est Vis, pénétrer, entrer dans la nature de l'essence Brahmâ-Vishnou est cet Espace infini dont les Dieux, les Rishis, Manous et tout ce qui existe dans cet Univers sont simplement les puissances (Vibhutayah).

142 Voir aussi, dans Manou, l'histoire de Brahmâ divisant son corps en mâle et femelle cette dernière partie est la Vâch femelle, en qui il crée Virâj. Comparer aussi avec l'ésotérisme des chap. II, III, IV de la Genèse.

"Qu'est-ce qui a été, qui est et qui sera, qu'il y ait un Univers ou non, qu'il y ait des dieux ou qu'il n'y en ait pas ?", demande le catéchisme ésotérique Senzar. Et l'on répond "C'est l'ESPACE !"

Ce n'est pas le Dieu Un et inconnu, toujours présent dans la Nature, ou la Naturein abscondito, qui est rejeté, mais le Dieu du dogme humain et son "Verbe" humanisé ! Dans son immense suffisance et dans sa vanité, l'homme l'a formé lui même, de sa main sacrilège, avec les matériaux qu'il a trouvés dans sa petite matrice cérébrale, et l'a imposé au genre humain comme une révélation directe de l'ESPACE unique et non révélé 143. L'Occultiste accepte la révélation comme venant [I LXXXVI] d'êtres divins mais encore finis, des vies manifestées, jamais de la VIE UNIQUE qui ne peut se manifester ; de ces entités, appelées Homme primordial, Dhyâni-Buddhas, ou Dhyân-Chôhans, les "Rishi-Prajâpati" des Hindous, les Elohim ou "Fils de Dieu", les Esprits planétaires de toutes les nations, qui sont devenus des Dieux pour les hommes. Il regarde aussi l'Adi-Shakti – l'émanation directe de Mûlaprakriti, la Racine éternelle de CELA, et l'aspect femelle de la Cause créatrice, Brahmâ, sous sa forme Akâshique d'Ame Universelle – philosophiquement comme une Mâyâ, et cause de la Mâyâ humaine. Mais cette manière de voir ne l'empêche pas de croire à son existence tant qu'elle dure, c'est-à-dire pour un Mahâ Manvantara ni d'employer   pour   des   fins   pratiques   Akâsha,   le   rayonnement       de Mûlaprakriti 144, car l'Ame du Monde est [I LXXXVII] reliée à tous les phénomènes naturels, connus ou inconnus de la Science.

143 L'Occultisme est vraiment "dans l'air" à la fin de notre siècle. Entre autres ouvrages récemment publiés, nous en signalerons un aux étudiants de l'Occultisme théorique qui ne veulent pas s'aventurer au-delà du domaine spécial de notre plan humain : New Aspects of Life and Religion, du docteur Henri Pratt [M.S.T.]. Ce livre est plein de dogmes ésotériques et de philosophie, celle-ci un peu limitée cependant, dans les derniers chapitres, par ce qui nous paraît être un esprit de positivisme conditionné. Néanmoins, ce qui est dit de l'Espace comme "la Cause Première Inconnue" mérite d'être cité.

"Ce quelque chose d'inconnu, que nous venons d'identifier avec l'incarnation primitive de la simple unité, est invisible et impalpable [l'espace abstrait, nous l'accordons] et, s'il est invisible et impalpable, il est par conséquent inconnaissable. Et c'est parce qu'il est inconnaissable qu'est née l'erreur qui consiste à le supposer comme un simple vide, une  simple capacité réceptrice. Mais, même quand on le considère comme un vide absolu, il faut admettre ou bien que l'Espace est soi-existant, infini et éternel, ou bien qu'il a une première cause en dehors, derrière, ou au-delà de lui-même.

"Et pourtant, si une telle cause pouvait être trouvée et définie, cela ne nous amènerait qu'à lui transférer les attributs qui, autrement, s'appliquent à l'espace, et ne ferait que rejeter d'un pas de plus la difficulté d'origine, sans que nous obtenions aucun supplément de lumière quant à la causation primaire." (Op. cit., pp. 4-5.)

 C'est là précisément ce qu'ont fait des croyants en un créateur anthropomorphe, en un Dieu extra- cosmique, au lieu d'intra-cosmique. Beaucoup – nous pouvons dire la plupart – des aperçus du docteur Pratt sont de vieilles idées et théories kabalistiques qu'il présente sous un vêtement moderne –  "Nouveaux Aspects" de l'Occulte de la Nature, en vérité. L'espace, cependant, regardé comme une Unité Substantielle – la Source vivante de la Vie – la Cause Inconnue et sans Cause, est le plus vieux dogme de l'occultisme, antérieur de milliers d'années au Pater-Æther des Grecs et des Latins. Il en est de même de "la Force et la Matière, comme Potentialités de l'Espace, inséparables, et révélatrices inconnues de l'Inconnu". On les trouve toutes dans la philosophie  âryenne, personnifiées par Vishvakarman, Indra, Vishnou, etc. Pourtant, elles sont exprimées très philosophiquement, et sous nombre d'aspects inusités, dans l'ouvrage en question.

