MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

LA DOCTRINE SECRETE VOL 4

SECTION IV - LE MYTHE DES "ANGES DECHUS" SOUS SES DIVERS ASPECTS

SECTION IV

LE MYTHE DES "ANGES DECHUS" SOUS SES DIVERS ASPECTS

 

 

A — Le Mauvais Esprit Qui et Quoi ?

 

Nous ne nous querellons actuellement qu'avec la Théologie, exclusivement. L'Eglise impose la croyance à un Dieu personnel et à un Diable personnel, alors que l'occultisme démontre la fausseté d'une telle croyance. Pour les Panthéistes et les Occultistes, tout comme les Pessimistes, la "Nature", n'est autre chose "qu'une mère avenante, mais froide comme la pierre" ; mais [IV 36] ceci n'est vrai qu'en ce qui concerne la Nature Physique extérieure. Ils s'accordent à reconnaître que, pour l'observateur superficiel, elle ne vaut guère mieux qu'un immense abattoir, où les bouchers deviendraient des victimes, et où les victimes se transformeraient à leur tour en exécuteurs. Il est tout naturel que le profane aux penchants pessimistes, une fois convaincu des nombreuses imperfections et des nombreux échecs de la Nature et surtout de ses tendances autophages, s'imagine que c'est là la meilleure preuve qu'il n'existe dans la Nature aucune Divinité in abscondito et qu'elle ne renferme rien de divin. Il n'est pas moins naturel de voir le Matérialiste et le Physicien s'imaginer que tout est dû à la force aveugle et au hasard, ainsi qu'à la survivance du plus fort, plus souvent même qu'à celle du plus apte. Mais les Occultistes, qui considèrent la Nature Physique comme un amas d'illusions très variées sur le plan des perceptions trompeuses ; qui ne reconnaissent dans chaque douleur et dans chaque souffrance que les angoisses nécessaires d'une incessante procréation, une série de phases menant à une perfectibilité qui croît sans cesse, comme le démontre l'influence silencieuse de l'infaillible Karma, ou Nature abstraite – les Occultistes, disons-nous, voient la Grande Mère sous un autre jour. Malheur à ceux qui vivent sans souffrir. La stagnation et la mort est le sort réservé à tout ce qui végète sans changements. Or, comment pourrait-il y avoir un changement en mieux, sans souffrances proportionnées pendant la phase précédente ? Ne sont-ce pas uniquement ceux qui ont appris à connaître la nature décevante des espérances humaines et les séductions illusoires de la nature extérieure, qui sont destinés à résoudre les grands problèmes de la vie, de la douleur et de la mort ?

Si nos modernes philosophes – précédés par les savants du Moyen-âge – sont arrivés à s'assimiler plus d'une des vérités fondamentales de l'antiquité, les Théologiens ont édifié leur Dieu et ses  Archanges, leur Satan et ses Anges, en même temps que le Logos et son état-major, en se basant entièrement sur les dramatis personae des antiques Panthéons païens. Ils eussent été les bienvenus, s'ils n'avaient pas habilement déformé les personnages originaux, perverti le sens philosophique et, abusant de l'ignorance de la Chrétienté – résultat de longs siècles d'assoupissement mental, durant lesquels l'humanité n'était autorisée à penser que par l'intermédiaire de mandataires – plongé tous les symboles dans la confusion la plus inextricable. Leur action la plus coupable dans ce genre, fut la transformation de l'Alter Ego divin, pour en faire le grotesque Satan de leur Théologie [IV 37] Comme toute la philosophie du problème du mal repose sur une compréhension correcte de la constitution de l'Etre Interne, de la Nature et de l'Homme, du divin dans l'animal, et qu'il en est de même de la justesse de tout le système exposé dans ces pages, en ce qui concerne l'œuvre maîtresse de l'évolution – l'Homme – nous ne saurions prendre trop de précautions contre les subterfuges théologiques. Lorsque le bon saint Augustin et l'ardent Tertullien appellent le Diable le "Singe de Dieu", nous pouvons attribuer cela à l'ignorance qui régnait à l'époque où ils vivaient. Il serait plus difficile d'excuser nos auteurs modernes pour la même raison. La traduction de la littérature Mazdéenne a fourni  aux auteurs Catholiques Romains un prétexte pour justifier une fois de plus leur opinion à ce sujet. Ils ont profité de la double nature d'Ahura Mazda et de ses Amshaspands dans le Zend Avesta et  la  Vendîdâdpour affirmer avec encore plus d'emphase leurs théories extravagantes. Satan est le plagiaire et le copiste par anticipation de la religion qui naquit bien des siècles plus fard. Ce fut l'un des coups de maître de l'Eglise Latine, son meilleur atout après l'apparition du Spiritisme en Europe. Bien que ne constituant qu'un succès d'estime en général, même parmi ceux que n'intéressent ni la Théosophie, ni le Spiritisme, cette arme est souvent employée par les Cabalistes Chrétiens (Catholiques Romains) contre les Occultistes Orientaux.

Or, les Matérialistes eux-mêmes sont tout à fait inoffensifs et peuvent être considérés comme des amis de la Théosophie, si on les compare à certains Cabalistes fanatiques du continent – qui se donnent le nom de "Chrétiens" et que nous appelons des "Sectaires". Ceux-ci lisent le Zohar, non pas pour y découvrir l'antique Sagesse, mais pour découvrir dans ses versets, en en mutilant le texte et la signification, des dogmes chrétiens, là où l'on aurait jamais pu songer à en mettre, et après avoir prêché ces dogmes avec l'aide collective de la casuistique et du savoir jésuitiques, les soi-disant "Cabalistes" se mettent à écrire des livres et égarent les étudiants moins clairvoyants de la Cabale 60. [IV 38]

Ne nous sera-t-il donc pas permis de draguer les profondes rivières du Passé et d'amener ainsi à la surface l'idée maîtresse qui amena la transformation du Dieu de Sagesse, que l'on avait d'abord considéré comme le Créateur de tout ce qui existe, en un Ange du Mal – en un ridicule bipède cornu, moitié chèvre, moitié singe, ayant des sabots et une queue ? Il est inutile que nous nous livrions à une digression dans le but de comparer les Démons païens de l'Egypte, des Indes ou de la Chaldée, avec le Diable du Christianisme, attendu qu'une telle comparaison est impossible, mais nous pouvons nous arrêter un instant pour jeter un coup d'œil sur la biographie du Diable Chrétien, audacieuse contrefaçon de la mythologie Judéo-Chaldéenne.

L'origine primitive de cette personnification est basée sur la conception que les Akkadiens se faisaient de l'antagonisme incessant et de la lutte des Puissances Cosmiques – les Cieux et la Terre – avec le Chaos. Leur Silik-Mouloudag (? Mouroudoug), "Dieu parmi les Dieux", "gardien miséricordieux des hommes sur la terre", était le fils de Héa (ou Ea), le grand Dieu de Sagesse, appelé Nébo par les Babyloniens. Chez les deux peuples, comme c'est aussi le cas pour les Dieux Hindous, leurs divinités étaient, à la fois, bienfaisantes et malfaisantes. De même que le mal et les châtiments sont les agents de Karma, dans le sens d'une rétribution absolument juste, de même le Mal était le serviteur du Dieu 61. La lecture des briques Chaldéo-Assyriennes l'a aujourd'hui démontré de façon à ne laisser subsister aucun doute. Nous retrouvons la même idée dans  le Zohar. Satan était un Fils et un Ange de Dieu. Pour toutes les nations Sémitiques, l'Esprit de la Terre était, dans son propre royaume, tout aussi créateur que l'Esprit des Cieux. C'étaient des frères jumeaux, interchangeables dans leurs fonctions, lorsqu'ils ne constituaient pas deux en un. Rien de ce que nous trouvons dans la Genèsene fait défaut dans les croyances religieuses Chaldéo-Assyriennes, même dans le peu qui en a été déchiffré jusqu'à présent. La grande "Surface de l'Abîme" de la Genèse, est représentée par le Tohu-Bohu, ("Abîme" ou "Espace Primordial"), ou Chaos des Babyloniens. La Sagesse, le Grand Dieu Invisible – appelé dans la Genèse"l'Esprit de Dieu" – vivait, pour les premiers Babyloniens comme pour les Akkadiens, dans la mer de l'Espace. Vers l'époque décrite par Bérose, cette Mer devint les Eaux visibles sur la surface de la Terre – la demeure cristalline de la Grande Mère, de la Mère d'Ea et de tous les [IV 39] Dieux, qui devint encore plus tard le grand Dragon Tiamat, le Serpent de Mer. La dernière phase de développement est représentée par la grande lutte de Bel avec le Dragon – le Diable !

D'où vient l'idée chrétienne que Dieu avait maudit le Diable ? Le Dieu des Juifs, quel qu'il fût, défendait de maudire Satan. Philon le Juif et Josèphe exposent tous deux que la Loi (le Pentateuque et le Talmud) défend constamment de maudire l'Adversaire, ainsi que les Dieux des Gentils. "Tu n'outrageras pas les Dieux", dit le Dieu de Moïse 62, car c'est Dieu qui "les a répartis entre toutes les nations" 63 et ceux qui parlent mal des "Dignités" (Dieux) sont appelés des "rêveurs corrompus" par Jude.

Car même l'Archange Michel... n'osa pas lancer contre lui (le Diable) une accusation outrageante, mais dit : "Le Seigneur te blâme" 64.

Enfin, la même chose est répétée dans le Talmud 65 :

 60 Le Marquis de Mirville, en France, fut un de ces Pseudo-Cabalistes, qui étudia le Zohar et autres antiques vestiges de la Sagesse Juive avec le Chevalier" Drach, ancien Rabbin Cabaliste converti à l'Eglise Romaine, et qui écrivit, avec son aide, une demi-douzaine de volumes, pleins  de médisances et de calomnies lancées contre tous les Spiritualistes et Cabalistes en vue. De 1848 à 1860, il persécuta sans relâche le vieux Comte d'Ourches, un des premiers Occultistes Orientaux en France, dont le vaste savoir Occulte ne sera jamais correctement apprécié par ses survivants parce qu'il abritait ses véritables croyances sous le masque du Spiritisme.

61 Voyez Hibbert Lectures, 1887, p. 101-105.

 62 Exode, XXII, 28.

63 Deut., IV, 19.

64 Jude, 8, 9.

65 Voyez Isis Dévoilée, III, 185 et seqq.

 66 Voyez Kiddusheem, 81, mais voyez la Qabbalah de Myer, p. 92, 94.

 

Satan apparut un jour à un homme qui avait l'habitude de le maudire quotidiennement et lui dit : "Pourquoi fais-tu cela ? Remarque que Dieu lui-même ne voulut pas me maudire, mais qu'il se borna à dire : "Le Seigneur te blâme, Satan" 66.

Cet échantillon talmudique prouve clairement (a) que saint Michel est appelé "Dieu" dans le Talmud et que quelqu'un d'autre est appelé "Seigneur" et (b) que Satan est un Dieu que le "Seigneur" lui-même craint Tout ce que nous lisons dans le Zohar et dans d'autres ouvrages cabalistiques, au sujet de Satan, prouve clairement que ce "personnage" n'est qu'une personnification du Mal abstrait, qui est l'arme de la Loi Karmique et de Karma. C'est notre nature humaine et l'homme lui-même, puisque l'on dit que "Satan est toujours proche et inextricablement mêlé à l'homme". Toute la question est de savoir si ce Pouvoir est latent ou actif en nous.

Un fait bien connu – par les, savants Symbologistes au moins – c'est que dans toutes les grandes religions de l'antiquité, c'est le Logos Démiurge – le Second Logos, ou la première émanation du Mental, Mahat

– qui est représenté comme donnant, pour, ainsi dire, le ton à ce qu'on pourrait appeler la corrélation entre l'Individualité et la Personnalité, dans le thème évolutif [IV 40] subséquent. Dans le symbolisme mystique de la Cosmogonie, de la Théogonie et de l'Anthropogonie, c'est le Logos que l'on représente comme jouant deux rôles dans le drame de la Création et de l'Etre – celui de la Personnalité purement humaine et de l'Impersonnalité divine de ce qui est appelé les Avatars ou incarnations divines et celui de l'Esprit Universel, appelé Christos par les Gnostiques, et les Fravarshi (ou Férouer) d'Ahura Mazda dans la Philosophie Mazdéenne. Sur les degrés les moins élevés de la Théogonie, les Etres Célestes des Hiérarchies inférieures avaient chacun un Fravarshi, ou "Double" Céleste. C'est une nouvelle assertion, mais sous une forme encore plus mystique, de l'axiome cabalistique, Deus est Demon inversus ; le mot "Demon" toutefois, comme dans le cas de Socrate et suivant le sens qui lui était attribué par toute l'antiquité, veut dire ici un Esprit Gardien, un "Ange" et non pas un Diable d'origine satanique, comme le voudrait la Théologie. L'Eglise Catholique Romaine fait preuve de sa logique et de son bon sens habituels  en acceptant saint Michel comme le Férouer du Christ. Ce Férouer était son "Ange Gardien", comme le prouve saint Thomas 67, ce qui ne l'empêche pas d'appeler les prototypes et les synonymes de Michel, comme Mercure, par exemple, des Diables !

