MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

LA CLEF DE LA THEOSOPHIE

ÉTERNITÉ DE LA RÉCOMPENSE ET DU CHATIMENT

ÉTERNITÉ DE LA RÉCOMPENSE ET DU CHATIMENT

NIRVANA

 

Question – Je suppose qu'il n'est pas même nécessaire de vous demander si vous croyez aux dogmes Chrétiens du Paradis et de l'Enfer, ou aux récompenses et aux punitions futures, telles qu'elles sont enseignées par les Eglises orthodoxes ?

 Réponse – Nous les rejetons entièrement, telles qu'elles se trouvent décrites dans nos catéchismes ; et ce que nous refusons d'accepter, avant tout, c'est leur éternité. Mais nous croyons fermement à ce que nous appelons la Loi de la Rétribution, ainsi qu'à la justice et à la sagesse [156] absolues qui dirigent cette Loi, ou ce Karma. Nous repoussons, par conséquent, absolument la croyance cruelle, contraire à toute philosophie, d'un châtiment éternel ou d'une récompense éternelle. Nous disons avec Horace :

 "Que des lois soient déterminées pour contenir  notre rage ;

"Et punir nos fautes d'une façon qui leur soit proportionnée ; "

"Mais ne condamnez pas à être écorché vif celui qui n'a mérité que le fouet. "

Cette loi-là est juste et peut s'appliquer à tous les hommes. Faudrait-il croire que Dieu, que vous considérez comme l'incarnation de la Sagesse, de l'Amour et de la Miséricorde, ait moins de droit à ces attributs que l'homme mortel ?

Question – Avez-vous d'autres raisons pour rejeter ce dogme ?

Réponse – Notre raison principale se trouve dans le fait même de la Réincarnation. Comme nous l'avons déjà dit, nous n'admettons pas qu'une âme nouvelle soit créée pour chaque enfant nouvellement né. Nous croyons que chaque être humain est le porteur, ou le Véhicule, d'un Ego co-existant avec chaque autre Ego ; parce que tous les Egos sont de la même essence, et appartiennent à l'émanation primordiale d'un seul Ego infini et universel. Platon appelle cet Ego le Logos (ou le second Dieu manifesté), et nous l'appelons le principe divin manifesté, qui est UN avec l'Intelligence [157] ou l'Ame universelle ; et ce n'est pas le Dieu anthropomorphe, extra-cosmique et personnel, auquel croient la plupart des Théistes. Veuillez ne pas confondre.

Question – Mais, du moment que vous acceptez un principe manifesté, où est donc la difficulté d'admettre que l'âme de chaque nouveau mortel est créée par ce Principe, comme l'ont été toutes les Ames créées auparavant ?

 Réponse – Parce que ce qui est impersonnel ne peut  guère créer, penser et faire un plan, d'après sa volonté et son bon plaisir. Loi universelle, immuable dans les manifestations périodiques de sa propre Essence, par radiation, au commencement de chaque cycle de vie, ce Principe n'est pas censé créer des hommes, pour se repentir quelques années plus tard de les avoir créés. Si nous croyons à un principe divin, il faut que ce soit un principe d'harmonie, de logique et de justice absolues, aussi bien que d'amour, de sagesse et d'impartialité absolus ; Et un Dieu qui créerait chaque âme pour l'espace d'une courte vie, sans s'inquiéter du fait que cette âme doit animer le corps d'un homme heureux et riche ou celui d'un pauvre malheureux voué à la souffrance depuis sa naissance jusqu'à sa mort, sans avoir mérité un sort aussi cruel – un tel Dieu serait bien plutôt un démon sans intelligence qu'un Dieu (Voyez plus loin "Châtiments de l'Ego"). Les philosophes Juifs eux-mêmes, fidèles à la Bible Mosaïque [158] (ésotérique, naturellement), n'ont jamais admis une chose semblable ; et ils croyaient, de plus, comme nous, à la Réincarnation.

Question – Pourriez-vous m'en citer des preuves ?

Réponse  –  Certainement.  Philon  le  Juif  dit  dans  "De  Somniis" (p.455) : "L'air en est plein (d'âmes) ; celles qui sont les plus rapprochées de la terre, descendant, afin d'être unies à des corps mortels, παλινδροŭσι αũθις, retournent à d'autres corps, dans lesquels elles sont désireuses de vivre. " Dans le Zohar, l'âme est représentée plaidant devant Dieu la cause de sa liberté : "Seigneur de l'Univers ! Je suis heureuse en ce monde, et je ne désire point aller dans un autre monde, où je serai une servante, et exposée à toutes sortes de souillures 25. " La réponse de la Déité  renferme la doctrine de la nécessité inévitable, cette loi éternelle et immuable : "Tu deviendras de nouveau embryon contre ta volonté, et tu naîtras de nouveau contre ta volonté 26". La lumière serait incompréhensible, si les ténèbres n'existaient pas pour établir le contraste ; le bien ne serait plus le bien, si le mal n'en montrait pas la valeur inappréciable ; et, de la même façon, la vertu personnelle n'aurait aucun mérite, si elle n'avait pas traversé la fournaise de la tentation. La Déité cachée seule est éternelle, seule ne change point, [159] c'est-à-dire, que, ce qui a eu un commencement ou doit avoir une fin, ne peut rester stationnaire. Il faut progresser ou rétrograder ; et l'âme, soupirant après la réunion avec son Esprit, qui seul  peut lui donner l'immortalité, doit se purifier par des transmigrations cycliques qui la conduisent vers le seul pays de bonheur et de repos éternel, appelé  dans le  Zohar

