MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

LA DOCTRINE SECRETE VOL 2

LA DOCTRINE SECRETE — VOLUME II

LA DOCTRINE SECRETE

VOLUME II

 

 Synthèse de la Science, de la Religion et de la Philosophie

 H. P. BLAVATSKY

  

COSMOGENESE

 DEUXIEME PARTIE EVOLUTION DU SYMBOLISME

  TROISIEME PARTIE

 SCIENCE OCCULTE ET SCIENCE MODERNE

 

 LIVRE

 [II 1]

 

 

DEUXIEME PARTIE

L'EVOLUTION DU SYMBOLISME

 SECTION I

LE SYMBOLISME ET LES IDEOGRAPHES

 

Un symbole n'est-il pas toujours, pour celui qui sait le déchiffrer, une révélation plus ou moins claire de ce qui est Divin ?… A travers tout… quelque chose d'une Idée Divine brille d'un faible éclat. Bien plus encore, l'emblème le plus élevé sous lequel les hommes se soient rencontrés et embrassés, la Croix elle-même, n'avait pas de signification si ce n'est extrinsèque et accidentelle.

CARLYLE (Sartor Resartus).

 

L'étude de la signification dissimulée sous toutes les légendes religieuses et profanes de n'importe quelle nation, grande ou petite, et, principalement, sous les traditions de l'Orient, a occupé la plus grande partie de la vie de celle qui écrit ces lignes. Elle est de ceux qui sont convaincus qu'aucun récit mythologique, aucun événement traditionnel du folklore d'un peuple, n'a jamais été, à aucune époque, une pure fiction, mais que chacun de ces récits possède un fond historique réel. En cela, l'auteur est en désaccord avec ces symbolistes, quelque grande que soit leur réputation, qui ne trouvent, dans chaque mythe, qu'une preuve de plus de la tournure d'esprit superstitieux des anciens et qui croient que toutes les mythologies tirent leur origine des mythes solaires sur lesquels elles sont basées. M. Gerald Massey, le poète et l'égyptologue, dans une conférence sur la "Luniolâtrie ancienne et moderne", a admirablement fait justice de ces penseurs superficiels. Sa critique mordante est un si fidèle écho des sentiments que nous avons ouvertement exprimés dès 1875, en [II 2] écrivant Isis Dévoilée, qu'elle mérite d'être reproduite dans cette partie de notre ouvrage.

Il y a trente ans que le professeur Max Müller enseigne, dans ses livres et dans ses conférences, dans le Times, le Saturday Review et diverses revues, du haut de l'estrade de l'Institution Royale, de la chaire de l'Abbaye de Westminster et de sa chaire d'Oxford, que la mythologie est  une maladie du langage et que le symbolisme ancien était le résultat d'une sorte d'aberration mentale primitive.

 "Nous savons", dit Renouf, faisant écho à Max Müller dans ses conférences d'Hibbert, "nous savons que la mythologie est la maladie  qui se développe à une étape particulière de la culture humaine". Telle est l'explication futile que donnent les non-évolutionnistes, et de pareilles explications sont encore acceptées par le public britannique qui fait confectionner sa pensée par procuration. Le professeur Max Müller, Cox, Gubernatis et d'autres promulgateurs du Mythe Solaire, nous ont décrit le faiseur de mythes primitif comme une sorte de métaphysicien germano- hindou, projetant sa propre ombre sur un brouillard mental et parlant ingénieusement de fumée ou, tout au moins, de nuages, tandis que le ciel au-dessus de sa tête devenait comme la voûte du pays des rêves partout couverte par l'imagerie des cauchemars indigènes. Ils conçoivent l'homme primitif à leur ressemblance et le considèrent comme ayant une tendance perverse à se mystifier, ou, comme a dit Fontenelle, comme "sujet à voir des choses qui n'existent pas". Ils ont faussement représenté l'homme primitif ou archaïque comme ayant été stupidement conduit, dès le début, par une imagination active mais déréglée, à croire à toutes sortes d'idées fausses que son expérience quotidienne démentait directement et constamment ; comme un affolé d'imagination au milieu de ces vilaines réalités, dont le frottement faisait entrer en lui ses expériences, comme les montagnes de glace laissent leur trace sur les rochers sous-marins. Il  reste à dire, et on le reconnaîtra un jour, que ces instructeurs, maintenant acceptés, n'ont pas été plus près des origines de la mythologie et du langage, que le poète Willie de Burns ne s'est approché de Pégase. Je réponds : Ce n'est que le rêve du théoricien métaphysique qui fait de la mythologie une maladie du langage ou de n'importe quoi, excepté de sa propre cervelle. L'origine et la signification de la mythologie ont été complètement perdues de vue par ces "solariens"  et  ces  marchands de vent ! La mythologie était un mode primitif d'objectiver la pensée ancienne. Elle était basée sur des faits naturels et elle est encore vérifiable dans les phénomènes. Il n'y a en elle rien d'insensé, rien d'irrationnel, lorsqu'on la considère à la lumière de l'évolution et lorsque son mode d'expression par le langage des signes est complètement compris. La folie consiste à la confondre avec l'histoire de l'humanité ou [II 3] avec la Révolution Divine 1. La mythologie est le dépôt de la science humaine la plus ancienne, et ce qui nous intéresse surtout, c'est que, lorsqu'elle sera de nouveau interprétée correctement, elle portera le coup mortel à ces fausses théologies auxquelles elle a, par mégarde, donné naissance ! 2.