L'Eglise accepte positivement le dogme d'après lequel le Christ a son Férouer, comme l'a tout autre Dieu ou tout autre mortel. De Mirville écrit :

Nous avons ici les deux héros de l'Ancien Testament, le Verbum (?) (ou second Jéhovah) et sa Face (les Protestants traduisent par "Présence"), qui ne font qu'un à eux deux et qui sont pourtant deux, mystère qui nous paraissait insoluble avant que nous n'eussions étudié la doctrine des Férouers Mazdéens et appris que le Férouer était une  puissance spirituelle, à la fois image, face et gardien de l'âme, qui finit par s'assimiler le Férouer 68.

Ceci est presque correct.

Les   Cabalistes   soutiennent,    entre   autres   absurdités,   que   le   mot Métatron, étant divisé en méta-thronon (µετα θρουου), veut dire "proche du trône" 69. Il veut dire juste le contraire, attendu que [IV 41] meta signifie "au-delà" et non pas "proche". Ceci a une grande importance au point de vue de notre argumentation. Saint Michel, le "quis ut Deus", est donc, pour ainsi dire, le traducteur du monde visible, dans le monde visible et objectif.

Ils soutiennent en outre, d'accord avec l'Eglise Catholique Romaine, que dans la Théologie Biblique et Chrétienne, il n'existe pas "après la Trinité, de personnalité céleste supérieure à l'Archange ou Séraphin Michel". D'après eux, le vainqueur du Dragon est l'Archi-Satrape de la Milice Sacrée, le Gardien des Planètes, le Roi des Etoiles, le Meurtrier de Satan et le Puissant Directeur. D'après l'astronomie mystique de ces messieurs, il est le vainqueur d'Ahriman, qui, après avoir renversé le Trône Sidéral de l'usurpateur, se baigne à sa place dans les Feux Solaires et qui, en sa qualité de défenseur du Christ-Soleil, approche son Maître de si près, "qu'il semble ne faire qu'un avec lui" 70. En raison de cette fusion avec le Verbe (Verbum), les Protestants et parmi eux Calvin, finirent par perdre entièrement de vue la dualité et ne virent plus Michel, "mais seulement son maître", écrit l'abbé Caron. Les Catholiques Romains, et particulièrement leurs Cabalistes, sont mieux informés et ce sont eux qui expliquent au monde cette dualité, ce qui leur fournit le moyen de glorifier les élus de l'Eglise et de repousser, en les couvrant d'anathèmes, tous les Dieux qui peuvent gêner leurs dogmes.

67 Marangone, dans son Delle Grandezze del Archangelo Sancti Afikaele, s'écrie : "O grandiose Etoile qui suis le Soleil qui est le Christ !... ô vivante image de la Divinité ! ô grand thaumaturge de l'Ancien Testament ! ô invisible vicaire du Christ dans son Eglise !…" Cet ouvrage est très estimé dans l'Eglise Latine.

68 Pneumatologie, V, 516.

69 Ibid., p. 515.

 

Ainsi les mêmes titres et les mêmes noms sont donnés, tour à tour, à Dieu et à l'Archange. Tous les deux sont appelés Métatron, "le nom de Jéhovah est donné à tous deux lorsqu'ils parlent l'un dans l'autre" (sic), car, d'après le Zohar, ce terme signifie indifféremment le Maître et l'ambassadeur. Tous deux représentent l'Ange de la Face parce que, nous dit-on, si d'une part le "Verbe" est appelé "la Face (ou la Présence) et l'Image de la Substance de Dieu", d'autre part, "Isaïe (?) parlant  du Sauveur aux Israélites, leur dit" que "l'Ange de sa Présence les sauva dans leur affliction" – "il fut donc leur Sauveur" 71. Ailleurs, Michel est très clairement appelé le "Prince des Faces du Seigneur", la "Gloire du Seigneur". Jéhovah et Michel sont tous deux les "Guides d'Israël 72... les Chefs des Armées du Seigneur, les Juges Suprêmes des Ames et même des Séraphins 73. [IV 42]

Tout ce qui précède est donné en se basant sur l'autorité de divers ouvrages écrits par des Catholiques Romains et doit, par conséquent, être orthodoxe. Quelques expressions sont traduites pour montrer ce que les subtils Théologiens et Casuistes veulent dire en employant le terme "Férouer" 74 mot emprunté par quelques auteurs Français au Zend Avesta, comme nous l'avons dit, et utilisé par le Catholicisme Romain dans un but auquel Zoroastre était loin de s'attendre. Dans le Fargard XIX (verset 14) de la Vendîdâdon lit :

Invoque, ô Zarathushtra ! mon Fravarshi, à moi qui suis Ahura Mazda, le plus grand, le meilleur, le plus beau des êtres, le plus solide, le plus intelligent... et dont l'âme est le Verbe sacré (Mâthra Spenta) 75.

70 Ibid., p. 5 14.

71 Isaïe, LXIII, 8, 9.

72 Métator et ηγεµών.

73 Pneumatologie, p. 515. "La Face et le Représentant du Verbe"

74 Ce qui est appelé Fravarshi dans la Vendîdâd, la partie immortelle d'un individu ; ce qui survit à l'homme – l'Ego Supérieur, dit l'Occultiste, ou le Double Divin.

75 Trad. de Darmesteter, p. 208.

76 Orm. Ahr., §§ 112, 113 ; cités par Darmesteter ; "Sacred Books of the East", vol. IV, introd., p. LXXIV.

77 De Idol., II, 373.

 

Les Orientalistes français traduisent Fravarshi, par Férouer.

Or, qu'est-ce qu'un Férouer ou Fravarshi ? Dans certains ouvrages Mazdéens, le texte implique que le Fravarshi est l'Homme interne immortel, ou l'Ego qui se réincarne ; qu'il existait avant le corps physique et qu'il survit à tous les corps de ce genre qu'il lui arrive de revêtir.

Non seulement l'homme est pourvu d'un Fravarshi, mais les Dieux aussi, ainsi que le firmament, le feu, les eaux et les plantes 76.

Ceci prouve d'une façon aussi évidente que possible que le Férouer est "la contrepartie spirituelle" du Dieu, de l'animal, de la plante, ou même de l'élément, c'est-à-dire la partie raffinée et plus pure de la création grossière, l'âme du corps, quoi que puisse être ce corps. C'est pourquoi Ahura Mazda recommande à Zarathushtra d'invoquer son Fravarshi et non lui (Ahura Mazda) ; c'est-à-dire la véritable Essence impersonnelle de la Divinité, qui ne fait qu'un avec le propre Atmâ (ou Christos) de Zoroastre et non la fausse apparence personnelle. Ceci est parfaitement clair.

Les Catholiques Romains se sont emparés de ce prototype divin et éthéré pour établir une prétendue différence entre leur Dieu et ses Anges et la Divinité et ses aspects, c'est-à-dire les Dieux des antiques religions. Ainsi, tout en qualifiant de Diables, Mercure, Vénus, Jupiter (tant comme Dieux que comme Planètes), ils font en même temps de Mercure le Férouer de leur Christ. Ce fait est [IV 43] indéniable. Vossius 77 prouve que Michel est le Mercure des païens et Maury, ainsi que d'autres écrivains français, appuient cette opinion et ajoutent que, suivant les grands Théologiens, Mercure et le soleil ne font qu'un (?) ; il n'est pas étonnant, pensent-ils, que Mercure, qui est si proche de la Sagesse et du Verbe (le Soleil), doive être absorbé par lui et confondu avec lui 78.

Cette manière de voir "Païenne" fut acceptée dès le premier siècle de notre ère, comme le prouve l'original des Actes des Apôtres (la traduction anglaise n'ayant aucune valeur). Michel est si bien le Mercure des nations Grecque et autres, que lorsque les habitants de Listra prirent Paul et Barnabé pour Mercure et Jupiter et s'écrièrent : "Les Dieux sont descendus parmi nous sous la forme humaine", le texte ajoute "Et ils appelèrent Barnabé, Zeus, et Paul, Hermès, parce qu'il était le conducteur du Verbe (Logos)" et non le "Principal orateur", comme le porte la  traduction erronée de la Bible Anglaise autorisée et même de la Bible Anglaise revue et corrigée. Michel est l'Ange de la vision de Daniel, le Fils de Dieu, "qui était semblable à un fils de l'Homme". C'est l'Hermès-Christos des Gnostiques, l'Anubis-Syrius des Egyptiens, le Conseiller d'Osiris dans l'Amenti, le Léontoïde-Michel-Ophiomorphos (όφιοµόρφος) des Ophites, qui, sur certains bijoux Gnostiques, porte une tête de lion comme son père Ildabaoth 79.

L'Eglise Catholique Romaine admet tacitement tout cela et beaucoup de ses auteurs l'avouent publiquement. Incapables de nier l' "emprunt" flagrant de leur Eglise, qui "dépouille" ses aînés de leurs symboles, comme les Juifs avaient "dépouillé", les Egyptiens de leurs bijoux d'argent et d'or, ils expliquent le fait avec une froideur et un sérieux parfaits. Ainsi les auteurs qui avaient été jusqu'alors assez timides pour voir dans cette répétition des idées Païennes, par les dogmes Chrétiens "un plagiat légendaire perpétré par l'homme", sont gravement avertis que loin d'admettre une explication aussi simple de cette ressemblance presque parfaite, il faut l'attribuer à une tout autre cause – "à un plagiat préhistorique, ayant une origine superhumaine".

Si, le lecteur veut savoir comment cela s'est passé, il faut qu'il ait l'obligeance de se reporter au même volume de l'ouvrage de de Mirville 80.

78 Voyez de Mirville, ibid., p. 515.

79 Ibid. ; voyez aussi les planches, dans Gnostics and their Remains de King.

80 P. 518.

 

Notez bien que cet auteur fut le défenseur officiel [IV 44] et reconnu de l'Eglise Romaine et qu'il fut aidé par le savoir de tous les Jésuites. Nous lisons dans ce volume :

Nous avons mentionné divers demi-dieux et aussi des héros "tout à fait historiques" des Païens, qui étaient prédestinés depuis leur naissance pour singer, en même temps qu'ils la déshonoraient, la nativité du  héros qui était tout à fait Dieu et devant qui toute la terre devait s'incliner ; nous les avons montrés naissant comme lui d'une mère immaculée ; nous les  avons  vus étranglant des serpents dans leur berceau, luttant contre  des démons, accomplissant des miracles, mourant dans le martyre, descendant dans le monde inférieur et ressuscitant d'entre les morts. Et nous avons amèrement déploré que de timides chrétiens se fussent crus obligés d'expliquer toutes ces identités par des coïncidences dans le choix des mythes et des symboles. Ils oublient apparemment les paroles du Sauveur, tous ceux qui vinrent avant moi furent des voleurs et des larrons – paroles qui expliquent tout, sans avoir recours à d'absurdes négations et qui ont été commentées par moi en ces termes : "l'Evangile est un drame sublime, parodié et joué avant son heure par des drôles."

Les "drôles" sont, bien entendu, des Démons dont le directeur est Satan. Voilà certes le moyen le plus aisé, le plus sublime et le plus simple, de se tirer d'une difficulté ! Le Rev. Dr. Lundy, un de Mirville protestant, adopta cette heureuse suggestion dans sa Monumental Christianity et le docteur Sepp, de Munich, en fit de même dans les ouvrages qu'il écrivit pour prouver la divinité de Jésus et l'origine Satanique de tous les autres Sauveurs. Ce qu'il y a de pitoyable, c'est qu'un plagiat systématique et collectif, qui fut maintenu sur une gigantesque échelle pendant plusieurs siècles, soit expliqué au moyen d'un autre plagiat, cette fois dans le quatrième Evangile. En effet, la phrase qu'on en cite : "Tous ceux qui vinrent avant moi, etc.", est la répétition textuelle de celle qui se trouve dans le livre d'Enoch. Dans l'introduction de la traduction d'un manuscrit Ethiopien de la Bibliothèque Bodléienne, faite par l'Archevêque Laurence, l'éditeur, lui-même auteur de Evolution of Christianity, fait remarquer que :

 En corrigeant les épreuves du Livre d'Enoch, nous avons été encore plus impressionnés par les rapports qu'il a avec le Nouveau Testament. Ainsi la parabole de la Brebis, délivrée par le Bon Pasteur des gardiens mercenaires et des loups féroces, fut évidemment empruntée par le quatrième Evangéliste au chap. LXXXIX du Livre d'Enoch, dans lequel l'auteur dépeint les pasteurs comme tuant et détruisant la brebis avant l'arrivée de leur Seigneur et dévoile ainsi le véritable sens de ce passage, jusqu'alors mystérieux, de  la  parabole [IV 45] de Jean – "Tous ceux qui vinrent avant moi sont des voleurs et des larrons" – phrase dans laquelle nous découvrons maintenant une allusion évidente  aux pasteurs allégoriques d'Enoch 81.