 

Les plus vieilles religions du monde – exotériquement, car leur racine ou fondation ésotérique est une – sont celles des Indiens, des Mazdéens et des Egyptiens. Puis vient celle des Chaldéens, rejeton des précédentes, entièrement perdue pour le monde actuel, sauf dans le Sabéisme défiguré, interprété à présent par les archéologues. Ensuite, en passant par-dessus nombre de religions dont nous parlerons plus tard, nous arrivons à la juive, qui, ésotériquement, telle qu'elle est dans la Kabale, suit la voie du Magisme Babylonien, et, exotériquement, telle qu'elle est dans la Genèseet le Pentateuque, n'est qu'une collection de légendes allégoriques. Lus à la lumière du Zohar, les quatre premiers chapitres de la Genèsesont les fragments d'une page hautement philosophique de la Cosmogonie du Monde. Laissés sous leur déguisement symbolique, ils ne sont plus qu'un conte de fée, une vilaine épine dans le flanc de la science et de la logique, effet évident du Karma. En les laissant servir de prologue  au Christianisme, les Rabbis se vengèrent cruellement, eux qui savaient bien ce que voulait dire leur Pentateuque. C'était une protestation silencieuse contre la spoliation dont ils étaient l'objet, et les juifs ont certainement le dessus sur leurs traditionnels persécuteurs. Les croyances ésotériques en question seront expliquées à la lumière de la doctrine universelle au cours de notre exposé.

144 Par opposition à l'univers manifesté de la matière, le terme Mûlaprakriti (de Mûla, racine, et Prakriti, nature), ou la matière primordiale non manifestée – appelée par les alchimistes occidentaux Terre d'Adam – est appliqué par les Védântins à Parabrahman. La Matière est double dans la métaphysique religieuse, et, dans les doctrines ésotériques, septuple, comme tout le reste dans l'Univers. Comme Mûlaprakriti, elle est indifférenciée et éternelle comme Vyakta, elle devient différenciée et conditionnée, suivant la Svétâshvatara Upanishad, 1, 8, et le Dévî Bhâgavata Purâna. L'auteur des "Conférences sur la Bhâgavad Gitâ" dit, en parlant de Mûlaprakriti... "Au point de vue objectif du Logos, Parabrahma apparaît à ce Logos sous l'aspect de Mûlaprakriti... Naturellement, cette Mûlaprakriti est matérielle pour lui, comme tout objet matériel  l'est pour nous... Parabrahman est une réalité inconditionnée et absolue, et Mûlaprakriti est une sorte de voile jeté  par-dessus  lui."  (The  Theosophist,  VIII,  p.  304,  fév.-mars-avril  1887.)  [Voir  p.  14,    The Philosophy of the Bhâgavad Gîtâ, 3ème édition Adyar, pour ces conférences publiées en volume en 1931.]

 

Le catéchisme occulte contient les traits suivants :

 "Qu'est-ce qui est toujours ?" – "L'espace, l'éternel Anupâdaka 145" – "Qu'est-ce qui fut toujours ?" – "Le Germe dans la Racine." – "Qu'est-ce qui, sans cesse, va et vient ?" – "Le Grand Souffle." – "Il y a donc trois Eternels ?" – "Non, les trois sont un. Ce qui est toujours est un, ce qui fut toujours est un, ce qui est et devient sans cesse est un aussi : et c'est l'Espace."

"Explique, ô Lanou (disciple)." – "L'Un est un Cercle (Anneau) sans circonférence, car il est partout et n'est nulle part ; l'Un est le Plan sans bornes du Cercle, manifestant un Diamètre pendant les périodes manvantariques seulement ; [I LXXXVIII] l'Un est le Point indivisible trouvé nulle part, perçu partout durant ces périodes ; c'est la Verticale et l'Horizontale, le Père et la Mère, le sommet et la base du Père, les deux extrémités de la Mère n'atteignant en réalité nulle part, car l'Un est l'Anneau comme aussi les anneaux qui sont dans cet Anneau. C'est la Lumière dans l'Obscurité et l'Obscurité dans la Lumière : "le Souffle qui est éternel." Il procède du dehors au-dedans, quand il est partout, et du dedans au dehors quand il n'est nulle part (c'est-à- dire Mâyâ 146 l'un des centres) 147. Il s'épand et se contracte [exhalation et inhalation]. Quand il s'épand, la Mère se diffuse et s'éparpille ; quand il se contracte,    la Mère se retire et se rassemble. Cela produit les périodes d'Evolution et de Dissolution, Manvantara et Pralaya. Le Germe est invisible et ardent : la Racine [le Plan du Cercle] est fraîche mais durant l'Evolution et le Manvantara, son vêtement est froid et rayonnant. Le Souffle chaud est le Père qui dévore la progéniture de l'élément aux nombreuses faces [hétérogène] et laisse ceux qui n'ont qu'une seule face [homogènes]. Le Souffle frais est la Mère qui les conçoit, les forme, les enfante et les reprend dans son sein, pour les reformer à l'Aurore [du jour de Brahmâ, ou Manvantara]."

145 C'est-à-dire le "sans parents" voir plus loin.

146 La philosophie ésotérique, regardant comme Mâyâ (ou l'illusion de l'ignorance) toute chose finie, doit évidemment envisager sous le même jour toute planète et tout corps intra-Cosmique, car ils sont quelque chose d'organisé, et par conséquent fini. Aussi, la phrase "il procède du dehors au- dedans, etc.", se rapporte, dans sa première partie, à l'aurore du Mahâmanvantara, ou grande révolution après l'une des complètes dissolutions périodiques de toute forme composée dans la Nature, de la planète à la molécule, en son essence ou élément ultime et, dans la seconde, au manvantara partiel ou local, qui peut être solaire ou même planétaire.

