MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

LA DOCTRINE SECRETE VOL 4

SECTION VIII - LE SYMBOLISME ET LES NOMS MYSTERIEUX DE IAO ET DE JEHOVAH, AINSI QUE LEURS RAPPORTS AVEC LA CROIX ET LE CERCLE

SECTION VIII

LE SYMBOLISME ET LES NOMS MYSTERIEUX DE IAO ET DE JEHOVAH, AINSI QUE LEURS RAPPORTS AVEC LA CROIX ET LE CERCLE

 

Lorsque l'abbé Louis Constant, plus connu sous le  nom d'Eliphas Lévi, déclara, dans son Histoire de la Magie, que le Sepher Jetzirah et l'Apocalypse de saint Jean étaient les chefs-d'œuvre des Sciences Occultes, il eut dû, pour être correct et claire ajouter : en Europe. Il est très vrai que ces ouvrages renferment "plus de signification que de mots" et que leurs "expressions sont poétiques", bien "qu'en ce qui concerne les nombres", ils soient "exacts". Malheureusement, avant que l'on puisse apprécier  la poésie des expressions, ou l'exactitude des nombres, on doit apprendre la signification et le sens réel des termes et des symboles employés. Mais l'homme, n'apprendra jamais cela, tant qu'il restera dans l'ignorance du principe fondamental de la Doctrine Secrète, aussi bien dans l'Esotérisme Oriental que dans la Symbologie Cabalistique, tant qu'il ignorera la clef, soit la valeur, sous tous leurs aspects, des noms des Dieux, des noms des Anges et des noms des Patriarches, qui se trouvent dans la Bible, leur valeur mathématique ou géométrique et leurs rapports avec la nature manifestée.

En conséquence, si, d'une part, le Zohar "étonne (le mystique) par la profondeur de ses vues et par la simplicité de ses images", d'autre part, cet ouvrage déroute l'étudiant par des expressions comme celles qui sont employées à propos d'Aïn Suph et de Jéhovah, malgré l'assurance que :

L'ouvrage a bien soin d'expliquer que la forme humaine dont il revêt Dieu n'est qu'une image du Verbe, et que Dieu ne doit être exprimé par aucune pensée, ni par aucune forme.

Il est notoire qu'Origène, Clément et les Rabbins ont confessé que la Cabaleet la Bibleétaient des ouvrages voilés et secrets, [IV 113] mais peu de personnes savent que l'Esotérisme des ouvrages Cabalistiques,  tels qu'ils sont actuellement réédités, n'est autre qu'un nouveau voile, encore plus savant, jeté sur le symbolisme primitif de ces volumes secrets.

 L'idée de représenter la Divinitécachée par la circonférence d'un cercle et la Puissance Créatrice, mâle et femelle, ou le Verbe Androgyne – par le diamètre qui le coupe, est un des symboles les plus anciens. C'est sur cette conception que toutes les grandes Cosmogonies ont été basées. Chez les anciens Aryens, les Egyptiens et les Chaldéens, le symbole était complet, car il embrassait l'idée de la Pensée Divine éternelle et immuable, dans son sens absolu, entièrement séparée de la phase du début de la soi- disant "création" et comprenait l'évolution psychologique et même spirituelle, ainsi que son œuvres mécanique, ou sa construction cosmogonique. Chez les Hébreux, toutefois (bien que l'on puisse clairement découvrir cette conception dans le Zohar et dans le Sepher Jetzirah, ou dans ce qu'il en reste) ce qui fut incorporé plus tard dans le Pentateuque proprement dit et particulièrement dans la Genèse, ne consiste que dans cette phase secondaire, c'est-à-dire que dans la loi mécanique de la création, ou plutôt de la construction, tandis que la Théogonie est à peine esquissée, si même elle l'est.

Ce n'est que dans les premiers chapitres de la Genèse, dans le Livre d'Enoch que l'on refuse d'accepter et dans le poème de Job, mal interprété et mal traduit, que l'on peut retrouver maintenant des échos véridiques et de la Doctrine Archaïque. La clef qui permet de la comprendre est aujourd'hui perdue, même parmi les plus savants Rabbins, dont les prédécesseurs, au début du moyen Age, poussés par leur exclusivisme et par leur orgueil national et surtout par leur haine profonde du Christianisme, préférèrent la plonger dans l'oubli le plus profond, plutôt que d'en partager la connaissance avec leurs implacables et féroces persécuteurs. Jéhovah appartenait à leur propre tribu, était inséparable  de la Loi Mosaïque et incapable de jouer un rôle dans aucune autre loi. Violemment arraché à son cadre original, pour lequel il était fait et qui était fait pour lui, le "Seigneur Dieu d'Abraham et de Jacob", ne pouvait guère être englobé dans le nouveau Canon Chrétien, sans être endommagé et brisé. Etant les plus faibles, les Juifs ne pouvaient empêcher la profanation. Ils n'en gardèrent pas moins le secret de l'Origine de leur Main. Kadmon, ou de leur Jéhovah mâle-femelle et le nouveau tabernacle se trouva complètement impropre à l'antique Divinité. En vérité, ils furent vengés.

L'affirmation que Jéhovah était le Dieu de la tribu des Juifs et [IV 114] rien de plus, sera démentie comme le sont tant d'autres choses.

 Pourtant, dans ce cas, les Théologiens ne sont pas en état de nous faire connaître le sens des versets du Deutéronome, qui disent très clairement :

Lorsque le Très-Haut (non pas le "Seigneur", ni "Jéhovah") distribua aux nations leur héritage, lorsqu'il sépara les fils d'Adam, il traça les limites... suivant le nombre des enfants d'Israël... La part du Seigneur (Jéhovah) c'est son peuple :  Jacob est sa part d'héritage 233.

Ceci tranche la question. Les traducteurs modernes de Bibles et d'Ecritures ont été si imprudents et ces versets sont si nuisibles, que chaque traducteur, suivant la route tracée pour lui par les vénérables Pères de l'Eglise, a expliqué ces lignes à sa façon. Alors que la citation donnée plus haut est tirée textuellement de la Version Anglaise autorisée, nous trouvons dans la Bible  Française 234  les  mots  "Très-Haut"  remplacés par "Souverain !", les mots "fils d'Adam" rendus par "enfants des hommes" et le "Seigneur" transformé en "Eternel". Il semble donc, qu'en fait d'imprudents tours de passe-passe, l'Eglise Protestante Française a surpassé même les Ecclésiastiques Anglais.

Une chose est claire néanmoins : la "part du Seigneur (Jéhovah)" c'est son "peuple élu" et rien d'autre, car Jacob seul constitue sa part d'héritage. Qu'ont donc les autres nations, qui se qualifient d'Aryennes, à faire de cette Divinité Sémitique ; de ce Dieu de tribu d'Israël ? Astronomiquement, le "Très-Haut" c'est le Soleil et le "Seigneur est une de ses sept planètes, que ce soit Iao, le Génie de la Lune, ou Ildabaoth-Jéhovah, le Génie  de Saturne, suivant Origène et les Gnostiques Egyptiens 235. Que "l'Ange Gabriel", le "Seigneur" de l'Iran, veille sur son peuple, et Michel-Jéhovah sur ses Hébreux. Ces Dieux ne sont pas ceux des autres nations et ne furent non  plus  jamais  ceux  de  Jésus.  De  même  que  chaque  Dev  persan est enchaîné à sa planète 236, de même chaque Déva Hindou (un "Seigneur") [IV 115] a une part qui lui est attribuée ; un monde, une planète, une nation ou une race. La pluralité des mondes implique la pluralité des Dieux. Nous croyons à la première et nous pouvons admettre, mais nous n'adorerons jamais la seconde 237.

233 Op. cit., XXXII, 8, 9.

234 De la Société Biblique Protestante de Paris, suivant la version révisée en 1824 par J.  E. Ostervald.

235 Pour les Gnostiques Egyptiens. Thoth (Hermès) était le chef des Sept (voyez le Livre des Morts). Leurs noms sont donnés comme il suit par Origène : Adonaï (du Soleil), Iao (de la Lune), Eloi (Jupiter), Sabao (mars), Oral (Vénus). Astaphoi (Mercure) et enfin Ildabaoth (Saturne). Voyez Gnostics and their Remains de King, p. 314.

 236 Voyez la copie d'Origène de la Carte ou du Diagramme des Ophites, dans son Contra Celsum. 237 Voyez la III, partie de ce volume, Section IV, B : "Des chaînes de Planètes et de leur Pluralité" 238 Exode, XXXIII, 18, 19 ; voyez la Qabbalahde Myer, p. 226.

 

Nous avons fait remarquer à maintes reprises dans cet ouvrage que tout symbole religieux et philosophique possède sept significations, chacune relevant du plan de pensée auquel il appartient, c'est-à-dire purement métaphysique ou astronomique, psychique ou  physiologique, etc. Prises en elles-mêmes, ces sept significations et leurs interprétations sont assez difficiles à apprendre, mais leur interprétation et leur compréhension correctes deviennent dix fois plus  embarrassantes, lorsqu'au lieu d'être en corrélation, de découler l'une de l'autre ou de se suivre, chacune de ces significations, ou l'une quelconque d'entre elles, est acceptée comme représentant la seule et unique explication de tout l'ensemble de l'idée symbolique. Nous pouvons en donner un exemple qui éclaire admirablement cette assertion. Voici deux interprétations, données par deux savants cabalistes, d'un seul et même verset de l'Exode. Moïse supplie le Seigneur de lui montrer sa "gloire". Evidemment ce n'est pas le sens littéral de la phrase que l'on trouve dans la Biblequ'il faut accepter. Il y a sept significations dans la Cabaleet nous pouvons donner deux d'entre elles telles qu'elles ont été interprétées par les deux savants en question. L'un d'eux traduit et explique ainsi :

"Tu ne peux voir Ma face... Je te mettrai dans une fente du rocher et je te couvrirai de Ma main en passant. Puis je retirerai Ma main et tu verras mon a'hoor", c'est-à-dire mon dos 238.

Puis le traducteur ajoute en guise de commentaire :

 C'est-à-dire : Je te montrerai "mon dos", ou Mon univers visible, Mes manifestations inférieures, mais, en qualité d'homme encore incarné, tu ne peux voir Ma nature invisible. Ainsi continue la Qabbalah 239.

C'est correct et c'est l'explication cosmo-métaphysique. L'autre Cabaliste prend alors la parole et donne la signification [IV 116] numérique. Comme elle implique un bon nombre d'idées suggestives et qu'elle est exposée d'une façon bien plus complète, nous pouvons lui consacrer plus d'espace. Ce résumé est tiré d'un manuscrit qui n'a pas été publié et il explique d'une façon plus explicite ce qui a été exposé dans la Section III au sujet du "Saint des Saints" 240.

239 Ibid. loc. cit.

240 V. ci-dessus, p. 15.

 

Les nombres du nom de "Moïse" sont ceux de "Je suis ce que je suis", de sorte que les noms de Moïse et de Jéhovah ont la même harmonie numérique. Le mot de Moïse est השמ (5+ 300 + 40) et le total de la valeur de ses lettres est de 345 ; Jéhovah – le Génie par excellence de l'Année Lunaire – a une valeur de 543, ou l'inverse de 345.