Il est aujourd'hui trop tard pour prétendre que c'est Enoch qui fit des emprunts au Nouveau Testament, au lieu du contraire. Jude (14, 15) cite mot à mot, un long passage d'Enoch au sujet de la venue du Seigneur avec ses dix mille saints et, en nommant le prophète, il reconnaît la source d'une manière précise.

En (...) complétant le parallélisme entre prophète et apôtre, (nous) avons mis hors de doute, qu'aux yeux de l'auteur d'une Epître acceptée comme révélation divine, le Livre d'Enoch fut la production inspirée d'un patriarche antédiluvien...

La double coïncidence du langage et des idées dans Enoch et chez les auteurs du Nouveau Testament (...) indique clairement que l'ouvrage du Milton Sémitique fut la source inépuisable à laquelle les Evangélistes et les Apôtres, ou les hommes qui écrivirent sous leurs noms, empruntèrent leurs conceptions au sujet de la résurrection, du jugement, de l'immortalité, de la perdition et du règne universel de la justice sous la domination éternelle du Fils de l'homme. Le plagiat évangélique atteint son point culminant dans la Révélation de saint Jean, qui adapte au Christianisme les visions d'Enoch, avec des modifications dans lesquelles nous ne retrouvons pas la sublime simplicité du grand maître des prédictions apocalyptiques, qui prophétise sous le nom du Patriarche antédiluvien 82.

"Antédiluvien", en effet ; mais si le texte date à peine de quelques siècles, ou même de quelques milliers d'années avant notre ère historique, ce n'est plus alors la prédiction originale des événements futurs, niais c'est à son tour la copie d'une partie des Ecritures d'une religion préhistorique.

Durant l'âge Krita, Vishnou, sous la forme de Kapila et d'autres (instructeurs inspirés)... communique... la vraie sagesse (comme le fit Enoch). Durant l'âge Trétâ, il réprime les méchants, sous la forme d'un monarque universel (Chakravartin, le "Roi Eternel" d'Enoch) 83 et protège les trois mondes (ou Races). Durant l'âge Dvâpara, en la personne de Védavyâsa, il divise l'unique Véda en quatre et le distribue en centaines (Shata) de branches 84.

82 Op. cit., pp. 34, 35.

83 Uriel dit dans le Livre d'Enoch (26, 3) : "Ceux à qui l'on a pardonné béniront à jamais Dieu... le Roi Eternel" – qui régnera sur eux.

84 Vishnou Pourâna, III. II ; traduction de Wilson, III, 31.

 

Tout à fait exact ; le Véda des premiers Aryens, avant d'être écrit, se répandit parmi toutes les nations des Atlanto-Lémuriens [IV 46] et y sema les premiers germes de toutes les antiques religions qui existent aujourd'hui. Les rameaux de l'Arbre de Sagesse qui ne périt jamais ont éparpillé leurs feuilles mortes, même sur le Judéo-Christianisme. Et à  la fin de l'âge Kali, notre âge actuel, Vishnou, ou le "Roi Eternel", apparaîtra comme Kalki et rétablira la justice sur la Terre. Le mental de ceux qui vivront à cette époque sera éveillé et deviendra aussi transparent que du cristal.

 Les hommes qui seront ainsi changés, grâce à cette époque particulière (la sixième race), seront comme les semences d'autres êtres humains et donneront naissance à une race qui se conformera aux lois de l'âge Krita de la pureté ;

c'est-à-dire, ce sera la Septième Race, la Race des "Bouddhas", des "Fils de Dieu", nés de parents immaculés.

 

B — Les Dieux de Lumière procèdent des Dieux de ténèbres.

 

Il est donc suffisamment établi que le Christ, le Logos, ou le Dieu dans l'Espace et le Sauveur sur la Terre, n'est qu'un des Echos de cette même Sagesse antédiluvienne si mal comprise. Son histoire commence par la descente sur la Terre des Dieux" qui s'incarnèrent dans l'humanité et ceci constitue la "Chute". Qu'il s'agisse de Brahmâ, précipité sur la Terre par Bhagavân dans l'allégorie, ou de Jupiter par Cronos, tous sont les symboles des races humaines. Une fois qu'il a touché cette Planète composée de Matière dense, les ailes d'une blancheur de neige du plus haut des Anges ne peuvent plus rester immaculées, ou l'Avatar (ou incarnation) être parfait, car chacun de ces Avatars est la chute d'un Dieu dans la génération. Nulle part la vérité métaphysique n'est plus claire, lorsqu'on l'explique ésotériquement (ou plus-voilée pour la conception moyenne de ceux qui, au lieu d'apprécier le côté sublime de l'idée, ne savent que la dégrader) que dans les Upanishads, les glossaires Esotériques des Védas. Le Rig-Véda, comme l'a caractérisé Guignault, "est la plus sublime conception des grandes routes de l'humanité". Les Védas sont et resteront toujours, dans l'Esotérisme du Védanta et des Upanishads, "le miroir de la Sagesse Eternelle".

Depuis plus de seize siècles, les nouveaux masques placés de [IV 47] force sur les visages des Dieux antiques, les ont cachés aux yeux de la curiosité publique, mais ils ont fini par être reconnus comme un accoutrement manqué. Pourtant, la Chute métaphorique, ainsi que la Rédemption et le Crucifiement tout aussi métaphoriques, ont conduit l'Humanité Occidentale par des chemins où elle avait du sang jusqu'aux genoux. Le pire, c'est qu'elle a été amenée à croire au dogme d'un Esprit du Mal distinct de l'Esprit de tout ce qui est Bien, tandis que le premier vit dans toute la Matière et particulièrement dans l'homme. Finalement, cela donna naissance au dogme, déshonorant pour Dieu, de l'Enfer et de la perdition éternelle ; il en résulta qu'un épais brouillard s'étendit entre les intuitions  supérieures  de  l'homme et les vérités divines et, résultat pernicieux entre tous, les gens restèrent dans l'ignorance de ce fait, qu'il n'y avait ni adversaires, ni sombres Démons dans l'Univers, avant  que l'homme lui-même ne fit son apparition sur cette terre et probablement sur d'autres. Aussi les hommes ont-ils été amenés à accepter la pensée du péché originel, en guise de consolation problématique pour les maux de ce monde.

La philosophie de cette Loi de la Nature, qui implante dans l'homme, comme dans tout animal, un désir passionné, inhérent et instinctif, de liberté et de libre arbitre, est du ressort de la Psychologie et ne peut être abordée maintenant, car pour démontrer l'existence de ce sentiment chez les Intelligences supérieures, pour l'analyser et fournir une raison naturelle pour son existence, il faudrait d'interminables explications philosophiques, pour lesquelles la place nous manque ici. La meilleure synthèse de ce sentiment se trouve peut-être dans trois lignes du Paradis Perdu de Milton. "L'Ange Déchu" dit :

Ici nous pouvons régner en sécurité et, à mon avis, Régner est digne d'ambition, fut-ce en enfer !

Plutôt régner en enfer que de servir au ciel !

Plutôt être un homme, le couronnement de la production terrestre et le roi de son opus operatum, que d'être perdu dans le ciel, au milieu des Légions Spirituelles sans volonté.

Nous avons dit ailleurs que le dogme de la première Chute était basé sur quelques versets de l'Apocalypse qui sont, comme l'ont prouvé maintenant quelques savants, un plagiat d'Enoch. Ces versets ont donné naissance à des théories et à des spéculations interminables qui ont acquis peu à peu l'importance d'un dogme et d'une tradition inspirée. Tout le monde a cherché à expliquer le verset où il est question du Dragon à sept têtes, avec [IV 48] ses dix cornes et ses sept couronnes, dont la queue "balaya un tiers des étoiles du ciel et les précipita sur la terre" et dont la place, ainsi que celle de ses Anges, "ne se retrouvait plus au ciel". Ce que signifient les sept têtes du Dragon (ou Cycle) et ses cinq méchants rois aussi, peut être appris dans l'Appendice qui compose les Vème et VIème volumes.

 Depuis Newton jusqu'à Bossuet, d'incessantes spéculations évoluèrent dans les cerveaux chrétiens, au sujet de ces obscurs versets. Bossuet dit :

L'étoile qui tombe n'est autre que l'hérésiarque Théodose... Les nuages de fumée sont les hérésies des Montanistes... Le tiers des étoiles représente les Martyrs et spécialement les docteurs en théologie.

Bossuet aurait cependant dû savoir que les événements décrits dans l'apocalypse n'étaient pas originaux et que l'on peut, comme cela a été prouvé, les trouver dans d'autres traditions païennes. Il n'y avait ni scolastiques, ni Montonistes, aux époques Védiques, ni même beaucoup antérieurement en Chine. Mais la Théologiechrétienne  devait être protégée et sauvée.

C'est tout naturel, mais pourquoi la vérité serait-elle sacrifiée, afin de mettre à, l'abri de la destruction les élucubrations des Théologiens Chrétiens ?

Le "princeps aeris hujus", le "Prince de l'Air" de saint Paul, n'est pas le Diable, mais les effets de la lumière Astrale, ainsi que l'explique correctement Eliphas Lévi. Le Diable n'est pas le "Dieu de cette époque", comme il le dit, attendu que c'est la Divinité de toutes les époques et de toutes les périodes depuis l'apparition de l'homme sur la Terre et que la Matière, sous ses états et sous ses formes innombrables, avait à lutter pour son existence éphémère, contre d'autres Forces désagrégeantes de la Nature.

Le "Dragon" n'est autre que le symbole du Cycle et des "Fils de l'Eternité Manvantarique", qui étaient descendus sur la Terre durant une certaine époque de sa période de formation. Les "nuages de fumée" sont les phénomènes géologiques. Le "tiers des étoiles du Ciel", précipitées sur la Terre, a trait aux Monades Divines – les Esprits des Etoiles, en Astrologie – qui parcourent notre Globe, c'est-à-dire aux Egos humains destinés à accomplir le Cycle entier des incarnations. Cependant, la phrase "qui circumambulat terram", est encore considérée par la Théologie comme se rapportant au Diable, le mythique Père du Mal qui "tomberait comme  l'éclair".  Malheureusement pour cette interprétation,  [IV 49] le "Fils de l'Homme", ou le Christ, doit, d'après le témoignage personnel de Jésus, descendre aussi sur la Terre "comme l'éclair sort de l'Orient" 85, précisément sous la même forme et sous le même symbole que Satan, que l'on voit tomber "comme l'éclair... du Ciel" 86. On doit rechercher en Orient l'origine de toutes ces métaphores et de toutes, ces fleurs de rhétorique, d'un caractère éminemment oriental. Dans toutes les antiques Cosmogonies, la Lumièrevient des Ténèbres. En Egypte, comme ailleurs, les Ténèbres étaient le principe de toutes choses". Aussi Pymandre, la "Pensée Divine", jaillit comme Lumière du sein des Ténèbres. Béhémoth 87 est le principe des Ténèbres, ou Satan, pour la Théologie, Catholique Romaine et pourtant Job dit de lui que Béhémoth est "le premier (principe) des voies de Dieu", "Principium viarum Domini Behemoth !" 88.

La suite dans les idées ne semble pas être une vertu favorite dans aucune des parties de la soi-disant Révélation Divine, du moins telle, qu'elle est interprétée par les Théologiens.

Les Egyptiens et les Chaldéens faisaient remonter l'origine de leurs dynasties divines à l'époque où la Terre créatrice éprouvait les dernières douleurs en enfantant ses chaînes de montagnes préhistoriques, qui ont disparu depuis, ses mers et ses continents. Sa surface était couverte de "profondes Ténèbres et dans ce chaos (Secondaire) se trouvait le principe de toutes choses" qui se développèrent plus tard sur le Globe. Nos Géologues ont aujourd'hui acquis la certitude qu'il se produisit une conflagration terrestre de ce genre durant les premières périodes géologiques, il y a de cela plusieurs millions d'années 89. Quant à la tradition elle-même, toutes les contrées et toutes les nations la possédaient, chacune sous la forme nationale qui lui était propre.

 85 Mathieu, XXIV, 27.

86 Luc, X, 18.

87 La Bible Protestante définit innocemment Méhémoth comme "l'éléphant, comme certains le pensent" ; voyez la note (Job, XL, 15) dans la Version Autorisée.

88 Job, XL, 19.

89 L'Astronomie ne sait pourtant rien au sujet des étoiles qui ont disparu, sauf pour celles qui ont simplement cessé d'être visibles, jamais elle n'a rien su au sujet de celles qui ont cessé d'exister et l'on croit que les nouvelles étoiles de Kepler et de Tycho Brahé, peuvent elles-mêmes être encore vues.

 L'Egypte, la Grèce, la Scandinavie ou le Mexique n'étaient pas seules à posséder leur Typhon, leur Python, leur Loki et leur Démon "tombant" ; la Chine les avait aussi. Les Célestes possèdent toute une littérature qui traite de ce sujet. Il y est dit que [IV 50] par suite de la rébellion contre Ti, d'un Esprit orgueilleux qui prétendait être lui-même Ti, sept Chœurs d'Esprits Célestes furent exilés sur la Terre et "apportèrent un changement dans toute la Nature, le Ciel lui-même se penchant pour s'unir à la Terre".