147 Centre veut dire un centre d'énergie ou un foyer cosmique lorsque la prétendue "création" ou formation d'une planète est accomplie par cette force que les Occultistes appellent VIE et les, Savants "énergie", alors le processus a lieu du dedans au dehors, chaque atome, paraît-il, contenant, en lui-même l'énergie créatrice du Souffle divin. Aussi, tandis qu'après un Pralaya Absolu, ou quand le matériel préexistant ne consiste qu'en UN Elément, et que le SOUFFLE "est partout", ce dernier agit du dehors au-dedans, après un Pralaya mineur, tout étant resté en statu quo – à l'état réfrigéré, pour ainsi dire, comme la lune – au premier frisson du Manvantara, la planète ou les planètes commencent leur résurrection à la vie du dedans au dehors.

 

Pour mettre le lecteur ordinaire mieux à même de comprendre, nous devons dire que la Science Occulte reconnaît sept Eléments Cosmiques – quatre entièrement physiques et le cinquième (Ether) semi-matériel ; ce dernier deviendra visible dans l'Air vers la fin de notre Quatrième Ronde, pour [I LXXXIX] régner suprême sur les autres éléments durant toute la Cinquième. Les deux autres sont encore absolument au-delà de l'horizon de perception humaine. Ces derniers cependant apparaîtront, comme des pressentiments, durant les Sixième et Septième Races de la Ronde actuelle, et deviendront connus respectivement dans les Sixième et Septième Rondes 148. Ces sept Eléments avec leurs sous-éléments innombrables, beaucoup plus nombreux que ceux connus par la science, sont simplement des modifications conditionnelles et des aspects de l'élément UN et unique. Celui-ci  n'est  pas  l'Ether 149,  ni  même  l'Akâsha,  mais  leur  source.   Le Cinquième Elément, que la Science tend actuellement à admettre, n'est pas l'Ether hypothétique de Newton – bien qu'il lui donne ce nom, le tenant sans doute pour l'Æther, le "Père-Mère" de l'antiquité. Comme le dit avec intuition Newton : "La Nature travaille perpétuellement en cercles, engendrant des fluides par des solides, des choses fixes par des choses volatiles, et des choses volatiles par des choses fixes, des choses subtiles [I XC] par des choses grossières et des choses grossières par des choses subtiles... Ainsi, peut-être, toutes choses ont-elles leur origine  dans l'Ether." (Hypothèse 1675.)

148 Il est curieux de remarquer comment, dans l'évolution cyclique des idées la pensée antique semble se réfléchir dans la spéculation moderne. Herbert Spencer avait-il lu et étudié les anciens philosophes Hindous, lorsqu'il écrivit certains passages de ses Premiers principes (p. 482) ? Ou est- ce un éclair indépendant de perception intérieure qui lui fit dire, partie à tort, partie à raison : "Le mouvement, aussi bien que la matière, étant fixe en quantité [?], il semblerait que le changement qu'effectue le mouvement dans la distribution de la matière, arrivant à une limite, dans quelque direction qu'il soit poussé [?], l'indestructible mouvement nécessite alors un renversement de distribution. Apparemment, les forces universellement coexistantes de l'attraction et de la répulsion qui, nous l'avons dit, nécessitent le rythme dans tous les changements secondaires effectués dans l'Univers entier, nécessitent également le rythme dans la totalité de ses changements – et produisent tantôt une période immense durant laquelle les forces d'attraction, étant prédominantes, causent une concentration universelle, tantôt une immense période durant laquelle les forces de répulsion, étant prédominantes, causent une diffusion universelle – c'est-à-dire des ères alternatives d'évolution et de dissolution."

149 Quelles que soient les vues de la Science Physique, à ce sujet, la Science Occulte a enseigné, depuis des siècles, que l'Akâsha (dont l'Ether est la forme la plus grossière), le cinquième principe cosmique universel – auquel correspond et dont procède le Manas humain – est, cosmiquement, une matière radiante, fraîche, diathermane et plastique, créatrice dans sa nature physique, corrélative dans ses aspects et portions les plus grossières et immuable dans ses principes supérieurs. Dans la condition créatrice, il est appelé la Sous-Racine et en conjonction avec la chaleur radiante, il rappelle "les mondes morts à la vie". Dans son aspect supérieur, c'est l'Ame du Monde dans son aspect inférieur le DESTRUCTEUR.

 

Le lecteur ne doit pas perdre de vue que les Stances données dans cet ouvrage traitent seulement de la Cosmogonie de notre propre système planétaire et de ce qui est visible autour de lui après un Pralaya Solaire. Les données secrètes concernant l'évolution du Kosmos Universel ne peuvent être données parce qu'elles ne pourraient même pas être comprises par les plus grands esprits de notre âge, et il semble y avoir peu d'Initiés, même parmi les plus élevés, à qui il soit permis de spéculer sur ce sujet. En outre, les Instructeurs déclarent franchement que les plus hauts Dhyâni- Chohans eux-mêmes n'ont pas pénétré les mystères au-delà des frontières qui séparent les myriades de systèmes solaires de ce que l'on appelle le Soleil Central. Aussi, ce qui est donné ne se rapporte qu'à notre Cosmos visible, après une Nuit de Brahmâ.

Avant que le lecteur porte son intérêt aux Stances du Livre de Dzyan, stances qui forment la base de cet ouvrage, il est absolument nécessaire de lui faire connaître les quelques conceptions fondamentales qui soutiennent et pénètrent tout le système de pensée sur lequel nous appelons son attention. Ces idées basiques sont en petit nombre, mais leur claire compréhension importe absolument à ce qui suit. Il n'y a donc pas à s'excuser de lui demander de se familiariser avec celles-ci, avant de s'attaquer à l'ouvrage lui-même.

La DOCTRINE SECRETE établit trois propositions fondamentales.