Dans le troisième chapitre de l'Exode, dans le 13ème, et le 14ème, verset, on lit :

 "Et Moïse dit... Voyez, je viendrai auprès des enfants d'Israël et je leur dirai :

"Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous" et ils me diront : "Quel est son nom ?" Que leur répondrai-je ? Et Dieu dit à Moïse :

 "Je suis ce que Je suis"

Les mots hébreux pour cette phrase sont âhiyé, asher, âhiyé et la valeur totale de leurs lettres est ainsi représentée

היהא  רשא היהא

21   501   21

 ... Ceci étant son nom (celui de Dieu), le total des valeurs dont il se compose, soit 21, 501, 21, est 543, ou simplement l'emploi des chiffres du nom de Moïse... mais rangés maintenant de façon à ce que le nom de 345 soit renversé et devienne 543.

De sorte que lorsque Moïse adresse cette demande : "Laisse-moi voir Ta face ou Ta gloire", l'autre répond avec raison : "Tu ne peux voir ma face... mais tu me verras par derrière". C'est le sens véritable, bien que les mots ne soient pas précis, car le coin et l'envers de 543 n'est autre que la face de 345. C'est

Pour arrêter et conserver l'emploi strict d'un groupe de nombres pour développer certains  résultats importants, en vue desquels ils sont spécialement employés.

Comme le dit le savant Cabaliste :

Dans d'autres emplois des nombres, ils se virent face à face. Il est curieux de constater que si nous ajoutons 345 à 543 cela nous donne [IV 117] 888, ce qui était la valeur Cabalistique Gnostique du nom du Christ, qui était Jéhosué ou Josué. De même, la division des 24 heures de la journée donne trois huit pour quotient... Le but principal de tout ce système de Contrôles Numériques était de conserver perpétuellement la valeur exacte de l'Année Lunaire dans la mesure Naturelle des Jours.

Telles sont les significations astronomique et numérique dans la Théogonie Secrète des Dieux sidéro-cosmiques inventés par les Chaldéo- Hébreux – deux significations sur sept. Les cinq autres étonneraient encore plus les Chrétiens.

La liste des Œdipes qui se sont efforcés de deviner l'énigme du Sphinx est longue en vérité. Pendant de longs siècles, il a dévoré les plus brillantes et les plus nobles intelligences de la Chrétienté, mais maintenant le Sphinx est vaincu. Au cours de la grande lutte intellectuelle qui s'est terminée par la victoire complète des œdipes du Symbolisme, ce n'est pourtant pas le Sphinx qui, consumé par la honte de la défaite, a dû s'ensevelir dans la mer, mais bien le symbole aux nombreuses faces dénommé Jéhovah, que les Chrétiens – les nations civilisées – ont accepté pour leur Dieu. Le symbole de Jéhovah s'est effondré à la suite d'une analyse trop stricte et il est – submergé. Les Symbologues ont découvert avec effroi que la divinité acceptée par eux n'était qu'un masque servant à beaucoup d'autres Dieux, qu'une planète éteinte évhémérisée, qu'elle n'était, tout au plus,  que le Génie de la Lune et, de Saturne pour les Juifs, du Soleil et de Jupiter pour les premiers Chrétiens ; que la Trinité – à moins d'accepter les significations plus abstraites et plus métaphysiques que lui donnent les Gentils – n'était, à vrai dire, qu'une triade astronomique, composée du Soleil (le Père) et de deux planètes, Mercure (le Fils) et Vénus (le Saint- Esprit), Sophia, l'Esprit de Sagesse, l'Amour et la Vérité, et Lucifer, comme le Christ, la "brillante étoile du matin" 241. En effet, si le Père est le Soleil (le "Frère Aîné", dans la Philosophie Orientale occulte), la planète la plus voisine de lui est Mercure (Hermès, Bouddha, Thoth), dont la Mère avait pour nom Maïa sur la Terre. Or, cette planète reçoit sept fois plus de lumière que, toutes les autres, fait qui poussa les Gnostiques à donner à leur Christ, et les Cabalistes à leur Hermès (dans le sens astronomique) le nom de "Lumière Septuple". Enfin, ce Dieu n'était autre que Bel – car le Soleil s'appelait Bel chez les Gaulois ; Hélios chez les Grecs ; Baal chez les Phéniciens et El chez les Chaldéens, d'où El-ohim, Emmanu-el, et El "Dieu", chez les [IV 118] Hébreux. Mais le Dieu Cabalistique a lui-même disparu dans les élaborations rabbiniques et il faut maintenant s'attacher au sens métaphysique le plus profond du Zohar pour y trouver quelque chose qui ressemble à Aïn Suph, la Divinité Sans Nom et l'Absolu, que les Chrétiens revendiquent si impérieusement et à haute voix. Par contre, on ne le trouve certainement pas dans les ouvrages mosaïques, au moins si l'on cherche à les lire sans en avoir la clef. Depuis la perte de cette clef, Juifs et Chrétiens n'ont Cessé de s'évertuer à mêler ces deux conceptions, mais en vain. Ils n'ont finalement réussi qu'à dépouiller la Divinité Universelle elle-même de son caractère majestueux et de sa signification primitive.

Ainsi que nous l'avons dit dans Isis dévoilée :

Il semblerait donc tout naturel d'établir une distinction entre ιωα le dieu mystérieux adopté dès la plus haute antiquité par tous ceux qui participaient au savoir ésotérique des prêtres, et ses  contreparties   phonétiques, que nous voyons les Ophites et autres Gnostiques traiter avec si peu de révérence 242.

241 Voyez l'Apocalypse, XXII, 16.

242 Op. cit., III, 406.

243 Gnostics and their Remains.

244 II. Samuel.

 

Dans les joyaux Ophites de King 243, nous  trouvons le nom de Iao répété et souvent confondu avec, celui de Iévo, alors que ce dernier représente tout simplement un des Génies en antagonisme avec Abraxas... Mais le nom le Iao n'a pas pris naissance chez les Juifs et ne leur appartenait pas en propre. Même s'il avait plu à Moïse de donner ce nom à l' "Esprit" tutélaire, au prétendu protecteur, à la divinité nationale du "peuple  élu d'Israël", cela ne constituerait aucune raison pour que les autres nationalités le reconnussent comme le Dieu vivant Suprême et Unique. Mais nous nions absolument ceci. On se trouve, en outre, en présence de ce fait que Iaho ou Iao était un "moins mystérieux" dès les débuts, car הוהי et יה ne furent jamais employés avant l'époque du  roi David. Avant cette époque, bien peu de nom propres, ou même aucun, ne furent composés avec le Iah ou Jah. Il semble plutôt que David ait rapporté le nom de Jéhovah de chez les Tyriens et les Philistins 244, au milieu desquels il avait vécu. Il nomma Zadok grand prêtre et c'est de lui que viennent les Zadokistes ou Saducéens. Il vécut et gouverna d'abord à Hébron ןורבה, Habir-on ou Kabeir- ville, où les rites des quatre (dieux mystérieux) étaient célébrés. Ni David, ni Salomon,  ne reconnaissaient Moïse ou la loi de Moïse. Ils aspiraient à élever  un temple à הוהי dans le genre des constructions élevées par Hiram en l'honneur d'Hercule et de Vénus, d'Adon et d'Astarté.

Fürst dit : "Le très ancien nom donné à Dieu, Yâho, que les [IV 119] Grecs écrivent Ιαω semble, sans tenir compte de sa dérivation, avoir été un antique nom mystique de la Divinité Suprême des Sémites. Il fut par suite communiqué à Moïse, lorsque celui-ci fut initié à Hor-eb – la Cavernesous la direction de Jethro, le prêtre Kénite (ou Caïnite) de Midian. Dans une antique religion des Chaldéens, dont on retrouve les restes chez les Néo-Platoniciens, la Divinité Suprême, trônant au-dessus des sept Cieux, représentant le Principe Lumineux Spirituel... et que l'on concevait aussi comme Démiurge 245, était appelée Ιαω והי qui était comme le Yâho Hébreu, mystérieux et impossible à mentionner et dont le nom était communiqué aux Initiés. Les Phéniciens avaient un Dieu Suprême, dont le nom formé de trois lettres était secret et c'était Ιαω 246.

245 Très peu de personnes pensaient ainsi, car les créateurs de l'univers matériel furent toujours considérés comme des Dieux subordonnés à la Divinité Suprême.

246 Op. cit., III, 400. Fürst donne à l'appui de ses dires, des citations tirées de Lydus et de Cedrenus.

 

La croix disent les Cabalistes, répétant ainsi ce qu'enseignent les Occultistes, est un des plus anciens, peut-être même le plus ancien des symboles. Ceci a été démontré aux débuts mêmes de la Préface du Premier Volume. Les Initiés Orientaux la représentent comme contemporaine du Cercle de l'Infini Divin et de la première différenciation de l'Essence, de l'Union, de l'Esprit et de la Matière. Cette interprétation a été repoussée et l'allégorie astronomique a seule été acceptée et amenée à cadrer savamment avec des événements terrestres imaginaires.

Procédons à la démonstration de cette proposition.  En astronomie, ainsi que nous l'avons dit, Mercure est le fils de Cœlus et de Lux – du Ciel et de la Lumière, ou du Soleil ; en Mythologie, c'est la progéniture de Jupiter et de Maïa. C'est le "Messager" de son père Jupiter, le Messie du Soleil ;  en  Grec,  son  nom  d'Her-mès  signifie,  entre  autres       choses, l' "Interprète" – le Mot, le Logos ou Verbe. Or Mercure est né sur le Mont Cyllène, au milieu de bergers et il est le patron de ceux-ci. En sa qualité de Génie psychopompe, il conduisait au Hadès les Ames des Morts et les ramenait ensuite, emploi attribué à Jésus après sa Mort et sa Résurrection. Les symboles d'Hermès-Mercure (Dii Termini) étaient placés le long des grandes routes et à leurs points de croisement, comme sont aujourd'hui placées les croix en Italie et ils étaient cruciformes 247. Tous les sept jours les prêtres oignaient d'huile ces Termini et une fois par an les [IV 120] ornaient de guirlandes, aussi étaient-ils les oints. Mercure, lorsqu'il parlait par la bouche de ses oracles, disait :

247 Voyez la planche 77 du Vol. I des Antiquités de Montfaucon. Les disciples d'Hermès vont, après leur mort, dans cette planète de Mercure leur Royaume du Ciel.

 

Je suis celui que vous appelez le Fils du Père (Jupiter) et de Maïa. Quittant le roi du Ciel (le Soleil), je viens, mortels, pour vous aider.

Mercure guérit les aveugles et rend la vue, mentale et physique 248. Il était souvent représenté avec trois têtes et appelé Tricéphale ou Triplex, comme ne formant qu'un avec le Soleil et Vénus. Enfin Mercure, comme nous l'expose Cornutus 249, était quelquefois représenté sous une forme cubique et sans bras, parce que "la faculté de parler et l'éloquence peuvent prédominer, sans le secours de bras ou de pieds". C'est cette forme cubique qui rattache directement les Termini à la Croix et c'est l'éloquence et la faculté de parler de Mercure qui fit dire à Eusèbe : "Hermès est l'emblème du Verbe qui crée et interprète tout", car c'est le Verbe Créateur et il nous montre Porphyre enseignant que la Parole d'Hermès – interprétée maintenant comme "Parole de Dieu" (!) dans Pymandre – une Parole Créatrice (Verbum), est le Principe Séminal répandu dans tout l'Univers 250. En Alchimie "Mercure" est le Principe "Humide" Radical, l'Eau Primitive ou Elémentaire renfermant les Semences de l'Univers, fécondées par les Feux Solaires. Pour exprimer ce principe fécondant, un phallus était souvent ajouté à la croix (l'union du mâle et de la femelle, ou du vertical et de l'horizontal) par les Egyptiens. Les Termini cruciformes représentaient aussi cette double idée, que l'on retrouvait en Egypte dans l'Hermès cubique. L'auteur de Source of Measures nous dit pourquoi 251.