 1 En ce qui concerne la "Révélation Divine", nous sommes d'accord. Mais il n'en est pas ainsi lorsqu'il s'agit de "l'histoire humaine" car il y a de "l'histoire" dans la plupart des allégories et des "mythes" de l'Inde, et des événements, des faits réels s'y trouvent cachés.

 2 Lorsque les "fausses théologies" disparaîtront, on trouvera de véritables réalités préhistoriques, surtout dans les mythologies des Aryens et des anciens Hindous et même des Hellènes pré- homériques.

  

Dans la phraséologie moderne, on dit quelquefois qu'une donnée est mythique en proportion de sa fausseté, mais la mythologie ancienne n'était pas un système ou un procédé de falsification de ce genre. Ses fables étaient un moyen de présenter les faits, mais n'étaient ni des fourberies ni des fictions... Par exemple, lorsque les Egyptiens représentaient la lune par un chat, ils n'étaient pas assez ignorants pour supposer que la lune fût un chat, pas plus que leur fantaisie errante ne trouvait de ressemblance  entre la lune et un chat. Le mythe du chat n'était pas non plus le simple développement d'une métaphore verbale et ils n'avaient pas davantage l'intention de proposer des énigmes... Ils avaient remarqué ce fait bien simple, que le chat y voyait dans l'obscurité et que ses yeux devenaient des ronds parfaits et luisaient davantage durant la nuit. La lune était la voyante de la nuit dans le ciel et le chat était son équivalent sur la terre, aussi le chat domestique fut-il adopté comme représentant, comme emblème naturel et vivante reproduction du globe lunaire... Et il s'ensuivit que le soleil, qui regardait le monde d'en bas pendant la nuit, pouvait aussi être appelé le chat, comme cela eut effectivement lieu, parce que lui aussi voyait dans l'obscurité. Le nom du chat en égyptien est mau, qui signifie voyant et qui dérive de mau, voir. Un auteur, traitant de la mythologie, affirme que les Egyptiens "imaginaient un grand chat derrière le soleil, qui était la prunelle de l'œil de ce chat". Mais cette façon d'imaginer est tout à fait moderne. Elle fait partie du fonds de commerce de Max Müller. La lune, en tant que chat, était l'œil du soleil parce qu'elle réfléchissait la lumière solaire et parce que l'œil réfléchit l'image dans son miroir. Sous forme de la déesse Pasht, le chat veille pour le soleil en écrasant de sa patte la tête du serpent des ténèbres, appelé son éternel ennemi !

Voilà une exposition très exacte du mythe lunaire, sous son aspect astronomique. La sélénographie, toutefois, est la division la moins ésotérique du symbolisme lunaire. Pour s'assimiler complètement la sélénognose – s'il est permis de forger un nouveau mot – il faut être passé maître dans bien plus [II 4] que sa signification astronomique. La Lune est intimement liée à la Terre, comme c'est montré dans la Stance 6, et se trouve plus directement en rapport avec tous les mystères de notre Globe que ne l'est même Vénus-Lucifer, la sœur occulte et  l'alter  ego  de la Terre 3.