  

  1. Un PRINCIPE Omniprésent, Eternel, Illimité et Immuable, sur lequel toute spéculation est impossible puisqu'il transcende la puissance de conception humaine et ne pourrait être que rapetissé par toute expression ou comparaison. Ce principe est au-delà de l'horizon et de la portée de la pensée – d'après les paroles de la Mandûkya150, "inconcevable et innommable" 151.

150 Upanishad.

151 Ou indéfinissable, "imprononçable" dans le manuscrit de 1886.

 

Afin de comprendre ces idées plus clairement, que le lecteur parte de ce postulat qu'il existe une Seule Réalité Absolue, qui précède tout Etre manifesté et conditionné. Cette Cause Infinie et Eternelle – vaguement formulée dans l' "Inconscient" et l' "Inconnaissable" de la philosophie européenne courante – est la Racine-Sans-Racine de "tout ce qui fut, est, ou sera jamais". Elle est naturellement dépourvue de tout attribut et essentiellement sans relations avec l'Etre [I XCI] manifesté et fini. C'est l' "Etre-té", plutôt que l'Etre, en sanscrit Sat, et c'est au-delà de  toute pensée ou spéculation. Cet Etre-té est symbolisé, dans la Doctrine Secrète, sous deux aspects. D'un côté, l'Espace Abstrait, absolu, représentant la pure subjectivité, la seule chose qu'aucun mental humain ne puisse ni exclure d'aucune conception, ni concevoir par lui-même. De l'autre, le Mouvement Abstrait absolu, représentant la Conscience Inconditionnée. Nos penseurs occidentaux eux-mêmes ont prouvé que la conscience, distincte du changement, nous est inconcevable, et que le mouvement  est le meilleur symbole du changement, sa caractéristique essentielle. Ce dernier aspect de l'Unique Réalité est aussi symbolisé par le terme "le Grand Souffle", symbole assez expressif pour n'avoir pas à être élucidé. Ainsi, le premier axiome fondamental de la DOCTRINE SECRETE est cet UN ABSOLU métaphysique – l'ETRE-TE – que l'intelligence limitée a symbolisé par la Trinité théologique.

Il se pourrait, cependant, que quelques explications complémentaires fussent encore utiles.

Herbert Spencer a récemment modifié son Agnosticisme au point d'affirmer que la nature de la "Cause Première 152", que l'Occultiste, plus logique, dérive de la "Cause sans Cause", l' "Eternel", l' "Inconnaissable", pouvait être essentiellement la même que celle de la conscience qui a sa source en nous ; en un mot, que la Réalité impersonnelle qui pénètre le Kosmos est le pur noumène de la pensée. Ce pas en avant l'amène bien près des doctrines Esotériques et Védântines 153.

152 Le mot "Premier" présuppose naturellement quelque chose qui est "le premier né", "le premier dans le temps, l'espace et le rang, c'est-à-dire quelque chose de fini et de conditionné. Le "premier" ne peut être l'Absolu, car c'est une manifestation. Aussi, l'Occultisme oriental appelle-t-il le Tout Abstrait "la Cause Unique et sans Cause", "la Racine sans Racine", et limite-t-il la "Première Cause" au Logos, dans le sens que Platon donne à ce terme.

153  Voir les quatre savantes conférences de Subba Row sur la Bhagavad Gîtâdans The  Theosophist de 1887. [Egalement, pp. 11-14, The Philosophy of the Bhagavad Gîtâ.]

Parabrahman, l'Unique Réalité, l'Absolu, est le champ de la Conscience Absolue, c'est-à-dire de cette Essence qui est hors de toute relation avec l'existence conditionnée, et dont l'existence consciente est un symbole conditionné. Mais une fois que nous sortons, en pensée, de cette Négation (pour nous) Absolue, la dualité survient dans le contraste de l'Esprit (on Conscience) et de la Matière, du Sujet et de l'Objet.

L'Esprit (ou Conscience) et la Matière doivent cependant être considérés, non comme des réalités indépendantes, mais [I XCII] comme les deux symboles ou aspects de l'Absolu Parabrahman, lesquels constituent la base de l'Etre conditionné, soit subjectif, soit objectif.

Si nous considérons cette triade métaphysique comme la Racine dont procède toute manifestation, le Grand Souffle assume le caractère de l'Idéation Pré-cosmique. C'est le fons et origo de la Force et de toute Conscience individuelle, et il fournit l'intelligence qui guide le vaste thème de l'Evolution cosmique. D'autre part, la Substance Radicale Pré-cosmique (Mulaprakriti) est cet aspect de l'Absolu qui est le substratum de tous les plans objectifs de la Nature.

De même que l'Idéation Pré-cosmique est la racine de toute Conscience individuelle, ainsi la Substance Pré-cosmique est le substratum de la Matière dans ses divers degrés de différenciation.

D'où il apparaîtra que le contraste de ces deux aspects de l'Absolu est essentiel à l'existence de l' "Univers Manifesté". Séparée de la Substance Cosmique, l'Idéation Cosmique ne pourrait se manifester comme Conscience individuelle, puisque ce n'est qu'à travers un véhicule (Upâdhi) de matière que la Conscience jaillit comme "je suis Moi", une base physique étant nécessaire pour concentrer un Rayon du Mental Universel à un certain degré de complexité. Et à son tour, séparée de l'Idéation Cosmique, la Substance Cosmique resterait une abstraction vide, et aucune apparition de Conscience n'en pourrait résulter.