Comme il l'explique, le cube devient, une fois développé, une croix de la forme du Tau, ou forme égyptienne, ou bien "le cercle attaché au Tau donne la croix ansée", des antiques Pharaons. Ils la connaissaient depuis des siècles par leurs prêtres et leurs "Rois Initiés" et ils savaient aussi ce qui signifiait "le placement d'un homme sur la croix", idée "que l'on coordonnait avec celle de l'origine de la vie humaine, et, par suite, avec celle de la forme phallique". Seulement cette dernière n'entre en action que des æons et des siècles après l'idée du Charpentier et de l'Artisan des Dieux, Vishvakarmâ, crucifiant "l'Initié-Soleil" [IV 121] sur le tour en forme de croix. Ainsi que l'écrit le même auteur :

Le placement d'un homme sur la croix… était d'usage chez les Hindous dans cette forme de développement 252.

248 Cornutus.

249 Lydus. De Mensibus, IV.

250 Preparat. Evang. I, III, 2.

251 Voyez la fin de la Sec. II, au sujet des Priapes Gnostiques.

 252 Op. cit., p. 52.

253 Ibid., pp. 3, 4.

 

Mais on le "coordonnait" avec l'idée d'une nouvelle renaissance de l'homme par une régénération spirituelle, mais non physique. Le Candidat à l'Initiation était attaché sur le Tau, ou croix astronomique, en vertu d'une idée bien plus haute et bien plus noble que celle de l'origine de la simple vie terrestre.

D'autre part, les Sémites paraissent n'avoir eu dans la vie aucun but plus élevé que celui de procréer leur espèce. Aussi, au point de vue géométrique et en lisant la Bibleau moyen de la méthode numérique, l'auteur de The Source of Measures a parfaitement raison.

Le système (Juif) tout entier paraît avoir été considéré anciennement comme un système basé sur la nature et qui fut adopté par la nature, ou Dieu, comme la base ou loi en vertu de laquelle s'exerce pratiquement le pouvoir créateur – c'est-à-dire que c'était le projet créateur dont la création était l'application pratique. Ceci paraît établi par le fait que, dans le système exposé, les mesures des temps planétaires servent au même degré comme mesures de la dimension des planètes et des particularités de leurs formes – c'est-à-dire dans l'extension de leurs diamètres équatorial et polaire... Ce système (celui du projet créateur) paraît servir de base à tout l'édifice biblique, comme la fondation sur laquelle repose son ritualisme et le déploiement des œuvres de la Divinité, en fait d'architecture, par l'emploi de l'unité sacrée de mesures, dans le jardin d'Eden, l'arche de Noé, le Tabernacle et le, Temple de Salomon 253.

Ainsi, d'après l'exposé même des défenseurs de ce système, il est prouvé que la Divinité Juive n'est, tout au plus, qu'une Dyade manifestée, mais jamais l'Unique Tout Absolu. Expliqué géométriquement, c'est un nombre ; symboliquement, c'est un Priape évhémérisé et ceci ne saurait guère satisfaire une humanité qui a soif de la démonstration de réelles vérités spirituelles et de la possession d'un Dieu ayant une nature divine et non pas anthropomorphe. Il est étrange que les plus savants Cabalistes modernes ne puissent voir dans la croix ou le cercle autre chose qu'un symbole de la Divinité créatrice et androgyne manifestée, [IV 122] dans ses rapports avec ce mode phénoménal 254. Un auteur croit que :

Bien que l'homme (lisez, le Juif et le Rabbin) ait obtenu la connaissance de la mesure pratique... par laquelle la nature était supposée ajuster les dimensions des planètes afin de les mettre en harmonie avec la notation de leurs mouvements, il semble qu'il l'obtint et en apprécia la possession comme un moyen d'arriver à se faire une idée de la Divinité – c'est-à-dire qu'il approcha de si près la conception d'un Etre ayant un mental comme le sien, mais infiniment plus puissant, qu'il pût se faire une idée d'une loi de création instituée par cet Etre, qui doit avoir existé avant toute création (appelé cabalistiquement le Verbe) 255.

254 Que le lecteur se reporte au Zohar, et aux deux Qabbalahs d'Isaac Myer et de S. L. Mac-Gregor Malhers, et, à leurs interprétations, s'il veut se rendre compte de ceci.

255 1bid., p. 5.

 

Ceci peut avoir satisfait l'esprit pratique des Sémites, mais l'Occultiste Oriental ne peut que repousser l'offre d'un tel Dieu ; en vérité,  une Divinité, un Etre, "ayant un mental comme celui de l'homme, mais infiniment plus puissant", n'est pas un Dieu ayant une place au-delà du cycle de la création. Il n'a aucun rapport avec la conception idéale de l'Univers Eternel. C'est, tout au plus, un des pouvoirs créateurs subordonnés, dont la Totalité est appelée les Séphiroth, l'Homme Céleste et l'Adam Kadmon, le Second Logos des Platoniciens.

On retrouve clairement cette même idée au fond des plus habiles définitions de la Cabaleet de ses mystères ; par exemple par John A. Parker, tel qu'il est cité dans le même ouvrage :

 La clef de la Cabale est supposée être le rapport géométrique de la surface d'un cercle inscrit dans le carré, ou du cube, avec la sphère, donnant naissance au rapport du diamètre avec la circonférence d'un cercle, avec la valeur numérique de ce rapport exprimée en intégrales. Le rapport du diamètre à la circonférence est un rapport suprême qui se rattache aux noms divins d'Elohim et de Jéhovah (termes qui sont respectivement des expressions numériques de ces rapports – le, premier exprimant la circonférence et le dernier le diamètre) et qui embrasse sous lui tous les autres rapports inférieurs. Deux expressions, en intégrales, du rapport de la circonférence au diamètre sont employées dans la Bible : [1] La parfaite et [2] l'imparfaite. Un des rapports entre elles est tel que si [1] est soustrait de [2] il reste une unité de la valeur d'un diamètre en termes, ou dans la dénomination de la  valeur  de  la  circonférence  d'un [IV 123] cercle parfait, ou une unité en ligne droite ayant une valeur circulaire parfaite, ou un facteur d'une valeur circulaire 256.

256 Ibid., p 12.

 

De pareils calculs ne peuvent conduire qu'à déchiffrer le mystère de la troisième phase de l'Evolution ou de la "Troisième Création de Brahmâ". Les Hindous initiés savent opérer la "quadrature du cercle" bien mieux qu'aucun Européen, mais nous reviendrons là-dessus plus tard. Le fait est que les Mystiques Occidentaux ne commencent leurs spéculations qu'à la phase durant laquelle l'Univers "tombe dans la matière" comme disent les Occultistes. Dans toute la série des ouvrages cabalistiques nous  n'avons pas rencontré une seule phrase indiquant une allusion, même lointaine, au côté psychologique et spirituel, aussi bien qu'aux secrets mécaniques et physiologiques de la "création". Devons-nous donc considérer l'évolution de l'Univers comme n'étant, sur une gigantesque échelle, qu'un prototype de l'acte de la procréation, comme un phallisme "divin" et nous livrer là- dessus à des élucubrations semblables à celles que l'on doit à l'auteur mal inspiré d'un récent ouvrage du même nom ? Nous ne le croyons pas et nous nous croyons en droit de parler ainsi, puisque l'étude la plus attentive de l'Ancien Testament – tant au point de vue ésotérique qu'au point de vue exotérique – ne paraît pas avoir conduit les chercheurs les plus enthousiastes au delà de la certitude mathématique que du premier au dernier chapitre du Pentateuque, chaque scène, chaque personnage et chaque événement ont un rapport direct ou indirect avec l'origine de la naissance sous sa forme la plus crue et la plus brutale. En conséquence, si intéressantes et si ingénieuses que soient les méthodes rabbiniques, l'auteur, d'accord avec d'autres Occultistes Orientaux, doit préférer celle des Païens.

Ce n'est donc pas sur la Bibleque doivent porter nos recherches pour retrouver l'origine de la croix et du cercle, mais sur la période qui précède le Déluge. Aussi, pour en revenir à Eliphas Lévi et au Zohar, nous répondrons au nom des Occultistes Orientaux et nous dirons en mettant en pratique le principe, ils sont absolument d'accord avec Pascal, qui dit que :

Dieu   est  un   cercle   dont  le  centre  est   partout    et  la circonférence nulle part.

Tandis que les Cabalistes disent le contraire et ne le [IV 124] soutiennent qu'en raison de leur désir de voiler leur doctrine. La définition de la Divinité par un cercle, soit dit en passant, n'est pas du tout de Pascal, comme le pensait Eliphas Lévi. Cette définition fut empruntée par le philosophe français, soit à Mercure Trismégiste, soit à l'ouvrage latin du Cardinal Cusa, qui a pour titre De Doctâ Ignorantiâ et dans lequel elle est employée. De plus, cette définition est défigurée par Pascal, qui remplace les mots "Cercle Cosmique", que l'on trouve symboliquement dans l'inscription originale, par le mot Théos. Chez les anciens, les deux mots étaient synonymes.

 

A — Croix et Cercle

 

Dans l'esprit des anciens philosophes, quelque chose de divin et de mystérieux s'est toujours rattaché à la forme du cercle. Le monde antique, en cela d'accord avec son symbolisme et avec ses intuitions panthéistes, qui unifiaient l'Infini visible avec l'Infini invisible, représentait la Divinité, ainsi que son Voile – par un cercle. Cette fusion des deux en une unité et le nom de Théos donné indifféremment aux deux, se trouvent expliqués et deviennent ainsi encore plus scientifiques et philosophiques.  L'étymologie que  donne  Platon  du  mot  théos  (θεὸς),  a  été  exposée  ailleurs.  Dans  son Cratyle, il le fait dériver du verbe thé-ein (θέειν) "se mouvoir" comme le suggère  le  mouvement  des  corps  célestes  qu'il  rattache  à  la  Divinité. D'aprèsla Philosophie Esotérique, cette Divinité, durant ses "nuits" et ses "jours", ou Cycles de Repos et d'Activité, constitue l'Eternel Mouvement Perpétuel", "l'Incessant Devenir, ainsi que l'éternel Présent universel et le Toujours Existant". Ce dernier est l'abstraction fondamentale ; le premier constitue la seule conception possible pour l'esprit humain, s'il sépare cette Divinité  de  toute  apparence  ou  forme.  C'est  une  évolution  perpétuelle, incessante,  retournant,  au  cours  de  ses  incessants  progrès  à  travers  les æons de temps, vers son état d'origine – l'Unité Absolue.

