MAITRE M

Les Enseignements du Maitre MORYA

LA DOCTRINE SECRETE VOL 2

SECTION III - SUBSTANCE PRIMORDIALE ET PENSEE DIVINE

SECTION III

SUBSTANCE PRIMORDIALE ET PENSEE DIVINE

 

De même qu'il serait déraisonnable d'affirmer que nous connaissons déjà toutes les causes existantes, il faut, si c'est nécessaire, pouvoir supposer un agent entièrement nouveau...

En présumant, ce qui n'est pas encore strictement exact, que l'hypothèse des ondes explique tous les faits, il nous reste à décider si elle démontre l'existence de l'éther ondulatoire. Nous ne pouvons pas affirmer positivement qu'aucune autre supposition n'expliquera les faits... Il est admis que l'hypothèse corpusculaire de Newton s'est brisée sur les Interférences ; et il n'y a actuellement pas de rival. Cependant il est très désirable, dans toutes les hypothèses de ce genre, de découvrir quelque confirmation accessoire, quelques preuves aliunde [ailleurs] de l'existence de l'Ether supposé... Quelques hypothèses consistent en suppositions au sujet du détail de la structure et des opérations des corps. Par la nature des choses, le bien-fondé de ces suppositions ne peut être directement prouvé. Leur seul mérite consiste à être de nature à exprimer les phénomènes. Ce sont des Fictions Représentatives.

Logic, par Alexandre BAIN, L.L.D., IIème  partie, pp. 131-132 (1873).

 

L'ETHER – cet hypothétique Protée, l'une des "fictions représentatives" de la Science moderne, qui fut, néanmoins, si longtemps accepté – est l'un des "principes" inférieurs de ce que nous appelons la Substance Primordiale (Akâsha, en sanscrit), l'un des rêves de jadis, qui est redevenu le rêve de la Science moderne. C'est la plus grande, comme c'est la plus hardie, parmi les spéculations des philosophes antiques ayant survécu. Pour les Occultistes, cependant, l'ETHER comme la Substance Primordiale sont des réalités. Bref, l'ETHER est la Lumière Astrale, et la Substance Primordiale est l'AKASHA, l'UPADHI de la PENSEE DIVINE.

Dans le langage moderne, on appellerait plutôt cette dernière l'IDEATION COSMIQUE, l'Esprit, et on donnerait à l'Ether le nom de SUBSTANCE COSMIQUE ou Matière. Cet Alpha et cet Oméga de l'Etre ne sont que les deux aspects de l'unique Existence Absolue. Dans l'antiquité on ne s'adressait jamais à l'Absolu, on ne le mentionnait même sous aucun nom, sauf dans les allégories. Dans la plus ancienne des races Aryennes, la race Hindoue, le culte des classes intellectuelles n'a jamais [II 31] consisté dans une adoration, si fervente qu'elle fût, des merveilles de la forme et de l'art, comme chez les Grecs, adoration qui aboutit, plus tard, à l'anthropomorphisme. Mais tandis que le philosophe grec adorait la forme et que le Sage hindou, seul, "percevait le rapport réel de la beauté terrestre et de la vérité éternelle", les ignorants de toutes les nations n'ont jamais compris, ni l'une ni l'autre.

Ils ne les comprennent pas même de nos jours. L'évolution de l'idée de Dieu a lieu concurremment avec la propre évolution intellectuelle de l'homme. C'est si vrai, que l'idéal le plus noble que puisse atteindre l'esprit religieux d'une époque semble n'être, aux yeux de philosophes de l'époque suivante, qu'une grossière caricature ! Les philosophes eux-mêmes avaient à être initiés à certains mystères de perception avant de pouvoir comprendre la véritable idée que se faisaient les anciens de cette question de haute métaphysique. Autrement – c'est-à-dire sans cette Initiation – la capacité intellectuelle de chaque penseur lui dirait : "tu iras jusque-là, mais pas plus loin", aussi clairement et aussi évidemment que la loi de Karma impose une limite au progrès de chaque nation, ou race, dans leur cycle. Sans Initiation, l'idéal de la pensée religieuse contemporaine aura toujours les ailes rognées et restera incapable d'un haut envol, car les penseurs idéalistes et réalistes et même les libres penseurs ne sont que le résultat et le produit naturel de leur propre milieu et de leur temps. L'idéal de chacun d'eux n'est que le résultat inévitable de son tempérament et le produit du degré de progrès intellectuel auquel est parvenue une nation, prise dans son ensemble. C'est pourquoi, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, les plus hautes envolées de la métaphysique Occidentale moderne sont restées bien au-dessous de la vérité. La plupart des spéculations Agnostiques sur l'existence de la "Cause Première" ne sont que du Matérialisme déguisé – il n'y a que la terminologie qui diffère. Un aussi grand penseur que M. Herbert Spencer lui-même parle parfois de "l'Inconnaissable" en termes qui prouvent l'influence fatale de la pensée matérialiste qui, semblable au sirocco mortel fane et flétrit toutes les théories ontologiques courantes.

[Par exemple, lorsqu'il appelle la "Cause  Première", "l'Inconnaissable", un "pouvoir qui se manifeste par des phénomènes" et une "énergie infinie et éternelle", il est clair qu'il n'a saisi que l'aspect physique du Mystère de l'Etre, les Energies de la Substance Cosmique seulement. L'aspect coéternel de l'UNIQUE REALITE, l'Idéation Cosmique, n'est absolument pas pris en considération et, quant à son Noumène, il ne semble pas exister dans l'esprit du grand penseur. Sans aucun doute, cette façon partiale de traiter le problème est [II 32] due, dans une large mesure, à la fâcheuse habitude que l'on a en Occident de subordonner la Conscience (à la matière) ou de le considérer comme un "sous-produit" du mouvement moléculaire.]

Depuis les premiers temps de la Quatrième Race, alors que l'on n'adorait que l'Esprit et que le Mystère se trouvait manifesté, jusqu'aux derniers jours de splendeur de l'art grec, à l'aube du Christianisme, les Hellènes seuls avaient osé élever publiquement un autel au "Dieu Inconnu". Quelle qu'ait pu être la pensée profonde de saint Paul lorsqu'il déclarait aux Athéniens que cet "Inconnu" qu'ils adoraient sans  le connaître était le vrai Dieu dont il annonçait la venue, cette Divinité n'était pas "Jéhovah" et n'était pas non plus "le créateur du monde et de toutes choses". Car ce n'est pas le "Dieu d'Israël", mais "l'Inconnu" des Panthéistes anciens et modernes, qui "n'habite pas dans des temples faits de mains d'hommes" 37.