Dans le Yi-King, on lit :

Le Dragon volant, superbe et révolté, souffre maintenant et son orgueil est puni : il croyait régner dans le Ciel et ne règne que sur la Terre.

Et le Tchoun-Tsiéou ait allégoriquement :

Une nuit, les étoiles cessèrent de briller dans les ténèbres et les désertèrent, tombant, comme une pluie, sur la Terreoù elles sont maintenant cachées.

Ces étoiles sont des Monades.

Les Cosmogonies Chinoises possèdent leurs "Seigneurs de la Flamme" et leur "Vierge Céleste", ainsi que de petits "Esprits pour l'aider et la servir et de grands Esprits pour combattre ceux qui sont les ennemis d'autres Dieux", mais tout cela ne prouve nullement que ces allégories soient des exposés ou des écrits prophétiques, se rapportant tous à la Théologie Chrétienne.

La meilleure preuve à offrir aux Théologiens Chrétiens que les déclarations contenues dans la Bible– dans les deux Testaments – sont l'affirmation de la même idée contenue dans les enseignements archaïques, à savoir que la "Chute des Anges" était simplement une allusion à l'Incarnation des Anges "qui avaient traversé les Sept Cercles", se trouve dans le Zohar. Or, la Cabalede Siméon Ben Iochaï constitue l'âme et l'essence du récit allégorique et la Cabale Chrétienneplus récente est le Pentateuque Mosaïque "obscurci". On y lit (dans  les  manuscrits d'Agrippa) :

 La Sagesse de la Cabale repose sur la Science de l'Equilibre et de l'Harmonie. Les Forces qui se manifestent sans avoir été équilibrées au préalable, périssent dans l'Espace ("équilibrées", veut dire différenciées).

Ainsi périrent les premiers rois (les Dynasties  Divines) de l'Ancien Monde, les Princes auto-générés des Géants. Ils tombèrent comme des arbres sans racines et disparurent car ils étaient l'Ombre de l'Ombre (à savoir, le Chhâyâ des Pitris ombreux 90

90 Ceci se rapporte aux "Rois d'Edom".

 

Mais ceux qui vinrent après eux, et qui,  précipités comme des étoiles filantes, furent enchâssés dans les Ombres, durèrent jusqu'à présent (les Dhyanis qui, s'incarnant, dans ces "Ombres Vides", inaugurèrent, l'ère de l'humanité). [IV 51]

Chaque phrase des anciennes Cosmogonies déroule, sous les yeux de celui qui sait lire entre les lignes, l'identité des idées sous un accoutrement différent.

La première leçon qu'enseigne la Philosophie Esotérique, c'est que la Cause Inconnaissable n'évolue, ni consciemment, ni inconsciemment, mais se borne à exhiber périodiquement des aspects différents d'Elle-même, aux perceptions d'intelligences limitées. Or, le Mental Collectif – l'Universel – composé de Légions variées et innombrables de Pouvoirs Créateurs, si infini qu'il soit dans le Temps Manifesté, est cependant limité lorsqu'on le compare à l'Espace qui n'est Jamais Né et qui est Inaltérable, sous son aspect suprême essentiel. Ce qui est limité ne peut être parfait. En conséquence, ces Légions renferment des Etres inférieurs, mais elles n'ont jamais renfermé, aucun Diable, ni aucun "Ange désobéissant", pour la simple raison que la Loi les gouverne tous. Les Asouras (donnez-leur tout autre nom qu'il vous plaira) qui s'incarnèrent, obéirent en faisant cela, à une loi aussi implacable que les autres. Ils s'étaient manifestés avant les Pitris et comme (dans l'Espace) le Temps procède par Cycles, leur tour était  venu, de là les nombreuses  allégories. Le nom d' "Asoura"  était d'abord indistinctement donné par les Brahmanes à ceux qui étaient les adversaires de leurs mômeries et de leurs sacrifices, comme le fut le grand Asoura nommé Asourendra. C'est probablement à cette époque qu'il faut remonter pour découvrir l'origine de l'idée du Démon, comme  un opposant, un adversaire.

Les Elohims Hébreux appelés "Dieu" dans les traductions et qui créent la "Lumière", sont identiques aux Asouras Aryens. On les appelle aussi les "Fils des Ténèbres", comme contraste philosophique et logique avec la Lumière Immuable et Eternelle. Les premiers Zoroastriens ne croyaient pas que le Mal, ou les Ténèbres fussent co-éternels avec le Bien ou la Lumière et donnaient la même interprétation. Ahriman est l'Ombre manifestée d'Ahura-Mazda (Asoura Mazda), issu lui-même de Zérouâna Akerne, "l'Infini (Cercle du) Temps" ou la Cause Inconnue. Ils disent de cette dernière :

Sa gloire est trop exaltée, sa lumière trop resplendissante, pour que l'intellect humain la comprenne, ou que l'œil mortel la voie.

Son émanation primordiale est la Lumière Eternelle, qui, ayant été préalablement cachée dans les Ténèbres, était appelée à se manifester et c'est ainsi que fut formé Ormazd le "Roi de la Vie". C'est le "Premier-né" dans, l'Espace Infini, mais de [IV 52] même que son antétype (l'idée spirituelle préexistante), il a vécu dans les Ténèbres de toute Eternité.

Les six Amshaspends – sept, avec lui le chef de tous – les Anges et Hommes spirituels primitifs, sont collectivement son Logos. Les Amshaspends Zoroastriens créent aussi le Monde en six jours ou périodes et se reposent le septième, mais dans la Philosophie Esotérique,  ce septième est la première période ou "Jour", ce que l'on appelle la Création Primairedans la Cosmogonie Aryenne. C'est cet Æon intermédiaire qui constitue le Prologue de la Création et qui occupe la limite entre l'Eternelle Causation Incréée et les effets limités produits ; c'est un état d'activité et d'énergie naissantes comme premier aspect de l'Immuable Repos Eternel. Dans la Genèse, au sujet de laquelle on n'a dépensé aucune énergie métaphysique, mais seulement une finesse et une ingéniosité extraordinaires, dans le but de voiler la Vérité Esotérique, la Création commence à la troisième phase de la manifestation. "Dieu" ou les Elohims sont les "Sept Régents" du Pymandre 91. Ils sont identiques à tous les autres Créateurs.

Dans la Genèseelle-même, la rudesse du tableau et les "Ténèbres" qui couvraient la surface de l'Abîme constituent une allusion à cette période. On y montre les Elohims "créant", c'est-à-dire édifiant ou construisant les deux Cieux ou le "double" Ciel (non pas le Ciel et la Terre) ; ce qui veut dire clairement qu'ils séparèrent le Ciel (Angélique) supérieur et manifesté, ou plan inférieur et terrestre ; les Æons (pour nous) Eternels et Immuables, des Périodes qui existent dans l'espace, le temps et la durée ; le Ciel et la Terre, l'Inconnu du Connu pour le profane. Tel est le sens de la phrase du Pymandre où il est dit :

La Penséedivine, qui, est la Lumière et la Vie (Zeruâna Akerne), produisit par son Verbe, ou premier aspect, l'autre Pensée agissante, qui étant le Dieu de l'Esprit et du feu, construisit Sept Régents renfermant dans leur Cercle le Monde des Sens appelé "Destinée Fatale".

Ce dernier se rapporte à Karma ; les "Sept Cercles" sont les sept planètes ou plans, comme aussi les sept Esprits Invisibles, dans les Sphères Angéliques, dont les visibles symboles sont les sept planètes 92, les sept Richis de la Grande Ourse et autres glyphes. Comme le dit Rath, en parlant des Adytias : [IV 53] Ce ne sont, ni le soleil, ni la lune, ni les étoiles, ni l'aurore, mais les éternels soutiens de la vie lumineuse, qui existent, en quelque sorte, derrière tous ces phénomènes.

91 D'Hermès Trismégiste.

92 Une nouvelle preuve, s'il en fallait, que les anciens Initiés connaissaient plus de sept planètes, peut être trouvée dans la Vishnou Pourâna(II, XII), où, en décrivant les chariots attachés à Dhruva (l'Etoile Polaire), Parashâra parle des "chariots des neuf planètes" qui sont attachés par des cordes aériennes.

 

Ce sont elles – les "Sept Légions" qui, ayant "considéré chez leur père (la Pensée Divine) le plan de l'opérateur", selon l'expression du Pymandre, désirent opérer de même (ou construire le monde avec toutes  ses créatures" ; en effet, comme elles sont nées "dans la, Sphère d'Opérations" – l'Univers en manifestation – telle est la Loi Manvantarique. Vient alors la seconde partie du passage, ou plutôt de deux passages fondus en un seul afin d'en cacher le sens complet. Ceux qui étaient nés dans la Sphère d'Opérations étaient "les frères qui avaient beaucoup d'amour pour lui". Ce dernier – "lui" n'était autre que les Anges Primordiaux ; les Asouras, les Ahriman, les Elohim, ou"Fils de Dieu", au nombre desquels se trouvait Satan – tous ces Etres Spirituels étaient appelés les "Anges des Ténèbres", parce que ces Ténèbres ne sont autres que la Lumièreabsolue, fait qui est aujourd'hui bien négligé, sinon tout à fait oublié par la Théologie. Néanmoins, la spiritualité de ces "Fils" tant décriés "de la lumière" qui n'est autre que les Ténèbres, doit évidemment être aussi grande, si on la compare à celle des Anges de la catégorie suivante, que l'est l'éthéréalité de ces derniers, comparée à la densité du corps humain. Lery premiers sont les "Premiers Nés" et, par suite, si voisins des limites du Pur Esprit Quiescent, que ce ne sont guère – que les "privations" –dans le sens donné par Aristote à ce mot – les Férouers, ou les types idéaux de ceux qui vinrent après. Ils ne pouvaient créer des choses matérielles, corporelles et, en conséquence, on les représenta par la suite comme ayant "refusé" de créer, comme "l'ordonnait Dieu", en d'autres termes, comme s'étant "révoltés".

Ceci est peut-être justifié en se basant sur le principe de la théorie scientifique qui nous enseigne ce qui suit, au sujet de la rencontre de deux ondes sonores de même longueur :

Si les deux sons ont la même intensité, leur coïncidence produit un son quatre fois plus fort que chacun d'eux, tandis que leur interférence produit le silence absolu.

Tout en expliquant quelques-unes des "hérésies" de son [IV 54] époque, Justin le Martyr démontre l'identité de toutes les religions du monde, à leur origine. Le commencement débute invariablement par la Divinité Inconnueet Passive, du sein de laquelle émane une certaine Puissance ou Vertu Active, le Mystère que l'on appelle parfois la Sagesse, quelquefois le Fils et très souvent Dieu, Ange, Seigneur et Logos 93. Ce dernier nom est parfois donné à la première Emanation, mais dans les divers systèmes, elle procède du premier Rayon Androgyne ou Double, qui est produit au début par l'Invisible. Philon dépeint cette Sagesse comme mâle et femelle, mais, bien que sa manifestation première ait eu un commencement, car elle procéda, d'Oulom 94 (Aiôn, le Temps),  le plus élevé des Æons lorsqu'il fut émis par le Père – elle était restée avec le Père avant toutes les créations, car elle est une partie de lui-même 95. Aussi Philon le Juif appelle-t-il Adam Kadmon le "Mental" l'Ennoia de Bythos dans le Système Gnostique. "Que le Mental soit appelé Adam." 96

93 Justin, Cum. Tryphone, p. 294.

94 Une division qui indique le temps.

95 Sanchoniathon appelle Temps, le plus vieux des Æons, Protogonos, le "Premier-Né".

96 Philon le Juif, Caïn and his Birth, p. XVII.

 

Suivant l'explication de l'antique livre des Mages le tout devient très clair. Hegel nous enseigne qu'une chose ne peut exister que par son opposé et il suffit d'un peu de philosophie et de spiritualité pour comprendre l'origine du dogme plus récent, qui est si véritablement satanique  et infernal dans sa méchanceté froide et cruelle. Voici de quelle façon les Mages expliquaient l'Origine du Mal dans leurs  enseignements exotériques. "La lumière ne peut produire que la Lumière et ne peut jamais être l'origine du Mal" ; comment le Mal aurait-il donc été produit, puisqu'il n'y avait rien d'égal ou de semblable à la Lumière dans sa production ? La Lumière, disaient-ils, produisit divers Etres, tous spirituels, lumineux et puissants, mais un Grand Etre (le "Grand Asoura", Ahriman, Lucifer, etc.) eut une pensée mauvaise, contraire à la Lumière. Il douta et, en raison de ce doute, devint sombre.