Ce n'était qu'aux Dieux, inférieurs que l'on faisait porter les attributs symboliques des Dieux supérieurs. Ainsi, le Dieu Shoo, la personnification de Ra, qui apparaît comme le "Grand Chat du Bassin de Persœa dans An" 257, était souvent, représenté sur [IV 125] les monuments égyptiens, assis et tenant une croix, symbole des quatre Quartiers, ou des Eléments, rattachés à un cercle.

Dans le très savant ouvrage de Gerald Massey intitulé The Natural Genesis, on trouve, sous le titre de "Typology of the Cross", plus d'informations au sujet de la croix et du cercle, que dans tout autre ouvrage que nous connaissions. Celui qui désire avoir des preuves de l'antiquité de la croix est prié de se reporter à ces deux volumes. L'auteur dit :

Le cercle et la croix sont inséparables... La croix ansée réunit le cercle et la croix aux quatre coins. En raison de cette origine, le cercle et la croix devinrent parfois interchangeables. Par exemple, le Chakra, ou disque de Vishnou, est un cercle. Le nom dénote l'action de tourner en cercle, de tourner en rond, la périodicité, la roue du temps. Le dieu l'emploie comme une arme qu'il lance contre l'ennemi. Thor, lance de même son arme,  le Fylfot, une forme de la croix à quatre pieds (Svastika) et un type des quatre quartiers. Ainsi la croix équivaut au cercle de l'année. L'emblème de la roue unit la croix et le cercle, comme le font aussi le gâteau hiéroglyphique et le nœud d'Ankh ∝ 258.

De plus, le double glyphe n'était pas sacré pour le profane, mais seulement pour les Initiés. En effet, Raoul Rochette démontre que : 259

257 Voyez le Livre des morts, XVII, 45-47.

258 Op. cit., I. 421-422.

259 De la Croix Ansée, Mém. de l'académie des Sciences, pl. 2, N° 8, 9 et aussi 16, 2, p. 320 ; cité dans Natural Genesis, p. 423.

260 Vol. XVIII, p. 393, pl. 4 ; Inman, fig.38 ; Gerald Massey, op. cit., ibid, p. 422.

 

Le signe ♀ apparaît comme l'envers d'une monnaie phénicienne, avec un bélier sur la face... Le même signe, appelé parfois le Miroir de Vénus, parce qu'il typifiait la reproduction, était employé pour marquer l'arrière-train des précieuses juments poulinières de race corinthienne, ou d'autres belles races de chevaux.

Ceci prouve qu'à cette époque reculée la croix était déjà devenue le symbole de la procréation humaine et que l'oubli de l'origine divine de la croix et du cercle avait commencé.

Une autre forme de la croix est donnée d'après le Journal of the Royal Asiatic Society 260 :

A chacun des quatre coins, se trouve placé un quart d'arc d'une courbe oviforme et quand les quatre, sont réunis, ils forment un ovale ; la figure combine ainsi la croix avec le cercle autour, en quatre parties correspondant aux quatre pieds de, la croix. Les quatre [IV 126] segments répondent aux quatre pieds de la croix Svastika et au Filfot de Thon. La fleur de lotus à quatre feuilles de Bouddha est également figurée au centre de cette  croix, le lotus étant un type égyptien et hindou des quatre quartiers. Les quatre quarts d'arc formeraient, si on les réunissait, une ellipse et l'ellipse est aussi figurée, sur chaque bras de la croix. Cette ellipse indique donc la voie de la terre...

Sir J. Y. Simpson a  copié  le  spécimen  suivant  que nous reproduisons ici, comme la croix des deux équinoxes et des deux solstices, placés dans le tracé de la voie de la terre. La même figure ovoïde, ou en forme de bateau, apparaît parfois dans les dessins hindous, avec sept marches à chaque extrémité, comme une forme ou un mode de Mérou.

Tel est l'aspect astronomique du double glyphe. Il y a toujours six autres aspects et l'on peut tenter d'en interpréter quelques-uns. Le sujet est si vaste qu'il exigerait à lui seul de nombreux volumes.

Le plus curieux de ces symboles égyptiens de la croix et du cercle, mentionné dans l'ouvrage cité plus haut, est un symbole dont l'explication complète et la couleur finale dérivent de symboles aryens de même nature. L'auteur s'exprime ainsi :

La Croix aux quatre bras, n'est autre que la croix des quatre quartiers, mais le signe de la croix n'est pas toujours simple 261. C'est un type qui se développe en partant d'un point de départ que l'on peut identifier et qui fut adapté plus tard de façon à exprimer différentes idées. La croix la plus sacrée d'Egypte, que tenaient en leurs mains les Dieux les Pharaons et les morts momifiés, est, l'Ankh ☥ le signe de la vie, le vivant, un serment, l'alliance… Son sommet n'est autre que le Rou hiéroglyphe, placé droit sur la croix de Tau. Le Rou  est la porte, l'entrée, la bouche, l'issue. Ceci indique le lieu de naissance dans le quartier nord des cieux, où renaît le Soleil. En conséquence, le Rou du signe d'Ankh est le type féminin du lieu de naissance représentant le nord. C'était dans le quartier nord que la déesse des sept Etoiles, appelée la "Mère des Révolutions", donna naissance au temps dans le premier cycle de l'année. Le premier signe de ce cercle et cycle primordial fait dans le ciel, est la forme primitive de la croix d'Ankh ∝ une simple boucle, qui renferme à la fois un cercle et la croix dans une seule image. Cette boucle ou ce nœud est porté devant la plus ancienne génitrice, Typhon de la Grande Ourse, comme son Arch, l'idéographe d'une période, d'une terminaison, d'un temps, destiné à exprimer une révolution. Ceci représente donc le cercle décrit dans le Ciel du nord par [IV 127] la Grande Ourse et qui constituait la première année de temps, fait d'où nous concluons que la bouche ou Rou du Nord représente ce quartier, le lieu de naissance du temps, lorsqu'il est figuré par le symbole de Rou ou de l'Ankh. En vérité, ceci peut être prouvé. Le nœud est une Arche ou Rek servant de type pour compter. Le rou de la croix d'Ankh se continua dans l'R chypriote, ⍜ et dans le Ro copte, Р 262. Le Ro fut transporté dans la croix grecque ☧ qui est formée du Ro et du Chi ou R-K... le Rek ou Arche était le signe de tout commencement (Arche), par conséquent, et le nœud de l'Arche est la croix du Nord, la partie arrière du ciel 263.

261 Certainement pas : en effet. il y a souvent des symboles employés pour symboliser d'autres symboles et ceux-ci sont là leur tour employés comme idéographes.

Or, ceci aussi, est entièrement astronomique et phallique. La version pouranique des Indes expose toute la question sous un autre jour. Sans détruire l'interprétation ci-dessus, elle révèle une partie de ses mystères à l'aide de la clef astronomique et offre ainsi un exposé plus métaphysique. Le nœud d'Ankh ∝ n'appartient pas à l'Egypte seule, Il existe, sous le nom de Pâsha, une corde que le Shiva aux quatre bras tient dans la main de son bras droit d'arrière 264. Le Mahadéva est représenté dans l'attitude d'un ascète comme Mahâyogi, avec son troisième œil "qui n'est autre que le Rou placé verticalement sur la  croix de Tau", sous une autre forme, Le Pâsha est tenu dans la main de façon à ce que le premier doigt et la main, près du pouce, fassent la croix, ou la boucle et le croisement. Nos orientalistes voudraient qu'il représentât une corde servant à attacher les coupables récalcitrants, peut-être bien parce que Kâli, l'épouse de Shiva, a le même Pâsha pour attribut !

262 L'R des alphabets Slavonien et Russe (alphabet Kyriletza) est aussi la lettre P latin.

263 Ibid., p. 423.

264 Voyez le Hindû Pantheon de Moor, planche XIII.

 

Le Pâsha a ici un double sens, tout comme le Trisûla de Shiva et tous les autres attributs divins. Le double sens a trait à Shiva, car Roudra a certainement la même signification que la Croix Ansée Egyptienne, dans son sens cosmique et mystique. Dans la main de Shiva, le Pâsha tient du lingam et du yoni. Shiva, comme nous l'avons déjà dit, est un nom inconnu dans les Védas. C'est dans le Yajur Véda blanc qu'il apparaît pour la première fois comme le Grand Dieu, Mahâdéva, dont le symbole [IV 128] est le Lingam. Dans le Rig Véda, il est appelé Roudra le "hurleur", la Divinité à la fois bienfaisante et malfaisante, le Guérisseur et le Destructeur. Dans la Vishnou Pourâna, il est le Dieu qui jaillit du front de Brahmâ, qui se divise en mâle et femelle et il est le père des Roudras ou Marouts, dont la moitié sont brillants et doux et d'autres noirs et féroces. Dans les Védas, il est l'Ego Divin aspirant à retourner à son pur état déifique et c'est en même temps cet Ego Divin emprisonné dans une forme terrestre, dont les passions féroces font de lui le "rugissant", le "terrible". Ceci est bien prouvé dans la Brihadâranyaka Oupanishad, où les Roudras, les descendants de Roudra, Dieu du Feu, sont appelés les "dix souffles vitaux (prana, vie), avec le cœur (manas) comme onzième" 265, tandis qu'en qualité de Shiva, il est le destructeur de cette vie. Brahmâ l'appelle Roudra et lui donne, en outre, sept autres noms, signifiant sept autres formes de manifestation et aussi les sept pouvoirs de la nature qui ne détruisent que pour créer de nouveau, ou régénérer.

265 Voyez le Hindû Classical Dictionary de Dowson, sub voce "Roudra".

 

De sorte que le nœud cruciforme, ou Pâsha, qui est dans la main de Shiva, quand il est représenté comme un ascète, le Mahâyogin, n'a aucun sens phallique et il faut, en vérité, avoir une imagination  fortement orientée dans cette direction pour découvrir un pareil sens, même dans un symbole astronomique.

 En tant qu'emblème "de porte, d'entrée, de bouche, de sortie", il signifie la "porte étroite" qui conduit au Royaume du Ciel, bien plus que le "lieu de naissance" dans un sens physiologique.

C'est vraiment une croix et un cercle, et une Croix Ansée, mais c'est une croix sur laquelle doivent être crucifiées toutes les passions humaines, avant que le Yogi ne puisse franchir la "porte étroite", le cercle étroit, qui s'élargit en un cercle infini, aussitôt que l'Homme Interne a franchi le seuil.

Quant aux sept mystérieux Richis de la constellation de la Grande Ourse, si l'Egypte les a consacrés à "la plus ancienne génitrice, "Typhon", l'Inde a rattaché depuis des siècles ces symboles aux révolutions du Temps ou révolutions Youga et les Saptarishis se rattachent intimement à notre époque actuelle le sombre Kali Youga 266. Le grand Cercle du Temps,  sur la surface duquel la fantaisie indienne a représenté le Marsouin, ou Sishumâra, a la croix placée sur lui, en raison de la nature de [IV 129] ses divisions et de la localisation des étoiles, planètes et constellations. Dans la Bhâgavata Pourâna 267, il est dit :

A l'extrémité de la queue de cet animal, dont la tête est dirigée vers le sud et dont le corps a la forme d'un anneau (cercle), Dhrouva (l'ex-étoile polaire) est placée ; le long de sa queue sont Prajâpati, Agni, Indra, Dharma, etc. ; en travers de ses reins les sept Richis 268.