37 Actes, XVII, 23, 24.

 

La Pensée Divine ne peut être définie ni sa signification expliquée sauf par les innombrables manifestations de la Substance Cosmique, dans laquelle cette pensée est perçue spirituellement par ceux qui en sont capables. Dire cela, après l'avoir dépeinte comme la Divinité Inconnue, abstraite, impersonnelle, sans sexe, qui doit être placée à la racine de toute Cosmogonie et à son évolution ultérieure, équivaut à ne rien dire du tout. C'est comme si l'on essayait de résoudre une équation transcendante de conditions en ne disposant, pour déterminer la valeur réelle de ses termes, que d'un certain nombre de quantités inconnues. Sa place se trouve dans les antiques chartes symboliques de jadis, où, comme nous l'avons déjà dit, elle est représentée par des ténèbres infinies, sur la surface desquelles apparaît, en blanc, le premier point central – symbole de l'Esprit-Matière contemporain et coéternel faisant son apparition dans le monde phénoménal, avant sa première différenciation. Lorsque "l'Unique devient Deux", on peut alors le qualifier d'Esprit et de Matière. On peut attribuer à "l'Esprit" chaque manifestation, de Conscience, réfléchie ou directe, et "l'intention inconsciente adopter une expression moderne qu'emploie la prétendue philosophie Occidentale – comme le prouve le Principe Vital et la soumission de la Nature à l'ordre majestueux de la Loi immuable. Il faut considérer la "Matière" comme la plus pure abstraction de l'objectivité, la base existant par elle-même, dont les différenciations manvantariques septénaires constituent la réalité objective qui se cache sous les phénomènes [II 33] de chaque phase de l'existence consciente. Pendant la période d'Universel Pralaya, l'Idéation Cosmique n'existe pas ; et les états diversement différenciés de la Substance Cosmique sont réabsorbés dans l'état primordial d'objectivité potentielle abstraite.

L'impulsion manvantarique commence avec le réveil de l'Idéation Cosmique, du Mental Universel, de son état pralayique non différencié, conjointement et parallèlement à l'émergence primordiale de la Substance Cosmique – cette dernière étant le véhicule manvantarique du premier. La Sagesse Absolue se reflète alors dans son Idéation qui, par un processus transcendantal, supérieur à la Conscience humaine et incompréhensible pour elle, se transforme en Fohat, l'Energie Cosmique. Vibrant dans le sein de la Substance inerte, Fohat la pousse à l'activité et dirige ses premières différenciations sur tous les sept plans de la Conscience Cosmique. Il y a ainsi Sept Protyles – comme on les appelle maintenant, tandis que l'antiquité Aryenne les appelait les Sept Prakritis ou Natures – servant chacun de base relativement homogène, qui, au cours de l'hétérogénéité croissante, dans l'évolution de l'Univers, se différencient dans la merveilleuse complexité des phénomènes qui se produisent sur les plans de perception. Le terme "relativement" est employé à dessein, parce que l'existence même d'un tel processus ayant pour résultat les ségrégations primaires de la Substance Cosmique non différenciée, suivant ses sept bases  d'évolution, nous oblige à considérer le Protyle de chaque plan, comme n'étant qu'une phase intermédiaire traversée par la Substance pendant son passage de l'objectivité abstraite à l'objectivité complète 38.

On dit que l'idéation cosmique n'existe pas durant les périodes pralayiques, pour la simple raison qu'il n'y a rien ni personne pour en percevoir les effets. Il ne peut pas y avoir de manifestation de conscience, de semi-conscience, ou même "d'intention inconsciente", sans un véhicule de Matière, c'est-à-dire que sur notre plan actuel, où la conscience humaine, dans son état normal, ne peut s'élever au-dessus de ce que l'on appelle la métaphysique transcendante, ce n'est [II 34] qu'en vertu de certaines agrégations, ou constructions moléculaires, que l'Esprit surgit comme un torrent de subjectivité individuelle, ou sous-consciente. Et comme la Matière, séparée de la perception, n'est qu'une pure abstraction, ces deux aspects de l'ABSOLU – la Substance Cosmique et l'Idéation Cosmique – dépendent mutuellement l'un de l'autre. Pour être strictement correct et éviter toute confusion et toute fausse conception, le mot "Matière" devrait être appliqué à l'ensemble des objets dont la perception est possible et le mot "Substance" aux Noumènes. En effet, puisque les phénomènes de notre plan sont les créations de l'Ego qui perçoit – des modifications de sa propre subjectivité – tous les "états de matière qui représentent l'ensemble des objets perçus" ne peuvent avoir qu'une existence relative et purement phénoménale pour les enfants de notre plan. Comme diraient les Idéalistes modernes, la coopération du Sujet et de l'Objet a pour résultat l'objet des sens ou le phénomène.

Mais cela ne conduit pas nécessairement à la conclusion qu'il en est de même sur tous les autres plans ; que la coopération des deux, sur les plans de leur différenciation septénaire, a pour résultat un ensemble septénaire de phénomènes également non existants per se, bien qu'étant des réalités concrètes pour les Entités, dont ils forment une partie de l'expérience, de même que les rochers et les fleuves autour de nous sont réels aux yeux du Physicien, tout en n'étant que de trompeuses illusions des sens pour le Métaphysicien. Ce serait une erreur de dire, ou même de concevoir pareille chose. Au point de vue de la métaphysique la plus haute, l'Univers entier, y compris les Dieux, est une illusion (Mâyâ). Mais l'illusion de celui qui n'est lui-même qu'une illusion, varie sur chaque plan de conscience et nous n'avons pas plus le droit de dogmatiser sur la nature possible des facultés de perception d'un Ego du sixième plan, par exemple, que nous n'avons le droit d'identifier nos perceptions avec celles d'une fourmi, ou de  les prendre pour type de son mode de conscience. L'Idéation  Cosmique centrée dans un Principe, ou Oupâdhi (Base), a pour résultat la conscience de l'Ego individuel. Sa manifestation varie suivant la nature de l'Oupâdhi. Avec celui que nous appelons Manas, par exemple, elle se manifeste comme Conscience Mentale ; avec Bouddhi, formée d'éléments plus finement différenciés (sixième état de la matière) et ayant pour base l'expérience de Manas, elle se manifeste sous forme d'un courant d'Intuition Spirituelle.

Le pur Objet, séparé de la conscience, nous est inconnu, tant que nous vivons sur le plan de notre monde à trois dimensions, car nous ne connaissons que les états mentaux qu'il suscite dans l'Ego qui le perçoit. Et tant que durera le [II 35] contraste entre le Sujet et l'Objet – c'est-à-dire tant que nous ne jouirons que de nos cinq sens et que nous ne saurons pas comment dégager notre Ego, qui perçoit tout, de l'esclavage de ces sens  – il sera impossible à l'Ego personnel de rompre la barrière qui le sépare d'une connaissance des "choses-en-soi" ou Substance.

Cet Ego, progressant suivant un arc de subjectivité ascendante, doit épuiser l'expérience de chaque plan. Mais avant que l'Unité soit  noyée dans le TOUT, que ce soit sur ce plan ou sur tout autre, et avant que Sujet et Objet ne disparaissent tous deux dans l'absolue négation de l'Etat Nirvânique – négation, rappelons-le, par rapport à notre plan seulement – on ne pourra pas gravir ce sommet de l'Omniscience qui est  la connaissance des choses-en-soi, et approcher de la solution de l'énigme plus terrible encore, devant laquelle le plus haut des Dhyân Chohan lui- même doit se prosterner silencieusement sans comprendre – de l'Indicible Mystère, de ce que les Védantins appellent PARABRAHMAN.

