MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

LA CLEF DE LA THEOSOPHIE

POURQUOI NE NOUS SOUVENONS-NOUS PAS DE NOS VIES PASSÉES ?

POURQUOI NE NOUS SOUVENONS-NOUS PAS DE NOS VIES PASSÉES ?

 

Question – Vous m'avez donné un coup d'œil général des sept principes ; d'après ces principes, comment expliquez-vous que nous ayons entièrement perdu le souvenir d'avoir déjà vécu ?

Réponse   –   Très   facilement.    Puisque   ces   "principes",    que   nous appelons physiques et dont la science ne refuse pas l'existence, bien qu'elle les [180] désigne sous d'autres noms 32, sont désintégrés après la mort, avec leurs éléments constituants, la mémoire disparaît avec le cerveau dont elle se servait, et cette mémoire disparue d'une personnalité disparue ne peut ni se souvenir de quelque chose ni se le rappeler, lors d'une réincarnation suivante de l'Ego. Car le fait de la réincarnation signifie que cet Ego sera pourvu d'un nouveau corps, d'un nouveau cerveau, et d'une nouvelle mémoire. Il serait donc tout aussi absurde de s'attendre à ce que cette mémoire se souvint de ce qu'elle n'a jamais enregistré, qu'il serait inutile d'examiner au microscope la chemise qu'un meurtrier n'aurait jamais portée, afin d'y chercher les traces de sang qui ne peuvent se trouver que sur les habits dont il était vêtu. Ce n'est pas la chemise propre qu'il faut examiner, mais les vêtements portés, lorsque le crime a été commis ; et si ces vêtements sont brûlés ou détruits, comment vous les procurerez-vous ?

Question – Ah ! voilà : – comment acquérir la certitude que le crime ait jamais été commis, ou que "l'homme à la chemise propre" ait jamais vécu auparavant ? [181]

Réponse – Ce ne sera certes ni au moyen de procédés physiques, ni en comptant sur le témoignage de ce qui n'existe plus. Pourtant, nos lois si sages reconnaissent, et plus même qu'elles ne le devraient, peut-être, le témoignage des circonstances. Afin de se convaincre du fait de la Réincarnation et de l'existence de nos vies passées, ce n'est pas avec notre mémoire fugitive, mais avec notre Ego réel et permanent, qu'il faut nous mettre en rapport

32 Savoir, le corps, la vie, les instincts des passions et de l'animalité et l'eidolon astral de chaque homme (vu soit dans la pensée, soit par l'œil de l'intelligence, ou bien encore objectivement, c'est-à- dire séparé du corps physique) ; Nous appelons ces principes Sthula Sarira, Prana Kama-rupa et Linga-Sarira (Voyez plus haut).

 

Question – Mais comment peut-on croire à ce que l'on ignore ou à ce que l'on n'a jamais vu ; et, ce qui est plus impossible encore, comment établir un rapport en de telles circonstances ?

Réponse – Si les personnes les plus érudites peuvent croire à la Pesanteur, à l'Ether, à la Force, et à je ne sais combien d'autres abstractions et "hypothèses" de la Science, qu'elles n'ont ni vues, ni touchées, ni senties, ni entendues, ni goûtées, pourquoi d'autres personnes ne pourraient-elles pas, d'après le même principe, croire à notre Ego permanent, "hypothèse" infiniment plus importante et plus logique que toutes les autres ?

Question – Mais, enfin, quel est ce principe mystérieux et éternel ? Ne pouvez-vous en expliquer la nature, de façon à la rendre compréhensible à tout le monde ?

Réponse – C'est l'Ego qui se réincarne, le "Moi" individuel et immortel, pas personnel ; en [182] un mot, le véhicule de la Monade Atma-Buddhi, ce qui est récompensé en Dévakhan et puni sur la terre ; enfin, ce à quoi ne s'attache que la seule réflexion des Skandhas et des attributs de chaque incarnation 33.

33 Il y a, d'après les enseignements Bouddhistes, cinq Skandhas ou attributs : "Rupa (la forme ou le corps), qualités matérielles ; Vedana, sensation ; Sunna, idées abstraites ; Samkhara tendances de l'intelligence ; Vinnana, facultés mentales. Voilà ce dont nous sommes formés, ce qui établit en nous la conscience de l'existence et ce qui nous met en relation avec le monde qui nous entoure.