Ceci se rapproche un peu de la vérité, mais en est encore loin. Ce ne fut pas "une pensée mauvaise" qui donna naissance à la  Puissance opposée, mais bien la Pensée per se ; quelque chose qui, en étant cogitatif et en refermant un dessein et un but, est, par suite, limité et doit naturellement se trouver en opposition avec la pure Quiescence, c'est-à- dire avec l'état tout aussi naturel [IV 55] de la Spiritualité et de la Perfection absolues. C'était simplement la Loi d'Evolution qui s'affirmait ; le progrès du Développement Mental, différencié de l'Esprit, déjà enveloppé et imprégné par la Matière, vers laquelle il est irrésistiblement entraîné. Les idées, par leur nature même et leur essence, en qualité de conceptions ayant trait à des objets, vrais ou imaginaires, sont opposées à la Pensée Absolue, à cet Inconnaissable Tout, au sujet des mystérieuses opérations duquel M. Spencer déclare que l'on ne peut rien dire, mais "qu'il n'a aucune parenté de nature avec l'Evolution" 97,   chose qu'il n'a certainement pas 98.

Le Zohar expose ceci d'une façon fort suggestive. Lorsque l' "Etre Saint" (le Logos) désira créer l'homme, il fit appel aux Anges de la plus haute Légion et leur dit ce qu'il voulait, mais Ils doutèrent de la Sagesse de son désir et répondirent : "L'Homme ne durera pas une seule nuit dans sa gloire" – réponse pour laquelle ils furent brûlés (annihilés ?) par le "Saint" Seigneur. Il appela alors les Anges d'une autre Légion moins élevée et leur dit la même chose. Ceux-ci contredirent l' "Etre Saint", disant "A quoi bon l'Homme ?" Elohim créa cependant l'Homme et lorsque l'Homme pécha, les légions d'Uzza et d'Azael vinrent et blâmèrent Dieu : "Voici, dirent-ils, le Fils de l'Homme que tu as fait ; vois, il a péché !" L'Etre Saint répondit alors "Si vous aviez été parmi eux (les Hommes), vous auriez été plus mauvais qu'eux", et il les précipita du haut de leur position exaltée dans les Cieux, jusque sur la Terre, et "ils furent changés (en Hommes) et péchèrent avec les femmes de la Terre 99". Ceci est parfaitement clair. La Genèse(VI) ne fait aucune mention de ces "Fils de Dieu" subissant un châtiment. La seule allusion qui y soit faite dans la Bible, se trouve dans Jude :

Et, les Anges qui ne conservèrent pas leur première situation, mais quittèrent leur propre habitation, il les a retenus dans des chaînes éternelles au milieu des ténèbres jusqu'au jugement du grand jour 100. [IV 56]

97 Principes of Psychology, 474.

98 Rien ne dépeint mieux l'esprit de négation paradoxale si évident de nos jours, car, tandis que l'hypothèse de révolution a conquis droit de cité auprès de la Science, telle qu'elle est enseignée par Darwin et Haeckel, l'Eternité de l'Univers et la préexistence d'une Conscience Universelle sont toutes deux repoussées par les Psychologues modernes. "Si les Idéalistes avaient raison, dit M. Herbert Spencer, la doctrine de révolution serait un rêve."

99 Zohar, 9 b.

100 Verset 6.

 

Ceci veut simplement dire que les "Anges" condamnés à l'incarnation restent dans les chaînes de la chair et de la matière au milieu des ténèbres de l'ignorance, jusqu'au "Grand Jour", qui arrive comme toujours après, la Septième Ronde, après l'expiration de la "Semaine" du Septième Sabbat, ou dans le Nirvâna Post-Manvantarique.

 C'est, en se reportant aux traductions originales et positives, en Latin et en Grec seulement, que l'on peut reconnaître à quel point Pymandre, la Pensée Divine d'Hermès, est vraiment Esotérique et d'accord avec la Doctrine Secrète. D'autre part, on constate à quel point elle a été défigurée plus tard par les Chrétiens d'Europe, à l'aide des remarques et des inconscientes confessions auxquelles se livre de Saint-Marc dans sa Lettre et Préface à l'Evêque d'Ayre, en 1578. Il donne là tout le cycle des transformations d'un trait Panthéiste et Egyptien en un traité Mystique Catholique Romain, et nous voyons comment Pymandre est devenu ce qu'il est aujourd'hui. Toutefois, dans la traduction de Saint-Marc, on retrouve des traces du véritable Pymandre, la "Pensée Universelle" ou "Mental". Voici la traduction d'une vieille traduction française, dont l'original se trouve dans la note ci-dessous 101, dans son curieux vieux français :

Sept hommes (principes) furent générés dans l'Homme... La nature de l'harmonie des Sept du Père et de l'Esprit. La Nature... produisit sept hommes selon la nature des Sept Esprits... ayant, potentiellement, en eux les deux sexes.

Au point de vue métaphysique, le Père et le Fils sont le "Mental Universel" et "l'Univers Périodique" ; l' "Ange" et l' "Homme". C'est en même temps le Fils et le Père ; dans Pymandre, l'idée active et la Pensée passive qui la génère ; la tonique radicale de la Nature qui donne naissance aux sept notes – l'échelle septénaire des Forces Créatrices et aux sept aspects prismatiques de la couleur, qui naissent tous de l'Unique Rayon Blanc, ou Lumière – généré lui-même dans les ténèbres. [IV 57]

 101 Hermès Trismégiste, Pimandre, chap. I, sec. 16 : "Oh, ma pensée, que s'ensuit-il ? car je désire grandement ce propos. Pimandre dict, ceci est un mystère celé, jusques à ce jour d'hui. Car nature, soi mestant avec l'hôme, a produit le miracle très merveilleux, aiant celluy qui ie t'ay dict, la nature de l'harmonie des sept du père et de l'esprit. Nature ne s'arresta pas là, mais Incontinent a produict sept hâmes, seion les natures des sept gouverneurs en puissance des deux sexes et esleuez... La génération de ces sept s'est donnée en ceste manière..."

Puis Il y a, dans la traduction, une lacune qui peut être partiellement comblée en se reportant au texte Latin d'Apulée. L'évêque commentateur dit "La Nature produisit en lui (l'homme) sept hommes" (sept principes).

 

C — Les nombreuses significations de la "guerre dans le ciel"

 

La Doctrine Secrète signale comme un fait évident que l'humanité, collectivement et individuellement, constitue, avec toute la Nature manifestée, le véhicule (a) du Souffle de l'Unique Principe Universel, dans sa différenciation primordiale et (b) des innombrables "souffles" qui procèdent de ce Souffle Unique dans ses différenciations secondaires ultérieures, attendu que la Nature, avec ses nombreuses "Humanités", procède de haut en bas, vers les plans dont la matérialité va toujours en croissant. Le Souffle Primordial anime les Hiérarchies Supérieures ; le secondaire anime les inférieures, sur les plans constamment descendants.

Or, il existe dans la Biblede nombreux passages qui prouvent à première vue, au point de vue exotérique, qu'à une certaine époque cette croyance fut universelle et les deux passages les plus convaincants se trouvent dans Ezéchiel, XXVIII, et dans Isaïe, XIV. Les Théologiens chrétiens sont libres de les interpréter tous deux comme se rapportant à la Grande Guerre qui précéda la Création, à l'Epopée de la Rébellion de Satan, etc., si cela leur plaît, mais l'absurdité de cette idée n'est que trop apparente. Ezéchiel adresse ses lamentations et ses reproches au Roi  de Tyr ; Isaïe au Roi Achaz, qui s'adonnait au culte des idoles, comme le faisait le reste de la nation, à l'exception de quelques Initiés (appelés les Prophètes), qui cherchaient à l'arrêter dans sa marche vers l'exotérisme ou l'idolâtrie, ce qui est la même chose. Que l'étudiant en juge.

On lit, dans Ezéchiel :

Fils de l'Homme, dis au prince de Tyr : Ainsi a dit le Seigneur Dieu (selon notre interprétation, le "Dieu" Karma) : Parce que ton cœur s'est élevé, et que tu as dit, Je suis un Dieu... quoique tu sois un homme... Voici, je vais faire venir contre toi des étrangers... qui tireront leurs épées contre la beauté de ta sagesse... et ils te feront descendre dans la fosse (ou vie terrestre) 102.

102 XXVIII, 2-8.

 

L'origine du "prince de Tyr" peut – être retrouvée dans les [IV 58]

"Dynasties  Divines"  des  Atlantéens  impies,  des  Grands  Sorciers.   Les paroles d'Ezéchiel ne renferment pas de métaphores, mais, cette fois, de l'Histoire réelle. En effet, la voix qui se trouvait dans le prophète, la voix du "Seigneur", son propre Esprit qui lui parlait, disait :

Parce que... tu as dit : Je suis un Dieu et je suis assis dans le siège de Dieu 103 (les Dynasties Divines), au cœur des mers, quoique tu sois un homme... Voici, tu es plus sage que Daniel ; il n'y a pas de secrets que l'on puisse te cacher par ta sagesse... tu as augmenté tes richesses, et ton cœur s'est élevé à cause de tes richesses. Voici, à cause de cela... des étrangers... tireront leurs épées contre la beauté de ta sagesse... Ils te feront tomber... et tu mourras de la mort de ceux qui sont tués au cœur des mers 104.

Toutes ces imprécations ne sont pas des prophéties, mais simplement des souvenirs du destin des Atlantéens, des "Géants sur la Terre".

103 (Des Dieux).

104 Ibid.

105 Ibid., 17.

 

Quel pourrait être le sens de cette dernière phrase, si ce n'était un récit du destin des Atlantéens ? En outre, la phrase "Ton cœur s'est élevé à cause de ta beauté", 105 peut se rapporter à "l'Homme Céleste" de Pymandre, ou aux Anges Déchus, que l'on accuse d'être tombés à cause de l'orgueil que fit naître en eux la grande beauté et la grande sagesse qui leur échut. Il n'y a là aucune métaphore, sauf peut-être dans les idées préconçues de nos Théologiens. Ces versets se rapportent au Passé et relèvent plus du Savoir acquis durant les Mystères de l'initiation, que de la clairvoyance rétrospective ! La voix dit encore :

Tu as été dans l'Eden, le jardin de Dieu (durant le Satya Youga) ; ta couverture était de pierres précieuses de toutes sortes... le travail de tes tambours et de tes fifres fut préparé en toi le jour où tu fus créé, Tu es le chérubin oint ; ... tu as marché au milieu des pierres de feu. Tu as été parfait dans tes voies depuis le jour où tu fus créé, jusqu'à, ce que, la perversité eut été trouvée en toi. C'est pourquoi je te chasserai... hors de la montagne de Dieu et... je te détruirai 106.

La "Montagne de Dieu" veut dire la "Montagne des Dieux" ou Mérou, dont le représentant, durant la Quatrième Race, fut le Mont Atlas, la dernière forme d'un des divins Titans, si haut à [IV 59] cette époque que les anciens croyaient que les Cieux reposaient sur son sommet. Atlas n'assista-t-il pas les Géants dans leur Guerre contre les Dieux (Hyginus) ? Une autre version nous montre la fable prenant naissance à cause de la passion d'Atlas, fils de Japet et de Clymène, pour l'astronomie, passion qui le poussa à habiter sur les pics des montagnes les plus élevées. La Vérité, c'est qu'Atlas, la "Montagne des Dieux" ainsi que le héros de ce nom, sont les symboles Esotériques de la Quatrième Race et que ses sept filles, les Atlantides, sont les symboles de ses sept sous-races. D'après toutes les légendes, le mont Atlas avait trois fois la hauteur qu'il a aujourd'hui, car il s'est affaissé à deux reprises différentes. Il est d'origine volcanique et, par suite, la voix intérieure d'Ezéchiel dit :

En conséquence, je ferai jaillir un feu du milieu de toi et il te dévorera 107.

Cela ne veut certainement pas dire, comme cela paraît ressortir de la traduction au texte, que ce feu devait jaillir du milieu du Prince de Tyr, ou de son peuple, mais du milieu du Mont Atlas, qui symbolisait la Race fière, savante en Magie et très avancée au point de vue des arts et de la civilisation, dont les derniers vestiges furent détruits presque au pied de la chaîne de ces montagnes jadis gigantesques.

En vérité : "Tu seras un objet de terreur et tu ne seras plus" 108 ; car le nom même de la Race et sa destinée ont aujourd'hui disparu de la mémoire de l'homme. N'oubliez pas que presque tous les rois et les prêtres de jadis étaient des Initiés ; que vers la fin de la Quatrième Race il y eut une guerre entre les Initiés de la Voie de Droite et ceux de la Voie de Gauche, et enfin que le Jardin d'Eden est mentionné par d'autres personnes que les Juifs   de la Race Adamique, puisque Pharaon lui-même est comparé au plus bel arbre de l'Eden, par ce même Ezéchiel qui nous représente :

Tous les arbres de l'Eden comme les mieux choisis et les meilleurs du Liban... soutenus dans les parties inférieures de la Terre. (Car) eux aussi descendirent dans l'Enfer avec lui (Pharaon) 109,

– jusqu'aux parties inférieures qui, par le fait, ne sont autres [IV 60] que le fond de l'Océan, dont le sol s'entre ouvrit largement pour dévorer toutes les terres des Atlantéens et, ceux-ci avec. Si l'on se souvient de tout cela et qu'on compare les divers récits, on constate que les chapitres XXVII et XXXI d'Ezéchiel ne se rapportent pas à Babylone, à l'Assyrie, ou même à l'Egypte, puisque aucun de ces pays n'a été détruit de la sorte, mais que ceux-ci sont simplement tombés en ruines sur la surface de la terre et non au-dessous, et qu'ils se rapportent à l'Atlantide et à la plupart de ses peuples. On constatera aussi que le "Jardin d'Eden" des Initiés n'était pas un mythe, mais une localité aujourd'hui submergée. La lumière se fera et l'on appréciera à leur juste valeur Esotérique, des phrases comme celle-ci : "Tu as été dans l'Eden... tu fus sur la montagne sainte de Dieu" 110, car chaque nation avait, et beaucoup de nations ont encore, des montagnes saintes ; les unes des Pics des Himalayas, d'autres le Parnasse et le Sinaï. Toutes ces montagnes étaient des lieux d'Initiation et les demeures des Chefs des communautés d'Adeptes anciens et modernes. Ecoutez encore :

Voyez, l'Assyrien (pourquoi pas l'Atlantéen, Initié ?) était un cèdre du Liban... sa hauteur était exaltée au- dessus de tous les arbres... Les cèdres du jardin de Dieu ne pouvaient le cacher... de sorte que tous les arbres de l'Eden... le jalousaient 111.