Les infatigables recherches des symbolistes occidentaux, surtout des Allemands, pendant le dernier siècle et le siècle actuel 4, ont amené les étudiants les plus exempts de préjugés et, cela va sans dire, tous les Occultistes, à voir que sans l'aide du symbolisme – avec ses sept départements dont les modernes ne savent rien – aucune Ecriture Sainte ancienne ne peut être correctement comprise. Il faut que le symbolisme soit étudié sous chacun de ses aspects, car chaque nation avait ses modes spéciaux d'expression. En un mot, aucun papyrus égyptien, aucune olla 5 indienne, aucune terre cuite assyrienne, aucun rouleau hébreu ne devrait être lu et interprété littéralement.

3 Voir Section IX, La Lune ; Deus Lunus ; Phœbé.

4 Le XIXème siècle.

5 Tamil Olai, feuille de palmier.

 

Cela est maintenant connu de tout lettré. Les savantes conférences de M. Gerald Massey suffisent à elles seules pour convaincre tout chrétien à l'esprit ouvert, que le fait d'accepter la lettre morte de la Bibleéquivaut à tomber dans une erreur et une superstition plus grossières que n'en  a jamais produit le cerveau d'un sauvage des îles des mers du Sud. Mais le fait en présence duquel les Orientalistes, même ceux qui aiment et recherchent le plus la vérité – qu'ils soient Aryanistes ou Egyptologues – paraissent rester aveugles, est que chaque symbole trouvé dans un papyrus ou dans une olla est un diamant à facettes multiples et que chacune de celles-ci, non seulement comporte diverses interprétations, mais se rattache à diverses sciences. Nous en voyons un exemple dans l'interprétation que nous venons de citer, du chat symbolisant la lune – exemple  d'une imagerie sidéro-terrestre, car la lune a chez les autres nations de nombreuses significations outre celle-ci.

Comme l'a démontré un érudit maçon et théosophe, feu Kenneth Mackensie, dans sa Royal Masonic Cyclopædia, il y a une grande différence entre l'emblème et le symbole. Le premier "comprend une plus grande série de pensées que ne le fait un symbole, que l'on peut plutôt considérer comme servant à éclaircir une idée spéciale unique". D'où il résulte que les symboles – lunaires ou solaires, par exemple – de  plusieurs pays, éclaircissant chacun une de ces idées spéciales, ou une série d'idées, forment, collectivement, un emblème ésotérique. Ce dernier est "un tableau, ou signe visible et concret, représentant [II 5] des principes, ou une série de principes, reconnaissables par ceux qui ont reçu certaines instructions (les Initiés)". Pour parler plus clairement encore, un emblème est ordinairement composé d'une série de tableaux graphiques, considérés et expliqués allégoriquement et qui développent une idée en vues panoramiques, l'une après l'autre. Ainsi les Pouranas sont des emblèmes écrits. Il en est de même des Testaments Mosaïque et Chrétien, ou de la Bibleet de toutes les autres Ecritures Saintes exotériques.

Comme le montre la même autorité :

Toutes les sociétés ésotériques, comme la Société Pythagoricienne, l'Eleusinia, les Confréries Hermétiques de l'Egypte, les Rose-Croix et les Francs-Maçons, se sont servi d'emblèmes et de symboles. Beaucoup de ces emblèmes ne doivent pas être mis sous les yeux de  tout le monde et une différence très petite peut modifier grandement la signification de l'emblème ou du symbole. Les sceaux magiques, fondés sur certains principes des nombres, sont dans ce cas et, si monstrueux et ridicules qu'ils soient aux yeux des ignorants, ils transmettent tout un corps de doctrine à ceux qui ont appris à les reconnaître.