L'Univers Manifesté est donc pénétré par la dualité qui est, pour ainsi dire, l'essence même de son EX-istence comme "Manifestation". Mais, de même que les pôles opposés de Sujet et d'Objet, d'Esprit et de Matière, ne sont que des aspects de l'Unité dans laquelle ils sont synthétisés, ainsi, dans l'Univers Manifesté, il y a "ce" qui lie l'Esprit à la Matière, le Sujet à l'Objet.

Ce quelque chose actuellement inconnu de la spéculation occidentale est appelé par les occultistes Fohat. C'est le "pont" au moyen duquel les Idées qui existent dans la Pensée Divine sont imprimées sur la Substance Cosmique comme "Lois de la Nature". Fohat est donc l'énergie dynamique de l'Idéation Cosmique ou bien, si on le regarde de l'autre côté, c'est le médium intelligent, le pouvoir qui guide toute manifestation, la "Pensée Divine" transmise et manifestée à travers les Dhyân-Chôans 154, les Architectes du monde visible. Ainsi, de l'Esprit ou Idéation Cosmique, vient notre Conscience de la Substance Cosmique ; viennent les divers Véhicules dans lesquels cette Conscience est individualisée [I XCIII] et arrive à la Soi-Conscience ou conscience réfléchissante tandis que Fohat, dans ses diverses manifestations, est le mystérieux lien entre l'Esprit et la Matière, le principe animateur qui électrifie tout atome et lui donne la vie.

Le résumé suivant donnera une idée plus claire au lecteur :

  1. L'ABSOLU, le Parabrahman des Védântins ou Unique Réalité, SAT, qui est, comme le dit Hegel, à la fois Etre Absolu et Non- Etre.
  2. Le Premier Logos : l'impersonnel et, en philosophie, le Logos non manifesté, précurseur du manifesté. – C'est la "Cause  Première", l' "Inconscient" des Panthéistes européens.
  3. Le Second Logos : Esprit-Matière, VIE ; l' "Esprit de l'Univers", Purusha et Prakriti.

 

154 Appelés Archanges, Séraphins, etc., par la Théologie chrétienne.

 

  1. Le Troisième Logos : Idéation Cosmique, Mahat ou Intelligence, l'Ame Universelle du Monde le Noumène Cosmique de la Matière, la base des opérations intelligentes de la Nature et  dans la Nature, appelé aussi Mahâ-Bouddhi.

La REALITE UNIQUE ; ses aspects doubles, dans l'Univers conditionné 155.

La DOCTRINE SECRETE affirme en outre :

  1. L'Eternité de l'Univers, in toto, comme plan illimité qui, périodiquement, est "le terrain de jeu d'innombrables Univers se manifestant et disparaissant incessamment", appelés "Etoiles qui se Manifestent" et "Etincelles d'Eternité". "L'éternité du Pèlerin 156 est comme un clin d'œil de la Soi-existence", dit le LIVRE DE DZYAN. "L'apparition et la disparition des mondes est comme le retour régulier du flux et du reflux."

155 [Ces Trois Logoï Subjectifs ne doivent pas être confondus avec les Trois Logoï Objectifs de la manifestation, quand le Troisième Logos Subjectif devient le Premier Logos objectif, le Mental Universel Mahat infusant à toutes choses la qualité d'Intelligence. Voir Etude sur la Conscience, par Annie Besant, Section sur les Origines. – Ed.]

156 "Pèlerin" est le nom donné à notre Monade (les Deux en Un) durant son cycle d'incarnations. C'est le seul Principe immortel, éternel en nous, une partie indissoluble du tout intégral – l'Esprit Universel, dont il émane et en qui il s'absorbe à la fin du cycle. Quand on dit qu'il émane de l'Esprit Unique, c'est une expression incorrecte et maladroite, mais l'expression exacte manque aux langues occidentales. Les Védântins l'appellent Sutrâtmâ (l'Ame-Fil), mais leur explication diffère un peu de celle des Occultistes. C'est aux Védântins à expliquer la différence.

 

La seconde assertion de la DOCTRINE SECRETE est l'universalité absolue de cette loi de périodicité, de flux et de reflux, de marée montante et descendante, que la science physique a observée et notée dans tous les départements de la nature. [I XCIV] Les alternatives du jour et de la nuit, de la vie et de la mort, du sommeil et de la veille, sont choses si communes, si parfaitement universelles et sans exception, qu'il est facile de comprendre que nous y voyions une des Lois fondamentales de l'Univers.

La DOCTRINE SECRETE affirme encore :

  1. L'identité fondamentale de toutes les Ames avec la Sur-Ame Universelle, celle-ci étant elle-même un aspect de la Racine Inconnue et le pèlerinage obligatoire pour toute Ame – étincelle de la première – à travers le Cycle d'Incarnation, ou de Nécessité, d'accord avec la Loi Cyclique et Karmique durant le terme entier. Autrement dit, aucun Buddhi purement spirituel (Ame Divine) ne peut avoir une existence (consciente) indépendante avant que l'étincelle issue de la pure Essence du Sixième Principe  Universel –   ou la Sur-AME – n'ait a) passé par toutes les formes du monde phénoménal de ce Manvantara, et b) acquis l'individualité, d'abord par impulsion naturelle, puis par des efforts personnels, volontaires et résolus, modifiés par les restrictions de son Karma, montant ainsi par tous les degrés de l'intelligence, du Manas le plus bas jusqu'au plus élevé, du minéral et la plante, jusqu'au plus saint des Archanges (Dhyâni-Buddha). La doctrine-pivot de la Philosophie Esotérique n'admet pas de privilèges, ni de dons spéciaux pour l'homme, sauf ceux qui sont gagnés par son propre Ego à force d'effort et de mérite personnels, au cours d'une longue série de métempsycoses et de réincarnations. C'est pour cela que les Hindous disent que l'Univers est Brahman et Brahmâ, car Brahman est dans tout atome de l'Univers, les six Principes de la Nature procédant tous – étant les aspects différents et différenciés –        DU PRINCIPE SEPTIEME ET UN, l'unique Réalité de l'Univers, tant cosmique que microcosmique et c'est pour cela aussi que les permutations psychiques, spirituelles et physiques, sur le plan de la manifestation et de la forme du Sixième Principe (Brahmâ véhicule de Brahman) sont regardées, par antiphrase métaphysique, comme illusoires et mâyâviques. Car, bien que la racine de chaque atome individuellement, et de toute forme, collectivement, soit ce Septième Principe, ou l'Unique Réalité, pourtant, sous son apparence manifestée, phénoménale et temporaire, il n'est rien de plus qu'une éphémère illusion de nos sens 157.