Dans toute l'Asie Mineure, les Initiés étaient appelés les "Arbres de la Droiture" et les Cèdres du Liban et il en fut de même pour quelques rois d'Israël. Il en était ainsi des grands Adeptes des Indes, mais seulement de ceux de la Main Gauche. Lorsqu'on nous raconte dans la Vishnou Pouranaque "le monde était envahi par les arbres", pendant que les Prachetasas, qui "passèrent 10.000 ans en austérités dans le vaste océan", étaient absorbés par leurs dévotions, l'allégorie se rapporte aux Atlantéens et aux Adeptes des débuts de la Cinquième Race, aux Aryens. D'autres "arbres (des Adeptes Sorciers) se, répandirent et ombragèrent la terre sans protection et les peuples périrent... incapables de travailler pendant dix mille ans". On nous montre alors les Sages, les Richis de la Race Aryenne, appelés les Prachetasas, "jaillissant du sein de l'abîme 112 et détruisant avec le vent et la flamme qui sortaient de leurs bouches, les "Arbres" pleins d'iniquités et tout le règne végétal, [IV 61] jusqu'au moment où Soma (la Lune) souveraine du Monde végétal, les pacifia en faisant alliance avec les Adeptes de la Voie de droite, auxquels elle offrit comme épouse Mârishâ, le "rejeton des arbres" 113. Ceci est une allusion à la grande lutte entre les "Fils de Dieu" et les Fils de la Sagesse ténébreuse nos ancêtres ; autrement dit, entre les Adeptes Atlantéens et Aryens.

106 Ibid., 13-16.

107 Ibid., 18.

108 Ibid., 19.

 109 XXXI, 16-17. Le seul Pharaon que la Biblenous représente comme s'abîmant dans la mer Rouge, est celui qui poursuivit les Israélites et dont le nom resta inconnu, sans doute pour d'excellentes raisons, cette histoire fut certainement tirée de la légende Atlantéenne.

110 XXVIII, 13-14.

111 XXXI, 3-9.

112 Vishnou Pourâna, I, XV.

113 Ceci est de l'allégorie pure. Les Eaux sont un symbole de Sagesse et de Savoir occulte – Hermès représentait la Science Sacrée sous le symbole du Feu ; les Initiés du Nord la représentaient sous celui de l'Eau. Celle-ci est la production de Nara, "l'Esprit de Dieu", ou plutôt Paramâtman, "l'Ame Suprême", dit Khulluka Bhatta : Nârâyana, voulant dire celui qui demeure dans l'abîme" ou est plongé dans les Eaux de Sagesse, "l'eau étant le corps de Nara" (Vayou Pourâna). C'est ce qui fit dire que pendant 10.000 ans ils restèrent dans les austérités "dans le – vaste océan" et c'est pour cela qu'on les représente émergeant de son sein. Ea, le Dieu de Sagesse, est le "Poisson Sublime" et Dagon ou Oannès est, l'Homme-Poisom Chaldéen, qui émerge du sein des Eaux pour, éliminer, la Sagesse.

 

Toute l'histoire de cette période est allégoriquement contée dans la Râmâyana, qui est le récit mystique, sous une forme épique, de la lutte entre Râma – le premier roi de la Dynastie Divine des premiers Aryens – et Râvana, la personnification symbolique de la Race Atlantéenne (de Lankâ). Les premiers étaient des incarnations des Dieux solaires : les derniers des incarnations des Dévas Lunaires. Ce fut la grande lutte  entre le Bien et le Mal, entre la Magie Blanche et la Magie Noire pour la suprématie des – forces divines, sur les forces inférieures ou cosmiques.

Si l'étudiant désire mieux comprendre ce dernier exposé, qu'il se reporte à l'Anougîta, épisode de la Mahâbhârata, où le Brâhmana dit à son épouse :

 J'ai perçu au moyen du Soi le siège résidant dans le Soi – (le siège) où demeure le Brahman libéré des paires d'opposés et la lune, avec le feu (ou le soleil), soutenant (tous les)  êtres  (comme  animant  le  principe intellectuel 114.

La Lune est la divinité du mental (Manas), mais seulement sur le plan inférieur. On lit dans un Commentaire :

Manas est double, Lunaire dans la partie inférieure, Solaire dans la partie supérieure.

C'est-à-dire que, sous son aspect supérieur, il est attiré vers Bouddhi et que, sous son aspect inférieur, il descend dans son Ame animale, pleine de désirs égoïstes et sensuels et en écoute la voix ; c'est en cela que réside le mystère de la vie d'un Adepte et d'un profane, de même que celui de la séparation post mortem [IV 62] entre l'Homme divin et l'Homme animal. Mahâbhârata – dont chaque ligne doit être lue au point de vue  Esotérique

–   révèle,   sous   un   symbolisme    et   des   allégories   magnifiques    –   les tribulations de l'Homme et de l'Ame. Le Brâhmana dit dans l'Anougîta :

Dans l'intérieur (dans le corps), au milieu de tous ces (souffles vitaux) (principes ?) qui s'agitent dans le corps et s'avalent mutuellement 115, flamboie le  feu Vaishvânara 116  septuple 117.

Mais l' "Ame" principale, c'est Manas ou le mental ; aussi représente- t-on Soma, la Lune, comme contractant une alliance avec sa partie Solaire, personnifiée par les Prachetasas. Ceci n'est qu'une des sept clefs qui ouvrent les sept aspects qu'a la Râmâyana, comme toutes les autres Ecritures – c'est la clef métaphysique.

 Le "symbole de l'Arbre" pour représenter les divers Initiés, était presque universel. Jésus est appelé "l'Arbre de la Vie", comme le sont aussi tous les Adeptes de la Bonne Loi, tandis que ceux de la Voie de Gauche sont appelés les "arbres qui dépérissent". Jean-Baptiste parle de la "hache" qui "frappe la racine des arbres" 118 et les rois des armées de l'Assyrie sont appelés, les "arbres" 119.

114 Chap. V ; "Sacred Book of the East", vol. VIII p. 257.

115 L'habile traducteur de l'Anougitâ explique ceci dans une note (p. 358) ainsi conçue : "Le sens semble être le suivant : Le cours de la vie de ce monde est dû aux opérations des souffles vitaux qui sont attachés au Soi et conduisent à ses manifestations sous forme d'âmes individuelles."

116 Vaishvânara est un mot souvent employé pour indiquer le Soi, comme l'explique Nilakantha.

117 Ibid., p. 259. Traduit par Kishinath Trimbak Telang. M. A. ; Bombay.

 118 Mathieu, III, 10.

119 Isaïe, X, 19.

120 Op. cit., I, 258.

 

La véritable signification du Jardin d'Eden a été suffisamment exposée dans Isis Dévoilée. Or, l'auteur a entendu plus d'une fois exprimer de le surprise de ce qu'Isis Dévoilée contint si peu de doctrines enseignées aujourd'hui. C'est une grande erreur. En effet, les allusions à ces doctrines sont, nombreuses, si l'enseignement lui-même n'a pas été donné. Il n'était pas encore temps à cette époque, de même qu'aujourd'hui l'heure n'a pas encore sonné de dire tout. "Aucun Atlantéen, de la Quatrième Race qui précéda notre Cinquième Race, n'est mentionné dans Isis Dévoilée", écrivait un jour un critique du Bouddhisme Esotérique. Moi, qui ai écrit Isis Dévoilée, je soutiens que les Atlantéens y sont mentionnés comme nos prédécesseurs. Quoi de [IV 63] plus clair, en effet, que ces lignes, lorsqu'il était question du Livre de Job :

Dans le texte original, au lieu de "choses mortes", il y a Réphaims mort (des géants ou de puissants hommes primitifs), jusqu'auxquels, l' "évolution" pourra un jour faire remonter notre race actuelle 120.

Elle est invitée à le faire dès aujourd'hui, maintenant que cette allusion est clairement expliquée, mais il est hors de doute que les Evolutionnistes refuseront aujourd'hui, comme ils ont refusé il y a dix ans. La Science et la Théologie sont contre nous ; aussi sommes-nous tenus de les discuter toutes deux pour nous défendre. C'est en se basant sur de vagues métaphores disséminées dans les écrits des prophètes et dans l'Apocalypse de Saint-Jean, version majestueuse mais rééditée du Livre d'Enoch, c'est sur cette base si peu sûre que la Théologie chrétienne a édifiée son Epopée dogmatique de la Guerre dans le Ciel. Elle a fait mieux : elle s'est servie des  visions  symboliques,  qui  ne  sont  intelligibles  que  pour  les Initiés, comme de piliers destinés à supporter le poids de l'énorme édifice de sa religion. Or, on a découvert maintenant que ces piliers n'étaient que de faibles roseaux et la savante construction menace de s'effondrer. Le thème chrétien tout entier repose sur ce Jakin et ce Bohaz – les deux forces opposées du Bien et du Mal, du Christ et de Satan, αι̉ άγαθαὶ και κακαὶ δυνάµεις. Enlevez au Christianisme son principal soutien, les Anges Déchus, et le Séjour de l'Eden disparaît dans les airs, avec son Adam et son Eve ; et le Christ, dans son rôle exclusif de Dieu Unique et de Sauveur, et de Victime expiatoire pour les péchés de l'animal-homme, devient dès lors un mythe inutile et sans signification.

Dans un vieux numéro de la Revue Archéologique, un auteur  français,

  1. Maury, fait la remarque suivante :

Cette lutte universelle entre les bons et les mauvais esprits semble n'être que la reproduction d'une autre lutte plus ancienne et plus terrible qui, suivant un mythe antique, eut lieu avant la création de l'univers, entre les légions fidèles et les légions rebelles 121.

121 1845, p. 41.

 

Encore une fois, c'est une simple question de priorité. Si la Révélation de saint Jean avait été décrite durant la période Védique, et si l'on n'était pas aujourd'hui certain que ce n'est qu'une nouvelle version du Livre d'Enoch et des légendes du Dragon de l'antiquité païenne – la grandeur et la beauté des images eût pu [IV 64] influencer l'opinion des critiques en faveur de l'interprétation chrétienne de cette première Guerre, dont le Ciel étoilé fut le champ de bataille et les premiers massacreurs – les Anges. Néanmoins, en l'état actuel des choses, on doit faire remonter l'Apocalypse, événement par événement, à d'autres visions bien plus anciennes. Pour une meilleure compréhension des allégories apocalyptiques et de l'Epopée Esotérique, nous prions, le lecteur de se reporter à l'Apocalypse et d'y lire le Chap. XII, du verset 1 au verset 7.

Ce chapitre a plusieurs sens, et l'on y a découvert bien des choses au sujet de la clef astronomique et de la clef numérique de ce  mythe universel. Ce que nous pouvons exposer maintenant, c'est un fragment, ce sont quelques aperçus de sa signification secrète, incorporant le souvenir d'une guerre réelle, de la lutte entre les Initiés des deux Ecoles. Nombreuses et variées sont les allégories qui existent encore, ayant pour base la même pierre d'assise. Le véritable récit – celui qui donne le sens Esotérique complet – se trouve dans les Livres Secrets, mais l'auteur n'a pu en approcher.

 Dans les ouvrages exotériques, cependant, l'épisode de la Guerre Târaka et quelques Commentaires Esotériques, peuvent peut-être offrir une indication. Dans toutes les Pourânâs, l'événement est décrit avec plus ou moins de variations, qui établissent son caractère allégorique.

Dans la Mythologie des premiers Aryens Védiques, comme dans les récits Pourâniques postérieurs, il est fait mention de Bouddha, le "Sage", un être "instruit dans la Sagesse Secrète", qui est l'évhémérisation de la planète Mercure. Le Hindû Classical Dictionary représente Bouddha comme l'auteur d'un hymne du Rig Véda. Il ne peut donc être, en aucune façon "une fiction postérieure des Brahmanes", mais c'est en vérité une personnification très ancienne.