C'est donc le plus ancien symbole de la croix et du cercle formé par la Divinité, symbolisé par Vishnou, le Cercle Eternel du Temps sans limites, Kâla, sur le plan duquel se tiennent en croix tous les Dieux, toutes les créatures et toutes les créations dans l'Espace et dans le Temps – qui, suivant la Philosophie, meurent tous au Mahâpralaya.

266 Décrit dans la Mission des Juifs, par le marquis Saint-Yves d'Alveydre, l'hiérophante et le chef d'un vaste groupe de Cabalistes Français, comme étant l'Age d'Or !

267 V. XXIII.

268 Traduit d'après la traduction française de Burnouf, citée par Fitzédward Hall, dans la Vishnou Pourânade Wilson, II, 307.

 

En attendant, ce sont les sept Richis qui marquent le temps et la durée des événements dans notre cycle vital septénaire. Ils sont aussi mystérieux que leurs épouses supposées, les Pléïades, dont une seule – celle qui se cacha – s'est montrée vertueuse. Les Pléïades, ou Krittikâs, sont les nourrices de Kârttikeya, le Dieu de la Guerre (le Mars des Païens d'Occident), qui est appelé le Commandant des Armées Célestes, ou plutôt des Siddhas – Siddha-Sena (traduit par Yogis dans le Ciel et par Sages saints sur la Terre) – ce qui rendrait Kârttikeya identique à Michel, le "Chef des Légions Célestes" et, comme lui, un Koumâra, vierge 269. Il est vraiment le Gouha, l' "Etre mystérieux", autant que le sont les Saptarshis et les Krittikâs, les sept Richis et les Pléïades, car l'interprétation combinée de tous ceux-ci révèle à l'Adepte les plus grands mystères de la Nature Occulte. Un point mérite d'attirer l'attention dans cette question de la croix et du cercle, car il se rapporte fortement aux éléments du Feu et de l'Eau, qui jouent un si grand rôle dans le symbolisme de la croix et du cercle. De même que Mars, qu'Ovide représente comme né de sa mère Junon seule, sans l'intervention d'un père, ou de même que les Avatars (Krishna, par exemple) – en occident comme en Orient – Kârttikeya naît d'une façon plus miraculeuse encore, sans être conçu, ni par un père, ni par une mère, mais simplement de la semence de Roudra-Shiva, qui fut [IV 130] jetée dans le Feu (Agni), puis fut reçue par l'Eau (le Gange). Il est donc né du Feu et de l'Eau – un "garçon brillant comme Soleil et, beau comme la Lune". C'est pourquoi il est appelé Agnibhoû (fils d'Agni) et Gangâpoutra (fils du Gange). Ajoutez à cela le fait que les Krittikâ, ses nourrices, comme le prouve la Matsya Pourâna, sont présidées par Agni, ou, d'après les termes identiques, "les sept Richis sont sur la même ligne que  le brillant Agni" et, par suite, "Krittikâ a pour synonyme Agnéya" 270 – et le rapprochement est facile à suivre.

Ce sont donc les Richis qui marquent l'époque et les périodes du Kali Youga, l'âge du péché et des chagrins. Comme nous le dit la Bhâgavata Pourâna :

Lorsque la splendeur de Vishnou, appelée Krishna, s'en alla au ciel, alors que le Kali Youga, l'âge durant lequel les hommes se délectent dans le péché, envahit le monde.

 269 D'autant plus qu'il est réputé être le meurtrier de Tripourâsoura et du Titan Târaka. Michel est le vainqueur du Dragon et Indra Kârttikéya sont souvent représentés comme identiques.

270 Ibid., IV, 235.

 

Lorsque les sept Richis se trouvaient dans Maghâ, l'âge Kali, qui comprend 1.200 années (divines), (432.000 années communes), commença et lorsque, quittant Maghâ, ils atteindront Poûrvâshâdhâ, cet age Kali atteindra son plein développement, sous Nanda et ses successeurs 271.

C'est la révolution des Richis.

Lorsque les deux premières étoiles des sept Richis (la Grande Ourse) se lèvent dans les cieux et qu'un astérisme lunaire est visible la nuit, à une égale distance entre elles, alors les sept Richis restent stationnaires dans cette conjonction pendant cent ans.

Ainsi qu'un ennemi de Nanda le fait dire à Parâshara. Suivant Bentley, ce fut pour démontrer l'importance de la précession des équinoxes, que cette notion prit naissance parmi les astronomes.

Elle reposait sur la conception d'une ligne imaginaire, ou grand cercle, passant par les pôles de l'écliptique et le commencement du Maghâ fixe, et ce cercle était supposé couper quelques-unes des [IV 131] étoiles de la Grande Ourse… Les sept étoiles de la Grande Ourse étant appelées les Richis, le cercle ainsi conçu fut appelé la ligne Richis et comme il était invariablement fixé au commencement l'astérisme lunaire Maghâ, on pouvait calculer la précession en notant comme index le degré, etc., de toute maison lunaire mobile coupée par cette ligne ou cercle 272.

271 Op. cit., XII, II, 26-32 ; cité dans la Vishnou Pourâna, trad. de Wilson, IV. 230. Nanda est le premier souverain bouddhiste, Chandragoupta, contre lequel tous les Brahmanes étaient tellement soulevés : il était de la Dynastie Morya et grand-père d'Asoka. C'est là l'un des passages qui n'existent pas dans les manuscrits pouraniques primitifs. Ils furent, ajoutés par les Vaishnavas, qui, par haine de sectaires, furent presque d'aussi grands interpolateurs que les Pères Chrétiens.

272 Historical View of the Hindû Astronomy, p. 65, suivant la citation de Wilson, op. cit., p. 253.

 

Il y a eu et il existe encore, au sujet de la chronologie des Hindous, des controverses en apparence interminables. Voici toutefois un point qui pourrait aider à déterminer – au moins approximativement – l'époque à laquelle commencèrent le symbole des sept Richis et leurs rapports avec les Pléiades. Lorsque Kârttikeya fut remis par les Dieux aux Krittikâ pour être nourri, elles n'étaient que six, aussi Kârttikeya est-il représenté avec six tètes, mais lorsque l'imagination poétique des premiers symbologues Aryens fit d'elles les épouses des sept Richis, elles étaient sept. On connaît leurs noms qui sont, Amba, Doulâ, Nitatoui, Abrayanti, Maghâyanti, Varshayanti et Choupounika. Il y a cependant d'autres séries de noms qui diffèrent. En tout cas, sept Richis furent représentés comme épousant les sept Krittikâ avant la disparition de la septième Pléïade. Autrement, comment les astronomes hindous pourraient-ils parler dune étoile que personne ne peut voir sans l'aide des plus puissants télescopes ? C'est pour cette raison, peut-être, que dans tous les cas de ce genre, la majorité des événements décrits dans les allégories des Hindous, sont classés comme "de très récentes inventions, ne remontant certainement pas au delà de l'ère chrétienne".

Les plus antiques manuscrits sanscrits sur l'astronomie commencent leur série de Nakshatras, les vingt-sept astérismes lunaires, par le signe de Krittikâ et il en résulte que l'on ne peut guère leur assigner une date plus récente que celle de 2780 ans avant J.-C. Ceci s'accorde avec le "Calendrier Védique" qui est accepté même par les Orientalistes, bien que ceux-ci tournent la difficulté en disant que ce Calendrier ne prouve pas que les Hindous connussent l'Astronomie à cette date et ils assurent à leurs lecteurs, qu'en dépit des calendriers, les Pandits Indiens peuvent avoir acquis des Phéniciens leur connaissance des maisons lunaires en tête desquelles se trouve Krittikâ, etc. Quoi qu'il en soit, les Pléïades constituent le groupe central du système de symbolisme sidéral. Elles sont situées dans le cou de la constellation – [IV 132] du Taureau, considérée par Madler et par d'autres astronomes, comme le groupe central du système de la Voie Lactée et par la Cabaleet l'Esotérisme  Oriental, comme le Septennat Sidéral né du premier côté manifesté du triangle supérieur, le L caché. Ce côté manifesté, c'est le Taureau, le symbole de l'UN (le chiffre 1), ou de la première lettre de l'alphabet Hébreu, Aleph (א) "taureau" ou "bœuf", dont la synthèse est Dix (10), ou Yod (י), la lettre parfaite et le nombre parfait. Les Pléïades (particulièrement Alcyone) sont donc considérées, même en astronomie, comme le point central autour duquel tourne notre univers d'étoiles fixes, comme le foyer d'où sort et dans  lequel  rentre  le  souffle  Divin,  le  Mouvement,  dans son travail incessant durant le Manvantara. Aussi, parmi les symboles sidéraux de la Philosophie Occulte, est-ce ce cercle, avec la croix étoilée sur sa surface, qui joue le rôle le plus en vue.

La Doctrine Secrète nous enseigne que tout ce qui se trouve dans l'Univers, ainsi que l'Univers lui-même, est formé ("créé") durant ses manifestations périodiques dans le monde phénoménal – par  le mouvement accéléré mis en activité par le Souffle de la Puissance qui doit rester à jamais inconnue –inconnue pour l'humanité actuelle, tout  au moins. L'Esprit de la Vie et de l'Immortalité était symbolisé partout par un cercle ; par suite, le serpent qui se mord la queue représente le Cercle de la Sagesse dans l'Infini, tout comme la croix astronomique – la croix inscrite dans un cercle – et le globe ailé que devient ensuite le Scarabée sacré des Egyptiens et dont le nom même suggère l'idée secrète qui s'y rattache. En effet, dans les papyrus égyptiens, le Scarabée est appelé Khopirron et Khopri, du verbe khopron "devenir" et a été ainsi choisi comme symbole et comme emblème de la vie humaine et de ce que "devient" successivement l'homme, au cours des pérégrinations diverses et des métempsychoses ou réincarnations de l'âme libérée. Ce symbole mystique démontre clairement que les Egyptiens croyaient à la réincarnation et aux vies et existences successives de l'Entité Immortelle. Toutefois, comme c'était une doctrine Esotérique, révélée aux Candidats durant les mystères seulement, par les Prêtres Hiérophantes et les Rois Initiés, on la gardait secrète. Les Intelligences Incorporelles (les Esprits Planétaires ou Puissances Créatrices) étaient toujours représentées sous la forme de cercles. Dans la Philosophie primitive des Hiérophantes, ces cercles invisibles étaient les causes et les constructeurs prototypiques de tous les orbes célestes, qui constituaient les corps ou enveloppes visibles dont ils étaient les [IV 133] âmes. Dans l'antiquité, c'était certainement un enseignement universel 273. Comme le dit Proclus :

Avant les nombres mathématiques, il y a les nombres auto-moteurs ; avant les figures apparentes – les figures vitales, et avant de produire les mondes matériels, qui se meuvent en cercle, la Puissance Créatrice produisit les cercles invisibles 274.

"Deus enim et circulus est", dit Phérécyde dans son Hymne à Jupiter. C'était un axiome hermétique et Pythagore prescrivait une prosternation et une posture circulaire de ce genre, pendant les heures de contemplation. "Le dévot doit se rapprocher le plus possible de la forme d'un cercle parfait", dit le Livre Secret. Numa essaya de répandre la même coutume parmi le peuple, dit Pierius à ses lecteurs et Pline dit :

Durant notre adoration, nous enroulons pour ainsi dire notre corps en anneau – totum corpus circumagimur 275.