Aussi, les choses étant ce qu'elles sont, tous ceux qui ont essayé de donner un nom au Principe Inconnaissable l'ont simplement dégradé. Parler même de l'Idéation Cosmique – sauf dans son aspect phénoménal – équivaut à essayer d'emmagasiner le Chaos primordial, ou de coller une étiquette sur l'ETERNITE.

 Qu'est donc la "Substance Primordiale", cette chose mystérieuse dont parlait toujours l'Alchimie et qui servait de thème aux spéculations philosophiques de toutes les époques ? Que peut-elle bien être, en définitive, même dans sa prédifférenciation phénoménale ? Même cela est le TOUT de la Nature manifestée et – n'est rien pour nos sens. On en parle sous divers noms dans toutes les Cosmogonies, on s'y réfère dans toutes les Philosophies et, jusqu'à nos jours, c'est bien le Protée de la Nature, se dérobant toujours à l'étreinte. Nous la touchons sans la sentir ; nous la regardons sans la voir ; nous la respirons sans en avoir conscience ; nous l'entendons et la sentons sans avoir la moindre notion de sa présence, car elle se trouve dans chaque molécule de ce que, dans notre illusion et notre ignorance, nous considérons comme de la Matière sous une quelconque de ses formes, ou que nous concevons comme une sensation, une pensée, une émotion. En un mot, c'est l'Oupâdhi, ou le Véhicule de tout phénomène possible, qu'il soit physique, mental ou psychique. Dans les premières phrases de la Genèseet dans la Cosmogonie Chaldéenne, dans les Pourânas de l'Inde et dans le Livre des Morts d'Egypte ; partout elle ouvre le cycle de manifestation. On l'appelle le Chaos et la Face des Eaux couvées par [II 36] l'Esprit jaillissant de l'Inconnu, quel que soit le nom de cet Esprit. (Voir section 4.)

Les auteurs des Ecritures Saintes de l'Inde vont plus profondément dans l'origine de l'évolution des choses que ne le font Thalès ou Job, car ils disent :

 "De l'Intelligence [appelée Mahat dans les Pourânas] associée avec l'Ignorance [Ishvara, comme divinité personnelle], assistée de son pouvoir de projection, dans lequel domine la lourdeur [tamas, l'insensibilité], procède l'Ether – de l'éther, l'air ; de l'air, la chaleur ; de la chaleur, l'eau et de l'eau, la terre avec tout ce qu'elle contient." 39

"De Ceci, de ce même Soi, l'Ether fut produit", dit le Véda 40.

39 Comparez Sânkhya Kârikà, V, III et Commentaires.

40  Taittirîyaka Upanishad. Second Vallî, Premier Anuvâka. Voir aussi Neuf Upanishads, trad. fr. de Mareault, p. 123.

Il devient ainsi évident que ce n'est pas cet Ether – issu au quatrième degré d'une émanation de "l'Intelligence associée avec l'Ignorance" – qui est le Principe supérieur, l'Entité divine adorée par les Grecs et les Latins sous le nom de "Pater Omnipotens Æther" et sous celui de  "Magnus Æther" dans son agrégat collectif. La gradation septénaire et les innombrables subdivisions et différences établies par les Anciens entre les pouvoirs de l'Ether collectivement – depuis la frange extérieure de ses effets qui est si familière à notre Science, jusqu'à la "Substance Impondérable" dont on admettait jadis l'existence, comme "Ether de l'Espace", mais que l'on est maintenant sur le point d'écarter – ont toujours été une déconcertante énigme pour toutes les branches du savoir. Les Mythologues et les Symbolistes de nos jours, déroutés par l'incompréhensible glorification, d'une part, et par, de l'autre, la dégradation d'une seule et même Entité divinisée, dans les mêmes systèmes religieux, ont été souvent conduits à des erreurs ridicules. L'Eglise, aussi ferme qu'un roc dans chacune de ses premières erreurs d'interprétation, a fait de l'Ether la demeure de ses légions Sataniques. La Hiérarchie tout entière des "Anges déchus" est là : les Cosmocratores ou "Porteurs du Monde", selon Bossuet ; Mundi Tenentes, les "Soutiens du Monde", comme Tertullien les appelle ; Mundi Domini, "les Dominations du Monde" ou plutôt les Dominateurs ; les Curbati ou "Courbés" etc., faisant ainsi des étoiles et des globes célestes dans leur course – des Diables !

[C'est en effet, ainsi que l'Eglise a interprété le verset : "Car nous ne luttons pas contre la chair et le sang, mais [II 37] contre les principautés, contre les pouvoirs, contre ceux qui gouvernent  les  ténèbres  de  ce monde 41." Saint Paul fait plus loin mention des malices spirituelles REPANDUES DANS L'AIR – spiritualia nequitiæ cœlestibus 42 – et les textes latins donnent divers noms à ces "malices" qui sont les innocents "Elémentals". Mais, cette fois, l'Eglise a raison, bien qu'elle ait tort de les qualifier tous de Démons. La Lumière Astrale, ou Ether inférieur, est bondée d'entités conscientes, semi-conscientes et inconscientes ; seulement l'Eglise a moins de pouvoir sur elles que sur les microbes invisibles ou sur les moustiques.]

 41 Ephésiens, VI, 12.

42 [Littéralement : entités iniques dans les "plans" supérieurs.]

 

 La distinction établie entre les sept états de l'Ether – qui n'est, lui- même, qu'un des Sept Principes Cosmiques, tandis que l'Æther des anciens est le Feu Universel – peut être constatée dans les commandements respectifs de Zoroastre et de Psellus. Le premier disait : "ne le consulte que lorsqu'il n'a ni forme, ni figure – absque formâ et figurâ – ce qui signifie, sans flammes, ni charbons ardents. "Lorsqu'il est revêtu d'une forme, enseigne Psellus, n'y fais pas attention, mais lorsqu'il est sans forme obéis- lui, car c'est alors le feu sacré et tout ce qu'il te révélera sera vrai 43." Cela prouve que l'Ether, qui est lui-même un des aspects de l'Akâsha, possède à son tour plusieurs aspects ou "principes".

Toutes les nations anciennes déifiaient l'Æther, sous son aspect et son pouvoir impondérables. Virgile appelle Jupiter, Pater Omnipotens Ether, le "Grand Æther 44". Les Hindous l'ont aussi classé parmi leurs divinités sous le nom d'Akâsha, la synthèse de l'Æther. Et l'auteur du système Homœomérien de philosophie, Anaxagoras de Clazomène, croyait fermement que les prototypes spirituels de toutes choses, tout comme leurs éléments, se trouvaient dans l'Æther illimité, où ils étaient générés, d'où ils évoluaient et où ils rentraient, c'est de l'enseignement Occulte.

43 Les Oracles de Zoroastre, "Effatum", XVI.

44 Géorgiques, Livre II, 325.

 

Il devient donc évident que c'est de l'Æther, dans son aspect synthétique le plus élevé, que jaillit, lorsqu'il fut anthropomorphisé, la première idée d'une Divinité Créatrice personnelle. Pour les philosophes hindous, les Eléments sont tâmasa, c'est-à-dire "non-illuminés par l'intellect qu'ils obscurcissent".