C'est en scrutant sa généalogie, ou plutôt sa théologie, que l'on découvre les faits suivants. En tant que mythe, c'est le fils de Târâ, l'épouse de Brihaspati, celle "à la couleur d'or" et de Soma, la Lune (mâle) qui, semblable à Pâris, enlève à son mari cette nouvelle Hélène du Royaume Sidéral Hindou. Ceci provoque une grande lutte et une guerre dans Svarga (le Ciel). Cet épisode amène une bataille entre les Dieux et les Asouras. Le Roi Soma trouve, un allié dans Ushanas (Vénus), le chef des Dâvanas ; et les Dieux sont conduits par Indra et Roudra, qui se rangent du côté de Brihaspati. Ce dernier est aidé par Shankara (Shiva), qui, ayant eu pour Gourou le père de Brihaspati, Angiras, [IV 65] favorise son fils. Indra est ici le prototype indien de Michel l'Archistratège et le destructeur  des Anges du "Dragon – puisqu'un de ses noms est Jishnou, "chef de la légion céleste". Tous deux luttent, comme certains Titans luttèrent contre d'autres Titans pour la défense de Dieux vindicatifs, les uns pour la défense de Jupiter Tonnant (aux Indes, Brihaspati est la planète Jupiter, ce qui est une curieuse coïncidence), les autres pour soutenir le toujours-tonnant Roudra. Durant cette guerre, Indra est abandonné par sa garde du corps, les Dieux des Tempêtes (Marout). Le récit est très suggestif dans certains détails.

Etudions-en quelques-uns et cherchons à en découvrir le sens.

 Le Génie ou "Régent" qui préside à la planète Jupiter est Brihaspati, l'époux outragé. Il est l'Instructeur ou le Gourou Spirituel des Dieux, qui sont les représentants des Puissances Procréatrices. Dans le Rig Véda, il est appelé Brahmanaspati, nom "d'une divinité dans laquelle est personnifiée l'action de l'objet du culte sur les Dieux". En conséquence, Brahmanaspati, représente, la matérialisation de la "Grâce Divine", pour ainsi dire, au moyen d'un rituel et de cérémonies, c'est-à-dire le culte exotérique.

Târâ 122, son épouse, est, d'autre part, la personnification de tous les pouvoirs de celui qui est initié dans la Gupta Vidyâ (Savoir Secret), comme on le démontrera.

Soma est la Lune au point de vue astronomique, mais dans la phraséologie mystique, c'est aussi le nom du breuvage sacré que buvaient les Brahmanes et les Initiés pendant leurs mystères et les cérémonies de leurs sacrifices. La plante Soma est l'Asclepias acida qui fournit un jus d'où est tiré le breuvage mystique, la boisson appelée le Soma. Les descendants des Richis, les Agnihotris, ou Prêtres du Feu des grands Mystères, connaissaient seuls tous les pouvoirs de ce breuvage, mais la réelle propriété du vrai Soma était (et est encore) de faire un "nouvel homme" de l'Initié après sa "renaissance", c'est-à-dire lorsqu'il  commence à vivre dans son Corps Astral 123, car sa nature spirituelle dominant sa nature physique, il ne tarderait pas à rompre avec et à se séparer même de cette forme éthéréatisée 124. [IV 66]

122 Voyez, pour plus amples renseignements sur ce qui précède le Hindû Classical Dictionnary de Dowson.

123 Voyez dans Five Years of Theosophy l'article intitulé : "The Elixir of Life".

124 Celui qui participe au Soma, se trouve à la fois rattaché à son corps extérieur et pourtant séparé de ce corps sous la Forme Spirituelle. Libéré du premier, il plane alors dans les régions supérieures éthérées devenant virtuellement "comme un des Dieux", mais conservant cependant dans son cerveau physique le souvenir de ce qu'il voit et apprend. A clairement parler, Soma est le fruit de l'Arbre de la connaissance, défendu par le jaloux Elohim, à Adam et à Eve ou Yah-ve, de peur que l'homme ne devienne comme l'un de nous".

 

Aux temps jadis, le Soma n'était jamais donné au Brahmane non-initié – le simple Grihasta, ou prêtre du rituel exotérique. Ainsi Brihaspati, tout "Gourou des Dieux" qu'il fût, n'en représentait pas moins la lettre-morte du culte. C'est Târâ, son épouse, symbole d'un être qui, bien qu'uni au culte dogmatique, aspire à la vraie Sagesse, qui est représentée comme étant initiée aux mystères du Roi Soma, le distributeur de cette Sagesse. Aussi dans l'allégorie, Soma est représenté comme l'enlevant. Ceci a pour résultat la naissance de Bouddha, la Sagesse Esotérique– Mercure ou Hermès, en Grèce et en Egypte. Il est représenté comme "si beau" que le mari lui- même, bien que sachant que Bouddha n'est pas la progéniture de son culte de la lettre-morte – réclame le "nouveau-né" comme son Fils, le fruit de ses formes rituelles et dépourvues de sens 125. Telle est, en quelques mots, unes des significations de l'allégorie.

La Guerre dans le Ciel se rapporte à divers événements de ce genre sur différents plans de l'être. Le premier est un fait purement astronomique et cosmique, qui relève de la Cosmogonie. M. John Bentley pensait que pour les Hindous, la Guerre dans le Ciel n'était qu'une figure se rapportant à leurs calculs des périodes de temps 126. Il pensait que ceci servit de prototype aux [IV 67] nations occidentales qui basèrent là-dessus leur Guerre des Titans. L'auteur ne se trompe pas complètement, mais n'est pas non plus tout à fait dans le vrai. Si le prototype sidéral se rapporte effectivement à une période prémanvantarique et repose entièrement sur la connaissance que les Initiés Aryens prétendent avoir de tout le programme et de tous les progrès de la Cosmogonie 127, la Guerre des Titans n'est qu'une copie sous forme de légende déifiée de la véritable guerre dont le Kailâsa Himalayen (le Ciel) fut le théâtre, au lieu que cela se passât dans les abîmes de l'Espace cosmique interplanétaire. C'est le récit de la terrible lutte entre les "Fils de Dieu" et les "Fils des Ténèbres" de la Quatrième et de la Cinquième Race. C'est sur ces deux événements, mélangés à des légendes empruntées aux comptes rendus exotériques de la Guerre entreprise par les Asouras contre les Dieux, que furent édifiées toutes les traditions nationales ultérieures qui traitent de ce sujet.

125 Nous voyons la même chose dans les religions modernes exotériques.

126 Historical View of the Hindu Astronomy. En citant cet ouvrage par rapport à "Argabibatta" (? Aryabhatta), qui donnerait avec une grande approximation le véritable rapport entre les différentes valeurs de pi l'auteur de The Source of Measures reproduit une curieuse assertion. "M. Bentley, dit- on, était très familiarisé avec les connaissances astronomiques et mathématiques des Hindous... Cette déclaration émanant de lui peut donc être considérée comme authentique. Ce même remarquable trait de caractère que l'on rencontre chez tant de nations Orientales et anciennes, et qui consiste à cacher avec persévérance les arcanes de ce genre de savoir, est très marqué chez les Hindous. Ce qui était livré à la publicité pour être enseigné au peuple et pour être soumis à l'examen du public, n'était que l'à peu près d'un savoir plus exact, mais occulte. Cette déclaration même de Bentley constituera un curieux exemple de l'assertion et, une fois expliquée, prouvera qu'elles (l'astronomie et les sciences exotériques des Hindous) sont dérivées d'un système bien plus exact que celui de l'Europe, que, bien entendu, M. Bentley considérait comme étant fort en avance sur le Savoir Hindou, à toute époque et durant n'importe quelle génération." (pp. 86-87).

C'est un malheur pour M. Bentley, mais cela n'enlève rien à la gloire des antiques astronomes Hindous, qui étaient tous des Initiés.

127 La Doctrine Secrète enseigne que tout événement d'une importance universelle, comme un cataclysme géologique à la fin d'une Race et au commencement d'une autre, qui implique, chaque fois, pour l'humanité, un grand changement spirituel, moral et physique, est préconçu et, pour ainsi dire préparé à l'avance, dans les régions sidérales de notre système planétaire. L'Astrologie est entièrement basée sur les rapports mystiques et intimes qui existent entre les corps célestes et l'humanité et c'est là des grands secrets de l'initiation et des mystères Occultes.

 128 Voyez la Vendidâdde Darmesteter. Introd. p. LVIII.

 

Au point de vue ésotérique, les Asouras, transformés par la suite en mauvais Esprits et en Dieux inférieurs, luttant éternellement contre les Grandes Divinités – sont les Dieux de la Sagesse Secrète. Dans les parties les plus anciennes du Rig Véda, ce sont les êtres Spirituels et Divins, le terme Asoura étant employé pour désigner l'Esprit suprême et étant le même que celui de grand Ahoura des Zoroastriens 128. Il fut un temps où les Dieux, Indra, Agni et Varouna faisaient eux-mêmes partie des Asouras.

Dans la Taittiriya Brâhmana, le Souffle (Asou) de Brahmâ-Prajâpati devint actif et de ce Souffle il créa les Asouras. Plus tard, après la Guerre, les Asouras furent appelés les ennemis des Dieux, c'est-à-dire – "A- souras", la lettre initiale a étant un préfixe négatif – soit "Pas-Dieu", car les Dieux sont désignés par le mot Souras. Ceci rattache les Asouras et leurs "légions", énumérées plus loin, aux "Anges Déchus" des Eglises Chrétiennes. Hiérarchie d'Etres Spirituels que l'on retrouve dans tous les Panthéons des nations anciennes et même des modernes – depuis le Zoroastrien jusqu'au Chinois. Ce sont les Fils du Souffle Créateur Primitif, au commencement de chaque nouveau [IV 68] Mahâ Kalpa, ou Manvantara, au même rang que les Anges restés "fidèles". Ceux-ci étaient les alliés de Soma (le père de la Sagesse Esotérique) contre Brihaspati (représentant le culte rituel ou cérémonie). Ils ont évidemment été ravalés dans l'espace et le temps, au rang de Puissances adverses ou Démons, par les fervents du cérémonial, en raison de leur révolte contre l'hypocrisie, le simili-culte et la forme qui s'attache à la lettre-morte.

Quel est donc le caractère réel de tous ceux qui combattirent à leurs côtés ? Ce sont :

  

  1. Oushanas, ou la "Légion" de la Planète Vénus, devenue aujourd'hui, dans le Catholicisme Romain, Lucifer, le Génie de l' "étoile du jour" 129, la Tsaba ou Armée de "Satan".
  2. Les Daityas et Dânavas sont les Titans, les Démons et Géants que nous trouvons dans la Bible 130 – les progénitures des  "Fils de Dieu" et des "Filles des Hommes". Leur nom générique établit le rôle qu'on leur prête et dévoile en même temps l'animus secret des Brahmanes ; en effet, ce sont les Kratou-dvishas – les "ennemis des sacrifices" ou simulacres exotériques. Ce sont les "Légions" qui luttèrent contre Brihaspati, le représentant des religions exotériques populaires et nationales et contre Indra – le Dieu du Ciel visible, du Firmament, qui, dans le Véda primitif, est le Dieu suprême du Ciel cosmique, demeure bien faite pour un Dieu extra-cosmique et personnel, au-dessus duquel aucun culte exotérique ne peut jamais s'élever ;
  3. Puis viennent les Nagas 131, les Sarpas, Serpents ou Séraphins. Ceux-ci aussi, dévoilent leur caractère par le sens caché de leur glyphe. Dans la Mythologie, ce sont des êtres semi-divins, ayant une figure humaine et une queue de dragon. Ce sont donc indubitablement les Séraphim Juifs (comparez avec Sérapis, Sarpa, Serpent) ; le singulier de Séraphim est Saraph, "brûlant, ardent". L'angélologie chrétienne et juive établit une distinction entre les Séraphim et les Chérubim ou Chérubins, qui viennent au second rang ; au point de vue Esotérique et Cabalistique, ils sont identiques, Chérubim n'étant que le nom des images ou portraits d'une quelconque des divisions des [IV 69] Légions célestes. Or, ainsi que nous l'avons déjà dit, Dragons et Nagas étaient les noms donnés aux Initiés-ermites, en raison de leur grande Sagesse et de leur grande Spiritualité et parce qu'ils vivaient dans des cavernes.

 129 Voyez Isaïe, XIV, 12.

130 Genèse, VI.

131 Les Nagas sont décrits par les Orientalistes un peuple mystérieux dont on retrouve jusqu'à présent d'abondantes traces aux indes et qui vivait dans Nâga-dvipa un des sept continents, ou divisions, de Bhâra-tavarsha (l'Inde ancienne) et la Ville de Nagpour est une des plus ancienne cités du pays.