"Le  Palais  de l'Amour"

אהבה

הינל ; 

dans  la  Religion hindoue,"Moksha" ; chez les Gnostiques, "Le Plérome de la Lumière Eternelle" ; et par les Bouddhistes, "Nirvana". Et tous ces états ne sont pas éternels, mais temporaires.

Question – Mais, dans tout cela, il n'a pas été question de Réincarnation.

Réponse – Une âme qui demande de pouvoir rester où elle est, doit avoir déjà existé et ne peut pas avoir été créée pour l'occasion. Mais il y a encore une meilleure preuve dans le Zohar (vol. III. p 61). Il est dit, au sujet des Egos réincarnants (les âmes rationnelles), dont la dernière personnalité est condamnée à disparaître entièrement : "Toutes les âmes qui, au ciel, se sont éloignées du Saint – que son nom soit béni ! – se sont précipitées elles-mêmes dans un abîme, dès le moment de leur existence, et ont anticipé (époque vers laquelle il leur faudra redescendre sur la terre. " Ici, "le Saint" signifie ésotériquement Atman, ou Atma-Buddhi.

Question – Ce qui est fort étrange, c'est de voir [160] que Nirvana est employé dans le même sens que le Royaume des Cieux, ou le Paradis, tandis que, d'après chaque Orientaliste de renom, Nirvana est synonyme d'annihilation !

Réponse – Dans un sens littéral, pour ce qui concerne la personnalité et la matière différenciée, oui ; mais dans aucun autre sens. Plusieurs des premiers Pères chrétiens partageaient ces mêmes idées sur  la Réincarnation et sur la trinité de l'homme. Tous ces malentendus ont été occasionnés par la confusion faite entre Ame et Esprit par les traducteurs du Nouveau Testament et des anciens traités de philosophie. C'est encore une des raisons pour lesquelles Bouddha, Plotin et tant d'autres Initiés, sont accusés, maintenant, d'avoir souhaité l'extinction complète de leur âme ; "l'absorption dans la Déité", ou "la réunion avec l'âme Universelle", signifiant annihilation, d'après les idées modernes. Il faut, naturellement, que l'âme personnelle se désintègre en particules, avant de pouvoir unir, pour toujours, ce qu'il y a de plus pur dans son essence avec l'Esprit immortel. Mais les traducteurs des Actes et des Épîtres, qui fondèrent la doctrine du Royaume des Cieux, et les commentateurs modernes de la Sutra Bouddhiste de la Fondation du Royaume de Justice, ont complètement altéré la pensée du grand apôtre du Christianisme, ainsi que celle du grand réformateur de l'Inde. Les traducteurs des Actes et des Epîtres ont passé le [161] mot Ψuχιиος, ce qui fait que le lecteur ne se doute pas qu'il est question de l'âme ; et, par cette confusion entre l'âme et l'esprit, les lecteurs de la Bible n'obtiennent qu'une notion absolument fausse à ce sujet. D'un autre côté, les interprètes de Bouddha n'ont compris ni la signification ; ni le but, des quatre degrés Bouddhistes de Dhyâna. Que disent les Pythagoriciens : "Cet esprit, qui donne la vie et le mouvement et qui participe de la lumière, peut-il être anéanti ?" Et les occultistes ajoutent : "Ne serait-il pas impossible que même cet esprit sensitif des bêtes, qui exerce la mémoire, une des facultés de la raison, pût mourir et être réduit à rien ?" Selon la philosophie Bouddhiste, annihilation ne signifie pas autre chose que dispersion de la matière, sous quelque apparence de forme qu'elle ait paru, car tout ce qui revêt une forme est temporaire, est, aussi, par conséquent, une illusion. Dans l'éternité, les périodes les plus longues ne durent pas plus qu'un clignement d'yeux. Il en est de même de la forme ; avant que nous ayons eu le temps de nous rendre compte que nous l'avons vue, elle a disparu avec la rapidité de l'éclair, et elle a passé pour toujours. Lorsque l'Entité Spirituelle s'affranchit pour toujours de toute particule de matière, de substance ou de forme et redevient un souffle Spirituel – c'est alors seulement qu'elle entre dans le Nirvana éternel, qui ne change jamais et qui dure, aussi longtemps que le Cycle de vie a [162] duré : une Eternité, vraiment. Et ce souffle, qui existe en esprit, n'est rien, parce qu'il est tout ; comme forme ou comme apparence quelconque, il est complètement anéanti ; mais comme Esprit absolu, il est, car il est devenu l'Etre même 27. Lorsqu'il s'agit de l' "âme", prise dans le sens d'Esprit, l'expression : "absorbée dans l'Essence universelle", signifie "union avec"... ; il ne peut jamais être question d'annihilation, car cela voudrait dire séparation éternelle.