Il faut maintenant épuiser la question de la signification mystique du "Chaos Primordial" et du Principe-Racine et [II 38] montrer comment ils étaient liés, dans les anciennes philosophies, avec l'Akâsha, mal traduit par Æther, et aussi avec Mâyâ, l'Illusion, dont Ishvara est l'aspect masculin. Nous parlerons plus loin du Principe intelligent, ou plutôt des propriétés invisibles et immatérielles des éléments visibles et matériels  "qui surgissent du Chaos Primordial".

En effet, "qu'est-ce que le Chaos Primordial, sinon l'Æther ?", demande-t-on dans Isis Dévoilée. Non pas l'Ether moderne ; non pas tel qu'il est admis maintenant, mais tel qu'il était connu des philosophes anciens, bien avant l'époque de Moïse – l'Æther avec toutes ses propriétés mystérieuses et occultes contenant en lui-même les germes de la création universelle. L'Æther Supérieur, ou Akâsha, est la Céleste Vierge et Mère de toutes les formes et de tous les êtres qui existent, du sein de laquelle sont appelées à l'existence la Matière et la Vie, la Force et  l'Action, aussitôt qu'elles ont été soumises à "l'incubation" de l'Esprit  Divin. L'Æther est l'Aditi des Hindous et c'est en même temps l'Akâsha. L'électricité, le magnétisme, la chaleur, la lumière et l'action chimique sont si peu compris, même de nos jours, alors que des faits  nouveaux élargissent sans cesse le champ de nos connaissances. Qui sait où finit le pouvoir de ce géant protéen – l'Æther ; ou quelle est son origine mystérieuse ? Qui peut nier l'Esprit qui travaille en lui et en évolue toutes les formes visibles ?

Ce sera une tâche facile de démontrer que les légendes cosmogoniques par toute la terre sont basées sur la connaissance qu'avaient les Anciens de ces sciences qui, de nos jours, se sont unies pour soutenir la doctrine de l'évolution. De plus amples recherches pourraient démontrer que ces anciens connaissaient bien mieux que nous l'évolution elle-même et ses aspects physiques et spirituels.

Chez les anciens philosophes, l'évolution était un théorème universel, une doctrine qui embrassait le tout et un principe établi, tandis que nos évolutionnistes modernes ne peuvent nous offrir que des théories spéculatives, avec des théorèmes partiels sinon tout à fait négatifs. Il est inutile, de la part des représentants de notre sagesse moderne, de clore le débat et de prétendre que la question est résolue, simplement parce que la phraséologie obscure du récit... mosaïque n'est pas d'accord avec l'exégèse déterminée de la "Science Exacte" 45.

45 Isis Dévoilée.

 

Si nous considérons les Lois de Manou, nous y trouvons le prototype de toutes ces idées. Bien que la plupart soient perdues, dans leur forme originale, pour le monde occidental, [II 39] défigurées par des interpolations et des additions, elles n'en ont pas moins conservé assez de traces de leur ancien esprit, pour en indiquer le caractère.

"[Dissipant les ténèbres], le Seigneur existant par lui- même [Vishnou,   Nârâyana, etc.]  se manifesta... [et] voulant produire des êtres de son corps [Essence], ne créa, d'abord, que l'eau seule. Dans cette eau il jeta de la semence. Cette semence devint un œuf d'or." 46

D'où vient ce Seigneur existant par lui-même ? On l'appelle CECI et on le qualifie de "Ténèbres imperceptibles, sans qualités définies, indiscernables, inconnaissables, comme plongées dans un profond sommeil 47. Ayant habité cet Œuf pendant toute une Année Divine, celui "que le monde appelle Brahmâ" 48 brise cet Œuf en deux, forme le ciel de sa partie supérieure et la terre de sa partie inférieure et du centre le firmament et "l'éternel emplacement des eaux 49".

46 Op. cit., I, V, 6-9. Voir traduction A.C. Burnell.

47 Op. cit., V, 5.

48 Op. cit., V, 11.

49 Op. cit., V (13), traduction anglaise de Burnell. Voir aussi les traductions françaises de Loiseleur et de Pauthier, dans les Livres sacrés de l'Orient, par G. Pauthier, Paris, Abel Pilon, 1875, p. 333.

 

Mais, immédiatement après ces versets des Lois de Manou, il y a encore quelque chose de plus important pour nous, car cela corrobore absolument nos enseignements Esotériques. Du verset 14 au verset 36, l'évolution est donnée dans l'ordre que décrit la Philosophie Esotérique. Cela ne peut guère être contesté. Medhâtithi, lui-même, fils de Virasvâmin et auteur du commentaire intitulé le Manoubhâsya, qui date, selon les Orientalistes occidentaux, de l'an 1000 de notre ère, nous vient en aide, grâce aux remarques qu'il fait pour élucider la vérité. Il se montre, soit réticent, parce qu'il savait ce que l'on doit taire aux profanes, soit très embarrassé. Cependant le peu qu'il divulgue suffit à établir clairement le principe septénaire dans l'homme et dans la Nature.

Commençons par le Chapitre I des Ordonnances ou "Lois", après que le Seigneur existant par lui-même, le Logos non manifesté des "Ténèbres" Inconnues, se soit manifesté dans l'Œuf d'Or. C'est de cet Œuf, de

11. "Cela qui est la cause imperceptible [indifférenciée], éternelle, qui est et qui n'est pas, de Cela est issu ce Mâle qui est appelé dans le monde Brahmâ."

 Ici, comme dans tous les systèmes philosophiques authentiques, nous trouvons même l' "Œuf", ou le Cercle, ou le Zéro, l'Infini Sans-Borne, désigné par le mot "Cela" 50 et [II 40] Brahmâ, qui n'est que la première Unité, appelé le Dieu Mâle, c'est-à-dire le Principe fructifiant. C'est     ou 10 (dix), la Décade. Sur le plan du Septénaire, c'est-à-dire sur notre Monde seulement, il est appelé Brahmâ. Sur celui de la Décade Unifiée, dans le royaume de la Réalité, ce Brahmâ mâle est une Illusion.

14. Du soi (Atmanah) il créa le Mental (manas), qui  est et n'est pas ; et du Mental, l'Ego-ïsme [la Soi- Conscience] (a), le régent (b), le Seigneur" 51.