Les sociétés énumérées ci-dessus sont toutes comparativement modernes, aucune ne remontant plus loin que le Moyen Age. Aussi est-il encore bien plus normal que les étudiants des plus anciennes écoles archaïques aient soin de ne pas divulguer des secrets beaucoup plus importants pour l'humanité (comme étant dangereux dans des mains ignorantes) que les soi-disant "Secrets Maçonniques" qui sont maintenant devenus, comme disent les français, des secrets de polichinelle ! Mais cette restriction ne peut s'appliquer qu'à la signification psychologique, ou plutôt psycho-physiologique et cosmique d'un symbole et d'un emblème, et encore partiellement, même à cet égard. Car, bien qu'un Adepte soit forcé de refuser de communiquer les conditions et les moyens qui conduisent aux corrélations des Eléments – psychiques ou physiques – qui peuvent produire des résultats nuisibles, aussi bien que bénéfiques, il est cependant toujours prêt à communiquer à l'étudiant sérieux le secret de la pensée antique, dans tout ce qui concerne l'histoire cachée sous le symbolisme mythologique et à donner ainsi quelques repères de plus pour une vue rétrospective du passé, dans la mesure où cela fournit d'utiles informations sur l'origine de l'Homme, l'évolution des Races et la géognose. Et pourtant la plainte larmoyante de nos jours, non seulement parmi les Théosophes, mais aussi parmi les quelques profanes que la question intéresse, c'est : Pourquoi les Adeptes ne révèlent-ils pas ce qu'ils savent ? A cela on pourrait répondre : Pourquoi le feraient-ils, sachant d'avance qu'aucun homme de science [II 6] ne l'accepterait, même comme hypothèse et encore moins comme théorie ou axiome. Avez-vous seulement accepté l'A B C de la Philosophie Occulte contenu dans le Theosophist, le Bouddhisme ésotérique et dans d'autres ouvrages et périodiques, ou y avez-vous cru ? Le peu qui a été donné n'a-t-il pas été raillé, tourné en ridicule et confronté, d'un côté, avec les théories "animales" et "simiesques" de Huxley et de Haeckel et, de l'autre côté, avec la côte d'Adam et la pomme ? En dépit de cette perspective peu désirable, une masse de faits est donnée dans cet ouvrage, et l'auteur y traite, aussi complètement qu'il lui est possible de le faire, de l'origine de l'homme, de l'évolution du Globe et des Races, humaines et animales.

Les preuves offertes, pour corroborer les anciens enseignements, sont disséminées dans toute l'étendue des écritures des civilisations antiques. Les Pouranas, le Zend-Avesta et les anciens classiques, sont remplis de faits de ce genre, mais personne ne s'est jamais donné la peine de les rassembler et de les comparer. La raison en est que tous les événements de ce genre étaient racontés symboliquement et que les plus savants et les plus perspicaces de nos Aryanistes et Egyptologues ont été trop souvent arrêtés par quelque idée préconçue et plus souvent encore par une vision partiale de la signification secrète. Une parabole, cependant, est elle-même un symbole parlé : une fiction ou une fable, disent les uns, une représentation allégorique, disons-nous, des réalités de la vie, des événements et des faits. Et, de même que l'on tirait toujours une morale d'une parabole, morale qui était effective, un fait réel de la vie humaine, de même, un événement réel et historique était déduit, par les personnes versées dans les sciences hiératiques, d'emblèmes et de symboles conservés dans les antiques archives des temples. L'histoire religieuse et ésotérique de chaque nation était enfouie dans les symboles ; elle n'était jamais littéralement exprimée par des mots. Toutes les pensées et les émotions,  toute  la  connaissance  et  le  savoir,  révélés  et  acquis  par les premières races, trouvèrent leur expression imagée dans l'allégorie et la parabole. Pourquoi ? Parce que la parole articulée possède un pouvoir, non seulement inconnu et même insoupçonné des "sages" modernes, qui, naturellement, n'y croient pas ; parce que le son et le rythme sont étroitement liés aux quatre Eléments des Anciens et que telle ou telle vibration dans l'air doit inévitablement éveiller les Pouvoirs correspondants, avec lesquels leur union produit, selon le cas, de bons ou de mauvais résultats. Aucun étudiant n'avait jamais la permission de réciter les événements historiques, religieux ou réels, d'aucun genre, en termes ne se prêtant à l'erreur d'interprétation, de peur que les Pouvoirs en rapport avec l'événement ne soient attirés de [II 7] nouveau. De tels événements n'étaient racontés que pendant l'Initiation et chaque étudiant devait les enregistrer en symboles correspondants tirés de son propre mental et contrôlés plus tard par son Maître avant d'être définitivement acceptés. C'est ainsi que l'alphabet chinois fut créé peu à peu, comme, immédiatement auparavant, venaient d'être fixés les symboles hiératiques de l'ancienne Egypte. Dans la langue chinoise, dont les caractères peuvent être lus dans n'importe quelle langue 6 et sont, ainsi que nous venons de le dire, à peine moins anciens que l'alphabet égyptien de Thoth, chaque mot est représenté par un symbole graphique. Cette langue possède bien des milliers de lettres-symboles, ou logogrammes, donnant chacun la signification d'un mot entier, car de véritables lettres, ou un alphabet, dans le sens que nous donnons à ce mot, n'existent pas dans la langue chinoise, pas plus qu'ils n'existaient dans celle de l'Egypte jusqu'à une période bien plus tardive.