25 "Zohar" Vol. II, page 96.

26 "Mishna" (Aboth, Vol. IV, page 29)

 27 En anglais Be-ness, littéralement l'Etre-té (N. D. T. ).

 

Question – Mais votre langage même ne vous expose-t-il pas à l'accusation de prêcher l'annihilation ? Vous venez de dire, au sujet de l'Ame de l'homme, qu'elle retourne à ses éléments primordiaux !

 Réponse – Vous oubliez que je vous ai donné les différentes significations du mot "Ame", et démontré la façon vague dans laquelle le terme Esprit" a été traduit jusqu'ici. Nous parlons d'une Ame animale, d'une Ame humaine et d'une Ame spirituelle ; et nous distinguons entre elles. Platon, par exemple, appelle "Ame rationnelle", en y ajoutant, toutefois "spirituelle", ce que nous appelons Buddhi ; mais il appelle Esprit, Nous, ce que nous appelons l'Ego réincarnant, Manas ; tandis que nous n'employons le terme Esprit, lorsqu'il n'est accompagné d'aucune qualification, que pour désigner Atma seul. Pythagore [163] ne fait que répéter notre doctrine archaïque, lorsqu'il constate que l'Ego (Nous) est éternel avec la Déité ; que l'âme seule doit passer par divers degrés pour atteindre l'excellence divine, tandis que Thumos retourne à la terre, et que Phren même, le Manas inférieur, est éliminé. Platon définit encore l'Ame (Buddhi), comme "le mouvement qui est capable de se mouvoir par soi- même". "L'Ame", ajoute-t-il (Lois X), "est la plus ancienne de toutes les choses, et le commencement du mouvement" ; désignant de cette façon Atma-Buddhi par "âme", et Manas par "Esprit", ce que nous ne faisons pas.

"L'Ame naquit avant le corps ; et le corps vient ensuite et est secondaire, parce que, suivant les lois de la nature, il est dominé par l'Ame dominante." "L'Ame, qui dirige toutes les choses qui se meuvent de toute manière, dirige aussi les cieux. "

"L'Ame conduit donc tout au ciel, et sur la terre, et dans la mer, par ses mouvements, qui ont pour noms : vouloir, considérer, prendre soin, consulter, se former des opinions vraies ou fausses, être dans un état de joie, de douleur, de confiance, de crainte, de haine, d'amour, avec tous les principaux mouvements qui s'y rapportent… Elle-même une Déesse, elle s'allie toujours à Nous, un Dieu, et gouverne toutes choses justement et heureusement ; mais lorsqu'elle s'allie à Anoia – et non pas à Nous – c'est le contraire qui arrive. " [164]

L'existence négative, dans ce langage, comme dans les textes Bouddhistes, est considérée comme existence  essentielle. L'Annihilation est traitée par une exégèse semblable. L'état positif est l'être essentiel, mais sans manifestation. Quand, en langage Bouddhiste, l'Esprit entre en Nirvana, il perd son existence objective, mais conserve son être subjectif  ; ce qui, pour les intelligences objectives, devient le Rien absolu ; Et pour les intelligences subjectives, RIEN 28 ; ce qui signifie qu'il n'y a plus rien qui puisse être apprécié par les sens. Ainsi, le Nirvana des Bouddhistes représente la certitude de l'immortalité individuelle, en Esprit, mais non point celle de l'Ame, qui, bien qu'elle soit "la plus ancienne de toutes les choses", est, néanmoins, avec tous les autres Dieux, une émanation finie, en formes et en individualité, sinon en Substance.

Question – Je ne saisis pas encore bien cette idée, et je vous serai reconnaissant si vous pouviez me l'expliquer au moyen de quelque comparaison.

Réponse – C'est, évidemment, très difficile à comprendre, surtout pour ceux qui ont été élevés dans les idées orthodoxes adoptées par l'Eglise Chrétienne. Je vous dirai de plus que, à moins d'étudier à fond  les fonctions séparées attribuées [165] à tous les "principes" humains, et l'état de ces principes après la mort, vous ne réussirez guère à comprendre notre philosophie Orientale.

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