50 Le sommet idéal du Triangle de Pythagore.

51 Traduction Pauthier, p. 334.

52 Voir la traduction de A. Coke Burnell, éditée par Ed. W. Hopkins, Ph. D.

 

  1. Le Mental est Manas. Medhâtithi, le commentateur, fait observer ici avec raison que c'est juste le contraire et que cela prouve déjà l'existence d'interpolations et d'arrangements ; en effet, c'est Manas qui jaillit de l'Ahamkâra ou Soi-Conscience (universelle), de même que Manas, dans le microcosme, surgit de Mahat ou Mahâ-Bouddhi (Bouddhi dans l'homme). Manas est double. Comme le prouve Colebrooke dans sa traduction, "le Mental, servant pour les sens comme pour l'action, est un organe, par affinité,  qui  est  analogue  au reste 52" ; par "le reste" on entend ici que Manas, notre Cinquième Principe (cinquième parce qu'on nommait le corps le premier, ce qui est contraire au véritable ordre philosophique), est en affinité à la fois avec Atmâ-Bouddhi, et avec les Quatre Principes inférieurs. C'est pourquoi nous enseignons, notamment, que Manas suit Atmâ-Bouddhi en Dévachan et que le Manas Inférieur, c'est-à-dire le résidu ou la lie de Manas, reste avec le Kâma-Roupa dans les Limbes, ou le Kâma-Loka, qui est la demeure des "Coques".
  2. Tel est le sens de Manas qui "est et qui n'est pas". Medhâtithi le traduit par "celui qui est conscient du Je", ou l'Ego, et non pas par "le régent", comme le font les orientalistes. C'est ainsi qu'ils traduisent aussi la shloka suivante :

 16. "Ayant fait pénétrer les parties subtiles de ces six [le Grand Soi et les cinq organes des sens], d'une splendeur sans mesure dans les éléments du soi (âtmamâtrâsou), il créa aussi tous les êtres." 53. [II 41]

53 Traduction Pauthier, p. 33. – La traduction littérale de la traduction de Burnell  est  assez différente ; nous la reproduisons ici : 16. "Lui aussi, ayant donné aux parties subtiles de ces six (le grand Moi et les cinq organes des sens) un éclat démesuré, pour entrer dans les éléments du soi (âtmamâtrâsou), créa tous les êtres." (NAT.)

 

Tandis que, d'après Medhâtithi, on devrait lire mâtrâbhih au lieu de âtmamâtrâsou et traduire ainsi :

"Lui, ayant pénétré les parties subtiles de ces six d'un éclat démesuré, par des éléments de soi, créa tous les êtres."

Cette dernière traduction doit être la seule correcte, puisque Lui, le Soi, est ce que nous appelons Atmâ et constitue ainsi le septième principe, la synthèse des "six". Telle est aussi l'opinion de l'éditeur du Mânava Dharma Shâstra, qui paraît être entré, par intuition, beaucoup plus avant dans l'esprit de la philosophie que ne l'a fait le traducteur des "Ordonnances de Manou", feu le docteur Burnell ; il n'hésite guère, en effet, entre le texte de Kullûka Bhatta et le commentaire de Medhâtithi. Rejetant les tanmâtras, ou éléments subtils, et l'âtmamâtrasou de Kullûka Bhatta, il dit, en appliquant les principes au Soi Cosmique :

"Les six paraissent être plutôt le manas plus les cinq premiers principes de l'éther, de l'air, du feu, de l'eau et de la terre ; ayant uni cinq de ces six parties avec l'élément spirituel [le septième], il créa (ainsi) toutes les choses qui existent ;... âtmamâtra est par conséquent l'atome spirituel, par opposition à l'atome élémentaire et non pas la réflexion des "éléments de lui-même".

Il corrige ainsi la traduction du verset 17 :

"Comme les éléments subtils des formes corporelles de cet Unique, dépendent de ces six, il en résulte que les sages appellent sa forme Sharîra."

 Et il ajoute que "éléments" signifie ici portions, ou parties (ou principes), interprétation appuyée par le verset 19 qui dit :

"Cet (Univers) non-éternel sort donc de l'Eternel, au moyen des éléments subtils des formes de ces sept Principes très glorieux (Pourousha)."

En commentant cet amendement de Medhâtithi, l'éditeur fait remarquer que "l'on entend probablement par-là les cinq éléments plus le mental [Manas] et la soi-conscience [Ahamkara] 54, les "éléments subtils" [signifiant], comme auparavant, "les parties fines de la forme [ou principes]". Le verset 20 le montre en disant de ces cinq éléments, "ou [II 42] parties fines de la forme" (Roupa avec l'addition de Manas et de la Soi-Conscience) qu'ils constituent les "Sept Pourousha" ou Principes, appelés dans les Pourânas les "Sept Prakritis".

En outre, ces "cinq éléments", ou "parties fines" sont décrits dans le verset 27 comme "ceux que l'on appelle les parties atomiques destructibles", et, dès lors, "distinctes des atomes du Nyâya".

Ce Brahmâ créateur, qui sort de l'Œuf d'Or du Monde, réunit en lui- même les principes mâle et femelle. Il est, en un mot, le même que tous les Protologoï créateurs. De Brahmâ, cependant, on n'aurait pu dire, comme de Dionysos, "πρωτόγονον διφυη̃ τρίγονον Βακχει̃ον ̃Ανακτα  ̉΄Αγριον άρρητὸν κρύφιον δικέρωτα δίµορφον" [qu'il est "premier-né, bisexué, d'aspect triple, Seigneur Bachique sans contrainte, saint, à ne pas mentionner ouvertement, bicornu et double" ] – un Jéhovan lunaire, un vrai Bacchus, avec David dansant nu devant son symbole dans l'arche – car il n'a jamais été établi de Dionysiaques licencieuses en son nom, ou en son honneur. Tout culte public de ce genre était exotérique et les grands symboles universels étaient partout défigurés, comme ceux de Krishna le sont maintenant par les Vallabâchâryas de Bombay, les sectateurs du Dieu enfant. Mais ces dieux populaires sont-ils la vraie Divinité ? Sont-ils le sommet et la synthèse de la Septuple Création, y compris  celle  de l'homme ? C'est impossible ! Chacun d'eux et tous sont des degrés de cette échelle septénaire de   Conscience   Divine, qu'elle soit Païenne, ou Chrétienne. On dit que Ain Soph se manifeste par les Sept Lettres du nom de Jéhovah qui, ayant usurpé la place de l'Inconnu sans Limites, fut doté par ses adorateurs des Sept Anges de la Présence – en réalité ses Sept Principes. On en parle pourtant dans presque chaque école. Dans la pure philosophie Sânkhya, Mahat, Ahamkâra et les cinq tanmâtras sont appelés les Sept Prakritis, ou Natures et sont énumérés depuis Mahâ-Bouddhi, ou Mahat, jusqu'à la Terre 55.

55 Voir Sânkhya Kârikà, III et les Commentaires. (Voir traduction française des Essais sur la Philosophie des Hindous, par Pauthier. N.d.T.)

 

Cependant, quelque défigurée qu'ait été pour des fins Rabbiniques la version originale Elohistique par Ezra, quelque répugnante que puisse être parfois l'interprétation ésotérique des textes hébreux, encore bien plus que ne peut l'être son voile ou vêtement extérieur – dès que les parties Jéhoviques sont éliminées, on trouve que les Livres Mosaïques sont remplis d'inestimables connaissances purement occultes, surtout dans les six premiers chapitres. [II 43] En les lisant à l'aide de la Cabale, on trouve un temple sans pareil de vérités occultes, une source de beauté profondément cachée sous un édifice dont l'architecture visible, malgré sa symétrie apparente, est incapable de résister à la critique de la froide raison, ou de révéler son âge, car elle appartient à tous les âges. Il y a plus de Sagesse cachée sous les fables exotériques des Pourânas et de la Bible, que dans tous les faits et toute la science exotériques de la littérature du monde entier et plus de vraie Science OCCULTE qu'il n'y a de savoir exact dans toutes les académies. Ou, pour parler plus clairement et plus énergiquement, il y a autant de sagesse ésotérique dans quelques parties des Pourânas exotériques et dans le Pentateuque, qu'il y a de sottise et d'imagination volontairement enfantine, lorsqu'on n'en lit que la lettre morte, avec les criminelles interprétations des religions dogmatiques et surtout de leurs sectes.