157 Voir Vol. 2, Part. 3, Section 14, Dieux, Monades et Atomes.

 

Dans son état absolu, l'Unique Principe sous ses deux aspects Parabrahman et Mulaprakriti, est insexuel, inconditionné et éternel. Son émanation périodique, manvantarique, ou rayonnement primordial, est Une, aussi, androgyne, et phénoménalement [I XCV] finie. Quand cette radiation rayonne à son tour, tous ses rayonnements sont encore androgynes, mais deviennent des principes mâles et femelles dans leurs aspects inférieurs. Après un Pralaya, soit le grand Pralaya, soit le Pralaya mineur qui laisse les mondes in statu quo 158 – le premier Principe qui se réveille à la vie active est le plastique Akâsha, Père-Mère, Esprit et Ame de l'Ether, ou le Plan du Cercle. L'Espace est appelé la Mère avant son activité cosmique, et Père-Mère au premier stage de son réveil. Dans la Kabaleaussi, il est Père-Mère-Fils. Mais, tandis que dans la Doctrine Orientale, ceux-ci sont le Septième principe de l'Univers Manifesté, ou son Atmâ-Buddhi-Manas" (Esprit, Ame, Intelligence), la Triade se  ramifiant en sept branches, qui sont les sept principes cosmiques et les sept Principes humains, dans la Kabaleoccidentale des Mystiques judéo-chrétiens,  c'est la Triade ou Trinité, et pour ces Occultistes, le Jéhova mâle femelle, Jah- Havah. C'est en cela que consiste toute la différence entre les Trinités Esotérique et Chrétienne. Les Mystiques et les Philosophes, les Panthéistes d'Orient et d'Occident synthétisent leur Triade prégénétique dans la pure abstraction divine. Les orthodoxes l'anthropomorphisent. Hiranyagarba, Hari et Shankara – les trois Hypostases de la manifestation de "l'Esprit, de l'Esprit Suprême", titre sous lequel Prithivî, la Terre salue Vishnou dans son premier Avatâr – sont les qualités abstraites et purement métaphysiques de Formation, de Conservation et de Destruction ce sont aussi les trois Avasthâs (Hypostases) divines de ce qui "ne périt pas avec les choses créées" ou Achyuta, nom de Vishnou quant au chrétien orthodoxe, il sépare sa Divinité Personnelle Créatrice en  les trois Personnes de la Trinité et n'admet pas de Divinité supérieure. Celle-ci, pour l'Occultiste, est le Triangle abstrait, et pour l'orthodoxe, le Cube parfait. Le dieu créateur, ou plutôt la collectivité des dieux créateurs, est regardée par le philosophe oriental comme Bhrantidar-sanatah, "fausses apparences", quelque chose "conçu, en raison d'apparences trompeuses, comme une forme matérielle", et l'on explique que ces dieux naissent de la conception illusoire de l'Ame égotiste personnelle et humaine (Cinquième Principe, inférieur). Cela est superbement exprimé dans une nouvelle traduction dans les notes de Fitzedward [I XCVI] ajoutées à la traduction de Wilson, du Vishnu Purâna. "Ce Brahmâ, dans sa totalité, possède essentiellement l'aspect de Prakriti évoluée et non évoluée [Mûlaprakriti], et aussi l'aspect d'Esprit et l'aspect de Temps. L'Esprit, ô deux fois né,   est l'aspect dominant du suprême Brahma 159. Le suivant est un aspect double – Prakriti, à la fois évolué et non évolué, et le temps est le dernier." Kronos [le Temps] est aussi représenté, dans la Théogonie Orphique, comme un dieu ou agent engendré.

158 Ce ne sont pas les organismes physiques, encore moins leurs principes psychiques, qui demeurent in statu quo, durant les grands Pralayas Cosmiques ou même Solaires, mais seulement leurs "photographies" akasiques ou astrales. Mais durant les Pralayas Mineurs, une fois surprises par la "Nuit", les planètes restent intactes bien que mortes, comme un gros animal, pris et enveloppé par les glaces polaires, reste tel quel pendant des âges.

159 Ainsi Spencer – qui pourtant, comme Schopenhauer et Von Hartmann, ne fait que refléter un aspect des vieux philosophes ésotériques et, de là, transporte ses lecteurs sur la froide rive du désespoir agnostique – formule respectueusement le grand mystère : "Ce qui reste immuable en quantité, quoique toujours changeant de forme, sous ces apparences sensibles que l'Univers nous présente, est un pouvoir inconnu et inconnaissable, que nous sommes obligés de reconnaître comme étant sans limites dans l'Espace, et sans commencement ni fin dans le Temps." C'est seulement la Théologie effrontée – jamais la Science ou la Philosophie – qui cherche à jauger l'infini et à dévoiler l'Insondable et l'Inconnaissable.

