MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

LA CLEF DE LA THEOSOPHIE

XII - QU'EST-CE QUE LA THÉOSOPHIE PRATIQUE ?

XII

QU'EST-CE QUE LA THÉOSOPHIE PRATIQUE ?

 

 LE DEVOIR

 

Question – Mais pourquoi la nécessité des Renaissances, puisque l'homme ne peut y trouver la paix durable ?

Réponse – Parce que le but final ne peut être atteint que par les expériences de la vie, et que la plupart de ces expériences sont composées de douleur et de souffrance, ce n'est que de cette façon que nous pouvons apprendre. Car les joies et les Plaisirs ne nous enseignent rien ; leur durée est passagère, et à la longue nous n'y puisons autre chose que la satiété. De plus, ce qui prouve évidemment que les exigences de notre nature supérieure appartiennent au plan spirituel, c'est notre insuccès complet à leur procurer en cette vie quelque satisfaction permanente.

Question – Le résultat naturel de cet insuccès [322] doit-il être un désir d'en finir avec la vie par tous les moyens possibles ?

Réponse – Non certainement, si le "suicide" vous semble être un de ces moyens ; un résultat pareil ne peut jamais être "naturel", car il provient d'un cerveau malade, ou d'opinions matérialistes très prononcées. C'est le pire des crimes – et les conséquences en sont funestes. Mais le désir dont vous parlez est tout simplement une aspiration vers l'existence spirituelle, et non un souhait de quitter la terre, ce désir me paraîtrait, en effet, très naturel ; tandis qu'une mort volontaire serait l'abandon de notre poste et des devoirs qui en résultent pour nous, ainsi qu'un effort y pour nous soustraire à nos responsabilités karmiques, ce qui entraînerait la formation d'un nouveau Karma.

Question – Mais, si les actions ne sont pas satisfaisantes sur le plan matériel, pourquoi faut il que les devoirs soient impérieux, puisqu'ils consistent en actions du même genre ?

 Réponse – Avant tout, parce que notre philosophie nous enseigne qu'en remplissant nos devoirs envers tous les hommes d'abord, et envers nous-mêmes ensuite, le but que nous nous proposons n'est pas notre bonheur personnel, mais le bonheur des autres : il s'agit de faire le bien pour le bien même et non pas pour ce que cela nous procurera. L'accomplissement du devoir pourra être suivi d'un sentiment de bonheur, ou [323] plutôt de contentement, mais n'aura pas eu pour motif la recherche de ce bonheur.

Question – Quelle est au juste la signification du "devoir", au point de vue théosophique ? IL ne peut être question des devoirs chrétiens prêchés par Jésus et ses Apôtres, puisque vous n'admettez l'existence ni des uns ni des autres ?

Réponse – Vous vous trompez encore une fois. Chaque grand réformateur moral et religieux a insisté sur ce que vous appelez "les devoirs chrétiens", longtemps avant l'ère chrétienne. Dans l'antiquité, tout ce qui est grand, héroïque, généreux, était non seulement prêché et discuté du haut de la chaire, comme à l'époque actuelle, mais était aussi pratiqué parfois par des nations entières. Les annales de la réforme Bouddhiste sont remplies de récits des actions les plus nobles, les plus héroïquement désintéressées. "Soyez tous animés d'un même sentiment, ayez compassion les uns des autres ; Aimez-vous comme des frères, soyez miséricordieux, soyez pleins de considération ; ne rendant point le mal pour le mal, ni l'injure, mais au contraire bénissant... " Telle était la ligne de conduite des disciples de Bouddha, plusieurs siècles avant Pierre. L'éthique du christianisme est grande, sans aucun doute ; mais il est tout aussi vrai qu'elle n'est pas nouvelle, et qu'elle tire son origine de devoirs "païens".

Question – Et quelle est votre définition de ces devoirs, ou du "devoir" en général ? [324]

Réponse – Le devoir consiste en ce qui est du à l'humanité, à notre prochain, à nos voisins, notre famille, et plus spécialement en ce que nous, devons à ceux qui sont plus pauvres et plus malheureux que nous. Si cette dette n'est pas payé, en cette vie, notre prochaine incarnation nous trouvera en insolvabilité spirituelle et en faillite morale. La Théosophie est la quintessence du Devoir.

 Question – Le christianisme ; bien compris et, mis en pratique, l'est aussi ?