 Qu'on lise les premiers versets de la Genèseet qu'on y réfléchisse. On y voit "Dieu" commander un autre "dieu" qui lui obéit – et cela, même dans la traduction autorisée et circonspecte des protestants anglais de l'époque de Jacques Ier.

 Au "commencement" – la langue hébraïque n'ayant pas de mot pour exprimer l'idée d'éternité 56 – "Dieu"  forme le Ciel et la Terre ; et cette dernière est "sans forme et vide", tandis que le premier est, en fait, non pas le Ciel, mais "l'Abîme", le Chaos, voilé d'obscurité 57. [II 44]

"Et l'esprit de Dieu se mouvait sur la face des eaux" 58, c'est-à-dire sur le Grand Abîme de l'Espace Infini. Et cet esprit est Nârâ-yana, ou Vishnou.

"Et Dieu dit, que le firmament soit..." (I-6) Et "Dieu" le second, obéit et "fit le firmament" (I-7). "Et Dieu dit que la lumière soit". Et "la lumière fut". Ce dernier verset ne signifie d'ailleurs pas la lumière, mais comme dans la Cabale, l'androgyne "Adam Kadmon", ou Sephira (la Lumière Spirituelle), car ils ne font qu'un ; ou, selon le Livre des Nombres Chaldéen, les anges secondaires, les premiers étant les Elohim, qui sont l'agrégat de ce Dieu "façonnant" : Car à qui sont adressés ces mots de commandement ? Et qui est-ce qui commande ? Ce qui commande c'est la Loi éternelle et celui qui obéit c'est l'Elohim, la quantité connue agissant dans et avec x, ou le coefficient de la quantité inconnue, la Force de la Force UNIQUE. Tout cela est de l'Occultisme et on le trouve dans les STANCES archaïques. Il est absolument sans importance d'appeler ces "Forces" les Dhyan Chohans, on les Auphanim, comme le fait Ezéchiel.

 "La Lumière Universelle unique qui, pour l'homme, est  Ténèbre, existe toujours", dit le Livre des Nombres Chaldéen. C'est d'elle que procède périodiquement l'Energie, qui est réfléchie dans l'Abîme, ou le Chaos, cet entrepôt des mondes futurs, et qui, une fois réveillée, agite et féconde les Forces latentes qui constituent les potentialités éternellement présentes en lui. Alors, s'éveillent de nouveau les Brahmâs et les Bouddhas – les forces coéternelles – et un nouvel Univers en existence...

56 Le mot "éternité", par lequel les théologiens chrétiens interprètent le terme "pour toujours et toujours" n'existe pas dans la langue hébraïque. "Oulam", dit Le Clerc, ne signifie qu'une époque dont le commencement et la fin ne sont pas connus. Il ne signifie pas "durée infinie" et le terme "pour toujours" dans l'Ancien Testament ne signifie qu'une "époque de longue durée". On ne se sert pas non plus dans les Pourânas du mot "éternité" dans le sens chrétien. Car dans le Vishnou Pourâna on explique clairement que par Eternité et Immortalité on n'entend que "l'existence jusqu'à la fin du Kalpa". (Livre II, Chap. VIII.)

57 La Théogonie Orphique est purement Orientale et Indienne dans son esprit. Les transformations successives qu'elle a subies l'ont grandement séparée maintenant de l'esprit de  l'antique Cosmogonie, comme on peut le voir même en la comparant à la Théogonie d'Hésiode. Le véritable esprit Aryen hindou perce cependant partout dans les systèmes Hésiodiques et Orphiques. (Voir le travail remarquable de James Darmesteter, "Cosmogonies Aryennes", dans ses Essais Orientaux). De sorte que la conception grecque originale du Chaos est celle de la Religion Sagesse Secrète. Dans Hésiode, aussi, le Chaos est infini, sans bornes, d'une durée sans commencement ni fin, en un mot une abstraction et une présence visible tout à la fois, l'espace rempli de ténèbres, qui est la matière primordiale dans son état précosmique. Car, dans son sens étymologique, le Chaos et l'Espace, selon Aristote, et l'Espace, dans notre philosophie, est La Divinité toujours Invisible et Inconnaissable.

58 Genèse, I, 2.

 

Dans le Sepher Yetzirah, le Livre Cabalistique de la Création, l'auteur a évidemment répété les paroles de Manou. La Substance Divine y est représentée comme ayant seule existé de toute éternité, illimitée et absolue, et comme ayant émis d'elle-même l'Esprit 59. "L'Esprit du Dieu vivant est Unique, béni soit SON nom, qui vit à jamais ! La Voix, l'Esprit et le Verbe, voilà ce qu'est le Saint-Esprit 60." Et c'est la Trinité Cabalistique abstraite, anthropomorphisée, sans façon, par les Pères chrétiens. De cette triple UNITE est émané le Cosmos tout entier. D'abord, du Un est sorti le Deux, ou l'Air (le Père), l'Elément créateur, puis le Trois, l'Eau (la Mère), procéda de l'Air ; l'Ether, ou le Feu complète le Quatre Mystique, [II 45] l'Arbo-al 61. "Lorsque le Caché des cachés voulut Se révéler, il fit d'abord un Point [le point primordial, ou la première Sephira 62, l'Air, ou le Saint- Esprit], moulé dans une Forme sacrée [les Dix Sephiroth, ou l'Homme Céleste] et le couvrit d'un vêtement riche et splendide, qui est le monde 63."

"Il fait des Vents Ses messagers, des  Feux  flamboyants  Ses serviteurs 64", dit le Yetzirah, montrant le caractère cosmique des Eléments evhéméristés plus tard et prouvant que l'Esprit pénètre chaque atome du Cosmos.

59 L'Esprit manifesté : l'Esprit Divin Absolu est un avec la Substance Divine absolue ;  Parabraham et Mūlaprakriti ont la même essence. Par conséquent, l'Idéation Cosmique et la Substance Cosmique, dans leur caractère primordial, ne font aussi qu'un.