 

A cette période du réveil de l'Univers, le symbolisme sacré le représente comme un Cercle parfait avec le Point (la Racine) au centre. Ce signe était universel aussi le rencontrons nous également dans la Kabale. Pourtant, la Kabaleoccidentale, actuellement entre les mains des Mystiques chrétiens, l'ignore entièrement, bien qu'il  soit clairement marqué dans le Zohar. Ces sectaires commencent à la fin, et prennent pour symbole du Kosmos prégénétique le Å et l'appellent "l'Union de la Rose et de la Croix", le grand mystère de la génération occulte – d'où le nom de Rose-Croix ! Comme on peut en juger, cependant, d'après les plus importants et les mieux connus des symboles des Rose-Croix, il en est un qui n'a jamais encore été compris, même des Mystiques modernes. C'est celui du Pélican qui déchire sa poitrine pour nourrir ses sept petits – vrai Credo des Frères de la Rose-Croix et direct rejeton de la Doctrine Secrète orientale.

Brahman (neutre) est appelé Kâlahamsa, ce qui, d'après les Orientalistes d'Occident, veut dire le Cygne Eternel ou l'oie, et il en est de même pour Brahmâ, le Créateur. Nous sommes ainsi conduits à relever une grande erreur : c'est de Brahman (neutre) qu'on devrait parler comme Hamsa-Vâhana (celui qui emploie le Cygne pour Véhicule), et non de Brahmâ le Créateur car ce dernier est le vrai Kâlahamsa, tandis que Brahman (neutre) est Hamsa et A-hamsa, comme cela sera expliqué dans les Commentaires. Il faut bien comprendre que les termes Brahmâ et Parabrahman sont employés ici non parce qu'ils appartiennent à notre nomenclature Esotérique, [I XCVII] mais simplement parce qu'ils sont plus  familiers  aux  étudiants  occidentaux.  Tous  deux  sont  les   parfaits  équivalents de nos termes à une, trois et sept voyelles, qui s'appliquent au TOUT UN et à l'Unique "TOUT DANS TOUT".

Telles sont les conceptions fondamentales sur lesquelles repose la DOCTRINE SECRETE.

Ce n'est pas le moment d'en prendre la défense ou de donner des preuves de leur caractère inhérent raisonnable, non plus que de démontrer qu'elles sont, en fait, contenues – quoique trop souvent sous une apparence trompeuse – dans tout système de pensée ou de philosophie digne de ce nom.

Du moment que le lecteur en a acquis une claire compréhension, et saisi la lumière qu'elles jettent sur chaque problème de la vie, elles ne demanderont pas d'autre justification à ses yeux, parce que leur vérité leur apparaîtra aussi évidente que le soleil dans les cieux. Je passe donc aux sujets traités dans les STANCES données dans ce volume, en les faisant précéder d'une esquisse structurale pour faciliter la tâche de l'étudiant en lui résumant l'ensemble.

L'histoire de l'Evolution Cosmique, telle qu'elle est traitée dans les STANCES, est, en quelque sorte, la formule algébrique abstraite de cette évolution. L'étudiant ne doit donc pas s'attendre à y trouver un compte rendu de toutes les étapes et transformations intervenues entre les premiers commencements de l'Evolution Universelle et notre état actuel. Donner un tel résumé serait aussi impossible qu'il serait incompréhensible à des hommes qui ne peuvent saisir la nature du plan d'existence le plus voisin de celui où, pour le moment, leur conscience est limitée.

Les STANCES donnent donc une formule abstraite, applicable, mutatis mutandis, à l'évolution entière : à celle de notre petite Terre, à celle de la Chaîne des Planètes à laquelle appartient cette Terre, à l'Univers Solaire dont cette Chaîne fait partie, et ainsi de suite, dans une échelle ascendante, jusqu'à ce que l'esprit chancelle et s'épuise dans l'effort.

Les sept STANCES données dans ce volume représentent les sept termes de cette formule abstraite. Elles décrivent les sept grandes étapes du processus évolutif dont il est parlé, dans les Purânas, comme des "Sept Créations", et, dans la Bible, comme des "Jours" de la Création.

 

La STANCE I décrit l'état du TOUT UNIQUE pendant le Pralaya, avant la première vibration de la manifestation en voie de réveil.

Un instant de réflexion montre qu'un tel état ne peut être que symbolisé ; le décrire est impossible. Il ne peut même être symbolisé que négativement, car, puisque c'est l'état de [I XCVIII] l'Absolu, per se, il ne peut posséder aucun de ces attributs spécifiques qui servent à décrire les objets en termes positifs. Cet état ne peut donc être suggéré que par les négatifs de tous ces attributs abstraits que les hommes sentent, plutôt qu'ils ne conçoivent, comme les limites les plus éloignées que leur pouvoir de conception puisse atteindre.

La STANCE II décrit un état qui, pour un esprit occidental, est si rapproché de celui dont traite la STANCE I que la seule expression de leur différence comporterait un volume. Il faut donc laisser à l'intuition et aux facultés supérieures du lecteur la tâche de saisir, autant que possible, la signification des phrases allégoriques qui s'y trouvent. En somme, ces Stances font plus appel aux facultés internes qu'à l'intelligence ordinaire du cerveau physique.