34 Par H. S. Olcott, Président et fondateur de la Société Théosophique. Le Révérend H. Sumangala, grand Prêtre de Sripada et Galle, Principal du Widyodaya l'arivena (collège) de Colombo, reconnaît l'exactitude de cet enseignement, et le déclare d'accord avec le canon de l'Église Bouddhiste du Sud.

 

Question – Que voulez-vous dire par Skandhas ?

Réponse – Ce que je viens de dire : "les attributs", et, parmi eux, la mémoire, qui tous périssent comme des fleurs, ne laissant derrière eux qu'un ''faible parfum". Voici, à ce sujet, un paragraphe du Catéchisme Bouddhiste 34 de H. S. Olcott, qui s'exprime de la façon suivante : "L'homme âgé, bien que changé physiquement et mentalement, se rappelle les incidents de sa jeunesse. Pourquoi, dans ce cas, le souvenir de nos vies antérieures ne passe-t-il pas de notre dernière naissance à notre naissance actuelle ? Parce que la mémoire fait partie des Skandhas ; et que les Skandhas ayant [183] subi un changement avec la nouvelle existence, il se développe  aussi  une  nouvelle  mémoire  pour  servir  de  registre  à  cette existence. Pourtant, la commémoration ou la réflexion de toutes les vies passées doit survivre, puisque, lorsque le prince Siddhârta devint Bouddha, la série entière de ses naissances antérieures lui apparut et tout homme qui arrive à l'état de Jhana peut ainsi retrouver rétrospectivement la trace de ses vies. " Voilà, ce qui vous prouve que, tandis que les qualités éternelles de la personnalité, telles que l'amour, la bonté, la charité, etc., s'attachent à l'Ego immortel sur lequel elles photographient, pour ainsi dire, une image permanente de l'aspect divin de l'homme qui n'est plus, ses Skandhas matériels (ceux qui produisent les effets Karmiques les plus saillants) sont aussi fugitifs que la lueur de l'éclair, et ne peuvent graver aucune impression sur le nouveau cerveau de la nouvelle personnalité – ce qui, toutefois, n'enlève absolument rien à l'identité de l'Ego réincarnant.

Question – Entendez-vous par là que la seule chose qui survive soit la mémoire de l'âme, comme vous l'appelez, puisque cette âme ou cet Ego n'est qu'un seul et même être, tandis qu'il ne reste rien du tout de la personnalité ?

Réponse – Ce n'est pas tout à fait cela ; à moins qu'il ne s'agisse d'un homme absolument matérialiste, dont la nature soit close de façon à ne pas laisser passer un seul rayon spirituel, il faut [184] que quelque chose de la personnalité survive, afin de laisser une impression éternelle sur le Soi permanent et réincarnant ou Ego Spirituel 35 (Voyez "État de conscience après la mort et avant la naissance"). La personnalité et ses Skandhas changent à chaque nouvelle naissance ; comme nous l'avons déjà dit, cette personnalité n'est que le rôle que l'acteur (le véritable Ego) remplit pour un soir. Voilà pourquoi nous ne conservons point, sur le plan physique, la mémoire de nos vies passées, bien que l' "Ego" réel les ait vécues et les connaisse toutes.

35 Ou le Soi spirituel, par opposition au Soi personnel. Il ne faut pas confondre cet Ego spirituel avec le Soi SUPÉRIEUR", qui est Atma, le Dieu en nous, inséparable de l'Esprit universel.

 

Question – Comment se fait-il alors que l'homme réel ou spirituel ne grave pas cette connaissance dans le nouveau Moi" personnel ?

Réponse – Comment se fait-il que les servantes d'une pauvre ferme fussent capables de parler Hébreu et de jouer du violon, durant l'état somnambulique ou l'état de "transe", et ne se souvinssent de rien, lorsqu'elles revenaient à l'état normal ? Parce que, comme tous les vrais psychologistes de l'ancienne école (et non pas de l'école moderne) vous le diraient, l'Ego spirituel ne peut agir que lorsque l'Ego personnel est paralysé. Le "Moi" spirituel de l'homme est omniscient et possède toutes les connaissances ; tandis que le [185] soi personnel est la créature de son environnement et l'esclave de la mémoire physique. Si l'Ego spirituel pouvait se manifester sans interruption et sans obstacles, il n'y aurait plus d'hommes sur la terre, mais nous serions tous des dieux.