La vision du prophète Ezéchiel rappelle fortement ce mysticisme du cercle, lorsqu'il vit un "tourbillon" d'où sortit "une roue sur la terre" dont le travail "était en quelque sorte celui d'une roue au milieu d'une roue" – "car l'esprit de la créature vivante était dans les roues" 276.

"[L'Esprit] tourbillonne sans cesse et... revient de nouveau en suivant ses circuits" – dit Salomon 277, auquel, dans la traduction [IV 134] anglaise, on fait parler du "vent" et qui dans le texte original, fait allusion à l'esprit et au Soleil, à la fois. Mais le Zohar, la seule vraie traduction littérale du Prédicateur Cabalistique, dit – pour expliquer ce verset, qui est peut-être vague et difficile à comprendre – :  Il semble dire que le Soleil se meut en circuits, tandis qu'il a trait à L'Esprit sous le Soleil, appelé le Saint- Esprit, qui se meut circulairement, vers les deux côtés, afin qu'ils (Lui et le Soleil) soient unis dans la même essence 278.

273 Voyez Ezéchiel, I.

274 In. Quint. Lib. Euclid.

275 La déesse Basht, ou Pasht, était représentée avec une tête de chat. En Egypte, cet animal était considéré comme sacré pour plusieurs raisons. C'était un symbole de la Lune, "l'Œil d'Osiris", ou le "Soleil" pendant la nuit. Le chat était aussi consacré à Sokhit. Une des raisons mystiques de ce fait était que son corps se trouvait roulé en cercle pendant le sommeil. Cette posture est prescrite dans un but occulte et magnétique, afin de régulariser, d'une certaine manière, la circulation du fluide vital, dont le chat est éminemment pourvu. "Les neufs vies d'un chat" est un dicton populaire basé sur de bonnes raisons physiologiques et occultes. M. Gerald Massey en donne aussi une raison astronomique que l'on peut trouver dans le Vol. II de cet ouvrage, p. 3 : "Le chat voyait le Soleil, l'avait dans ses Yeux la nuit (était l'œil de la nuit), alors qu'il était invisible pour les hommes (de même que la lune reflète la lumière du Soleil, le chat était supposé la refléter à cause de ses yeux phosphorescents). Nous pouvons dire que la Lune réfléchissait la lumière solaire, parce que nous avons des miroirs. Pour eux l'œil du chat était le miroir". (Luniolatry Ancient and Modern, p. 2)

276 Ezéchiel, I. 4, 15, 16, 20.

277 Eccles., I, 6.

278 Fol. 87, col. 346.

 

"L'Œuf d'Or" Brahmanique, du sein duquel émerge Brahmâ, la Divinité Créatrice, est le "Cercle avec le Point Central" de Pythagore et son symbole bien approprié. Dans la Doctrine Secrète, l'Unité cachée – qu'elle représente Parabrahman, ou le "Grand Extrême" de Confucius,  ou la Divinité cachée par Phtah la Lumière Eternelle, ou encore l'Ain Suph juif, est toujours symbolisée par un cercle ou par le "zéro" (le Rien absolu, parce qu'elle est l'Infini et le Tout), tandis que le Dieu manifesté (par ses œuvres) est désigné par le diamètre de ce Cercle. Le symbolisme de l'Idée latente est ainsi rendu évident : la ligne droite passant par le centre d'un cercle possède, au point de vue géométrique, la longueur, mais n'a ni largeur, ni épaisseur ; c'est un symbole féminin imaginaire qui traverse l'éternité et qui est amené à se reposer sur le plan d'existence du monde phénoménal. Il possède une dimension, tandis que le cercle n'en possède pas, ou, pour employer un terme algébrique, c'est la dimension d'une équation. Une autre manière de symboliser l'idée se trouve dans la Décade sacrée de Pythagore, qui synthétise dans le double nombre Dix (l'un et un cercle, ou zéro), le Tout Absolu se manifestant par le Verbe, ou la Puissance Génératrice de Création.

 

B — La chute de la Croix dans la matière

 

Ceux qui seraient disposés à discuter ce symbole de Pythagore en faisant observer que l'on ne sait pas encore à quelle époque de l'antiquité le zéro est apparu pour la première fois – surtout aux Indes – sont invités à se reporter à Isis dévoilée 279. [IV 135]

279 Vol. III, 403 et seqq.

 

Même en admettant, dans l'intérêt de la discussion, que le monde ancien ignorât nos méthodes de calculs et nos chiffres arabes – bien qu'en réalité nous sachions le contraire – l'idée du cercle et du diamètre n'en serait pas moins là pour établir que ce fut le premier symbole en Cosmogonie. Avant les Trigrammes de Fo-Hi, Yang, l'unité et Yin, le binaire Yang Yun assez habilement expliqué par Eliphas Lévi 280, la Chine avait son Confucius et ses Taoïstes. Le premier inscrit le "Grand Extrême" dans un cercle traversé par une ligne horizontale ; les derniers placent trois cercles concentriques au-dessous du grand cercle, tandis que les Sages Sung représentaient le "Grand Extrême" dans un cercle supérieur et le Ciel et la Terre dans deux cercles inférieurs et plus petits. Les Yangs et les Yins sont des inventions bien plus récentes. Platon et son école ne se représentèrent jamais autrement la Divinité, malgré les nombreuses épithètes que Platon appliquait au "Dieu au-dessus de tout" (ό έπὶ πα̃σι θεός). Platon en sa qualité d'Initié, ne pouvait admettre un Dieu personnel – une ombre gigantesque de l'homme. Ses épithètes de "Monarque" et de "Législateur de l'Univers" ont un sens abstrait, fort bien compris par les occultistes, qui, non moins que tout Chrétien, croient, à une Loi Unique qui gouverne l'Univers et reconnaissent en même temps qu'elle est immuable. Comme le dit Platon :

Au-delà de toutes les existences limitées et de toutes les causes secondaires, de toutes les Lois, de toutes les idées et  de  tous  les  principes,  il  existe  une  Intelligence  ou Mental  (νου̃ς),  premier  principe  de  tous  les  principes, idée  suprême  sur  laquelle  sont  basées  toutes  les  autres idées... substance ultime d'où toutes les choses tirent leur être  et  leur  essence,  Cause  Première  et  efficace  de  tout l'ordre et de toute l'harmonie, de toute la beauté, de toute l'excellence et de toute la bonté, qui pénètre l'Univers.

Ce Mental est appelé, en raison de sa prééminence et de son excellence, le Bien Suprême 281, "le Dieu" (ό Θεός) et le "Dieu au-dessus de tout". Ces mots ne s'appliquent, comme le démontre Platon    lui-même, ni au "Créateur", ni au "Père" de nos Monothéistes modernes, mais à la Cause Idéaleet [IV 136] Abstraite. Comme il le dit, en effet : "Ce θεός ce Dieu au-dessus de tout, n'est pas la vérité ou l'intelligence, mais son Père" et sa Cause Première. Est-ce Platon, le plus grand élève des Sages archaïques, lui-même un Sage, pour lequel la vie n'a qu'un seul but – atteindre le Vrai Savoir – est-ce Platon qui aurait jamais pu admettre une Divinité qui maudit les hommes et les damne à jamais, en réponse à la moindre des provocations ? 282 Ce n'est certes pas lui qui ne considérait comme de véritables philosophes et de véritables chercheurs de la vérité, que ceux qui possédaient la connaissance du réellement existant, par opposition à ce qui paraît simplement l'être ; du toujours existant par opposition au transitoire et de ce qui existe d'une façon permanente par opposition à ce qui grandit, disparaît et est alternativement développé et détruit 283. Speusippe et Xénocrate marchèrent sur ses traces, L'Unique, l'original, n'avait pas d'existence, au sens que les mortels donnent à ce mot, le τίµον (l'honoré) habite aussi bien au centre que sur la circonférence, mais ce n'est que le reflet de la Divinité – de l'Ame du monde 284 – le plan de la surface du cercle. La croix et le cercle sont une conception universelle – aussi ancienne que le mental humain lui-même. On les trouve en tête de la liste de la longue série de ce qu'on pourrait appeler les symboles internationaux, qui exprimaient très souvent de grandes vérités scientifiques, sans parler de leurs rapports directs avec les systèmes psychologiques et même physiologiques.

280 Dogme et Rituel de la Haute Magie, I. 124. Aussi dans Tsang-t-ung-ky par Wei-Pa-Yang.

281 Christianity and Greek Philosophy, de Cocker, XI, p. 377.

282  Le cri de désespoir poussé par le Comte de Montlosier, dans ses Mystères de la Vie Humaine (p.

117) est un garant que la Cause de "l'excellence et de la bonté" qui, d'après Platon, imprégnait l'univers, n'est ni sa Divinité, ni notre Monde. Au spectacle de tant de grandeur opposé à celui de tant de misère, l'esprit qui se met à observer ce vaste ensemble, se représente je ne sais quelle grande divinité, qu'une divinité plus grande et plus Puissante encore, aurait comme brisée et mise en pièces, en dispersant les débris dans tout l'univers". La "divinité plus grande et plus puissante encore" que le Dieu de ce monde – supposé être si "bon" – n'est autre que Karma. Et cette vraie Divinité montre bien que l'inférieure, notre Dieu intime (personnel pour le moment), n'a aucun pouvoir pour arrêter la main puissante de la Divinité plus haute – de la Cause éveillée par nos actions générant de plus petites causes – et que l'on appelle la Loi de Rétribution.

283 Voyez Isis Dévoilée, II, 176.

284 Stobée, Ecl. I. 862.

 

On n'explique rien en se bornant à dire, comme le fait Eliphas Lévi, que Dieu, l'Amour Universel, ayant fait creuser par l'Unité mâle un abîme dans le Binaire femelle, ou Chaos, produisit ainsi le monde. Outre que la conception est très grossière, elle ne résout pas la difficulté qu'on éprouve à la concevoir, [IV 137] sans perdre toute vénération pour les procédés par trop humains de la Divinité. C'est pour éviter toute conception anthropomorphe de ce genre, que les Initiés n'employaient jamais le mot "Dieu" pour désigner le Principe Unique et Sans second de l'Univers et que –   fidèles en cela aux plus antiques traditions de la Doctrine Secrète dans le monde entier – ils niaient qu'un travail aussi imparfait et souvent assez impur, pût jamais être produit par la Perfection Absolue. Il est inutile de mentionner ici d'autres difficultés métaphysiques encore plus grandes. Entre l'Athéisme spéculatif et l'Anthropomorphisme idiot, il doit exister un juste milieu philosophique et une conciliation. La Présence du Principe Invisible dans toute la Nature et sa plus haute manifestation sur la Terre – l'Homme, peuvent seules nous aider à résoudre le problème, qui est celui d'un mathématicien dont l'x doit toujours éluder l'atteinte de notre algèbre terrestre. Les Hindous ont tenté de le résoudre par leurs Avatars, les Chrétiens croient qu'ils l'ont résolu – par leur unique Incarnation divine. Au point de vue Exotérique – tous les deux ont tort ; au point de vue Esotérique – tous les deux approchent la vérité de très près. Seul, parmi les Apôtres de la religion Occidentale, Paul semble avoir compris – sinon révélé – le mystère archaïque de la croix. Quant à tous les autres qui, en crucifiant et en individualisant la Présence Universelle, l'ont synthétisée en un seul symbole – le point central du crucifix – ils prouvent par-là qu'ils n'ont jamais compris le véritable esprit de l'enseignement du Christ, mais qu'ils l'ont plutôt dégradé, de plus d'une façon, par leurs interprétations erronées. Ils ont oublié l'esprit de ce symbole universel et l'ont monopolisé avec égoïsme – comme si l'Illimité et l'Infini pouvait jamais être limité et conditionné en une seule manifestation individualisée en un seul homme, ou même en une seule nation !