La STANCE III décrit le Réveil de l'Univers à la vie, après le Pralaya. Elle peint l'émergence des "Monades" de leur état d'absorption dans l'UN ; c'est la première et la plus haute étape dans la formation des "Mondes" – le terme Monade pouvant s'appliquer aussi bien aux vastes Systèmes Solaires qu'au plus petit atome.

La STANCE IV expose la différenciation du "Germe" de l'Univers en la Hiérarchie Septénaire des Pouvoirs Divins conscients qui sont les manifestations actives de l'Energie Une et Suprême. Ce sont les mouleurs, les modeleurs et finalement les créateurs de tout l'Univers manifesté, et cela au seul sens compréhensible du mot "créateur" il lui donnent une forme et le guident ; ils sont les Etres intelligents qui ajustent et contrôlent l'évolution, incorporant en eux-mêmes ces manifestations de la Loi-UNE que nous connaissons comme les "Lois de la Nature".

Génériquement, ils sont connus sous le nom de Dhyân Chôhans, bien que chaque groupe distinct ait sa désignation propre dans la DOCTRINE SECRETE.

 Dans la mythologie hindoue, on nomme cette étape de l'Evolution la "Création des Dieux".

La STANCE V décrit le processus de la formation du monde. D'abord, se présente la Matière Cosmique diffuse, puis le "Tourbillon de Feu", première étape de la formation d'une nébuleuse. Cette nébuleuse se condense, et, après avoir passé par diverses transformations, forme un Univers solaire, une Chaîne Planétaire, ou une seule Planète, selon le cas.

La STANCE VI indique les étapes suivantes de la formation d'un "Monde", et décrit l'évolution d'un tel Monde jusqu'à sa quatrième grande période correspondant à celle dans laquelle nous vivons maintenant. [I XCIX]

La STANCE VII continue cette histoire et trace la descente de la vie jusqu'à l'apparition de l'Homme : là s'arrête le Premier Livre de la DOCTRINE SECRETE.

Le développement de l'homme, depuis sa première apparition sur cette terre, pendant cette Ronde, jusqu'à l'état où nous le trouvons maintenant, fait le sujet des volumes 3 et 4.

Les STANCES qui forment la thèse de chaque section  sont reproduites dans leur version moderne, car il serait plus qu'inutile de compliquer le sujet en y introduisant la phraséologie archaïque de l'original, avec son style et ses termes déroutants. On donne des extraits des traductions chinoises, tibétaines et sanscrites du texte Senzar original des Commentaires et Gloses sur le LIVRE DE DZYAN. C'est la première fois que ces documents sont présentés en langage européen. Il est d'ailleurs presque inutile de dire qu'il n'est donné qu'une partie des sept STANCES, parce que leur texte entier ne serait compris par personne, si ce n'est quelques hauts Occultistes. Et l'auteur de ces pages, ou plutôt l'humble rédacteur de cette œuvre, ne les comprendrait pas non plus davantage que la plupart des profanes. Pour faciliter la lecture de l'ouvrage et diminuer le nombre des notes marginales il a été jugé à propos de placer côte à côte les textes et les commentaires, et d'employer – là où il le fallait – des noms sanscrits et tibétains, plutôt que des noms originaux. Et ce d'autant plus que tous ces termes sont des synonymes acceptés, les derniers n'étant guère employés qu'entre Maître et ses Chélâs (disciples).

 

C'est ainsi que si l'on voulait traduire le premier verset, en ne se servant que des termes techniques employés dans l'une des versions tibétaines et Senzar, le Shloka 1 se lirait ainsi :

Tho-ag en Zhi-gyu dormit sept Khorlo. Zodmanas zhiba. Tout Nyug sein. Pas Konch-og pas Thgan-Kam, pas Lha Chohan pas Tenbrel Chugnyi Dharmakâya cessèrent Tgenchang ne devient pas Barnang et Ssa en Ngovonyidj seul Tho-og Yinsin dans la nuit de Sun-chan et Yong- grub [Paranishpanna], etc.

Ce serait un pur Abracadabra.

Comme cet ouvrage est écrit pour l'instruction des étudiants de l'Occultisme et non pour les Philologues, nous pouvons éviter d'employer de tels termes étrangers, partout où c'est possible. Les termes intraduisibles seuls, incompréhensibles sans explication, sont conservés, mais rendus dans leur forme sanscrite. Le lecteur se rappellera que ceux-ci sont, d'ailleurs, presque toujours, le développement ultérieur [I C] de ce dernier langage, et qu'ils appartiennent à la Cinquième Race-Racine. Le sanscrit, tel qu'on le connaît maintenant, n'était pas la langue des Atlantes et la plupart des termes philosophiques employés dans les systèmes de l'Inde de la période Post-Mahâbhâratique ne se trouvent pas dans les Védas, ni dans les STANCES originales – mais il y a leurs équivalents. Le lecteur non théosophe peut, si bon lui semble, regarder tout ce qui suit comme un conte de fée, ou du moins, comme une spéculation sans preuves de rêveur, ou encore, comme une nouvelle hypothèse à ajouter aux nombreuses hypothèses scientifiques de tous les temps, les unes condamnées, les autres en simple position d'attente ; celles-ci ne sont pas, dans tous les cas, moins scientifiques que bien d'autres théories prétendues scientifiques et sont en tout cas plus philosophiques.

Vu le grand nombre de notes et d'explications nécessaires, les renvois au bas des pages sont marqués comme d'ordinaire, tandis que les phrases impliquant des commentaires sont spécifiées par des lettres. L'on trouvera de plus grands développements dans les chapitres sur le Symbolisme ; quelques uns de ces derniers contiendront même plus d'informations que les Commentaires.

 [I 1]

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