Question – Il doit, néanmoins, y avoir des exceptions ; il doit exister des personnes qui se souviennent.

Réponse – ET IL Y EN A. Mais qui croit à leurs récits ? Le matérialisme moderne regarde, en général, les sensitifs de ce genre comme des hystériques hallucinés, des enthousiastes timbrés, ou des blagueurs. Mais qu'ils lisent des ouvrages traitant de ce sujet, surtout Réincarnation, a Study of Forgotten Truth 36,par S. D. Walker, M. S. T. et ils y verront les, preuves nombreuses que cet auteur de talent a rassemblées à l'appui de cette question sans cesse contredite. Lorsque l'on parle de l'âme, il y a des personnes qui vous demandent : "Qu'est-ce que l'âme ? Avez-vous jamais pu prouver son existence ?" Il va sans dire qu'il est inutile de discuter un pareil sujet avec des matérialistes ; pourtant je leur demanderai, eux aussi : "Vous rappelez-vous ce que vous étiez ou ce que vous faisiez, comme petit enfant ? Avez-vous conservé le moindre souvenir de votre vie, de vos pensées ou de vos actions, avez-vous la moindre impression d'avoir même vécu, durant [186] les dix-huit premiers mois ou les deux premières années de votre existence ? Pourquoi alors, d'après ce même raisonnement, ne niez-vous pas tout simplement le fait d'avoir jamais été un petit enfant ?" Si nous ajoutons à tout ceci que l'individualité, ou Ego réincarnant, ne conserve, durant la période Dévakhanique, que l'essence de l'expérience de sa personnalité ou de sa vie terrestre passée, l'expérience physique tout entière étant in potenticia, ou, pour ainsi dire, traduite en formules spirituelles ; Si nous observons ensuite que la période qui s'écoule entre deux renaissances est estimée comprendre de 10 à 15 siècles, durant lesquels la conscience physique est entièrement et absolument inactive, puisqu'elle n'a pas d'organes pour agir et, par conséquent, pas d'existence – la raison de l'absence de tout souvenir, dans la mémoire purement physique, sera évidente.

 36 Histoire d'une Vérité oubliée (N. d. T. )

 

Question – Vous venez de dire que l'EGO SPIRITUEL est omniscient. Que devient donc cette omniscience tant vantée, durant sa vie Dévakhanique, comme vous l'appelez ?

Réponse – Elle est latente et potentielle durant cette période ; Avant tout, parce que l'Ego Spirituel (la réunion de Buddhi-Manas) n'est pas le Soi-Supérieur, qui, étant UN avec l'âme ou l'intelligence universelle, est seul omniscient ; et, ensuite, parce que Dévakhan est la continuation idéalisée de la vie terrestre qui vient de se terminer, une période de rétribution et de compensation [187] des torts et des souffrances immérités qui ont été endurés durant cette vie particulière. Cette omniscience n'existe que potentiellement en Dévakhan, et n'est active qu'en Nirvana, lorsque l'Ego est absorbé dans l'Ame-Intelligence Universelle. L'Ego redevient, cependant, à peu près omniscient, durant ces heures, sur la terre, où il est libéré des liens de la matière par certaines conditions anormales et certains changements physiologiques du corps. Vous en voyez des exemples frappants dans les somnambules dont nous avons parlé plus haut : une pauvre servante parlant Hébreu, et une autre jouant du violon. Ce qui ne veut pas dire que les explications de ces deux faits, données par la science médicale, ne contiennent aucune vérité ; car une de ces filles avait entendu, quelques années auparavant, son maître, un ecclésiastique,  lire  à haute voix des ouvrages Hébreux, tandis que l'autre avait entendu, à la ferme, un artiste jouer du violon. Mais aucune des deux n'aurait pu s'acquitter aussi parfaitement de ce qu'elle faisait, si elle n'avait pas été inspirée par CE qui est omniscient, à cause de l'identité de sa nature avec l'Intelligence Universelle. Dans l'un des cas, le principe supérieur agissait sur les Skandhas et les dirigeait ; dans l'autre, la personnalité étant paralysée, l'individualité se manifestait. Veuillez ne pas confondre les deux. [188]

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