6 De sorte qu'un Japonais, ne comprenant pas un seul mot de chinois et se trouvant avec un Chinois n'ayant jamais entendu parler la langue japonaise, converserait avec lui par écrit et ils se comprendraient parfaitement – parce que leur manière d'écrire est symbolique.

 

Nous essayons maintenant d'expliquer les principaux symboles et emblèmes, parce que les troisième et quatrième volumes qui traitent de l'Anthropogenèse, seraient très difficiles à comprendre sans une connaissance préparatoire au moins des symboles métaphysiques.

Il ne serait pas juste non plus de commencer l'explication ésotérique du symbolisme sans payer la dette d'honneur contractée envers celui qui a rendu le plus grand service à ces études, durant ce siècle, en découvrant la clef maîtresse de l'antique symbologie hébraïque, intimement liée à la métrologie ; l'une des clefs de la langue des   Mystères, autrefois  universelle. Nous remercions M. Ralston Skinner, de Cincinnati, auteur de The key to the Hebrew-Egyptian Mystery in the Source of Measures. Mystique et cabaliste par nature, il a travaillé pendant nombre d'années dans ce sens, et ses efforts ont été certainement couronnés d'un grand succès.

Voici ce qu'il dit :

L'auteur est convaincu qu'il existait une langue antique qui, dans les temps modernes et jusqu'à présent, paraît avoir été perdue, mais dont il reste de nombreux vestiges... L'auteur a découvert que cette proportion géométrique [le rapport intégral du diamètre à la circonférence d'un cercle] constituait l'origine très ancienne et probablement divine des... mesures linéaires... Il paraît à peu près établi que le  même système de géométrie, de nombres, de [II 8] proportions et de mesures était connu et employé sur le continent nord-américain, même avant que la postérité sémite n'en eût connaissance...

La particularité de ce langage était qu'il pouvait être contenu dans un autre et caché de façon à ne pouvoir être soupçonné, sans l'aide d'un enseignement spécial ; les lettres et les signes syllabiques possédaient à la fois les pouvoirs ou significations des nombres, des formes géométriques, des tableaux ou des idéographies et des symboles, dont la portée voulue était de façon déterminante secondée par des paraboles, sous forme de récits complets ou partiels, mais pouvait aussi être exposée séparément, indépendamment et de diverses manières, par des tableaux, par des ouvrages de maçonnerie ou par des constructions en terre.