Réponse – Assurément ; mais la Théosophie ; aurait bien peu de chose à faire, parmi les chrétiens, si leur religion n'était, en pratique, une religion de paroles ; et malheureusement leur éthique en reste là. Ils sont peu nombreux, ceux qui remplissent leur devoir envers tous, pour le devoir même ; et plus rares encore ceux qui, ayant accompli ce devoir, se contentent de la satisfaction secrète qu'en éprouve leur propre conscience. Car

 "la louange de la voix publique

"Qui honore et récompense la vertu",

est ce qui préoccupe le plus les philanthropes de renom. L'éthique moderne est belle à lire et à entendre discuter ; mais qu'est-ce que les paroles, tant qu'elles ne se transforment pas en actions ? Enfin, si vous me demandez comment nous comprenons [325] le devoir théosophique, au point de vue pratique et par rapport à Karma, je vous répondrai que notre devoir est de boire, sans murmurer, jusqu'à la dernière goutte, tout ce que la coupe de la vie contient pour nous, de cueillir les roses du chemin dans le seul but d'en offrir le parfum à d'autres que nous et de nous contenter des épines, si, pour que nous puissions jouir de ce parfum, il faut qu'un autre en soit privé.

Question – C'est fort vague, tout cela ; que faites-vous de plus grand que les Chrétiens ?

Réponse – Il ne s'agit pas de ce que font les membres de la société Théosophique (bien qu'il y en ait qui fassent de leur mieux) ; mais il s'agit de prouver que la Théosophie mène infiniment plus loin que le christianisme moderne, sur la route du bien. Je le répète : il faut l'action, l'action obligatoire, au lieu de la simple intention et de la parole. Un homme peut être ce qu'il veut le plus mondain, le plus égoïste, et le plus dur des hommes ; il peut même être le pire des coquins – et tout cela ne l'empêchera pas de porter le nom de chrétien et d'être considéré comme tel par les autres. Mais aucun théosophe n'a le droit de s'appeler ainsi, à moins d'être profondément convaincu de la vérité de l'axiome de Carlyte : "l'homme doit avoir pour but une action, et non pas une pensée, quelque noble qu'elle puisse être" ; et à moins d'en faire sa règle de conduite.

 Professer une vérité n'est pas encore l'accomplir ; [326] plus la profession est belle et noble, plus on parle haut de vertu et de devoir, au lieu de les mettre en pratique – et plus il ne restera à cueillir que les fruits de la Mer Morte. L'hypocrisie est le plus, abominable de tous les vices ; et l'hypocrisie est le trait le plus saillant de l'Angleterre, le plus grand pays protestant du siècle actuel.

Question – Quel est, selon vous, le devoir envers l'humanité  en général ?

Réponse – Une pleine admission de droits et de privilèges égaux pour tous, sans distinction de race, de couleur, de position sociale ou de naissance.

Question – Et dans quelles circonstances manque-t-on à ce devoir ?

Réponse – Toutes les fois que l'on empiète, de quelque façon que ce soit, sur le droit d'un autre – qu'il s'agisse d'un homme ou d'une nation ; toutes les fois que nous ne témoignons pas aux autres la même bonté, la même considération, la même miséricorde, ou la même justice, que nous exigeons pour nous-mêmes. Le système moderne de politique est entièrement fondé sur l'oubli de ces droits, ainsi que sur la plus violente application de l'égoïsme national. Les Français disent "Tel maître, tel valet" ; ils devraient ajouter "Telle politique nationale, tel citoyen. "

Question – Vous occupez-vous de politique ?

Réponse – Comme Société, nous évitons soigneusement la politique, pour les raisons suivantes : [327] chercher à obtenir des réformes politiques, avant d'avoir effectué une réforme dans la nature humaine, ne vaut pas mieux que de mettre du vin nouveau dans de vieilles bouteilles. Amenez les hommes à sentir et à reconnaître au fond de leurs Cœurs ce qui constitue leur devoir véritable et réel envers tous, et chaque ancien abus de pouvoir, chaque loi injuste de la politique nationale basée sur l'égoïsme humain, social ou politique, disparaîtra de soi-même. Ne serait-il pas insensé, le jardinier qui, au lieu d'arracher par les racines les plantes vénéneuses qu'il veut enlever de son parterre de fleurs, se contenterait de les faucher à la surface du sol ? On ne réussira jamais a obtenir de réforme politique durable, tant que les mêmes hommes égoïstes resteront à la tête des affaires.

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