Les quatre bras de la X ou croix décussée et ceux de la croix Hermétique, dirigés vers les quatre points cardinaux – étaient bien compris par les intelligences mystiques des Hindous, Brahmanes et Bouddhistes, plusieurs centaines d'années avant que l'on n'en entendît parler en Europe, attendu que ce symbole a été et est encore rencontré dans le monde  entier.

Ils replièrent les extrémités de la croix et en firent leur Svastika, qui est maintenant la baguette magique du Bouddhiste Mongolien 285. Elle implique que le point central" n'est pas limité à [IV 138] un seul  individu si parfait qu'il soit : que le Principe (Dieu) est dans l'Humanité et que l'Humanité, comme tout le reste, est en Lui, comme les gouttes d'eau sont dans l'océan, les quatre extrémités étant dirigées vers les quatre points cardinaux et, par suite, se perdant dans l'infini.

Isarim, un Initié, passe pour avoir trouvé à Hébron, sur le corps mort d'Hermès, la Table d'Emeraude si connue, qui, dit-on, contenait l'essence de la Sagesse Hermétique. En d'autres phrases, on lisait gravées sur elle :

Sépare la Terre du feu, le subtil du grossier...

Monte... de la Terre au Ciel, puis redescends de nouveau sur la Terre.

L'énigme de la croix est renfermée dans ces mots et son double système est résolu – pour l'occultiste.

La croix philosophique, les deux lignes suivant des directions opposées, l'horizontale et la perpendiculaire, la hauteur et la largeur, que la Divinité qui fait de la géométrie divise au point d'intersection et qui forme le quaternaire magique, tout comme le quaternaire scientifique, lorsqu'elle est inscrite dans le carré parfait, est la base de l'Occultiste. Dans ses limites se trouve la clef maîtresse qui ouvre la porte de toutes les sciences, tant physiques que spirituelles. Elle symbolise notre existence humaine, car le cercle de la vie circonscrit les quatre pointes de la croix, qui représente successivement, la naissance, la vie, la mort et l'immortalité 286.

"Attache-toi, dit l'Alchimiste, aux quatre lettres du tétragramme, disposées de la façon suivante. Les lettres du nom ineffable sont là, bien que tu puisses ne pas les discerner tout d'abord. L'axiome impossible à communiquer y est cabalistiquement contenu et  c'est là ce que les maîtres appellent l'arcane magique" 287.

285 La Svastika est certainement un des plus antiques symboles des Anciennes Races. Durant notre siècle, dit Kenneth R. H. Mackenzie (Royal Masonic Cyclopoedia), la Svastika "a survécu sous la forme du maillet" dans la Fraternité Maçonnique. Parmi les "significations" données par "l'auteur. nous ne trouvons pas la plus importante, les Maçons ne la connaissant évidemment pas.

286 Isis Dévoilée, II. 306.

287 Ibid., II, 302.

288 Ibid., II, 394.

289 Ezéchiel, IX. 4.

 

Et encore :

Le Tau Τ et la croix astronomique d'Egypte Å sont visibles dans plusieurs ouvertures des ruines  de Palenqué. Dans un des bas reliefs du Palais de Palenqué, du côté ouest, on voit un Tau sculpté comme un hiéroglyphe juste au-dessous du personnage assis.  Le [IV 139] personnage debout, qui se penche au-dessus du premier, est représenté au moment où il couvre sa tête de la main gauche, avec le voile de l'initiation, tandis qu'il avance la droite avec l'index et le médius dirigés vers le ciel. C'est précisément l'attitude d'un évêque chrétien qui donne sa bénédiction, ou celle dans laquelle Jésus est souvent représenté durant les dernières Agapes 288.

L'Hiérophante égyptien avait une coiffure carrée qu'il devait toujours porter lorsqu'il remplissait ses fonctions. Ces coiffures carrées sont portées jusqu'à présent par les prêtres arméniens. Le Tau parfait – formé de la ligne perpendiculaire (rayon mâle descendant) et la ligne horizontale (Matière, principe femelle) – et le cercle du monde, étaient les attributs d'Isis, et ce n'était qu'à la mort que la croix égyptienne était placée sur la poitrine de la momie. La prétention de considérer la croix comme un symbole purement chrétien, introduit après notre ère, est vraiment étrange, lorsque nous voyons Ezéchiel imprimer le signum Thau sur le front des hommes de Juda qui craignaient le Seigneur 289, ainsi que l'indique la traduction de la Vulgate. Dans l'Hébreu antique, ce signe était ainsi tracé, mais dans lés hiéroglyphes égyptiens originaux, il était tracé comme une  croix  parfaite chrétienne (Tat, l'emblème de la stabilité). Dans l'Apocalypse aussi, "l'Alpha et l'Oméga", l'Esprit et la Matière, le premier et le dernier, imprime le nom de son père sur le front des élus. Moïse 290 ordonne aux hommes de son peuple de marquer les montants et  les linteaux de leurs portes avec du sang, de peur que le "Seigneur Dieu" ne vint à se tromper en frappant quelqu'un de son peuple élu, au lieu des Egyptiens condamnés. Et cette marque est un Tau ! – identiquement la croix ansée égyptienne, talisman avec la moitié duquel Horus ressuscitait les morts, comme le prouvent des sculptures sur une des ruines de Philae.

On en a dit assez dans le texte au sujet de la Svastika et du Tau. En vérité, l'on peut retrouver les traces de la croix jusque dans les profondeurs des insondables époques archaïques ! Le mystère qui l'enveloppe s'épaissit, plutôt qu'il ne s'éclaircit, lorsque nous la retrouvons sur les statues de l'Ile de Pâques, dans l'antique Egypte, dans l'Asie Centrale, gravée sur le roc, sous forme de Tau et de Svastika, dans la Scandinavie Pré-Chrétienne, partout enfin ! L'auteur de Source of Measures reste perplexe, en présence de l'Ombre sans fin qu'elle projette sur [IV 140] l'antiquité et il est incapable d'en faire remonter l'origine à une nation particulière ou à un homme donné. Il démontre que les Targums transmis par les Hébreux, sont obscurcis par la traduction. Dans Josué 291 lu en arabe et dans le Targum de Jonathan ; il est dit "Il crucifia le roi Ai sur un arbre."

La traduction de la Version des Septantes est suspendue pour un double mot ou une croix (Wordsworth sur Josué)... La plus étrange expression de ce genre se trouve dans les Nombres (XXV, 4) où elle est traduite, par Onkélos (?) par : "Crucifie-les devant le Seigneur (Jéhovah) contre le Soleil". Le mot est ici עקת, clouer sur, traduit avec raison (Fuerst) par la Vulgate, par crucifier. La construction même de cette phrase est mystique 292.

C'est ainsi, mais l'esprit de la phrase a toujours été mal compris. "Crucifier devant (non pas contre) le Soleil" est la phrase employée dans l'Initiation. Elle vient d'Egypte et, primitivement, des Indes. L'énigme ne peut être déchiffrée qu'en en cherchant la clef dans les Mystères de l'Initiation. L'Adepte Initié, qui avait subi avec succès toutes les épreuves, était attaché, non pas cloué, mais simplement lié, sur une couche en forme de  Tau  (T)  en  Egypte ;  en  forme  de  Svastika  sans  les prolongements additionnels (+ et non ) aux Indes,  puis  plongé  dans  un profond sommeil – le "Sommeil de Siloam" comme l'appellent jusqu'à présent les Initiés de l'Asie Mineure, de la Syrie et même de la Haute-Egypte. Il était laissé dans cet état pendant trois jours et trois nuits, période pendant laquelle son Ego Spirituel était considéré comme "causant" avec les "Dieux", comme descendant dans le Hadès, l'Amenti, ou Pâtâla –  suivant le pays – et comme accomplissant des œuvres charitables en faveur des Etres invisibles, Ames d'hommes ou Esprits Elémentaux ; pendant tout ce temps son corps restait dans la crypte d'un temple ou dans une caverne souterraine. En Egypte, ce corps était placé dans le Sarcophage de la Chambre du Roi de la Pyramide de Chéops et, pendant la nuit  qui précédait le troisième jour, il était transporté à l'entrée de la galerie, où, à une certaine heure, les rayons du Soleil levant éclairaient la figure du Candidat en catalepsie, qui s'éveillait pour être initié par Osiris et Thot, le Dieu de Sagesse.

290 Exode, XII, 22.

291 VII, 29.

292 Op. cit., p. 204.

 

Que le lecteur  qui  met  ce  récit  en  doute  consulte  les  originaux [IV 141] Hébreux, avant de nier. Qu'il se reporte à quelques bas-reliefs égyptiens très suggestifs et, spécialement, à l'un de ceux qui se trouvent dans le temple de Philae et qui représente une scène de l'Initiation. Deux Dieux-Hiérophantes, l'un avec une tête de faucon (le Soleil), l'autre avec une tête d'Ibis (Mercure, Thot, le Dieu de Sagesse et du Savoir Occulte, l'assesseur d'Osiris-Soleil), se tiennent au-dessus du corps d'un Candidat qui vient d'être initié. Ils sont en train de verser sur sa tête un courant d' "Eau" (l'Eau de la Vie et de la Renaissance) et les courants sont entrelacés en forme de croix et pleins de petites croix ansées. C'est une allégorie du réveil du Candidat, qui est désormais un Initié, lorsque les rayons du Soleil du matin, Osiris, frappent le sommet de sa tête ; son corps en catalepsie étant placé sur son Tau de bois, de façon à recevoir les rayons. Alors apparaissaient les Hiérophantes-Initiateurs et les paroles sacramentelles étaient prononcées, ostensiblement adressées au Soleil- Osiris, mais, en réalité, à l'Esprit-Soleil interne, illuminant l'homme nouvellement né.

 Que le lecteur médite sur le rapprochement entre le Soleil et la croix, dès la plus haute antiquité, dans sa double capacité génératrice et spirituellement régénératrice. Qu'il examine la tombe de Baite-Oxly, sous le règne de Ramsès II, et il y découvrira des croix de toutes les formes et dans toutes les positions, de même que sur le trône de ce souverain et enfin sur un fragment provenant de la Salle des Ancêtres de Touthmès III et représentant l'adoration de Bagkan-Aléaré, qui se trouve à la Bibliothèque Nationale de Paris. Cette sculpture et cette peinture extraordinaires représentent le disque du Soleil rayonnant sur une croix ansée, placée elle- même sur une croix dont celles du Calvaire sont de parfaites copies. Les manuscrits en font mention comme des "rudes couches de ceux qui étaient en travail (spirituel) dans l'acte de se donner naissance à eux-mêmes". Une quantité de ces "couches" cruciformes, sur lesquelles les Candidats, plongés dans une profonde catalepsie à la fin de leur suprême Initiation, étaient placés et fixés, furent découvertes dans les salles souterraines des temples égyptiens, après leur destruction. Les vénérables et saints Pères du type de Cyrille et de Théophile en faisaient librement usage, pensant qu'elles avaient été apportées et cachées là par de nouveaux convertis. Origène seul et après lui Clément d'Alexandrie et d'autres ex-initiés, en savaient davantage, mais ils préférèrent garder le silence.