Dissipons ce que peut avoir d'ambigu le mot langage : tout d'abord ce mot signifie l'expression des idées par la parole humaine, mais il peut aussi signifier l'expression des idées par un autre moyen. Cette ancienne langue est composée dans le texte hébreu, de manière à ce qu'en employant les caractères écrits, qui, une fois articulés, constituent la langue dont la définition a été donnée en premier lieu, une série d'idées, absolument différente de celle que fait naître la lecture des signes phonétiques, puisse être intentionnellement provoquée. Ce langage secondaire provoquait, d'une façon voilée, des séries d'idées, des copies imaginaires de choses sensibles pouvant être mises en tableaux et de choses pouvant être classées comme réelles, sans être sensibles ; comme, par exemple, le nombre 9 peut être pris comme une réalité, bien que n'ayant pas d'existence sensible ; de même qu'une révolution de la lune,  considérée indépendamment de la lune elle-même, par qui cette révolution a été effectuée, peut être prise  comme l'origine ou la cause d'une idée réelle, bien qu'une telle révolution n'ait aucune substance. Cette langue-idée peut consister en symboles restreints à des termes et à des signes arbitraires ayant une portée très limitée d'idées et complètement sans valeur, ou elle peut servir à déchiffrer la nature dans quelques-unes de ses manifestations, d'une valeur presque incommensurable, pour la civilisation humaine. L'image d'une chose naturelle peut donner naissance à des idées portant sur des sujets du même ordre et rayonnant dans des sens différents et même opposés, comme les rayons d'une roue et produisant des réalités naturelles, dans des genres  qui diffèrent beaucoup de la tendance apparente donnée par l'examen du premier tableau, ou tableau d'origine. Une notion peut donner naissance à une notion connexe ; mais s'il en est ainsi, quelque incongru que cela puisse  paraître, toutes les idées qui en résultent doivent découler de l'image originelle et avoir entre elles des liens ou des rapports harmoniques. Ainsi, d'une idée suffisamment fondamentale que l'on s'est formée, on peut tirer la conception du cosmos lui-même et jusqu'à celle de tous les détails de sa construction. [II 9]

Un tel emploi du langage ordinaire est aujourd'hui tombé en désuétude, mais l'auteur se demande si, à un moment donné,  dans  des  temps  très  reculés,  ce  langage  ou un autre analogue, n'était pas celui universellement adopté, tout en admettant qu'il devint l'apanage d'une secte ou d'une caste choisie, au fur et à mesure qu'il revêtit des formes de plus en plus voilées. J'entends par-là que la langue populaire ou vernaculaire fut elle-même employée, à son origine, comme le véhicule de ce mode particulier de communication des idées. Il existe à ce sujet des preuves très sérieuses et il  semble vraiment qu'il y ait eu dans l'histoire de la race humaine, par suite de causes qui nous échappent, au moins quant à présent, une altération ou même la perte d'une langue originelle parfaite, ainsi que d'un système scientifique parfait – dirons-nous qu'ils étaient parfaits à cause de leur origine et de leur importation divines 7 ?

7 Tiré d'un Manuscrit, pp. 1, 6. Voir note volume I, p. 82.

 

"Origine divine" ne signifie pas ici une révélation faite par un Dieu anthropomorphe, sur une montagne, au milieu du tonnerre et des éclairs, mais, selon nous, une langue et un système scientifique donnés aux premières races humaines par une humanité plus avancée et qui était assez haute pour paraître divine aux yeux de cette humanité naissante : en un mot, par une "humanité" provenant d'autres sphères. Cette idée  ne renferme en elle-même rien de surnaturel, mais son acceptation ou son rejet dépendent du degré de vanité et d'arrogance de celui à qui elle est présentée. Car si les professeurs du savoir moderne consentaient à avouer que, bien qu'ils ne sachent rien – ou plutôt ne veulent rien savoir – de l'avenir de l'homme désincarné, cet avenir peut cependant être pour eux gros de surprises et de révélations inattendues, lorsque leurs Egos seront libérés de leurs corps matériels – l'incrédulité matérialiste aurait alors moins de succès qu'elle n'en a maintenant. Quel est celui, parmi eux, qui sache ou puisse dire ce qui arrivera, lorsque le Cycle de Vie de ce Globe sera terminé et que notre mère la Terre tombera elle-même dans son dernier sommeil ? Qui est assez hardi pour prétendre que les Egos divins de notre race humaine – au moins les élus parmi la multitude de ceux qui passeront sur d'autres sphères – ne deviendront pas à leur tour les "divins" instructeurs d'une nouvelle humanité, générée par eux sur un nouveau globe et appelée à la vie et à l'activité par les "principes" désincarnés de notre Terre ? Tout cela peut avoir fait partie de l'expérience du PASSE et ces annales étranges se trouvent enfouies dans la "Langue de Mystère" des âges préhistoriques, cette langue que l'on appelle maintenant le SYMBOLISME.

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