60 Sepher Yetzirah, Chap. I, Mishma IX.

61 Ibid. C'est "d'Arba" qu'est dérivé Abraham.

62 Séphiroth dans l'édit. 1888.

63 Zohar, I, 2, a.

64 Sepher Yetzirah, Mishna IX, 10.

 

 [Partout dans les Actes Paul appelle les Etres Cosmiques invisibles, les "éléments". Mais, maintenant, on  a dégradé les Eléments et on les a réduits au rang d'atomes, dont on ne connaît encore rien et qui ne sont que "les enfants de la nécessité", comme l'Ether lui-même. Nous avons dit dans Isis Dévoilée : "Les pauvres Eléments primordiaux ont été longtemps exilés et nos ambitieux Physiciens luttent entre eux de vitesse, à qui ajoutera une nouvelle substance élémentaire à la couvée des soixante et quelques que nous avons déjà." En attendant, la guerre fait rage dans la Chimie moderne, au sujet des dénominations. On nous dénie le droit d'appeler ces substances "des éléments chimiques", car ce ne sont pas "des principes primordiaux, des essences existantes en soi, dont l'univers a été formé", suivant Platon. De telles idées, associées avec le mot élément, étaient  assez bonnes pour "l'antique Philosophie grecque", mais la science moderne les rejette, car, ainsi que l'a dit le Prof. William Crookes, "ce sont des termes malheureux" et la Science expérimentale ne veut "rien avoir à faire avec un genre quelconque d'essence, en dehors de celles qu'elle peut voir, sentir ou goûter. Elle laisse les autres aux métaphysiciens...". Nous devons encore être reconnaissants pour ce peu !]

Cette "Substance primordiale" est appelée par quelques-uns le Chaos. Platon et les Pythagoriciens la nommaient l'Ame du Monde, après qu'elle avait été, imprégnée par l'Esprit de ce qui plane sur les Eaux Primordiales, ou le Chaos. C'est en s'y réfléchissant, disent les Cabalistes, que le Principe qui couve créa la fantasmagorie d'un Univers visible et manifesté. Le Chaos avant, l'Ether après cette "réflexion", c'est toujours la Divinité qui pénètre l'Espace et toutes choses. C'est l'Esprit Invisible et impondérable des choses et le fluide invisible, mais qui n'est que trop tangible, qui jaillit des doigts du magnétiseur sain, car c'est l'Electricité Vitale – la Vie elle- même. Ironiquement dénommé le "Tout-puissant nébuleux", par le Marquis de Mirville, il n'en est pas moins [II 46] appelé, jusqu'à nos jours, "le  Feu  vivant" 65    par  les  Théurgistes  et  les  Occultistes  et  il  n'y  a pas d'Hindou, pratiquant à l'aurore une certaine sorte de méditation, qui n'en connaisse les effets. C'est "l'Esprit de Lumière" et c'est Magnès. Comme le dit si bien un adversaire, Magus et Magnès sont deux branches issues du même tronc et produisant les mêmes résultantes. Et dans cette appellation de "Feu vivant" nous pouvons aussi découvrir la signification de la phrase énigmatique du Zend Avesta : il y a un "Feu qui donne la connaissance de l'avenir, la science et la facilité d'élocution", c'est-à-dire qui développe une éloquence extraordinaire chez la sybille, le sensitif et même chez certains orateurs.

On parle de ce "Feu" dans tous les Livres Sacrés Hindous, comme aussi dans les ouvrages de Cabale. Le Zohar le décrit comme le "feu blanc caché dans la Risha Havurah" (la Tête blanche), dont la Volonté est cause que le fluide ardent coule en 370 courants dans toutes les directions de l'Univers. Il est identique au "serpent qui court en faisant 370 bonds" du Siphrad Dtzenioutha, le Serpent qui, lorsque "l'Homme Parfait", le Metatron, est produit, c'est-à-dire lorsque l'homme divin habite dans l'homme animal, devient trois esprits, ou Atmâ-Bouddhi-Manas, suivant notre phraséologie théosophique 66.

Aussi l'Esprit, ou l'Idéation Cosmique, et la Substance Cosmique – dont l'un des "principes" est l'Ether – ne font qu'un et comprennent les ELEMENTS dans le sens que leur [II 47] donne saint Paul. Ces éléments sont la Synthèse voilée qui représente les Dhyân-Chohans, les Dévas, les Sephiroth, les Amshaspends, les Archanges, etc. L'Ether de la Science – l'Ilus de Bérose, ou le Protyle de la Chimie – constitue, pour ainsi dire, la matière relativement grossière dont les "Constructeurs", dont nous avons déjà parlé, forment les systèmes du Cosmos, suivant le plan qui leur est éternellement tracé dans la PENSEE DIVINE. On nous dit que ce sont des "mythes". Nous répondrons que ce ne sont pas plus des mythes que ne le sont l'Ether et les Atomes. Ces deux derniers sont des nécessités absolues pour la Science Physique et les Constructeurs sont une nécessité aussi absolue pour la métaphysique. On nous raille en objectant : Vous ne les avez jamais vus. Nous demandons aux Matérialistes : avez-vous jamais vu l'Ether, ou vos atomes, ou même votre FORCE ? D'ailleurs, l'un des plus grands Evolutionnistes Occidentaux de nos jours, celui qui a fait la même découverte que Darwin, M. A. R. Wallace, discutant l'insuffisance de la Sélection Naturelle pour expliquer à elle seule la forme physique de l'Homme, admet l'action dirigeante "d'intelligences supérieures" comme une "partie nécessaire des grandes lois  qui  gouvernent  l'Univers matériel" 67.

65 En traitant cette question dans Isis Dévoilée, nous avons dit : "Le Chaos des anciens, le Feu Sacré de Zoroastre, ou l'Atash-Behram des Parsis ; le Feu-Hermès, le Feu Elmès des anciens Germains ; l'Eclair de Cybèle, la Torche Flamboyante d'Apollon, la Flamme sur l'autel de Pan, le Feu Inextinguible du temple de l'Acropole et de celui de Vesta, la Flamme de feu du casque de Pluton, les Etincelles brillantes des coiffures des Dioscures et de la tête de la Gorgone, du casque de Pallas et du bâton de Mercure, le Ptah-Ra des Egyptiens, le Zeus Cataibates grec (Celui qui descend) de Pausanias, les Langues de Feu de la Pentecôte, le Buisson Ardent de Moïse, la Colonne de Feu de l'Exode et la "Lampe Brûlante" d'Abraham, le Feu Eternel de "l'Abîme sans fond", les Vapeurs de l'oracle de Delphes, la Lumière sidérale des Rose-Croix, L'akasha des Adeptes hindous, la Lumière Astrale d'Eliphas Lévi, l'Aura Nerveuse et le Fluide des Magnétiseurs, l'Od de Reichenbach, les Forces Psychodes et Ecténiques de Thury, la Force Psychique de Sergeant Cox et le magnétisme atmosphérique de quelques Naturalistes, le galvanisme et enfin l'électricité – tout cela n'est que la terminologie variée des multiples manifestations, ou des effets de la même Cause mystérieuse et omnipénétrante, l'Archée Grecque." Nous pouvons ajouter maintenant : c'est tout cela et bien plus encore.

66 Voir ultérieurement (Vol. 4, Partie 2, Section 4) les Nombreuses Significations de la "Guerre dans le Ciel".

 67 Contributions to the Theory of Natural Selection.

Ces "intelligences supérieures" sont les Dhyân-Chohans des Occultistes.

 

Il est vrai qu'il y a peu de Mythes, dans quelque religion digne de ce nom que ce soit, qui n'aient une base historique, aussi bien que scientifique. Les "mythes", comme Pococke le fait remarquer avec raison, "sont actuellement tenus pour des fables en proportion de la fausse interprétation que nous leur donnons ; et pour des vérités dans la mesure où on les comprenait jadis".