Que le lecteur lise aussi les "fables" hindoues, comme les [IV 142] appellent les Orientalistes et qu'il se souvienne de l'allégorie de Vishvakarmâ, la Puissance Créatrice, le Grand Architecte du Monde, appelé dans le Rig Véda, le "Dieu qui voit tout", qui "se sacrifie à lui- même". Les Egos Spirituels des mortels sont sa propre essence et, par suite, ne font qu'un avec lui. Souvenez-vous qu'il est appelé Déva- vardhika, le "constructeur des Dieux" et que c'est lui qui attache le Soleil, Soûrya, son beau-fils, sur son tour – dans l'allégorie exotérique, mais sur la Svastika dans la tradition Esotérique, car, sur la Terre, il est le Hiérophante-Initiateur – et tranche une partie de son éclat. Vishvakarmâ, souvenez-vous en aussi, est le fils de Yoga-siddhâ, c'est-à-dire du saint pouvoir de la Yoga et le fabricant de "l'arme flamboyante", de la magique Agneyâstra 293. Le récit est donné ailleurs d'une façon plus complète.

293 Voyez le Hindû Classical Dictionary de Dowson.

 

L'auteur de l'ouvrage cabalistique si souvent cité, s'exprime ainsi :

 L'emploi théorique du crucifiement doit donc avoir certains rapports avec la personnification de ce symbole (la structure du Jardin du Paradis symbolisée par un homme crucifié). Mais comment ? Et pour représenter quoi ? Le symbole était celui de l'origine des mesures, laissant vaguement apparaître la loi créatrice et le dessein. Que pouvait pratiquement indiquer le réel crucifiement, en ce qui concerne l'humanité ? Cependant, le fait qu'il était considéré comme l'effigie d'une mystérieuse action du même système, résulte de l'emploi même que l'on en faisait. La mystérieuse action de ces valeurs numériques, semble se dissimuler dans des abîmes de plus en plus profonds – (le symbole des rapports qui existent entre 113 : 355 et 6561 : 20612 représenté par un homme crucifié). Non seulement il est démontré que leur action s'exerce dans le cosmos, mais... par sympathie, elles semblent faire naître des conditions se rapportant à un monde invisible et Spirituel et les prophètes paraissent avoir reçu la connaissance des liens qui s'y rattachent. La réflexion paraît plus pénétrante lorsque l'on considère que la puissance d'expression exacte de la loi, au moyen de nombres définissant clairement un système, ne fut pas le  résultat d'un accident de langage, mais constituait son essence même et sa construction organique primordiale.  C'est pourquoi, ni le langage, ni le système mathématique qui s'y rattache, n'ont dû être inventés par l'homme à moins d'être tous deux basés sur un langage antérieur qui plus tard tomba en désuétude 294.

L'auteur en donne la preuve par des explications complémentaires et révèle la signification secrète du sens littéral de plus [IV 143] d'un récit, en établissant que, probablement, שיא, homme, fut le mot primordial :

Le tout premier mot possédé par les Hébreux, quels qu'ils fussent, pour suggérer, au moyen du son, l'idée d'un hommeL'essentiel de ce mot était 113 (la valeur numérique de ce mot) dés le début et comportait les éléments du système cosmique manifesté 295.

294 The Source of Measures, p. 204.

295 Ibid., p. 205.

296 Voyez le Hindû Pantheon de Moor, où le pied gauche de Vittoba porte, dans la représentation de son idole la marque des clous.

 

Ceci est établi par le Vittoba hindou, une forme de Vishnou, comme nous l'avons déjà exposé. La figure qui représente Vittoba jusque et y compris les marques des clous sur les pieds 296, est celle de Jésus crucifié, dans tous ses détails, sauf la croix.

Ce qui prouve une fois de, plus que cette figure représentait l'homme, c'est le fait que l'Initié renaissait après son crucifiement sur l'Arbre de la vie. Cet "arbre" – en raison de son emploi par les Romains comme d'un instrument de torture et par suite de l'ignorance des premiers organisateurs chrétiens est exotériquement devenu l'arbre de la mort.

Ainsi, l'un des sept sens Esotériques que sous-entendait ce mystère de crucifiement, dans l'esprit des inventeurs mystiques de ce système – et dont l'élaboration et l'adoption remontent à l'époque même de l'institution des Mystères – est découvert dans les symboles géométriques contenant l'histoire de l'homme. Les Hébreux – dont le prophète Moïse était si versé dans la Sagesse Esotérique de l'Egypte et qui empruntèrent leur système numérique aux Phéniciens et plus tard aux Gentils, auxquels ils empruntèrent aussi la majeure partie de leur Mysticisme Cabalistique – adaptèrent très ingénieusement les symboles cosmiques et anthropologiques des nations "Païennes" à leurs propres  traditions secrètes. Si la classe sacerdotale chrétienne a aujourd'hui perdu la clef de ceci, les premiers compilateurs des Mystères Chrétiens étaient très versés dans la Philosophie Esotérique et dans la Métrologie occulte des Hébreux et s'en servaient avec dextérité. Ils prenaient ainsi le mot Aish, une des formes hébraïques du mot homme et l'employaient conjointement avec le mot Shânâh ou année lunaire, qui se rattache d'une façon si mystique au nom de Jéhovah, le "Père" supposé de Jésus et incorporèrent l'idée mystique dans une valeur et une formule astronomique.

L'idée originale de l' "homme crucifié" dans l'espace, appartient certainement aux anciens Hindous. Moor démontre ceci [IV 144] dans son Hindu Pantheon, dans les gravures qui représentent Vittoba.  Platon l'adopta dans sa croix décussée dans l'espace, la X, le "second Dieu qui s'imprima sur l'univers sous la forme de la croix" ; on nous montre de même Krishna "crucifié" 297. Cela se trouve encore répété dans l'Ancien Testament, dans la curieuse injonction de crucifier les hommes devant le Seigneur, le Soleil – ce qui n'est nullement une prophétie, mais a une signification directement phallique. Dans le même ouvrage très suggestif sur les significations cabalistique, nous lisons encore ceci :

Dans le symbole, les clous de la croix ont leurs têtes en forme d'une solide pyramide et les clous eux-mêmes ont une tige carrée et terminée en pointe, en forme d'obélisque, ou emblème phallique. Si l'on considère la position des trois clous, fixant les extrémités de l'homme sur la croix, on constate qu'ils forment ou indiquent un triangle à chacun des sommets duquel se trouve un clou. Les plaies, ou stigmates, des extrémités, sont nécessairement au nombre de quatre et désignent le carré... Les trois clous et les trois plaies forment un total de 6, qui indique les 6 faces du cube déployé (qui constitue la croix ou la forme de l'homme, ou 7, en comptant trois carrés horizontaux et quatre carrés verticaux), sur lequel l'homme est placé et celui-ci, à son tour, suggère l'idée de la mesure circulaire transportée sur les bords du cube. La plaie unique des pieds se divise en deux lorsque les pieds sont séparés, formant ensemble trois en tout et quatre une fois séparés, ou 7 en tout – autre nombre basique  féminin  très  saint  (pour les Juifs) 298.

297 Voyez Monumental Christianity du Dr. Lundy, fig. 72.

298 Source of Measures, p. 52.

 

Ainsi, tandis que la signification phallique ou sexuelle des "clous du crucifiement est établie par l'interprétation géométrique et numérique, leur sens mystique est indiqué par les brèves remarques faites ci-dessus et qui établissent un rapport entre eux et Prométhée. Celui-ci est une autre victime, car il est crucifié sur la Croix d'Amour, sur le roc des passions humaines ; sacrifice dû à son dévouement à la cause de l'élément spirituel de l'Humanité.

Or, le système primordial, le double glyphe caché sous l'idée de la croix, n'est pas une "invention humaine", parce qu'il a pour base l'Idéation Cosmique et la représentation spirituelle de l'Homme-Ego Divin. Plus tard il s'élargit et devint la belle idée adoptée et représentée dans les Mystères, celle de l'homme régénéré, du mortel qui, en crucifiant l'homme de chair et ses passions sur le lit de torture de Procuste, naquit à nouveau comme [IV 145] Immortel. Laissant derrière lui le corps, l'homme animal, attaché sur la Croix de l'Initiation, comme une chrysalide vide, l'Ame-Ego devint aussi libre qu'une abeille. Plus tard encore, par suite de la perte graduelle de la spiritualité, la croix finit par n'être plus, dans la Cosmogonie et l'Anthropologie, qu'un symbole phallique.

Pour les Esotéristes des époques les plus reculées, l'Ame Universelle ou Anima Mundi, le reflet matériel de l'Idéal Immatériel, était la Source de la Vie de tous les êtres et du Principe Vital des trois règnes. Celui-ci était considéré comme septénaire par les Philosophes Hermétiques, ainsi que par tous les Anciens. Il est, en effet, représenté sous forme d'une croix septuple, dont les branches sont respectivement, la lumière, la chaleur, l'électricité, le magnétisme terrestre, la radiation astrale, le mouvement et l'intelligence, ou ce que certaines personnes appellent la soi-conscience.

Comme nous l'avons dit ailleurs, bien longtemps avant que la croix ou son signe ne fussent adoptés comme symbole du Christianisme, le signe de la croix était employé comme signe de reconnaissance parmi les  Adeptes et les Néophytes et ces derniers étaient appelés Chrests – de Chrestos, l'homme des tribulations et du chagrin. Eliphas Lévi dit :

Le signe de la croix adopté par les Chrétiens ne leur appartient pas exclusivement. Il est également cabalistique et représente les oppositions et l'équilibre quaternaire des éléments. Nous voyons par le verset occulte du Pater... qu'il y avait à l'origine deux manières de le faire, ou, du moins, deux formules bien différentes pour le caractériser : une réservée aux prêtres et aux initiés ; l'autre donnée aux néophytes et aux profanes. Ainsi, par exemple, l'initié, portant sa main à son front, disait : A toi, puis il ajoutait, appartiennent et continuait, en portant sa main à sa poitrine : le royaume ; puis, à l'épaule gauche, la justice et à l'épaule droite et la miséricorde. Puis on joignait alors les mains en ajoutant : dans les cycles générateurs – Tibi sunt Malchut et Geburah et Chassed per Æonas – signe de croix absolument et magnifiquement cabalistique, que les Profanations du Gnosticisme ont fait perdre complètement à l'Eglise militante et officielle 299.

L'Eglise militante et officielle" fit plus : ayant fini par atteindre ce qui ne lui avait jamais appartenu, elle se contenta de prendre ce qu'avait le "Profane" – la signification cabalistique des Séphiroths mâle et femelle. Elle n'a jamais perdu la signification intime et supérieure, attendu qu'elle ne l'avait [IV 146] jamais connue – en dépit de la complaisance d'Eliphas Lévi envers Rome. Le signe de la croix adopté par l'Eglise Latine était phallique dés le début, tandis que celui des Grecs n'était autre que la croix des néophytes, des Chrestoï.

 299 Dogme et Rituel de la Haute Magie, II, 88.

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