 

Aussi, lorsque Ezéchiel 132 emploie l'adjectif Chérub à propos du Roi de Tyr, et lui dit que grâce à sa sagesse et son intelligence il n'y a pas de secrets qui puissent lui être cachés, il prouve à l'Occultiste qu'il s'agit d'un "Prophète", peut-être même d'un sectateur du culte exotérique, qui fulmine contre un Initié d'une autre école et non pas contre un Lucifer imaginaire, contre un Chérubin tombé des étoiles et ensuite du Jardin d'Eden. La soi- disant "Guerre" est donc aussi, dans un de ses sens, un souvenir allégorique de la lutte entre les deux classes d'Adeptes – de la Voie de Droite et de la Voie de Gauche. Il y avait aux Indes trois classes de Richis, qui étaient les premiers adeptes connus ; les Royaux, ou Râjarshis, rois et princes qui adoptèrent la vie ascétique ; les Divins, ou Dévarshis, ou les fils du Dharma ou de la Yoga et les Bramarshis, descendants des Richis qui furent les fondateurs de Gotras de Brahmanes, ou de races réparties en castes. Laissant pour un moment de côté les clefs mythique et astronomique, nous constatons que les enseignements  secrets nous montrent beaucoup d'Atlantéens appartenant à ces divisions et il y eut entre eux des conflits et des guerres, de facto et de jure. Nârada l'un des plus grands Richis, était un Dévarshi et on le représente comme étant en lutte constante et éternelle avec Brahmâ, Daksha et avec d'autres Dieux et Sages. Nous pouvons donc soutenir sans crainte, que, quel que soit le  sens astronomique de cette légende universellement acceptée, sa phase humaine est basée sur de réels événements historiques, transformés en dogmes théologiques uniquement pour  être adaptés aux desseins ecclésiastiques. En haut comme en bas. Les phénomènes sidéraux et la manière dont les corps célestes se conduisent dans les cieux, furent pris pour modèles, et le même plan fut suivi en bas, sur la Terre. Ainsi l'Espace, dans son sens abstrait, était appelé le "royaume du savoir divin" et par les Chaldéens ou Initiés, Ab Soo, la demeure (ou, le père, c'est-à-dire la source) du savoir, parce que c'est dans l'Espace que demeurent les  Puissances intelligentes qui gouvernent invisiblement l'Univers 133. [IV 70]

De la même manière et sur le plan du Zodiaque dans  l'Océan supérieur ou dans les Cieux, un certain royaume sur la Terre, une mer intérieure, était consacrée et appelée "l'Abîme du Savoir" ; il s'y trouvait douze centres, sous forme de douze petites îles, représentant les Signes Zodiacaux – dont deux demeurèrent durant des siècles les "Signes Mystérieux" 134 – qui servaient de demeures à douze Hiérophantes et Maîtres de Sagesse. Cette "Mer de la Connaissance" ou du Savoir 135 resta pendant des siècles là où s'étend le Désert de Shamo ou Désert de Gobi. Elle existait jusqu'à la dernière grande période glaciaire, époque à laquelle, un cataclysme local balaya les eaux au Sud et à l'Ouest, formant ainsi le grand Désert désolé qui existe actuellement et ne laissant subsister qu'une certaine oasis, au milieu de laquelle se trouvent un lac et une île, en guise de relique sur la Terre de l'Anneau Zodiacal. Durant de longs siècles l'Abîme Liquide – qui, pour les nations qui précédèrent les Babyloniens, était la demeure de la "Grande Mère" post-type terrestre de la "Grande Mère Chaos" dans le Ciel. Mère d'Ea (la Sagesse), elle-même le prototype original d'Oannès, l'Homme-Poisson des Babyloniens – durant de longs siècles, dis-je, l' "Abîme" ou Chaos fut la demeure de la Sagesse et non du Mal. La lutte de Bel, puis de Mérodach, le Dieu Soleil, avec Tiamat, la Mer et ses Dragons – "Guerre" qui se termina par la défaite de cette dernière – a une signification purement cosmique et géologique, ainsi qu'un sens historique. C'est une page arrachée à l'histoire des Sciences Secrètes et Sacrées [IV 71] crées, de leur évolution, de leur développement et de leur mort – pour les masses profanes. Elle se rapporte (a) au dessèchement systématique et graduel de territoires immenses, sous l'influence d'un soleil ardent durant une certaine période préhistorique, à l'une des terribles périodes de sécheresse qui se terminèrent par la transformation graduelle de terres jadis fertiles et abondamment arrosées, qui devinrent les déserts de sable quelles sont aujourd'hui et (b) à la persécution non moins systématique des Prophètes de la Voie de Droite par ceux de la Voie de Gauche. Ces derniers ayant présidé à la naissance et à l'évolution des castes sacerdotales, ont fini par conduire le monde aux religions exotériques, qui ont été inventées pour satisfaire le goût des (οί πολλοὶ) et des ignorants pour la pompe des rituels et pour  la matérialisation du Principe Inconnaissable et à jamais immatériel.

Ceci constituait un certain progrès sur la sorcellerie Atlantéenne, dont, le souvenir est présent dans la mémoire de tous les Indiens lettrés et connaissant le Sanscrit – et se retrouve dans les légendes populaires. Ce n'en était pas moins une parodie et une profanation des Mystères Sacrés et de leur Science. Les rapides progrès de l'anthropomorphisme et de l'idolâtrie conduisirent encore la Cinquième Race primitive, comme ils avaient déjà conduit la Quatrième, à la sorcellerie, bien que, sur une plus petite échelle. Finalement, les quatre "Adams" eux-mêmes (qui symbolisaient, sous d'autres noms, les quatre Races précédentes), furent oubliés et, passant d'une génération à l'autre, surchargés de quelques mythes additionnels, finirent par être noyés dans cet océan de symbolisme populaire que l'on appelle les Panthéons. Ils n'en existent pas moins jusqu'à ce jour dans les plus antiques traditions juives : le premier comme le Tzelem, "l'Adam-Ombre", les Chhâyas de notre doctrine, le second, l'Adam "modèle", la copie du premier et le "mâle et femelle" de la Genèseexotérique ; le troisième, "l'Adam Terrestre" avant  la  Chute,  un androgyne ; et le quatrième, l'Adam après sa "chute", c'est-à-dire séparé en deux sexes, ou le pur Atlantéen. L'Adam du Jardin d'Eden, ou l'ancêtre de notre Race – la Cinquième – est un ingénieux composé des quatre cités plus haut. Ainsi que l'indique le Zohar, Adam, le premier Homme, ne se trouve pas maintenant sur Terre, il "ne se trouve nulle part en Dessous". En effet d'où vient la Terre inférieure ? "De la Chaîne de la Terre et du Ciel au-Dessus", c'est-à-dire des Globes supérieurs, de ceux qui précédent notre Terre et sont au-dessus.

Et il sortit de son sein (de la Chaîne) des créatures digérant les [IV 72] unes des autres. Les unes pourvues de vêtements (solides) (peaux), les autres de coques (Q'lippoth)... les unes de coques rouges, d'autres de noires, d'autres de blanches et d'autres de toutes les couleurs 136.

De même que la Cosmogonie Chaldéenne de Bérose et que  les Stances qui viennent d'être données, certains traités sur la Cabaleparlent de créatures ayant deux faces, d'autres en ayant quatre et d'autres n'en ayant qu'une ; car "l'Adam le plus haut ne descendit pas dans tous les pays, ou n'y eut pas de progénitures et de nombreuses épouses", mais c'est là un mystère.

Le Dragon est aussi un mystère. C'est avec raison que le Rabbin Siméon Ben Iochaï dit, que la faculté de comprendre la signification du Dragon n'est pas accordée aux "compagnons" (étudiants, ou Chélàs), mais seulement aux "petits", c'est-à-dire aux parfaits Initiés 137.

Les compagnons comprennent l'œuvre des débuts, mais ce sont les petits seuls qui comprennent la parabole de l'œuvre du Principium par le Mystère du Serpent de la Grande Mer 138.

136 Zohar, III, 9 b, 10 a, Ed, Brody. – Ed. de Crémone, III, fol. 4 a, col. 14. – Qabbalah de Myer, pp. 416-417.

137 Tel était le nom que l'on donnait dans l'antique Judée, aux Initiés, que l'On appelait aussi les "Innocents" et les "Enfants", c'est-à-dire encore ceux qui sont "re-nés". Cette clef ouvre un horizon sur l'un des mystères du Nouveau Testament ; le massacre de 40.000 "Innocents" par Hérode. Il y a une légende là-dessus et l'événement, qui se passa près d'un siècle av. J.-C., expose l'origine de la tradition mêlée en même temps à celle de Krishna et de son oncle Kansa. Dans le cas du Nouveau Testament, Hérode représente Alexandre Jannée (de la Lydie), dont les persécutions et  les massacres de centaines et même des milliers d'Initiés assurèrent l'adoption du récit de la Bible.

138 Zohar, II, 34.

 

Et les Chrétiens à qui il arrivera de lire ceci, seront éclairés par ce qui précède et comprendront eux aussi ce qu'était leur "Christ", car Jésus déclare à maintes reprises que celui qui "ne recevra pas le royaume de Dieu comme un petit enfant, n'y entrera jamais" et si quelques-uns de ses dires s'appliquent aux enfants, sans métaphore, la plupart des allusions aux "petits" que l'on rencontre dans les Evangiles, se rapportent aux Initiés, dont Jésus faisait partie. Paul (Saül) est cité dans le Talmud avec le qualificatif de "petit".

Le "Mystère du Serpent" était le suivant : Notre Terre, ou plutôt notre vie terrestre, est souvent appelée, la Grande Mer dans les Enseignements Secrets et l'expression "Mer de Vie" [IV 73] est demeurée jusqu'à présent une métaphore favorite. La Siphra Dtzeniouthaparle du Chaos Primordial et de l'Evolution de l'Univers après une Destruction (Pralaya), en la comparant à un serpent qui déroule ses anneaux.

S'étendant de tous côtés, sa queue dans sa bouche, sa tête se tordant sur son cou, il est enragé et furieux... Il surveille et se cache. A chaque millième Jour il est manifesté 139.

On lit dans un commentaire des Pourânas :

Ananta-Shwha est une forme de Vishnou, l'Esprit-Saint, de Conservation et un symbole de l'Univers, sur lequel il est supposé dormir pendant les intervalles des Jours de Brahmâ. Les sept têtes de Shesha soutiennent l'Univers.

Ainsi l'Esprit de Dieu "sommeille" au-dessus du Chaos, ou "Couve" le Chaos de la Matière non-différenciée, avant chaque nouvelle "Création", dit la Siphra Dtzenioutha, Or, un Jour de Brahmâ se compose, comme nous l'avons déjà expliqué, de mille Mahâ Yougas et comme chaque Nuit, ou période de repos, a une durée égale à ce Jour, il est facile de voir à quoi se rapporte cette phrase de la Siphra Dtzenioutha– que le Serpent, se manifeste "une fois dans mille jours". Il n'est pas plus difficile de voir où nous conduit l'auteur initié de la Siphralorsqu'il écrit :

 Sa tête est brisée dans les eaux de la Grande Mer, car il est écrit : Tu divises la mer par ta force, tu brises les têtes des Dragons" dans les eaux 140.

Ceci se rapporte aux épreuves des Initiés dans cette vie physique la "Mer de Chagrins", si nous lisons avec l'aide d'une clé ; ceci fait allusion à la destruction successive des Sept sphères d'une Chaîne de Mondes,  dans la Grande Mer de l'Espace, si nous nous servons d'une autre clef, car chaque Sphère ou globe sidéral, chaque monde, chaque étoile ou groupe d'étoiles, est appelé dans le symbolisme une "Tête de Dragons". Mais de quelque façon que l'on lise, le Dragon ne fut jamais considéré comme le Mal, pas plus que le Serpent – dans l'antiquité. Dans les métaphores, astronomiques, cosmiques, théogoniques, ou simplement physiologiques (ou phalliques), le Serpent fut toujours considéré comme un symbole divin. Lorsqu'il est fait [IV 74] mention du "Serpent (Cosmique) qui court avec 370 sauts" 141, cela se rapporte aux périodes cycliques de la grande Année Tropicale de 25.868 ans, divisée dans les calculs Esotériques en 370 périodes ou cycles, de même qu'une année solaire est divisée en 365 jours. Et si Michel fut considéré par les Chrétiens comme le Vainqueur de Satan, le Dragon, c'est parce que, dans le Talmud, ce personnage guerrier est représenté comme le Prince des Eaux, qui commande aux sept Esprits subordonnés – excellente raison pour que l'Eglise Latine en ait fait le saint patron de tous les promontoires de l'Europe. Dans la Siphra  Dtzenioutha, la Force Créatrice "fait de sa création des esquisses au moyen de lignes en spirale, dans la forme d'un Serpent". Il "tient sa queue dans sa bouche", parce qu'il est le symbole de l'éternité sans fin et des périodes cycliques. Ses différentes significations nécessiteraient toutefois un volume et il nous faut terminer.

Le lecteur peut donc se rendre maintenant compte de ce que sont les divers sens de la "Guerre dans le Ciel" et du "Grand Dragon". Ainsi le plus solennel et le plus redouté des dogmes de l'Eglise, l'alpha et l'oméga de la foi Chrétienne et le pilier sur lequel reposent la Chute et sa Rédemption, se réduit à un symbole Païen, parmi les nombreuses allégories de ces luttes préhistoriques.

 139 I § 16.

140 Op. cit., LXXIV, 13.

141 Ibid., 33.

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