L'idée la plus saillante et la plus répandue que nous rencontrons dans tous les enseignements anciens, au sujet de l'Evolution Cosmique et de la première "création" de notre Globe, avec tous ses produits, organiques et inorganiques mot étrange sous la plume d'un Occultiste ! – est que le Cosmos entier a jailli de la PENSEE DIVINE. Cette Pensée imprègne la Matière, qui est coéternelle avec la REALITE UNIQUE, et tout ce qui vit et respire découle des émanations de l'Immuable UNITE, Parabrahman- Mūlaprakriti, la Racine Unique éternelle. La première partie de cette expression, considérée comme Point Central affecté, pour ainsi dire, à des régions absolument inaccessibles à l'intellect humain, est l'abstraction absolue, tandis que, sous son aspect de Mūlaprakriti, la Racine éternelle de tout, elle nous donne, tout au moins, une vague idée du Mystère de l'Etre. [II 48]

On enseignait, par conséquent, dans les temples intérieurs, que cet Univers visible d'Esprit et de Matière n'est que l'Image concrète de l'Abstraction idéale ; qu'il était construit sur le Modèle de la première Idée Divine. Notre Univers existait donc de toute éternité à l'état latent. L'Ame qui anime cet Univers purement spirituel est le Soleil Central, la  Divinité la plus haute Elle-même. Ce ne fut pas l'Unique qui construisit la forme concrète de l'idée, mais le Premier-Engendré et comme elle était construite suivant la forme géométrique du dodécaèdre 68, le Premier-Engendré "se plut à employer 12.000 ans à sa création". Ce dernier nombre est exprimé dans la Cosmogonie Tyrrhénienne 69, qui montre l'homme créé dans le sixième millénium. C'est d'accord avec la théorie égyptienne des 6.000 "ans" 70 et avec la computation hébraïque. Mais ceci en est la forme exotérique. La computation secrète explique que les "12.000 ans et les 6.000 ans" sont des Années de Brahmâ ; un Jour de Brahmâ égalant 4.320.000.000 ans. Sanchoniathon, dans sa Cosmogonie 71, déclare que lorsque le Vent (l'Esprit) se prit d'amour pour ses propres principes (le Chaos), une union intime eut lieu, laquelle union fut appelée Pothos (πόθος) et de cela sortit la semence de tout. Et le Chaos ne connut pas sa propre production, car il était dépourvu de sens, mais de son embrassement avec le Vent fut généré Môt, ou l'Ilus (le Limon) 72. De cela sortirent les semences de la création et de la génération de l'Univers 73.

Zeus-Zên (l'Ether) et Chthonia (la Terre Chaotique) et Métis (l'Eau) ses épouses ; Osiris – représentant aussi l'Æther, la première émanation de la Divinité Suprême, Ammon, la source primordiale de Lumière – et Isis Latone, la Déesse Terre et aussi Eau ; Mithras 74, le Dieu né du rocher, le symbole du Feu du Monde masculin, ou la Lumière Primordiale personnifiée et Mithra, la Déesse du Feu, à la fois sa mère et sa femme – le pur élément du Feu, le principe actif, ou masculin, considéré comme lumière et chaleur, en conjonction avec la Terre et l'Eau, ou la matière, l'élément féminin ou passif, l'élément de la génération cosmique – Mithras qui est le fils de Bordj, la montagne persane du monde 75, de laquelle il jaillit sous forme d'un radieux rayon de lumière ; [II 49] Brahmâ, le Dieu du Feu et sa féconde épouse et l'Agni hindou, la resplendissante Divinité dont le corps émet mille courants de gloire et sept langues de flamme et en l'honneur de qui certains Brahmanes entretiennent encore de nos jours un feu perpétuel ; Shiva personnifié par Mérou, la montagne du monde des hindous, le terrible Dieu du Feu qui, selon la légende, descendit du ciel, comme le Jéhovah des Juifs, "dans une colonne de feu" et une douzaine d'autres divinités archaïques aux deux sexes – tous proclament à haute voix leur signification secrète. Et quelle pourrait être la  double signification de ces mythes, si ce n'est le principe psycho-chimique de la création primordiale ; la Première Evolution dans sa triple manifestation d'Esprit, de Force et de Matière ; la corrélation divine, à son point de départ, représentée par l'allégorie du mariage du Feu et de l'Eau, les produits de l'Esprit électrisant – l'union du principe mâle actif avec l'élément femelle passif – qui deviennent les père et mère de leur enfant tellurien, la Matière Cosmique, la Prima Materia, dont l'Ame est l'Æther et dont l'Ombre est la Lumière Astrale 76 !

68 PLATON, Timée.

69 SUIDAS, sub. voc. "Tyrrhenia". Voir les Ancient Fragments de Cory, p. 309, 2ème éd.

70 Le lecteur comprendra que par "années" on veut dire "époques" et non, tout simplement, des périodes de 13 mois lunaires.

71 Voir la traduction grecque de Philon de Byblos.

72 CORY, Op. Cit., P. 3.

73 Isis Dévoilée, 71.

74 Mithras était considéré, par les Perses, comme le Theos ek petras – le Dieu sortant du rocher.

 75 Bordj est appelée une montagne de feu, un volcan ; par conséquent elle contient le feu, le roc, la terre et l'eau : les éléments mâles ou actifs et les éléments femelles ou passifs. Le mythe est suggestif.

76 Op. cit., I, 156.

 

Mais les fragments des systèmes cosmogoniques qui nous sont parvenus sont maintenant rejetés comme des fables absurdes. Néanmoins la Science Occulte – qui a survécu même au Grand Déluge qui engloutit les Géants antédiluviens et jusqu'à leur souvenir, à l'exception des annales conservées dans la DOCTRINE SECRETE, dans la Bibleet dans d'autres Ecritures – détient encore la clef de tous les problèmes du Monde.

Appliquons donc cette Clef aux rares fragments de Cosmogonies depuis longtemps oubliées et, au moyen de leurs parties éparses, essayons de rétablir la Cosmogonie jadis Universelle, de la DOCTRINE SECRETE.La Clef s'adapte à toutes. Nul ne peut étudier  sérieusement  les philosophies antiques sans s'apercevoir que la similarité frappante de leurs conceptions, visible souvent dans leur forme exotérique et toujours dans leur esprit caché, résulte, non d'une simple coïncidence, mais d'un plan commun ; et que, durant l'enfance de l'humanité, il n'existait qu'un langage, un savoir, une religion universelle, quand il n'y avait ni églises, ni credos, ni sectes, chaque homme étant son propre prêtre. Et si l'on montre qu'à ces époques lointaines et cachées à notre vue par une luxuriante floraison de traditions, la pensée religieuse humaine se développait déjà sur toutes les parties du globe avec une sympathie uniforme, il devient dès lors évident que cette pensée religieuse, sous quelque latitude qu'elle soit née, dans le nord glacé ou le sud brûlant, en occident ou en orient, était inspirée par les mêmes révélations, et que les hommes étaient élevés à l'ombre protectrice du même ARBRE DE LA CONNAISSANCE.

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